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Full text of "Oeuvres de Walter Scott"

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OEUVRES 


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WALTER  SCOTT. 


TOME   XXIII, 


IMPRIMERIE  DE  U.  PODRNIER, 

RVI  DR  IRrak,  S.   14 


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OEUVRES 


DE 


WALTER  SCOTT 


TIIADUITES 


PAR  A.  J.  B.  DEFAUCONPRET, 

AVEC    I4ES    INTRODUCTIONS   ET    LES    NOTES   NOUVELLES 

DK    I.A   HLItHlklIK  KOITION     D*KIII1lllOt)|li;. 


TOME    VINGT-TROISIÈME. 


4:ilA*LES-LE-T£MÉitAIRK. 


PARIS , 


FDKNK,  OUAKLES  GOSSELIN,  PERROTIN. 

F.niTKURS. 

M  DCCC  XXKVl. 


T^ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 


OU 


ANNE  DE  GEIERSTEIN, 


LA  FILLE  DU  BROUILLARD. 


INTRODUCTION, 


Ce  roman  a  été  écrit  à  une  époque  où  je  n'avais  pas  à  ma 
^position  les  ressources  d'une  bibliothèque  suffisamment  meublée 
^en  ouvrages  historiques ,  et  surtout  en  mémoires  du  moyen-âge , 
au  milieu  desquels  j'ai  l'habitude  d'élaborer  mes  narrations  idéales. 
En  d'autres  mots ,  c'est  l'œuvre  de  mes  heures  de  loisir  d'Edim- 
bourg, et  non  pas  celle  des  tranquilles  matinées  de  la  campagne.  Par 
suite  de  la  nécessité  de  m'en  rapporter  à  une  mémoire  très  tenace  sans 
doute,  mais  non  moins  capricieuse  dans  ses  efforts,  je  dois  avouer 
que  j'ai  commis  en  cette  occasion  une  plus  grande  quantité  d'er- 
reurs dans  les  détails  historiques,  qu'on  ne  pourrait  peut-être  en 
reprocher  à  mes  autres  fictions.  En  vérité ,  malgré  les  compli- 
mens  qu'on  m'a  souvent  adressés  sur  l'étendue  de  ma  mémoire, 
j'ai  eu  tonte  ma  vie  le  droit  de  m'approprier  la  réponse  du  vieux 
Beattie  de  Meikledale,  au  ministre  de  la  paroisse,  qui  louait  en  lui 
la  même  faculté.  —  «  Non,  docteur,  dit  l'honnâte  Laird  de  la  Fron- 
tière, je  n'ai  nul  pouvoir  sur  ma  mémoire ,  elle  retient  seulement 
ce  qui  frappe  mon  imagination  ;  et  il  est  assez  probable,  Monsieur, 
que  si  TOUS  me  prêchiez  peQdfint  ppe  couple  d'heures^  je  me  trou- 

I 


2  INTRODUCTION. 

Terais  à  la  fin  da  discours  incapable  d'en  répéter  un  senl  mot.  » 
Peat-êtfe.  existe-il*  pen  d'hommes  dofit  la  mémoire  les  servie 
avec  une  égale  fidélité  sur  toutes  sortes  de  sujets;  mais  je  sois 
fâché  de  dire  que  si  la  mienne  m'a  rarement  fait  faute,  lorsqu'il 
s'agit  de  quelques  vers  ou  d'un  trait  de  caractère  ({ui  m'a  intéressé, 
elle  n'a  été  en  général  qu'un  fragile  soutien  non-seulement  pour 
les  noms,  Içs  dates  et  autres  détails  techniques  de  l'histoire,  mais 
encore  popr  dts  choses  lieaucoiipi  plus  impor,t^ntea. 

J'espère  que  cette  apologie  suffira  pour  une  erreur  que  m'a  fait 
apercevoir  le  descendant  de  l'un  des  personnages  introduits  dans 
cette  histoire,  qui  se  plaint  avec  raison  de  la  méprise  qui  m'a  fait 
faire  un  député  bourgeois  de  l'ancêtre  d'une  noble,  famille,  dont, 
aucun  membre  n'est  jamais  descendu  du  haut  rang  auquel  je 
demande  à  présent  la  permission  de  le  replacer.  Le  nom  de  l'indi- 
vidu qui  remplit  le  rôle  de  député  de  Soleure  paraît  avoir  toujours 
été  celui  d'une  maison  patricienne  comme  il  l'est  actuellement. 
Le  même  correspondant  m'a  averti  d'une  autre  bévue ,  probable- 
ment moins  grave  :  l'empereur  régnant,  à  l'époque  où  ma  nouvelle 
se  trouve  placée,  quoique  représentant  de  ce  Léopold  qui  périt  à 
la  célèbre  journée  de  Sempach ,  n'éleva  jamais  aucune  prétention 
opposée  aux  libertés  des  courageux  Helvétiens;  mais,  an  contraire, 
il  traita  avec  une  prudence  et  une  mansuétii/dejConstaftte.ceiuL.qui 
avaient  établi  leur,  inâépendanoe ,  et  avec-,  uiîe.  hmté  au^si 
sage  que  généreuse  ceux  qui  se.reconpaîssaient  encore  vassauic 
de  la  couronne  impériale;  des  erreurs,  de.  ce  genre >  quoique 
triviales i  doivent  toujours,  suivant  moi,  lorsqu'elle  sont  indi- 
quées à  un  auteur,  être  reconnues  par  un  ayeii  sincère,  et 
respectueux. 

A  l'égard  d'un  sujet  qui  excite  à  un  haut  de^ré  Ja  curiosité  et 
l'intérêt  au  moins  de  tou3  les  antiquaires,  et  dont  j'M  parl^  ayec 
quelque  étendue  dans  cet  ouvi^ge ,  le  tribunal  V^kwi^m.  de  Wiest- 
phalie,  nom  si  redoutable  aux  oreilles  des  hoaames  diiranl;  plusiencs 
siècles,  et  <pie le  génie  de  Goethe  a  de  nouveau  présenté  à  notre 
imagination,  entouré  de  ses  anciennes' terreurs,  je  siûs  d'autant 
plus  olAigé  d'émettre  mon  opinion  qu'une  clarté  tout-àisfait  nouvelle 
et  très  importante  a  étérépandue  sur  cette  matière  définis  la  publi- 
cation ^Annù  de  Geiersuin^  par  les  laborieuses  rechercfaes.de -mon 
spirituel  ami ,  M.  Francis  Palgrave.  Les^femilles  d!épre«»ves.come- 
nant  le  passage  en  question  m'ont  été  obUgôaminenf  coimnuniquée 


Hiiiiouuciioir. 

^i»liig«aalierf^egaap»»'le>  yeas  dvjjnUie  »rant  qttt  ecmn  ifitrt>* 
dnction  poisse  être  imprimée* 

«  JS^ejûstaU  entGennaiiit»  dit  ce  svnnt  éerifvlii^dne  jniMicfioii 
aîii|(Biîè«et^«éelamMt>iin»  <&MsrNd^  avA?  impoUti^ 

«  Noos  apprenons  des<luitflrien>«iaopii  fÊ€  X^ftefffMlgerielit^ 
on  la  cour  libre  de  Corbey»  était,  an  temps  da  paganisme,  sons  la 
M^mauitie  de»  prêtres*  de  MBiÉ'esbtirgh ,  tiemple  qal  contenait 
nrminsnie  on  pilier  d'frmin.  Lorsque  la  nation  ent  enAfsié  la 
religion  chrétienne,  les  propriétés  da  temple  furent  conférées  par 
Louis-le-Débonnaire,  àl'alÂayeiiiiïléloraàisaifiie^  Le  tribunal 
se  composait  de  seize  membres,  dont  les  fonctions  étaient  à  vie.  Le 
pins  â|^  présidait  en  qualité  de  i  gtnfa  ou  grafj  »  greffier  ;  le  plus 
îl^une  remplissait  l'emploi  moîn«  élevé  de  «  frohner,  »oq  huissier  ; 
les  quatorze  restans  agissaient  comme  échevins,  tous  lès  jugemens 
étaient  prononcés  et  rendus  par  eux.  Lorsque  l'un  mourait,  un 
BonveaiB  membre  était  élu*  par  les  prêtres ,  qui  le  choisissaient 
panaî  lès-vingtt^eux'famiHès  habitant  le  gau  ou  district,  et  ren« 
fermant  tous  les  occapans  héréditaires  du  sol.  Plus  tard  le  choix 
fut  bit  par  les  moines,  mais  toujours  avec  l'assentiment  du  gjrajf 
et  du  a  frohner.  » 

Le  bane^des  juges ,  le^siége  dtf  roi,  ou  a  konig-stahl  »  était  tou- 
jours établi  sur  le  gazon  ;  et  nous  tenons  de  diverses  sources ,  que 
le  tribunal  se  rassemblait  aussi  dans  les  champs  ctnainnaitt  du 
gau,  afia  qoe  les  distassions  relatives  au  domaine  fussent  déci* 
dées  dans  ses  limites.  Ce  siège  da  roi  était  on  raorceanâ»  terre 
de  sdze  p^edadalong^sur  seize  de  large*  Quand  le  terrai*  avait  été 
consacré,  le  frohner  creusait  une  fosse  au  centre,  dans  laquelle 
chacun  des  francs-juges  jetait  une  poignée  de  cendres ,  un  char- 
bon et  une  tnile;  si  lentoindre  doute  s'élevait  au  sujet  de  la  con- 
sécration d'un  des  sièges  du  tribunal ,  les  juges  s'enquéraient  des 
gages;  s'ils  n'étaient  pas  retrouvés  tons  les  jugemens  rendus  en 
ce  lieu  étaient  nuls  et  sans  effet.  11  était  aussi  de  Tessence  de  la 
cour  de  tenir  sesséances  en  plein  air  et  à  la  «clarté  dnsoteil.  Toutes 
les  assemblées  judiciaires  des  Teutons  se  tenaient  dans  la  campa- 
gne ;  mais  il  serait  peut-être  possible  de  trouver  quelques  vestiges 
du  cnhedû  soleil  dans  les  usages  et  le  langage  de  ce  tribunal.  Les 
formes  adoptées  par  lui  trahissent  une  singulière  affinité  avec  les 
doctrines  dM^iardae  breMms  touoblint'leur'  gor^dau  ou  assem- 

I. 


4  DtTRODUGTION. 

blées  qui  a  se  tenaient  toujours  en  plein  air,  à  la  clarté  da  jonr  ; 
et  à  la  face  du  soleil  ^  » 

a  Quand  un  coupable  devait  être  jugé  ou  une  décision  prise ,  le 
graff  et  les  francs-juges  se  réunissaient  autour  du  a  konig-slahl,  » 
et  le  frohner  9  après  avoir  ordonné  lé  silence ,  ouvrait  la  séance  en 
récitant  la  formule  suivante  qui  était  rimée  : 

«  sire  fftàîî,  «Tec  rotre  permiMion,  j«  tous  demande  de  dire,  conformément  aux  lois  et  aans 
délai ,  si  moi ,  votre  féal,  qoi  demande  jugement,  je  pois,  arec  Yotae  bon  vouloir,  placer  ce  siège 
•or  le  banc  du  roi.  m 

A  cette  interrogation  le  grafF  répond  : 

«  Tant  que  le  soleil  brille  avec  même  lamidre  snr  mitftre  et  sur  féal ,  je  déclarerai  la  loi  de  puis- 
sance d'accord  avec  le  droit.  Places  le  banc  du  roi ,  juste  et  de  niveau  ;  mesures  même,  pour  l'amour 
de  la  justice  ;  qu'elle  soit  rendue  à  la  vue  de  Dieu  et  des  bommes  ;  que  l'accusateur  puisse  faire  set 
plaintes ,  et  l'accusé  répondre,  —  s'il  le  peut.» 

Cl  D'après  cette  permission ,  le  frohner  place  le  siégç  du  juge- 
ment au  milieu  de  l'enceinte,  puis  prend  la  parole  une  seconde 
fois  : 

«  Siregraff ,  brave  msltre,  j'ose  ici  vous  rappeler  vos  sermens,  et  d'autant  plus  que  je  suis  votre 
féal  ;  ainsi  dites  «moi  avec  sincérité  si  ces  toises  sont  exactes  et  sûres ,  bonnes  pour  le  riche  et  bonnes 
pour  le  pauvre ,  si  elles  peuvent  à  la  fois  mesurer  la  terre  et  le  rang  ;  dites-le  moi ,  au  nom  du  salut 
de  votre  ame.  m 

«  En  parlant  ainsi  il  pose  la  toise  sur  le  sol;  le  graff  commence 
alors  à  vérifier  la  mesure  en  plaçant  son  pied  droit  contre  la  toise  ; 
il  est  suivi  par  les  autres  francs -juges  en  rang  d'ancienneté  ;  la 
longueur  de  la  toise  étant  prouvée ,  le  frohner  parle  une  troisième 
fois  : 

«  Sire  grafF ,  je  demande  si  je  puis ,  avec  votre  toise,  mesurer  ouvertement  et  sans  encourir  TOtre 
déplaisir  ,  le  siège  de  ce  tribunal  libre  et  royal  ?  » 

Le  graff  réplique  : 

«  Je  permets  le  bien,  et  je  défends  le  mal,  sous  peine  de  ch&timent.  Telles  sont  les  lois  du  viens 
connu*  » 

«  C'était  alors  le  moment  de  mesurer  le  sol  consacré;  il  l'était 

t.  Elégies  d'Owen  Pngh  de  Lewarch  Hen ,  préf.  pag.  ^6.  I^a  place  de  ces  assemblées  était  mar- 
quée en  formant  un  cercle  de  pierres  autour  du  Jlfaen  Gontdd,  ou  pienra  du  genêt. 


INTRODIXmON.  { 

ayec  la  toise  en  long  et  en  large ,  et  lorsque  les  dimensions  se  trou* 
vaient  jastes,  le  graflbe  plaçait  sur  son  siège,  déclarait  la  séance 
onverte  y  et  ayertissait  les  échevins  libres  qu^ils  poayaient  pronon- 
cer leur  sentence  ayec  équité  et  justice. 


«  En  ee  jour,  •▼•€  le  coniOBtement  de  toos ,  et  «nu  ee  eui  uag  aasfe,  mie  cour  libn  t'est  éU' 
bU«  ici ,  à  la  darté  da  jour  t  emtrei  mu  bruit ,  toos  qol  le  pooTei.  Le  liéf  e  en  ton  lieu  est  fixé ,  U 
toise  a  été  troaTée  joste  ;  reodes  rotre  seatenoe  sans  délai i  et  qa'ui  Jogencnt  équitable  soit  pio- 
nooeé ,  tandis  qne  le  soleil  brille  encore  sur  rboriaon.  » 

«  Le  jugement  des  écheyins  libres  se  rendait  à  la  pluralité  des 
yoix.  i> 


Après  ayoir  observé  que  lenteur  à* Anne  de  GeiersUin  avait , 
par  ce  qu'il  appeUe  «  une  licence  poétique  très  excusable  »  »  trans- 
féré une  partie  de  ces  rimes  judiciaires  de  la  libre  cour  de  l'abbaye 
de  Corbey  au  tribunal  yehmique  de  Westphalie,  M.  Palgrave 
continue  à. relever  plusieurs  erreurs  généralement  répandues,  et 
que  le  romancier,  remarque-t-il,  a  sans  doute  partagées,  sur  la 
constitution  réelle  de  ces  cours.  «  Les  protocoles  de  leurs  actes  ne 
s'accordent  pas  tout-à-fait,  dit-il,  avec  les  idées  populaires  qui  les 
représentent  terribles  et  tyranniques.  »  Peut-être  m'est-il  permis 
de  mettre  en  question  si  les  simples  protocoles  de  semblables  tri- 
bunaux sont  suffisans  pour  annuler  le  témoignage  de  toutes  les 
traditions;  mais  il  n'y  a  nul  doute  que  les  détails  suivans  contien- 
nent beaucoup  de  choses  aussi  propres  à  instruire  l'antiquaire 
qu'à  intéresser  la  masse  des  lecteurs. 

a  La  cour  »,  dit  M.  Palgrave,  a  se  rassemblait  avec  une  publi- 
cité notoire ,  en  plein  jour ,  et  ses  arrêts,  quoique  prompts  et  sé- 
vères, étaient  fondés  sur  le  système  régulier  d'une  jurisprudence, 
qui  n'était  pas  aussi  étrangère,  même  à  l'Angleterre ,  qu'on  pour- 
rait d'abord  être  tenté  de  le  croire. 

«  La  Westphalie ,  d'après  son  ancienne  constitution,  était  divi- 
sée en  districts  appelés  a  fireygraCbchafiten  »  contenant  chacun , 
ordinairement,  un  et  quelquefois  plusieurs  tribunaux  vehmiques, 
dont  les  limites  étaient  exactement  fixées.  Le  pouvoir  du  «  stuhl- 
herr ,  »  ou  seigneur,  était  d'une  nature  féodale  ei  pouvait  se  trans- 
férer par  les  modes  usités  d'aliénation  ;  si  le  seigneur  ne  voulait 
pas  agir  en  personne,  il  nommait  un  a  f reigraff  »  pour  le  remplacer. 
La  cour  elle-même  était  composée  de  freyschoppfen ,  scabini,  ou 


6  «ntiosjffxniosi. 

éck0vÎBft ,  «wMHirfn^yr  le^ntt  «t  cKiiBë&'cati' Aem^  élassesr  :  -VofïK* 
naÎTe»  et  edte  <de» wtsgmcka :oq> wttm  f  %àBEÂB^àmw  un^ercle  pinfi 

«  L'initiation  de  ces  derniimqiii  pariieipaient 'à^lmis  lesinyslères 
da  tribunal,  ne  pouvait  avoir  lien  que  dans  «  le  pays  rouge  »  c'est- 
à-dire  daofi  les  limites  de  rancien  duché  de  West^phalie.  Le  can« 
4idat  paraissait  léte  lyoe  .et  .«aBS  aeiaUire  devant  la  redoatride 
assemblée  ;  on  l'interrogeait  sur  ses  qualités,  ou  platât  sur  l'ab- 
sence de  topte  incapacité;  il  devait  être  né  libre,  d'origine  teuto- 
nique ,  et  pur  de  toute  accusation  de  la  compétence  du  tribunal 
dont  il  allait  être  membre.  Si  les  réponses  étaient  satisfaisantes  , 
il  prêtait  le  serment ,  jurant  par  la  loi  sainte  qu'il  cacherait  les  se- 
crets do  «um^^shme  àfenme  M^méBibs, — àFfère^t  œèrey— àaœur 
et  firère9-<'*«ttfééu«tà>l'eaui — ^^à  %9uies^]«acfé«taiM'cpie4efioMI 
é^kivo  %u  «ail  fesfoèHês  laTeaéé  «o«âie|-^  tottl  0e  qm^sàsilB'eMre 
Ic4»elet  lacerre. 

«Ulle«^tnB•€i•lHei6M'TCbÉt¥e>à  ÊÊBéê^^irÈ'aL^êh.  Il'jupe  >âe 
llévoiiieF«a  txrtlM»nâl<€9vt^mmé  •»  tonAe  ofliMito  de  la  eompétevie 
éa  hàn  aetMt^4e*WÊBp&mtr ,  <q«'ti^MMsrra>étre  ▼MtaMe&'MM^fùVL 
«kadra  âfume  Muree  dlgae  id»  fiaî,  «1  qtfil oW  'sera  eoif étliéu 
iparaiiiioinry  i»f)arhakie>  mfi0lQ'«Vy'tii|pottn^^  po«rf  ierre 

yréeiease,' AfiwavatrfMîêcéca  iwimwil^teiiiBfiuaiairiHao^ 
«dmisianK  lyalèi^cmiw  ai  ibao  tf 'yrtiMMiqi»  ;j  oMini'eBBeîgnaic  lemot 
4f^éfB  ^devait  kiP8erfirà<dÎ6iittgiier«te8<imii黫tl&fligBe  ]par 
iaqii^  il»«e  FeeaMMdsaaieiM;  matoÉiHfliiMilritt  en  tUmm^do^^m 
on  l'avertissait  du  terrible  ohtemiMitréserréatfirère' parjure.  — 
-Gèhii  qui  révélerait  iea  seerets'  de  la  eoor  devait  sîattenèf  e  à  ^tre 
-sai»  à  KitBpr#vfSte  parle  «inistre^^e  «e»  ^en^ances.  Ses  yeas 
«eroQt  eewetts  d'Hn*bandeàu;'ilsera  jetés  terre;  sa 'langue  lui 
sera  arradiée  par  la  nuque,  et  en  lependraa  aaftftet  sept  lois 
plus  élevé  que  celui  de  tout  autre  criminel.  Soit  la  cramteéu  châitî- 
Tuent ,  ou  tes'  yens  plus  forte  du^  mystère  «  nul  neTévéla  jamais  les 
eeerets  du  tiifamàl. 

«  Liés  ainsi  par  an-  nœud  mvisible ,  lea  nembres  du  saint  vehnie 
4eviareat  très  neaibreux.  L'association  renfermait  dans  le  qoa- 
ferzième  siècle  au-delà  de  cent  nriUe  individus.  Des  hommes  de 
tout  rang  briguaient  l'avantage  d'être  reçus  dans  ee  eerps  si  pais- 
aant ,  et  de  participer  aux  privilèges  des  initiés.  Les  pHaees  s'em* 
Cessaient  d'ïinteriser  leurs  mihistresà  feire  parlée  eette'mysté» 


OmODlICVION.  1 

ileâM*et  -niftte^afllaitoé  »  et  les  oîtés  de  rSainre  aedéâràieat^ 
ttMAs  'vaîr  lears^niagiscms  s'eanôler  àtms  Vmvàùst  Trhmîyic 

«  La  jtttMIoliati  suprême  des  triimmiix-.'vduiiiqaes  éMdt  exeroœ 
teia  raHiieBlMée  géBérile,  «ompesée  des  freegraves  et  de  loas  icB 
ÎÊÊHàés  ée  ifiAérens  degrés  ;  l'Eiapereiir  ponmit  présider  oeile 
téamcni'en  personne;  mais  il  éudt  ordmnrenient  rcasplaoé  par 
tfSB  délégué,  le  stadtholdér  de  rancien  duché  de  Westphaii<&.  Aptes 
iaeliafte  d'Henry •le*Iièn,  duo  de  Bmnswicky  cette  fouctien  fut 
'SBaOMaL^eià'Parchevécbé  de  Cologne. 

«  Tous  les  membres  éUôentiusliciaUesdnclMqpkre  général,  etil 
fisnraît  qQe4esfreegrayes7  rendaient  oompte.^s  iaiisquî  s'étaient 
passés  •dâuâ  leurs  dîstrictsidarani  le  eonrs  de  Tannée  ;  les  membees 
indignes  étaient  «sDpulsés  on  subissaient  une  .punition  âéyère. 
€]opafiemeatVeliniique  rendait  les -édits  ou  réfoimations,  comme 
ta  les  appèlatt ,  j^our  le  règlement  des  cours  et  l'abolition  des 
libùs ,  et  déoiduient  les  cas  nouveaux  et  non  préYiDi  par  lea  kns  esis* 
tlkMés. 

^  Comme  Ms  édievias  se  divisaieni  en  (deux  classes ,  les  imsiés 
M  les -non  inttiés ,  de  bidme  les  couravehaûquesÀyaient  aussi  deoK 
8è!^rés.  (i(l/Oflenbare*Dtngi>  ^tait  «ne^asseuiblée  puUicpie  oufM- 
frallatr»;  tnais  «  raenabohe^Accht».  était  le  fasseux  et  eeniUe  tri. 
iMmaL  secret. ' 

La  première  se  réunissait  trois  lois  par  an,  et,  suivant  l'antifue 
«8^  des  Teutons ,  die  se  rassemUaitJd^rdiiudre  le  mardi ,  appelé 
jadis  et  dingstag  » ,  ou  jour  de  cour,  aussi  bien  que  a  dienstag  ; 
jdur'ServMe ,  journée  de  travail  qui  succédait  aux  deux  grandes 
ikes  hebdomadaires  du  dimanche  et  du  lundi ,  consacrées  comme 
i^ion  sait  au  soleil  et  à  la  lune.  Tous  les  ohefo  de  bmille  du  idistrict, 
SOh  Kbi<es  on  serf S5  paraissaien  t  là  comme  ptaignans.  «  L!Of fenbare- 
Ding  »  exerçait  une  juridiction  âvile,  et  jugeait  tons  ceux  qui 
avaient  quelque  plainte  à  faire  «t  qui  cherchaient  àèbtenir  le  se- 
Murs  dn  tribunal  vehmique  ;  dans  les  oas  où  il  n'^pliquast  pas 
Wtte  justice  expéditive ,  qni  lui  avait  acquis  une  si  redonlablc  oé- 
télÀrité ,  lesplaignaasidn  district  y  déposaient  aussi  les  déclarations 
HW  «  wroge»,  ainsi  qu'on  les  nommait,  de  tous  dâits  veousà 
leur  counaissmice ,  et  qui  devaient  être  punis  par  le  graff  et  les 
'Whevins* 

«  La  juridicsion  cnuihëHe  du  tribunal  vdimique  avait  me  îm* 
^éMUO  exieoiion  ;  les  vuhluttipQuvaieut  chfttier  de  singles  scsla-^ 


8  INTRODUCTION. 

dales ,  des  fieiutes  légères ,  toute  Tiolation  des  dix  oominiaidemeBS» 
Les  crimes  secrets  qui  ne  sont  pas  de  nature  à  être  prouvés  par 
le  témoignage  ordinaire  des  témoins ,  tels  que  la  magie  »  la  sor- 
oellerie  et  le  poison,  étaient  surtout  de  la  compétence  des  juges 
Tehmiqnes;  si  quelquefois  ilsdésignaientleur  juridiction  comme  ren- 
fermant tout  ce  qui  offense  l'honneur  de  l'homme  ou  les  préceptes 
de  la  religion ,  une  semblable  définition,  si  cela  peut  s'appeler  ainsi, 
amenait  évidemment  tous  les  actes  dont  un  individu  peut  se  plaindre 
dans  le  ressort  de  leurs  tribunaux.  L'usurpation  d'une  terre  deve^ 
nait  un  délit  soumis  au  vehme,  et  si  la  propriété  de  l'être  le  plus 
obscur  était  envahie  par  le  plus  orgueilleux  bourgeois  de  l'An- 
séatique ,  la  puissance  du  défendeur  pouvait  offrir  une  excuse,  rai* 
sonnable  pour  l'entremise  de  l'autorité  vehmique. 

<K  Les  échevinsy  en  leur  qualité  de  conservateurs  du  ban  de  l'Em- 
pire, étaient  obligés  de  foire ,  jour  et  nuit ,  de  fréquentes,  tournées 
dans  leurs  districts.  S'ils  pouvaient  s'emparer  d'un  voleur,  d'un 
meurtrier ,  ou  de  tout  autre  malfaiteur  en  possession  du  salaire  de 
son  crime — on  en  flagrant  délit  —  ou  si  sa  propre  bouche  confes- 
sait la  faute,  ils  le  pendaient  à  l'arbre  le  plus  voisin.  Mais  pour 
rendre  cet  acte  légal,  les  conditions  suivantes  étaient  de  rigueur  : 
— poursuite  non  interrompue ,  ou  saisie  et  exécution  du  coupable 
avant  la  chute  du  jour;  —  l'évidence  manifeste  du.  crime  ;  — et 
enfin  que  trois  échevins,  au  moins,  pussent  prendre  le  délin- 
quant, porter  témoignage  contre  lui,  et  juger  l'action  qu'il  veuait 
défaire. 

«  Si  un  individu  se  trouvait  fortement  soupçonné ,  sans  accusateur 
digne  de  foi ,  sans  indices  du  crime ,  et  lorsque  le  genre  du  délit 
était  tel  que  les  preuves  ne  pouvaient  reposer  que  sur  des  présompp 
tiens ,  l'inculpé  devenait  soumis  à  ce  que  les  jurisconsultes  ger^ 
maniques  nomment  le  procédé  inquisitorial;  et  les  échevins  étaient 
obligés  de  dénoncer  le  «  laimund  »  ou  renom  mauvais  et  mani- 
feste, au  tribunal  secret.  Si  les  juges  et  le  freygraff  étaient  con- 
vaincus de  la  vérité  de  l'accusation ,  soit  par  eux-mêi^es ,  soit  par 
les  renseignemens  de  leurs  confrères,  le  coupable  était  déclaré 
verja^nbt.  Sa  vie  était  proscrite  ;  et  en  quelque  lieu  que  le  rencon- 
trassent les  agens  du  tribunal ,  ils  devaient  l'exécuter  sans  délai 
et  sans  miséricorde.  Le  criminel  qui  avait  échappé  aux  éôhevins 
était  passible  de  la  même  peine  ;  et  tel  devait  être  aussi  le  destin 
de  celui  qui,  cité  devant  la  cour,  osait  ne  pas  comparaître.  Maïs 


lîrmoDUGnoN.  d 

un  wbâétidèki  lie  pouvait  »  sous  aucun  prétexte,  être  sornnia  à  la 
jostiee  expéditiye  on  an  procédé  inqoisitorialy  à  moins  qu'il  n'eût 
révâé  les  secrets  de  la  cour.  Il  était  présumé  sincère  ;  et  s'il  était 
sous  le  poids  d'un  violent  soupçon  ou  «  leumand,  »  la  même  pré- 
somption ,  qui  était  iatale  an  ncfu  initié ,  pouvait  être  anéantie  par 
le  serment  du  franc-juge.  Si  l'individu  accusé  par  voie  d'appel 
ne  cherchait  pas  à  se  soustraire  à  l'interrogatoire ,  il  paraissait 
devant  la  cour,  libre ,  et  se  défendait  lui-même,  d'une  manière  con- 
forme aux  lois  ordinaires.  S'il  se  cachait,  si  l'évidence  ou  de 
fortes  présomptions  s'élevaient  contre  lui ,  l'afEeiire  était  soumise 
aux  juges  de  la  cour  secrète ,  qui  prononçaient  l'arrêt  ;  dans  beau- 
coup de  cas,  l'acte  accusateur,  ainsi  qu'on  l'appelait ,  était  porté 
en  première  instance  devant  «  l'Heimliche-Acht.  »  S'appuyant 
alors  sur  les  réponses  des  témoins,  il  ne  s'attribuait  aucun  carac- 
tère particulier,  et  ses  formes  étaient  celles  des  cours  ordinaires 
de  justice.  C'était  seulement  de  cette  manière  qu'un  wissenden  on 
witan  pouvait  être  jugé  ;  et  le  privilège  d'être  à  l'abri  d'une  jus- 
tice plus  prompte  ou  des  effets  du  «  lewnund^  »  semble  avoir  été  . 
un  des  motifs  qui  portèrent  un  si  grand  nombre  de  ceux  dont  les 
pieds  ne  foulaient  pas  le  sol  du  pays  rouge ,  à  désirer  être  admis 
dans  la  société  vehmique. 

L'Heimliche-Aoht  se  réunissait  sans  nul  mystère;  les  juges 
s'assemblaient  à  l'ombre  d'un  chêne  ou  d'un  tilleul ,  en  plein  jour, 
sous  la  voâte  du  ciel  ;  mais  le  tribunal  tirait  son  nom  des  précau- 
tions prises  pour  empêcher  que  la  moindre  indiscrétion  sur  la 
procédure  ne  donnât  au  coupable  les  moyens  d'échapper  à  la  ven- 
geance du  vehme.  De  là  le  serment  terrible  que  prêtaient  les  éche- 
vins  ;  et  l'arrêt  de  mort  prononcé  d'avance  contre  tout  étranger 
qui  serait  trouvé  en  présence  de  la  cour.  Si  l'inculpé  venait  à  con- 
naître l'accusation  portée  contre  lui ,  la  loi  lui  accordait  le  droit 
d'appel.  Mab  cette  facilité  était  presque  idéale ,  c'était  une  faveur 
sans  profit;  car  les  francs-juges  s'efforçaient  toujours  de  cacher 
leur  sentence  au  malheureux  condamné  qui,  d'ordinaire^  ignorait 
son  destin  jusqu'au  moment  où  le  cordeau  fatal  entourait  son  cou. 

«  D'après  les  traditions  de  Westphalie ,  Charlemagne  est  le  fon«- 
dateur  du  tribunal  vehmique  ;  et  l'on  suppose  qu'il  l'institua  pour 
contenir  les  Saxons  toujours  prêts  à  rétomber  dans  l'idolâtrie  à 
laquelle  ils  avaient  renoncé,  non  par  persuasion,  mais  par  force. 
Cependant  ni  les  notions  de  l'évidence  ni  les  historiens  contempo- 


10  nrmonooiieei. 

HÔBs  ne  .dtaftinentroMe  iqpwMQ^  ^et  rA  rnus»  ^«saoûnots  les 
«eies  4atnb«iial  Tebm«|«ey  ^ms.TemoBs  qa'enrjoiiiicipp&îbat 
ttlèseAttsuT' AÉlj^int  eMontielida  liMÎiusidiiotioa'«sercée(  «n  An* 
f^elerre,  idaiiB  le  twtkokte  des  viUes  et  ém  oanton^yi  ptrles  Ao^fo* 
Saxons^Parai  aoos ,  le  ydleiir  tm  brigand  4taît  également,  jjpwi 
Mr*le«cbaii»p:a'il  était  -aFfâté  par  les  bemmeaite  la  ¥iUe,  ^  la 
iDâBie  lei  aettak  ^eQ«x-«i  à  Pabri  d'iiBe  seiyiblable  ^s^^  Lia 
attHation  d'«Q  pmserit  an^liis -élaît  Mactement  laoalafseiàeettB 
de  rkidi^îda  échtppé  aucM^nadea  écheyuis,  ou  qai/flvait«[iaiicpié 
de  compavaitre^  devs^t  la  icoiir  yebBiiijpin  ;  oondaBotaé  -  aaos  lêtre  *ml* 
leada»  anjielecettfinMUitpaa'aYeo.s^sftO€»8ate9rs.  Lea^pre^éièléa 
ÎD^sileriaiiXy  aiasi  queles nemiDeiit  les lépatea  aHejttanda,  aavt 
idettiîqaes  ayec  «Mis.^aiieiQiMieB  dénon^aUoiia.  Les  préaomptîoM 
scyBt,.ai]2MtitvéesanxtpreaiFes9  eti'Qfânion  généiale  lîetit  la  plaee 
d^on  -aconsaieiir  Fesp^msable.  lue  sert  de  l'individu  'fae  toittile 
peiiple  regiMPdait  eoflme  tmi^veiaii  siècle  des  Sax.#ilfe,«a:^r^ 
trenvait  leiipfsé  à  te  MdvttilUAiQe  de  l'ei^iinèfe  ^ .  à  la  ^pémodessl» 
vsitei  iétaitàfieiiie^|ivé|éiiakla,à  edWLderiioiiimeaîgnalé;oeDUite 
«fewnnnd  »  par  la  Isi  yehaâifiie. 

«  PottT  lestas  de  dé^pablî^^tifte  {NtvaeriptipiiiSl  &'d3»atait»Éii 
fond  nulle  différence  entre  lajurisprudenoeiKliglaiseetlaîaiiaiml» 
dsMB  yebmifae.  MfiiBdaoaMpf^HWsinqviNiorial»  iliéllétfietttuis  à 
l'inculpé  9  4'^rè8iift.  code  |das  «aciep»  de  oeiitir  les.riéfMs-jde 
Tépreuv^.  Acmé  deyant  lesJbwidrediQuJes  tl^aincis^u^Wapefcuahe 
Qes  aeUes  4a  caution) ,  .son  .propre  senpiekitie^  justifiait».  8'il!élait 
iHHnme  de  bien  ^  et  il  «portait)  lé  fer,  »  >8'tl.  nfélait  pas  id>rfséfa(r 
Testime  qo^inspire  we  répmatisii.aafis  tacke.^&e  même  «sagepeut 
ayoir  été  ado]^  originairement  en  iWestfihaii^  ;  car  puisque  le 
m  wissend^  »  étant  présumé, digne  de  lai ,  ^pouyait  se  •disou^er 
IMir  son  aerment,  A«st  probabioquWn'Sfooordaât  la  deralèce  res- 
sooroe  de  répreoy^AB  qoibl  in^é  fiu  se  tt^ou^ait  placé  à  nu  degi^ 
plus  bas  de  conaidérationi<c  de  €or»flmee;:|QaiB  lorsque  >le  jng»» 
ment  de  Dieu  fat  alK>li  par  les  décrets,  de  .relise,  il  ne  yîtttpas4 
la  pensée  des  juges  vehmiqiiesde  soumettre  raceuséo  sa  secoade 
preuve  par  )e  wisne^  qm  forme  maintenaAt  le  caractère  discinctif 
de  la  loi  anglaise ,  et  il  était  cwsidéré  comme  .coadajiuié«  Les  actes 
4e  rHoimliche*Acht  étaient  d'une  aatwne  absolue ,  on  ne  pouyaît^y 
mettre  aucme  opposition. 

«X#«  tnbimmx  vthmfiMdoiiffiiU  iitt  considérés  cûfntne  htjuH* 


de  leur  pays,  La  forme  vtimgmlàire  ét\mfH9iifUe  itU  twn^mifMH  »  Al 
uns  de  jl^umêêÈ -énignuOigfÊet»  tuâoge  JesimgmeB  feiieytfdùlai  de 
wnsnimm'  ïsanee^  ;pemmmt3/fnftmblemtmt.  4ire  >mUriimée  à  Sèpmpm  aà 
le  ej^memidier  éksU  unimmeutie  Jes  dMgû^  wtmgm9$m$ ,  màèit 
stnlenee  eimii .fmnmJgmée  par  les  kteiMmeda^deeUn'fmeeemNé^f 
comme  jadie  lu  Omnkmefj,  mmM^'pMs  <fey  mwtttt  de  nerwade 
Woden.  GetAe  iMÎaan,  avecCanoteiMW  pottisfueda  pafaMMD,  si 
Aiiyau^tiiiAiqaéfiiUuisrhBtiihii^  linNird » laiaMMwweqiMi- 
^ÇMS  fMfctofl.y^iîgeg  dMMieeaft  4b  UAaeleiMire»  aaaift  16  mynàtfe 
«fcéuii  éyanftni  4QpMiaJkMtg*t«M;i»^  et  làiniaaaiiln  nynèÉw^iari— t 

«•Quantjutt  inbwMii  ▼«liMqMs  «  il  est  facMMi  ^pi««i  4ttift  un 
jiàcie  et  -iine  oeaftrëe  ^^nMUOoiit  lierkeres,  levr  ao4e  dttfieoédwB, 
igpoifiie  nkiknti.  Me  fct,|Mift4MiB!]ttîJlîlé.  LeuBsé^re»  etrMorèies 
Teiigeaaoevr^^iiMilèMUit  Mayestla  eâfacité^d'ttn  iiilear4e  tMiMe 
atnctktt  let^.pnetiigèNwt  r^eypnmé  ebgcw^  rél^ntee^  et  loéHie 
fabeB  ^.lear  fUMurké^oeinoiiwitt'eii'qBelqeeiiieMàre  ifostifiési, 
daDs  an  état  divisé  en  de  nombffeiiMS'ÎHindialMMiMdéiMBdflBftai 
las  ânes  4ea«infrQS»<ei4^]iivM*4in0  eoer.ae«f araîne  i^m  fâftTendlie  la 
jnstieeA¥ec«M'JiflMe  îaapwtialilé  Maia  à-nesmoKite  IWdve  ee« 
lOÎal  s'aBnéUeva.,!  oos  tvibanewt  dég&iérAneetMlAes  éalieniis  oheisis 
iaiia  lesi  claaaef  Mrférieiafoi^,  nUvakiit  aiiawae  •eeaÉUJénaioii  per* 
j0BMUe«£n  »ffef!Îiîo»>ayee Jes  tiiUea«j><Jeatat^dei^àiiiiéaÉii|l, 
jdtijetft  ■<€»>  segipgQiia  let  4e  i'iîfiiauitiéi4\a«e  nniiainlci  iÉri8iofiraiae> 
xes«tan  fafla•t4»$S(f|e^uealdîaM«ctsAb«Ueaipatl  laloi^  f»eat 
4aBa  d'Attto^|leSif(Nn»es4aa  iribQoaeKieodiQaiiw^elle  pknhgnaMi 
nombre  tomba  en  désnétnde.  Cependant,  à  une  époqne  aaaaî  t^ 
piocbée  4e Aoitf.iqae  «le  .aiiUeu  tet4a-]Héiièafeftiàale,  fuelfaes 
.trifaiu«n&3iFelwMqDaa>eittaBrv«aeDleiicerelete  «emySun^posBédur» 
4iioueD&«»  peii&luiâteeilt  le  «opposer,  aaeimP0aie<dele«t  amùonie 
j^saDoe»  »  .^C«MI4VJB..  iSSar  fa  mainoMu  H  îeii pn>g^sdm'gmih 
wtnuimen^angbUs}prmif€êee'dê»eiêpp0mi0i4fp.  Ii7.) 

J'M/Ooarqué'eii  letiret»  itâb^aes  le  {lasaafeie  i^os  iaflq[M<aiit4e 
k  eâiatâoa  eifdasaea.  L'oipÎBÎen  •^'elk^  exprime. ote  aeiaUe  «veir 
lotttes  les  appvre&ûas  de  la  jestiçe  et  de  la  véidlé;  et  .si  elle 
est  confirmée  par  de  plus  mûres  investigations,  ee  ne  aéra  pas 
une  gloire  médiocre  pour  an  savant  anglais  d'avoir  troavé  la  dé 


12  tNTRODTJCTION. 

d'un  mystère  ..lôti'gbtemps  cherché  en  Vain  par  léâ  laborieux  et 

profonds  émdits  de  l'antiquité  germanique. 

Il  y  à  probablement  plusieurs  autres  points  sûr  lesquels  il  serait 
à  propos  de  saisir  cette  occasion  de  m'étendre  ;  mais  la  nécessité 
de  me  préparer  à  une  excursion  lointaine,  pour  chercher  sous  un 
ciel  étranger  la  santé  et  la  force  qui ,  depuis  quelque  temps ,  m'a- 
bandonnent,  m'oblige  d'abréger  la  présente  Introduction.  . 

Quoique  je  n'aie  jamais  yisité  la  Suisse ,  et  que  de  nombreuses 
erreurs  aient  dû  m'échappier  en  décriyant  les  sites  de  cette  roman* 
tique  région,  je  ne  dois  pas  quitter  la  plume  sans  reconnaitrci  avec 
un  vif  sentiment  de  gratitude ,  que  cet  ouvrage  a  été  accueilU  avec 
une  cordiaUté  plus  qu'ordinaire  par  les  descendans  de  ces  héros 
des  Alpes,  dont  je  me  suis  aventuré  de  retracer  les  mœurs  ;  et  j'ai 
des  remerciemens  particuliers  à  ei  primer  à  plusieurs  correspon- 
dans  suisses,  qui,  depuis  la,  publication  de  cette  nouvelle,  ont  en- 
richi ma  petite  collection  d'armures,  des  modèles  de  l'arme  colos- 
sale qui  brisa  les  lances  des  cavaliers  autrichiens  à  Sempach ,  et 
ne  fut  pas  employée  avec  moins  de  succès  dans  les  sanglantes 
journées  de  Giranson  et  de  Morat. 

J'ai ,  je  pense ,  reçu  jusqu'à  six  de  ces  anciens  espadons  à  deux 
mains  de  la  Suisse,  très  bien  conservés,  de  différons  individus,  qui 
ont  ainsi,  attesté  l'approbation  générale  qu'ils  accordent  à  ces 
pages.  Mais  elles  ne  sont  pas  moins  intéressantes,  ces  épées  gigan- 
tesques ,  presque  semblables  de  forme  et  de  dimension ,  qu'em- 
ployèrent dans  leur  lutte  avec  les  braves  chevaliers  et  hommes 
d'armes  de  l'Angleterre,  Wallace  et  les  intrépides  fantassins 
qui,  sous  ses  ordres,  posèl*ent  les  fondemens  de  l'indépendance 
écossaise. 

Le  lecteur  qui  désire  approfondir  les  feitis  historiques  qui  ont 
marqué  .la  période  oii  cette  nouvelle  est  placée,  trouvera  d'amples 
ihoyens  de  se  satisfaire  dans  les  estimables  ouvrages  de  Zschokke 
et  de  M.  de  Barante. — V Histoire  des  dacs  de  Bourgogne ,  par  ce 
dernier  auteur,  doit  être  comptée  parmi  les  plus  remarquables 
acquisitions  modernes  de  la  littérature  européenne.  —  Nous  cite- 
rons aussi  la  nouvelle  édition  parisienne  de  Froissart,  qui  cepen- 
dant n'a  pas  encore  été,  dans  cette  contrée,  l'objet  de  l'attention 
qu'elle  mérite.  W.  S. 

Abbotsford,  17  septembre  x83i. 


CHARLES 

LE  TÉMÉRAIRE, 


ou 


ANNE  DE  GEIJ^STÈIN, 


LA  FILLE  DU  BROUILLARD. 


'**-*" ^"i*  *^i*i~**"n*"ti"T*i^v>'^^it»l'>ri'»'><ir%'>-yi»wi«%*<»»%mf»m*r»«/Mm.^»ii.^^<Hj^,<.t,i,<, 


CHAPITRE  PREMIER. 


Cet  rapean  boiUlloanant  tout  aotovr  d«  glaciers , 
Aa-de*soDS  de  mes  pieds  s'él^ent  en  spirale  ; 
Ces  naages  épaie  doot  U  blaachear  égale 
Celle  qa'offre  à  nos  yeux  l'Ooéao  écornant , 
Qoand  son  sdn  se  soulève,  agité  par  le  reDi..«. 
Ahl  la  tête  me  tonmel 

JAkWWKBB. 


Près  de  quatre  siècles  se  sont  écoules  depuis  que  les  éTènemens 
qui  Tont  être  rapportés  dans  cet  ouyrage  se  passèrent  sur  le  con- 
tinent. Les  documens  qai  contenaient  l'esquisse  de  cette  histoire, 
et  qu'on  pourrait  invoquer  comme  les  preuves  de  son  authenticité, 
forent  long-temps  conservés  dans  la  superbe  bibliothèque  de  Saint- 
Gall;  mais  ils  ont  été  détruits ,  ainsi  que  la  plupart  des  trésors 
littéraires  de  ce  couvent,  quand  il  futpiUé  par  les  armées  iiévolu- 
tionnairesde  la  France.  La  date  historique  de  ces  événement  nous 
reporte  au  milieu  du  quinzième  siècle,  époque  importante  où  la 
chevalerie  brillait  encore  d'un  dernier  rayon ,  qui  devait  être 
bientôt  totalement  éclipsé ,  dans  quelques  pays  par  l'établissement 


U  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

d'institalioiis  lil^s,4<li>s  d^ti]0§^paf.celtt4aip«aiToir  arbitraire; 
ce  qui  rendait  éfal/eii>eiit  inptile  l'iniervaiitioii  dt  ces  redresseurs 
de  torts,  dont  l'autorité  n'était  appuyée  que  sur  le  glaive. 

Au  milieu  de  la  lumière  générale  qui  s'était  récemment  répan* 
due  sur  l'Europe,  .plâsienrs  pays^  t^-que>la  Friince,  la  Bour* 
gogne,  l'Italie,  et  plus  particulièrement  l'Autriche,  avaient  appris 
à  connaître  le  caractère  d'un  peuf^le  dont  jusqu'alors  ils  avaient  à 
peine  soupçonné  l'existence.  Il  est  yraique  les  habitans  de  ces 
contrées  situées  dans  les  environs  des  Alpes ,  cette  immense  bar* 
rière,  n.Vgiioraie|it4ia$qu(a(,inalgrétleuva!a^cts;déser^  et  sau- 
vage», les  vallées  isolélft  qui  serpentaient  entre  ces  montagnes 
gigantesques  nourrissaient  une  race  de  chasseurs  et  de  bergers; 
ces  montagnards  .vivant  dans.ua  étaiide^simplicité  primitive ,  ar- 
rachant au  sol  par  de  pénibles  travaux  des  moyens  de  subsistance, 
poursuivant  le  gibier  sur  les  montagnes  les  plus  inaccessibles  et  à 
tpavers^les- ferèls  deptnar  les-plos -épaisses',  condoi^ient  leurs 
bestiaux  partout  où  ils  pouvaient  trouver  quelque  pâture ,  même 
dans  le  voisinage  des  neiges  éternelles.  Mais  l'existence  d'un  tel 
peuple,  ou  plutôt  d'un  certain  nombre  d'agrégations  d'hommes  ré- 
duits presque  tous  aux  mêmies  travaux  et  à  la  même  pauvreté,  avait 
peu  occupé  l'attention  des  princes  riches  et  puissans  des  environs. 
C'est  ainsi  que  les  troupeaux  majestueux  qui  paissent  dans  de  fer- 
tiles prairies  s'inquièieirtii  peu  que  quelques  chèvres  sauvages 
trouvent  une  nanrriture précaire  sur  les  flancs  des  rochers. 

Ces  montagnards  commencèrent  pourtant  à  exciter  la  surprise 
et  l'attention  vers  le  milieu  du  quatorzième  siècle,  lorsque  la  re- 
nommée parla  de  plusieurs  combats  sérieux,  dans  lesquels  la  che- 
Talerie  allemande ,  voulant  réprimer  des  insurrections  parmi  ses 
tassanx  dès  Alpes',  avait  essuyé  plusieurs  sanglantes  défaites, 
queiqu^^elle-eàt  pour  elle  lèoionÂre^  la^iscipllhe^et  l'avantage  de 
l'équi^iement mîUtaîref  Gn fatétonné quelacavalerie^  force  pr^n- 
cîpak'  des  avniëes  féodales  \  e6t  été  «mise'  en  déroute  parles  fan- 
tasms,  et' q«6' des  guerriers  complètement^  couverts  d'acier 
euBseoi  été^terrassés  par  tles* hommes  qui  ne-portatent  aucune  ar- 
mure ééfensiTe,  et  qui,  pour  attaquer,'  n^étaîent  quHTréguKère* 
ment  armés  dé  piques-,  dë-hàllebardés'  et  dé'  bâtions;  I^r-dessus 
tout,  o»regaria comme .uncespèce dé miraclequedes chevaliers 
et  des»  noUes  eussent  (été  Tssneus  perdes  paysans  et  des 'bergers. 
Biais«lea^Tieloire&  rëitéÉées'que  les'Sfdssesi  remportèrent  à  Lan- 


peu,  àtSmpaeli,  'eti svr  d'anlrMelMiiii^  de,  iMiifti'  itoiiit  o<- 
labres*^  iiid»qwOTOi\t>ciMr«mwi^  qaW  a^¥aa»,pjwiMf»  d'orgiUBV 
8|itioQCÎyile.etideiiifliiftyeHie]it^niiUuîrQB  avMt  pris*  Mmapcedwf 
l^:régioBa  ûrnseiues  de  l'iMyéûc^ 

Gq^eadapl»  qnoifiele^  vt«toûpes  d(é«îs»re&q|Bia8#vère»tl^  li* 
lirté  deAdmtiOdii(5:  snîat^t  aiiwbkii  q/m  Teipril^  de.réioliKiM 
ei;  de  sagesse:  ay^  lequel. 1^  m^wibras.de  cette  petite  ooofiér 
dteatien  s'^uîent  lasMUeiMi»  ceetee  les  plee^  grands  efforts  de 
rMtricb»^  eBsseetirépanitoleiwrfiisnnni^dsns  toaales  paya  des 
environs^  qneîqii'ila  eitesent  le^seetisseeiib  intîais  de  la,  force  que 
koraTaiem acquise  des  Yielaîircs  répétées»  ttéanieoiiis»  ju^qu'ae 
mi&ew  àm  quieiâènie  sièele»  et  messe  encsie  pies  tard»  ils  coasert^ 
▼èrcDA  en  grande  partie  la  sagesseï  la  medératien  et  ]m  sieiplicUé 
de  leurs  anciennes  mœurs*  Geax  même,  à  qui  le  crauaandemeni; 
des  troiqpies  de  la  répnbl«|tte  élait.  oen^é  pendant  la  gnerre». 
avaient  oontome  de  reprendre  la  houlette  du.  berger»  qowd  ils 
déposaient  le  bâton,  de  cemmandfsaenit  :  comme  les  dictateurs  ro* 
mains  9  ils  se  confondaient  avec  leurs  concitoyens  »  et  n'étaieitf 
pbe  qne  leurs  égaux ,  quand  ils  descendaient  du  rang  auquel  leurs 
émiaens  talens  et  la  voîz  de  lenr  patrie  les  avaient  ékirés. 

C'est  denc.dans  les  canlona  des  Forêts ,  de  kSuisse ,  et  pendant 
l^utomae  de.l474i^  qne  notre  Jbistoire  oommcMce* 


Beua^vogrageurs»  l'nn.  étant  déjà  bien.  Ipindu  printemps  de  h 
▼ie^  l'antre  paraissant  avoir  viagt-deux  à  viagutrois  ans»  avaient 
psflsé  la  nuit  jdans  la  petite  viUe  de  Lnçerne ,  capitale  du  canton  de 
ce  nom»  sii«6Bmagnifiqaemen|sur  lolac  des  Qiiatre-(Iantons«  Leur 
apparence  et  leur  costuma  semUaienV  annonp^  des  marchands  de 
la  ppemièra;clasaef  et  taudis  <pi'ils. allaient  à  pied,.manière  de 
▼of^^  quct'la  nature  du  pays  rendait  le  plus  facile  »  un  jeune 
paysan,  venu  du^lé  des  Alpes*  qui  doHwe  l'Italie,  les  suivait 
avec  une  mxde  d^  somme  sur  laqudle  il  montait  ^d^efois , 
aiaisque  plus iS0uiFeQtilcenduisa]itpev4a bride. 

Ces  voyageurs  «étaient ides  hommes  de  bonne  mine ,  tels  qu'on 
en  voit  pea  communément  i  et  ilstseuiyblaient  unis  par.  les^  liens 
4Suue prodie  parentés  ProbaUem«KU'iétsÂt.le pàreet  le  fils$  cer« 


16  CHARLES  LE  TÉMÉRAtRË. 

dans  la  petite  auberge  on  ils  avaient  passé  la  soirée  précédente,  la 
grande  déférence  et  le  respect  du  plus  jeune  pour  le  plus  âgé 
avaient  excité  Fattention  des  naturels  du  pays,  qui,  de  même  que 
tous  lies  êtres  vivant  loin  du  monde ,  étaient  d'autant  plus  curieux, 
iqu'ils  avaient  moins  de  moyens  d'apprendre.  Ils  remarquèrent 
aussi  que  les  marchands ,  sous  prétexte  qu'ils  étaient  pressés ,  re- 
fusèrent d'ouvrir  leurs  balles ,  et  d'entrer  en  trafic  avec  les  habi- 
tans  de  Lucerne ,  alléguant  pour  excuse  qu'ils  n'avaient  aucunes 
marchandises  qui  pussent  leur  convenir.  Les  femmes  de  la  ville 
furent  d^autant  plus  piquées  de  k  réservé  des  marchands  voya- 
geurs, qu'on  leur  avait  donné  à  entendre  que  la  cause  véritable  en 
était  que  les  marchandises  qu'ils  avaient  à  vendre  étaient  trop 
chères  pour  trouver  des  acheteurs  dans  les  montagnes  helvétiques  ; 
car  il  avait  transpiré,  grâce  au  babil  du  jeune  paysan  qui  accom- 
pagnait ces  étrangers,  qu'ils  avaient  été  à  Venise,  et  qu'ils  y 
avaient  acheté  beaucoup  de  marchandises  précieuses ,  importées 
de  l'Inde  et  de  l'Egypte  dans  cette  cité  célèbre,  marché  général  de 
tout  l'Occident,  et  même  de  l'Europe.  Or,  les  jeunes  Helvétiennes 
^ient  d'autant  plus  contrariées,  qu'elles  avaient  fait  la  décou- 
verte, depuis  peu,  que  les  riches  étoffes  et  les  pierres  précieuses 
étaient  agréables  à  la  vue  ;  et  quoique  sans  espoir  de  se  procurer 
de  pareils  ornemens ,  elles  éprouvaient  le  désir  assez  naturel  de 
voir  le  riche  assortiment  des  marchands  et  de  toucher  des  objets 
si  rares. 

On  remarqua  aussi  que,  quoique  ces  étrangers  fussent  polis,  ils 
n'avaient  pas  ce  désir  empressé  de  plaire  que  montraient  les  mar- 
chands colporteurs  de  la  Lombardie  ou  de  la  Savoie  qui  rendaient 
visite  de  temps  en  temps  aux  habitans  des  montagnes,  et  qui  y 
Élisaient  des  tournées  plus  fréquentes  depuis  que  la  victoire  avait 
procuré  quelque  richesse  aux  Suisses  et  leur  avait  fait  connaître 
de  nouveaux  besoins.  Ces  autres  marchands  étaient  civils  et  em- 
pressés, comme  leur  profession  l'exigeait  ;  mais  ces  nouveaux  venus 
semblaient  pleins  d'indifférence  pour  leur  commerce,  ou  du  moins 
pour  le  profit  qu'ils  auraient  pu  faire  dans  la  Suisse. 

La  curiosité  était  encore  excitée  par  la  circonstance  qu'ils  se 
parlaient  l'un  à  l'autre  une  langne  qui  n'était  certainement  ni  l'al- 
lemand, ni  l'italien,  ni  le  français;  mais  qu'un  vieux  domestique 
de  l'auberge,  qui  avait  été  autrefois  jusqu'à  Paris,  supposa  être 
l'anglais.  Tout  ce  qu'on  savait  des  Anglais  se  bornait  à  peu  de 


CHARLES  LE  TÉBIÉMAIRE.  n 

chose.  Gétaitf  disait-on,  une  race  d'hommes  fiers,  habitant  une 
9e,  en  guerre  ayee  les  Français  depuis  des  siècles,  et  dont  un  corps 
nombreux  avait  autrefois  envahi  les  cantons  des  Forêts,  et  subi 
une  défaite  signalée  dans  la  vallée  de  Russwil ,  comme  s'en  souve- 
naient fort  bien  les  vieillards  de  Lucerney  à  qui  cette  tradition  avait 
été  transmise  par  leurs  pères. 

Le  jeune  homme  qui  accompagnait  ces  étrangers  était  du  pays 
des  Grisons ,  comme  on  le  reconnut  bientftt  ;  et  il  leur  servait  de 
guide,  aussi  bien  que  le  lui  permettait  la  connaissance  qu'il  avait 
des  montagnes.  11  dit  qu'ils  avaient  dessein  d'aller  à  Bfile,  mais 
qu'ils  semblaient  désirer  de  s'y  rendre  par  des  chemins  détournés 
et  peu  fréquentés.  Les  circonstances  que  nous  venons  de  rapporter 
alimentèrent  encore  le  désir  général  de  mieux  connaître  ces  voya* 
geurs,  et  de  voir  leurs  marchandises.  Cependant  pas  une  balle  ne 
fut  ouverte  ;  et  les  marchands ,  quittant  Lucerne  le  lendemain 
matin ,  continuèrent  leur  fatigant  voyage ,  préférant  un  chemin 
plos  long  et  de  mauvaises  routes  à  travers  les  cantons  paisibles  de 
la  Suisse,  plutôt  que  de  s'exposer  aux  exactions  et  aux  rapines  de 
ladievalerie  pillarde  d'Allemagne,  dont  les  membres,  s'érigeant 
en  souverains ,  &isaient  la  guerre  au  gré  de  leur  bon  plaisir,  et 
levaient  des  taxes  et  des  droits  sur  tous  ceux  qui  passaient  sur  leurs 
domaines,  d'un  mille  de  largeur,  avec  toute  l'insolence  d'une  ty- 
rannie subalterne. 

Après  leur  départ  de  Lucerne,  les  deux  marchands  continuèrent 
leor  voyage  heureusement  pendant  quelques  heures.  La  route, 
quoique  escarpée  et  difficile,  était  rendue  intéressante  par  ces 
brillans  phénomènes  qu'aucun  pays  ne  déploie  d'une  manière  plus 
étonnante  que  cette  Helvétie,  où  le  défilé  des  rochers,  la  vallée 
verdoyante,  le  grand  lac  et  le  torrent  fougueux  se  distinguent  des 
autres  pays  de  montagnes  par  les  magnifiques  et  effrayantes  hor- 
reurs des  glaciers. 

Ce  n'était  pas  dans  ce  siècle  que  les  beautés  et  la  grandeur  d'un 
paysage  faisaient  beaucoup  d'impression  sur  l'esprit  du  voyageur 
ou  de  l'habitant  du  pays.  Ces  objets,  quelque  imposans  qu'ils  fus- 
sent, étaient  iamiliers  aux  derniers;  leurs  habitudes  journalières 
et  leurs  travaux  les  y  avaient  accoutumés  :  les  autres ,  en  traver- 
sant un  pays  sauvage ,  y  éprouvaient  peut-être  plus  de  terreur 
qu'ils  n'y  remarquaient  de  beautés,  et  ils  étaient  plus  empressés 
d'arriver  en  sûreté  à  l'endroit  où  ib  comptaient  passer  la  nuit, 

2 


18  CHAIILBS  LE  TERfSIUIRK. 

qnedfifl'exlaiiersar  la  gmdear  d^s  scènoA  «fui  «^offi^MWt  à  làWHi 
j^voL  ayant  qu'il»  eoas^ni  gagné  Imv  gUe.  Cependaiit  nos  mar- 
chanda,, tovt  en  eontinuant  leur  ronte,  w  purmt  a'agipéçb^ 
d'éipe  virement  frappé»  du  paysage  qui  laa  enlonrait^  hfnr  route 
animait  lea  borda  du  la<;,  tantôt  a'élayant  k  une  grande  hauteur  sur 
les  flancs  de  la  montagne ,  et  serpentant  le  long  de  rochers  aussi 
perpendiculaires  que  le  mur  d'un  obâteau^fort,  Qa^quftfojs  elie 
]^ré90ntait  à  Tceil  des  aspects  plus  deu< ,  des  fîateauy  couverts 
d'une  verdure  délioieuae ,  des  yaUée»  profond^»  et  retirées ,  des 
pâlur^lges  et  des  terres  labourables;  ensuîie  un  bameaii  d^  t^m* 
«ièvea  eonstruites  en  bois ,  ayeo  aa  petite  église  de  (Qrmfi  S^nta»-* 
tique  f  et  son  oloeber  ;  enfin  des  vergers  et  des  pote^^n^  eouYert§ 
de  vignes»  et  par  intwvalle  le  cours  4'mp  ruisseau  qui  Ml^it  i^Mcf 
dans  le  l%o« 

-r-  Qe  ruisseau  »  Arthur»  dit  le  plus  âgé  des  deux  voy^geqve,  qui 
4'^laieut  arrêtés  d'uQcpuiuuin  accord  pour  contempler  ^^  pajFSfigft 
Sfoublahle  tu  dernier  que  je  yiep^de  décrire  ;  ce  r^issecm  ressônihlfi 
%  la  vie  d'm  bonune  vertueux  et  heiireux* 

TT^  St  ce  tinrent  qui  ae  précipite  do  oette  mont^gaf  éloignée  » 
et  dont  le  eoura  est  marqué  par  ui^e  ligne  d'écmpe  hlinchi,  4oi^ 
manda  Arthur,  à  quoi  reaseinhle-tTil  ? 

r-^  ▲  la  vie  d'un  homme  brave  et  ipfortiiné ,  répop^it  so^  p^r®. 

—  A  moi  le  torrent ,  dit  Arthnr  ;  un  cours  impétuou^i;  qiie  U9)Ue 

tMPoe  humaiue  ne  peut  arrâter»  ot  peu  importe  qu'il  soit  hp»ù  ooprt 
ifS»  glorieux, 

•^  C'eat  la  peoaée  d'un  jeune  homme  »  répliqua  sou  père  $  m^^ 
}%.  9fiiBi  qu'elle  est  telleinent  enracinée  dan»  vptre  cœ\^r,  que  1^ 
main  cruelle  de  l'adversité  pourra  seule  l'en  arracher. 

trrt  Le»  racÂnea  tiennent  encore,  reprit  le  jeune  homme t  et  ee^ 
pendant  il  me  semble  que  l'adversité  y  a  déjà  a»»e^  porté  la 
main. 

TT  Vefis  parlez  de  ee  q«e  voua  ne  comprenez  guère,  mon  ffls , 
h»  dît  SM  père.  App^n^^  que  juiqu'à  ce  qu'on  ait  pa»9é  lo  niiliou 
delà  vie„  on  sait  à  peine  di»ti(igufir  le  vrai  bonheur  de  l'Adversité; 
eu  pkitftt  Q^  recherche  eommo  dea  fsveurs  de  h  fortune,  ce  qu'où 
devrait  regerdev  comme  des  marque»  de  son  courroux.  Voyeic  la^ 
hee  eette  montagne,  dont  le  front  aoureilleus  porte  un  difidîme  d^ 
«nage»!  qui  taptât  s^élèvent ,  t»ntftt  s'abaissent ,  snivaut  que  le  »o- 
litt  leafroHM»,  uiua  we  ses  rayon»  ne  penveùt  diq[>ei9er*  -m  Vu 


etktw%  poqrrait  croirç  que  ç'«8t  ape  çonroniw  ifH  ikMfe  ;  **-  fn 
l^Qinme  y  Toit  l'apnonçe  d'uite  tempête^ 

Arthur  myait  ladi^ei^tian  des  yeux  4f^  $f^  fprn»  g^i  ^  Snmt 
sor  le  3Pimn^(  3om})rç  ^%  Qoir  du  H<>at  PilMf^« 

—  I^ç  brouillard  qui  coayra  cette  mout^^fpci  faufW^  ^st^il  dOM 
d'im  3i  n^auyais  augura  ?  d^ioanda  le  jeumç  buimAi 

—  Qç^la^dez-le  %  ÂptpuiQ,  lui  lëmuidil  Hm  pèWt  il  VW  !!*• 
çwterfi  la  lég^de, 

ArUiur  ç'adress^  au  je^pe  Suissu  qui  le^  itrigouamuiiît,  et  M 

4eiU9udsi  le  uom  de  cetifi  «ombre  mopH^g^  ^^i  4^  <)f  fM» 

^fgble  ^  mun^qu^  de  toptfu^  celles  qu' w  ycût  dl»4  )ea  mwOM 
de  Lacerne. 

l^  jjeuw  hûwm^  4(  nu  «îgpe  de  erqix  avec  dévuM^^i  #t  |MU1|U 
1»  l^çude  populairçi  qui  préteud  qqe  1^  cQupçihh  pr<¥VH|B«l  de  h 
4i|d^  py^it  lermiué  eu  cet  epdroit  ^  yie  impif  \  qu-ap9f«  «IFoif 
V^  pl«M«ui^  4UP^4  d^m  les  retraite^  ^litairi^  de  o^W  moai 
togue ,  qui  porte  e(}pore  squ  uom ,  «es  remords  pf  «911  d^^^fl^r» 
plu\àt  que  sa  péuitençe,  Tav^iput  précipité  dpps  le  Ip^fim^e  qui 
eu  Qçgnpe  \e  sppuqet*  Veau  «e  rpfusp-t-eUe  pu  suppUcp  dp  ep  pw^ 
sérablç,  PU ,  «pp  cprp«  fyapt  été  poyé,  son  çspri(  çoptipUP-ttil  % 
^ftpter  ip  Upu  pu  le  ftpiçidP  UYfUt  é^é  cpqiniî«  ?  p'e»t  p|  gu' AttUmiO  M 
se  çh^ur^  p^s^'pxpliqppri  l^^s  Pnypypit  spuYeuti  «ioulft-t-il|  W¥l 

&me  bufp^ine  «ortir  de  pettp  epu  spmbrp ,  ^  ip»itp9  le»  feeM 

4'^  hppiuie  qui  sp  Ipye  lç«  w»»-  QPAPd  pplp  9rriYtU  f  4f9  IM^iM 
éj)^M^  4e  ]kpuiU^r4  sp  rp^^eiublaient  4'abord  tout  aptwr  dtt  l4« 
{pferupl  (ÇM*  tel  e^t  Ip  npp^  qu'il  pprtpit  putre$t>is),  et»  eppyraut  w 
suite  de  ténèbres  toute  la  partie  supérieure  dp  )p  Uiaptpgiie,  pu- 
l)pn(9ÎeUt  UUP  teu^i^êtp  pu  pp  opragpn  1  qpi  UP  turdpit  junaiA  à 
«rriypr.  l\  aypntp  qup  çpt  esprit  pipUpispnt  étpit  ppreiUçipeiit  pppn 

ropçé  4p  Vpndppp  dei  îitr%uger«  qui  o^pieut  grpyîr  Ip  noAMnn 
S^tqr  ^mltu^plep  Ip  tbéptrp  dç  spu  pbptiuippt ,  fi  qu'eu  cpuMfef 
fp^pf  ]i^  lUPgifitiFpM  Pf Pieut  défeudu  que  qui  que  ee  suit  pppro» 
^t  du  M«ut  Piiatp»  ipup  ppiue  d'upe  puuitiau  séverpt  àAtpim 
%\  e%sR^  ip  ^ipup  de  Ift  preiit  pu  6ni«Mmt  au  i«laiipu  »  et  ppi  ppia 
4p  déf^Uep  fui  mi^  Vêr  «p#  puditeur4i ,  trpp  bpM  cpihaKquei  pp  w 
4éq|pr  de  Ip  ^érit^  4e  «eu  bi^teirpt 

T77  Qpmmp  le  uiipudit  païeu  mnblp  uom  «pmûPFl  dit  le  jenM 
iiiiu:^bpud»  taudis  quedea  nuppes  noirs  s'aeeurnubueut  sur  le  sfuppM| 
du  Mont  Pilate.  —  Fade  rtirdî—  Nons  te  défipuft^  péuhflW  I 

P. 


3^  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

*  Un  vent  qui  se  faisait  entendre  plutôt  que  sentir,  commença  à. 
rugir  ainsi  qu'aurait  pu  le  faire  un  lion  expirant,  comme  si  l'esprit 
du  criminel  puni  eût  touIu  accepter  le  défi  téméraire  du  jeune 
Anglais.  On  vit  descendre,  le  long  des  flancs  escarpés  de  la  mon- 
tagne, de  lourdes  vapeurs  qui,  roulant  à  travers  ses  larges  cre- 
vasses, semblaient  des  torrens  de  laves  se  précipitant  dû  haut  d'un 
volèàn.  Les  rochers  arides  qui  formaient  les  bords  de  ces  immenses 
ravins  montraient  leurs  pointes  rocailleuses  au-dessus  du  brouil- 
lard, comme  pour  diviser  ces  torrens  de  vapeurs  qui  se  précipitaient 
autour  d'eux;  et  pour  offrir  un  contraste  à  cette  scène  sombre  et 
menaçante,  la  chaîne  plus  éloi|:née  dés  montagnes  de  Righi  brillait 
sous  les  rayons  d'un  beau  soleil  d'automne; 

Tandis  que  les  voyageurs  contemplaient  nii  tableau  qui  ressem- 
blait aux  préparatifs  d'un  combat  entre  les  puissances  de  la  lumière 
et  celle  des  ténèbres,  leur  guide,  en  son  jargon  mêlé  d'italien  et 
d'allanand,  les  engagea  à  doubler  le  pas.  Le  villajge  où  il  se  pro- 
posait de  les  conduire,  leur  dit^il,  était  encore  éloigné ,  la  route 
était  niauvaise  et  difficile  à  trouver;  et  si  l'esprit  malfaisant , 
afonta-t-il  en  jetant  un  coup  d*œil  sur  le  Mont  Piiate  et  en  faisant 
encore  un  signe  de  croix,  couvrait  la  vallée  de  ses  ténèbres,  le 
chéiiiih  deviendrait  de' plus  en  plus  incertain  et  dangereux.  Ainsi 
avertis,  les  voyageurs,  fermèrent  le  collet  de  leurs  manteaux, 
enfoncèrent  avec  un  air  de  résolution  leurs  toques  sur  leurs  sour- 
cils, serrerait  là  large  ceinture  qui,  a  l'aide  d'une  boucle,  retenait 
leur  màiitean  sur  leur  corps,  et,  (^aoitn  d'eux  tenant  en  main  le 
bâton  garni  d'un  fer  poiàtu^  dbnt  on  se  sert  sur  ces  montagnes ,  ils 
ci^tiiiuèrent  à  marcher  avec  vigueur^ 

A  chaque  pas  qu'ils  faisaient,  la  scène  semblait' changer  autour 
d'eux.  Chaquemontagne,  comme  si  la  forme  en  eût  été  flexible  et 
changeante  comme  celle  du  nuage  dont  les  contours  varient  sans 
ce^se,  offrait  un  aspect  différent,  suivant  les  mouveméns  et  la 
marche  des  étrangers  à  qui  le  brouillard  découvrait  les  rochers  et 
les  vallées,  on  les  cachait  sous  son  manteau  de  vapeur».  Leur 
chemin  n'était  qu'un  étroit  sentier  serpentant  le  long  des  sinuosités 
de  la  vallée,  et  tournant  souvent  autour  de  rochers  et  d'autres 
obstacles  qu'il  était  impossible  de  surmonter  ;  ce  qui  ajoutait  à  la 
variété  agrested'une  marche  pendant  laquelle  les  voyageurs  finirent 
par  perdre  entièrement  les  idées  vanies  qu'ils  avaient  pu  avoir  sur 
la  direction  de  leur  route.  ' 


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CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  31 

— Je  voudrais,  dit  le  plus  âgé,  qoe  nous  eaasions  cette  aiguille 
mystérieuse  dont  la  pointe,  disent  les  marins,  regarde  toujours 
le  nord,  et  qui  les  met  en  état  de  trouver  leur  chemin  en  pleine 
mer,  quand  il  n'y  a  ni  cap ,  ni  promontoire ,  ni  soleil ,  ni  lune ,  ni 
étoiles,,  ni  aucun  signe  sur  la  terre  ou  dans  le  del,  pour  leur  indi- 
quer de  quel  côté  ils  doivent  se  diriger. 

—  Elle  ne  nous  serait  probablement  pas  d'une  grande  utilité  au 
milieu  de  ces  montagnes,  répondit  le  plus  jeune,  car,  quoique 
cette  aiguille  merveilleuse  puisse  maintenir  sa  pointe  tournée  vers 
le  nord  quand  elle  se  trouve  sur  une  surface  plate  comme  la  mer, 
OQ  ne  doit  pas  supposer  qu'elle  conserverait  le  même  pouvoir 
quand  ces  énormes  montagnes  s'élèveiuient  comme  des  murailles 
entre  l'acier  qui  la  compose ,  et  l'objet  qui  exerce  sur  elle  une  force 
de  sympathie. 

— Notre  guide,  dit  le  père,  est  devenu  de  plus  en  plus  stupide, 
depuis  qu'il  a  quitté  la  vallée  où  est  son  domicile;  je  crains  qu'il 
ne  nous  soit  aussi  inutile  pour  nous  conduire  que  vous  supposez 
que  le  serait  la  boussole  parmi  les  montagnes  de  cette  contrée  sau- 
vage. ^  Mon  garçon ,  continua-t-il  en  adressant  la  parole  à  Antonio 
en  mauvais  italien ,  croyez-vous  que  nous  soyons  sur  le  chemin  que 
nous  avions  dessein  de  suivre? 

—  S'il  plaît  à  saint  Antoine,  répondit  le  guide,  évidemment 
trop  embarrassé  pour  faire  une  réponse  plus  directe. 

—  Et  cette  eau,  à  demi  cachée  sous  les  vapeurs ,  et  qu'on  voit 
briller  à  travers  le  brouillard,  au  pied  de  cette  énorme  monUgne 
noire,  fait-elle  encore  partie  du  lac  de  Luceme,  ou  en  avons-nous 
rencontré  un  autre  depuis  que  nous  avons  gravi  la  dernière  mon- 
tagne? 

Tout  ce  que  put  répondre  Antonio  fut  qu'ils  devaient  encore 
être  près  du  lac  de  Lucerne ,  et  qu'il  espérait  que  ce  qu'on  voyait 
là-bas  ferait  partie  de  la  nappe  d'eau  qui  s'étendait  de  ce  cdté. 
Hais  il  ne  pouvait  rien  dire  avec  certitude. 

— Chien  dlialiènl  s'écria  le  jeune  voyageur,  tu  mériterais 
d'avoir  les  os  brisés,  pour  t'étre  chargé  de  fonctions  que  tues  aussi 
hors  d'état  de  remplir,  que  tu  l'es  de  nous  guider  vers  le  ciell 

—  Paix ,  Arthur,  lui  dit  son  père;  si  vous  effrayez  ce  drôle ,  il 
s'enfuira,  et  nous  perdrons  le  faible  avantage  que  peuvent  nous 
procurer  ses  connaissances  locales.  Si  vous  employez  contre  lui 
le  bftton,  il  se  servira  contre  vous  du  couteau;  car  telle  est  l'hu- 


iZ  GhARLËiS  Le  tÉMËftAmË. 

Énteui^  tltMiêatiVé  dtt  Lombà^d.  De  lofite  manière,  vous  atiginentez 
flOtfe  ehibàfflls  ad  liea  de  iiotiè  éh  ûr^t.  ^-Ètonit ,  mon  enfaht, 
«dtitintiir-t^i  tèli  ii'âdiressànt  au  gtlide  dans  &on  mauvais  iulien,  ne 
«raUié  fièA  dé  ttë  jeune  étoUrdi,  Je  ne  sonfh^irai  pas  qu'il  te  fasëe 
l«  riiOllldiW  Mal.  Peiix-hl  m'âp^làdi^  te  nom  des  Villages  dft  Hdtis 
devons  passer  aujourd'hui? 

kittàMUë  p&f  iê  ton  &A  doilëëtif  dû  Vlètix  toyâgëtlf ,  le  ^idë,  qui 
AtHit  «té  Hfl  péH  fk\Skmé  du  tdii  dUr  et  dès  éipi'ëàSicrns  nienaçântès 
du  jettiiè  Mimittë)  {ifotlOîiÇà,  en  sôtt  piitoiÀ,  t>^nàiédH  hoffis  dahs 
tesquèU  tel  èOf»  IhttUràni  de  l'alleMàiid  foi-diaient  un  iti»^kng^ 
«ittgttlief  «¥66  M  ddtli  âcéelit  de  ritâlien,  Mais  qtii  he  donnèrëilt 
M  fi«illa«^  m^a  i>èn!3i(ghélheht  iuièllîgiblë  kûï  l^objét  de  èà 
^ë&tf^tk^  éb  Mrtë  qu'il  fbt  enfin  îorci  de  li'éeriéft-^Màtdié^ 
donc  en  ayant ,  au  nom  de  Notre-Dame,  ou  de  saiiit  ÀUibiâèy  ai 
ir^ttl  te  pteSétét  i  bàr  je  Vtiis  que  noua  né  Msbnfr  ^è  pbtûré  du 
tëiâp»  en  bfaëlrêhànt  à  hbûÉ  ëntendk'e  l'Uh  et  l'àuttè. 

Hè  Bé  rëfttii^éhd  &\  themin  eoinmë  àttpàràvant ,  àf  eë  ëëttè  diftlS- 
feàéë,  qtië  le  ^Idé,  tenant  le  mhlet  par  là  bride,  âiàfchait  le 
^¥tMiëi' ,  àh  Itou  dé  cuivré  lé^  deux  àutf  ëà ,  ddht  il  aVàit;  dirige  tes 
Uiionteiiiëils  jusQd'âlèt*1(  ëii  leur  iiidfqtiantpar  deffièt'e  lâdifëëtioù 
qu'ils  devaient  suivre.  Cependant  les  nuages  s'épaississaient  stir 
lëûH  t6tè6,  et  lé  bi^otiill&ii-d,  qtâ  n'avait  d^abotd  été  qù'utié  légère 
vapeur,  comittén^  à  tombé!'  en  fotihe  de  petite  pMe,  oU  tbtiliùe 
Êbk  {{ddtteA  de  î^oséë ,  sUt*  les  inaiiteaut  des  voyageurs.  Ou  ënten- 
dil  dàÀs  lé6  M()ntaghëS  éloignée^  des  âOns  isethblablèl  à  dés  géttiiâ- 
«ëMënft ,  ëoftulië  ceux  p&t  lesquels  l'esprit  khàifeisàhtdn  Mofat  Pilâtb 
W^t  ëèihbte  ânhoniBët*  la  teiii{(ête.  Le  guide  pt^Ssà  dé  iiotllrèaii 
les  deux  voyageurs  de  doubler  le  pas ,  mais  il  y  mettait  obitaëte 
Ittl-itiéifiè  par  ni  teitteur  et  l'itidétisioii  ^uHl  montrait  ëd  leà  èoa- 
^nisaht. 

Aptes  AftAt  fett  alhSi  ti*6iâ  à  quatre  millet,  pénikti  leSqdëh 
l'incertitude  doublait  ledr  fetigue ,  ite  ^  trôuvèféfit  ëbftd  Ànt-  iih 
tehtlët*  fort  étroit  ad  tommet  d'ude  môtitagne  taillée  à  pië  ^  itu  pied 
dé  bqùélte  tétâlt  de  l^ëâii  tjd'lls  voyaient  brillef  chà<ldë  fois  que  lé» 
coups  de  Vêtît ,  qtil  devenaient  assez  fréquent,  eteàS&âîënt  te  brtrnil- 
lard  ;  ttiâli^  étàit-ëe  le  âiêdte  làc  sur  lé&  bof  ds  duqdel  Hh  avaient 
éôtniftenfcé  tenir  Voyagé  le  hiàtitt,  ou  une  àtttfé  ha|)pe  d'ëàtt  cte 
'lliéùlè  espëtié?  €tàit-ëe  ùdë  gf-atldë  rivièfë  où  dil  Ut^  Kor^f^t? 
eétaii  ce  xfùi'A  teai"  tféVëHalt  tiùpbsèiMè  de  diëtttigft#.  Là  isédte 


ctîAftLfes  Le  Téméraire.  23 

tfao^  dOiit  \h  fitâséht  itars ,  c'était  qu'il»  tt'ëtaienl  ptt  Mr  les  bor^ 
un  tet  de  Lncéftie  diitt»  ttii  tendroit  où  ii  ti  ëa  Mrgeiir  ot-dionrei  tàit 
les  inèmes  ct)apè  éë  Vébt  ^ui  tetir  faisaient  ¥olt-  reaii  presiitte  tonto 
tetirâ  t)ièd»,  leur  {Permettaient  d'apercevoir  là  riv«  de  l'ttttre  tdté  ; 
itaais  eëtte  iiié  n'étant  que  iliomentanéé  ^  lia  ne  potitaieiit  j«ger 
Bien  exactement  à  quelle  distancé  se  trouTait  cette  rire  §  tpaà- 
qa'dle  fût  assez  Toisine  pour  leur  perm^tre  d'y  entreteir  de  gtîiids 
tocbetâ  sur  lesquels  S'élevaient  dès  pins ,  tani5l  féottia  en  ffûêpe, 
tantôt  croissant  Solitairement. 

Jusqu'alors  le  chemin,  qnoiqne  ràboteut  et  esearpé)  était  indi- 
qué assez  tlairement  par  des  traces  qui  prontaient  qêm  des  toya- 
genfs  à  pied  et  des  chevaux  f  avalent  |iassé.  Mais  tout  à  eotip  >  à 
llnstaht  où  Antonio,  conduisant  son  mttlet,  venait  d'attèiÉiâr«  le 
^imhet  d'tine  éminence  faisant  saillie  ^  et  sur  laquelle  le  Sentier  les 
avait  conduits  en  tournant,  il  s'arrêta  tout  eonrt,  ett  ponssantMti 
exdamation  ordinaire»  adressée  à  son  saint  patron»  Arthnrerat 
voir  que  le  mulet  partageait  la  terreur  du  guide ,  car  il  roettla  4'nn 
pas ,  plaça  ses  pieds  de  devant  à  qnelqne  distanoe  l'tn  de  l'antre , 
et  prit  nne  attitnde  qui  indiquait  à  la  ftrfs  l'hoiMUr ,  reffrni  »  et  la 
déieMttination  de  résister  à  toutes  les  invitations  qu'on  penmdi  Ini 
Mrt  d'avancer. 

Arihnr  doubla  le  pas ,  non-seulement  par  curiosité^  nuda  p6ttr 
ii'eiposer  au  péril,  s'il  en  existait j  avant  que  son  père  arrivât 
pour  le  partager»  En  moins  de  temps  que  nous  n'en  avons  nds  à 
éerire  les  lignes  qui  précèdent,  il  se  trouva  à  côté  d'Antonio  et  du 
ittttlet  sttr  la  plate*forme  du  rocher  »  où  le  sentier  qui  les  y  avait 
eonddits  semblait  sie  terminer  tont  à  coup ,  et  au  bas  de  ladite, 
devant  lui ,  était  un  précipice  dont  le  brouillard  empéehait  de  dis- 
tinguer la  profondeur>  mais  qui  avait  certainement  plus  de  trois 
tents  pieds. 

Le  regard  des  voyageurs  annonçait  l'alarme  et  le  déaappointè- 
iBient  qu'ils  épronvaient  de  cet  obstacle  inattendu  ^  et ,  à  ce  qu'il 
paraissait >  insamiontable.  Le  père,  qui  arriva  ^elqaes  insians 
après ,  ne  donna  à  ses  compagnons  aucun  motif  d'espérance  ou  de 
consolation^  A  son  tour,  il  contempla  le  gonffre^  couvert  de  brouil- 
lard ,  qui  s'odvrait  sous  lenrs  pieds ,  et  il  porta  ses  regards  tout 
étttënr  de  lui ,  niais  inutilement  ^  pour  chercher  la  cOnlinM^on 
d'un  senties  qni  bien  eertainement  n'avait  pu  être  pratiqué  dans 
Vbri^e  pWl' dMitir  dans  un  tel  Uen.  Gommé  ils  naaavaâeat  quel 


24  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

parti  prendre ,  le  fils  tâchant  en  vain  de  découvrir  qnelque  moyen 
d'avancer ,  le  père  étant  sur  le  point  de  proposer  de  retourner  par 
le  même  chemin  qu'ils  étaient  venns,  le  sifUement  du  vent  se  fit 
entendre  dans  la  vallée  avec  plus  de  force  encore.  Chacun  d'eux 
connaissant  le  danger  qu'il  courait  dans  sa  situation  précaire  ^  s'ac« 
crocha  à  des  buissons  ou  à  quelque  pointe  de  rocher ,  et  le  pauvre 
mulet  lui-même  sembla  s'affermir  sur  ses  jarrets  pour  pouvoir  ré- 
sister à  l'ouragan.  Il  ne  tarda  pas  à  éclater ,  et  ce  fut  avec  une 
telle  fiireur»  que  les  voyageurs  crurent  sentir  trembler  le  rocher 
sous  leurs  pieds  ;  ils  en  auraient  été  enlevés  comme  des  feuilles 
desséchées ,  sans  ta  précaution  qu'ils  avaient  prise  pour  prévenir 
cette  catastrophe.  Cependant  la  violence  de  ce  coup  de  vent  ayant 
écarté  complètement,  pendant  trois  ou  quatre  minutes,  le  voile 
de  brouillard  que  ceux  qui  l'avaient  précédé  n'avaient  &it  que 
rendre  plus  transparent  ou  entr'ouvrir  un  seul  instant,  ils  recon- 
nurent la  nature  et  la  cause  de  l'interruption  qu'avait  éprouvée 
leur  marche. 

Par  un  coup  d'œil  rapide,  mais  assuré,  Arthur  fut  alors  en  état 
de  remarquer  que  le  sentier  par  lequel  ils  étaient  parvenus  à  cette 
plate-forme  se  continuait  autrefois  plus  loin  dans  la  même  direc- 
tion, sur  une  couche  profonde  de  terre.  Mais,  dans  une  de  ces 
affreuses  convulsions  de  la  nature  qui  ont  lieu  dans  ces  régions 
sauvages,  toute  la  terre  détachée  des  rochers,  avec  les  buissons , 
les  arbres,  et  tout  ce  qui  la  couvrait,  s'était  précipitée  au  fond 
de  l'abîme  et  dans  la  rivière  qui  y  coulait  ;  car  il  était  évident  alors 
que  cette  eau,  aperçue  à  plus  de  trois  cents  pieds,  en  était  une, 
et  non  un  lac  ou  une  branche  de  lac ,  comme  ils  l'avaient  supposé 
jusqu'alors. 

La  cause  immédiate  de  ce  bouleversement  pouvait  avoir  été  on 
tremblement  de  terre ,  phénomène  qui  n'est  pas  rare  dans  ce  pays. 
Cette  couche  de  terre,  qui  n'était  plus  alors  qu'utie  masse  confiase 
de  ruines ,  offrait  encore  quelques  arbres  qui  y  croissaient  dans 
une  position  horizontale;  d'autres  avaient  été  brisés  dans  leur 
chute,  et  quelques-uns  avaient  leur  cime  plongée  dans  la  rivière , 
dont  les  eaux  avaient  autrefois  réfléchi  leur  ombre.  Les  rochers 
qui  restaient  pat  derrière ,  semblables  au  squelette  de  quelque 
monstre  énorme,  formaient  la  muraille  d'un  abîme  effrayant, 
qu'on  eût  pu  prendre  pour  une  carrière  nouvellement  exploitée, 
mais  d'un  aspect  d'autant  plus  lugubre ,  que  la  nature  n'avait  pas 


CaaARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  25 

encore  en  le  temps  d'y  placer  les  germes. de  la  yégëtatioii,  qui 
coayre  promptement  la  surface  des  rochers  les  plus  arides. 

Indépendamment  de  ces  signes,  qui  tendaient  à  prouver  que  la 
destruction  du  sentier  était  toute  récente ,  Arthur  remarqua  aussi 
de  i^autre  c6té  de  la  riTière»  plus  haut  dans  la  Tallée,  et  s'éleiiant 
au  sein  d'une  forêt  de  pins  entrecoupée  par  des  rochers ,  un  édi- 
fice carré  d^une  hauteur  considérable ,  semblable  aux  ruines  d'une 
tour  gothique.  Il  montra  cet  objet  à  Antonio ,  en  lui  demandant 
s'il  le  connaissait;  car  il  pensait  avec  raison  que  la  situation  par- 
ticulière de  ce  bâtiment  en  faisait  un  point  qu'il  était  impossible 
d'oublier  quand  on  l'avait  tu  upe  seule  fois.  Le  jeune  guide  le  re- 
connut promptement  et  avec  plaisir ,  et  lui  dit  que  cet  endroit  se 
nommait  Geierstein,  c'est-à-dire ,  comme  il  l'expliqua,  le  Rocher 
des  Vautours.  Il  le  reconnaissait,  dit-il,  non-seulement  par  la 
tour,  mais  encore  par  le  pinacle  d'un  énorme  rocher yoisiuypresque 
en  forme  de  clocher,  sur  le  haut  duquel  qn  lammer'geier^  ou  vau- 
tour des  agneaux,  un  des  plus  grands  oiseaux  de  proie  connus > 
avait  autrefois  emporté  l'enfant  d'un  ancien  seigneur  du  château. 
Pendant  qu'Antonio  racontait  le  vœu  qu'avait  foit  à  Motre-Dame- 
d'Einsiedlen  le  chevalier  de  Geierstein,  le  château,  les  rochers, 
les  bois ,  les  montagnes  disparurent  à  leurs  yeux ,  et  furent  de 
nouveau  cachés  par  le  brouillard.  Mais  comme  il  terminait  sa  re- 
lation merveilleuse  par  le  miracle  qui  remit  TenfEmt  entre  les  bras 
de  son  père,  il  s'écria  tout  à  coup  :  —  Prenez  garde  à  vous  1  l'ou- 
ragan f  l'ouragan!  Le  vent,  à  l'instant  même,  chassa  encore  de- 
vant lui  le  brouillard ,  et  rendit  aux  voyageurs  la  vue  des  horreurs 
magnifiques  dont  ils  étaient  entourés. 

^  Oui,  dit  Antonio  d'un  air  triomphant  quand  le  vent  eut  cessé 
de  souffler;  le  vieqx  Ponce  n'aime  guère  à  entendre  parler  de  Notre- 
Dame-d'Ëinsiedlen  ;  mais  elle  protégera  contre  lui  ceux  qui  ont 
confiance  en  elle.  Ave  Maria. 

—  Cette  tour  semble  inhabitée ,  dit  le  jeune  voyageur.  Je  n'y 
aperçois  aucune  fumée,  et  les  créneaux  des  murailles  tombent  en 
ruine. 

—  Il  y  a  bien  longtemps  que  personne  n'y  demeure,  reprit  le 
guide;  mais,  avec  tout  cela,  je  voudrais  y  être.  L'honnête  Arnold 
Biederpian,  le  landamman'  du  canton  d'Underwald,  demeure 

-  t  ^  Ptimicr  magistnt  âa  euton. 


K  CHARLES  LE  TÉMËR^IKË. 

«rat  ttftprèl  I  «t  je  tous  rétiOnds  i}oè  ])ftrtottt  où  il  eàt  te  ftiattr^,  De 
qui  se  trotlre  de  nlfëut  d&tts  stt  cave  et  daftts  soii  ^rde^iiiaiigër  èftt 
toiijoalli  ftti  sertice  de  l'étranger. 

— il'tti  etitëhdti  (varier  dé  lai  -,  dit  te  ^tete  v^^yagietti* ,  ^tt'Autdtiio 

fttait  à|)ilt48  à  ndmilîtef  ëi^ef  l>hiU|>sékl  »  côteliie  d'tlll  hottiinè  yt»*- 
tH^ttt  et  ht^tt^tàUM^ ,  et  qttl  ttlMtë  te  ei^édit  ddût  il  joirit  auprès  de 

MS  iMMtOÎtoyélIft» 

^Yoda  Itd  rendeÉ  jdBlicé>  Siiftior,  réjKmdit  le  gttiâëi  et  Je  tM- 
draia  ^ttê  tt^a  ^aiiaiis  ^gtieraoti  te^b^  oft  tous  fterl«K  sûr  d'être 
biett  at^cnéilli,  et  Qt  H^eévoii*  de  bohs  atia  j^tifir  totus  vo^fage  de 
démailla  Mais  cottilnéiift  potirriotia-iiôirt  irriter  Ait  ehâtëaa  des 
Vatitonrt  ^  ëaiia  ATi^ir  dés  &ileA  tmunë  t&ik  tautottr  P  ifm,  ttié  ^eb- 
tioti  difficite  à  l<é8btidt^. 

Arthur  y  rëpotidit  fat  tme  prbp(iàitim  hardie,  qti«  M  lècietlr 
tfi9Qtérà  dans  te  idlàt>itrë  êillT^t. 


CHAPITRE  IL 


L'hôrikbn  g'obscafiSt.  —  Âppayéx-ro'tis  sar  moi. 
llMtoi  le  pftd  ici  »  -^  |l«is  1*  ;  i—  d'uM  Oiaitt  lèrt  , 
SaisiMcs  cet  «rbaste.  —  AUox  avec  mesure.  — 
tbBHi^  1  —  SeHet'Tatfi  ite  eé  bttiM  fth^.-i^ 
OonneS'moi  Totre  main.  •—  Bien  I  •^-  Soyez  assuré 
i%tft  ÏAA  MifiilA  r^Adak  liii  cMlct  daiis  née  fAar«, 

Loà^Bf&ét.  Mahfi^i. 


kPth  àtoilr  eiafkiîtië  bette  d&ètie  de  dësëlàtiofjd  alissî  etàctement 
que  le  ^nhettaiëht  te&  sombra  Huagiâs  de  l^àtmosphèrë  :  —  t>àii8 
tout  àiitrê  {>ays,  dit  te  jëùbe  voyageur,  je  difalà  (|titi  là  tëmpÊie 
commence  à  se  passer;  mais  ce  serait tlnë  téihérité  dé  VôUloih pré- 
dire à  (}ttoi  1^6n  doit  â^attendre  danè  ce6  régious  sauvages.  Si  l'es- 
prit àpdàiàt  dé  t^ilate  ëKt  téëllekuëtit  pbirié  sUr  leè  àitëâ  de  l'ôbrà- 
f^an ,  les  sifflemeus  du  vent ,  qui  ne  se  fout  plus  entendre  que  dans 
e  lointain,  sèmbletit  indiquer  qu'il  retourné  au  lieu  de  son  châ- 
timefit.  Lé  tentiër  a  disparu  avec  lé  terrain  Sur  lequel  il  avait  été 
tfaùé)  inai»  j^eu  tots  là  ÈOUfiuUàtion  àù  fbud  dé  cet  abiihe;  il 
marque  comme  par  une  bande  d'argile  cette  masse  de  terre  et  de 
pierres.  Avec  votre  permission,  mon  père^  je  cr«éi ^u'il  me  se- 


GHAHLBS  LE  TÉHERAIRB.  t7 

nit  ^odsiblë  ûm  me  glisser  \t  lonç  (le  iâ  rampe  ée  ce  roc'her,  ja»> 
qu'à  ce  qae  je  6oit  en  ¥ae  lie  l'habitation  dont  Antonio  nous  parle. 
Si  elle  existe^  il  doit  y  ayoir  un  moyen  d'y  arriver,  et  si  je  ne  pnia 
en  détoanir  te  chemin.  Je  pourrai  du  moins  taire  an  signal  à  erat 
4ai  dcaneurénl  dans  les  énTirons  de  oe  CëâttM  des  Vanumf»)  et 
éhlenir  d'enx  le  aedoat's  d'nh  gtiidè. 

—  Je  ne  puis  consentir  ipie  tous  cmtrfea  mi  tel  nsque»  hd  Ht 
le  père}  qnê  ee  jèhne  hbmme  f  aiUey  s'il  le  peni  et  s'il  le  vent. 
Il  est  né  êanà  lés  montagnes^  et  je  le  f<eompenseral  génétm- 
seaient» 

Maia  Aalonib  l^fàsa  ôbslinéofent  eetie  proposition»  *^  Je  stfik 
Éé  dàhe  lès  aftontagnes)  réponditrfl)  mais  Je  ne  suis  pas  un  ehftê- 
èemr  de  ehèTresi  Je  n'ai  pas  des  aileê  potr  me  portef  de  rocher  tm 
rteheri  ètanne  M  eorbënu  i  la  Vie  taêt  mienm  qoe  iont  l'or  du 
Émndé* 

—  R  à  Dîea  ne  plidse>  dit  le  signor  Philipsoû  ^  qné  je  t^uHfo 
TolM  engager  à  esiimef  l'atie  an  poids  de  l'antret  AUea  donci  mte 
fils  )  alite  j  je  Tona  snis^ 

-=^  Atot  TOtr^  permissiotty  nion  père^  Vous  n'en  ftrez  rien»  s^d- 
dria  lé  jeune  hmnme.  G^est  bien  assei  de  risquer  la  Tie  d'nn  dis 
nens)  et  ^  saiTani  tontes  les  règles  de  la  bagesse  eolmne  d6  la  ttft- 
taré»  é'ast  hi  mienne»  eomme  la  inoîtts  préoîenie)  kpi  doit  étra  hn- 
sardée  la  pire^tnièrè. 

^  Moni  Arthur I  répliqua  son  père  d'Éii  ton  déterminé;  noÉ, 
Alon  filsi  J'ai  sdrtÂa  à  bi«n  des  pertes  ^  je  n«  snrritrais  pas  à  ili 
tfttrei 

^  Je  ae  <mins  pas  le  résultat  de  cfelte  tentatÎTe»  mon  père  »  si 
Toidi  me  permettes  de  la  faire  senh  Mais  je  ne  puis ,  je  n'ose  eh- 
ireprendf«  une  ttche  si  dangereuse,  si  vous  persistes  à  touloir  la 
partager.  Tandis  qde  je  ofaerrtierais  à  faire  un  pas  eh  avant»  Je 
serais  tonjonrs  à  regarder  en  arrière  pour  voir  si  tous  êtes  arrivé 
au  point  que  je  viendrais  de  i)nitter4  Songes  d'ailleurs^  mon  pèntf, 
qM  ma  perte  ne  serait  qae  eelle  d'un  être  qui  smrait  oublié  à  l'in- 
stant I  qni  n^a  pas  pkM  d'importance  que  les  arbres  détachés  de  ee 
iocher  qifils  eonvltiient  naguère 9  mais  vous»  si  le  pied  vous  giis- 
iaik)  si  la  main  tbus  manquait,  songez- vous  à  toutes  les  suites 
^n'aui^it  voti'e  dhoie  ? 

—  Vous  avez  raison,  mon  fils  ;  j'ai  encore  des  liens  qui  m'en- 
chaineraient  à  la  vie,  quand  m^e  je  devrais  perdre  en  vous  tout 


28  CHARLES  LE  TEMERAIRE, 

ce  que  j'ai  de  pins  cher.  Que  Notre-Dame  et  le  chevalier  de  Notre- 
Dame  TOUS  bénissent  et  vous  protègent ,  mon  fils  I  votre  pied  est 
jeune,  votre  main  est  vigoureuse.  Ce  n'est  pas  en  vain  que  vous 
avez  gravi  le  Plynlimmon  ^  Soyez  hardi ,  mais  prudent.  Souve- 
nez-vous qu'il  existe  un  homme  qui ,  s'il  est  privé  de  vous,  n'a 
plus  qu'un  dernier  devoir  qui  l'attache  à  la  terre,  et  qui ,  après 
l'avoir  accompli,  ne  tardera  pas  à  vous  suivre. 

Arthur  se  prépara  à  son  expédition.  Il  se  dépouilla  de  son  pe- 
sant manteau.  Ses  membres  bien  proportionnés  étaient  encore 
couverts  d'nn  justaucorps  de  drap  gris  qui  les  dessinait  parfaite- 
ment. La  résolution  dont  son  père  s'était  armé  l'abi^ndonna  quand 
son  fils  se  tourna  vers  lui  pour  lui  faire  ses  adieux.  Il  lui  refusa  la 
permission  de  tenter  cette  épreuve,  et  lui  ordonna  d'un  tonpé- 
remptoire  de  rester  près  de  lui.  Mais ,  sans  écouter  sa  défense  >  Ar- 
thur descendait  déjà  de  la  plate-forme  sur  laquelle  il  était.  A  l'aide 
des  branches  d'un  vieux  frêne  qui  croissait  dans  une  fente  du  ro- 
cher, le  jeune  homme  put.gagner  une  étroite  saillie,  au  bord  même 
du  précipice,  le  long  de  laquelle  il  espérait  pouvoirse  glisser  en 
rampant ,  jusqu'à  ce  qu'il,  pût  se  faire  voir  on  se  faire  entendre  de 
l'habitation  dont  Antonio  lui  avait  appris  l'e3Ûstence.  Tandis  qu'il 
exécutait  ce  dessein  audacieux,  sa  situation  paraissait  si  précaire, 
que  le  guide  salarié  osait  à  peine  lui-n^ême  respirer  en  le  regardant. 
La  saillie  sur  laquelle  il  se  traînait  semblait,  dans  l'éloignement, 
devenir  si  étroite,  qu'elle  disparaissait  aux  yeux ,  tandis  qu'il  con- 
tinuait à  avancer,  le  visage  tourné  tantôt  du  côté  du  rocher,  tantôt 
vers  le  ciel ,  mais  jamais  vers  l'abîme  ouvert,  de  crainte  que  cette 
vue  effrayante  ne  lui  causât  des  vertiges.  Aux  yeux  de  son  père  et 
d'Antonio ,  dont  les  regards  suivaient  les  progiès  qu'il  faisait,  sa 
marche  était  moins  celle  d'un  homme  qui  avance  à  la  manière  or- 
dinaire, et  dont  lès  pieds  sont  assurés  sur  la  terre,  que  celle  d'an 
insecte  qui  rampe  le  long  d'un  mur  perpendiculaire ,  et  dont  on  voit 
les  mouvemens  progressifs,  sans  qu'on  puisse  apercevoir  les  moyens 
qui  le  soutiennent.  Le  père  désolé  regretta  alors  amèrement,  bien 
amèrement ,  de  n'avoir  pas  persisté  dans  le  dessein  qu'il  avait  conçu 
un  instant  de  retourner  à  l'auberge  où  il  avait  passé  la  nuit  pré- 
cédente ,  quelque  ccmtrariante ,  quelque  périlleuse  même  qu'eût 
été  cette  mesure.  Il  aurait  du  moins  partagé  le  destin  du  fils  qu'il 
aimait  si  tendrement. 

I.  Cttte  OMBtafM ,  appelée  aani  le  Snowdon ,  éit  la  plus  été? ée  de  la  dulne  da  payi  de  Galles. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  2» 

Cependant  Ardiur  s'était  armé  de  toot  son  conrage.  Il  retenait 
son  imagination  y  qui  en  général  était  assez  active ,  et  il  refusait  de 
seliyrer^  même  un  seul  instant,  à  ces  horribles  idées  qui  ne  font 
qu'augmenter  un  yéritable  danger  ;  il  cherchait  à  réduire  les  pé- 
rib  qui  Tentouraient,  d'après  l'échelle  de  la  raison ,  le  meilleur 
soutien  da  vrai  courage.  —  Cette  saillie  de  rocher  est  étroite  »  se 
disait-il 9  mais  assez  large  pour  me  permettre  d'y  passer;  ces 
pointes  de  rocher  et  ces  crevasses  sont  petites  et  distantes  les  unes 
des  autres^  mais  les  unes  assurent  un  appui  à  mes  pieds ,  et  mes 
mains  peuvent  profiter  des  autres,  aussi  bien  que  si  j'étais  sur  une 
plate-forme  d'une  coudée  de  largeur,  et  que  j'eusse  le  bras  appuyé 
sor  une  balustrade  de  marbre.  Ma  sûreté  dépend  donc  de  moi- 
même.  Si  j'avance  avec  résolution ,  que  je  marche  avec  fermeté ,  et 
que  je  sache  profiter  de  tout  ce  qui  peut  m'aider,  qu'importe  que  je 
sois  sur  le  bord  d'un  abîme  ? 

Calculant  ainsi  l'étendue  et  la  réalité  du  danger,  d'après  le  bon 
sens,  se  répétant  ensuite  que  ce  n'était  pas  la  première  fois  qu'il 
avait  gravi  des  rochers  et  qu'il  en  était  descendu ,  le  brave  jeune 
homme  continua  sa  toarehe  dangereuse ,  allant  pas  à  pas,  et  ai^an- 
çant  avec  une  précaution ,  un  courage  et  une  présence  d'esprit  qui 
le  préservèrent  d'une  mort  certaine.  Enfin  il  gagna  un  endroit  où 
xm  roc,  faisant  saillie,  formait  l'angle  du  rocher,  jusqu'au  point  où 
il  avait  pu  le  voir  de  la  plate«forme.  C'était  donc  là  l'instant  cri- 
tique de  son  entreprise.  Ce  roc  s'avançait  en  saillie  de  plus  de  six 
pieds  au-dessus  du  torrent  qu'Arthur  entendait  rouler  à  environ 
dnqaante  toises  sous  ses  pieds,  avec  un  bruit  semblable  à  celui  d'un 
tonnerre  souterrain.  Il  examina  cet  endroit  avec  le  plus  grand 
soin  ^  et  y  voyant  de  l'herbe,  des  arbrisseaux  ,  et  même  quelques 
arbres  rsibongris,  il  en  conclut  que  l'éboulement  ne  s'était  pas 
étendu  plus  loin ,  et  que  s'il  pouvait  avancer  au-delà ,  il  y  trouverait 
la  continuation  du  sentier  dont  une  partie  avait  été  détruite  par 
quelque  étrange  convulsion  de  la  nature.  Mais  la  saillie  de  ce  roc 
était  telle  qu'il  était  impossible  de  passer  dessous,  ou  d'en  faire  le 
tour;  et  comme  il  s'élevait  de  plusieurs  pieds  au-dessus  de  la  po. 
flition  qu'Arthur  occupait ,  ce  n'était  pas  chose  facile  de  le  gravir. 
Ce  fut  pourtant  le  parti  auquel  il  s'arrêta ,  comme  étant  le  seul 
moyen  de  surmonter  ce  qu'il  croyait  pouvoir  regarder  comme  le 
dernier  obstacle  de  son  voyage.  Un  arbre  croissait  tout  à  edté  :  il  y 
monta ,  et  à  l'aide  de  ses  branches ,  il  sauta  sur  le  sommet  du  roc. 


Mai»  à  pfio9  y  ty4it*il  appnyé  le  piecli  «^  peiqo  «T^ilrS  fm  m  in- 
«t»iit  pauF  ^  féUoit^F  ^n  déapuvram  >  a»  miiieq  4'^n  ebap»^  fordt« 
91  de  rpcimr»,  Ifis  ruiner  «ombr^  i^  Qeiersleip ,  ei  npe  ft^méaqiû, 
ft'élevant  par  derrière ,  iediqua^t  l'çxisteacfi  d'one  bahiimiQn ,  que, 
à  «on  wtFâme  terreur,  îl  sentit  le  ro«^  éuonn«  anr  leqnel  U  était, 
trembto  aoB9  se»  pîed4,  et  pencher  lentement  w  levant  par  m 
amm yement  graduai.  Ne  tenant  à  la  mentagne  que  par  «n  «eul  point» 
œ  rec  en  aailUe  avait  résisté  au  tremblement  de  terre  foi  avain 
•hanf^  la  hop  dea  ep yirpns  ;  mai»  l'équilibre  en  avait  été  détroit, 
et  il  u'ayait  fi^Uu  qne  le  ppîda  additionnel  du  eorpadn  ienne  bonuaA 

D^na  cet  instant  eritique ,  Arthur^  par  cet  inatinct  qui  porte  à 
aaiaiv  tout  moyen  de  aaluf ,  aanta  sur  l'arbre  qui  l'avait  aidé  à 
monter  aur  ce  roc,  et  tourna  la  ie|e  en  arrière,  pousié  comnm  PW 
une  force  irrésistible  pour  suivre  des  jpeux  la  chute  de  l'énonntt 
masse  de  pierre  qn^il  venait  de  quitter.  Le  roe  chancela  dew  on 
trois  secondes,  comme  s'il  n'eût  su  de  quel  eâté  tomber  ;  et  j»  an 
ehnte  eût  pris  une  direction  lat^ale,  il  aurait  brisé  l'arbre,  éoi^ai 
le  jeuoe  aventurier,  ou  Faurait  entrafoé  avec  lui  dana  le  torrfm^» 
Après  un  moment  d'horriblo  incertitude,  la  force  de  gravitation  dé^ 
termina  la  chute  en  avant.  L'énorme  fragment  de  rocher,  ^^ 
devait  peser  au  moins  quatre  mille  quintaux  S  descendit  en  éenu 
sent  les  buissons  et  les  arbres  qui  se  trouvaient  sur  son  paaaage , 
t&  tomba  onfiu  dans  le  torrent  avec  un  bruit  égal  à  la  décharge  do 
cent  pièces  d'artillerie.  Ce  bruit  fat  propagé  par  tous  les  échos,  dci 
montagne  en  montagne,  de  rocher  en  rocher,  et  le  tumulte  ne  fit 
place  au  silence  que  lorsqu'il  se  fut  élevé  juaqu^à  la  région  dea 
neiges  éternelles,  qui,  insensibles  aux  sons  qui  partent  do  la  terre» 
eHtJcndirent  cet  horrible  fiEvcasdans  leur  solitude  maiestueuae ,  e| 
le  laissèrent  mpurir  sans  tronver  une  voix  pour  y  répondre* 

Quelles  forent  alors  les  pensées  du  malheureux  père ,  qui  via 
tomber  celte  lourde  masse ,  mais  qui  ne  put  voir  si  elle  avait  en» 
trâuteé  son  fila  dans  sa  ehute  9  Spn  premier  mouvement  fut  de  oûah 
rir  vers  le  hoord  du  préeipiee,  dana  le  dessein  d^  descendre  comme 
Pavait  6iit  Arthur  ;  et  lorsque  Antonio  le  retint  en  lui  entourant 
le  oorps  de  ses  bras ,  il  se  retourna  vers  loi  a^ec  la  foreiu*  d\in0 
ourse  è  tgai  Pon  a  dérobé  ses  petits. 

r<  »o  toaiMim».  Le  tODueav  est  un  poids  de  aeoe  Hvree. 


GHAilUtt  U  TMlUmM,  Il 

lui,  et  moi  aussi  j'ai  un  père  1 
Cet  appel  k  h  miture  péq^tni  44n«  Vamo  da  IFfqmfWr- 1  il  licba 

^îim^  ^wae,  «t ,  levant  vert  in  cM  !•«  ym«  #(  te»  iwûii»i  U 

s'écria  da  ton  de  l'angoisse  la  plus  proffKiAf)  »  Pllîf  mMA  fl'qiMI 
lô^use  r^^îgpgtion  :  -r-  fin$  whlH^  tm  t  Cf^9i%  MIQ  dornier 
espoir;  le  plus  aimable  4^  «nfiii^ ,  )f  plm  ai«^»  te  ploi  4igM  d« 
Vêire  I  et  je  yqîs  planer  s^pr  U  ¥«^11^  \m  iMs^aw  4#  pr^îe  qpi  vont 
se  r^paitrç  4^  sefi  r^stei  ;  AlUia  j^  \»  ^wn^  «iiOPi^  me  {ns,  ûontâ 
le  malheureux  père,  tandis  que  des  Yautours  passaient  suf*  m  (dtt|| 
j^HvgnrM  wpii  Aithivr,  ^Y^nt  qw  l'flîfl»  fi  te  Imp  te  «Mollirent. 
Jf  v^rrfû  toqt  iM&  qni  i^te  encore  df  114  mr  te  {enPPt  Ne  ida  reMeei 
pm,  I^^e^  ifii  «(  i^uiTe^-mai  de#  y«w.  j|i  J9  p4m>  ^i^nupe  fi^te 
est  probable ,  je  tous  cbArg«  de  pr^i)dr#  teft  PWteF«  «ftçteM^  Wi 
Ttf» tranTlsi^  d^n^mî^  i^iUie,  «t  d§  tel  pait^r  àte  Pfff«AmftÀqui 
4s  BQjdl  «dr<|l»lési  dani  le  plu^  ()ouf|  dé^tû  pan^bli,  il  y  »  dflMS  1M 
l^WW  A^^i  d'^rg^t  pQiir  «^  foir«  epUNTrer  lii|i«î  fqfs  w^  f^wns^ 
Arthur,  et  pour  faire  dire  ^  J»^mm  fOi^V  te  ¥«im  ^  IMP  WM 
^  ^  la  «îeme  i  U  tqqa  Ffptef a  «iiçpr§  u  W  ^i^bf  f^fiftWIHiUli  pour 

yiHipn^  Hehétifm*  d'^ae  iateUit[tAfe  ftipei  b^rp^P*  PWi 
naturellement  sensible  et  fidpte  i  IW^  d«l  temMM  fespdml  «n»  te 
yieux  TQ^dg^pp  Ipi  pnrteit  «limi.  Op9»d»P(f  (sr^iOiDt  d9  rirriter 
m  i^W99m\  dp  popyean  à  s»  patenté,  e(  ipAipf  pp  Ipt  fpwppl  dpt 
i^QP^imp^)  U  te  vit  0p  »ilpnpp«  fi'ppprâter  %  dP^PiPdrp  duoa  te 
fcljd  pftippîc(p  «pr  te  bprd  dpqq^l  te  faallieprppi  ArM^ur  «pipbi%î^ 
a?9MP  ^Pbi  «p  d?stip  qP9  «pp  pm  »  pQiy»4  p«?  te  iéfiufm  de  te 

^mtFe«|e  ppUprppUp,  d(it(  d^t^rWPé  à  pi^tt^Wt 

Tpm  à  cppp»  de  l'ppcte  d'PH  ft^^lail  d^ip<ibép  peitp  «mip  dp 
pînTp  Mps  te«  pieds  téipéppirps d^Anhpr» on pptppdîipprtir  tes 
m^  vwqsm  ^  prplppgtte  d'pnp  de  pps  pptmi  de  Vmm  »  op  toof 
•WIT98P  d^  Spi§9P»  qpîi  dpp^  te»  pppîmw  tpnpi,  dppppteni  ppiî 
PMHUpgpprd»  te  ^igpal  de  te  cb%iie,  pi  tei^  ipmîppi  Upp»  dwa  1p» 

batailles,  de  tous  les  instrumens  de  fpPMpPdTgP&riprPt 

^  SPQptç»,  Sigppr,  éçpotpy  !  a'éçFÎp  te<iri«PPi  e'p^t  pp  figpal 
4eCi^r4teip,  Qpplqu'up  tp  vepir  4  npore  pide  dpps  up  ip«uipt,  pti 
MM  ipitttrfira  tefpbpmii  te  riii  ito  iowr  pbprotipr  wtip  fitet  Si 


32  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

regardez,  regardez  cet  arbre  dont  on  voit  briller  la  verdare  à  tra- 
vers le  brouillard;  saint  Antonio  me  protège!  j'y  vois  déployé 
quelque  chose  de  blanc.  C'est  précisément  derrière  l'endroit  d'où  le 
quartier  de  rocher  est  tombé. 

Le  père  chercha  à  fixer  ses  regards  sur  le  lieu  indiqué  ;  mais 
ses  yeux  se  remplissaient  de  larmes ,-  et  il  ne  put  distinguer  Tobjet 
que  son  guide  lui  montrait. 

— ^Tout  est  inutile ,  dit-il  en  passant  sa  main  sur  ses  yeux  ;  je  ne 
verrai  plus  de  lui  que  des  restes  inanimés. 

— Vous  le  reverrez  y  vous  le  reverrez  bien  portant;  saint  An- 
toine le  veut  ainsi.  Tenez  1  ne  voyez-vous  pas  comme  ce  linge  blanc 
est  agité  ? 

— Quelque  reste  de  ses  vêtemens,  quelque  misérable  souvenir 
de  son  cruel  destin.  Non,  mes  yeux  ne  le  voient  pas.  Ils  ont  vu  la 
chute  de  ma  maison.  Je  voudrais  que  les  vautours  de  ces  mon- 
tagnes les  eussent  arrachés  de  leurs  orbites. 

—  Mais  regardez  encore  !  Ce  linge  n'est  pas  accroché  à  un  buis- 
son. Je  vois  distinctement  qu'il  est  placé  au  bout  d'un  bâton ,  et 
qu'on  Tagite  à  droite  et  à  gauche.  C^est  votre  fils  qui  fait  un  signal 
pour  vous  apprendre  qu'il  est  en  sûreté. 

—  Et  si  cela  est,  dit  le  voyageur  en  joignanit  les  mains ,  bénis 
soient  les  yeux  qui  le  voient  !  bénie  soit  la  langue  qui  le  dit  !  Si 
ilous  retrouvons  mon  fils,  si  nous  le  retrouvons  vivant,  ce  jour 
sera  heureux  pour  toi  aussi ,  Antonio. 

-^Tout  ce  que  je  vous  demande ,  c'est  d'attendre  avec  patience, 
de  ne  pas  fermer  l'oreille  aux  bons  avis,  et  je  me  trouverai  bien 
payé  de  mes  services.  Seulement,  si  un  honnête  garçon  laissait  pé- 
rir les  gens  par  suite  de  leur  propre  entêtemeot ,  cela  ne  lui  ferait 
pas  honneur  ;  car,  après  tout,  c'est  toujours  sur  le  guide  que  re- 
tombe le  blâme ,  comme  s'il  lui  était  possible  d'empêcher  le  vieux 
Ponce  de  secouer  les  brouillards  qui  loi  couvrent  le  firent,  la  terre 
de  s'ébouler  du  haut  d'un  rocher  dans  le  fond  d'une  vallée ,  un 
jeune  écervelé  de  marcher  sur  une  langue  de  pierre  qui  n'est  pas 
plus  large  que  la  lame  d'un  couteau ,  ou  des  fous,  que  leurs  die- 
veux  gris  devraie^^rqndre  plus  sages,  de  tirer  le  poignard  comme 
des  spadassins  deXombardie. 

Le  guide  disait  ainsi  tout  ce  qui  lui  venait  à  l'esprit ,  et  il  aurait 
pu  continuer  long-temps  surJLe  même  ton,  car  le  signer  Philipson 
ne  l'entendait  pas.  Toutes  les  pensées  de  son  cdfeur  se  dirigeaient 


CHARLES  LE  TÉMÉtlAlRS.  3S 

Ters  l'objet  qu'Antonio  loi  avait  fait  envisager  comme  on  signal 
annonçant  qne  son  fils  était  en  sûreté.  11  vit  enfin  flotter  ce  Unge 
bhnc,  et  il  fat  èonvaincn  qne  le  monvement  qui  Fagitait  ne  pon- 
dait Ini  être  imprimé  que  par  nne  main  humaine.  Aussi  prompt  à 
se  livrer  à  l'espérance  y  qnll  l'avait  été  à  s'abandonner  au  déses- 
poir, il  se  prépara  de  nouveau  à  s'avancer  vers  son  fils,  afin  de 
Taider»  s'il  était  possible,  à  gagner  un  lieu  de  sûreté;  mais  les 
prières  et  les  remontrances  réitérées  d'Antonio  le  déterminèrent  à 
attendre. 

p: — Etes-vons  ce  qu'il  &ut  être  pour  mardier  sur  un  pareil  ro« 
cher  ?  lui  dit-il;  êtes-vous  en  état  de  répéter  votre  Cf^do  et  votre 
Ave  y  sans  déplacer  un  mot,  sans  en  oablier  un  ?  car  sans  cela  nos 
anciens  vous  diront  qne  vous  périrez  vingt  fojs ,  eussiez-vous  vingt 
vies  à  perdre.  Avez-vous  l'oéil  clair  et  le  pied  ferme  ?  Je  crois  qne 
l'on  coule  comme  une  fontaine  >  et  que  l'autre  frémit  comme  la 
feuille  du  tremble  qui  vous  couvre  la  tête.  Restez  tranquille  ici  ju^ 
qi^à  ce  que  vous  voyiez  arriver  des  gens  qui  seront  plus  en  état 
que  vous  et  moi  de  donner  du  secours  à  votre  fils.  A  en  juger  par 
le  son  de  ce  cornet ,  je  pense  que  c'est  celui  du  brave  homme  de 
Geierstein,  Arnold  Biederman.  11  a  vu  le  danger  de  votre  fils,  et 
il  prend  en  ce  moment  même  des  mesures  pour  sa  sûreté  et  pour 
la  nôtre.  Il  y  a  des  occasions  où  l'aide  d'un  étranger  qui  connaît 
Uen  le  pays  est  plus  utile  à  un  homme  qne  celle  de  trois  de  ses 
frères  qui  ne  le  connaissent  pas. 

—  Mais  si  ce  cornet  a  réellement  fait  entendre  unsignal,  com- 
ment se  fait-il  qu'Arthur  n'y  ait  pas  répondu? 

— Et  s'il  y  a  répondu ,  comme  cela  est  probable ,  comment  l'an- 
rions-nons  entendu?  An  milieu  du  tnmuhe  du  vent  et  dece  torrent, 
le  son  même  de  ce  cornet  ne  s'est  &it  entendre  à  nous  que  comme 
la  musette  d'un  jeune  berger  ;  comment  donc  le  cri  d'un  homme 
çerait-il  arrivé  jusqu'à  nos  oreilles  ? 

— n  me  semble  cependant  qu'an  milieu  de  tout  le  fracas  des  élé- 
meiis ,  j'entends  quelque  chose  qui  ressemble  à  une  voix  humaine  ; 
mais  ce  n'est  pas  celle  d'Arthur. 

— Je  le  crois  bien,  car  c'est  la  voix  d'une  femme.  Les  jeunes 
filles  conversent  ensemble  de  cette  manière  d'un  rocher  à  l'autre,* 
pendant  un  ouragan  et  un  Orage,  quand  elles  seraient  à  un  mille  de 
distance  l'une  de  l'autre. 

soient  rendues  au  ciel  du  secours  que  sa  providence 

3 


UÊm  nt^}  Iffttfiire  enq^re  q^e  Wfm  "^mr^im  o^t»  l^m^  j^rpée 
8K  larmkicv  taiis  nalhear.  Jq  'vaû»  ^rier  po^r  répondre. 

11  essaya  ^  erwr  4e  tom^  lu  |pr<^  dç  s^  poi^ium$;  ^ais  ^ 
eoaoaiaaaut  fusà  F«rt  de  se  fi^i^  enytandre  daiw  ces  çoptréçs,  ^ 
Toâ,  qû  se  ail  à  Foiûâsaii  e^ee  les  qjHfgîi&emejDis  des  T^gues  et  4a 
ymtttf  H' f  «Mit  pn  èkre  «bstingnée  à  cinquante  p^s  de  distance  ^  e% 
elle  sa  eonfMicÛt  atee  le  farait  tiwiidtueiu;:  de  la.  gnerrp  q[ap  se 
IhrfaisBt  les  élémeiis.  Antovto  so«irit  de  h  tfpnUtiye  inf metoeose  da 
signer  Philipson  ;  et  élevant  la  yoix  à  son  tonr,  il  poussa  un  cri 
perçant I  aigu  et  prolongé,  qui»  qpoiqiia produit,  en  i^parençe/ 
arec  beaoeeap  nMÎns  d'efforts  qiie^  eelui  de  l'Anglais»  étipi  un  {ion 
distinct  des  bruits  du  Tent  et  des  eanx ,  et  qu'qn  pquTait  yraisem- 
UablemMit  entendre  à  une  distance  «fmsidérable»  D'autres  cria 
aMlognes  j  r^iendirent  dans  le  loîntain>  se  répétèrent  e^  s'appro-. 
chant  f  et  firent  naître  un  Mnyel  espoir  dans  le  cœur  inq^^t  da 
yeyagmr. 

Si  la  détresse  da  père  rendait  sa  situation  digne^  de  con^ssion» 
son  fila  au  mdme  instant  se  tiponvait  dans  nue  positiofi  des  pUis 
périHeuaes»  Mous  ayons  déjà  dît  qu'Arthur  Philipson  ayaitd'2(bQr4' 
marché  te  long  de  l'étroite  saillie  duroeber  avec  le  spng-froid,  )e 
conruge  et  la  résehitioa  inéfaranlabies  qui  étaient  nécessaires  pour 
aeeompHr  une  tâche  où  tout  devut  dépendre  de  la  fermeté  des 
nerfe  ;  mais  l'accident  qui  avait  arrêté  sa  marche  était  dWe  nature 
si  formidable,  qu'il  lui  fit  sentir  toute  l'amertnmie  d'une  mort  8(1^^,^ 
àsAne,  hon^e,  et,  à  ee  qu'il  hd  ayait  paru ,  inévitable.  U  avait  sienti 
le  roc  trembler  et  s'kfihisser  sans  ses  pieds,  et  quoique,  par  im 
effort  de  Hnstinct  pks  que  de  la  volonté,  il  se  fil^t  préservé  de  la 
mon  alErense  qui  l'attendait  s'il  fût  resté  une  seconde  de  plus  sur 
cette  masse  de  pierre  chancelante^  il  lui  semblait  que  la  meilleure 
partie  de  kii-viteie»  la  force  de  son  corps  et  la  feripeté  4e  son  ^m^t, 
avaient  été  brisées  par  la  chute  de  ce  roc»  lorsqu'il  toml^  ayee  ^a 
bruit  semblable  aux  éclats  àa.  tonnerre,  et  au  iniJieu  d'un  miage  de*, 
ponsfltèrei  dans  le  torrent  impétnaoK  qui  ceidaît  4u  fond  du  préci- 
pice. En  un  mot,  le  marin  précipité  par  nbe  vague  da  p^t  4'Q9 
vetsseati  naufragé,  devenu  le  jowt  des  flots,  et  poussé  contre  les 
éen^h  qal  bordent  le  rivage,  ne  difieve  pas  pfas  de  ce  même  marin^ 
qtti,  M  eoasmeiioeaient  de  la  tempête,  se  tenait  sur  le  tiUçM;  de  Boi| 
navire  favori,  fier  de  sa  propre  dextérité  et  de  la  fibres  de  son^ 
im»m^  fpfAfftmty  eaeemmeBçaat  non  eipédHieii,  m  lUilârait 


ORARLD  LE  TÊMâltAIIUL  fi 

Ai  nteM  ATÙkMT  emhnuÊM  le  tronc  à  d«Bi  iiiiM  dNn  tMI 
aitee,  snspenân  enirelecirtet  la  twre»  apcit  a^oirini  iféetotlaf 
le  fsartier  de  rocher  doftt  il  était  été  â  prèa  départager le'cbBte« 
Ia  tenrenragiafiaitasraecieiieeoBaBMavieBaBe,  ear  II  terril 
miQe  eouIeiBrs  lui  passer  derant  les  yeox;  sa  télé  éttitattaiinéede 
Tertiges,  et  il  ne  poavait  plus  commander  à  ses  mankree  ipà 
FaTaîeBt  si  bien  serri.  See  iMrae  et  set  naine,  ^i  senMdem  ne 
pks  obéir  ^'à  nne  iinpolaioB  étrangère ,  tantôt  a^aesreelMnm 
aai  brancbes  de  Parbre  aYee  me  téaacilé  q«*il  lai  eàt  été  iaipee» 
aible  de  modérer,  laatAt  trsasbMent  comme  déeertlcalés,  de  bmk 

Bière  à  1»  fuTO  enândre  de  ne  poQToir  se  soatenpir  danê  sa  pedMoih 
Un  m^dent  bien  peu  important  en  hn-méme  i^ovta  eneore  à  la 
détresse  de  cette  singulière  agitation.  Dca  i^eléee  de  iàboÊa ,  êe 
dianTea^aooris,  et  d'antres  oiseanx  de  tén^É^e»,  eHayis  par  le 
brait  de  la  ebute  dn  roc ,  s'étaient  répandue»  dans  les  ak»,  pnie 
'étaient  bâtées  Ae  retonrnér  dans  les  lierres  et  dana  les  eretasaea 
des  rochers  Toisins  qni  lear  serraient  de  reflige  pendant  le  jonTé 
Panai  œs  oiseaax  de  manTais  angnre ,  se  trevtait  un  lammeP' 
gtietf  on  vantonr  des  Alpes,  oiseati  pins  grand  et  pins  Yoraee  qne 
l'aigle  fliénrs ,  et  qo' Arihnr  n'arait  pas  été  accontmné  à  Toir,  on 
da  moins  qn*il  n'avait  jamais  vn  de  très  près.  Avec  Finsttnct  de  le 
]^iq>art  des  oiseaux  de  proie,  INisage  de  cdni-d ,  qnand  il  est  gmrgé 
de  noarriliire,  est  de  se  retirer  en  quelque  endroit  ineeeessAle,  el 
d'y  rester  atationnaire  et  immobile  jusqu'à  ce  que  le  tititail  de  lâ 
digestion  soit  aecompH ,  après  quoi  fl  retronre  son  acthrité  arec  son 
appéth.  TronMé  dana  un  repos  semblable  qn'il  goûtail  sur  la  mon* 
tagne  à  laquelle  les  baUtans  ont  donné  son  nom,  un  de  ces  oiseaux 
terrîMes,  prenant  son  essor,  ayait  décrit  un  grand  cercle  dans  les 
airs,  en  battant  noncbalamment  des  ailes,  et  était  renn  s'abattre 
sur  une  pointe  de  rocher  qui  n'était  pas  à  plus  de  deux  tolses  de 
l'arbre  sur  lequel  Arthur  occupait  une  situation  si  préCàlre.  Qdoi- 
qoe  encore  plongé  dans  une  sorte  de  torpeur,  le  vatitonr,  d'après 
PAat  d^HunobiHté  du  jeune  homme ,  semblait  le  supposer  mortoli 
mourant ,  et  11  le  regardait  fixement,  sans  montrer  aucun  signe  de 
cette  erainte  quMprouTent  ordinairement  les  animaux  teis  pltas 
fiSroces  quand  ils  se  trouvent  à  la  proximité  de  Phomme. 

Tandis  qu'Arthur  fiiisait  des  efforts  pour  bannir  la  terreur  su- 
bite qu'avait  fait  naître  en  lui  la  c^ufe  dn  rocher,  il  leva  les  yeux 
dmtriregarder  autour  de  lui  peu^à  peu  et  avec  précaution ,  et  ren* 

3. 


36  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

contra  ceux  de  cet  oiseaa  Torace  et  sinistre ,  que  sa  tête  et  son  cou 

sans  plutnes,  ses  yeox  entourés  d'un  iris  d'un  jaune  brunâtre, 

et  sa  position  plus  horizontale  que  droite ,  distinguent  de  Taigle 

aux  formes  nobles  et  an  regard  audacieux,  comme  le  loup,  maigre, 

hideux  et  féroce,  quoique  lâche,  est  ^au*dessous  du  Uon  à  l'air 

miyestueux. 

Les  yeux  du  jeune  Philipson  restaient  fixés  sur  cet  oiseau  si* 
nistre,  sans  qu'il  fût  en  son  pouvoir  de  les  en  détourner,  comme 
s'il  eût  été  fasciné  par  un  charme.  La  crainte  d'un  péril  imagi* 
naire  et  de  dangers  réels  pesait  sur  son  esprit  affaibli  par  suite  de 
la  situation  dans  laquelle  il  se  trouvait.  Le  voisinage  d'une  créa- 
ture aussi  odieuse  à  l'espèce  humaine  lui  semblait  d'aussi  mauvais 
augure  qu'extraordinaire.  Pourquoi  cet  oiseau  farouche  leregar- 
daitpilavec  tant  de  persévérance,  le  corps  avancé  de  son  côté, 
coBune  s'il  eût  voulu  fondre  sur  lui?  Ce  Zam^n^r-^^i^r  était-il  le 
génie  du  lieu  qui  portait  son  nom?  venait*il  se  repaître  de  la  joie 
que  devait  lui  causer  la  vue  d'un  étranger  attiré  imprudemm^t 
dans  ses  domaines,  et  exposé  aux  périls  dont  ils  sont  semés,  pres- 
que sans  espoir  de  salut  ?  si  ce  n'était  qu'un  vautour  habitant  ces 
montagnes,  son  instinct  lui  foisait-il  prévoir  que  le  voyageur  té- 
méraire était  destiné  à  devenir  bientôt  sa  proie  ?  Cet  oiseau,  dont 
on  assure  que  les  sens  sont  si  vi&,  pouvait-il,  d'après  toutes  les 
circonstances,  calculer  la  mort  prochaine  d'un  étranger,  et,  comme 
le  corbeau  et  la  corneille  qui  épient  un  mouton  mourant ,  atten- 
dait-il l'instant  de  commencer  son  banquet  barbare  ?  était-il  pos- 
sible que  lui,  Arthur,  fût  condamné  à  sentir  le  bec  et  les  serres 
crueUes  de  ce  vautour,  avant  que  son  cœur  eût  cessé  de  battre? 
avait-il  déjà  perdu  la  dignité  de  la  forme  humaine ,  qui  inspire  à 
toutes  les  créatures  d'un  ordre  inférieur  une  crainte  respectueuse 
de  l'être  formé  à  l'image  du  Créateur  ? 

De  semblables  craintes  firent  plus  que  la  raison  pour  rendre 
quelque  élasticité  à  l'esprit  du  jeune  homme;  en  usant  de  la  plus 
grande  précaution  dans  tous  ses  mouvemens,  il  parvint,  en  agi- 
tant son  mouchoir,  à  faire  partir  le  vautour  du  poste  qu'il  occu- 
pait. IJoiae^xL  prit  son  essor  en  poussant  un  cri  aigre  et  lugubre, 
et,  étendant  ses  ailes,  alla  chercher  quelque  autre  lieu  où  son 
repos  ne  serait  pas  troublé ,  tandis  que  le  jeune  imprudent  se  ré- 
jouissait d'avoîjr  été  délivré  de  sa  piésence  odieuse. 

,  Plus  naître  alors  de  ses  idées,  Arthur^  qui,  fie  l'endroit  où  il 


GHAJEILES  LE  TÉMÉRAIRE.  il 

était,  poavait  apercevoir  une  partie  de  la  plate-forme  rar  laqodle 
il  avait  laissé  son  père,  chercha  à  Finformer  de  sa  aitoation  en 
agitant  le  pins  haut  possible  le  moqehoir  à  l'aide  doqnel  il  avait 
jèhassé  lé  vantonr.  De  m^e  que  son  père,  il  entendit  aussi,  mais 
à  moins  de  distance  >  le  son  de  la  corne  des  montagnes,  qui  sem- 
blait lui  annoncer  un  secours  peu  éloigné.  11  y  répondit  en  criant 
et  en  agitant  encore  le  mouchoir,  pour  indiquer  Fendroit  vers  le- 
quel devaient  se  diriger  ceux  qui  se  proposaient  de  venir  à  son 
aide  :  puis,  rappelant  ses  fiMïidtâ»  qui  l'avaient  presque  abandonné, 
il  chercha  à  tare  rentrer  réspérance  dans  son  ccenr,  et  à  retrou- 
ver ses  forces  avec  son  courage. 

Fidèle  catholique ,  il  fit  une  prière  pour  se  recommander  à 
Notre-Dame<l'Ensiedlen.  — Notre-Dame  pleine  de  grfiees,  finit-il 
par  s'écrier,  si  mon  destin  est  de  perdre  la  vie  comme  un  renard 
chassé  au  milieu  de  cette  région  sauvage,  parmi  des  roobersehan- 
celans,  rendez-moi  du  moins  la  patience  et  le  courage  dont  j'étais 
doué ,  et  ne  souffrez  pas  que  celui  qui  a  vécu  en  homme,  quoique 
pécheur,  meure  comme  un  lièvre  timide. 

S'étant  pieusement  recommandé  à  cette  protectrice,  dont  les 
légendes  de  l'Eglise  catholique  tracent  un  si  aimable  portrait, 
Arthmr,  quoique  tremblant  encore  de  l'agitation  violente  qu'il 
a^ait  éprouvée ,  dirigea  toutes  ses  pmsées  vers  les  moyens  de  se 
tirer  de  sa  position  dangereuse.  Hais,  en  r^ardant  autour  de  lui, 
û  s'aperçut  de  plus  en  plus  qu'il  était  complètement  épuisé  par  les 
btignes  et  les  inquiétudes  qu'il  venait  d'éprouver.  Tous  les  efforts 
dont  il  était  capable  ne  purent  fixer  ses  yeux  égarés  sur  les  objets 
qui  l'entouraient.  Les  ari>res,  les  rochers,  tout  ce  qui  se  trouvait 
entre  lui  et  le  château  eh  ruines  de  Geiérstein,  lui  semblaient 
danser  en  rond  ;  et  telle  était  la  confusion  de  ses  idées,  que,  s'il 
ne  lui  était  resté  assez  de  présence  d'esprit  pour  sentir  que  ce  serait 
un  trait  de  véritable  folie,  il  se  serait  jeté  à  bas  de  l'arbre,  comme 
pour  prendre  part  à  la  danse  étrange  qu'avait  créée  son  imagina- 
tion en  délire. , 

—  Que  le  ciel  me  protège!  s'écria  le  malheureux  jeune  homme 
en  fermant  les  yeux,  dans  l'espoir  qu'en  cessant  de  voir  ce  qui 
augmentait  la  terreur  de  sa  situation,  ses  idées  pourraient  prendre 
on  cours  plus  calme;  mes  sens  m'abandonnent. 

n  fut  encore  plus  convaincu  de  la  vérité  de  cette  dernière  pen- 
sée, quand  il  crut  entendre,  à  assez  peu  de  distance ,  une  voix  de 


M  CHARLIS  LB  TÉBIERAlBev 

ftMMM^  w  pkMftl  «n  ori  perçuM,  qmqM  Taeeent  m  fiU  iiiél«(^ 
iiaittf  «Iqnî  lamUak  lui  acre  ^is^mét^  U  reHTrit  les  yeu,  fe^a  b 
lâto^  «I  porta  aw  regards  4a  eèté  d'aà  le  son  paraissait  .partir» 
^isiqtfit  pût  à  peûie  crailw  que  ôe  ne  fillt  pas  encore  «n  eSèt  en 
délire  4e  am  JMiigiÉatioii.  L'appariftîoB  qoiae  moatra  à  ses  yeux 
le  aonâma  preequeidana  Tidée  qa'il  av:ait  le  earveas  dérafigé,  al 
qa^ae  poswaii  plus  eeoqHer  siv  l'eiactitiide  du  rapport  de  aea 


6«r  le  aoBMMft  d'an  radier  de  forme  pyramidale^  qui  s'élevait 
ds  imd  de  la  Tillée^  pamt  «ne  feiAme^  m«s  tdHemeat  eardoi^pée 
de  brouillard,  que  Fœil  ne  pouvait  l'apercevoir  qa'impaiifiEÙtemeiit* 
Saiaittai  se  desainant  en  relief  sar  le  firmameiit ,  présanlait  l'idée 
iadéfitaie  d'àm esprit  aérien >  plotôît  que  d'one  mortelle;  car  die 
aernUaitaoïiil^ère  et  presque  aussi  tradq^renlequeks  vàpenra 
qoi  entmiraieBt  le  piédestal  élevé  sur  lequel  elle  était  jdacée. 
4rtiiar  fut  d'aherd  porté  à4:roire  que  la  Vierge  avait  exaucé  &ea 
inièrea,  et  étail  venue  eu  personne  pour  le  secelunr.  Il  dlait  ré» 
citer  un  Av€,  quand  la  même  voix  lui  fit  attendre  de  nouveau 
•élte  émmge  nsflepée  qui  met  les  halntans  des  Alpes  en  état  de 
gsfHrimr  d\mo  montagne  à  une  autre,  à  travers  de$  ravins  d'une 
lai^l^eur  et  d^ine  profondeur  eensidéraUes. 

Ikadis  qu'il  r^édiissait  à  la  manière  dont  il  s'adresserait  à 
oede  apparittOB  inattendue,  die  diqiarut  du  point  qu'elle  œbupait 
d'éburd,  et  se  remeotra  bientdt  sur  la  pointe  du  rocher  an  pied 
dm^tii  efoiaaaft  beriaantalement  Tarbra  sur  lequd  Arthur  s'était 
wfugié.  San  ak  et  son  costume  prouvaient  que  c'était  une  habi* 
tante  de  ces  montagnes,  qui  en  connaissait  les  sentiers  dangefeux. 
Bn  un  mot,  il  voyait  devant  lui  une  jeune  H  belle  fenukie  qoi  le 
fciôgaidait  avec  un  mélange  de  compasaîou  et  de  surprise» 

-«*- Etranger ,  lui  dételle  enfin,  qui  étes-vous?  d'où  veaeit-vous? 

-^  Je  suis  étranger  comme  vous  le  dites,  jeune  fiUe>  répondît 
Arthur  en  levant  la  tête  vers  elle  aussi  bien  qu'il  le  pouvait  ;  j'ai 
quitté  Lucarne  ce  matin  avec  mon  père  et  un  guide  ;  je  lies  ai  laissés 
àaiMtron  undemi-miliiB  d'ici;  Vous  serait«H  possible  de  leur  dlonner 
avts  ^e  Je  suis  ea  aâveté,  car  je  sais  ^m  ta:um  père  est  dans  une 
ei'adla  inqwétwie  f 

—  Bien  volontiers,  n^Kuidit  la  jeune  fille  9  mais  je  crois  que  mou 
enefe  ou  queiquiefr-nnà  de  mes  parens  Ica  aurontdéjà  trouvés  »  et 
tetair  aerviraut  du  guidée.  —  Ne  pui*je  vMs  aider  ?~£tea« voua 


OttÀRUES  LB  TÉHtiRâlRE.  M 

Mttflëf  mmÀ9MûsétiWMÉuik  f»  Ile  imiiili  émit  é)^ 

Tditt  «n  tMurlaiit  têÊtà,  la  jeniiA  HeMtkwi» Viif^pMéhÉ  li  fvis 
en  bord  tla  précipfioey  «t  regarda  au  fond  en  %wlÉbc  ttfwm  air  ai 
ihâifiKérent»  que  la  force  de  la  s^^athie  (^luiit  eli  fawilBaom^ 
«ions  celui  qai  agit  et  ertai  qm  regarde>  oeMMOMi  de  nab^wai: 
TeH^  à  Anbiir ;  il  s'aecraeila  plna  ANneiimil  qao  jafliafoè «oh 
ailMy  en  poussant  une  sorte  de  géiiiièMiiieiàt. 

^Etes-Yoiis  Messe  f  M  demanda  tine  seieoadè  M»  li|«aÉe  flDa 
qai  te  Tit  {yafir;  quel  tiaï  é^ronTêt-^olftSP 

—  Aneim,  jeune  tUé^  A  et  n'est  quelquei  MgèreS  WiMin»tosioMs  ; 
ttais  la  têie  me  toteme,  et  lé  eosur  me  matiqne,  erii  inmè  l^oyant  M 
jnrès  de  cet  abtme. 

—  N'est-ce  qtie  cela?  Sachez,  étranger,  qae  je IMS io» ti^Stttè 
fn  pins  tranq^Ue  datas  la  maison  dis  mon  ohele  qoe  Mt  te  bord 
de  précipices  e»  comparaison  desqMb  eéittt-el  n*offiré  qn'tm 
obstacle  qn'nn  «nâint  pterràit  firancUr.  Mabi  Si  j'en  fÊigé  par  les 
traces  qne  je  remaiiqne,  ^ons êtes  venu  M  le  long,de  là  saàlîe  da 
rodier  dont  la  terre  s'est  éboulée  récemment  ;  Tooè  détriefe  Asnte 
Stre  bim  an-déssns  d^nne  pàreiile  feiblioëse/ptaisqkie  ^  toWi  tstèssi, 
Tovs  ayet  le  ^bcoît  de  t^ns  diM  teontagilard. 

-^  J'aurais  pu  me  donner  ce  nom  il  y  a  nne  doteUtearOi  màië 
je  crois  que  désormais  je  h'oserai  |das  le  prendra; 

^  If  e  ^oiis  décourages  pas  pour  nn  saisissenietti  de  cenir  paàw 
sager  qid  pent  ébranler  le  tonra|pe  et  d)ëcut^ir  la  ilie  de  llioBiiiife 
qM  a  le  plus  dé  bmyoïlre  et  d''expérience.  Let<ez-vouS>  tMrditofe 
hardiment  sur  le  tronc  de  cet  arbre,  et  quand  Vous  tei«z  au  tùi" 
KeUy  TOUS,  n'aurez  plus  qu'un  saut  à  faire  pour  if^us  ti^liyërsnr  la 
potfte  plate^fontae  où  tous  ime  Toyez.  Après  eela,  veas  he  rene^MV- 
trerez  phis  ni  obstacle  ni  datiger  qui  nléittent  qu'okl  elipàirlé  ft  afa 
jeune  bcnume  dont  les  membres  s<mt  robustes,  et  A^ssi'coùragèQ^ 
^e  leste* 

—  Mes  ilieniiyi^,  sdnt  robu^ies ,  rét)o^dit  le  jeùtieliéflMsie,  màft 
je  rougis  en  pensant  combien  le  couriige  mé  maniqUé^.  GépéifAÂt 
je  ne  souffrirai  pas  que  tous  ayez  honte  de  l'intérêt  que  tous  aTcz 
pris  à  un  malheureux  Toyageur ,  en  écoutant  plus  long-temps  des 
craintes  qui  jusqu'à  ce  jour  n'aTaient  jamais  trouTé  d'accès  dans 
mon  cœur. 


40  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

La  jemuB  fille  le  regarda  ayec  beaaooup  d'intérêt,  et  non  sans 
quelque  inquiétude ,  tandis  qu'il  se  levait  avec  précaution ,  et  qu'il 
descendait  le  long  du  tronc  de  l'arbre ,  qcd  s'élan^it  d'une  cre- 
Tasse  du  bas  du  rocher  sur  lequel  elle  se  trouvait ,  dans  une  posi- 
tion presque  horizontale ,.  et  dont  la  partie  sur  laquelle  il  était 
tremblait  sous  lui*  Le  saut  qu'il  avait  à  faire  pour  arriver  sur  la 
plate -forme  où  était  la  jeune  fille  n'eût  été  rien  sur  un  terrain 
lerme  et  uni ,  mais  il  s'agissait  ici  de  passer  sur  un  abîme  profond, 
au  fond  duquel  un  torrent  mugissait  avec  fureur.  Les  genoux 
d'Arthur  battaient  l'un  contre  l'autre,  et  ses  pieds,  devenus  lourds, 
semblaient  lui  refuser  tout  service.  Il  éprouvait,  à  un  plus  fort 
degré  que  jamais ,  cette  influence  de  la  crainte ,  que  ceux  qui  l'ont 
éprouvée  dans  une  situation  si  dangereuse  ne  peuvent  jamais  ou- 
blier, et  que  ceux  qui,  heureusement  pour  eux,  ne  l'ont  jamais 
connue ,  peuvent  avoir  quelque  peine  à  comprendre. 
.    La  jeune  fille  vit  son  émotion,  et  en  prévit  les  conséquences. 
Ne  voyant  qu'un  seul  moyen  pour  lui  rendre  la  confiance ,  elle  sauta 
légèrement  du  rocher  sur  le  tronc  d'arbre ,  où  el|e  resta  avec  au- 
tant d'aisance^  et  de  tranquillité  qu'un  oiseau ,  et  par  un  second 
saut  se  retrouva  presque  au  même  instant  sur  la  plate-forme.  Eten- 
dant alors  le  bras  vers  Arthur  :  — »  Mon  bras  n'est  qu'une  faible 
balustrade,  lui  dit-elle,  mais  avancez  avec  résolution,  et  vous  le 
trouverez  aussi  ferme  que  les  murailles  de  Berne. 

La  honte  l'emportait  alors  tellement  sur  la  terreur  dans  l'esprit 
d'Arthur,  que,  refusant  l'aide  qu'il  n'aurait  pu  accepter  sans  se 
dégrader  à  ses  propres  yeux,  il  fit  de  nécessité  vertu,  exécuta 
avec  succès  le  saut  redoutable,  et  se  trouva  sur  la  plate-forme  à 
côté  de  la  jeune  fille. , 

Son  premier  mouvement  fut  naturellement  de  lui  prendre  la 
main ,  et  de  la  porter  à  ses  lèvres  avec  respect  et  reconnaissance  ; 
et  elle  n'aurait  pu  l'en  empêcher  sans  affecter  une  sorte  de  pru- 
derie qui  À'était  nullement  dans  son  caractère  ;  c'eût  ét^  donner 
lieu  à  un  débat  cérémonieux  sur  un  objet  bien  peu  important ,  et 
sur  un  théâtre  qui  n'y  convenait  guère ,  une  plate-forme  de  rochers 
d'environ  cinq  pieds  de  longueur  sur  trois  de  largeur. 


CHAPITRE  m. 


Maudits  l'or  et  l'argtDt  doii|  l'atlrait  no«t  hnflm 
k  trafiquer  an  loia  poor  faire  an  gain  licite  1 
La  pdz ,  an  teint  de  lis,  brille  pins  qae  rargeal; 
L'or ,  bien  moins  qne  Ja  vie ,  est  an  besoin  uiyeati 
£t  ponrunt,  à  travers  des  déserts  si  stériles. 
L'intérêt  noas  conduit  dans  ces  marchés  des  TiUaa»- 

.  CoxAUs.  ffasMM,  ou  U  Coiniucmr  d»  cAesteew. 


Arthur  Philip^oh  et  Anne  de  Geierstem,  dans  cette  sitoation  , 
épnmTèrent  on  léger  degré  d'embarras;  le  jeune  homme  »  sans 
doutie  dans  la  crainte  de  passer  jMinr  poltron  aux  yeox  de  celle  qui 
Tàvait  seconm ,  et  la  jeone  fille  peut-être  par  suite  des  efforts 
qu'elle  ayait  faits,  ou  parce  qu'elle  se  voyait  si  soudainement  pla- 
cée  en  contact  presque  immédiat  avec  le  jeune  homme  à  qui  elle 
avait  probablement  sauvé  la  vie. 

— Maintenant,  lui  dit  Arthur,  il  faut  que  je  retourne  près  de 
mon  père.  La  vie  que  je  dois  à  votre  secours  n'a  de  prix  pour  moi 
qu'en  ce  qu'il  m'est  permis  à  présent  de  courir  à  son  aide. 

n  fut  interrompu  par  le  son  d'un  autre  cornet  qui  semblait  partir 
dao&té  de  l'endroit  où  Philipson  père  et  son  guide  avaient  été 
laissés  par  leur  entreprenant  compagnon*  Mais  la  plate-forme>  dont 
il  n'apercevait  qu'une  partie  de  l'arbre  sur  lequel  il  avait  été  per« 
ché,  était  tout  -  à- fait  invisible  du  lien  où  il  se  trouvait  alors. 

—  Il  me  serait  bien  aisé ,  dit  la  jeune  fille,  de  passer  sur  cet 
arbre ,  et  de  voir  là  bas  si  je  pourrais  découvrir  vos  amis  ;  mais  je 
sois  convaincue  qu'ils  oùt  maintenant  de  meilleurs  guides  que  vous 
on  moi  ne  pourrions  l'être;  car  le  son  de  ce  cornet  annonce  que 
mon  oncle  on  quelques-uns  de  mes  jeunes  parens  sont  arrivés  près 
d'eux.  Ils  sont  maintenant  en  marche  vers  Geierstein ,  et ,  si  vous 
le  trouvez  bon ,  je  vais  vous  y  conduire  ;  car  vous  pouvez  être  as- 
suré que  mon  oncle  Arnold  ne  soufErira  pas  que  vous  alliez  plus 
loin  aujourd'hui,  et  nous  ne  forions  que  perdre  du  temps  en  cher- 
dbant  à  rejoindre  vos  amisi  qui,  de  l'endpint  où  vous  dites  que 


42  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

TOUS  les  avez  laissés ,  doiTent  être  rendus  à  Geierstein  bien  avant 
nous.  Suivez-moi  d<mc ,  on  je  supposerai  que  tous  êtes  déjà  las  de 
nke  prendre  pour  guide. 

— Supposez  plutôt  qœ  j^  siiis  las  de  la  yie  que  tous  m'ayez  pro- 
bablement conservée,  répondit  Arthur  en  se  préparant  à  la  suivre. 
U  examina  en  même  temps  le  costume ,  la  taille  et  les  traits  de  sa 
je«M  eoBèaeiriee ,  eauuDMi  qw  emifirma  la  satisfaction  qu'il  avait 
en  la  suivant,  quoiqu'il  ne  pût  le  faire  en  ce  moment  avec  un  dé- 
tail aussi  circonstancié  que  celui  que  nous  allons  prendre  la  Uberté 
de  mettre  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs. 

Son  vêtement  de  dessus  n'était  ni  assez  serré  pour  dessiner 
ses  membres,  ce  qui  était  défendu  par  les  lois  somptnaires  du 
canton ,  ni  assez  large  pour  gêner  ses  mouvemens  quand  elle  mar^ 
chait  ou  gravissait  les  rochers;  il  couvrait  une  tunique  d'une  cou- 
leur cUSKrente,  et  fad  descendait  jusqu'à  mi-jambea,  dont  ta  partie 
inlérieure  restait  exposée  à  k  vue  dans  tentes  ées  bettes  propiMS 
tîeas.  Ses  sandales  se  terttîiiakBt  en  pointe  recourbée,  et  les  Inm- 
disiettes  croisées  aa-desius  dé  la  dieviUe ,  pour  les  j  attarii«% 
étaieht  garnies  d'anneaux  d'argent.  Sa  taille  était  serrée  par  xmit 
eëintnre  de  soie  de  diverses  couleurs ,  ornée  de  fils  d^er  ftdsaat 
partie  du  tissu.  Sa  tunique,  ouverte  paMtevmnt,  qui  laissait  toit 
on  cou  tiégant  et  d'une  pure  blancheur,  permettait  même  à  1^1 
de  péiiétrer  eatkte  plus  bas*  Cette  blancheur  contrastait  un  peA 
avec  son  visage  légèrisment  bmai  par  l'air  et  h  soleil ,  non  pas  av 
point  de  diminuer  sa  beauté ,  mais  seulement  assez  pour  prouver 
qb'eBe  possédait  cette  santé  dont  en  est  redevdile  à  l'habitude  et 
l'exieroioe.  Ses  longs  cheveux  blonds  tombaient  en  tresses  nom- 
breuses] sur  ses  tempes ;(  ses  yeux  biens,  ses  traits  aimables >  et 
leur  expression  pleine  de  dignité  et  de  simplicité ,  indiquaient  m 
Blême  temps  le  caractère  dte  doilceur,  de  confiance  et  de  résolu- 
tion d^tme  ame  trop  vertueuse  pour  Soiq[>çonner  le  mal ,  et  tr<^ 
fière  pour  le  erainÂ!^.  Sur  ces  dievenx ,  l'ornement  ilàturel  de  la 
beauté,  et  eelui  qui  lui  sied  le  mieux ,  ou  plutôt,  devrais*je  dir«, 
an  milieu  de  ces  cheveux  était  placée  une  petite  toque;  qui,  d'a- 
près sa  forme,  était  moins  destinée  à  protéger  sa  tête  qu'à  pronver 
le  goAc  de  la  jeune  fiUe,  qui  n'avait  pas  manqué^  suivant  la  <Am* 
tunone  dés  montagnes,  de  h  décorer  d'ime  plume  de  héron ,  et  y 
avait  ajouté;  luxé  encore  peu  eoiuaaun  à  cette  époque,  mepelitb 


OHàBUBUS  TÉMÉB&IBB.  41 

fû  k  iMir»  et  dflttfc  kfe  deoA  kMit  étaîoM  «MBvéi  mn  «i  large 
nédailkm  de  mèmB  métël. 

mute  ^éèsnit  moLféoÊÊm  de  la  «Min»  conuMne^  at  fi»  wm  Vèè 
Mileora  de  aca  finraaa»  aàna  riee  ateir  db  aaMêidiB^  loi  êôxt^ 
arânt  l'flv  da  Ifieèrve,  jplDtèt  qee  la  baMiléAàre  de  iaoe^ 
graees  Votopiiaaafiei  de  Yénes*  Ue  fraet  w>Ue^  dea  m&uinréê 
soaj^leaetbîieiifiMméa,  nn  pat  fanne  et  léger  eeielHalêiei^y  aa 
modeMîe  TH^paaie»  et  aorteoft  «ta  air  cmverc  et  eaa  aaaiiraMéte* 
géoee,  tela  6l  eiaut  laa  aharaieg  de  kjeaeeSUTétknBBy  dignléw 
«Cfet  d^âiK  ooai|ntde  à  la  déeaae  de  la  aageiae  et  «te  k  ehaaieté. 

La  i^te  q«e  fe  jennte  Anglak  ^araâtalovaaeiiaaa  oandnite  élaft 
èffioîle  et  «héteia»  wêêm  on  nepewmt  dire  i|a'eHe  lût  dèlhges- 
rame»  sérUMit  enk  eompairàÉt  avec  keiieBÎiifii'il  venait  dé  kire 
sar  les  rochers.  C'était,  dans  le  fait,  k  continnatioa du  létttkry 
et rAMdeliuBiit  dii  tcrrei  dratilaété  si  eomaiit ]»ailé,  M  aiait 
détanôt  m»  falnîe.  Qneîfa'il  elit  été  iiadoBwagé  an  divtan  élt^ 
ivoîta,  à  rdpOqee  dn  mêaie  taremUement  deitorre,  en  y  vo^tdeft 
navfaea  «idiquant  ifu'il  avait  défà  M  gieasièreÉiant  lépai^,  de 
maaièna  à  le  rendra  praticdbla  paor  des  gens  qoî  attaehent  aessl 
fiea  d'ÎH^MMrtanee  qne  les  Suisses  à  avoit  dis  cliamtiai  de  eeehnra» 
uicsliiNi  nnk  et  Um  nivolëa.  La  jeeiieffik  npprit  ik^ami  à  AMittr 
^e  k  route  aelaaifa  kisait  un  dronit  pour  aÛer  rejoindre  oèlliB 
foeses  ee^pd^nons  et  ki  avûent  sdivie  dansk  matkée,  de  sorte 
qaes'ifa  avaient  tourné  au  point  de  jenelâôn  de  ce  netovean  chcMifal 
avec  l'anei«^n ,  fls  auraient  ëviié  k  dangtarqu'ds  avaient  eoara  en 
a'i^proekant  dn  piédipioe. 

Le  sentier  sur  leipiel  ils  marchaient  akrs  était  pks  kin  dû 
torrent,  qwri^oa  en  entendit  encore  k  tonnerre  sekienrahi , 
èùat  tea  éckts  avaient  augmenté  tant  qu'ib  avaient  moAté  parai- 
lèleaient  à  smicoan.  Mais  tout  à  coup  le  sentier,  tbdrÉiUità  angle 
droit»  ae  dirigea  ea  hgne directe  vws  le  vieux  drfteau,  et  ib  M- 
rmt  sons  ka  yeux  nn  des  tableaux  les  plus  q^endides  el  les  pltts 
imposans  de  ces  «Mitagaes. 

L'ancienne  tour  de  Geierstein,  quoiqu'elk  ne  Mtni  tr6A  consi* 
dérabk,  ni  dktîiaignée  par  dès  ornemens  d'architectni^,  avait  un 
sûr  de  dignité  et  de  terreur  qu^elk  devait  à  sa  position  sur  le  bord 
de  k  rive  <^osée  dn  tottenti  k}hi)  piréeiflément  à  l^Mgk  du  h»; 
cher  sur  k^nel  kê  «aines  tMnt  ainaées,  fbMne  une  dMtfie  tfim^ 


**  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

ron  cent  pieds  de  hauteur,  et  se  précipite  du  défiSé  dans  un 
formé  dans  le  roc  vif,  et  que  ses  eaux  ont  peai>étre  creusé  depuis 
le  conunencement  des  <emps.  En  fuce  de  ces  eaux  éternellement 
mugissantes  et  coulant  à  ses  pieds ,  s'élevait  la  vieille  tour,  con- 
struite si  pràs  du  bord  du  rocher^  que  les  arcs-boutans  que  l'archi- 
tecte avait  employés  pour  en  fortifier  les  fondations,  semblaient 
faire  partie  du  roc ,  et  s'élevaient ,  ainsi  que  lui,  en  ligne  perpendi- 
culaire. C(MÊnme!c'était  l'usage  dans  toute  l'Europe  aux  temps  de  la 
féodalité,  la  principale  partie  du  bâtiment  formait  un  carré  massif , 
dont  le  sommet,  alors  en  ruines,  était  rendu  pittoresque  par  les 
tourelles  de  différentes  formes  et  de  diverses  hauteurs  qui  le  flan- 
quaient, les  unes  étant  rondes,  les  autres  mgulaires,  plusieurs 
étant  en  ruine,  quelques-unes  encore  presque  entières  ;  ce  qui  va- 
riait la  vue  en  perspective  de  cet  édifice,  qui  se.  dessinait  sur  un 
ciel  orageux. 

Une  poterne  en  saillie,  à  laquelle  on  descendait  de  la  tour  par 
nn  escalier,  avait  autrefois  conduit  à  un  pont  qm  donnait  accès  du 
château  à  l'autre  côté  du  torrent  où  se  trouvaient  alors  Arthur 
Phihpson  et  sa  belle  conductrice.  Unc^  seule  arche,  on  pour  mieux 
dire  le  côté  d'une  arche,  consistant  en  grosses  pierres ,  subsistait 
encore,  et  se  montrait  sur  le  torrent,  précisément  en  face  de  la 
chute  d'eau.  Jadis  çsette  arche  avait  servi  à  soutenir  un  pont-levis 
en  bois,  d'une  largeur  convenable,  mais  d'une  tdle  longueur  et 
d'un  tel  poids ,  qu'il  était  indispensable  qu'il  repos&tfsn  se  bais- 
sant, sur  quelque  fondation  solide.  U  est  vrai  qu'il  en  résultait  un 
inconvénient  :  même  quand  le  pontilevis  était  levé,  il  y  avait  pos- 
sibiUté  d'approcher  de  la  porte  du  château  par  le  moyen  des  pierres 
destinées  à  en  recevoir  les  côtés  ;  mais  comme  ce  passage  n'avait 
pas  plus  de  dix-huit  ponces  de  largeur,  et  que  l'ennemi  audacieux 
qui  aurait  osé  le  traverser  n'aurait  pu  arriver  qu'à  une  entrée  ré- 
gulièrement défendue  par  une  herse,  flanquée  de  tourelles  et  de 
remparts  d'où  l'on  pouvait  lancer  des  pierres  et  des  traits,  et 
verser  du  plomb  fondu  ou  de  l'eau  bouillante  sur  l'ennemi,  on  ne 
regardait  pas  la  possibilité  de  cette  tentative  comme  préjudiciable 
à  la  sûreté^dn:château. 

Dans  le  temps  dont  nous  parlons ,  le  château  étant  entièremetit 
ruiné  et  démantelé,  la  porte,  la  herse  et  lepont-leyis  n'existant 
plus,  le  passage  voûté  sous  lequel  la  porte  avait  été  placée ,  et  les 
pierres  étroites  qui  unissaient  encore  les  deux  cfttés  de  la  rivière , 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  45 

serraiait  d^  moyen  de  communioation  entre  les  deux  lÎTes  pour 
les  habitans  des  en  wons,  que  ThabiUide  avait  fiunîliarisés  avec 
les  dangers  d'un  tel  passage. 

Pendant  ce  opnrt  trajet,  Arthur  Philipsoni  eommeonbonaro 
nonyellement  tenda ,  avait  repris  l'élasticité  de  corps  et  d'esprifc^ 
qui  lui  était  natorelle*  A  la  vérité  ce  ne  fat  pas  avec  une  tian- 
qiuiUité  parfaite  qa*il  suivit  sa  conducjtrioe ,  tandis  qu'elle  marehait 
légèrement  sur  cet  étroit  passage  formé  de  pierres  raboteuses^ 
moiiillées  et  rendues  continuellement  glissantes  parles  vapeurs  de 
la  cascade  TCMsine.  Ce  ne  fat  pas  sans  appréhension  qu'il  accom- 
plit ce  fait  périlleux  à  si  peu  de  distance  de  la  chute  d'eau ,  dont  il 
ne.  pouvait  s'empêcher  d'entendre  le  bruit  assourdissant ,  quoiqu'il 
eût  grand  soin  de  ne  pas  tourner  la  tête  de  ce  càié,  de  peur  d'é- 
prouver dtt  nouveaux  vertiges  en  voyant  les  eaux  se  prédpiter  du 
haut  du  rocher  dans  un  abîme  qui  paraissait  sans  fond.  Hais, 
malgré  son  agitation  intérieure ,  la  honte  oaturellede  laisser  voir 
delà  crainte  y  quand  une  jeune  et  belle  femme  montrait  tant  de 
calme ,  et  le  désir  de  réparer  sa  réputation  aux  yeux  de  sa  conduc- 
trice, emjtêchèreAt  Arthur  de  s'abandonner  à  l'émotion  qui  l'avait 
accablé  bien  peu  de  temps  auparavant.  Marchant  avec  fermeté, 
mais  se  soutenant  avep  précauticm  de  son  bâton  ferré,  il  suivit  les 
pas  légers  de  la  jeune  Helvétienne  le  long  de  ce  pont  redoutable; 
il  passa  après  elle  par  la  poterne  en  ruines  »  et  monta  l'escalier,  qui 
était  dans  un  semblable  état  de  délabrement. 

Ils  se  trouvèrent  alors  dans  un  espace  couvert  de  ruines,  ayant 
été  autrefois  une  cour  en  face  de  la  tour,  qui  s'élevait  avec  une 
sombre  dignité  au  milieu  des  débris  d'ouvrages  de  fortification,  et 
des  bâdmens  destinés  à  divers  usages.  Ils  traversèrent  rapidement 
ces  ruines ,  sur  lesquelles  la  nature  avait  jeté  un  manteau  sauvage 
de  mousse,  de  lierre  et  d'autres  plantes  grimpantes ,  et  ils  en  sor- 
tirent par  la  porte  principale  du  château ,  pour  entrer  dans  un  de 
ces  endroits  que  la  nature  embellit  souvent  de  ses  charmes  les  plus 
délicieux,  même  au  milieu  des  contrées  en  apparence  arides  et 
d&olées. 

Le  château  s'élevait  aussi  de  ce  cbté  beaucoup  au-dessus  du  sol 
des  environs;  mais  l'élévation  du  site,  produite,  du  c6té  du  tor- 
rent,  par  un  ro,cher  perpendiculaire,  offrait  de  ce  côtén»  une 
pente  rapide  qui  avait  été  formée  en  talus,  comme  un  glacis  mo- 
derne^ pour  mettre  l'édifice  plus  en  sûreté.  Ce  terrain  était  alors 


4$  OBUMiBI  LE  TÉMÉRURB. 

mutait  ai  jmBM&  arbPM  etde  biuMOins ,  an  aûlieii  dMfKtoIft  toisr 
i^Mt^ail  «fwlMto  ta  digailé d'une belk  niine«  An^Ui  de  ces 
bosquets  en  pente  ^  la  yne  présentait  nn  oaractère  tant  dUKrent* 
Une  élaadm  de  terre  de  pkis  de  eent  acnés  était  ttitoorée  de  ro- 
ifaeveat  de  mentagnes  foà,  tout  eo  conserrant  l'aqwct  sattVagti 
delà  GMMrdefaenosToyagenrs  avaient  traTOtéelenatin,  enviroiH 
Mient  ei  en  qnelqrn  sorte  défendaient  nn  petit  canton  oà  la  natnre 
dtttîl  pins  lartfieet  se  montrait  sonsdes  traits  pins  donx.  La  snrftKse 
de  ee  donatee  éMiit  extrémemesit  variée»  mais  en  général  la  terre 
7  snNnit  nn^  pente  donoe  vers  le  snd. 

Vnè  grande  maiéon  construite  en  bois^  sans  le  moindre  ^ard 
poor  la  régularité  ou  la  symétrie  i  indiquait  par  la  fcmée  qui 
en  BOietiti  comme  par  le  nombre  et  la  grandeur  des  bâtSmens  de 
UMiteiaiitare  qui  Fentironnaient y  et  par  les  champs  bien  cultivés 
q/ÊNm  voyait  tout  à  PetttouTi  que  c*était  le  séjour^  sinott  de  la 
splendeuTy  du  moins  de  Paisance.  Un  verger  rempH  d*arbres  frui- 
tiers en  plein  rapport  s'étendait  aasud  de  la  maison.  Des  groupes 
de  noyers  et  de  châtaigniers  croissaient  majestueusement  en- 
semble »  et  ttii  vignoble  de  trois  ou  quatre  acres  prouvait  m^e 
que  la  vigne  y  était  cultivée  aveo  intelligence  et  succès.  Oetle 
dernière  culture  est  maintenant  nniverseltement  répandue  dans 
toute  la  Suisse;  mais,  dans  le  temps  dont  nous  parions,  elle  n'oo- 
éupait  qu'Un  petit  nombre  de  propriétaires  assez  heureux  pour 
avoir  le  rare  i^vantage  d^uttir  nntelHgence  à  la  richesse,  ou  du 
moins  à  Fàisancé. 

Dans  de  riches  pâturages,  paissaient  un  grand  nombre  de  bes- 
tiau  de  cette  belle  race  qui  feiit  Porgneil  et  la  richesse  des  mon- 
tagnards suisses.  Où  les  avait  retirés  des  contrées  plus  monta- 
faneuses  oft  ils  avaient  passé  lAété ,  pour  quHls  ftissent  plus  près  de 
l'abri  dont  il6  auraient  besoin  à  f  époque  des  orages  d'automne. 
Dans  quelques  endroits  choisis,  les  agneaux  tondaient  tranquille- 
ment Fherbe  de  belles  prairies  ;  dans  d'autres,  de  grands  arbres , 
produit  natiki^l  du  sol ,  croissaient  sans  craindre  la  hache,  jusqu'à 
ce  qu'on  eût  besoin  d'en  abattre  quelqu'un  pour  se  procurer  du 
bois  de  constructleA ,  et  donnaient  un  aspect  de  verdure  et  de 
bois  à  un  tableau  de  culture  agricole.  Unv  petit  ruisseau  serpen- 
tait à  travers  ce  paradis  ceint  de  montagnes,  tantôt  réfléchissant 
lés  rayons  du  solett,  ^  avait  alors  dissipé  le  brouillard,  tantôt 
indiquant  sa  course  par  des  rives  âevées  couvertes  de  grands  ar- 


hns,  et  tamÂtla  cachant  so^s  des  buissons  d'anbépines  ç(i|o  noi- 
setiers. Ce  ruisseau ,  après  maints  détours  qja^  semblaient  indiquer 
sa  répugnance  à  quitter  ce  séjour  pai$iUe  »  sortait  enfin  de  ce  do- 
maine écarté^  et,  semblable  à  un  jeune  homme  aban^oiyi^nt  lei 
amples  jeux  de  l'adolescence  pour  entrer  dans  la  carrière.  4'une 
Tie  active  et  agitée,  allait  s^unir  au  ton^i^t  impétueux  qui  >  des- 
cendant avec  fracas  des  montagnes,  venait  frapper  le  rocher  suf 
leipiel  s'élevait  l'ancienne  tour  de  Geieptein ,  et  se  précipîifaijb 
ensuite  clana  le  défilé  sur  les  bords  dunjiiçl  notre  jeqne  loj^g^wç 
avait  'été  sur  le  point  de  perdre  la  vie. 

Quelque  impatient  que  fût  Arthur  de  rejoindre  son  père»  $  w 
put  s'entpec^er  de  s'arrêter  un  moment ,  tant  il  était  sqrpris  de 
trouver  taint  de  beautés  champêtres  au  milieu  d'une  pareille  scène 
d'horrevt";  et  il  jeta  un  regard  en  arrière  sa^  la  tQur  de  Geier- 
•  sieûi  et  sur  le  rpché^  escarpé  qui  lui  avait  donné  son  noip,  commei 
'  pour  s'assorer,  par  la  vue  de  ces  objets  reqiarquables»  qu'il  était 
réellement  dans  les  envfrons  de  ce  désert  sauvaj^  où  il  avait 
éprouvé  tant  de  dangers  et  de  terreur.  Cependant  le^  limites  de 
cette  ferme  bien  cultivée  étaient  si  bornées ,  que  ce  cK)op  d'œÛ  en 
arrière  était  à  peine  nécessaire  pour  convaincre  le  speçtatëiir  que 
cet  endroit  où  l'industrie  humaine  avait  t|*ouvé  les  mojen^  de  SjS 
déployer»  et  qui  semblait  avoir  été  mis  eii  valeur  p^r  suite  de  tra* 
vaux  considérables  9  était  en  bien  faible  proportion  avec  la  nature 
agreste  et  sauvage  de  la  contrée  environnante,  I^i  de  hautes 
montagnes  fos'maient  des  murailles  de  ixHsher^;  là|^  ^vê^uesde 
forêts  de  pins  et  de  mélèses  dont  l'existence  remoJ|;itait  p«tuuéure  à 
celle  du  monde.  Au-dessus  de  ces  montagnes  et  de  l'émi^eiise  suf 
laqneOe  1^  tour  était  située»  on  pouvait  voir  la  ^uapce  presque 
rosée  d'ui^  inunense  glacier  frappé  par  les  r$iyoQ3  du  soleil  ;  et  en- 
core plus  haut»  sur  la  surface  brillante  dç  cette  meic  4e  glace ^ 
s'élevaient^  avec  une  dignité  silencie^use»  les  pics  de  oi^  monta^pnes 
innombrables  »  couirennées  de  neiges  éternelles* 

Ce  c{tt'U  nous  Sl  fallu  quelque  temps  pour  décrire  n'ocçqpa  le 
jeune  Philipson  qu'une  minute  ou  deux;  car,  sur  une  pelouse  en 
pente  douce  qui  était  en  face  de  la  ferme  »  comme  oq  pouvait 
ncmuner  la  maison ,  il  aperçut  de  loin  dnq  ou  si^  hpwnies  »  dans  le 
premier  desquels  »  à  sa  marche ,  à  son  costume  et  à  la  fbime  de  sa 
toque  »  il  lui  fut  aisé  de  reconqaître  son  pèrct^i  CQ  père  ^'iJl  e^pé" 
rait  à  peine  revoir. 


48'  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Il  samt  donc  avec  empressement  sa  conductrice , 'pendant 
qu'elle  descendait  la  colline,  escarpée  au  haat  de  laquelle  était  la 
Tieille  tour.  Ils  s'approchèrent  du  groupe  qu'ils  avaient  aperçu; 
le  vieux  Pliilipson  doubla  le  pas  pour  joindre  son  fils,  accompa- 
gné d'un  homme  d'un  âge  avancé ,  d'une  taille  presque  gigan- 
tesque^ etquiy  par  son  air  simple  et  majestueux  en  même  temps , 
semblait  le  digne  concitoyen  de  Guillaume  Tell,  de  Staufbacher^ 
de  Winkelriedy  et  d'autnes  Suisses  célèbres ,  dont  le  cœur  ferme 
et  le  bras  vigoureux  avaient ,  le  siècle  précédent,  défendu  avec 
Buceès  f  contre  des  armées  innombrables,  leur  liberté  personnelle 
«t  l'indépendance  de  leur  pays. 

Avec  une.  courtoisie  naturelle,  et  comme  pour  éviter  au  père 
et  au  fils  le  désagrément  d'avoir,  en  présence  àù  témoins,  une 
entrevue  qui  devait  leur  causer  de  l'émotion  à  tous  deux,  le  Lan- 
damman,  en  s'avançant  avecle  vieux  Philipson,  fit  signe  à  ceux 
qui  lé  suivaient,  et  qui  tous  semblaient  être  des  jeunes  gens,  de 
rester  en  arrière.  Ils  s'arrêtèrent  donc  à  quelques  pas,  et  parurent 
interroger  Antonio  sur  les  aventures  des  étrangera.  Anne,  con* 
ductrice  d'Arthur,  avait  à  peine  eu  le  temps  de  lui  dire  :  —  Ce 
vieiUard  est  mon  oncle,,  AJÊnold  Biederman,  et  ces  jeunes  gens 
sont  mes  parens ,  quand  le  Landamman  et  le  vieux  Philipson  arri- 
vèrent. Avec  la  même  délicatesse  qu'il  avait  déjà  montrée ,  Ar- 
nold prit  sa  nièce  à  part;  et  tout  en  lui  ^demandant  compte  de 
l'expédition  qu'elle  venait  de  &ire,  il  examina  le  père  et  le  fils 
pendant  leur  entrcYue ,  avec  autant  de  curiosité  que  la  civilité  lui 
permettait  d'en  montrer.  Elle  se  passa  tout  différemment  qu'il  ne 
s'y  était  atteùdu. 

Le  vieux  Philipson  avait  la  plus  vive  tendresse  pour  son  fils  : 
nous  l'avons  tu  prêt  à  courir  à  la  mort  quand  il  avait  eu  à  crain- 
dre de  ravoir  perdu  ;  et  l'on  ne  peut  douter  de  sa  joie  quand  il  fut 
rendu  à  son  affection.  On  aurait  donc  pu  s'attendre  à  voir  le  père 
et  le  fils  se  précipiter  dans  les  bras  l'un  de  l'autre,  et  telle  était 
probablement  la  scène  dont  Arnold  Biederman  avait  cm  qu'il  allait 
être  témoin. 

Mais  le  voyageur  anglais,  comme  un  grand  nombre  de  ses  com- 
patriotes, cachait  des  sentimens  vi&  et  profonds  sous  une  appa- 
rence de  froideur,  et  il  aurait  regardé  comme  une  fidblesse  de 
s'abandonner  sans  réserve  aux  émotions  les  plus  douces  et  les  plus 
naturelles,  U  avait  été  >  dans  sa  jeunesse ,  ce  qu'on  |>eut  appeler  va 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  49 

homme  bien  fait,  et  sa  physionomie ,  encore  belle  à  un  âge  pins 
ayaDcé ,  avait  une  expression  qui  annonçait  an  homme  peu  dis- 
posé à  céder  Ini-méme  à  ses  passions  ou  à  encourager  trop  de  con- 
fiance dans  les  autres.  II  avait  doublé  le  pas  en  apercevant  son  Sh, 
par  suite  du  désir  naturel  qu'il  avait  de  se  trouver  près  de  lui  ; 
mais  il  le  ralentit  en  s'en  approchant ,  et  quand  ils  furent  en  pré- 
sence,  il  lui  adressa,  avec  un  ton  de  réprimande  plutôt  que  d'af- 
fection y  ce  reproche  inspiré  par  la  tendresse  paternelle  :  —  Ar- 
thur, que  tous  les  saints  vous  pardonnent  le  chagrin  que  vous 
m'avez  causé  aujourd'hui  ! 

— Amen!  répondit  le  jeune  homme;  je  dois  avoir  besoin  de 
pardon ,  puisque  je  vous  ai  causé  du  chagrin.  Croyez  pourtant  que 
î*ai  agi  pour  le  mieux. 

—  Il  est  heureux ,  Arthur ,  qu'en  agissant  poar  le  mieux ,  et  en 
ifécontant  que  votre  volonté ,  il  ne  vous  soit  rien  arrivé  de  pire. 

—  C'est  à  cette  jeune  personne  que  j'en  suis  redevable,  lui  ré- 
pondit son  fils  avec  un  ton  de  patience  et  de  soumission ,  en  lui 
montrant  Anne,  qui  se  tenait  à  quelques  pas  de  distance,  désirant 
peut-être  ne  pas  entendre  des  reproches  qui  pouvaient  lui  paraître 
déraisonnables  et  inopportuns. 

—Je  lui  ferai  mes  remeroiemiens  quand  je  pourrai  savoir  de 
quelle  manière  je  dois  les  lui  adresser  :  mais  croyez-vous,  Arthur, 
qa'il soit  honorable,  qu'il  soit  convenable  que  vous  ayez  reçu  d'une 
femme  des  secours  qu'il  est  du  devoir  d'un  homme  d'accorder  an 
sexe  le  plus  faible  ? 

Arlhur  baissa  la  tête,  et  ses  joues  se  couvrirent  de  rougeur. 
Arnold  Blederman  s'en  aperçut ,  et  voulant  venir  à  son  ^cours , 
il  s'^pp^cha  d'eux  et  prit  part  à  la  conversation. 

—Jeune  homme,  lui  dit-il,  ne  rougissez  pas  d'avoir  reçu  des 
avis  on  des  secours  d'une  (ille  d'Underwald.  Apprenez  que  la  li- 
Berté  de  ce  pays  est  due  à  la  sagesse  et  à  la  fermeté  de  tous  ses  en- 
bns,  de  ses  filles  aussi  bien  que  de  ses  fils.  Et  vous,  mon  vieil  hôte, 
TOUS  qui,  à  ce  qu'il  paraît,  avez  tu  bien  des  années  et  plusieurs 
contrées,  vous  devez  avoir  trouvé  bien  des  exemples  qui  prouvent 
que  souvent  le  plus  fort  est  sauvé  par  le  secours  du  plus  faible, 
le  plus  fier  par  l'aide  du  plus  humble. 

— J'ai  du  moins  appris,  répondit  l'Anglais,  à  ne  pas  débattre 
une  qnestion.sans  nécessité  avec  l'hôte  qui  m'a  accueilli  avec  bonté. 
Et  y  après  avoir  jeté  sur  son  fils  un  regard  qui  semblait  brillesr  de 

4 


5b  CHARLES  LE  TÉMÉftAIRE: 

la  plas  vive  afTectioiiy  il  reprit,  tandis  qu'on  iretonmait  vers  la 
maison  I  la  oonTersation  qu'il  ayait  commencée  avec  sa  nouvelle 
connaissance  ayant  qu'Arthar  et  sa  conductrice  fassent  arrivés. 

Arthur  y  pendant  ce  temps ,  eut  le  loisir  d'examinCT*  l'air  et  les 
traits  de  leur  hAte,  qui,  dans  leur  caractère  mâle  et  sans  affecta- 
tion» offraient  un  mélange  de  simplicité  antique  et  de  dignité 
agreste.  Ses  vêtemens ,  quant  à  la  forme ,  ne  différaient  guère  de 
ceux  de  la  jeune  fiUe,  dont  nous  avons  déjà  fait  la  description, 
lis  consistaient  en  une  espèce  de  fourreau,  presque  de  même 
forme  que  la  chemise  moderne,  seulement  ouvert  sur  la  poitrine , 
et  porté  par-dessus  une  tunique.  Mais  son  vêtement  de  dessus  était 
beaucoup  plus  court  que  celui  de  sa  fille ,  et  ne  lai  descendait  qu'au 
bas  des  cuisses,  comme  le  iilc^  du  montagnard  écossais*  Des 
espèces  de  bottéft  lui  remontaient  au-dessus  du  genou ,  et  ache- 
vaient ainsi  de  couvrir  toute  sa  personne.  Une  toque  de  peau  de 
martre,  garnie  d'un  médaillon  en  argent,  était  la  seide  partie  de 
son  costume  qui  montrât  quelque  ornement.  Une  large  ceinture 
de  peau  de  bufSe  qui  lui  serrait  la  taille  était  attachée  par  une 
boucle  de  cuivre. 

Cependant  la  taille  et  les  traits  de  celui  qui  portait  des  vêtemens 
si  simples ,  où  il  n'entrait  presque  que  la  laine  des  moutons  de  ses 
montagnes  et  les  dépouilles  des  animaux  tués  à  la  chasse,  auraient 
commandé  le  respect  partout  où  il  se  serait  présenté ,  surtout  dans 
ce  siècle  belUqueux  où  l'on  jugeait  des  hommes  d'après  leur  vi- 
gueur apparente.  Arnold  Biederman  avait  la  taille  ^  les  formes ,  les 
larges  épaules  et  les  muscles  fortement  prononcés  d'un  Hercule, 
jftais  ceux  qui  dirigeaient  principalement  leur  attention  sur  sa 
physionomie ,  voyaient  dans  ses  traits  pleins  de  sagacité ,  dans  son 
front  découvert,  dans  ses  grands  yeux  bleus,  et  dans  la  résolution 
qu'ils  exprimaient ,  quelque  chose  qui  ressemblait  davantage  au  roi 
des  dieux  et  des  hommes  de  la  fable.  Il  était  entouré  de  plusieurs 
de  ses  fils  et  de  ses  jeunes  parens,  au  milieu  desquels  il  marchait, 
et  don^  il  recevait,  comme  un  tribut  Intime ,  les  marques  du  res- 
pect et  de  l'obéissance  qu'un  troupeau  de  daims  rend  à  celui  qu'il 
reconnaît  pour  monarque. 

Taudis  qu'Arnold  Biederman  marchait  à  côté  du  vieux  Philipson 
et  s'entretenait  avec  lui,  les  jeuneé  geiis  semblaient  examiner  Ar- 

t.  f apôii* 


eBARLES  LE  TÉMÈRAmE.  51 

t&ar  Se  trts  près ,  et  de  temps  en  temps  ils  adressaient  à  Anne  nne 
gestion  à  démi-voix.  Elle  leur  répondait  brièvement  et  avec  un 
tond^impatience;  mais  ses  réponses  ne  faisaient  qa'exciter  leur 
gaieté;  ils  s^y  livraient  sans  contrainte,  et  le  jenne  Anglais  ne 
poavait  s'empêcher  de  croire  qu'ils  riaient  à  ses  dépens.  Se  sentir 
exposé  à  la  dérision  était  im  désagrément  qoi  n'était  nullement 
adouci  par  la  réflexion  que ,  dans  une  telle  société ,  on  traiterait 
probablenoient  de  même  quiconque  ne  serait  pas  en  état  de  mar* 
cher  sur  le  bord  d^in  précipice  d'un  pas  aussi  ferme  et  anssi  tran- 
quille qiie  s'il  était  dans  les  rues  d'une  ville.  Etre  tourné  en  ridi- 
cule ,  quelque  mal  à  propos  que  ce  puisse  être ,  pamît  toujours  fort 
triste  ;  niais  cette  épreuve  est  encore  plus  pénible  pour  un  jeune 
homme  quand  il  y  est  soumis  en  préisence  de  la  beauté.  Arthur 
trouvait  pourtant  quelque  consolation  à  penser  que  les  plaisante- 
ries des  jeunes  gens  né  paraissaient  nulltoieat  goûtées  par  sa  belle 
conductrice,  qui /par  son  air  et  ses  paroles,  semblait  Jeur  repro- 
cher leur  manque  de  courtoisie  ;  mais  il  craignait  que  ce  fût  uni- 
qnementpar  sentiment  d'humanité. 

—Elle  doit  aussi  me  mépriser,  pensa-t-if,  quoique  la  politesse^ 
que  ne  connaissent  pas  ces  rustlres  malappris.  Tait  mise  en  état 
de  cacher  son  mépris  sous  les  dehors  dé  la  pitié.  Elle  ne  peut  me 
juger  que  d'après  ce  qu'elle  a  vu;  si  elle  me  connaissait  mieux 
(et  cette  pensée  n'était  pais  sans  fierté),  elle  m'accorderait  peut-être 
on  plus  haut  rang  dans  son  estime. 

IKn  arrivant  chez  Arnold  Biederman,  les  voyageurs  entrèrent 
Aamim  appartement  qui  servait  en  même  temps  de  salle  à  manger 
et  de  salon  de  réception,  et  oii  l'on  avait  £Êiit  tous  les  préparatifs 
poaron  repas  où  régnaient  en  même  temps  Fabondance  et  la  sim- 
plicité. Autour  de  cette  salle  étaient  appendues  aux  murailles  des 
armes  pour  la  chasse  et  divers  instrumens  d'agriculture.  Mais  les 
yeux  du  vieux  Philipson  se  fixèrent  sur  un  corselet  de  cuir,  une 
longue  et  lourde  hallebarde,  et  une  épée  à  deux  mains ,  qui  sen^ 
hlaieht  placés  comme  une  sorte  dç  trophée.  Tout  à  côté  était  un 
cafsque  à  visière,  comme  en  portaient  les  chevaliers  et  les  hommes 
d'armes;  mais  il  avait  été  négligé,  et  au  lieu  d'être  bien  fourbi  il 
était  couvert  de  poussière.  La  guirlande  d'or,  en  forme  de  cou- 
totùkt,  qui  y  était  entrelacée,  quoique  ternie  par  le  temps,  indi- 
quait un  tàng  distingué;  et  le  cimicâr  (c'était  un  vautour  de  l'es- 
pèce qtii  âtâot  donné  son  nOm  au  vieux  château  et  à  la  montagne) 


4 


52  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

fit  naître  diverses  conjecinres  dans  l'esprit  du  yieil  Anglais  :  con- 
naissant assez  bien  l'histoire  de  la  révolution  de  la  Saisse ,  il  ne 
douta  guère  que  cette  porlion  d'armure  ne  fût  un  trophée  de  la 
guerre  qui  avait  eu  lien  jadis  entre  les  habitansde  ces  montagnes 
et  le  seigneur  féodal  à  qui  elles  avaient  appartenu. 

L'avertissement  de  se  mettre  à  tahle  dérangea  le  cours  des  ré- 
flexions du  marchand  anglais  ;  et  une  compagnie  nombreuse  «  com- 
posée indistinctement  de  tous  ceux  qui  demeuraient  sous  le  toit  de 
BîedermaUy  s'assit  autour  d'une  table ,  au  haut  bout  de  laquelle 
était  un  plat  de  venaison  de  chamois;  des  plats abondans  de  chair 
de  chèvre ,  de  poisson ,  de  fromage ,  et  de  laitage  apprêté  de  diffé- 
rentes manières ,  composaient  le  reste  du  festin;  Le  Landamman 
fit  les  honneurs  de  sa  table  avec  une  hospitalité  simple  et  franche , 
et  engagea  les  étrangers  à  prouver  par  leur  appétit  qu'ils  se  trou- 
Taient  aussi  bien  reçus  qu'ils  le  désiraient.  Pendant  le  repas ,  il 
s'entretint  avec  le  plus  âgé  de  ses  hôtes ,  pendant  que  les  jeunes 
gens  et  les'  domestiques  mangeaient  modestement  et  en  silence. 
Avant  qu'on  eût  fini  dcdîner,  on  vit  passer  quelqu'un  devant  une 
grande  fenêtre  qui  éclairait  cet  appartement,  ce  qui  parut  exciter 
une  vive  sensation  parmi  ceux  qui  s'en  aperçurent. 

—  Qui  vient  de  passer  ?  demanda  Biederman  à  ceux  qui  étaient 
assb  en  foce  de  la  croisée. 

—  C'est  notre  cousin  Rodolphe  de  Donnerhngel,  répondit  un 
des  fils  d'Arnold  avec  empressement. 

Cette  nouvelle  parut  faire  grand  plaisir  à  tous  les  jeunes  gens 
qui  se  trouvaient  dans  la  salle,  et  surtout  aux  fils  du  Landamman. 
Le  chef  de  la  famille  se  contenta  de  dire  d'une  voix  grave  et  calme  : 
— Votre  cousin  est  le  bien-venu;  allez  le  lui  dire,  et  faites-le 
entrer. 

Deux  ou  trois  de  ses  fils  se  levèrent  aussitôt ,  comme  jaloux  de 
faire  les  honneurs  de  la  maison  à  ce  nouvel  hôte,  qui  arriva  quel- 
ques momens  après.  C'était  un  jeune  homme  de  très  grande  taille, 
lien  fait,  et  ayant  un  air  d'activité.  Ses  cheveux,  tombant  en 
boucles,  étaient  d'un  brun  foncé,  et  ses  moustaches  presque 
noires«  Sa  chevelure  était  si  épaisse,  que  sa  toque  paraissait  trop 
petite  pour  la  couvrir,  et  il  la  portait  de  côté.  Ses  vêtemens  étaient 
de  la  même  forme  et  de  la  même  coupe  que  ceux  d'Arnold,  mais 
d'un  drap  beaucoup  plus  fin,  des  fabriques  d'Allemagne,  et  riche- 
ment orné.  Une  de  ses  manches  était  d'un  vert  foncé  galonnée 


\ 

■ 

/ 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  63 

et  brodée  en  argent;  le  reste  de  son  habit  était  ëcarlate.  La  cein- 
ture ,  qni  serrait  autour  de  sa  taille  son  Têtement  de  dessus,  serv.ait 
aussi  à  soutenir  un  poignard  dont  le  manche  était  en  argent.  Pour 
que  rien  ne  manquât  à  Télégance  de  son  costume,  il  portait  des 
bottes  qni  se  terminaient  par  une  longue  pointe  recourbée,  sui« 
Tant  une  mode  du  moyen-âge.  Une  chaîne  d'or  suspendue  à  son 
cou  soutenait  un  grand  médaillon  de  même  métal. 

Ce  jeune  homme  fut  entouré  à  l'instant  par  tous  les  fils  de  Bie- 
derman ,  comme  le  modèle  sur  lequel  la  jeunesse  suisse  devait  se 
former,  et  dont  la  démarche,  la  mise,  les  manières  et  les  opinions 
devaient  être  adoptées  par  quiconque  voulait  suivre  la  mode  da 
jour,  sur  laquelle  il  était  reconnu  tpi'il  régnait,  et  dont  personne 
ne  songeait  à  lui  disputer  l'empire. 

Arthur  Philipson  crut  pourtant  remarquer  que  deux  personnes 
de  la  compagnie  accueillaient  ce  jeune  homme  avec  des  marques 
d'égard  moins  distinguées  que  celles  que  lui  prodiguaient  d'un  com* 
inan  accord  tons  lès  jeunes  gens  présens  à  son  arrivée.  Du  moins 
ce  ne  fut  pas  avec  beaucoup  de  chaleur  qu'Arnold  Biederman 
lai-même  dit  au  jeune  Bernois  qu'il  était  le  bien-venu  ;  car  tel  était 
le  pays  de  Rodolphe.  Le  jeune  homme  tira  de  son  sein  un  paquet 
cacheté  qu'il  remit  au  Landamman  avec  de  grandes  démonstrations 
de  respect;  et  il  semblait  attendre  qu'Arnold,  après  en  avoir 
rompu  le  cachent  et  lu  le  contenu ,  lui  dît  quelques  mots  à  ce  sujet  ; 
laais  le  patriarche  se  borna  à  l'inviter  à  s'asseoir,  et  à  partager 
leur  repas,  et  Rodolphe  prit  à  côté  d'Anne  de  Geierstein  une 
place  qu'un  des  fils  d'Arnold  «'empressa  de  lui  céder  avec  poli- 
tesse. 

Xf  parut  aussi  au  jeune  observateur  anglais  que  le  nouveau  vena 
était  reçu  avec  une  fi*oideur  marquée  par  cette  jeune  fille ,  à  qui 
il  semblait  empressé  de  rendre  ses  hommages,  près  de  laquelle  il 
avait  réussi  à  se  placer  à  table,  et  à  qui  il  paraissait  songer  à  plaire 
plutôt  qu'à  faire  honneur  aux  mets  qu'on  lui  servait.  Il  vit  Rodolphe 
loi  dire  quelques  mots  à  demi-voix ,  en  le  regardant.  Anne  lui  ré-^ 
pondit  très  brièvement;  mais  un  des  fils  de  Biederman,  qu'il  avait 
pour  voisin  de  l'autre  côté,  fat  probablement  plus  communicatif,^ 
car  les  deux  jeunes  gens  se  mirent  à  rire  ;  Anne  parut  déconcertée^^ 

m 

et  rougit  de  mécontentement. 

-—  Si  je  tenais  un  de  ces  fils  des  montagjlles,  pensa  le  jeune  Philip-^ 
W;8ar  trois  toises  de  gazon  bien  nivelé,  s'il  est  possible  de  trouver 


/ 


en  ce  pays  autant  de  terrain.plati  je  crpis  qu'au  lieu  de  leur  .api»rê- 
ter  à  rire,  je  pourrais  leur  en  faire  passer  Venvie.  Il  est  aussi 
étonnant  de  trouver  ces  rustres  snffisans  sous  le  même  toit  qu'une 
jeune  fille  si  courtoise  et  §i  aimable ,  qu'il  le  serait  de  voir  un  de 
leurs  ours  velus  danser  un  rigodon  avec  une  jeune  personne  sem- 
blable  à  la  fille  de  notre  hôte.  Au  surplus  gu'ai-je  besoin  de  m'in- 
quiéter  plus  que  de  raison  de  sa  beauté  et  de  leur  savoir-vivre , 
puisque  demain  matin  je  dois  les  quitter  pour  ne  jamais  les 
revoir  ? 

Pendant  que  ces  réflexions  se  présentaient  à  l'esprit  d'Arthur, 
le  maître  de  la  maison  demanda  du  vin ,  invitales  deux  étrangers  à 
lui  faire  raison ,  en  envoyant  à  chacun  d'eux  une  coupe  de  bois 
d'érable  d'une  taille  remarquable,  et  il  en  fit  porter  une  semblable 
à  Rodolphe  Donnerhugel. — Iftais  vous,  cousin,  lui 4it-il,  vous 
êtes  habitué  à  un  vin  plus  savo^^reux  que  celui  qui  est  le  produit 
des  raisins  à  demi  mûrs  de  Geierstein.  Le  croirez-vous ,  Mon- 
sieur? ajouta-t*il  en  s'adressant  à  Philipson,  il  y  a  des  bourgeois  à 
Berne  qui  tirent  le  vin  qu'ils  doivent  de  France  et  d'Allemagne. 

—  Mon  pareQt  le  désay^pronve ,  dit  Bodolphe  ;  mais  on  n'a  pas 
le  bonheur  d'avoir  partout  des  vignobles  tds  que  celi»i  de  Geiersr 
tein,  qui  produit  tout  ce  que  Iç  cœur  et  les  yeux  peuvent  désirer. 
En  parlant  ainsi,  il  jeta  un  coup  d^œil  sur  sa  belle  voisine ,  qui  eut 
l'air  de  ne  pas  comprendre  ce  compliment.  Mais  nos  riches  bour- 
geois, ajouta  l'envoyé  de  Bqme,  ayant  quelques  écusdetrop^  ne 
croient  pas][coiamettre  une  extra vîigance  en  les  échangeant  .pour 
du  vin  meilleur  que  celui  que  nos  montagnes  peuvent  produire. 
Nous  serons  plus  économes  quand  nous  aurons  à  notre  disposition 
des  tonneaux  de  vin  de  Bourgogne  ^ui  ne  nous  coûteront  que  la 
peine  de  les  transporter. 

—  Que  voulez-vous  dire  par  là ,  cousin  Rodolphe?  demanda  Ar- 
nold Biederman. 

— •  Il  me  semble ,  mon  respectable  parent ,  répondit  le  Bernois , 
que  vos  lettres  doivent  vous  avoir  appris  que  notre  diète  va  pro- 
bablement déclarer  la  guerre  à  la  Bourgogne. 

•-r  Ah!  s'écria  Arnold,  vous  connaissez  donc  le  contenu  de  mes 
lettres  I  C'est  encore  une  preuve  que  les  temps  sont  bien  changés  à 
Berne  et  dans  notre  diète.  Depuis  quand  sont  morts  tous  ses 
hommes  d'Etat  à  cheveu?:  gris,  puisqu'elle  appelle  à  ses  conseils 
des  jeunes  gens  dont  la  barbe  n'est  pas  encore  poussée  ? 


—  Le  sénat  de  Berne  et  la  diète  de  la  confédération,  répondit  le 
jenne  homme  on  peu  confas ,  et  voulant  justifier  ce  qu'il  avait 
avancé,  permettent  anx  jeunes  gens  de  connaître  leurs  résolutioiK, 
puisque  ce  sont  eux  qui  doivent  les  exécuter.  La  tête  qui  réfléchit 
peut  accorder  sa  confiance  au  hras  qui  frappe. 

—  Non  pas  avant  que  le  moment  de  Ik'apper  soit  arrivé ,  jeune 
honune,  répliqua  Arnold  Biederman d'un  ton  austère.  Quelle  espèce 
de  conseiller  est  celui  qui  parle  indiscrètement  d*affoires  d'Etat 
devant  des  femmes  et  des  étrangers?  Allez,  Rodolphe,  et  vous 
tous^  jeunes  gens ,  allez  vous  occuper  2les  exercices  qui  convien- 
nent à  votre  âge ,  afin  d*appretidre  ce  qui  peut  être  utile  à  votre 

*  patrie ,  au  lieu  déjuger  dés  mesures  qu'elle  croit  devoir  prendre. 
Gdane  s'adresse  pas  à  vous,  jeune  homme,  ajouta-t-il  en  regardant 
Arthur  qui  s'était  levé ,  vous  n'êtes  pas  habitué  à  voyager  sur  les 
montagnçsy  et  vous  avez  besoin  dé  repos. 

— Non  pas,  Monsieur,  avec  votre  permission,  dit  le  vieux  Phi- 
hpson.  Nous  pensons,  en  Angleterre,  qtie , lorsqu'on  est  fiitigué 
paor  un  genre  quelconque  d'exercice ,  le  meilleur  moyen  de  se  dé- 
lasser est  de  se  livrer  à  quelque  antre,  comme ,  par  exemple,  si 
l'on  est  tas  d'avoir  marehé ,  on  se  reposera  mieux  en  montant  à 
cheval,  qne  si  l'on  se  couchait  sur  un  lit  de  duvet.  Si  vos  jeunes 
gens  le  trouvent  bon,  mon  fils  partagera  leurs  exercices. 

— n  trouvera  en  eux  des  compagnons  un  peu  rades ,  répondit 
raelvétien  ;  mais  cependant,  comme  il  vous  plaira. 

Les  jeunes  gens  sortirent  de  la  maison ,  et  se  rendirent  sur  la 

pelouse  qui  était  en  face.  Anne  de  Geierstein  et  quelques  fbmmes 

delà  maison  s'assirent  sur  un  hanc,  poor  juger  qui  obtiendrait  la 

snpériorité  ;  et  les  deux  vieillards ,  restés  tête  à  tête,  entendirékit 

iiertôt  le  bruit,  les  acclamations  et  les  éclats  de  rire  des  jeunes 

gens  occnpés  dé  leurs  jeux.  Le  maître  de  la  maison  reprit  le  flacon 

de  vin ,  remplit  là  coupe  de  son  hôte ,  et  versa  le  reste  dans  la 

sieane. 

—  Digne  étranger,  dit-il,  à  Fâge  où  le  sang  se  refiroîdît,  et  où 
les  sensations  sont  plus  difficilement  émues^  le  vin  pris  avec  modé- 
ration ranime  l'imagination,  et  rend  anx  membres  de  la  souplesse. 
Cependant  je  voudrais  presque  que  Noé  n'eût  jamais  planté  la 
vigne,  quaiklje  vois,  depra's  quelques  années ,  mes  concitoyens  se 
gorger  de  vin  comme  les  Allemands ,  an  point  de  se  rendre  aussi 
ixii^pables  d'agir  et  de  penser  que  de  vils  pourceanx. 


56  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  J'ai  remarqué  qne  ce  TÎce  devient  pins  commun  dans  yotre 
pays  I  où  j'ai  entendu  dire  qu'il  était  totalement  inconnu  il  y  a  im 
siècle. 

—  Il  y  était  inconnu,  parce  qu'on  y  faisait  très  peu  de  yin,  et 
que  jamais  on  n'y  en  importait  d'aucun  autre  pays;  car  personne 
n'avait  le  moyen  d'acheter  ce  que  nos  vallées  ne  produisent  pas.^ 
Mais  nos  guerres  et  nos  victoires  nous  ont  acquis  de  la  richesse 
comme  de  la  renonunéey  et ,  suivant  Fhumble  opinion  d'un  Suisse 
du  moins I  nous  nous  serions  bien  passés  de  l'une  et  de  l'autre,  si 
nous  n'avions  obtenu  la  liberté  en  même  temps*.  Cependant  c'est 
quelque  chose  que  le  comnierce  envoie  quelquefois  dans  nos  mon* 
tagnes  retirées  un  voyageur  sensé,  comme  vous,  mon  digne  hôte , 
que  vos  discours  me  font  regarder  comme  un  homme  doué  de  sa- 
gacité et  de  discernement  ;  car,  quoique  je  ne  voie  pas  avec  plaisir 
ce  goût  toujours  croissant  poi^r  les  babioles  et  les  colifichets  que 
vous  introduisez  parmi  nous,  vous  autres  marchands,  je  reconnais 
pourtant  que  de  simples  montagnards  comme  nous  puisent  plus  de 
connaissance  du  monde  dans  leurs  entretiens  avec  des  hommes 
semblables  à  vous  ,  qu'il  ne  leur  serait  possible  de  s'en  procurer 
par  eux-mêmes.  Vous  allez  à  Baie ,  dites-vous,  et  de  là  au  camp  du 
duc  de  Bourgogne  ? 

— Oui ,  mon  digne  hôte  ;  c'est-à-dire  pourvu  que  je  puisse  faire 
ce  voyage  en  sûreté. 

—  Et  vous  pourrez  le  faire  sans  aucun  risque ,  mon  digne  ami , 
si  vous  voulez  passer  ici  deux  ou  trois  jours  ;  car  alors  je  dois  faire 
moi-même  ce  voyage ,  et  avec  une  escorte  suffisante  pour  être  à 
l'abri  de  tout  danger.  Vous  trouverez  en  moi  un  guide  aussi  sûr  que 
fidèle  y  et  vous  m'apprendrez  sur  les  autres  pays  bien  des  choses 
dont  il  m'importe  d'être  mieux  informé  que  je  ne  le  suis.  Est-ce  un 
marché  conclu? 

—  Cette  proposition  m'est  trop  avantageuse  pour  que  je  la 
refuse;  mais  puis-je  vous  demander  le  motif  de  votre  voyage? 

-*-  Je  viens  de  gronder  ce  îenne  homme  pour  avoir  parlé  des  af- 
&ires  publiques  sans  réflexion  et  devant  toute  la  famille  ;  mais  il  est 
inutile  de  cacher  à  un  homme  prudent  comme  vous  les  nouvelles 
que  je  viens  de  recevoir  et  la  cause  de  mon  voyagé;  d'ailleurs  le 
bruit  public  ne  tarderait  pas  à  vous  en  instruire.  Vous  avez  sans 
doute  entendu  parler  de  la  haine  mutuelle  qui  existe  entre  Louis  XI, 
roi  de  France,  et  Charles^  duc  de  Bourgogne,  qu'on  surnomme  le 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  61 

» 

Téméraire.  Ayant  yu  ces  deux  pays,  comme  yotre  omTersation  me 
l'a  appris,  tous  connaissez  sans  doute  les  divers  motifs  d'intérêts 
difCérens,  qui»  indépendamment  de  la  haine  personnelle  deces  deux 
souverains,  en  font  des  ennemis  irréconciliables.  Or,  Lonis,  qui 
n'a  pas  son  égal  dans  le  numde  entier  pour  l'adresse  et  l'astuce, 
emploie  tonte  son  influence,  en  distribuant  de  grandes  somme» 
d'argent  parmi  quelques-uns  des  conseillers  de  nos  voisins  d» 
Bene ,  en  en  versant  d'autres  dans  la  trésorerie  même  de  cet  Etal^ 
en  excitant  la  cupidité  des  vieillards,  et  en  encourageant  Tar* 
deor  des  jeimes  gens,  pour  décider  les  Bernois  à  faire  la  guerre  au 
due.  D'une  autre  part,  Charles  agit,  à  son  ordinaire,  précisément 
comme  Louis  le  voudrait.  Nos  voisins  et  alliés  de  Berne  ne  se 
boment  pas,  comme  nous  autres  des  Cantons  des  Forêts,  à  nourrir 
des  bestiaux  et  à  cultiver  la  terre;  mais  ils  font  un  commerce 
considérable  qtie  le  duc  de  Bourgogne  a  interrompu  en  bien  des 
occasions  par  les  exactions  et  les  actes  de  violence  de  ses  officiers 
dans  les  ailles  finontières,  comme  vous  le  savez  certainement. 

—  Sans  contredit.  Leur  conduite  est  généralement  regardée 
comme  vexatoire. 

—  Vous  ne  serez  donc  pas  surpris  que,  sollicités  par  l'un  de  ces 
souverains,  et  mécontens  de  l'autre,  fiers  de  nos  victoires  passées, 
et  dëarant  augmenter  encore  notre  pouvoir,  Berne,  et  les  Cantons 
desYiUes,  dont  les  représentans,  d'après  leur  richesse  supérieure 
et  lenr  meilleure  éducation,  ont  toujours  plus  de  choses  à  dire  à  la 
fiète  de  notre  Confédération ,  que  nous  autres  des  Cantons  des 
forêts,  soient  portés  à  la  guerre ,  dont  le  résultat  a  été  jusqu'ici 
çae  la  République  a  toujours  obtenu  des  victoires,  des  richesses , 
et  me  augmentation  de  territoire. 

—Oui;  mon  digne  hôte,  et  dites  aussi  une  nouvelle  gloire ,  dit 
Pbilipson ,  l'interrompant  avec  quelque  enthousiasme.  Je  ne  sois 
pas  étonné  que  les  braves  jeunes  gens  de  vos  cantons  soient  dis* 
posés  à  entreprendre  de  nouvelles  guerres,  puisque  leurs  victoires 
passées  ont  été  si  brillantes  et  ont  fait  tant  de  brait. 

— Vous  n'êtes  pas  un  marchand  prudent,  mon  digne  ami,  si 
vous  regardez  le  succès  obtenu  dans  une  entreprise  téméraire 
comme  un  encouragement  à  un  nouvel  acte  de  témérité.  Faisons 
nn  meilleur  usage  de  nos  victoires  passées.  Quand  nous  combat- 
tions pour  notre  liberté.  Dieu, a  béni  nos  armes;  mais  ea  fera-l-il 


58  CHARLES  LB  TI^MÉR^QIE. 

autant  si  nous  combattons  pour  nons  agrandir,  on  povrPor  de.  Ja 

Rrancef 

— Tons  avez  raison  f  en  douter,  rëponfit  le  mardiand  9'an  ton 
pins  rasns;  mais  supposez  que  tous  tiriez  Tépée  pour  mettre  fin 
aux  exactions  vexatoires  du  duc  de  Bourgogne? 

—  Eeoutez-moi  y  mon  cher  ami ,  il  peut  se  faire  que  nons  autres 
des  Gantons  des  Forêts,  nous -fassions  trop  peu  de  cas  de  ces  af- 
fedres  de  commerce  qui  excitentlellement  Pattenlion  des  bourgeois 
de  Berne.  Cependamtnous  n'abandonnerons  pas  nos*  voisins  et  nos 
alliés  dans  une  juste  querelle,  et  il  est  presque  arrangé  qu'une 
^patation  sera  envoyée  au  duc  de  Bourgo^e  pour  obtenir  répara, 
tien.  La  diète  générale,  actneUement  assemblée  à  Berne,  demande 
que  je  fuse  partie  de  cette  ambassade ,  et  telle  est  la  cause  du 
voyage  dans  lequel  je  vous  propose  de  m'accompagner. 

—  J'aurai  beaucoup  de  satisfaction  à  voyager  en  votre  compa- 
gnie, mon  digne  hôte  ;  mais,  sur  ma  foi ,  d'après  votre  poit  et  votte 
t»lle.  Vous  ressemblez  à  un  porteur  de  défi,  plutôt  qu'à  on  mes- 
sager de  paix. 

-^  Et  je  pourrais  £re  aussi ,  mon  digne  hdte ,  que  vos  discours 
et  vos  sentimens  paraissent  sentir  leglaive  plus  que  Faune. 

—  J'ai  appris  à  manier  le  fer  avant  d'avoir  pris  l'aune  en  main , 
répondit  PhÛipson  en  souriant ,  et  il  peut  se  fiâdte  que  j'aie  encore 
plus  de  goût  pour  mon  ancien  métier  que  la  prudence  ne  le  per- 
mettrait. 

— C'est  ce  que  je  pensais.  Macis  vous  avez  probablement  com- 
battu sous  les  bannières  de  vôtre  pays,  contre  des  étrangers ,  des 
ennemis  de  votre  nation  ;  je  conviendrai  que  la  guerre  en  ee  cas  a 
quelque  chose  qui  élève  Pâme ,  et  qui  fait  oublier  les  maux  cp^éH^ 
teligéde  part  et  d'antre  à  des  lêtres  créés  à  l'image  de  Dieu.  Mais 
la  guerre  à  laquelle  j'ai  pris  part  n^avait  pas  cette  noble  cause  : 
c'était  la  misérable  guerre  de  Zurich,  où  des  Suisses  dirigeaient 
leurs  piques  contre  le  sein  de  leurs  propres  compatriotes  ;  où  Fan 
demandait  quartier  et  où  on  le  refusait  dans  la  même  langue.  Les 
souvenirs  de  vos  guerres  ne  vous  rappellent  probablement  pas  de 
pareilles  horreurs. 

Le  marchand  baissa  la  tête  sur  sa  poitrine,  et  porta  une  main  à 
son  iront ,  comme  un  homme  en  qui  les  pensées  les  plus  pénibles 
s'éveillaient  tout  à  coup. 


GSAIUUIS  LB  TÉBOÊRAIAK.  59 

— HélasI  ditrily  je  mérite  de  senûr  la  blessure  qœ  m*i|ifli(;eiit 
TDS  paroles.  Quelle  nation  peut  connaître  tonte  Pétendue  des  maux 
derAngleterre^  sans  les  avoir  épronyés  f  Quels  yeux  peuvent  les 
apprécier,  sans  avoir  vu  un  pays  divisé,  déchiré  par  la  cj[uerelle  de 
lenxlactions  acharnées,  des  batailles  livrées  dans  chaque  province, 
des  plaines  couvertes  de  morts  ^,  le  sang  coulant  sur  les  échafauds! 
même  dans  vos  vallées  paisibles,  vous  avez  dû  entendre  parler  des 
gaerres  civiles  de  FAnglet^e? 

—Je  crois  a^voir  entendu  dire  que  TAngleterre  a  perdu  ses  pos- 
sessions en  France  pendant  des  années  de  guerres  intestines  et 
sanglantes  pour  la  couleur  d'une  rose;  n'est-ce  pas  cela  ?  mais  elles 
sont  terminées. 

—Quant  à  présent,  à  ce  qu'il  paraît,  répondit  Philipson. 

Tandis  qu'il  parlait,  on  frappa  à  la.  porte.  —  Entrez,  dit  le 
naître  de  la  maison  ;  et  Anne  de  Geierstein  se  présoita  avec  Fak 
de  respect  que ,  dans  ces  contrées  pastorales^  les  jeunes  personnes 
savent  qu'elles  doivent  aux  vieillards. 


CHAPITRE  IV. 


S«  main  teaait  cet  arc  qa'il  connaiaMlt  ai  Inan. 

Il  i»  tourne  ea  tovt  mms  ,  «pac  «ajn  l'ammlae. 

Tandis  qu'à  ses  dépens  plus  d'un  railleur  badine. 

«-Gmbibb  il  tovae  cet  arol  --  Sa»  dootoaittanai  ^o^lei 

Il  en  a  tu  quelqu'un  pareil  à  celui-ci  ; 

—  Ou  pent-éti%  il  en  vend ,  —  ou  bien  il  en 

Ott  Teul-il  le  foler  ?    ' 

HoMàax. 


libefle  Amie  s'apptt^cha  uveeTair  à  demi  vbnideet  à  demi  iiki- 
portant  qui  âied  si  bien  à  une  jeune  maflrcsse  de  maison ,  quand 
de  est  en  même  temps  -flère  et  honteuse  des.  devoirs  graves 
qu'elle  a  à  remplir ,  et  elle  dit  quelques  mots  à  l'oreille  de  son 
<mcle, 

—Et  ces  cerveaux  éventés  ne  pouvaient-ils  *fidre  kur  commis- 
àxm  eiDL*mêmes?HQue  veulent-ils  donc,  puisqu'ib  n*osent  le  de* 
Vttnder  et  qu'ils  vous  envoient  à  leur  place?  Si  c'eiltt,  été  qudqiie 


6Ô  CHAtlLES  I.E  TÉMÉRAIRE, 

chose  de  raisonnable,  j'aurais  entencLa  quatre  voix  me  le  corner 
aux  oreilles I  tant  nos  jeunes  Suisses  sont  modestes  aujourd'hui* 
Anne  se  baissa  de  nouveau  et  loi  dit  encore  quelques  mots  à  demi» 
YoiXy  tandis  qu'il  passait  la  main  ayec  un  air  d'affection  si|r  ses 
cheveux  bouclés. 

^-  L'arc  de  Buttisholz,  ma  chère  !  s'écria-t-il;  à  coup  aûr  ils  ne 
sont  pas  devenus  plus  robustes  que  l'année  dernière;  aucun  d'eux 
n'a  été  en  état  de  le  tendre.  Au  surplus ,  lé  voilà  suspendu  à  la  mu- 
raille avec  ses  trois  flèches.  Et  quel  est  le  sage  champion  qui  veut 
essayer  ca qu'il  ne  pourra  exécuter? 

—  C'est  le  jeune  étranger,  mon  oncle;  ne  pouvant  le  disputer 
i  mes  cousins'  à  la  course,  au  saut ,  au  palet  et  au  jet  de  la  barre , 
il  les  à  défiés  à  la  course  à  cheval ,  et  au  long  arc  anglais. 

—  La  course  à  cheval  serait  difficile  dans  un  endroit  où  il  n'y  a 
pas  de  chevaux ,  et  où,  quand  il  y  en  aurait,  il  ne  se  trouve  pas 
de  terrain  convenable  pour  une  course.  Mais  il  y  aura  un  arc  an- 
glais, puisque  nous  en  avons  un.  Portez-le  à  ces  jeunes  gens  avec 
ces  trois  flèches ,  ma  nièce,  et  dites-leur  de  ma  part  que  celui  qui 
le  tendra ,  fera  plus  que  Guillaume  Tell  et  le  renommé  Stauf bâcher 
n'auraient  pu  faire. 

Tandis  qu'Anne  détachait  l'arc  suspendu  à  la  muraille  au  mUiea 
d'un  faisceau  d'armes  que  Philipson  avait  déjà  remarqué',  le  mar* 
chand  anglais  dit  à  son  hôte  que  si  les  ménestrels  de  son  pays 
assignaient  une  occupation  semblable  à  une  si  diarmante  fiUe  , 
ce  ne  serait  que  poi^ir  lui  faire  porter  l'arc  du  petit  dieu  aveugle 
Gnpidon. 

—  Laissons  là  le  dieu  aveugle  Gupidon ,  dit  Arnold  avec  viva- 
cité, quoique  souriant  à  demi  en  même  temps.  Nous  avons  été 
étourdis  des  sottises  des  ménestrels  et  des  ndnnesingers} ,  depuis 
que  ces  vagabonds  ont  appris  qu'ils  pouvaient  recueillir  quelques 
sous  parmi  nous.  Une  fille  de  la  Suisse  ne  doit  chanter  que  les  bal- 
lades d'Albert  Ischudi ,  ou  le  joyeux  lai  de  la  sortie  des  vaches  pour 
se  rendre  sur  les  pâturages  des  montagnes  >  et  celui  de  leur  retour, 
dans  l'étable  *.  .    . 

Tandis  qu'il  parlait ,  Anne  avait  pris  parmi  les  armes  un  arc 
d'une  force  extraordinaire,  de  plus  de  six  pieds  de  longueur,  et 
trois  flèches  de  plus  de  trois  pieds.  Philipson  demanda  à  voir  cea 

!•  Médoftrels  allemands. 

a.  Goann  sons  le  nom  de  ranc  det  Tachei. 


CHARLES  LE  TÉftlÉRAIRE.  61 

armes,  et  les  examina  avec  soin.*— C'est  on  excellent  bois  d'if, 
dit-il  y  et  je  dois  m'y  connaître,  car  j'en  ai  manié  pins  d'nn  sem- 
blable de  mon  temp?.  A  l'âge  d'Arthnr,  j'aurais  bandé  cef  arc 
aussi  aisément  qn'oh  enfant  courbe  une  branche  de  saule. 

—  Nous  soounes  trop  vieux  pour  nous  vanter  comme  des  jeunes 
gens,  dit  Arnold  Biederman  à  son  compagnon  en  le  regardant  d'un 
air  qai  semblait  lui  reprocher  trop  de  jactance.  Portez  cet  arc  i 
vos  cousins ,  Anne ,  et  dites-leur  que  celui  qui  pourra  le  courber 
aura  battu  Arnold  Biederman.  En  parlant  ainsi ,  il  jeta  les  yeux 
sur  le  corps  maigre  mais  nerveux  du  vieil' Anglais,  et  les  porta 
ensuite  sur  ses  membres  robustes. 

p     —  Il  faut  vous  souvenir,  mon  cher  hftte ,  dit  Philipson  y  que  le 

maniament  des  armes  dépend  moins  de  la  force  que  de  l'adresse  et 

delà  légèreté  des  mains.  Ce  qui  m'étonne  le  plus,  c'est  de  voir 

ici  an  arc  fait  par  Mathieu  de  Doncaster ,  qui  vivait  il  y  a  au  moins 

cent  ans^  çuvrier  célèbre  par  la  dureté  du  bois  qu'il  employait , 

et  par  la  force  des  armes  qu'il  fabriquait  ;  un  archer  anglais  an- 

jourd'Imi  est  même  à  peine  en  état  de  manier  un  arc  de  Mathieu 

de  Doncaster. 

— Comment  êtes-vous  assuré  du  nom  du  fabricant? 

—Par  la  marque  qu'il  mettait  à  toutes  ses  armes,  et  par  les 

lettres  initiales  de  ses  noms  que  j'ai  vues  gravées  sur  cet  arc.  Je 

ne  sois  pas  peu  surpris  de  trouver  ici  une  telle  arme  et  si  bien 

conservée. 
^  L'arc  a  été  régulièrement  ciré,  huilé  y  et  tenu  en  bon  état, 

puœ  qu'on  le  conserve  comme  trophée  d'une  victoire  mémorable. 

Voos  ne  seriez  pas  charmé  d'entendre  l'histoire  de  cette  journée, 

car  elle  a  été  fatale  à  votre  pays. 

—  Mon  pays,  dit  l' Anglais  avec  un  air  calme,  a  remporté  tant 
de  victoires,  que  ses  enfians  peuvent  sans  rougir  entendre  parler 
d'one  défaite.  Mais  j'ignorais  que  les  Anglais  eussent  jamais  fait  la 
^erre  en  Suisse. 

—Non  pas  précisément  comme  nation,  mais,  du  temps  de  mon 
grand-père,  il  arriva  qu'un  corps  nombreux  de  soldats,  composé 
d'hommes  de  presque  tous  les  pays,  et  principalement  d'Anglais, 
de  Normands  et  de  Gascons,  se  répandit  dans  l'Argovie  et  dans 
les  districts  voisins.  Ils  avaient  pour  chef  un  guerrier, célèbre 
nonuné  Engnerrand  de  Couci>  qui  prétendait  avoir  quelques  ré* 
clamationa  à  £ûre  contre  le  duc  d'Autriche ,  et  qui,  pour  les  faire 


6i  âtXRtËâ  LE  HsMÉRÀIlffi. 

Tâloir,  ravagea  indifréremmeiit  le  territoire  antrichien  et  cetiiî  de 
notie  Confédération.  Ses  soldats  étaient  des  Bandes  mcrceffaires. 
Us  prenaient  le  nom  de  Compagnies  Franches^  semblaient  n'appar- 
tenir à  anctm  pays,  et  montraient  autant  de  bravotire  dans  les  com- 
bats qae  de  cruauté  dans  leurs  déprédations.  tJn  interralte  sar- 
venn  dans  les  guerres  constantes  entre  la  France  et  l'Angleterre 
avait  laissé  sans  occupation  une  grande  partie  de  ces  bandes>  et  là 
guerre  étant  leur  exercice  habituel ,  ils  l'apportèrent  dans  nos 
vallées.  Uait  semblait  en  feu  par  Téclàt  de  leurs  armures^  et  le 
soleil  était  obscurci  par  le  nombre  de  flèches  qu'ils  décochaient. 
Ils  nous  firent  beaucoup  de  mal,  et  nous  perdîmes  plus  d'une  ba- 
taille; mais  enfin  nou^  les  rencontrâmes  à  Buttisholz,  et  le  sanp* 
de  bien  des  cavaliers  nobles,  comme  on  le  disait,  se  mêla  à  celui  dé 
leurs  chevaux.  Le  monticule  qui  couvre  les  ossemens  des  guerriers 
et  des  coursiers  se  nomme  encore  la  Sépulture  des  Anglaù. 

Philipson  çarda  le  silence  une  minute  ou  deux,  et  répondit  en- 
suite :  — Qu'ils  reposetat  en  paix  !  S'ils  ont  eu  un  tort,  ils  Font 
payé  de  leur  vie ,  et  c'est  tonte  la  rançon  qu'on  puisse  exiger  d^un 
mortel  pour  ses  fautes.  Que  le  ciel  leur  pardonne  I  v 

—  Amen!  dit  le  Landamman,  ainsi  qu'à  tous  lès  hommes 
braves.  Hon  aïeul  était  à  cette  bataille,  il  passa  pour  s'y  être  com- 
poité  en  bon  soldat;  et  cet  arc  a  été  conservé  avec  soin  depuis  ce 
temps  dans  notre  famille.  H  y  a  une  prophétie  à  ce  sujet,  mais  je 
ne  crois  pas  qu'elle  mérite  qu'on  en  parle. 

Hiilipson  allait  en  demander  davantage,  mais  il  fat  interrompu 
par  un  grand  cri  de  surprise  qui  partit  du  dehors. 

—  Il  faut  que  faille  voir  ce  que  font  ces  jeutfes  étourdis ,  dit 
Arnold;  Autrefois  les  jeunes  gens  de  ce  pays  n'osaient  prononcer 
sur  rien  avant'  que  la  voix  du  vieillard  se  fût  fiât  entendre;  mais 
ce  n'est  plus  la  même  chose  aujourdlrai. 

n  sortit  de  la  maison ,  suivi  de  son  hÔte.  T6us  ceux  qui  avaient 
été  témoins  des  jeux  des  jeunes  gens  parlaient,  criaient  et  se  dis- 
putaient en  même  temp^,  tandis  qu^Arthur  Philipgon  était  à  qnel- 
qUes'pas  des  autres,  appuyé  sur  Parc  détendu  avec  un  air  d^indiffé- 
fenc6.  A  la  vue  dû  Laudamman,  te  silence  se  rétablit. 

—  Que  veulent  dire  ces  clàmeurà  inusitées  7  dît-it^  fidsant  en- 
tendre uiie  voix  que  chacun  étiui  habitué  à  é'coùter  avec  respect, 
ftudlger,  ajoufta-t-il  éti  s'adk^esàafbt  à  Viaiiné  de  ses  fils,  le  jeune 
étrahgeîr  a-t-H  ««ttdir  Fâtts? 


CiâAALES  LE  TÉMÉRAIRE.  63 

—Oui,  mon  père,  ooi,  répondit  Rudîger^  et  il  a  atteint  le  bat. 
Jamais  Gaillanme  Tdl  n'a  tiré  trois  conps  d'afrc  semblables. 

—Hasard  y,  pur  hasard  1  s'écria  le  jeune  Suisse  venu,  de  Berne. 
Nal  pouvoir  hunaain  n'aurait  pu  en  Tenir  à  bout  ;  conunent  doue 
aarait  pu  le  fûre  un  fiûble  jeune  homme  gui  n'a  rénsaidaBS  rîsii 
ie  ce  qa'iT a  essayé  avee  nous? 

—Mais  qn'a-t-il  fait?  demanda  le  Landamman»  —  Ne  parles  pas 
tons  à  la  fois  I  Anne  de  Geierstein,  vous  avez  plus  de  bon  sens  et  de 
raison  que  ces  jeunes  gens,  dites-moi  ce  qui  est  arrivé. 

La  jeane  fiUe  parut  un  peu  confuse,  elle  baissa  les  yeux»  et  ce* 
pendant  elle  répondit  avec  calme  : 

—Le  but  était,  suivant  l'usage,  un  pigeon  attaché  à  une  perche. 
T0Q8  les  jeunes  gens,  à  l'exception  de  l'étranger,  avaient  tiré  sur 
Foisean,  à  l'arc  et  à  l'arbalète,  sans  le  toucher.  Lorsque  j'apportai 
l'arc  de  Battisholz,  je  l'ofiris  d'abord  à  mes  cousins,  mais  anenn 
i'eox  ne  voulut  le  prendre ,  et  ils  dirent  tous  que  ce  que  Teus 
n'a^  pu  faire  était  certainement  une  tache  au-dessus  de  leurs 
forces. 

— C'est  bien  parler  ;  mais  l'étranger  a-t*il  bandé  l'arc? 

—  Oui,  mon  oncle,  mais  d'abord  il  a  écrit  quelque  chose  sur  un 
morceaa  de  papier  qu'il  m'a  mis  dans  la  main. 

—  Et  il  a  bandé  l'arc  et  touché  le  but  ? 

—  D'j^ord  il  a  placé  la  perche  à  cinquante  toises  plus  loin. 
—Chose  singulière!  c'est  le  double-de  la  distance. 

-Alors  il  a  bandé  l'arc,  et  décoché  Tune  après  l'autre,  avec 
^«rapdité  incroyable ,  les  trois  flèches  qu'il  avait  passées  dans 
sa  ceintore.  La  première  lendit  la  perche ,  la  seconde  rompit  le 
^^Ji,  la  troisième  tua  le  pauvre  pigeon  qui  prejdait  son  vol  dans 
les  aire. 

—Par  sainte  Marie  d'Kinsiedlen  !  dit  le  I^ndamman  avec  l'air 
^lapins  grande  surprise,  si  vos  yeux  ont  vu  tout  cela,  ils  ont  vu 
ce  qu'ion  ne  vit  jamais  dans  les^Cantons  des  Forêts. 

--Je  réponds  à  cela,  s'éoria  Rodolphe  Donncrhugel,  dont  le 
%it  étidt  évident ,  que  ce  n'est  que  l'effet  du  hasard,  si  ce  n'est 

Qiie  illasion  et  de  la  sorcellerie. 

f 

—  Et  vous ,  ArtHur,  dit  PhiUpsoa  ea  souriant ,  qu'en  dilM- 
tons?  votre  succès  est-il  dû  au  hasard  ou  à  l'adresse? 

—  Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  dire,. mon  pare ,  que  jfi  nlsi.  ùi/i 
^ode  chose  fort  ordinaire  pour  tm  àrdier  anglais ,'  et  je  ne  parte 


€4  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

pas  pour  satisfoire  ce  jenne  homme  ignorant  et  orgueilleux;  mais 
je  réponds  à  notre  cligne  hôte  et  à  sa  famille.  Ce  jeune  homme 
m'accuse  d'avoir  fait  illusion  aux  yeux ,  ou  d'avoir  atteint  le  bat 
par  hasard.  Quant  à  l'illusion,  Toilà  la  perche  fendue ,  le  lien 
brisé,  l'oiseau  percé  ;  on  peut  les  voir  et  les  toucher.  Ensuite  si 
l'aimable  Anne  de  Geierstein  veut  lire  le  papier  que  je  h4  remis  » 
elle  pourra  vous  assurer  qu'avant  même  de  bander  l'arc ,  j'ayads 
désigné  les  trois  buts  que  je  me  proposais  de  toucher. 

—  Montrez-moi  ce  papier,  tna  nièce,  dit  Biederman ,  cela  mettra 
fin  à  la  controverse. 

—  Avec  votre  permisssion ,  mon  bon  hftte,  dit  Arthur,  ce  ne 
sont  que  quelques  mauvais  vers  >  qui  ne  peuvent  trouver  grâce 
qu'aux  yeux  d'une  dame. 

—  Et  avec  votre  permission.  Monsieur,  dit  le  Landamman,  ce 
qui  peut  tomber  sous  les  yeux  de  ma  nièce,  peut  aussi  me  passer 
par  les  oreilles. 

Il  prit  le  papier  qu'Anne  lui  remit  en  rougissant.  L'écritiire  en 
était  si  belle  que  le  Landamman  surpris  s'écria  : 

— Nul  clerc  de  Saint-Gall  n'aurait  pu  mieux  écrire  !  il  est  étrange 
qu'une  main  capable  4e  tirer  de  l'arc  avec  tant  d'adresse  puisse  aussi 
tracer  de  pareils  caractères.  Ah  !  oui  vraiment ,  des  vers  ;  par 
Notre-Dame  1  Quoi  I  avons-nous  ici  des  ménestrels  déguisés  en 
marchands  7  Et  il  lut  ce  qui  suit  : 


«  Si  j'atteins  toor  à  tour,  perche,  lien,  oiseaa , 
L'archer  n'aara-t-il  pas  accompU  sa  promesse  ? 
Hais  an  feul  trait»  partant a'an  oeil  si  beau, 
'  Ferait  pi  os  qae  ma  triple  adresse.  » 


4 

—  Voilà  des  vers  précieux ,  mou  jeune  h$te,  djt  le  Lai^damman 
en  secouant  la  tête  ;  d'excellens  vers  pour  faire  tourner  la  tête  à  de 
jeunes  folles.  Mais  ne  cherchez  pas  à  vous  excuser  ;  c'est  la  mode 
de  votre  pays,  et  ici  nous»  savons  quel  cas  en  faire.  Et  sans  faire 
aucune  autre  allusion  aux  deux  derniers  vers,  dont  la  lecture  avait 
déconcerté  le  poète  aussi  bien  que  la  belle  qui  en  était  l'objet^  il 
ajouta  d'un  ton  grave:  —  Maintenant,  Rodolphe  Donnerhugel, 
vous  devez  convenir  que  l'étranger  se  proposait  réellement  d^at- 
teindre  les  trois  buts  qu'il  a  touchés. 

' —  Il  est  évident  qu'il  les  a  touchés ,  répondit  le  jeune  Bernois  ; 
mais  quel  moyen  a-t41  employé  pour  celai  c'est  ce  qui  me  paraît 


J 


GHAIULES  LE  TÉMÉRAIRE.  65 

douteux  I  s'il  est  yrai  qa'il  existe  dans  le  mdnde  de  la  sorcellerie 
et  de  la,  magie. 

-^Fil  Rodolphe,  ftl  a'-écria  le  Làndamman  ;  est-il  possible  que 
le  dépit  et  Fenvie  paissent  exercer  quelque  influence  sur  un  homme 
aussi  brave  qaQ,TOiis,  qui  devriez  donner  à  mes  fils  des  leçons 
de  modération  I  de  prtidence  et  de  justice ,  comme  de  courage  et 
de  dextérité. 

Cette  réprimande  fit  rougir  le  Bernois^  et  il  n'essaya  pas  d'y  ré» 
pondre. 

—  Gontinaez  vos  jeux  jusqu'au  coucher  du  soleil ,  mes  enfiams  , 
ajoBta  Biedeman;  pendant  ce  temps,  mon  digne  ami  et  .moi, 
BOUS  ferons  une  promenade ,  car  la  soirée  y  est  favorable  main- 
tenant. 

•—  Il  me  semble,  dit  le  marchand  anglais ,  que  je  serais  charmé 
d'aller  voir  les  raines  de  ce  vieux  château  situé  près  de  la  chute 
f  eau.  Une  pareille  scène  a  une  dignité  mélancolique  qui  nous  fait 
sup^rter  les  malheurs  du  temps  où  nous  vivons ,  en  nous  prou- 
vant que  nos  ancêtres,  qui > étaient  pedt-être  plus  intelUgens  ou 
pins  poisaa&s,  ont  aussi  éprouvé  des  soucis  et  des  chagrins  sem- 
blables à  ceux  qui  nous  font  gémir. 

^Volontiers,  mon  digne  ami,  lui  répondit  son  hôte,  et,  che- 
min  bisant ,  nous  aurons  le  temps  de  nous  entretenir  de  choses 
dont  il  est  bon  que  je  vous  parle. 

Us  pas  lent3  des  deux  vieillards  les  éloignèrent  peu  à  peu  de  la 
pelouse,  oii  une  gaieté  bruyante  neHàrda  pas  à  renaître.  Le  jeune 
Pbïlipson,  content  du  succès  qu'il  devait  à' son  arc,  oublia  qu'il 
n'en  avait  pas  obtenu  autant  dans  les  exercices  du  pays  ^  il  fit  ie  non- 
teaoi  efforts  pour  y  mieux  réussir;  et  il  obtint  des  applaudissémens. 
I^s  jeunes  gens,  qui  avaient  été  disposés  à  le  tourne|r  en  ridicule^ 
commencèrent  à)  le  regarder  comme  un  homme  méritant  d'être 
i^pcctë ,  et  pouvant  servir  de  modèle ,  tandis  que  Rodolphe  Don-^ 
nerhagel  voyait  avec  ressentiment  qu'il  n'était  plus  sans'rival  dans 
l'opinion  de  ses  cousins ,  ni  peut-être  même  dans  celle  de  sa  coU'- 
sine.  Le  jeune  Suisse  orgueilleux  réfléchit  avec  amertume  qu'il 
avait  encouru  le  mécontentement  du  Làndamman ,  qu'il  ne  jouis- 
sait plus  de  la  même  réputation  auprès  de  ses  compagnons ,  qui 
l'avaient  toujoiprs  pris  pour  exemple,  et  ce  qui  ajoutait  ^  sa  nior- 
tification ,  ce  qui  goi^àit  isôn  cœur  dé  courroux ,  c'était  la  pensée 
qu'il  le  devait  à  un  jeune  étranger,  sans  liôm ,  sans  renomttiée,  qui 

5 


<$6  CBAlSLUBS  tE  JÉSSÉRàSUB^. 

une  jeune  fille. 

J^aw-cat ,^iAi»d^irritettoE ,  «Its-'^PiVMha  4n jannp  Jkoglais^et 
taadia  qu^U  Ipi^parUâttoathaiil;  âe^4lle^lM»  cirMQstances  T«ia« 
tives  anxasuMemeos  doftt  anteQmwHttt.à  è^oœivery  il  lui  tenaît  à 
TfÂx,  basie  de»^  propo»  d'an  geiive  >tmit  dtffîr^t.  Fi:app«iit  bot  Fé- 
paale  d'Arthnr  ayec  an  air  de 'franchise  montagnarde,  U  loi. &t  a 

luaterou  : 

—  Ce  trait  d'Ernest  a  fendti  l'air  ayèc  la  rapidité  d'un  bmam 
qui  fojad  swr  sr  >proie  ;  et  il. ajovta  «a :l^UMiuit  b^oix:  -<-  Vous 
anures  wafohand»,  tobs  wndez  desjgaads,  iiafiqBUE»^raBsanaai^en 
gantelietfi  ?  en  yeiide»-¥0«s  un  seol ,  on  iMt-il  acheter  la  paire  ? 

r— Je  ne  vends  pas  de  gant  seul,  répondit  Arthur  le  compne- 
qiAt  jKT^e-Ahwip,  et  meezfkfié  luîtinéme  deis  iragasdi  dédai- 
gnent qieieieweBerpois  a^^it  îeléa  ewr  iiH  pendant  k  dtner,  et 
d^  VinMlaneie  avep laquelle  il  avait  aUtribué  «n  hasard  ou  àljiaeor- 
eellçilîe  le^Hiepès  qnfîl  avait  obtenu  en  ikant  de  Tanc;  je  ne  vends 
pas  die^gwt  aoul  i  jHoMîe w,  .nais  je  ne  j^frue  jamâs  d'en  ^han- 
gar un. 

—  Je  vois  que  vous  m'entendez.,  veprit  Rodoliihe;  nais  r^gar- 
daz'les  joileavB  pendant  que  je  vous  parle,  sans  quoi  ils  sedentcâront 
de  l'objet  de. not»B  anlaetienv.  Yous  avea  l'intelUgence  plus  ou- 
verte  que  je  ne  m'y  attendais.  Mai3.si.Q0ns  .édiangaana  ]i0S)ganlSy 
commet  ehacim  de^ncw  radmandâra^itl  le  sien  P 

'^  A  ia  poiitôe  deaaJurâie-épée. 

^  Avao  we  ann»re,  ou  coiniiîe.noiRB  ^ 

— QoBPHiie  Aoua  3oiaines*  Je  ne  prandcai  ni  âramn»,  ini  nncnae 
autre  arme  qne  mon  épée;  et  je  orois  ^'eUe  jne  aufiB^na.  Monunee 
le  Heu  et  l'henre» 

—  he  lien  sera  la  coujr  du  vienàL  dhateau  de  GeiersteÛL.  ^ 
L'heure ,  jdemain  matin  au  lever  du  aokâl ,  '^  Mais  on  nous  exa- 
mine, r-^  J'ai  perdu^ma  gageure,  ajouta  Rodolphe  en  parlant  plus 
haut,ave6  im  ton.4'i]adifiéninoe,i6ar  Ulitiek  a  jeté  la  horre  plus  loin 
qn^^nqeat.  Yoji/^i  mon  gant,  onaigne.que  je  n'o^ubliorai  pas  le  fla- 
cçm  de  vin. 

—  Et  voici  le  ]piea,,en;^igiie  qisKe  je.la  hoirai  volontieiss  av«c 

V0U5U 

£ie.&t\ai9^,  au  wUeu  des  ^gfisenieus  paiaibles,  ^noi^e 
I9ci17ansr.de  lewrs  compagmw^  q«e  aes^dauj^  jeunes  tgeniS  à  tête 


nnmm  tm  téiébaiib;  67 

màeÊtfwe  ùnkeatea  aeeret  i  kanr  anhaMité,  «n  te  é»iiiiMit  an 
Kodez-Tons  dans  des  ôMmlioas  liostilM. 


cHAPrnuE  V. 


—  rtUS»  un  de  ces  gens 

Q|iia'aÛMi««Mle»l>«û,«tl«piM  ,ctl«e  alita|M, 
Da  simple  Tillâgeois  le  eostàme  et  la  vie , 


Où  l'on  troaTe  ia  paix  et  )e  oontentement 
4)iMlet  ptlait  dom  àÊbmi  li  MNaent 
Crojes-moi ,  ce  n'est  point  luie  coope  d'érable 
%i*«»  choisit  ponr  eeirir  le^imi  «ar  la  nMe. 


UissANT  les  jeunes  gens  occupés  de  jLears  awiiiaeinteiiSy  le  Lan- 
4immaa4'UnierwaAd let PlUiipstn s'avançaient  v^rs^le  i>Bt  de  leur 
promenade  en  causant  principalement  des  velatîws^pQlitiqaes  de 
h Fmice«  de  l'AnigJetmre  et  de  la  Bourgogae.  X^eur  ^nveviation 
dnogea  d'iobjet  quand  ds  entràfent  dans  la  oour  du  ima  ebâteau 
4&Geia8lfién»où^'ék¥ait  lajUMBT'SoUt^  onteurée 

te  niBes  desaniMs  UitijMiiis. 

—Celle  habîtatifoi  a  dû  étve,  dans  son  temps,  d'une  fbree  te- 
iMfiaUe,  âk  nûlipson. 

*^Bt]ft  cace  qm  l'ocoipait  iSiftit  fiàne  et  {nôssame,  répondu 
AnwU;  rittattnre  des  comtes  de  Geieratein  nenonte  jnsqu'aof 
tops  des  anciens  lUvétiais  ;  et  l'on  dit  qne  leurs  <»{pliHts  n^  dé- 
meataieitt^pjas  lenr  noblesse.  Mais  toute  gcandeurter-restre  a  sa  fin. 
Dtt  hommes  libres  foulent  aux  ipieds  aujourd'hui  les  ruines  de  ce 
château  féodal,  à  la  vue  duquel  les  serfs  étaient  obligés  d'^ter 
leurs  bonnets  y  d'aussi  loin  qu'ils  en  apercevai^t  les  tonrdles,  à 
peine d'êtrepunis  eomme  des  rebelles  insolent. 

— Jeremarque ,  gravé  sur  une  jdes  pierres  de  oe tte  ^taurelle ,  ce 
<p^  îeregarde  eomme  le  cimier  de  csAte  famille*  un  Ya.utoar,pef  cbé 
sor  un  rocher,  expression  syiidralique ,  si  je  ne  me  tromi^ey  du 
nom  deCieiecBScin. 

—  Ooit  G^est  l'uneienne  deme  da  eette  fiimitte ,  et ,  comme  vous 

5. 


68  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

le  diiea,  elle  exprime  le  nom  da  château,  qui  est  le 'même  que 
celui  des  cheyaliers  qui  Vont  si  long* temps  occupé. 

—  J'ai  remarqué  aussi,  dans  la  salle  où  nous  ayons  dtné ,  un 
casque  surmonté  du  même  cimier.  G!est  sans  doute  un  trophée 
d'une  yictoire  remportée  par  les  paysans  suisses  sur  les  nobles 
seigneurs  de  Geierstein,  comme  on  conserve  l'arc  anglais  en  sou- 
Tenir  de  la  bat  aille  de  But tisholz  ? 

—  Et  je  m'aperçois ,  mon  cher  Monsieur,  que ,  diaprés  les  pré- 
jugés de  Yotre  éducation ,  vous  iie  verriez  pas  de  meilleur  œil  cette 
seconde  victoire  que  la  première.  Il  e3t  bien  étrange  que  le  res- 
pect pour  le  rang  soit  tellement  Miraciné  dans  l'esprit  même  de 
ceux  qui  n'ont  pas  le  droit  d'y  prétendre.  —  Mais  éclaircissiez  votre 
front,  mon  digne  hôte,  et  soyez  assuré  que,  quoique  plus  d'an 
château  appartenscnt  à  un  orgueilleux  baron  ait  été  pillé  et  détmit 
par  la  juste  vengeance  du  peuple,  quand  la  Suisse  secoua  le  joug 
de  l'esclavage  féodal  f  tel  ne  fut  pas  le  sort  de  Geierstein.  Le  sang 
des  anciens  propriétaires  de  ce  domaine  coule  encore  dans  les  veines 
de  celui  qui  en  occupe  les  teiires. 

—  Que  voulez-vous  dire ,  sire  Landamman?  n'est-ce  pas  vous- 
même  qui  les  occupez  ? 

—  Et  vous,  croyez  probablement  que,  parCé  que  je  vis  comme 
les  autres  bergers  de  ce  pays ,  que  je  porte  une  étoffe  grise  dont  la 
laine  a  été  filée  chez  moi ,  et  que  je  conduis  moi-même  ma  charme, 
je  ne  puis  descendre  d'une  ligne  d'anciens  nobles?  On  trx)uve  en 
Suisse  un  grand  nombre  de  paysans  de  noble  race ,  sire  marchand, 
et  il  n'existe  pas  de  noblesse  plus  ancienne  que  celle  dont  on  ren- 
contre encore  des  restes  dans  mon  pays  natal.  MaiSi  les  nobles  ont 
volontairement  renoncé  à  tout  ce  qu'il  y  avait  d'oppressif  dans  leur 
pouvoir  féodal  ;  ils  ne  sont  plus  regardés  comme  dés  knps  an 
milieu  du  àronpeau ,  mais  comme  des  chiens  fidèles  qui  veillent  sur 
lui  en  temps  de  paix,. et  qui  sont  prêts  à  le  défendre  quand  il  est 
menacé  d'une  attaque. 

—  Mais,  dit  le  marchand ,  qui  ne  pouvait  encore  s'habituer  à 
l'idée  que  son  hô^e,  en  qui  il  ne  voyait  rien  qui  le  disUnguât  d'un 
simple  paysan,  fût  un  homme  de  haute  naissance ,  vous  ne  portez 
pas  le  nom  djfe  vos  ancêtres,  mon  digne'^hdte.  Ils  étaient,  dites^ 
vous,  comtes  de  Geierstein ,  et  vous  êtes... 

-^  Arnold  Biederman,  à  votre  service  :  m  w  sachez ,  si  cela  peut 
vous  faire  plaisir  et  présenter  à  vos  yeux  plus  de  dignité,  que  je 


GHÂBLES  LE  TEMERAIRE.  69 

n^ai  besoin  gae  dé.  mettre  sur  ma  tête  le  vieux  casqne  qne  vons  ayez 
YQy  ou^  saDS  prendre  tant  de  peine ,  d'attacher  à  ma  toqae  une 
jdmne  de  feacon,  paurponTOÙr  m'appeler  Arnold ,  comte  de 
Geierstein»  sans  qae  personne  paisse  me  domier  un  démenti.  Ce- 
pendant ,  Gonyierrirait-il  qae  Monséigneor  le  Comte  condoisît  ses 
bestiaux  dans  lears  pâturages ,  et  Son  ExceUence  le  haut  et  puis- 
sant seigneur  de  Geierstein  pourrait-il ,  sans  déroger,  ensemencer 
ses  champis  et  fûre  sa  récolte  ?  ce  âont  des  questions  qu'il  faudrait 
décider  an  préalable...  Je  yois  que  tous  êtes  étonné  de  me  trouver 
si  dégénéré ,  mais  je  vous  aurai  bientôt  expliqué  la  situation  de  ma 
famillew 

Mes  liants  et  puissans  ancêtries  gouvernaient  ce  domaine  de 
Geierstein 9  qui,  de  leur  t^nps,  était  fort  étendu,  à  peu  près 
comme  les  antres  barons  féodaux;  c'est-à-dire  qu'ils  se  montraient 
quelquefois  les  protecteurs  et  les  défenseurs  de  leurs  vassaux,  et 
plus  souvent  ils  en  étaient  les  oppresseurs.  Hais  du  temps  de  mon 
lâenl,  Henry  de  Geierstein ,  non-seulement  il  se  joignit  aux  con- 
Uàéré^  pour  repousser  Enguerrand  de  Couci  et  ses  maraudeurs , 
comme  je  vous  l'ai  déjà  dit,  mais  lorsque  la  guerre  contre  l'Au- 
triche se  renouvela,  et  qu'un  grand  nombre  de  nobles  joignirent 
l'année  de  l'empereur  Léopold,  il  prit  le  parti  opposé ,  combattit 
dans  les  premiers  rangs  de  la  Confédération ,  et  contribua  par  sa 
^eur  et  son  expérience  au  gain  de  la  bataille  décisive  de  Sem- 
pach,  dans  laquelle  Léopôld  perdit  la  vie ,  et  où  la  fleur  de  la  che- 
^erie  autrichienne  t.omba  autour  de  lui.  Mon  père,  le  comte 
WUiiewald ,  suivit  la  même  conduite ,  tant  par  inclination  que  par 
polidgoe.  Il  s'unit  étroitement  avec  l'Etat  d'Underwald,  et  se  dis- 
tingm  tellement  qu'il  fut  élu  Landamman  de  la  république.  Il  eut 
deux  fils',  dont  je  suis  l'aîné,  et  le  second  se  nomme  Albert.  Se 
troavalit,  à  ce  qu'il  lui  semblait,  investi,  en  quelque  sorte ,  d'un 
double  caractère,  il  désirait,  peut^tre  pen  sagement)  s'il  m'est 
permis  de  blâmer  les  desseins  d'un  père  qui  n'existe  plus,  qu'un 
de  ses  fils  lui  sucoédât  dans  sa  seigneurie  dé  Geierstein,  et  que 
l'autre  occupât  le  rang  moins  brillant,  quoique  à  mon  avis  non 
moins  honorable ,  de  citoyen  libre  d'Underwaid,  ef  possédât ,  parmi 
ses  égaux  jdans  le  Canton,,  l'influence  acquise  par  les  services  de 
son  père  et  par  ceux  qu'il  pourrait  rendre  lui-même.  Albert 
n'avait  que  -.  donze  ans  quand  mon  jpère  nous  fit  faire  avec  lui  un 
oonrt  Voyage  en  Allemagne ,  où  le  cérébiomal ,  la  pompe  et  la  ma* 


70  GHABLES  LB  TBMBBAHUL 

gnifiioenc^e  qee  noos  ^vîmea ,  prodinsûpent  une  împWMim^Uwtt^e  dit» 
fiSrente  sur  l'esprit  de  noa  frère  et  sur  le  mî».  Ce  qai  pamt  à 
Albert  le  comble  de  la  splendew  lerjpeaire  u'ofirit  à  mes  yenc 
cpi'jm  élftlage  &stidieiix  de  forpnaUtëit  fatigentes  et  inatiks.  Qnend 
notre  père  non»  expliqia  eBsuite  ses  mtenlîoits»  il  me  deçtma, 
c<nn]xie  étant  son  fils  aiiié,  le  demaîne  eonsidéndde  deGeieia|eiB^ 
en  exceptant  senlement  mie  poitieM  des  tecnes  les  pins  fertiles  wab 
fisante  penv  rendre  man  ftèie  on  des  eitoyens  lerpOis  opakna  d'un 
pays  où  Ton  eroit  être  riche  qoand  on  a  de  qaoiiriiyre  honeimUbt 
ment.  Lesi  larmes  coolèpoit  des  yeox  d'Albert. —  Fant-il  donc» 
s'écria-t-il,  qne  mon  frère  soit  un  noble  comte ,  respecté  de  ns 
vassaux ,  ayant  une  snke  nombreuse,  et  qiio  je  vive  en  misérable 
paysan  au  milieu  des  bergers  à  barbe  grise  dfUnderwaldl  Hlkak^ 
monpère,  je  revote,  votre  .  volonté ,  maïs  je  ne  fsraipa»  le  ea? 
,  erifice  de  mes  privilèges.  Geietstrâi  est  nn  fief  qfà  relève  de  FEm- 
pire  9  et  les  lois  me  donnent  droit  à  nne  part  égale  dans  eedenaine. 
i^  mon  frère  est  comte  de  Géîersteîn ,  je  i^ett  sins  pas  moins  le 
comte  Albert  deGeieraleiki ,  et  j'eu.ap|ieUerai«FEmperasr,  plntAl 
^e  de  sonffrir  que  Ja  vokmté  d'un  ée  mes  aïeux  ^  ^pioiqne  ee  éoil 
mon  père,  me  prive dli  rang  et  des  pricvilégesi qnecent  aaoftrae 
m'ont. transmis.  Mon  père  fin  grandement  ooovrsKcé.  —  AUez^ 
jeune  orgneiOeux',  lui  dit-il^  invoquez  la  décision  dfun  prinee 
étranger  contre  le  bon  plaisir  de  votre  père  ;  donnez  à  l'ennemi  de 
votre  pays'un  prétexte  pour  intervenu  dans  ses  afeîres  intérieuret  ; 
allez»  mais  ne  voua  préaentea  jamme» devant  moi^et  ctfaignezne 
malédâçtkm  étemelle.  ,  ^ 

Albert  allait  répondus  aivee  violence  »  quand  je  le  conjurai  de  se 
taire,  et  de  me  laisser  parler*  —  J'ai  toii}oa«s<  préféré  ks  monta» 
gnes  aux  plaines^  di»je  alara  à  mon  père;  rexeraice  du  cheval 
me  plah  moins  qocrla  manehe;  je  sms  plus  fier  de^  disputer  à ,  nos 
bergers  le  prix  delenraejeiiK  ,^qne  j.e.  ne  le  serais;  d'ienirer  en  Koe 
avec  des  nobles;  une  danse  dans  nbtre  village  lae^  fidt.plna  de 
plaisir  que  toutes  les  £ltes  bviUanftes  d'AUemngae  ;  «L  voù»  ^wules» 
m'^argner mille  sôuoist  permettez  donecpoije  uà»  tkajea  ôehûâ 
république  d'Un^ter^ald*,  et  que nmn frère  poite  hu donnmnedeî 
comte  de  Geîorsfteinf  efe  jouiaBede.tons  les  hcameurs  allaeWe  à  €m. 


Aprèsqndquè.discnBiiOtt^  mo»  pèfe  eonsenftit  enfin  à  mai  pw»* 
pesjÉien>  afi^A'e:aéca»Br kr^pBqîei  ^'il^ajfik  JU^cBn^^Jlwlfràraa 


CaBARLE$  LE  TÉBOlRAmE.  7t 

tAèUkré  héritier  de  sen  rang  et  de  son  domainei  sons  le  titre 
f  Albert^  ocnnte  de  Geièrsteiii;  je  fi»  a»  en  possession  de  œs 
chsttps  etide  œvyré»'  iknfleB  eu  nôliea {dMpiels  ma  maisMi  est 
skofe ,  etmôs  Toisins  nf  aii^pdloBt  Araeld  Kedemmn. 

--fit  ri  le  mot  BiednïnBB  sigittfie»  oenue  je  le  onrisi  «a 
hoMneplem  d'hettiea^  defiranehiseet^générÂiitéy  ditlemar^ 
chud)  jénie  œn&aiopersMne  cpd  ait  plus  de  droite  que  tous  à  le 
lorier.  Gepeadant  jf  de»  tous  «vonerqw  je  dmme  des  éloges  à 
une  oondoite  que  je  n^avnds  pas  eu  la  forée  d'imiter  si  j'aTaiaëté  1 
wirephee; mas  otmÛÊsaeM,  j&yowB  prie,  l'histoire  de  Yotre  fa^ 
viDe,sileréeitBeToasen'estpas'périible^  ^ 

—J'ai  pea  de  chose  à  y  ajouter.  Mon  père  mourait  pea  de  temp$ 

tpèS'  avw  .réglé  I  comme  je  'ne»  de  tow  l'expliquer ,  les  aflaires 

^  m  soceesBien.  Mon  frère  aTait  d'antres  posaessioiis  en  Sooabe 

et  eu  Westphalie  ;  il  yint  rarement  dans  le  châteaa  de  ses  an* 

citresy  où.  vësidait  on  sénéchal,  homme  qni  se  rencHc  si  odieux 

vxmnsanixdema  fiumHe,  qne  si  mon  Toisinage  nfavait  été  sa 

F^ttection^  on  raarritarracliéà  son  nid  dcTancbiir.  et  onTaiirait 

tniié  avec  SMsipea  do  eéi^toonie  qne  s'il  eût  été  Im-méme  mi 

^'cesioisnmH.  Pour  dire  même  la  vérité ,  les  visites  qne  mon 

km  faisait  de  loin*  en  loin  à  GeiersMin  ne  pkH>earaâent'pas'  bean** 

Mf  de  a^nlagemffiÉt  à  ses  vassaux ,  et  ne  lut  acquéraient  guère 

fepiyikiin^i  parmi  euac.  Il  ne  voyaitet  n'entendait  que  par  lee 

yott  et  lefroreillés  de  son  sénédhal  auski  intéressé  que  cruel,  Ital 

UiBeckeniwaUL  Refusant  même  d^éeonter,  ou  mes  avisr,  on  mes 

^Et|iteuuiilienf>  il-  se  conduÎBait  u>u{qnrB  envers  me»  «vec  un  axa 

^^Bettàfom  ;  mais  je  crois  véritablemmt  qu'il  me  regardait  comme 

flopaavre  rostre  y  sans  énergie;  san»  noblesse  d'ame,  qui  avait 

Mionové  sa  faaube  naissanee  pour  se  livrer  à  de  vih  penehans'. 

&k  toute  eecasio»,  il  afSchait  du  m^ris  pour  les^  préjugés  de  sear 

0NKitoyen9y  et  partiddièrenn^nt  en  partant  constamment  en  pu-^ 

Hic  une  pfaune  de  paon ,  et  en  dsligeant  tous  les  gens  de  sa  suite  à 

oUre  sRitam,  quoique  ee  fllt  l'eraUème  de  la  maison  d'Autriche^ 

oAIème  si  délSflté.en  ce  pays ,  que"  phnr  d'un  homme  y  a  perdkr 

la  ^  son»  antre  motiC  ^se  de  l'avoir  porté.  Cependant  j'atair 

épousé  Bsrtliëi  qni  est  maintenant  une  sainte  dans  leciel ,  et  j'en 

«îiùs  en  six  gaer^ons ,  dtenr  cinq^  étaient  assis  à  md- table  aujour*» 

fbé*  ÉMfètt  mwmtt  aussi,  et  il' épousa  tme  dkmedé^ haut  rang 

^  Wec(tphaliè  ;  mais  son  lit  nuptikl  ne  fut  pas  aussi  fécond^  il 


72  CHARLES  LE  TÉ]\I£RÂIRE. 

jamais  qu'une  seule  fi}le,  Anne  deGeierstein.  Vint  alors  la  guerre 
entre  li^  yiUe  de  Zurich  et  les  Cantons  des  Forêts^  dans  laquelle 
on  répandit  tant  de  sang ,  et  où  nos  frères  de  Zurich  furent  assez 
malayisés  pour  faire  alliance  avec  l'Autriche.  L'Empereur  fit  les 
plus  grands  efforts  pour  profiter  de  l'occasion  favorable  que  lai 
offrait  la  désuniondes  Suisses,  et  engagea  tous  ceux  sur  qui  il 
avait  de  Tinfluenoe.  2^  le  seconder.  Il  ne  réussit  que  trop  biçn  au- 
près de  mon  frère.  Noa*seulement  Albert  prit  les  armes  pour 
l'Empereur,  mais  il  reçut  dans  la  forteresse  de  Geierstein  une 
troupe  de. soldats  autrichiens,  à  l'aide  desquels  le  détestable  Ital 
Schreckenwald  dévasta  tous  les  environs,  à  l'exception  de  mon 
petit  patrimoine.. 

— C'était  i^ne  circonstance  bien  pénible  pour,  vous,  mon  digne 
hôte,  car  vous  étiez  obligé  dé  prendre  parti  pour  votre  pays  on 
pour  votre  frère. 

—  Je  n'hésitai  pas^  Mon  frère  était  dans  l'armée  de  l'Empereîiir, 
et  par  conséquent  je  n'étais  pas  réduit  à  la  nécessité  de  me  trouver 
les  armes  à  la  main  en  face  de  lui  :  mais  je  fis  la*  guerre  aux  bri» 
gands  et  aux  scélérats  dont  Schreckenwald  avait  rempli  le  château 
de  mon  père.  La  fortune  ne  m'y  fut  pas  toujours  favorable.  Le 
sénéchal ,  en  mon  absence ,  brûla  ma  maison ,  et  tua  le  plus  |éuae 
d«^  mes  fils,  qui  défendait  l'habitation  paternelle.  Mes  terres 
furent  dévastées,  Jous  mes  troupeaux  détruits;  mais  enfin,  à 
l'aide  d'un  corps  depaysaùs.d'Underwald,  je  pris  d^assaut  le  châ- 
teau de  Geierstein.  La  Confédération  m'en  offrit  la  propriété,  mais 
je  ne  voulais  pas  souiller  la  cause  pour  laquelle  j'avais  pris  les  armes, 
en  m'enrichissànt  aux  dépens  de  mon  frère  ;  et  d'ailleurs,  de- 
meurer dans  une  pareille  forteresse  aurait  été  une  pénitence  pour 
un  homme  dont  la  maison,  depuis  tant,d'aniiéps,  n'avait  eu  d'autre 
défense  qu'un  loquet,  d'autre  garnison  qu'un  chien  de  berger.  Je 
refusai  donc  cette  offre;  le  château  fut  démantelé,  comme  vous 
le  voyez,  par  ordre  du  Canton  ;  et  je  crois  même,  lorsque  je  ré- 
fléchis à  l'usage  auquel  il  avait  servi  trop  souvent,  que  je  vois 
avec  plus  do  plaisir  les  ruines  de  Geierstein,  que  je  ne  voyais 
ce  château  quand  il  était  bien  fortifié,  ^t  qu'il  semblait  i^prensj)le. 

—  Je  comprends  et  j'honore  vos  sentimens  ;  niaiS;,  je  le  répète, 
ma  vertu  n'aurait  peutrêtre  pu  s'éloigner  tellement  du  cercle  de 
mes  affections  de  famille.  Et  que  dit  votre  firère  de,  votre  conduite 
patriotique  ? 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE,  73 

— n  fat,  à  ce  qae  j'appri^,  craellement  conrroQcé,  croyant  ' 
sans  doute  que  j'ayais  pris  son  château  dans  h  vue  de  m'appro- 
prier  ses  dépouilles.  Il  jura  même  qu'il  renonçait  à  me  considérer 
comme  on  frère  ;  qu'il  me  chercherait  dans  les  batailles,  et  que  je 
périrais  de  sa  propre  main.  Nous  étions  tous  deux  à  celledeFreyen» 
bach;  mais  il  ne  put  exécuter  on  projet  inspiré  par  la  yengeance, 
car  il  fut  blessé  par  une  flèche  au  commencement  de  l'action ,  et 
l'on  fat  obligé  de  remporter  hors  de  la  mêlée.  J'assiçtai  ensuite  an 
sanglant  et  triste  combat  de  Mont-ilerzel ,  et  à  TaSaire  de  la  Gha* 
pelle  de  Saint- Jaoûb  qui  mit  à  la  Tsiam  nos  frères  de  Zurich ,  et 
qoirédmsit  encore  une  fois  l'Autriche  à  faire  la  paix  ayec  nous. 
Après  cette  guère  de  treize  ans ,  la  diète  rendit  Ane  sentence  de 
knnissement  à  ^ie  contre  mon  frère  Albert ,  et  tous  ses  biens  au- 
raient été  confisqués ,  sans  les  égards  qu'on  crut  deyoir  à  mes  ser- 
rées. Quand  cette  sentence  fut  signifiée  au  comte  de  Geier3tein , 
il  y  répondit  avec  un  air  de  brayade;  mais  une  circonstance  singu- 
lière prou^ra,  il  n'y  a  pas  long-tmips ,  qu'a  eonseryait  de  l'atta- 
chement pour  son  pays  y  et  que,  malgré  son  ressentiment  contre 
moi,  il  rendait  justice  à  l'affeotion  yéritable  que  j'ai  pour  lui. 

—Je  garantirais  sur  mon  crédit  de  marchand ,  que  ce  qui  ya 
smm  a  rapport  à  cette  charmante  fille ,  yotre  nièce.     ' 

—Vous  ne  vous  trompez  pas.  Depuis  quelque  temps>  nous  ayions 
appris,  quoique  sans  beaucoup  de  détails ,  car,  comme  yous  ne 
1  Ignorez  pas  y  nous  ayons  peu  de  communications  ayec  les  pays 
itmgers,  que  mon  frère  était  en  grande  fàyenr  à  la  cour  de  l'Em- 
P^^T)iQais  nous  sûmes  ensuite,  que  tout  récemment  il  y  était 

ûevenn  sn^ct  ;  et  que ,  par  suite  d'une  de  ces  réyolutions  si  com- 
^Does  dans  les. cours  des  princes ,  il  enayait  été  exilé.  Peu  de 
^ps  après  cette  nonyelle ,  et  il  y  a,  je  crois ,  à  présent  plus  de 
^P^  ans,  je  reyenais  de  chasser  de  l'autre  côté  de  la  riyière^  et 
j^jant  passé  sur  les  pierres  qui  nous  seryent  de  pont  ^  je  traversais 
^^iCoar  de  l'ancien  château  pour  rentrer  dbez  moi^  lorsque  j'en- 
tendis une  yoix  me  dire  en  allemand  : 

--  Uon  oncle  y  ayez  compassion  de  inoil  Je  me  retournai.  ^  et  je 
^  sortir  du  milieu  des  ruines  une  petite  fille  d'enyiron  dix  ans, 
{01  m'aborda  d'un  air  timide ,  se  jeta  à  mesr  pieds^  et  me  dit  :  — 
^on  oncle ,  épargnez  çia  yie ,  en  leyant  ses  petites  mfdns ,  comme 
pour  implorer  ma  pitié,  tandis  qu'une  terreur  morteUe  étaifpeinte 
serions  ses  traits. 


74  GHAKLBS  US  TËMÉRAIRE. 

— Svis^jeTOtre  onde ,  jeune  fflle  ?  lui  dis-je  ;  si  je  le  suis  »  poar- 
qaoi  ne  craignez^vcNiB  ? 

-r-  Parée  ipie  yow  âtes  le  cbef  de  méchane  psy^ans  qai  se  plai* 
sourit  rëpaaApe  le'SUg-iiebfey  iiierépeixdft*ellé  atec  on  courage 
qui  me  surprit;^ 

— Geinmeiit  toi»niRnne&'^tte?  hri  demandai«*je,  etqiiel  est 
odniqpiiy  vous  ayant  inspiré  nne  têéesî  pen'fiivoraMé  de  votre 
oncle;  Tossaanaenéeiei  peiorwnsfidre  vôirs^  ressemblé  atrpor- 
mdt  <|Q'on  Tons  en'a  feft?' 

— C'esl^ Ital SebreckênwvM ({ai ra^aeondtiite ici,  m^^répondit* 
eHe  ne  oettipveBani  (jafkéeaà  k  nataré  de  mfrqnestion. 

-^ilal  Sehreekeiiwaldl'rëpélai-je'y  Iforsdemoiy  en  entendant 
prouonoer  kr  nom  d\in  seéMrat  que  f  avais  tant  de  motift  ponr  dé- 
tester. Uœ  rmsL  partant  dii  mifien  des  mines  y  semblaMean  sombre 
éoiM>  d'un»  route  sépalwal»)  i^épen^t  r — ItalrSelireckenwald  !  — 
et  le  misérable ,  sortant  de  Pend^poit  >où'9  était  caebé ,  se  montra 
deraait  moi  avec  cette  inèifEéreBee  pour  te; danger  qai  est  mi  des 
attribntsde  son  caractère  atroce.  J^wais"  en  main' mon  bâton  armé 
d'un  fer  point»;:  qne  devais^jVfidre?  ^n^anrieV'Voàs  fait  dans  fes 
mêmes*  câreonstances  ?* 

—  Je  lui  aurais  fendu  la  tête  f  je  la'  lui  aurais  brisée  comme  si 
dte  eût  ébi  de  verre  t  s'écria  PÀnglai»  acvee  farce. 

— Jerfow  snr  le  point  d!e  le  bire,  mai^  il  étmt  sans  armes ,  il 
m^était  envoyé  par  mon  frère,  et  par  conséquoit  je  ne  ponvais* 
faire  tomber-  suer  loi' mu  vengeance.  Sa^conduite  mtn^tdcret  amda- 
cÛNise>  contÉHMHi  aussi  à  le  sauver. 

•— -Que  le  vussad  du  très  haut  et  très  pûssont;  comte  de  Gieier- 
sieûi,  dit  Pinsolent,  écoute  les  ordres  de  son'maître,  et  qpfH  ait 
sein  d^y  obéir.  Découvre  fa  tête  et  éeocAe;  cartpioiiinerce  soit  ma 
voix  qui  parte,  ce- sont  les  paroles  du  noble  cemtexpiejèr^ète. 

—  Bieu' et  lea  hommes  savent  sr  je^dois  hommage  ou  respect  à 
mon  fipèrOi  réptiqoaiyfe ,  et'  c'est  àiyt  beaucoup  si,  par  égard 
pour  lui  y  je  ne  traite  pas  son  messager  comme' 9  Fk  si  bien  mé- 
rilé.  Adhèrve  ee  quetu  as  «médira ,  et  déHvrennot  de^ton  odieuse 
piéstâoe. 

—  Albevt,  comee  de  Geiersfe^n^  tour  maître  et  le  mien,  cùnti* 
TMÊ^SékretikmÊmiil,  îaymiv  à  s^eceûper  de  guerres  et  df  autres  at- 
&ÎMS'  iaipor«Mrte9}  t^envoie  sa  JBIle  hf  eomtease  Anne  deGeien* 
stein  f  pi  te  fait  l'honneur  de  t'en  confier  le,  soin  }U9qa%  ce  qufif 


CHARLES.  LE  TEMEIUIRB.  76 

jigeà  propos  de  le  la  redemander.  DdésirefBe  taapfdiqiiMàflen 
CBtredeiiksrèTeiuu  eipiodaitsdes  teEresdeGemsteinfaieta  iB 

osnrpées  sur  lui. 

— liai  £clire(dceiiwald  »  répoBdi»je ,  je  ne  m^dmiBserd  pas  à  te 
isBiaiHkrnla  nmiièvedoDt  umepariesestcoiifiDniieaiixinMii» 
tioiis démon  firère ,  on  si- elle^ i^esi  dictée  par  loninaelenoe ;  je  t» 
(bai  scnleaMot  que,  si  les  -drosnstanees  ont  privé  ma  nSèeede  son 
protaeteor  natnrd y  je  Im  serrirài  dépare^  et  il  ne  loi  manquera 
Mqnejepoiseé  lui  donner.  Les  terres  de  Geierstoin  ont  été  eon» 
%iié»  an  pixifit  de  l'Etat  ;  Je  châtean  est  rainé  craune  tn  le  Toîs^ 
ete'est par  sôiSedertes  orimes  qne  U  mdson  demes pèresest;  dans 
œiétatde  désolaUon.  Msisen  quelque  lienqoe  jedemeore,  Aimedo 
Geiorstem  y  trouera  nn  adle,  die  y  sera  reçue  connue  nies  propres 
^sAm^  et  je  latraîtmd  en  tsnl  oomme  nia.fflle.  El  nuâmenant  que 
m  t^es  acquitté  de  ton  message^  retire-tôi»  si  t»  tiens  à  la  TÎe;  car 
ilestdaBgereax  de  parler  an  pèrs^  quand  ona  les  mains  teintes 
do  sang  du  filai  LemisënJ^lè  se  retira  snr-le-chemp ,  maisflpril 
<^iigéde  moi  ayec  son  insolence  oïdinairs. 

—  Adieu  ,  me  dit-ii ,  comte  de  la  herse  et  de  la  charrue  I  adieu, 
noble  compagnon  de  mépr^aUes  bourgeois. 

D  disparut ,  et  me  délivra  de  la  forte  tentation  de  fiiire  couler 
son  aang  dans  les  lieux  qui  avaient  été  ténunns  de  ses  onautés 
^  de  ses  crimes. 

Je  conduisis,  ma  nièoe  chez  moi,  et  je  la  oonvainqnis  hîent&t  que 
îétais  son  amii  sincère.  Je  rhabilnaà,  cmnme  si  elle  eût  été  ma 
^>'%Unis  les.exercices  de  nos  montagnes  :  elle  l'emporta  à  cet 
%^  sur  tontes  les  jeunes  filles  de  ce  district  ;  mais  on  voit  briller 
en  eUe  de  temps  en.  temps  des  éiinoeUes  d'eq[>ritet  de  cyn^page, 
mêlées  d'une  délicatesse  qui^je  dois  l'avouer ,  n'appartienuent 
t^  anx  simples  babitans  de  ces  montagnes  sauvages,,  et  annon* 
cent  une  t^e  plus  notde  et  une  éducation  d'an  g^nre  plus  relevé* 
Ces  qualités  sont  si  heureusement  mélangées  de  simplicité  et  de 
^téy  qu'Anna»  de  Geierstein  est  regardée  aveo  raison  eonune 
^'orgueil  du  canton ,  et  je  ne  doute  pa^  que,  si  elle  voulait  cbmsir 
^  éponx  digne  d'elle ,  l'Etat  ne  lui  accordât  en  dot  line  partie  con- 
sidérable des  biens  qui  ont  appartenu  à  son  père>  car  il  n'est 
pas  dans  nos  principes  de  punir  les  enfans  des  fautes  de  leurs  pa- 

«U8... 

-^  jfai  une-  Meiaribrtenisoniponrjoindrema  voixi  ioutustfo^ 


76  CHARGES  LE  TÉMÉRAIRE, 

qui  font  l'éloge  de  votre  aimable  nièoe  ;  et  je  suppose  que  tous  dé- 
,sirez  qu'elle  fasse  un  mariage  tel  que  l'exigent  sa  naissance,  ses 
«espérances,  et.surtout  son  mérite.^ 

—  G'^st  un  objet  quha  souvent  occupé  mes  pensées.  Une  trop 
■proche  parenté  met  obstacle  à  ce  qui  aurai  tété  mon  premier  désir, 
son  union  avec  un  de  mes  fils.  Le  jeune  Rodolphe  Donherhugel  est 
plein  de  courage  et  jouit  de  l'estime  de  ses  concitoyens;  mais  il  a 
plus  d'ambition,  plus  de  désir  d'être  distingué  des  autres,  que  je 
ne  le  désirerai^  dans  celui  en  qui  ma  nièce  doit'trouver  un  com- 
pagnon pour  toute  sa  vie«  Au  surplus,  il  est  probable  que  je  vais 
être  désagréablement  délivré  de  tout  souci  à  ce  sujet;  car  mon 
frère,  après  avoir  paru  oublier  Anne  pendant  plus  de  sept  ans, 
me  demande,  par  une  lettre  que  j'en  ai  reçue  récemment,  de  la 
lui  renvoyer.  Vous  savçz  lire >  mon  cher  Monsieur^  car  votre  pro- 
fession l'exige.  Voici  celte  lettre;  lisez-la.  Les  termes  en  sont  un 
peu  froids ,  mais  non  pas  insolens  comme  le  message  jpeu  fraternel 
d'Ital  Schreckenwald.  Lisez*la  tout  haut,  je  vous  prie. . 

Le  marchand  lut  ce  qui  suit': 

«  A.n  oemte  Arnold  de  Qtientékn  ,  dit  Arnold  Biedennan. 

a  Mon  frère ,  je  vous  remercie  du  soin  que  vous  avez  pris  de  ma 
Elle,  car  elle  a  été  eil  sûreté,  quand  autrement  elle  se  serait 
trouvée  en  péril  ;  et  elle  a  été  traitée  avec  bonté ,  quand  elle  aurait 
eu  à  lutter  contre  le  sort.  Je  vous  prie  maintenant  de  me  la  ren- 
voyer ;  j'espère  la  revoir  douée  des  vertus  qui  conviennent  à  une 
femme  dans  toutes  les  conditions ,  et  disposée  à  oublier  les  habi- 
tudes d'une  villageoise  de  la  Suisse ,  pour  prendre  les  'grâces 
d'une  jeune  personne  de  haut  rang.  Adieu ,  je  vous  réitère  mes 
remerciemens.de  vos  soins,  et  je  voudrais  les  reconnaître  si  cela 
était  en  mon  pouvoir  :  inais  vous  n'avez  besoin  de  rien  que  je 
puisse  donner,  ayant  renoncé  au  rang  pour  lequel  vous  étiez  né , 
et  vous  étant  établi  dans  un  lieu  d'où  vous  viiyez  les  orages  passer 
bien  an -dessus  de  votre  tête.  Je  suis  votre  frère. 

a  GeIERSXEIM.  »  . 

V 

—  Je  vois>  ajouta  le  marchand,  qu'un  ppst-scriptam  vous  prie 
d^envoyeç  votre  nièce  à  la  cour  du  duc  de  Bourgogne.  Au  totied ,  ce 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  77 

MIet  me  paroît  écrit  da  style  d'un  homme  hautain ,  flottant  entre 
le  soayenir  qu'il  conserve  d'une  ancienne  offesise  et  la  reconnais- 
sance d'un  service  récemment  rendu.  Les  propos  de  son  messager 
étaient  ceux  d'un  subalterne  insolent ,  cherchant  à  exhaler  soa 
dépit  sous  prétexte  d'exécuter  les  ordres  de  son  maître.  < 
--Je  pense  comme  vous. 

—Et  ayez- vous  dessein  de  remettre  cette  aimable  et  intéres- 
sante jeone  personne  entre  les  mains  d'un  père  opioiâtre,  comme 
il  le  parait ,  sans  savoir  dans  quelle  situation  il  se  trouve ,  et  quels 
sont  ses  moyens  pour  la  protéger  ? 

— Le  lien  qui  unit  le  père  à  Tenfant ,  répondit  vivement  le  Lan- 

damman,  est  le  premier  et  le  plus  saint  de  tous  les  nœuds  que 

commisse  la  race  humaine.  La  difficulté  de  faire  faire  ce  voyage 

à  ma  nièce  sans  aucun  danger  est  le  seul  motif  qui  m'ait  fait.dif- 

{éier  à  accomplir  les  intentions  de  mon  frère.  Mais  puisqu'il  est 

probable  que  je  vais  moi-même  mé  rendre  à  h  cour  de  Charles^ 

i^  décidé  qu'Anne  m'y  accompagnera.  En  conversant  avec  mon 

frère,  que  je  n'ai  pas  Vu  depuis  bien  des  années ,  j'apprendrai  quels 

sont  ses  projets  pour  sa  fille  y  et  iï  est  possible  que  je  le  détermine 

àtroQYerboii  qu'elle  continue  à  rester  confiée  à  mes  soins.  Et 

inaintenant.  Monsieur ,  vous  ayant  appris  tontes  mes  affaires  de 

Camille,  pins  au  long  peut-être  qu'il  n'était  nécessaire,  je  m'a- 

^'csse  à  TOUS ,  comme  à  un  homme  sage ,  pour  vous  prier  de  faire 

attention  à  ce  qui  me  reste  à  vous  dire.  Vous  savez  que  les  jeunes 

gCQS  des  deux  sexes  sont  naturellement  portés  à  causer;  à  rire,  à 

l^a&ier  les  uns  avec  les  autres,  et  qu'il  en  résulte  souvent  de  ces 

attachemens  sérieux  qu'on  appelle  aimer  par  amour.  J'espère  que 

SI noos  devons  voyager  ensemble,  vous  donnerez  à  yotre  fils  les 

^^nécessaires  pour  lui  &ire  sentir  qu'Anne  de  Geierstein  ne 

P^  convenablement  devenir  l'objet  de  ses  pensées  ou  de  ses  at* 

tentions.  -  ^ 

Lemarchand  rougit,  soit  de  ressentiment,  soit  de  quelque  autre 
émotion  du  même  genre.  i 

-^  Je  ne  vous  ai  pas  demandé  votre  compagnie  ;  sire  Landam* 
^^)  s'écria-t-il;  c'est  "vous-même  qui  me  l'avez  proposée.  Si  nion 
fils  et  moi  nous  sommes  devenus  depuis  ce  temps,  sous  quelque 
apport  que  ce  soit ,  les  objets  i,e  votre  méfiance ,  nous  sommes 
très  difiiposés  à  voyager  séparément.^  . 
—  Ne  vous  fâchez  pas ,  ;non  digne  hftte  ;  nous  autres  Suisses 


76  GHàKLES  IS  TBMSRAUiE. 

BOUS  iie~BOiV;liy3rons  pas  faueilemeat  aiUL  soupçoos,  et  jMHir  neims^ 
êine  4an0  le  cas  d'en  ixmcevoir  j  nous  {tarions  des  citconstaiifies 
qui  peuvent  en  fake  naîtse  plis  frandMwpient  qu'il  n'.est  d'usage 
de  le  ledre  dansies  pays  plus  ci^nUsés.  Quand  je  ¥ops  ai- proposé 
4e  faire  ce  voyage  avec  moi;  je  vous  durai  la  vérité ,  quoiqu'elle 
>  puisse  déplaire  à  Tpreille  d'un  père ,  je  rc^gardais  votre  fils  cemme 
un  jeune  honnaae  doux  et  simple,  trop  timide  >€it  trop  modeste  pour 
gagner  l'estime. et  l'Affectiou  d'une. fille  ;  mais  il  vient  de  se  mon- 
trer sous  des  traits  tout  diffiirms,  et  qui  ne  peuvent  manquer  d'in« 
téresser  en  sa  faveur  le  cœur  dkme  fienunje.  Il  a  réussi  à  bander 
l'arc  de  Buttisbolz,  £sdt  qu'on  avait  long-temps  regardé  comme 
impossible ,  et  auquel  ou  bruit  populaire  attache  une  sotte  pro- 
phétie, n  a  assez  d'espnj:  pour  Sakçe  des  v^s,  et  il  possède  ssoas 
doute  encore  d'autre  talons  ^qui  exer^nent  beaucoup  d'empire  smr 
le  cœur  des  jeunes  personnes»  quelque  peu  d'importance  qu'y  aMA- 
chent des  hommes  dont  laJbarbe  4comnnen0e  à  grisonner  comme  la 
vSitre  et  là  mienne,  ami.maschand.  Or,  vxms  devez  sentir,  que, 
puisque  mon  frère  ne  me  pardonne  pas  d'avoir  préféré  la  liberté 
d!un  citoyen  suisse  à. la  condition  servile  etavilissante  d'un  cour- 
tisan allrâahd,  il  trouverait  fort  mauvais  ^e  :sa  fiUe.  devint  l'ob- 
jet des  vœux  d'un  homme  qui  n'aurait  pas  l'avantage  d'être  ismi 
d'un  sang  noble  »  ou  qui,  comme  il  le  dirait ,  l'aiurdit  dégradé  en 
s'oocnpant  de  commerce ,  d'agriculture ,  en  un  mot.de  qudLqœ 
profession  utile.  Si  votretfs  aimait  Ann&deGeiei?8teinril<se.pré- 
parerait  des  dangers  et  un  désafijpomtement  certain.  Abintemmt 
v(His  savez  tont,  et  je  vous  demande  si  jaous  voyagerons  en- 
semble. 

■^  CEomme  il  vous  plaira ,  sire  Laodamman ,  répondit  PhiUpson 
avec  un  ton  d'indifférense.  .Quant  à  juoi ,  tout  <ce  que  je  puis  vous 
dire,  c'est  qu'un  attachement  tel  que  celui  dont  vous  parlez  serait 
"aussi  contraire  à  mes  désirs  qu'à  ceux  de  Totre  trtte  et  aux  yâtres» 
à  ce  que  je  suppose.  Arthur  P^iiUpson  a  des  devoirs  à  r^emplir»  qui 
ne  lui  permettent  nullement  de  s'amuser  .à  fûre  l'amour  à  une 
jeune  fille  de  Suisse,  etméme4'Àllemagoe,  dans  qpeiqUieraug  de 
la  vie  qu'elle  soit  née.  D!aiUeurs  c'est  au  fils  plein  de  somwsion  ; 
il  jo'a  jamais  désobéi  à  Uun  de  mes, ordres,  ^  j'^aiirai  l'ceÂl^oumsrt 
sur  lui. 

—  Il  suffit ,  mon  digne  ami ,  il  suffit ,  dit  le  Landammau.  En  oe 
cas,  nous  voyagerons  ens^nble,  et  je  serai  charmé  d'acconqdir 


CaàJRLBB  LE  TÉMÉRAIRE.  70 

noD premier  projet, car  yolre  entretirâ  me  plait^  ^^JV  piùie4e 
finstracUon. 

Changeant  alors  de  conyersation ,  il  demanda  an.maickaad  A'il 
croyait  qae  Talliaiice  formée  entre,  le  roi  ^'AjogLeterre  et  le  dncde 
Bourgogne  fut  durable. 

— NoQs  entendons  Iteancoqp  parler ^  ajonta-t-il,  Ael'immQiue 
armée  àyec  laqnoUé  le  roi  Edonard  se  propose  de  recooqaérir  les 
proTinoes  qoe  l'Angleterre  possédaili  en  France» 

—Je  sais  parfaitement j  répondit  Pbilipsont  que  rien  Jie  pour- 
rait être  û  populaire  en  mon  pays  cpi'une  inyasion  en  .France ,  jetL 
une  tentatÎTeponr  recouyrer  la  Normandie,,  le  JHaine  et  la  Gas- 
cogne  I  anciens  iqpainages  de  la  coorcome  d'Angleterre.  Mais  je 
iloQte  beaucoup  ^e  Jl'naarpateiir  Toloptaoax  qoi  prend  le  titre  de 
roi  puisse  compter  snr  le  seconrs  du  eiel  pour  réussir  dans  nne 
paràUe  entreprise.  Edouard  JY  estluraye  jsans  doate;  il  a  gagne 
tontes  les  batailles  dans  lesgaelles  il  a  tiré  l'épée^  et  le  nombre 
n'en  est  pas  pea  considérable  ;  mais ,  depuis  qn'il  a  atteint ,  ,par  on 
diemin  ensanglanté  »  le  but  de  son  ambitiQ^y  on  ji'a  plus  tvl  en 
Im  qn'mi  débauché  liyré  anx  plaisirs  des  sens,  an  lien  d'im  yaU- 
lant  chevalier  ;  je  crois  qne  la  chance  de  reconyrer  les  beaux  do- 
ives qae  l'Angleterre  aperdns  pendant  les  dernières  guerres  d- 
^es  exdtées  par  sa  maison  ambitieuse  y  ne  sera  pas.mâme^ur  lai 
wtentation  suffisante  pour  le  décider  à  qnUteir  son  lit  Toluplueuz 
de  Londres,  ses  drap^  de  soie,  ses  oreillers  de  duvet ,  et  les  sons  lan* 
gonieoxda  luth  qui  appelle  pour  lui  le  sommeil ,  et  à  aller  coucher 
snrladnreen  France ,  pour  être  éveillé  par  le  son  des  trompettes 
donnant  Valarme. 

— Tant  mieux  pour  novs,  ai  cda  est  sàa^i,  répliqua  le  Landam- 
iBan;car,  siFAngleterreetla  Bourgogne  démembraient  la  France, 
conune  cela  est  presque  arrivé  du  temps  de  nos  pètes ,  le  duc 
^iesanrait  alors  tout  lé  loisir  de  faire  tomber  sur  notre  Gon- 
^dération  la  vengeance  qu'il  nolinût  depuis  si  long-temps. 

Tout  en  conversant  de  cette  manière,  ils  se  trouvèrent  sur  la 
peloiHe  en  fàoe  de  la  -maison  de  Biederman;  et  aux  exercices  de 
<^rps  qui  avaient  d'abord  eu  lieu  avait  succédé  une  danse  à  laquelle 
prenaient  part  les  jeunes  gens  des  deu;x  sexes,  Anne.de  Geierstein 
et  le  jemie  étranger  étaient  à  la  tête  des  danseurs;  c'était  un 
arrangement .asaez  naturel,  puis^ae  l-Ai^é^.un étx9X^t,  et-qne 
Vautre  représentait  JUumaîtres^  de  la  jua^op*  ÛQpiQiidwt  Je  Lan- 


80  CHARLES  LE;  TÉMÉRAIRE. 

damman  et  Philipson  se  jetèrent  nn  coup  d'oeil^  comme  si  cette 
circonstance  leur  eût  rappelé  une  partie  de  la  conversation  qu'ils 
venaient  d'avoir.  ' 

Mais  dès  que  £on  oncle  et  le  vieux  marchand  furent  de  retoar^ 
Anne  saisit  la  première  pause  qui  eut  lieu,  pour  se  retirer  de  la 
danse. .Elle  s'approcha  de  son  oncle,  le  prit  à  part,  et  lui  parla 
comme  si  elle  lui  eût  rendu  compte  des  affaires  intérieures  de  la 
maison  dont  elle  était  chargée.  Philipson  remarqua  que  son  hôte 
écoutait  sa  nièce  d'un  air  sérieux  et  attentif,  et  que,  lui  faisant  un 
signe  de  tête,  avec  sa  manière  franche,  il  semblait  lui  promettre 
de  prendre  en  considération  ce  qu'elle  venait  de  lui  dire. 

On  ne  tarda  pas  à  avertir  toute  la  famille  que  le  souper  était 
servi.  Il  consistait  principalement  en  excellent  poisson  péché  dans 
les  rivières  et  les  lacs  des  environs.  Une  grande  coupe  contenant 
ce  qu'on  appelait  sHlaf-trank,  c'est-à-dire  le  breuvage  du  som- 
meil, fit  ensuite  le  tour  de  la  table.  Le  maître  de  la  maison  en  but 
le  iprëmier,  sa  nièce  y  mouilla  ses  lèvres  y  on  la  présenta  ensuite 
aux  deux  étrangers,  et  elle  fat  vidée  par  le  reste  de  la  compagnie. 
Telle  était  alors  la  sobriété  des  Suisses;  mais  les  choses  changèrent 
bien  par  la^uite,  quand  ils  curent  plus  de  relations  avec  des  na- 
tions plus  adonnées  au  luxe.  Oh  conduisit  les  étrangers  dans  leur 
appartement,  où  Philipson  et  Arthur  occupèrent  le  même  lit ,  et 
tous  les  habitans  de  la  maison  ne  tardèrent  pas  à  être  ensevelis 
d^s  un  profond  repos. 


CHAPITRE  VI. 


Notre  combat  sera  celai  de  deax  torreçs  » 

Oa  de  deux  Tenu  partis  de  deux  points  dlfferens  :   ^ 

Noos  serons  denx  bûchers  »  dont  la  flamme  ennemie 

Pour  8'entre*dévorer  s'âance  avec  furie.  — 

Quand  im  démon  Tondrait,  pour  souffler  la  terreur» 

Des  élémens  en  guerre  exciter  la- fureur, 

L'bomme  dans  son  coarroax  eët  encor  plus  terrible. 

'     Fauaui^ 


Le  plus  âgé  dç  nos  denx  voyageurs,  quoique  vigoureux  et  habitué 
à  la  fatigue;  dormit  profondément  et  plus  long-temps  que  de  cou* 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  81 

tome,  le  matin da joar  qui  commençait  alors  à  paraître;  mais  son 
fils  Arthar  avait  l'esprit  occupé  d'mie  idée  qui  interrompit  son 
repos  même  avant  la  En  de  la  nuit. 

,  La  rencontre  qui  devait  avoir  lien  entre  Ini  et  le  hardi  Bernois, 

homme  d'élite  parmi  une  race  de  guerriers  renommés,  était  un 

engagement  qui ,  d'après  l'opinion  de  l'époque  où  il  vivait ,  ne  de- 

jait  pas  se  différer,  et  auquel  on  ne  pouvait  manquer.  II  se  leva, 

en  prenant  tontes  les  précautions  possibles  pour  ne  pas  éveUler  son 

père,  quoique  cette  circonstance  n'eût  pn  donner  aucun  soupçon  à 

celui-ci,  qai  savait  que  son  fils  était  accoutumé  de  se  lever  de  bonne 

heore  poar  veiller  aux  préparatifs  du  départ,  voir  si  le  guide  était 

prêt,  si  la  mule  arait  eu  sa  pt'ovende ,  en  un>mot  pour  s'occuper 

de  tous  les  détails  qui  auraient  pu  donner  quelque  embarras  à  son 

}ère.i!ilais  le  vieillard,  fatigué  de  l'exercice  dç  la  veiHe,  dormait, 

comme  noua  l'avons  dit,  plus  profondément  que  de  coutume;  et 

Arthar,  s'étant  armé  de  sa  bonne  lame,*  se  rendit  sur  la  pelousie  en 

bœde  la  maison»du  Landam^an,  par  une  belle  matinée  d'automne 

dans  les  montagnes  de  la  Suisse.  ^ 

Le  soleil  allait  alors  frapper  de  son  premier  rayoti  le  sommet  dn 
colosse. le^plus- gigantesque  de  cette  race  de  Titans  alpins,  quoique 
Tombre  couvrit  encore  l'herbe,  qui,  en  craquant  sous  les  pieds  da 
jeime homme, -indiquait  une  légère  gelée.  Mais  Arthur  n'accorda 
pas  mi  seul  regard  au  paysage  d'alentour,  quelques  attraits  qu'il 
offirit  au  moment  où  le  premier  rayon  du  soleil  allait  le  faire  briller 
de  Umt  son  éclat.  Il  ajusta  le  ceinturon  auquel  était  suspendue  son 
^,  et  il  n'avait  encore  fait  que  quelques  pas  vers  le  lieu  du 
re&dez-^ous,  qu'il  avait  déjà  serré  la  boucle  du  fourreau. 

Citait  aussi  la  coutume,,  dans  ce  siècle  militaire,  de  regarder  ub 
iéû  accepté  comme  un  engagement  sacré,  l'emportant  sur  tous 
ceox  qui  auraient  pu  être  contractés  antérieurement.  Quelque 
ftndment  secret  de  répugnance  que  la  nature  pût  opposer  aux 
ordres  de  la. mode,  il  fallait  l'étouffer,  et  le  champion  devait  se 
leadre  sur  le  lieu  désigné,  d'un  pas  aqçài  teste  et  aussi  dégagé  que 
i'il  e&t  été  à  une  noce.  Je  ne  puis  dire  si  ^nhurPhilipson  éproi;- 
Tait  cette  ardeur,  mais,*dana  le  ca»  contraire,  spp  w  ^^  ^  4ém^r ç^ 
gardaient  bien  le  seeret. 

Ayant  traversé  à  la  hâte  les  champs  et  les  bosquets  qui  s^pà- 
Iraient  la  denieure  dn  Landamman  du  vieux  château  de  Geierstein, 
Centra  dans  la  cour  nar  le  côté  opposé  au  iorrent>  et  presque  au 

6 


82  CHÀRLllS  Lte  TÉMÉRAIRE. 

inême  instant  son  antagoniste»  d'une  taille  gigantesque,  et  qpi,  à  la 
lumière  encore  pâle  du  matin,  pai'aissait  même  plus  grand  et  plus 
robuste  ^'il  ne  l'avait  paru  la  soirée  précédente,  se  montra  sur 
les  pierres  qui  servaient  de  pont  pour  traverser  la  rivière,  étant 
venu  à  Geierstein  par  un  autre  clieinin  que  celui  que  l'Anglais 
avait  ^ivi. 

Le  jeune  Bernois  portait  une  de  'ces  énormes  épées  dont  la  làtne 
avait  cinq  pieds  de  longueur,  et  qu'on  appelait  épée  à  deux  maiûs, 
parce  qu^il  fallait  employer  les  deux  mains  pour  là  Inanier.  Oh 
s'en  servait  presque  universellement  éh  Suisse,  ca^,  indépendam- 
Inent  de  Fétfat  que  de  tdles  armes  produisaient  sur  l'armure  des 
hotnmes  d'ariùes  allemands,  impénétrable  pour  des  glaives  plus 
légers ,  elles  convenaient  parfaiten^ent  pour  défetidre  les  défilés 
Ses  montagnes;  la  force  ét.l'agilité  de  ceux  qui  les  portaient,  pér* 
mettaient  aux  combattans  de  s'en  servir  utilement  et  avec  beau- 
coup d'adresse ,  malgré  lelir, poids  et  leur  longueur.  Un  de  ces 
glaives  gigantesques  était  suspendu  au  cou  de  Rodolphe,  de  manière 
^e  la  pointe  lui  battait  sur  les  talons,  et  que  la  poignée  s^élev^ît 
sur  son  épaule  gauche ,  bien  au-dessus  de  sa  tête  ;  il  eu 'portait  en 
main  un  second.  .         , 

-^  Tu  es  exact,  cria-t-il  à  Arthur  d'nhe  voix  qui  se  fit  entendre 
distinctement  au  milieu  du  tumulte  assourdissant  de  la  chute  d'eau  ; 
mais  je  me  doutais  qtie'tu  arriverais  ici  sans  épée  à  detùcli^ains,  et 
je  t'ai  iipporté  celle  de  mon  coiisin  Ernesti  A  ces  inots  ^  'il  jeta  par 
terre  devant  Arthur  l'épée  qu'il  tenait  eh  main,  la  poigttée  dirigée 
du  côté  du  jeune  Anglais.  — Etranger,  songé  à  ne  |)as  déishphorer 
ce  fbr,  ajbuta-t-il ,  car  Ernest  ne  me  le  pafdotmëi^t  jamais.  Si  tu 
préfères  le  mien,  je  le  laisse  le^  choix. 

X' Anglais  regarda  cette  arme  avec  quelcpe  l^tii^Hse  ,'car  il  ne 
savait  pas  s'en  servir. 

—  Dans  tous  les  'pays  où  Yciù  totanatt  les  loîls  iîe  IHiohnetrr,  té- 
pondit-il>  celui  qîii  est  âéfié  a  le  choix  des  aïines. 

— "Celui *qui "combat  sur  une  mohtagûede  la  Stiisse  doit  com- 
battre avec  une  arme  suisse^  répli^a'Rôdx^ljihë.  C!rois«tn  que -nos 
'mainis  soient  faites  p  ottr  manier  vxi  canif?  '  '  .      ' 

— Et  les  nôtres  ne  le  sont  pas  pour  marier  tiiféfattx,  dit  Arthto. 
Et  lont  ^n  rcgsnbiut  l'énorme  épéê  qôe  le  Suisse'  persistait  à  lui 
^affrir,'îl  HiQnuara  ei^triei  ses  dents ,  trlUfn  Hùn^ha9êï>  :  je  n^  cono^is 
jpas  4e  sii9iittmeBt  de  celte  amo. 


.GHAIHJfS  ÎLE  TEHÉRAIRB.  M 

— XefqM»ta  da  ■imrriirf  unfi  fii  mu  frit?  li'ilnrii  In  fniiiiiii ,  m 
oda  est  y  ayoae  ta  lâcheté .  et  va-t'en  sans  mn  craiaiBe.  Paite 
dnreHeiit ,  aa  liea  de  oraekeip  du  'btoi  ootanw  lUi  «krc  o«  nn 
■oÎBtoiwswré*  ^ 

— N«n  yjenne  cKP^gneJHaaXi  r^pottdît  PAnglMt,  je  ne  t^  dtanaie 
napB  qaartkrl  Je  penaiâs  aeia^emést  à  «•  eoMbnt  iqni  a  en  liM 
entre  nn  jeune  berger  et  nnféanti  etdnnsteqnel'nien  aocoida  la 
TOtiire  à  eehiidont  «les  armée  étaienl  eneore  f^  inégnkft  qne  ke 
■Bcnaes.  Je  combattrai  conme  tti  me  veii.  lien  ipéa^me  enifea» 
ccMnine  elle  m'a  déjà  snfi  pins  d'une  laie. 

—  Soit  1  reprit  le  montagnard ,  mais  tiMi'as  pas  ie  dpoil  de  me 
Aire  ancnn  reproche ,  pnisqne  je  t'ai  oitsrtégalilé  d'armes.  Et 
nsiatenanl ,  écente-moi.  Notre  «ômbat  est  nn  combat  À  mett;  le 
irait  de  oe  torretat  est  le  glas  de  la  «doohe  fànèbte  ponr  l'nn  de 

aois..fl  y  a  long^tsemps  qn'il  n'aenlendu-le  bmit  des  armes. 

fte(^ude4e  bien ,  oar'isi  tnenooembesy^je  jetterai  .Um  oerps  dans 


^Et  si^e  suis  vainqnear,  Smaie  tHrgœillenXy  répondit  AHhnr, 
«tîeeompte  qne  ta  présomption  teoendinra  à  tft  p^te,  je  te  ienn 
«Bterrer  dans  l'église  d'Einsiedlea,  tet  je  ierai  dire  des  «nsses  peur 
lempos 4e ton  imie;  ton  tSpée  «era  placée s«r4on  tombeau,  et nne 
ÎBscription  dira  âox  passans  :  —  Qirgtt  un  enisen  de  Berne  tné 
^  Ârtbnr  FAngla&. 

— La  Suisse  ne  manqne  pas  de  montagnes ,  dit  ftodoljfdie  a^ee 
MaÎD,  mais  il  ne  s'y  tnm^iepas  une  pierre  snr  laquelle  ta  puisses 
^^er  cette  inscription.  Prépare^toi  ati  cémi^at. 

ànbar  jeta  nn  coup  if  œil  a^rec  calme  et  réileaion  sur  le  lien  qui 
dlaitétre  le  théâtre  de  oombat.  On  sait  qne  c'était  ane  grande 
<mr,danslnfaelieétaient  desamas  dernineîs  plns«on  mm»  c<m8i« 
dénblesy  et  dispersés  çà  ^t  là» 

*-  Mme  semble,  se  dMl  à  Jm^mèmè,  qu'on  homme  qui  connatt 
Mm  arme,  qnl  a'apaa  oubUié  tosînatrnotioiis  qu'il  a  reçneu  de  Bot- 
tafoRuade  Flckreaee,  qm  a  leioseor  pmr,  ubk  benne  tanne 9  et  la 
liaia  ferme,  ^peUt  Ukin  «ne  pas  qraindre  deuL^neAi  d^acier  de  ]dns 
daoïs 'la  main  de  son  ennemi. 

Tout  en  fusant  eee  réflexions,  «eten  gm^ant  dans  son  esprte, 
ansnbîen  que  le «mômeitt  lepermettak^  les  loodités  dont  il |mni* 
Tait  titer  qndqne  ânranmge  ipendmit  le  cismbaty  II  prit  pesition  aa 
inSîeade  h  eour^^'Oftpsil  en  eet  endroit  nn  espace  qui  m'était 

'        >  '6. 


84  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

pas  embarras^  de  décombres^  et,  jetant  a  bas  son  manteaui  il  tira 
son  ëpée  da  fonrrèaa. 

Rodolphe  avait  d'abord  cru  que  son  antagoniste  était  nn  jeune 
efféminé  à  qui  il  ferait  mordre  la  poussière  du  premier  coup  de  sa 
lame  redoutable.  Mai^  l'attitude  ferme  et  attentive  que  prit  Arthur 
fit  songer  le  Suisse  à  quelque  désavantage  que  pouvait  lui  donner 
une  arme  difficile  à  mapier,  et  il  résolut  d^éviter  \out(Q  précipita-^ 
tion  qui*  pourrait  offrir  une  occasion  favorable  à  un  ennem?  qui 
paraissait  aussi  déterminé  que  prudent.  II  tira  du  fourreau  son 
énorme  épée  par*dessus  spn  épaule  gauche,  <^pation  qui  exigea 
quelque  temps,  et  qui  aurait  donné  à  son  antagoniste  un  avantage 
redoutable  si' les  sentimens  d'hoqneur  d'Arthur  lui  eus^nt  permis 
de  commencer  l'attaque,  avant  que  son  ennemi  fût  en  défense. 
L'Anglais  (resta  fermé  dans  sa  position  jnsqu'àu  moment  où  jie 
Suisse,  faisant  briller,  sa  lame  aux  rayons  du  soleil,  là  brandit  trois 
ou  quatre  fois ,  comme  pour  en  montrer  le  poids  et  prouver  là  fa- 
cilité avec  laquelle  il  la  maniait.  Alors  il  se  tint  ferme,  à  portée  du 
fer  de  son  adversaire ,  tenant  son  arme  des  deux  mains ,  un  peii  en 
avant  de  son  corps ,  et  la  pointe  dirigée  en'haut.  Arthur,  au  con- 
traire, tenait  son  arme  de  la  m^n  droite  dans  ^ne  position  hori- 
zontale, à  la  hauteur  d^  sa  tête,  de  manière  à  être  prêt,  soitii  parer, 
soit  à  frapper  d'estoc  ou  de  taille. 

—  Frappe  donc.  Anglais  I  dit  le  Suisselaprès  qu'ils  furent  restés 
ainsi  en  face  l'un  de  Pautre  environ  une  minute. 

—  C'est  an  fer  le  plus  long  à  frapper  le  premier^  r^ondit 
Arthur.  \     \ 

A  peine  avait-il ^ prononcé  ce  mot,  que  l'épéç  de  Rodolphe  se 
leva  et  descendit  avec  une  rapidité  qui,  vu  le  poids  et  la  longueur 
de  celte  arme,  paraissait  effrayante.  Nulle  parade,  quelque  adroite 
qu'elle  eût  été,  n'aurait  pu  empêcher  la  chute  terrible  de  cette 
lame  pesante  dont  le  Beniois  avait  espéré*  qu'un  seul  coup  serait 
le  commencement  et  la  iSin  du  combat.  Mais  le  jeune  Philipson 
n'avait  pas  compté  en  vain  sur  la  justesse  de  son  coup  d'oeil  et  sur 
l'agilité  de  ses  membres.  Avant  que  le  glaive  eût  eu  le  temps  de 
descendre,  un  saut  léger  fait  de  côté  le  mit  à  l'abri  de  ce  coup 
formidable;  et  avant  que  le  Suisse  eût  pu  relever  son  épée,  il  le 
blessa  au  bras  gauche,  quoique  très  légèrement.  Courroucé  de 
cette  blessure,  et  surtout  de  u'avojrpas  mieux  réussi,  le  Bernois 
leva  json  épée  une  sec  onde  fois,et  employant  une  force  qui  répon- 


CaiARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  85 

dail  à  son  armey  il  porta  à  son  adversaire  nne  suite  de  coups  de 
taille  et  d'estoc,  de  haut  «n  bas,  de  bas  en  haut  et  des  deniL  c&xiSf 
ayec  tant  de  viTacilé,  qu^ Arthur  eut  besoili  de  toute  son  adresse 
pour  étitér,  comparant,  en  sautant,  en  se  penchant  à  droite  ou  à 
ganphe,  lui  oi:agp  dont  chaque  coup  semblait  suffisant  pour  fendre 
un  rocher-  Le  jeune  Anglais  fut  même  obligé  de  rompre  la  mesure 
de  son  ennemi >  en  faisant  quelques  pas  tant6t  de  côté,  tantôt  en 
arrière,   et  quelquefois  en  prenant   position  derrière  quelques 
raines.  Mais  pendant  tout  ce  temps  il  attendait  ayec  le  plus  grand 
sang^froid  que  les  forces  de  son  ennemi  furieux  commençassent  à 
^é(Hiiaer,  ou  qu'un  coup  porté  imprudemment  lui  fournît  f  occa- 
âoa  de  l'attaquer  à  son  tour  ayec  avantage.  iGette  occasion  se  pré- 
senta, car,  en  portant  un  coup  avec  fureur,  le  3tiisse  heurta  du 
pied  une  pierre ,  et  avant  quîl  eût  le  temps  de  'se  remettre  en 
garde,  il  reçut  sur  la  tète  un  coup  terrible,  qui  aurait  pu  avoir  des 
«ntes  fatales  si  sa  toque  n'eût  été  garnie  d'une  doublure  d'excellent 
acier.  H  ne  fut  donc  pas  blessé,  et  se  redressant  de  toute  sa  hau- 
teur, il  reno9vela  le  combat  avec  la  même  fureur,  quoique  Arthur 
crût  remarquer  qi^il  respirait  plus  péniblement,  et  qu'il  pott^t  ses 
^nps  avec  plus  de  circonspection. 

Ils  combattaient  avec  une  fortune  égale,  quand  une  Voix  sévère^ 

se  faisant  entendre  au-dessus  du  cliquetis  des  lames. et  des  mugis* 

semens  du  torrent,  s'écria  d'un  ton  imposant  :  —  A  bas  les  armes 

àRnstantl, 

Us  deux  combattans  baissèrent  aussitôt  la  pointe  de  leurs 

^P^,  n'étant  peut-être  tâchés  ni  l'un  ni  l'autre  de  l'interruption 

apportée  à  un  combat  qui,  sans  cela,  né  se  serait  probablement 

terminé  que  par  la  mort  de  l'un  d'eux.  lU  tournèrent  la  tète  du  côté 

OU  la  voix  était  partie,  et  virent  le  Landamman  s'avancer  vers 

^,  le  front  et  les  sourcils  annonçantle  courroux. 

—  Comment,  jeunes  gens  !  s'écria*t-il,  vous  êtes  les  hôtes  d'Ar^ 
oold  Biederman,  et  vous  déshonorez  èsl  maison  par  des  actes  de 
violence  qui  conviendraient  mieux  aux  loups  des  montaghes  qu'a 
des  êtres  que  le  Créateur  a.fprmésji  son  image ,  et  auxquels  il  a 
donné  un,e  ame  immortelle  qu'ils  doivent  sauver  par  le  repentir 
et  la  pénitence  I  .  . 

--  Arthur,  dit  à  SQn  fils  lé  vieux  Philipson,  .qui  était  arrivé 
ftvec  le  Laodàmman,  que  signifie  cette  frénésie?  Les  devoirs  que 
tous  avez  à  remplir  tous  paraissentJls  assez  légers,  assez  peu 


M  G^ARLBS  LE  TÉMERMRB. 

ittportâiiè.fMr  VMS luMcr le feinr de  tow qkertUegd àe "Vdiii 
hêtciw  aTeo  le  ptcaûcr  r(utre  fnbfirbn  et  Air  f»  wos  psavez 
reneMtrer?^ 

Les  jettncB  genfty^oni  fc  coHièiii  amt.cM0é,à  Painri^  de  c« 
tpeciaieiirt  inaltencla»,  S6  xegMrdaîinitFQnl^aÉitre»  cbacimd^cBK 
•fifpvyé  ^  Mft  éprfto. 

—  Rodolphe  ï)oiiii«riiti|9el  ,^  èil  le  Lmdaioitiuaiy  doBnewoi  Um 
^pée,  à  moi^'pcioiNri^uarede  ce  tenaiO)  chef  é»  eelt»  finnille^  pr» 
ftMer  magiairae  d«  ee  caAMi* 

'^-*'£l  ce  qui  est  encone  phtt ,  répeii£t  Rêdfolplie  ayec  sovnb- 
momày  à  Tow  qm  êtes  Arnold  BiederÀaiiy  àt'erdre^oqfuél  toiw  les 
kabitaos  de  cm  moatagnet tarent  lears  épëead^tfoarrean,  ou  lesy 
faut  rentrer. 

Il  r^il  60»^  ait  LandànÉiaii'. 

-^  Sur  naparoky  dk  Arnold,  c'«at  cdie  stvec  laquelle  ton  père 
eembattit  à  glotwfesement  à  Senpack,  à  côté  de  Fillustre  de  Wii». 
kdiied..  C'est  ai|tt,lHMitÉ  de  Yacwr  tirée  contre  un  étiranger  qm. 
re^t  de  noàa  l^faeepîlsdité.  £t  toqs,  jeune  bonsMe»  €ontkiiia-«41 
ea  èe  tenant  ^ers  Arcfamr, «--niais  phîlipSon  l'interrompit  en 
disant  à  son  fils  :  -r-A)on  fils, .remettes  velre  épée  au  Landamman.  * 

r-  Ceàt  itttttilè ,  Monsiear,  r^ondk  Artber  :  car,  qoant  à  moi, 
Î0  regarde  notre  ipierelledmime  tetwnée.  Ge  jeanekemme  plein 
de  bniTOtire  m'a  appcM  m»>  à^  ce  qne  je  présome,  powr  faire  l'essai 
de  mon  courage  :  je  rends  justice  complète  à  sa  yaleinr  et  à  soa 
iNdâleté,  et  je  me-  flatte  qn'ii  n'a  rien  à  dire  qoi  puisse  me  bire 
toùgir  •  Je  crois  qoe  notre  combat  à  duré  assez  lengHemps  ponr  le 
nijOtif  qui  y  ayait  donné  Uea. ,  * 

-7-  Trop  long^eaips  ponr  moi,  dit  Rodolphe  arec  nu  ton  de  fira»* 
dâse  ;  la  manche  Tjsrte  de  mon  habit  I  couleinr  que  j'ai  choisie  par 
affection  pour  les  Gauftoms  des  Forêts,  est  doYOïae  aassi  cramoisie 
qoTanrait  pu  la  rendre  le  meilleur  teinturier  d'Ypres  et  de  Gcuad. 
Mais  je  pardonne  de  bon  cœur  à  l'étranger  qui  a  fait  cette  méta- 
aioriÂose  ;  il  m'a  donné  une  leçon  que  je  n^oublierai  pas  très 
j^romptenuâtt.  $i  tons  lés  Anglais  avaient  ressemblé  à  TOjtre  hôte, 
non  digne  parent,  je  crois  qup  le  montîcnle  dé  Bnttiaholz  ne  se 
serait  pas  élevé  si  haut. 

-^Cousin  Rodolphe ,  dit  leLandâmman  dont  le  firent  commença 
&  se  éénder  tandis  que  le  Bernois  parlait  ainsi,  je  vous  ai  toujours 
regardé  comme  étant  aussi  généreux  que  vous  êtes  étourdi  «t  que- 


OUn^fS  LE  TÉlt^f^lRC.  87 

relieur  ;  et  iro^s,,  |nOB  jei^ie  h^te^  tqus  {U>uvea(  comj^r  que  quioid 
unSaisse  dit  que  la  querelle  e^t  terminée,  elle  ne  se  renouyellera 
jamais.  Nous,  ùe  sonnées  pas  cpmme  les  habitans  des  yallées  da 
cftté  de  l'Oriept^  qui  nourrissent  la  vengeance  dans  leur  sein 
comme  un  enfant  favori-  Allons,  donnez-vous  là  main  ,  mes  en- 
bm^  et  que  cette  30tte  querelle  soit  o^ibliéeJ 

^  Voici  ma  ma^i,  |>rave  étranger,  dit  Donnerhogel;  vous 

venez  de  me  donner  une  leçon  d'escrime  ;  quand  nous  aurons  dé* 

jeni\é,  nous  irons  faire  un  tour  dans  la  forêt,  si  cela  voj^s  convient, 

et  je  tâcherai  de  vous  en  donner  une  dans  l'art  de  la  chasse.  Quand 

votre  pied  apra  acquis  la  moitié  de  l'expérience  qu'a  vo^re  main^ 

et  que  votre  œil  aura  gagné  une  partie  de  la  fermeté  de  votre  cœvar, 

il  né  se  trouvera  guère  de'chasseurs  qu'on  puisse  vous  comparer. 

Arthur,  avec  toute  la  GODfiance  de  la  jeunesse,  accepta  une  pr(v 

position  qui  était  faite  d'un  ton  si  franc  ;  et  tout  en  retournant  à 

la  maison ,  ils  se  mirent  à  causer  sur  la' chasse ,  avec  autant  de  cor- 

£alité  que  s'ils  avaient  toujours  été  les  meilleurs  amis  du  monde» 

•^  Voilà  coi)%me  cela  doit  être ,  'dit  le  Landamman.  Je  suis  tow 

jours  disposé  à  pardonner  à  la  .fqugu^  impétueuse  de'  nos  jeunes 

^s,  pourvu  qu'ils  soient  francs  «et  sincères  en  se  réconciliant , 

et  qu'ils  aient  le  cœur  sur  Tes  lèvres^ ,  comme  doit  l'avoir  un  vrai 

Suisse. 

—  Quoi  qu'il  en  çoit ,  dit  Philipson ,  ces  deux  jeunes  fous  auraient 
paËdre  de  mauvaise  besQgne  ^  si  vous  n'aviez  appris  leur  rendez- 
vous,  inon  digiie  bote,  et  si  vous  ne  m'aviez  appelé  pour  vous 
aidera  interrompre  leurs  projets.  Puis<je  vous  demander  comment 
vous  en  avez  été  instruit? 

''  —-J'en  ai  été  ihrormé  par  ma  fée  domestique,  qui  semble  née 
fPUT  le  bonheur  de  toute  ma  famille,  répondit  Biedei*man;  c'est- 
a-dirc  par  ma  nièce  Atine ,  qui  avait  vu  ces  deux  braves  échanger 
lears  gants,  et  qui  avait  entendu  les  mots^  Geierstein  et  lever  du 
soleiL  Qhl  Monsieur»  on' n'a  pas  d'idée  de  la  vivacité  de  l'intelli- 
gence d'une  femme!  Il  se  serait  passé  bien  du  temps  avant  qu'an- 
con  de  mes  fils  à  tête  dure  eût  conçu  un  pareil  soupçon. 
^i  —  Je  crob  que  j'aperçois  notre  aimable  protectrice  qui  nous 
regarde  dû  haut  de  cette  éminence ,  dit  Philipson  ;  mais  on  dirait 
qu'elle  désire  nous  voiir  sans  être  vue. 

—  Oui ,  dît  le  Landamman  ;  elle  cherche  à  s'assurer  qu'il  n'est 
^vé  aucun  malheur.  Et  maintenant  je  réponds  qi;e  la  jeune  folle 


88  CHARLES  UE  TÉMÉRAIRE. 

est  honteuse  d'avoir  montré  nn  degré  d^intérêt  si  louable  dans  une 
pareille  affaire. 

—  Je  serais  charmé  de  tsive,  en  votre  prés^ice  ^  mes  remercie- 
mens'  à  une-  aimable  jeune  personne  à  qui  j'ai  de  si  grandes  obli- 
gations, reprit  l'Anglais.    . 

^-  Il  n'y  à  rieade  tel  que  le  moment  présent;  dit  le  Landam-^ 
man.  Et  il.  prononça  le  nom  d'Anne  de  Geierstein  avec  ce  ton  ou 
plutôt  ce  cri  perçant  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

Comme  Philipson  l'avait  remarqué,  Anne  s'était  postée  sur  une 
hauteur  à  ^elque distance,  bien  cachée ,  à  ce  qu'elle  croyait ,  der- 
rière  un  buisson.  Elle  tressaillit  en  entendant  la  voix  de  son  oncle, 
mais  elle  «e  rendit  sUr-le-champ  à  son  ordre;  et  évitant  lés  deux 
jeunes  gens  qui  inarchaienten  avant ,  elle  prit  un  sentier  détourné 
pour  aller  joindre  le  Landamman  et  Philipson. 

7-  Mon  digne  ami  désire  vous  parler,  Anne ,  dit  Biederman  à  sa 
nièce  après  qu'ib  se  farent  dit  bonjour,  car  ils  ne  s'étaient  pas  en- 
core vus  de  la  matinée  Les  joues  et  même  le  front  de  la  jeune 
Helvétienne  se  couvrirent  de  rougeur,  tandis  que  Philipson,  avec 
une  grâce  qui  semblait  au-dessus  He  sa  profession,  lui  disait  ce  qui 
suit: 

—  Il  nous  arrive  quelquefois,  à  nous  autres  marchands,  ma 
jeune  et  belle  amie,  d'être  assez  malheureux  pour  ne  pas  avoir  Iç 
moyen  de  payer  nos  dettes  sur-le-ehamp  ;  mais  nous  regardons 
avec  raison  comme  le  plus  vil  dés  hommes  celui  qui  ne  tes  recon- 
naît pas.  Recevez  donc  les  remerciemens  d'un  père  dont  le  fils  a 
dû  la  vie  hier  à  votre  courage ,  et  vient  d'être  tiré  en  ce  moment 
d'un  grand  danger  par  votre  prudence,  ^e  me  mortifiez  pas  en 
refusant  de  porter  ces  pcndans  d'dreilles,  ajouta«t-il  en  lui  pré- 
sentant un  petit  écrin  qu'il  ouvrit.  Ce  ne  sont  que  des  perles ,  à  la 
vérité,  mais  elles  ont  été  regardées  comme  n'étant  pas  indignes 
d'orner  les  oreilles  d'une  comtesse ,  et .  • . 

— -'Et  par  'conséquent,  dit  le  Landamman,  elles  seraient  dépla- 
cées à  celles  d'nnejeune  fille  dq  canton  d'Underwald;  car  ma  nièce 
Anne  n'est  pas  autre  chose^  tant  qu'elle  demeurera  dans  nos 
montagnes.  Il  me  semble,  maître  Philipson,  que  vous  avez  man>> 
que  de  jugement,  car  il  faut  proportionner  ses  présens  au  rang 
des  personnes  à  qui  on  les  destine  ;  d'ailleurs,  comme  marchand, 
vous  deviez  tous  rappeler  que  faire  de  grands  présens  c'est  le  ' 
moyen  de  rendre  les  profits  plus  petits.     .    / 


GHARLES  L£  TÉMÉRAIRE.  89 

. —  Pardon  »  mon  cher  hôte ,  répondit  l'Anglais  ;  mais  permettez- 
moi  de  Yoas  dire  ^que  j'ai  dp  moins  consulté  le  sentiment  profond 
delà  reconnaissance  gue  j'éprbuTe  ;  et  j*ai  choisi ,  parmi  les  objets 
qui  sont  à  ma  libre  disposition ,  ce  que  j'ai  jugé  ponToir  mienx 
l'exprimer.  Je  me  flatte  qu'un  hftte  que  j'ai  trouvé  jusqu'à  présent 
si  plein  de  bonté  n'empêchera  pas  sa  nièce  d'accepter  ce  qui  du 
moins  ne  messiéra  point  au  rang  pour  lequel  elle>est  née.  Vous  me 
jugeriez  mal  si  yo'us  pensiez  que  je  suis  capable  de  tous  Caire  in- 
jure/on  de  me  nuire  à  moi-même»  en  offirant  un  gage  de  ma  gra- 
titude qui  serait  au-dessus  de  mes  moyens. 
Le  Landamm^  prit  l'écrin  des  mains  du  marchand. 

—  Je  me  suis  toujours  éleyé ,  dit-il ,  contre  la  mode  de  ces  bijoux 
coûteux ,  qtà.  chaque  jour  nous  éloignent  de  plus  en  plus  de  la  sim-- 
plidté  de  nos  pères.  Et  cependant ,  ajouta-t-il  en  souriant  ayec  un 
air  de  bonne  humeur»  et  en  approchant  une  des  boucles  d'oreillés 
delà  joue  de  sa  nièce,  cet  ornement  lai  sied  à  merveille  »  et  l'on 
dit  qu'une  jeune  fille  trouve  plus  de  plaisir  à  porter  de  pareils 
colifichets,  ^'un  homme  à  barbe  grise  ne  peut  le  comprendre. 
Ainsi»  ma  chère  Anne»  comme  vous  avez  mérité  plus  decon- 

'fiance  dans  des  affaires  plus  importantes»  je  laisse  entièrement  à 
votre  sagesse  le  soin  de  décider  si  vous  devez  accepter  le  riche 
présent  de  notre  ami  »  et  si  vous  devez  le  porter. 

-- Puisque  vous  me  laissez  tonte  liberté  à  cet  égard»  mxm  cher 
oack,  répondit  Anne  en  rougissant  »  j.e  ne  mortifierai  pas  un  hôte 
estimable»  en  refusant  ce  qu'il. me- presse  si  vivement  d'accepter  : 
mais,  «?ec  votre  permission  et  la  sienne»  je  consacrefai  ces  ma- 
gnifiques penduis  d'oreilles  à  Notre-Dame. d'Einsiedl^n,  en  té* 
moig^age  de  notre  reconnaissance  à  tous  pour  la  protection  qu'elle 
nous  a  accordée  pendant  les  terreurs  de  l'orage  d'hier»  et  pendant 
les  alarmes  causées  aujourd'hui  par  la  discorde. 

—  Par  Notre-Dame»  elle  parle  avec  bon  ^ns  »  s'écria  le  Lan- 
damman»  et  elle  fait  un.sage 'emploi  de  votre  présent  »' mon  cher 
hAte,  en  le  destinant  à  obtenir  des  prières  pour  votre  famille  et  la 
mienne,  et  pour  la*  pilix  dç  tout  le  canton  d'Uiiderwald.  Soyez 
tranquille  »  Anne  »  vous  aurez  un  coillier  de  jais  à  la  prochaine 
fêtedjB  la  tonte, des  montons»  si  les  totsons  se  Vendent  bien  au 
marché. 


CHAPITRE  VII. 


Colni  goi,  p^  1^  pM  I4  paix.  qn'«n.  li^  pn^fe  ^ 
Mérite  tons  les  maux  qn'alorsi*  guerr*  enrante; 
9l ,  piûcq«'à  l'amilié  ton  amç  çH  ««IV9  «Ç^^^* 
,Ta  t  annonces  toi-même  ennemi  de  la  pkix. 


LbTai 


La  coBÛs^noe  qi|i  régnait  entre  le  Landai^mi^n  et  le  mattchapd 
anglais  parât  ^'accroître  pendant  le  pçu  de  jom*s  qui  St'écoi^èrefit 
jqBqn'à  leur  départ  pour  ge  rendre  \  la  cour , de  Chafiea,  duc  de 
Bom^ogoe.  Il  a  d^t^  été  fait  allusion  à  l'état  de  l'Europe  f^t  à  cislui 
4e  la  Confédération  beli^tique  ;  mais  pour  faire  bien  (^ompi^^iodri^ 
liolm  hiatpir^  »  il  est  pefi^i^e  à  prqpo^  d'ep  tracer  ici  i^p  ^^(^ 
aperfp. 

.  Petidant  une  semaine  ^e  1^  vxijrageuts  passèrent  ^  Geiersteiii^ 
on  tint  plusieurs  diètes,  tant  des  cantons  des  villes  qi^e  de  çeiij^ 
des  forêts,  dan^  toptela  Cpnfédéradap,  Les  pren^ers, mécoi^en^ 
des  taxes  imposées  ^ur  leur  cpmmerce  p^  le  dlic  de  Bo^rgogne  » 
el  qui  dévoilaient  encore  pins  insupportables  par  suite  4^  a&tes 
de  violence  que  se  p^mettaient  les  agens  qu'il  employait  pour^et]^ 
oppression^  désiraient  ardemmentla  guerre,  c^ns  laquelle  ilaavaiepf 
trouvé  coastainment  jusqu'alors' viçipire  et  ricl^e^s.  pius^^or^ 
d'ontro  eux  y  étaîf nt  i^nssi  o^ité^  jBQns;  n^ftii)  par  les  larges^ç^  de 
Louis  3^1,  qui  n'épargnait  ni  l'pr  pi  les  intrigufssi  pour  anie^er  uno 
rupture  entre  ces  intrépidea-eonfiédé^és  e^  3Qn  ennemi  form^dablf^f 
Charles  le  TéméraipOp     *  . 

D'une tatre part,  i).parai|sai|  inipolitique  dç  la  part  d^  I^Suisse, 
pour  plusieurs  raisons ,  do  s'ongager  dan^  nne  guerre  cont.ro  im 
des  princes  les  plus  ridées ,  les  plus,  puissans  ot  les  plus  opiniâti^ 
de  l'Europe ,  car  tel  était  sano  contredit  Charles,  duc  de  Bonr* 
gogne,  sans  quelque  motif  bien  fort  qui  intéressât  son  honneur  0( 
son  indépendance.  Chaque  jonr  on  entendait  se  confirma  1^  a<^^* 
velle  qu'Edouard  IV,  roi  d'Angleterre,  avait  conclu  une  allianco 
étroite  et  intime,  ofiFensive  et  défensive»  avec  le  du(;  de  Bourgogne, 
et  que  le  projet  du  roi  anglais ,  renommé  par  ses  victoires  noin- 


OHAAUiS  LE  TÉMÉlUlliS.  M 

iveiifies^anr  k  mtMM  de  LyaiMwlre» mhU  À^lààmme^  ^mtoivoi 

foi,  i^ès  diiferem  revers,  kù  aTiiem  «btemft  la  poiMBiiiop  pai* 

siUe  da  irâoe»  élaii  da  iaive  talaîr  ses  dtaîla  sur  las  fgQ^me9$  de 

Ffanaaai  lofif-taaAf»k  doBkaiae  da  aaa  aocdiraa*  B  Mubbdl  ^pia 

cala  aaal  ipan^piât  à  sa  gkttre,  ai  qu'j^ani  vainoa  aaa  tvMfimA  im$ 

f ÎBi&kiur  da  sott  lA^,  U  soQgô&l  alon  à  reoaiMi^ 

fcécieuses  que  PAaglet^Tè  avait  perd^ies  soas  la  régna  da  laAte 

Hiuiry  YI  et  paa<^aiit  lea  giKnrrea  ciVfles  qui  déahiràvant  si  «raaUa- 

aMat  cai^aoïB/a  lorsdaadif  seasioiM  de  laKoia  Blancbeat  de  la  Rase 

Rooga.  Ob  savak  pmrtoat  qaa  toute  rAagleterre  regardait  la  parte 

dos  provinces  fraacaiaes  oonwne  ime  tache  iaiie  à  llioiiaeiir  natio* 

«1  y  et  que  noa-^eakMnent  la  noblesse  qui  avait  été  privée  dea  fiafr 

aeasidéraUes  qu'elle  possédait  en  Normaudie ,  éo  Gascogne»  daoa 

le  Maine  et  dans  l'Ai^oii  »  n^fr  toat  ca  qui  temait  à  la  prèfassioa  da^ 

«raies,  hadâtiié  à  aequérir  de  la  richesse  et  d^  renomiaée  am: 

iépeas  de  la  Francei  et  niâiiia  les  simplea  arcbeiçs ,  dont  les  ares 

ankat  si  sonvant  décidé  la  victoire,  étaient  aassi  einpresséa  da  se 

aecire  ëm  campagiw»  »  que  leor^  ancêtres  l^avaient  été  à  Créc^y,  à 

Poitiers  et  à  Axincpurt ,  de  suivre  lenr  souverain  sur  les  duunps 

de  bataille  awqùala  leurs  exploits  avaient  donn^  w  renpa»  inft 

ounteL 

LesnoBveUesles  plos  récentes  et  les  phis  anthentiqoea  aiuios- 

paient  qne  le  roi  d' Anglaterre  était  snr  le  point  de  passer  an'  Fraope 

ea personne,  invasion  iaoile^  puisqu'il  était  en  possession  de  Ga- 

bas,  avec  nue  arinée  plus  nombreuse  at  mieQX  discq^inée  i^pie  n^ 

\t  lai  Mwane  àfi  celles  qu'ûja  monoif  que  anglais  eût  jamais  coilduilaa 

dans  ee  royaume  ;  que  tous  les  préparatifs  d'hostilités  étaient  tai^ 

mÎQés  \  Q^Gtk  pouvait  atteadre  à  chaque  instant  l'arrivée  d^Edoowi^» 

al  qae  la  ooapératian  poissante  du  duc  de  Bourgogne,  et  FaideidNin 

grand  noaabre  d^e  seigneurs  fran^is^éconljens,  dans  les  proviiMHis 

4ai  avaient  été  si  long^tampa  soumises  à  la  domination  anglaise , 

frisaient  croire  que  l'issue  de  cette  guerre  serait  fatale  à  Louis  ^M» 

9^1qve  prudent^  quelque  sage  et  quelque  puissant  que  fût  qp 

prince. 

Dans  le  moment  ou  Charles,  dn(} de  Bourgogne,  formait  ainai 
une  alliance  contre  son  formidable  voisin,  contre  son  emieitii  hé- 
réditaire et  persoimal ,  une  sage  politique  aurait  dû  le  porter  à 
éviter  toute  cause  de  qm^elle  avec  la  Confédération  helvétique  « 
peuple  pauvre^  mais  belUqneux,  à  qui  dessu<^cs  réitérés  av^tent 


92  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

»  • 

déjà  appris  que  sooi  in&interie  intrépide  poayait^  quand  il  le  |àl« 
lait  y  combattre  avise  égalité  et  même  avec  avantage  la  fleur  de 
cette  chevalerie  qui  avait  été  considérée  jusqu'alors  comme  for- 
mant la  principate  force  des  années  européennes.  Mais  toutes  les 
mesures  de  Charles,  que  la  fortune  opposait  au  monarque  le  plus 
astucieux  et  le  plus  politique  de  son  temps ,  lui  étaient  dictées  par 
ses  passions  et  par  son  premier  mouvement,  plutôt  que  par  la  cou* 
sidéra tion  judicieuse  des  circonstances  dans  lesquelles  il  se  trou- 
vait. Hautain,  fier,  et  absolu  dans  ses  volontés^,  quoiqu'il  ne  man- 
quât ni  de  générosité  ni  d'honneur,  il  méprisait  et  haïssait  ces  viles 
associations  de  bergers  et  de  vachers,  unis  à  quelques  villes  qui 
devaient  principalement^leur  existence  au  commerce ,  et  au  lieu  de 
courtiser  les  Cantons  suisses,  comme  le  faisait  son  ennemi  plus 
adroit,  ou  du  moins  de  ne  leurdonner  aucun  prétexte  spécieux  de 
querelle,  il  ne  laissait  échapper  aucune  occasion  de  témoigner  le 
mépris  qu'il  avait  conçu  pour  leur  importance  toute  récente;  il 
laissait  percer  son  désir  secret  de  venger  tpnt  le  sang  noble  qu'ils 
avaient  répandu,  et  d'obtenir  une  compensation  pour  les  succès 
nombreux  qu'ils  avaient  remportés  sur  les  seigneurs  féodaux ,  dout 
il' s'imaginait  qu'il  était  destiné  à  devenir  le  vengeur. 

Les  possessions  du  duc  de  Bourgogne  en  Alsace  lui  offraient  de 
grands  moyens  pour  faire  sentir  son  déplaisir  à  la  Confédération 
Suisse.  La  petite  ville  et  le  diâtean  de  la  Férette,  à  dix  ou  onze 
milles  de  Baie ,  servaient  de  passage  à  tout  le  comn^erce  de  Berne 
et  de  Soleure,  les  deux  principales^  villes  de  la  ligue.  Le  duc  y 
étabUt  un  gouverneur,  ou  sénéchal,  qui  était  en  même  temps  admi- 
nistrateur des  revenus  publics,  et  qui  .semblait  né  pour -être  la 
peste  et  le  flé^u  des  réptdïlicains  ses  voisins* 

Archibald  Von  Hagenbach  était  un  noble  allemand  dont  les  do- 
maines étaient  en  Souabe,  et  on  le  regardait  généralement  comme 
un  des  hommes  doués  du  caractère  le  pltis  féroce  et  le  plus  arbi- 
traire parmi  ces  nobles  des  frontières,  connus  sons  les  noms  de 
Chevaliers-Brigands  et  dé  Comtes-Brigands.  Ces  dignitaires, 
parce  que  leurs  fiefe  relevaient  du  Saint-Empire  Romain ,  préten- 
daient à  une  entière  souveraineté,  dans  leur  territoire  d'un  mille 
carré,  aussi  bien  qu'aucun  prince  régnant  d'Allemagne  dans  ses 
Etats  plus  étendus.  Ils  levaient  des  droits  et  des  taxes  sur  les  étran- 
gers, et  jetai^t  en  prison,  mettaient  eni  jugement,  et  faisaient 
exécuter  ceux  qui,  comme  ils  l'alléguaient,  avaient  commis  quelque 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  93 

crime  dans  leurs  petits  domaines.  En  outre  i  et  poar  mieax  exercer 
leors  privilèges  seignenrianx ,  ils  guerroyaient  les  uns  contre  les 
autres,  aussi  bien  que  contre  les  villes  Ûbres  de  PEmpire,  atta- 
quaient et  pillaient  sans  merci  les  caravanes ,  c'est-à-dire  ces 
longues  files  de  chariots  par  le  moyen  desq[uels  ^e  faisait  tout  le 
commerce  intérieur  de  FAUemagne. 

Une  suite  d^injustiçes  &ites  et  souffertes  par  Archibald  Von  Ha- 

genbachy  qui  avait  été  un  de  ceux  qui  avaient  usé  avec  le  plus 

d'étendue  dé  ce  privilège  de  Faustnelu  *,  ou ,  comme  on  pourrait 

le  dire>  de  droit  du  plus  fort ,  avait  fini  par  l'obliger ,  quoique  à 

un  âge  déjà  un  peu  avancé ,  de  quitter  un  pays  où  sa  vie  était  à 

peine  assurée ,  et  il  était  entré  au  service  du  duc  de  Bourgogne^  Ce 

prince  l'employa  d'autant  plus  volontiers  «  que  c'était  un  homme 

de  haute  naissance  et  d'une  valeur  éprouvée,  et  peut-être  encore 

plas  parce  qu'il  était  sâyr  de  trouver  dans  un  homme  du  caractère 

bmtaîu ,  féroce  et  rapace  d'Hagenbach,  un  ministre  qui  exécuterait 

sans  scrupule  tous  les  actes  de  sévérité' que  le  bon  plaisir  de  son 

maître  pourrait  lui  enjoindre. 

Les  négocians  de  Berne  et  de  Soleure  firent  à  haute  voix  les  plus 
Tiyes  plaintes  des  exactions  dUagenbach.  Les  droitslevés  sur  les 
marchandises  qui  traversaient  le  district  de  la  Fèrettei  n'importe 
^ù  on  les'transportait  y  furent  arbitrairement  augmentési  et  les 
marchands  et  commerçans  qui  hésitaient  à  payer  sur-le-champ  ce 
qu'on  exigeait  d'eux ,  étaient  ^iLposès  à  l'emprisonnement,  et 
même  à  un  châtiment  corporel.  Les  villes  commerçantes  d'Aile* 
magae  se  plaignirent  au  duc  de  la  conduite  inique  du  gouverneur 
delaFérette,  et  le  prièrent  de  destituer  Von  Hagenbach;  mais  le 
doc  traita  leurs  plaintesavec  mépris.  Là  Confédération  Helvétique 
prit  on  ton  plus  haut,  et  demanda  qu'on  fit  justice  dugouverneur 
de  la  Férette ,  comme  ayant  violé  la  loi  des  nations  ;  mais  sa  de- 
mande n^obtint  pas  plus  d'attention. . 

Enfin  la  diète  de  la  Confédération  résolut  d'envoyer  au  duc  la 
dépotation  soliennéUe  dont  il  a  déjà  été  parlé.  Un  ou  deux  de  ces 
^voyés  adoptèrent  les  vues  calmes  et  prudentes  d'Arnold  Bieder- 
man ,  dans  l'espoir  qu'une  démarche  si  solennelle  pourrait  ouvrir 
les  yeux  de  Charles  sur  l'injustice  criminelle  de  son  représentant  ; 
i'autreS|  qui  n'avaient  pas  des  intentions  si  pacifiques ,,  avaiejnt 

V 

f 

*         • 
<•  UtttnlMMBt,  c4roit  du  poinf .  » 


i^hi  d'<mvrir  k  porte  à  ta  gvetre  par  cett»  i^emoMtimnee'y>> 
gtOfurêaâ^.  ^        • 

AmeM  Biecterman  éttât  Pa^ocat  âëelaré  de  la  paix ,  f ttut.qiî'^Hfc 
était  eonipatible  ayec  ^l'indëpe^dance  de  son  pays'ecl'hentiear'^ 
ta  Gemfédératîon  :  mais  le  jemie  Phiiipson  déeoiiTrit  bienlAt  que 
le  Landamman  était  le  seul  indiTÎdii  de  toatesa  famille  ({m  n^wrlt 
ces  ifentimens  de  modëralioii.  L'opinion  de  ses  enfans  aidait ëtésé- 
Aaile  lit  dirigée  par  l'ëloquettce  mpétuasseet  irrésîi^tible  de'Ro- 
è(dp(h6  DonnerliQgel ,  qui ,  par  ^elqoes  traits  paortieiiIîeiiB  de^hra- 
Vonre  persenaelle ,  et  par  suite  de  ta  eonsidéraftion  due  aux  se^ 
vices  de  «ses  ancêtres  y  wsit  acqnisdans  le8  00Bseita>desoncatiijto», 
et  'atfprès  de  teute  ta  jenanesse  de  ta  GonfédépatioB^  mi^srédît  qne 
068  sages  répoMicains  n'étaient  pas'datnsitiabitiided'aocorder  à  m 
hemne  de  son  j«^.  A'rttmr,  ^etoas  ces  jeunes  gens  j^uieiUiiefit 
alors  'a^ec  lAaîsn*  «oimne  ^oempaguen  de  tefirs  parties  de  chasge  «i 
As  leurs aimres  am«f9emeiis>  ne  les  entendais  parler  ^pede'l^oir 
âeia  guerre  y  ^^mbettfssaÂt  Pespedr  du  bmin,  et  auquçl  se  j(» 
gnait  laperspectivedela  nouTellerenoœméequelesSttissesdlaieBt 
•cquérir*  Les  exploits  4e  tevrs  aneêtres  ooitfire  les  AHeimmds 
avaient  réaUsé  les  vicftoires  fabuleuses  des  romains ,  et  poisse  k 
nouvelle  génération  n'était  ni  moins  robuste  si  mcins  valenreiisê, 
ils  s'attendaient  aux ^émes succès.  Quand  îlspairiaieiitdn  gcMlve^ 
iiear  de  la  Férette ,  Us  le  désignaient  sous  le  nom  du  chùntfa^ 
tUche  du  duc  de  Bmsrgagne ,  on  du  mâêiv^  d^Msacei  et  ilsdisaàeut 
onvertement^qoe  si  :i^on  maître  ne  répinmait  pas^sesactâons  9bf^1<)' 
champ,  et  s'il  ne  s'éloignait  pas  lui-même  4ies  frontières  de  la 
Suisse  y  Ardiibald  A^oii  HageiriMush  verrait  que  sa  ^Dnrtei^sse  ne 
pocfrrait  4e  protéger <eimtrell'indigiiation4les  haUtans^eSoléuie, 
et  snrtom  âeshtfbilan$  de  Berne* 

Attbtir^tpaiitÀ  sm>pètfe4Ln  désirdeta^pieffvey  maaifestépar 
les  jeunes  Suisses ,  et  celui-ci  {Él»iin  mMmientiiieertmlis'ilneierjit 
|»a6im^«iix  de.  brffver  ifis  éncsâivâimns  «t  les  (dangers  qu'il  ^^vA 
éprouver ^n  "voyageant  seul  arvec  iDn< âta  y iqae )de  i^wir  iê mgne 
d'^re  impliqué  >âan£  qaelquejq&orélte'iHir/la'ûaiiâaf&e'désordeffBé^ 
de  œs  jeunes 'Ot  Sers  mœitagnapés  tqoand  ik'anraieBt  pas^é  lems 
frontières*,  ihitel  évèafemént  ainflk4téiobnin«mÀ  tousta^^ 
de  son  voyagea  joais  Arnold  jfiiedenmaa  é^aoeX  r«speiïlé  par  sa  ft- 
mille  et  par  tous  ses^compatriotès,  le^  Inarchand  anglais  en  con- 
clut^ au  total  9  que  son  influence  suffirait  pour  r^primeri'ardsor 


CRAmJES  LE  nSHÉRAntfi.  95 

it  ses  oonpiigBonsy  jusqu'à  ce  qtte  la  grande  qaestieu  de  la  paix 
et  de  h  gaérre  fftt  décidée ,  mais^  sartotit  jasqn'à  et  qu'As  eussent 
iètean  une  auflience  du  duc  de  Bourgogne ,  et  qn'Hs  se  fassent 
acquittés  de  leur  mission.  Après  cela ,  il  serait  séparé  de  leur  com- 
pagnie y  "et  il  ne  powr^ait  étfe  regardé  comase  responsable  de  leurs 
mesures  ultérieures* 

Après  enrirôn  dix  jours  de  ^lai  ^  la  députât  ion  chargée  de  fidre 

des  rentoutran^fes  an  duc  sur  les  actes  d'agression  et  d'exaction 

i'ktûSbdià  Von  fiagenbach  se  rassettibla  enfin  à  Geierstein ,  <d'oii 

tes  nembres  qui  la  composaient  devaient  parrtir  ensemble,  fls 

étaieat  au  nombre  de  trois ,  sans  compter  le  jeune  Bernois  et  le 

lanàumnan 'd'UndeHrald.  L'un  d'eux  était,  comme'  Arnold ,  un 

propriétaire  des  Cantons  des  Forêts ,  portant  un  costume  qui  n'é* 

tait  guère  que  celui  d'un  simple  berger  »  mais  remarquid>le  par  la 

taille  et  la  beauté  de  sa  longue  barbe  argentée  ;  il  se  nommait  Ni» 

Mks  Bonstetten.  Melchior  Sturmthal ,  porte  •> bannière  de  Berne , 

^Knume  de  moyen  Sge ,  et  guerrier  distingué  par  sa  brayourcy  avec 

Aèn  ZSmxnerman ,  bourgeois  de  Soleure ,  qui  était  beaucoup  plus 

âgé, 'oormplétaient  le  nombre  des  enyoyés. 

€htcnn  d'«ux  s'-était  costumé  jde  son  mieux  ;  mais  quoique  le  re- 
gard lastère  d'Arnold  Biederman  trouyât'à  redire  à  deux  boucles 

« 

de  ceinturon  en  argent,  et  à  ane  chaîiie  du  même  métai  qui  déco- 

iMt  lVnd)onpoint  du  bourgeois  de  Soleure,  il  semblait  qu'un 

peQple puissafnt  et  victorieux,  car  les  Suisses  devaient  alors  ètne 

^ima^sëiis  ce  point  de  vtie ,  n'avait  jamais  été  représenté  pair 

-iBie  Uùbassade  d*un  eai*aetère  ëi  patriarcal.  Les  députés  voya* 

'g^eMipied ,  le  bâton fei*^  à  la  main ,  conmie  des  pèlerins  allant 

^erqciiqïit  Keu  de  dévotion.  Deux  mulets  efaatgés  de  leur  .petit 

^age*étaSêut  conduits  par  des  jeunes  gens,  fils  ou  cousins  des 

"Bi^mhpeîs  de  Vifmbassade ,  qui  avaient  obtenu ,  de  cette  mapière , 

la  permission  de  voir  èe  qu'ils  pourraient  de  la  partie  dq  monde 

4^  se  trouvait  au-delà  de  leurs  montagnes. 

Mass'quél^  peu  nombreux  que  fiïit  leur  cortège,  soit  pour 
temer  de  l^iippttrati  leur  mission ,  soit  pour  pourvonr  à  leurs  ke- 
s(^ 'personnels  y  ni  les  circon^ances  dangereuses  du  temps  l'tti 
ks  trotAles  qui  régnaient  au  «^  delà  de  leur  territoire,  ne  permet- 
taiem'àites honanes^cliargésâ^ff aires  Si  importantes  de  voyager 
93118^ l^titort^.  Le  êaug^r  mêmetLes  loups,  qui,  aux  approchés  de 
M'ittr,  deseendent  souvent  des  montagnes  él  enirem  en  troupe 


96  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

dans  ks  Tiilages  qai  ne' sont  pas  défendus  par  des  muraillc^Sy  comme 
4)enx  dans  lesquels  les  envoyés  pourraient  avoir  à  faire  halte ,  ren- 
dait celte  précaution  nécessaire;  et  le  nombre  des  déserteurs  des 
troupes  de  différentes  puissances ,  organisés  en  bandes  de  brigands 
sur  les  frontières  de  l'Alsace  'et  de  FAUemagne ,  achevait  de  la 
rendre  indispensable. 

En  conséquence  une  vingtaine  de  jeones  gens  choisis  dans  les 
divers  cantons  de  la  Suisse,  et  parmi  lesquels  se  trotivaient  Rudi- 
ger,  Ernest  et  Sigismond,  les  trois  fils  aînés  d'Arnold ,  servirent 
d'escorte  à  la  députation.  Cependant  ils  ne  marchèrent  pas  en 
ordre  militaire  »  ni  à  la  suite  ou  en  avant  du  corps  patriarcal.  Aa 
contraire,  ils  se  divisaient  en  troupes  de  chasseurs  de  cinq  à  six, 
qui  reconnaissaient  les  bois,  les  montagnes  et  les  dédiés  par  où  la 
députation  devait  passer.  La  marche  lente  des  envoyés  donnait 
aux  jeunes  gens  agiles ,  qui  étaient  accompagnés  de  ^os  chiens , 
tout  le  temps  de  tuer  des  loups  et  des  ours  /et  quelquefois  de  chas- 
ser un  chamois  sur  les^  rochers;  tandis  que  le^  chasseurs,^ même 
en  poursuivant  leur  gibier ,  avaieht  soin  d'examiner  tous  les  en- 
droits qui  juraient  pu  cacher  une  embuscade,  et  ils  veillaient  ainsi 
à  la  sûreté  de  ceux  qu'ils  escortaieht ,  plus  efficacement  qae  s'ils 
les  avaient  suivis  pas  à  ))as«  Un  son  particulier  de  La  corne  du  boeuf 
des  montagnes  >  dont  nous  avens  déjà  parlé ,  était  le  signal  convenu 
pour  se  réunir  si  quelque  danger  se  présentait.  Ro  dolphe  Donner* 
bugely  bien  plus  jeune  que  ses.coUègues  dans  cette  mission  impor- 
tante ,  prit  le  commandement  de  cette  garde,  qu'il  accompagnait 
«rdinairenoîent  dans  ses  parties  de  chasse. .Ils  étaient^bien  armés, 
^C9ûc  ils  avaient  des  épées  à  deux  mains ,  de  longues  pertuisanes, 
des  javçlines,  des  arcs,  des  arbalètes^  des  coutelas  et  des  couteaux 
de  chasse.  Mais  les  plus  lourdes  dcces  armes,  qui  avraient  gêné 
leur  marche ,  étaient  portées  avec  les  bagages ,  pour  être  reprises 
à  la  première  alarme. . 

Arthur  Phitipson ,  çomnie  son  ancien  antagonis^s,  préférait 
naturellement  là  compagnie  et  les  amusemens  des  jeunes  gens ,  à 
la  conversation  grave  et  au  pas  lent  des  pères  conscrits  de  la  ré- 
publique helvétienne.  Il  avait  pourtant  une  propension  à  jouer  le 
rôle  de  traiaeur  avec  les  bagages  ;  eti  isffet  quelque  chose  aurait 
pu  porter  le  jeune  Anglais  à  oublier  les  parties  de  chasse  des 
jeunes  Suisse^  et  à  enduier  la  conversation^  grave  et  le  pas  lent 
des  vieillards  ;  —  Anne  de  Geierateiui  aeeompagtiée  d'ufie  jeone 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  97 

Smssesse  à  sob  service ,  voyageait  à  la  suite  de  la  députa tipn* 
Elles  étaient  montées  sur  des  ânes,  dont  la  marche  lente  pou- 
vait à  peine  saiyre  -les  mnlefs  chargj^s'dès  bagages;,  et  l'on  peut 
présumer  avec  raisoif  qu'Arthur  Philipson,  pour  s'acquitter  de^ 
services  importans  que  cette  belte  et  intéressante  jeune  personne 
lai  avait  rendus ,  ne  se  serait  pas  cm  trop  à  plaindre  de  lui  offrir 
son  aide  de  temps  en  temps  daifs  le  cours  du  voyage ,  et  de  jouir  dé 
l'avantage  de  son  entretien  pour  alléger  l'ennui  de  la  route  ;  mais 
il  n'osa  pas  avoir  pour  elle  des  attentions  que  les  usages  du  pays 
ne  semblaient  pas  perlnettre ,  puisqu'il  ne  lui  voyait  rendre  aucuns 
soins  ni  par  ses  cousins,  ni  même  par  Rodolphe  Donneriingel ,  qui 
certainement  avait  paru  jusqu'alors  ne  négliger  aucune  occasion 
de  se  Êdre  valoir  aux  yeux  de  sa  belle  cousine.  D'ailleurs  Arthur 
était  assez  réfléchi  pour  être  convaincu  qu'en  cédant  aux  sentimens  > 
qui  le  portaient  à  cultiver  la  connaissance  de  cette  aimable  per- 
sonne, il  encourrait  le  déplaisir  certainement  sérieux  de  son  père, 
et  prt^ablement  aussi  celui  du  Landamman ,  dont  ils  avaient  reçu 
l'hospitalité  ,  et  dans  ht  compagnie  duquel  ils  voyageaient  mainte* 
nant  à  l'abri  ^e  tout  danger. 

Le  jeune  Anglais  prit  donc  part  aux  amusemens  *qui  occupaient 
les  autres  jeunes  gens  ;  faisant  seulement  en  sorte,  aussi  fréquem- 
ment  .que  les  haltes  le  permet&ient,  d'accorder  à  cette  jeune  fille 
des  marques  de  politesse  qui  ne  pouvaient  donner  lieu  ni  à  une  re-  ^ 
marqne,  ni  à  la  censure.  Sa  réputation  comme  chasseur  étant 
dors  bien  établie,  il  se  permettait  quelquefois,  même  pendant 
T^e\e& autres; pomrsuivaient  le  gibier,  de  rester  en  arrière  sur  le 
bord  dn  sentier ,  d'où  il  pouvait  du  moins  apercevoir  le  voile  gris 
d'Anne  de  Geierstein  agité  par  le  vent ,  et  les  contours  des  formes 
éi^antes^qn'il  couvrait.  Ses  Compagnons  ne  semblaient  pas  inter- 
préter détayorablement  cette  indolence,  qu'ils  attribuaient  à  Tin* 
difiérence  pour  un  genre  de  chasse  n'offrant  aucun  danger  ;'quand 
il  s'agissait  de  poursuivre  un  loup,  un  ourç,  ou  quelque  autre  ani- 
nud  de  proie ,  nul  individu  de  la  compagnie,  pas  même  Rodolphe 
Donnerhugel,  n'était  plus  prompt  qu'Arthur  à  saisir  sa  javeline,' 
son  arc ,  ou  son  coutelas. 

Pendant  ce  temps*,  les  réflexions  du  vieux  marchand  étaient 
d'une  nature  plus  sérieuse.  Comme  on  a  déjà  dû  le  remarquer  y 
c'était  un  homme  qui  avait  une  grande  connaissance  du  monde ,  où 
il  avait  joué  un  rôle  tout  différent  de  celui  dont  il  s'acquittait  ea 

7 


98  CHARLB&  IM  TEMfiRàlRB; 

cemomeuUD'anoieiuies  idées  se  réTeillèrentealoi^  en  iH)}antd08- 
divertissemeos  Semblables  à  ceux  de  ses  jeunes  années.  Lesaboie- 
mens  des  cbiens 'retentissant,  sur,  les  montagnes  et  dans  les  forêts 
épaisses  qpi'ils  traversaient;  la^Tne  de  ees  jeunes  chasseurs  fùuvr 
suivant  leur  gibier  sur  des  rochers  escarpés  quji  semblaient  inaoces* 
sibles  au  pied  de  Thomme»  et  sur  le  bord  de  précipices  profonds; 
le  son.  des  cornets  suisses  qui  se  répétait  de  montagne  en  moa» 
tagne  ;  tout  cela  FaTait  tenté  plas  d'une  fins  de  prendre  part  à  un 
amusement  noble ,.  quoique  hasandeux:,  qfdf  après  la  gperre ,  était 
alprs,  dans  la  pbipartdes  contrées  .de  TEurope,  la  plus  sérieuse 
occupation  de  la.  yie*  Ua^s  ce  désir  ne  se  taisait  sentir  à  lui  que  mo^ 
mentanémenty  et  il  prenait  un  .intérêt  plus  pr<^nd  à  étudier  les 
nusnrs  et  Içs  opinions  de  ses  compagnons  de  y^yage. 

Tqu&  avaient,  la  simplicité  droite  et  fieanelîe  qui  caractéri^t 
Arnold  Biedermaa;  mais  aucun  d'enx  n-offmtnrie  égale  dignité 
dans  ses  pensées,  ni  une.  sagficâté.  si  profonde.  En*  parlant  de  la.  si* 
tuationpoUtiqQedeleûr.pajrsy  ils  n'affectaient  aucun  mystère;  et^ 
quoique,  a. l'exception^  de  Rodolphe ,  les  j'euiies  gens  ne  fassent 
point  admis  dans  leurs  cénseils ,  cette  exclusioftne  semblait  «^voir 
lieu  que.pouc  maintenir,  la. jeunesse  dans^  nu  esprit  der  sub^adina- 
tion  f  et  non  parcei  q^'on  jugeait  nécessaire  d'avoir  des  seeiets^peur 
elle^  Ils  s'entrotenaient  librement,  en  présence  du  vieux  macchand,, 
des  prétentioiis  du  due  de  Bourgogne*,,  des  mM»yens  qn'avaklenr 
paya  de  soutenir  son  indépendanee,  et  delà  terxae  lésotutieii  où 
était  la  lig|ie/  helvétique,de  braver  toutes  les  forces  que  1&  monde 
entier  pouiirait  lui  oppiosev,  pfaitêt  que  de  soi^Ekiir  la  plus  lég^e  in*' 
suite.  Sons  d'antres  rappor&ij  leurs» vuea  pap^aissaient  sag^  et  m/Oc 
déréés^  quoique,  le  porteur  de  bannière  de  Berba  et.  Knpprtanli 
bourgeois  de  Soleure  parussent  regarder  les  conséquetnces^  df  une 
guerre  sons,  un.  jour,  moins  sérieux,  qua  le  prudent  Tiandamman 
diUnderwald  et  son  vénérid>le  compagnon  Nicolas  Bonsteitea,  qui 
adoptait  tout^-  les  opinionsd' Arnold. 

Il  arrivait  fréquemmait  qa'oubliant  ce  sujet  de  coj^ersation , 
ils.fidsaient  rouler  l'entretien  sur  des  objetsqui  avaient  moins  d'at- 
trait pour  leur  compagnon  de  voyage.  Les  pronostics  du  temps.,  la 
comparaison  des  dernières  moissons,  .la  manière  la  pins  avanta- 
geuse de  cultiver  leurs  verger,  les  moyens  à, employer  pour  ob- 
tenir de  bonnes  récoi^tes ,  tout  cela,  q^oiquefoi^t  intéressant  pour 
leamontagnatds,  ne  l'était  guère  pour  Pbilipson»  Le  djgno  nw- 


GBMILB&  LE  TÉl^AIRft.  99 

ter  ZimiMraïaii  de  Sol«iu«  aurait  tolontiiirs  cenTersé  ayec  lui  de 
commitree  et  de  nav^anâiies;  mais  l'Anglais ,  ^i-  ne  trafiqufdt 
qn'eB  objets  de  grande  valeur  et  de,pe«  de  ▼<diime,  et  qui  fiiisaît 
pour  son  négoce  de  longs  yoyag<QS  par  terre  et  par  mer,  ne  peoTait 
troiifer  qoe  peà  de  sajets  à  diseMer  avee  k  Suisse ,  dont  le  oom- 
aevee  ne  a^ëtendait  pas  ao-delà  des  oaniens  voisina  de  la  Bourgogne 
tidéFAUemagae^  et  dont  les  marohandises  Àe  eonsistaieiit  qu'en 
grosèraps  de  bine,  en  fntaine,  en  pelleterie  et  autKs  objets  de 
mêoie  genre. 

Mais  inmiîe  que  les-Soisses  discutaient  de  petits  intévèu  âe  ecmi- 
meree,  dierivaient  quelque  procédé  grossier  d*àgricultttre,  et  par- 
laient 4e  la  nidta  des  grains  ou  de  la  clavelée  des  nMivton»  aTsc 
f  exactitude  mioQtieHse  de  petits  mAffobandsr  ou  de  petit»  feran^s 
fâ  se  roMontront  à  une  ibire  ;  souvMt  queiqae  endroit  bien  eônnu 
répétait  le  Bom  et  riiistoii^  d'unebalaiUe  dans  la^eUb  an  nmas 
f  m  d'entre  em  avait  eoinbattn ,  car  9  ufj  en  avait  pas  tn  parmi 
«oz  qai  nfedt  porté  les  ârnes.  plusieurs  fois  ;  les  délaits  nilitaâres , 
^1  dans  Ws  antres  pfky9>  n'étaient  à  la  portée  qoe  des  chevaliers 
et  des  écnyea^  qui  y*  avaient  joué  leur  rôle,  oi>  des  sàvans  clercs 
qui  travaillaient  à  en  perpénuer  le  souvenirs  étaient^  dans  '  cette 
toange  contrée ,  un  sÉijet  fampilier  et  favori -de  dÎBCussions  entre 
desgea^^pie  leurs  oecupatiens  pailles  sevUttent  placer  à  nae 
iistanee'  immense  de  la  profession  dé*  soldat.  'Celte  circonsiaasce 
nffA  à  Tesprit  àf  l'anglais  les  anciens  kabiMi»  de  Rome,  qui 
^iMoAnuiaieHt  si  souvent  la  cfaarrae  pour  Pépéeetkircultiire  des 
Perret  )^r  l^dnikkistratien  dtes  affaires  publiques,  il  parladeostte 
foseiiiUanee  entre  les  denx  peuples  au  LandUmman.  Cekii»ci  ftit 
tti&initteinmit  flatté  du  compliment  fiiét  à  sonpays^,  mais  tt  y  ré- 
pondit :  —  Fnis^e  le  ciel  conserver  parmi  nous  lesvMrtus^sînïpdes 
^Romains  9  et  nous  préserver  de  leur  soif  de  conquêtes  et  de 
leur  passion  pour  les  objets  d'un  luxe-étranger  ! 

La  marelfe  lente  des  voyageurs,  et  diverses  causes  de  délai  qu'il 
cstimitile  de  détailler,  firent  qu'ils  passèrent  deux  njûts  en  route 
avant  éfarriver  à  Baie.  Les  petites  villes  et  les-  villages  où  ils  lo- 
seront  les  reçurent  avec  autant  de  reof  eèt  et  d'bqspitalité  qu'ils  le 
pouvaient ,  et  leur  arrivée  était  le  signal  d'une  petite  fête  que  leur 
offiraient les  principaux  habitans. 
Eu  ces  occasions,  tandis  que  les  vieillards  du  pays  recevaient 


JOO  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

les  dépulé6  de  la  Confédération ,  la  jeunesse  en  faisait  les,honneors 
aox  jeunes  gens  de  l'escorte;  on  leur  procurait  le  plaisir  de  la 
chasse  y  on  les  y  accompagnait ,  et  on  leur  faisait  connaître  les 
endroits  où  il  y  avait  le  plus  de  gibier. 

Ces  fêtes  ne  conduisaient  jamais  à  aucun  excès ,  et  }es  mets  les 
plus  recherchés  étaient  du  chevreau ,  de  l'agneau ,  et  du  gibier 
tué  sur  les  montagnes.  Cependant  Arthur  et  son  père  remar- 
quèrent que  le  porte-bannière  de  Berne  et  le  bourgeois  de  Soleore 
prisaient  ks  avantages  de  la  bonne  chère  plus  que  le  Landamman, 
leur  hôte  i  et  le  député  de  Schwitz.  On  ne  commettait  aucun  excès, 
comme  nous  l'avons  déjà  dit,  mais  les  deux  députés  que  nous  ve- 
nons dénommer  les  premiers  avaient  évidemment  appris  Fart  de 
choisir. les  meilleurs  morceaux,  et  étaient  connaisseurs  en^vins 
étrangers,  dont  ils  avaient  soin  de  ne  pas  se  laisser  manquer.  Ar- 
nold était  trop  prudent  pour  critiquer  ce  qu'il  n'ayait  pas  l'espoir 
de  corriger,  et  il  se  contentait  de  donner  l'exfanple  de  la  sobriété 
en  né  mangeant  presque  que  des  légumes ,  et  en  ne  buvant  guère 
que  de  l'eau;  en  quoi  il  était  soigneusement  imité  par  le  vieux 
Nicolas  Bonstetten ,  qui  semblait  se  faire  un  point  4'honneur  de 
suivre  en  tout  l'exem{)re  du  Landamman. 

Ce  fut ^  copune  nous  l'avons  déjà  dit,  dans  le  cours  de  la  troi- 
sième journée  qui  suivit  leur  départ,  que  les  députés  suisses  arri- 
vèrent près  de  Baie,  dors  une  des  plus  grandes  villes  du  sud- 
ouest  de  l'Allemagne^  où  ils  se  proposaient  de  passer  la  nuit,  ne 
doutant  pas  qu'ils  n'y  fussent  reçus  efi  amis.  A  la  vérité,  cette 
ville  ne  faisait  par  encore  partie  de  la  Confédération  suisse,  dans 
laquelle  elle  n^entra  qu'environ  trente  ans  après,  en  1501  ;  mais 
c'était  une  ville  libre  impériale >  liée  avec  Berne,  Soleure,  Lu- 
cerne  et  d'^autres  villes  de  la  Suisse ,  par  des  intérêts  mutuels  et 
des  relations^  cotistantes.,Le  but  de  la  députation  était  de  négo- 
cier, s'iLétait  possible,  une  paix. qui  devait  être  aussi  utile  à  la 
ville  de  Baie  qu'à  la  Suisse  même.,  vu  l'interruption  de  commerce 
qui  résulterait  nécessairement  d'une  rupture  entre  ^  le  duc  de 
Bourgogne  et  les  Cantons;  et  dans  ce  cas  cette  ville ,  étant  située 
entre  les  deux  puissances  belligârantes ,  devait  trouver  un. grand 
avantage  à  conserver  sa  neutralité. 

Les  envoyés  s'attendaient  donc  à.  recevoir  des  autorités  de  la 
ville  de  Baie  un  accueil  aussi  amical  que  celui  qui  leur  avait  ^.té 
fait  partout  dans  le  territoire  de  la  Confédération ,  puisqu'elle 


CHAALES'LE.  TÉMÉKaIRE.  101 

était  intéressée  à  voir  rënssir  lear  mission.  Le  chapitre  soÎTant 
apprendra  comment ieor  attente  se  réalisa.  ' 


CHAPITRE  VIII. 


<—  Ledn  ytat  virent  en6n  ,, 

JCvtle  belle  c^é  «fae  tnvene  le  Bhin  , 
Qaand  ee  fleuTe  orgaeiIl«ax  deecend  de  set  montagnes  ; 
Comne  aiitrefois  la  Oiule  a  vu  dané  aet  campagnee, 
Quittant  de  ses  rochers  la  stérile  gtandcnr , 
Le  fier  Oryétorix  «'élancer  en  vaioqmenr. 

HS&TBTU. 


Lssyeax  da  voyageur  anglais,  fatigaés  de  Taspect  continuel 

de  montagnes  aanVages,  se  reposèrent  avec  plaisir  snr  une 

contrée  dont  la  snrface ,  à  la  vérité ,  était  encore  irrégnUère  et 

montagnease.^  mais  qni  était  snsceptiUe  de  cnltare  et  ornée  de 

champs  de  Ué  et  de  "vignobles.  Le  Rhin,  gtand  et  large  flenvoi 

roulait  ses  eanil  à  travers  les  campagnes,  et  divisait  en  deux  parties 

la  TiUe  de  Bile ,  qni  est  sitjiée  snr  ses  rives.  '  La  partie  méridionale 

de  cette  cité  offrait  à  leurs  regards  sa  célèbre  cathédrale,  avec  la 

Menasse  magnifique  qui  y  tait  face,  et  semblait  rappeler  à. nos 

'▼eyageoTs  qu'ils  approchaient  alors  d'un*pays  dàn^  lequel  les  ou- 

yrages  de  l'homme  pouvaient  se  faire  distinguer  parmi  les  œuvres 

delaoature,  au  lieu  d'être  perdus,  comme  ce  fut  toujours  le  sort 

^splqs  glorieux  travaux,  au  milieu  de  ces  montagnes  énormes 

entre  lesquelles  leur  route  les  avait  conduits  jusqu'alors. 

Les  envoyés  étaient  encore  k  un  mille  de  l'entrée  de  la  rille, 
qaand  ils  rencontrèrent  un  des  magistrats,  accompagné  de  deux  ou 
trois  citoyens ,  tous  montés  suites  mulets  dont  les  housses  de 
Tdonrs  annonçaient  l'opulence  et  la  qualité  des  cavaliers.  Us 
saluèrent  4'un  air  respectueux  le  Landamman  et  ses  compagnpns , 
^se  pr^arèrent  à  écouter  l'invitation  hospitalière  à  laquelle  il 
^tait  assez  nalurel  qu'ils  s'attenïUssent ,  ot  à  y  réfKmdre  convena- 
blement. ^  .    . 

Le  message  de  la  "ville  de  B&lé  fut  pourtant  l'opposé  de  ce  -qu'ils 


s^étaîent  ûgm^é  Qa'ildevak  ^tre.  Lé  foaoltoiiiiàiveitai  lavr^adrc^ 
la  parole  parla  en  hésitant  |H:èS9De  d'an  ak  oonfoSj  ,ei  IVm  jpoinraît 
Toir  qu'en  s'acquittani  de  sa  mission  il  ne  la*  regai'dait  pas  comme 
la  plus  honorable  dont  il  eût  jamais  été  chargé.  Voratenr  de  la 
Tille  de  Bâle  commença  par  des  protestations  d'affection  sincère 
et  fraternelle  pour  les  villes  de  l^  Confédération  helvétique  ^  avec 
lesquelles  celle  de  Bâle  était  unie  d'intérêts.  Mais  il  finit  par  an- 
noncer qu'attendu,  certaines  raisons  puissantes  et^  urgentes»  qui 
seraient  expliquées  d'une  manière  satisfaisante  plus  à  loisir,  ht 
villq  libre  de^  BâJe  ne  povvai^;  rec^svt>ir  ce  soir  dans  ses  murs  les 
députés  granâeinent  raspectés  ^i 9  par  ordre  delà  diète  helvéti- 
que^ se  rendaient  à  la  cour  du  duc  de  Bourgogne. 

Philipson  remarqua  avec  beaucoup  d'intérêt  l'effet  que  cette- 
annonce  très  inattendue  produisit  sur  les  membres  de  l'ambassade. 
Rodolphe  Donnerhugel,  qui  s'était  joint  à  eux  en  approchant  de 
Bâle,  parut  moins  surpris  que  ses  collègues  :  il  garda  pourtant  ïm  < 
profond  silence^  >çt*nuintraipltisd'efa¥ie.de  pâietreclepiES  «eatimens 
que  d'expimer  les  «ons^.  Ge^n'^éiaît  pas  la^pronîève  i^s.^iaiB  la 
pénétralâoin 4tt'  marchand  aoglajis  avait  renurv^foé^Que^ie  jeuie 
homme  hardi  ^t  in^péttieQX  ^ipowaît»  fiiind  .ses/desMus  Veaà'^ 
geaienHi  of^oser  um  férta'QMty^nt^.à.la  foBgMe^aliureUe  Ae^sm 
caractère.  Quant  -aux  .autres^y  ie^royiit  4ii.]MieU«r  de  jMUMÛère  «e 
reffibruait;  Je  visage  )du<b<mi^<m' de .iSol«iHre<fdevitttf enflammé: 
comme  la  laae^jinndeUe^se  lè¥eftiMi«Bd-Q«ebt;;t)e4^«lé^à.baarbe 
grise  deSchvi^i^arda.Bi0dernwiiav)eGruntfûr^'j||QÏiiélw^  elle 
Landamman  }iii-méme  semlirla  fikis  émxL  foe  son  «ahne  faalMttwl 
n'.aurai^^pâvmis  de  le;|^é$fimer4  Enfiâil  i<4»ei>dit anifojrf  AMfMMiige 
de  Bâle»  il'une  yoix  'un  .peii  akéréo'fpiu:  sw^te#*iaa  '^^ 

—  GeBt  un  étranger  message,  qw  fC6bii  ^qiie  ¥ons»iif|»el'tez  4e  1» 
part  des  çitoyeijis^e  Bât^,  ^queao«hfty»ps  ^wy)m»- tfwftés'e» ^mBÎ% 
et  qui  ^prétendent  exreone  l'âtcei  ^uK«d4(«^s  ide^la  QçNrfédéralîoii 
suisse,  4^argés  d'une -mission  .|iraÎAble«..L'abni''de4eiH«.t«ita,  la 
protection  de  leurs  anuroiUe^,  l'iaefMi^il  ii#ffâtatieF  d'usagie),  c'^st 
çe^e  les  habitans  d'atic«n  pQjs«ami  rn'on^jp&s  deiâtPûkdie  r^nsm* 
à  ceux  d'un  .autre. 

^ — "Et  <^  n'estfiaB  volontairerncBatt^èla  fnlOe  deB&ie<vMB<en  Ma 
le  refus,  digne  LaBdamman,  p^pendU40  g^igiiiirat,  >i#»iPÎ>ftjFeaa  de 
BâU  désireraient  vous  accueillir,  nou-jseulement  vous  et  vos  diglles 
eoUc^es,  nais  v^oiFe>e^cor>(q>'eiiîi^«^  j^^it^^M  mMm^^sMQ 


CHMILES IX  TÉMÉRAIRE.  lOt 

liote  Vliotfpitalité  qui  est  en  leur  pouvoir  ;  mais  boub  agîsfioiis  par 
finilsaîute. 

—•£t  cette  eoilinaiite,  ipii  pent  Fe^ffoer?  â^ëeriaarec  eolèrele 
portenr  de  banniàre  de  Berne.  ^L'empereiir^igisnibBd  a-^il  assez 
pNi  profité  dePeKODiple  detes'pfédéeeBBem,  •ponr... 

---  L'emperenr,  réfdiqoa  le  délégoé  de  BfiJe ,  interrompant  le 
Bernois,  est  on  monnrq«e<pai8ible  eClieBinleiitionnëy  eomme  il 
l'a  toaiporo  été  ;  mais  ées  trovpesboiiif^iHgnomies  se  sont  a?iincées 
réoeiraient  dans  le  Snndgau,  >et  jjes  messages  noas  ont  été  *eiiToyés 
pur  Je  eomte  Arcfaibald'  Yon  Hagenbacli . 

—  Dsiiffity  ditle  Landamman  ;  n^é^aMos'pasthivantagé  le  Tolile 
fBi^coiiTre  nne^fiiiblesse  dont  iroosToagiBsec.  Je  «vdns  eomprends 
psr&httnent  ;  Bâle  se  trente  trpp  prèsée  la  oitadellede  la  'Férette, 
poar  qu'il soit.penmsà ses ehoyens  de eonsnlter  leur inoUnatién. 
Mon  frère  y  nous  voyons  en  qnof  consiste  votre  embarras;  noos 
TOUS  plaignons  ;  noQS-mas  pafdoBnoas<^FiMeracnqiw  d'hosphaltté. 

— Mlûs  aoaniez-moi  jasqU'à  la  fin,  digne  ^Landamman,  répliqua 
knagîatrat.  Ily.aprè»d'iei  n^anaien'pai^Uon'de  cliassedes  oomies 
de  Fatkenalein,  sqipeléiGralis^iast  ^y  4fvà ,  quoique  en  raines ,  peut 
encore  olInnrTin'Bbii'OÙrfoas  serez  mieù  logée  qn^en  plein  air,  et 
qi&aé«ie^eat  sa8oeptiid»de»qiielqa0dë(ense  ;>eseepen'danity  à'Dm 
ae  ^kkm'^^  pei^Mmie  ose  y  ^aller  troubler  votre  repos!  Maïs 
écoQtez-moi  encore,  mes  dignes  amis  ;  si  vous  y  trouvez  quelques 
itfraicbîsseniens,£emine  vin,  »biàre>  etc.y*etc«,  tfaitesMen  usage 
«tas  sesspale,  ca'r  ils  vonstsont  desiÎBéS. 
-^ae-refose  paB>d'^M3Ciiper  une^riase  où  «oue  poîasions'troQver 

f^ipesécorîté,  dit.le Landermann^  car, -qmqve'le feit'de nous 
Uieiamer  ks  pcHcies  ée  -Baie  tpaissenlàtre- que  le  fésul|at  d'un 
i^niflablee^mt  d^insolene&etd^aniaaoeité,  qui  peut  savoir  s'il  ne 
se  rattache  pas  aussi  à  quelque  projet  ée 'violence  ?  Nous  vous  Te- 
nursions  de  vos  -proviaions  jamais  mous  me  vivrons  pas,  de  mon 
MDsealement,  aoK^dépensdes gens qnt  n?osent«se^moiitrer  nos  amis 
fi'à  la  4érobée4 

*^ Un  mot  de  plus,  digne 'Landamman,  ^reprit'le  magistrat.  Vous 
êUaaccompagnés  d'âne  dame,  qui,  jeevois,  estvbtre'fillé;  Des 
bomaieBne  se  t^oUsvensnt  pastrop  bien  togéS'dttns  Fendroitoù  vous 
dkz,  etjpar «aBoéquent  uneifemme  yrsarait  «noore moins  commo- 

<*'UiUNiMiMt,«1«flalilril«MflMc^»  . 


lOi  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

démen^  quoique  nous  ayons  tout  disposé  à  cet  ^rd  dé  notre 
mieux.  ÏPermettez  donc  que  yotre. fille  nous  accompagne  à  Baie; 
ma  femme  sera  poitr  elle  comâie  une  mère,  et  demain,  matin  je  la 
reconduirai  près  de  vous.  Nous  atons  promis  ^e  fermer  nos  portes 
aux  citoyens  de  la  Confédération  suisse^  mais  il  n'a  été  fsiit  aucune 
mention  des  femmçs.  •  ' . 

—  Les  habitans  de  Bâle  sont  des  casuistes  subtils  ^  répondit  le 
Latidamman  ;  mais  sachez  que  depuis  le  temps  où  les  HeLvétiens 
descendirent  de  leurs  montagnes  pour  marcher  contre  Césai*;  nos 
femmes  ont  fait  leur  séjour  dans  le  camp.dç  leurs  pères /tle  leurs 
frères  et  de  leurs  maris,  et  n'ont  cherché  d'autre  sûreté  que,  celle 
que  pouvait  leur  procurer  le  courage  des  ètr;es  qui  leur  étaient  si 
chers.  Nous  ayons  assez  de  bras  pour  protéger. nos  femmes;  ma 
nièce  restera  avec  nbus,  et  partagera  le  destin  que  le  ciel  nons 
réserve; 

—  Adieu  doncy  mon  digne  ami,  .dit  le  magistrat  de  Bâle  ;  je  sais 
fiché  de  me  séparer  de  tous  de  cette  manière,  mais  un  sort  fachenx 
le  veut  ainsi.  Cette,  avenue  en  gazon  vous  conduira  an  vieux  pa- 
villon ;  et  fasse  le  del  que  vous  y  passiez  la  noit-  tranquillement . 
car,  indépendamment  dès  autres  risques,  il  coiirt  demauvai&bnuts 
sur  ces  ruines.  Mais  ne  permettrez*v6ns  pas  à. votre  niisce,  puisque 
telle  est  la  qualité  de  cette  jeune  personne,  de  venir  passer  la  nmt 
à  Bâle? 

—  Si  notre  repos  est  troublé  par  des  êtres  semblables  à  nous, 
répondit  Arnold  Biederman ,  nou^  avons  des  bras  vigoureux  et  de 
bonnes^pertuisanes  ;  si ,  comme  vos  paroles  semblent  le  donner  a 
entendre >  nous  avons  affaire  à  des  êlres  d'une  antre  nature,  nous 
avons  ou  nous  devons  avoir  de  bonnes  consciences  et  de  là  confiance 
dans  le  ciel.  Mes  amis,  mes  collègues  »i  cette  mission,  ai'je  énonce 
vos  sentîmens  comme  les  miens? 

Les  antres  députés  suisses  donnèrent  leur  assentiment  à  tout  ce 
qu'aivait  dit  le  Lanidamman  d'Underwald ,  et  les  citoyens  ae  j»»? 
prirent  poliment  congé  des  étrangers,  s'efforçant,  à  force  de  civi- 
lités a}iparentes,  de  couvrir  leur  manque  réel  d'hospitafité.  Apres 
leur  départ,  Rodolphe  fut  le  premier  à  exprinier  ce  qu'il  pei*^ 
de  leur  conduite  pusillanime.  —  Lesehiens  de  lâches  !  s'écria-t-u> 
puisse  le  boncher  de  Bourgogne  leur  anracher  jusqu'à  la  peau  pa 
ses  exactions ,  pouf  leur  apprencb-e  à  méconnaître  d'anciennes  W' 
sons  d'amitié,  plutôt  que  de  s'exposer  au  moindre  souffle  du^'***' 
roux  d'un  tyran  I 


CHARLES  LE  TÉMERABIE.  IfrS 

^Et  d'an  tyran  qiri  n'est  pas  même  lenr  makre^  ajonta  on 
antre  jeune  homme;  car  presque  toute  Tescorte^'ét^t  alors  ras- 
sembla autour  des  députés  pour  apprendre  quel  accueil  on  devait 
attendre  à  Baie. 

— TSans  doate,  s'écria  Ernest ,  un  des  fils  d'Arnold  Biedorman  ; 
ils  prétendent  ne  pas  avoir  reçu  des  ordres  de  l'empereur;  mais 
un  seul  mot  du  duc  de  Bour^pogné ,  qui  ne  devrait  être  pour  cor 
qu'une  brise  légère  venant  de  l'occident,  suffit  pour  les  Caire  man- 
quer à  tous  léfi  devoirs  de  l'hospitalité.  Nous  devrions  marcher 
snr  la  ville^  et  en  forcer  les  hâbitans,  à  la  pointe  4e  l'épée,  à  nous 
y  recevoir*       .        v  ' 

Un  murmure  d'applaudissement,  qui  s'éleva  parmi  lés  jeuncto 
gens,  éveilla  le  mécontentement  d'Arnold  Biederman. 

—  Ëst*ce  im  de  mes  fils  que  je  viens  d'entendre?  s'édria-t41; 
n'est-ce  pas  plutôt  un  lansquenet  ^  brutal  qui  ne  rêve  que  batailles 
et  actes  de  violence  ?  Qu'est  devenue  la  retenue  des  jeiines  Suisses 
qni  avaient  coutume  d'attendre,  pour  agir,  que  Içs  vieiUards  du 
canton  eussent  jugé  à  propos  de  leur  en  donner  le  signal  ;  qui 
étaient  doux  comme  déjeunes  allés,  jusqu'à  ce  que  la  voix  de  leurs 
patriarches  les  eût  rendus  aussi  audacieux  que  defs  lions? 

—  Je  n'avais  pas  de  mauvaises  intentions,  mon  père,  dit  Ernest 
déconcerté  dé  cette  réprimande;  j'avais  encore  bien  moins  dessein 
de  manquer  à  ce  que  je  >rous  dois  ;  mais  je  dirai  que. ... 

—Ne édites  pas  un  mot,  mon  fils,  répliqua  Arnold;  mais  quittez 
notre  camp  demain  à  la  pointe  du  jour,  et  .en  retournant  sur-le- 
champ  à  Geierstein,  comnoie  je  vonsTordounne,  souvenez-vous 
V^  ceini  qui  ne  peut  oommander  à  sa  langtie.  devant  ses  propres 
concitoyens  et  en  présence  de  son  père,  n'est  pa3  fait  pour  voyager 
cû  pays  étranger. 

Le  porte-bannière  de  Berne ,  le  bourgeois  de  Soleure ,  et  même 
le  député  à- longue  barbe  de  Schwit^,  intercédèrent  pour  le  cpu- 
psAIe,  et  tâcherait  de  faire  révoquer  la  sentence  qui  le  condam- 
nait an  bannissement;  mai^  leurs  efforts  furent  inutiles. 

—  Non,  mes  chers  amis,  non,  mes  firères',  répondit  Arnold,  ces 
jenoesgèns  ont  besoin  d'un  exemple;  et  qn^nque  je' sois  C&ché, 
dans  un  sens ,  que  la  faute  ait  été  commise  par  un /membre  die  ma 
bmille,  je  suis  charmé,  §ons  un  antre  rapport,  qnç  1^  délinquant 

/ 

-  ^  Slnple  soldat  djb  rinfinUri'e  aUemandt. 


iM  GBAauâB  LE  rÈMBEmosm. 

woit  m  jmnt  htame  .««r  qni  je  puisse  exeroer  une  plrine  tmlorité 
8«H  lèlâpe  ftoqMct  de  pardaÛté.  Ernest,  woqb  averentenidii  mon 
endve;  .«etonmec  à  Geieretainideinamati  point  an  jonr,  et  que  je 
yous  trouve  dans  de  meilleures  dispositions  quand  ]?y  serai  de 
retenr* 

ijt  jenne  iSnÎBsé ,  ^qnniqne  éiddsmmentfiipiié  de  cet -affiront  p6- 
UiB,  nMtion  genon  «Dtenre,  let  basmiiatmamideison  père.  Arnold^ 
satta  ie  naindrè  ^sîgne  de  jMsentinerit  plû  ^damia  aa  béaéiietiooi 
et  fimaat ,  tans^lai  adresser.nni'niot  ide  tremmtrance  y  se  retira  à 
Ifanriaretfavde.  La  idépntaftion  •  entra  «alersHlaiial^venne  qui  lui 
ayait  été  indiquée ,  et  au  bout  de  laquelle  on  yoyait  Jes  minesntias- 
tt<ws«de*6raffii<last;  mais'il,»ne^aiiBit  irtajB.aasee  jrourpew  en  re- 
connaître exaocement tkL'fontie. «Quand àls*en «forent plusprès ,  et 
que  IkiliioiDité  éngmcnte  ^  db  yinent  Mllerdes  lumières>à  trois  ou 
qnatie  «rMées,  t)aidiBtf[ae>lB  retfts 'de  la&^eétiiit'eonyert  de 
piefondeatdpèhBes  ^^Lonqittilsy  ftiwaii  arri^^s^  ilareeonnurent  que 
leipa^iUimi étaitieniearé  à^an  ifessé  *lnrge^  «profond ^'sur  la  surface 
daqnel«ea3éfléèlii8sak,.queiqnefaà>leniinitji  la  bnmèlré  qu'(m  yoyait 
à  iimvera  firéiquet)  fsnètves. 


CHAPITRE  TX. 


v»Mr«liqQ. 

Je  TOUS  soahaite  le  bonsoir. 


Adieu,  bvave  soldat t qui  tous  a, relire  ào  garde? 

-VBuroxsco. 
C'est  Bernardo.  Je  tous  soiUiait«iel»Ms<4f. 


Lb  premier  soin  fle^nss  voyagem^s^fiit  de  éherdier  4e  moyen  de 
toayeratr  le  Somé,  'et  ils'ne»4^arefit 'pae  longnempe  sans  découyrir 
laitéla  du'pont  j  io^e8l4i4lire4afiMlée'  sur  laquelle  reposak  autrefois 
letqMibjeetas^^quandion^ieèeÉMait.»  Qe  pont* était (tonibé  en  ruine 
iriwiis  Ii^ig^e«y6^'iprisawï»en<»yait«eeast<ttit<nn  ^n*e^^ire ,  -et , 
à  ce  qu'il  paraissait ,  tout  récemment ,  ayec  des  troncs  d'arbres  et 
des  planches ,  par  le  moyen  duquel  ikMiMÉvèleHt4iisénittttt  à  P^a- 


r!»4Mgt  LE  TÉHUâlHL  MT 

wk^pÊtfUkm,  faî'étut1tee69èQle'ie€b■ftilL^<fin7«■MMl9 
ilstrouTèrent  un  guichet  qui  ^'on^rail  son»  le  pamige  goutté,  ek  » 
giiiés  par  la  inini^,'  ib>arii«àrent  dans  um  saUe  f  a'mi  Mail 
Mdemment  ffféparée  fêmt  les.iMevoir  «uinDifia  qBelasrâiMMi- 
rtMce  le  panaattaîmiu 

I}b  grand  &u  de  bpîs  sec  br^aît  dans  lacbemmée  :  il  y  a^ndl 
ii^eÊtttAenuei  l0]ig-temp8,^qii^.anMqpnBk.un  aîrdoiiK-etiieBi^ 
péné^ans  eet  ^iparteiKaly  jaalgfé-aou  éteadue  ^  son  «dilahrai*^ 
BMBt.  Sans  m  eoia  élaît'sn  amas  de iboisqni  aurait. aaK  .paur 
winjr  le  iéa  peîidaiit  «oesenuëne.  I>eiuL  m  troia  loagaaaiablfla 
ameat  àé  ps^rées ,  et  P^m  troma  aussi  (iluaiaiiEs  gno^a  pa^ 
aura  coa^meM  ées  ifafeaioliisaeiiieiis  de  tome  «apàoe.  Les  yens  dn 
iKmJmngooâs  de^ateore  ^brillàveat  (de  .plaÎBip.qQiâid  il  ^tleajeanea 
geB8:s'o0cnpei?  àipiaaer  sw  lesitablas  les  praciâsioiis  quiétaBant  daua 
Inponiers. 

•-rA|MrèS'ttwt9tdii«il9'oas  paorras^geuB  de:Bafe.<mtsaiv^.lenr 
i^taiîim  $  cars'ibnewnis  oatpaa  fait  l'aecuail  le^si  obUgeaM». 
do  moins  ils  ne  nous  laissent  pas  manquer  de  bonne  cbare. 

--iih  J  m#n  cher  amiy  dit  Jknioldfiiederman  ^i'ahfle&eadei'bftte 
diioiBasiiH>iisidévàbkiBentle:prbLdiii£BâM[i«  Lapatkiéd'aaepamme 
lecaedc  la  ntaîauda  vUseiAit^  yâatfmiaaKiqufniiirqiaade'iiaeea 
aaBsawuiipagiiie; 

—  Ibiis  Imt  -^aB  a¥<»i8»moins>d'aUigatiQnf,deitear  bâaqaet,  dit 
lefoneJiaitmère  'de!  Berne*  .Mais  ^^d'apràs  la  hmgafge  dqaivaqne 
qaBiioù  TeiiOBSid''emendie9  je  cvois-'qii^  est  à.  prapes  idevoi»^ 

^^  tttle jnait  aur  ^ipas  gardes,  ^etiqn^  ^onigiendraittiuêBia  qna 

^dfKHiiia  ide.noalfeiiaas  'gens  fissent  de  temps  en  >tauipu  «ne. 
JwtFaiiUe  daas'Vles  ^anwaoâ.  Cette  fdajoe  est  feDrie';  snseaptiUe 
dnâdie  défaidâe,.  ex .  à'«et  'égard  nous  devons  dès  *  vemeoeianenaà 
^^^  qui  ont ^  ëlé  i  Ufos  ^quaptier^mskres.  Oepandanit ,  «*eo  vatre 
PMnasian ,  ânes  (  hanoi«likis«0fliiàguas>  inoua>  exaraiaeiSQna  riafté-* 

■ 

neoode  laimaison  y  iapvèsi  quoi  jootistatgsineroasiuae  ^arda  at'das 
patroQilfe&^  Jl  TOirè  devodr^ijeunei^gBisf  etfialjosniie  perqniateio& 
^<aote  dms  tantes  ces .  itaines.  Il  «st  rposaSile  ^'il  s^  iraoTe 
d~aatres  pevsonpes  /fue  'nous,  ^aar  nous  samaies:ntt|inieaaHtidans  le 
voisinage  d'un  homme  quij  comme  un  renard  yolenr^  mariiie  fdas 
Tslontiess  la*natit*qiie  feiattCy.«dHenoiiattt>sa  proie  dans  leslieux 
^caités^  et  am  iiâieaidfB'aiûea  plalèl»q^f^ 
ia^yrofiasitien  iqt  «MminwmaMr.  jadaptafe^liea  îeanas  fanif^n* 


108  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

rânt  des  torches ,  d<mt  on  avait  trouvé  une  bonne  quantité  dans  la 

salle,  et  firent  une  reconnaissance  exacte.       .       .      • 

La  pliis  grande  imrtié  du  château  était  dans  on  état  de  rame  et 
de  dégradation  beaRonp  pins  complçt  qne  la  portion  <pie  les  ci- 
toyens de  Baie  semblaient  avoir  destinée  pour  4e  logement  de  Tam- 
hassade.  Le  toit  en  était  écronlé  de  différons  côtés ,  et  Vensemble 
offrait  un  tableau  de  guerre.  L'éclat  des  lumières,  .celui  des 
armes,  le .  son  de  la  voix  humaine,  le  bruit  des  pas  des  jeanes. 
gens ,  efirayèrent  dans  leurs,  sombres  retraites  les  chauves*soariSy 
les  hibous,  et  lés  autres. oiseaux  de  mauvais  augure,  habitans  or- 
dinaires des  édifices  détruits  par  le  temps  ;  ils  prirent  leur  vol  àam 
les  difSérentès  chambMS ,  la  plupart  sans  porte,  et  jetèrent  parmi 
ceux  qui  les  entendaient  sans  les  voir,  une  alarme  qui  fit  place  à 
des  éclats  de  rire-  quand  laf  cause  en  lut  connue.  Le  fossé  entourait 
complètement  le  château ,  et  par  coiiséquent  on  y  était  en  sûreté, 
puisqu'on  ne  pouvait  y  être  attaqué  du  dehors  que  parx  la  grande 
«ntrée  ;  .  il  était  facile  dei  la  barricader  et  d'y  placer  des 
sentinelles. 

^  Ih»  s'assurèrent  aussi ,  par  une  perquisition  faite  avec  soin,  qne 
s'il  étût  possible  qqfan  individu  fût  caché  parmi  de  tels  m0K^wx 
de  ruines,  du  moins  il  ne  l'était  pas  <pi'il  s'y  ti^uvât  un  nombre 
d'hommes  suffisant  pour  les  attaquer,  sans  qu'ils  ies  eussent  dé- 
couverts. On  fit  un  rapport  de  ces  détails  an  porte-bannière  de 
Berne,  qni  ordonna  à  Rodolphe  Donnerhngel  de  prendre  sous  ses 
ordres  un  détachement  de  six  jeunes  gens  qu'il  dboisivaitiui-même 
pour  faire  des  patrouilles  au  dehors  dans  tous  les  environs ,  jo^' 
qu'au  premier^chant  du  coq ,  et  de  revenir  alors  au  château  poQ^ 
être  relevés  par  d'autres ,  qui  rempliraient  les  mêmes  fonctiofis 
jusqu'aux  premiers  rayons  de  l'aurore,  et  qui  seraient  alors  rem- 
placés à  leur.  tour..  Rodolphe  annonça  son  intention  de  rester  de 
garde  toute  la  nuit ,  et  comme  il  était  renommé  par  sa  vigilsnee 
autant  que  par  son  courage  et  sa  force,  on  pensa  qne  rien  ne  man- 
qnerait  à  la  garde  extérieure  du  château.  Enfin  il  fu<  convaiu 
qu'eii  cas  dé  TOncontre  imprévue ,  le  son  ducOTnet  suis$fe  donn^ 
rait  l'alarme,  ee  qui  servirût  de  signal  pour  envoyer  du  renfort  a 
la  patrouille^  '        .   ^ 

La  même  prudence  dicta  des  préeantions  analogues  daus^'^"^ 
rieur.  Une  sentinelle ,  qu'on  devait  velevoc  toutes  les  ileux  heures, 
fut  placée  à  la  porte,  et  deujL  autres  forent  postées  de  l'»'^'® 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  109 

côté^a  château,  qaoiqae  le  fossé  parût  une  défense  suffisante. 
Tontes  ces  mesures  ayant  été  prises ,  on  se  jnit  à  table.  Les  dé- 
potés occupèrent  le  hant.bont  de  la  salle ,  et  l'escorte  se  phça  mo- 
destement dans  lâ  partie  inférieure.  Une  {prande  quantité  de  paille 
et  de  foin  qui  avait  été  empilée  dans  le  yestibnle  servit  à  l'usage 
anquel  les  citoyens  de  Baie  Fayaient  sans  doute  destinée,  et  à  l'aide 
d'habits  et  de  manteaux  on  eti  fit  des  lits  qui  parurent  exceUens  à 
des  ho^nmes  endurcis-  qui  en  avaient  souvent  en  de  plus  mauvais  p 
soil  à  la  guerre ,  soit  à  la  cbasse. 

L'attention  des  citoyens  de  Bâle  avait  .même  été  jusqu'à  pré* 
parer  pour  Aime  de  Geierstein  un  logement  plus  commode  que 
celai  de  ses  compagnons  de  voyage.  C'était  nu  appartement  qui 
avait  probablc«nent  autrefois  servi  d'office,  dont  une  porte  don- 
nait dans  la  salle  où  les  Suisses  étaient  alors  réunis ,  et  où  se 
trouvait  aussi  une  baie,  sans  porte,  donnant  sur  un  passage  qui 
conduisait  dans  les  ruines.  Cette  baie  avait  été  boucha  avec  soin> 
quoique  évidemment  à  la  bâte,  avec  de  grossespierres  prises  dans 
les  raines ,  empilées  les  unes  sur  les  autres,  sans  mortier  ni  cinient 
d'aucune  espèce;  nuds  si  bien  assurées  par  leur  propre  poids 
qu'ohe  tentative  pour  les  déplacer  aurait  donné  l'alarme,'  non- 
seoiement  dans  cette  cbambre,  mais. encore  dans  la  salle  voisine 
et  dans  tout  le  château-  Le  petit  appartement  arrangé  .ainsi  avec 
soia,  et  mis  à  l'abri  de  toute  surprise ,  contenait  deux  lits  de 
camp,  et  un  bon  feu  allunié  dans  la  cheminée'y  répandait  la  cba* 
leur.  La  religion  n'ayait  même  pas.été  oubliée  i  car  un  petit  cru- 
cifix de  bronze  et  un  bréviaire  avaient  été  déposés  sur  une  table. 
Geozqai  avaient  décpuvert  les  premiers  cette  petite  Retraite, 
vûmeBt  en  faire  part  aux  députés  en  se  répandant  en  louanges  sur 
b  délicatesse  des  citoyens  de  Bâle ,  qui ,  en  songeant  à  ce  qui  était 
iiécessaire  aux  étrangers  qui  allaient  arriver,  n'avaient  pas  oublié 
depom^oir  séparément  aux  besoins  particuliers  de  leur  compagne 
de  voyage.  ' 

Arnold  Biederman  fut  sensible  à  leur  attention  obligeante.  *— 
Nous  devons  avoir  compassiim  de  nos  amis  de  Bâle ,  dit-il ,  au  lien 
de  nourrir  du  ressentiment  contre  eux.  Ils  npus  ont  fait  un  aussi 
bon  accueil  que  le  leur  permettaient  leurs  craintes  personnelles; 
tt  ce  n'est  pas  peu  dire  en  leur  faveur,  mes  maîtres/  car  il  n'est 
aucune  passion  qui  soit  aussi  égoïste  que  la  peur.  Anne,  vous  êtes 
f^guée ,  ma  chère ,  retirez- vous  dans  la  cbambre  qui  voua  est.  dea* 


110  GSàBIJBS  LE/nÉlIÉltÀIRl. 

tinée;  Itiseile  àkàmsi,  puoA  nos  pnwrimis  alMmia&M,  ee 
qoL^dkt  caeoi/m  kfks  copseenaid»  ptar  votve  sonpir: 

A  cea  mou  iè  conduisit  kâ-fliditto  mmàoe  èun  sa  ohomiNM'à 
eoueholr,  antoar  4e  laquelle  il  jeta  n»  eoap  dV)^  de  satiaiMitaM; 
et  cornue  il  aUàil  se  retirer,  ilhiî  soehatta  une  bonne  naiiç  mm 
fly  ayait  sur  le  front  de-la  jmme  fiUenn  nnage^t  senbkit  M^ioti* 
eer  qpe  les  soidiaite  de  ron^oocle  ne  seraient*  pas  accomplis.  Oepais 
le  nMnnent  oà  elle  arratt  cpûttéla  Soisiey  eHe  a^ait  en  Pair  soa^ 
cienx;  elle  causait  plus  rarement  a^eo  eenx  qui  s'ajqirochaieBt 
décile  y  04  ette  ne  lenr  réflondak^e'pBr  ïa0nG^llabes;  en  va  mot 
elle  semblait  en  proie  à  nne  secrète  inquiéinde,  on  à  up  cfaagrâ 
ineonaan.  .Son  oncle,  s^en  étaitr  i^pjv ,  maia  il  Faltribuait  asses  na- 
«orellanent  a»  déplaisir  qu'elle  ëpvoviBaiO  en  se»  T4^ant  ob^gée  à» 
aea^Mrerde  Im,  céqnip^bablement  nedcTaatpAs  tarder^etai 
xcgret  qu'Ole  avait  de  quitter  le  sëjearpai8iMe''0Ù  elle  avaii^  pasi^ 
tant  d'ioinéee  de  sa  jeunesse. 

Mais  dèÎB  qu'Amie  d^  Geieieteia  ftitentrée  dans  son  apparte- 
ment ,  tons  ses  measbres  tremUèren^ ;  la?  pàlisur  eouvrit  sesjooei) 
el^e  se  laîesa  tomber ,  assise  sur  le  bok'dd^Ki  des^  deux  ^ts.  Les 
eondee  appuya  9ur  aes  genoux^  et  sa  téle  reposant  sur  ses  MittaS; 
eUe  semblait  accablée  par-une  aflfation  pofonde',  en  atta^prfs  de 
quelque  nudadîe^ semeuse,  ptaAôt  que  fatiguée  du  veysfgtf  eiaywt 
IteaeaÉ  de  quelques  rafraîiAisaeuieae.  Aiiu»ld  n^était  paoî  très  à» 
fojiasit  sur  toutes  les^oauses  quêpeanmife  agiter  le  ecracétae 
fomae.  Ilf^t que  s» nièce eauÂrsii,  mais^il nePatti^ttaftqiAnK 
aniîfi  dant  ndus  avons  dë$à  paodé,  et  il*  ki  blâaa»  aiw  dw^tor 
d^airoir  déjà  perdu  le  eoraetère  dNine  fille  deliiSaiseey  qnaudelle 
peuvait  eneoresenlÂr  le  ^^nt  qui  animait  de  cepay». 

—  U  ne  fiËnt  pas,  fait  dit^,  qa»  vous  fiii&iea  croire am^dHOS^ 
d^  Allemagne  et  de  Flandre ,  que  nos  filles^desent  plus  eequ^étt*^ 
leurs  mères  ;  saae  quoinone^auinotts  à  livrer  enoeÎNi  tes  battéltesde 
âempach  et  de  Laapen  /pour  convaincre  TEmperéur  e^  ce*  W" 
gveiUettx  duc  de  Bonrgo^  que  les  Suisles^de  nos  j<Nir»ettiif  en- 
core le  mâlne  comnge  que.  leur»  aucAtresr  Quant  à  notre^^^^^^ 
tîon:,  je  ne 'la  cirains.  pas }  mon  frère  est  comsrdeFEmpife^ft^^ 
VfSritéy  et  .par  conséquent  il  vent  être  sûr  que  tous  ceux?  àfii  ^^^ 
drdit  de  cenunander  sont  à  ses  ordres.  Il  vous  mande  près  de  av 
poipr  prouver  qu!il  a  droit  de  le  faire  ;  mais  je  Iç  connais  ^^^^^^ 
^'il aura  vu  que  ses  désirs  sont  une  loi  pour  vous,  il  ne  s^4^ 


CBIAU»  JUS  TÉStÊÊÊàmK  m 

daoa  sea  ÎBtiigMSiib  oobv  «(dans  m» plauaBibilMiui ?Nod,  nt»^ 
vwan'éti»paften:)étaftde8erw.kftpvoj«iBdaecnte  etil^finulr» 
loiâ  résoudre  à  reimnMTj^flr  av  UU^^  et 

à  continuer  d'être  le  bijou  du  vieux  paysan  votre  onde. 

— tlU  an  ^al  que  noua  y  fasaîona  nainaenant  I  s'ëem  Aue 
a? ea  uftaaaeM  de  déla«sae»qiifelki  dkmwtàsL  vainanaant  à^achar  on 
àrépriffijar.  ' 

—  Qekk aenôt  àUfittileafrant  qnenoofrayûna raaqdi  k Mnaaia» 
pour  bfadle  nona  sMwaa  en  uardiCt  r^MmAtle LandaawMMt 
<fi  prenait  toot  à  la iattre^  Maîa  aniwa-  nwn  conactt,  Anna, 
nuiagaz  on  mooeeani  bnreB  tioia  gtntaea  de  ¥in,  re|ioaai*»voaa 
amiiie^  et  tous yena  éveiUarez  deanain  anaai  gaieqn'nn  joor  dt 
&e  m.  Suiaae ,.  foand  la  nnaette  sonne  la  réreittMr . 

Anne  se  trame  alarator. état  d'alb%i»ei^  ua violant  nalfde  téie, 
çiino^oiperBwe^t^dQpvendxeanonnenonraîtnve,  et  aoofaniialé 
iMuisair  à  aeii.onal((ft  EUe.dîl^nanîte.à  Liaettad^érctarchar  ee 
1"'if  fai  ffillnit  à  olfa  mflmn  poiir  non  nonpcnr  j  cl  lui  Toimiunsnia  du 
ikft  fûre  anem  hrak  «n  reyeonnty  et  4e  ne  paa  kilcnenqpi«  aaai 
npas,  âeUcaTaille  bophenr  des'endorpir.  Arnold  BiedaiHUMa 
<SBi»asiaea  iiiàce>  etaMa^rejoindre  seaeeUàgnaa,  qui  l'atundaîenc 
a?ee  impataenee  pour  attaquer  lea  fNNnéaiioas  dont  là  idUb  élaît 
^^IttEgée.  Les  jenies  gêna  de  Teseorte^  donftlenoelbn'<t«tdip 
9àlaé  par  le  dopant  éfs»  lai  patmaîUeel  par  kplaeenM^de  taete 
loitiadlee  à  «leurs  t]pasteai  raapectîfs^.  nUasient  paa  an^nminasbanna. 

^<ailion.i^pBa  lef  peoaonnagaa  jim  grvrm  ei.  plur  ùnpovians' 

Plagié  de  tonte  la  «empngme^  quipienençahle  krfnédaciiéiteBe 

■ttiiàra  petxQÛaraalei.  Las*  yayngeurs^ eomuteoeèrantaiorB'  kurs 

opératiana  avec  une  vivacâté  qui  pi;e»mt;qne  yinoarlituik'd» 

siMipsr  et  le  tawy  qn'ik  avaient  pasa^  à.fiûra  'des  anrafngenmna 

P^Umiaairaav  arvaiana  considérabkBKnS  aîgnké  lenr  *  appdtiit^  Le 

Undamman  lui-même ,  dont  la  tempéranœ  app roabait  quelfaar 

fiis  da  rabaainenwa ,  parat  >  cette<»niù  »  plos  disposé  qn^  L'oréînaiFe 

^  se  Ibtor  ans  plaiÉm  d&la  tadbk*  Se»  ann  de  Safawîtk>  snivme 

ion  exempk.,  numgea,  but  et  parla  plus  que  defeoutnme^  Les 

deux  autres  députés  firait  tout  ce  qn'ils  poowent  faire  sans  ris* 

^Ito  de  se  laisser  aecni^r,  deshanger  k  repes  ep  œgîei  Leviêux^ 


112  CiHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Philip&oi^  regardait  oette  scène  d'an  oeil  attentif ,  et  n'emptissait 
son  terre  qae  lorsque  la  politesse  exigeait  qu'il  ûi  raison  aux  santés 
qui  étaient  portées.  Dès  le  commencement  du  banquet ,  son  fils 
était  sopti  de  l'appartement  de  la  manière  que  nous  allons  rap« 
porter. 

Arthur  s'était  .proposé  de  se  joindre  aux  jeunes  gens  qui  de- 
vaient faire  des  patrouilles  au  dehors  ou. remplir  les.fonctions de 
sentinelles  dans  l'intérieur  du  château;  il  avait  même  déjà  pris 
quelques  arrangement  à  ce  sujet  avec^l^gismond ,  troisième  filsda 
Landamman.  Mais  avant  d'offrir  ses  services  comipe  il  se  le  pro- 
posait,  ayant  jeté  un  dernier  regard  j^our  ce  soir  sur  Anne  de 
Geierstein^  il  remarqua  sur  json  front  une  expression  si  solennelle, 
qu'il  ne  lui  fut  plus  possible  de  penser  à  autre  chose  qu'à  deviner 
les  motifs  qui  pouvaient  avoir  donné  lieu  à  un  tel  changement. 
Son  front  ordinairement  serein  et  ouvert,  ses  yeux  qui  expri- 
maient l'innocence  qui  est  sans  crainte ,  ses  lèvres  qui,  secpndées 
par  un  regard  aussi  âranc  que  ses  discours ,  semblaient  toujours 
prêtes  à  énoncer  avec  confiance  et  bonté  ce  que  son  cœur  lui  dic- 
tait; tout  en  elle  avait  en  ce  moment. changé  de  caractère  et  d'ei- 
pression,  à  un  degré  et  d'u^^e,  manière  qui  faisaient  croire  qu'on 
ne  pouvait  expliquer' ce  changement  en  Fattribtiant  à  des  causes 
ordinaires.  La  fatigue  pouvait  avoir  &it  pâlir  les  roses  de  ses  joues, 
un  mal  subit  pouvait  avoir  terni  l'éclat  de  ses  yeux ,  et  chargé  son 
front  d'un  nuage ,  mais  l'air  d'acçablenient  profond  avec  lequel  ses 
yeux  se  fixaient  quelquefois  sur  la  terre ,  les  regards  effrayés 
qu'elle  jetait  de  temps  en  temps  autour  d'elle ,  devaient  avoir  ku^ 
source  dans  pue  cause  différente.  Ni  la  fatigue ,  ni  la  maladie  ne 
pouv^ent  expliquer  la  manière  dont  elle  contractait  ses  lè?resy  en 
personne  déterminée  à  voir  ou  à  faire  quelque  chose  qui  l'effraie; 
il  y  avait  une  autre  cause  à  ce  tremblement  presque  insensible  qu 
agitait  parfois  tous  ses  membres ,  et  qu'elle  send)lait  ne  pouvoir 
maîtriser  que  par  un  violent  efforti  Ce  changement  remarquable 
devait  avoir  sa  cause  dans  le  cœur ,  une  cause  affligeante  et  pé- 
nible. —  Quelle  pouvait-elle  être  ? 

n  est.  dangereux  pour  la  jeunesse  de  voir  là  ])eauté  parée  de  tous 
ses  charmés  et  armée  du  désir  de  faire  des  conquêtes  ;  mais  il  1  est 
encore  bien  davantage  de  la  voir  dans,  ses  instans  d'aisance  et  de 
simplicité  y  cédant  sans  affectation  à  l'aimable  caprice  du  moment, 
et  cherchant  ce  qui  peut  lui  plaire  autant  qu'à  plaire  elle-m^'ûe* 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  1 13 

0  existe  des  hommes  dont  le  oœar  est  encore  plus  -rivement  ému 
ea  voyant  la  beauté  ptongiée  dans  le  chagrin ,  et  en  éprouyaut  cette 
douce  pitié,  oe  désir  de  consoler  une  belle  affligée^  que  le  poète 
décria  comme  un  sentiment  bien  Toisin  de  Famoiir.  Mais  snr  nn 
esprit  d'nne  toomnre  romanesque^  comme  on  en  voyait  souvent 
dans  le  moyen-age,  la  Yue  d*une  jeune  personne  charmante,  en 
proie  à  la  terrear  et  à  la  souffrance  .sans  aucune  cause  visible , 
devait  peut-être  faire  encore  plus  d'impression  que  la  beauté  dans 
son  éclat,  dans  sa  tendresse,  ou  dans  l'affliction.  E  faut  se  rap« 
pder  qae  ces  sentimens  n'existaient  pas  seulement  dans  les  rimgs 
élevés,  et  qu'ils  se  trouvaient  dans  toutes  les  classes  de  la  société 
au-dessus  du  paysan  et  de  l'artisan.  Le  jeune  Philipison  regardait 
donc  Antie  de  Geierstein  avec  une  curiosité  si  ardente,  mêlée 
detantdecompassion  et  de  tendresse,  que  la  scène  active  qui  se 
passait  autour  de  lui  semblait  disparaître  à  ses  yeux  et  le  laisser , 
daos  une  salle  où  régnait  tant  de  bruit,  seul  avec  l'objet  qui  Tin* 
téressatt. 

Quelle  pouvait  donc  être  la  cause  qui  accablait  ainsi  un  esprit 

dont  réquiUbre  ^tait  si  partait,  un  courage  qui  était  au-dessus  de 

son  sexe,  tandis  que  sous  la  protection  d'une  escorte, composée 

des  hommes  peut-être  les  plus  braves  qu'on  eût  pu  trouver  dans 

toate  l'Europe,  et  dans  un  château  fortifié,  la  femme  même  la  plus 

timide  aurait  pu  être  sans  inquiétude  7  Silrement  si  une  attaque 

avait  lien,  le  bruit  du  combat  ne  devrait  être  guère  plus  effrayant 

pour  elle  quelesmugissemensdes  cataractesqu'il  l'avait  vue  mépri- 

'^•"-Du  moins,  pensait-il,  elle  doit  songer  qu'il  existe  un  hcHume 

qaef  aBection  et  la  reconnaissance  obligent  à  combattre  pour  sa 

défeose  jusqu'à  la  mort.  Plût  à  Dieu,  continuait-il  en  se  livrant  tou- 

joQrs  à  sa  rêverie ,  que  je  pusse  l'assurer  autrement  que  par 

signes  ou  par  parole^ ,  de  ma  résolution  invariable  de  la  défendre 

aa  risque  des  plÉis  grands  périls.  '         . 

Tandis  que  ces  pensées  se  traversaient  rapidement  son  es* 
pit,  Anne,  dans  un  de  ces  accès  de  tremUement  momentané 
qui  semblaienti'accabler,  leva  les  yeux ,  les  porta  tout  autour  de 
^  salle  avec  un  àir  de  crainte  i  comme  si  elle  se  filt  attendue  à 
voir  an  milieu  de  ses  compagnons  de  voyage,  qu'elle  connaissait 
^0^)  quelque  apparition  bizarre  et  funeste;  enfin  ils  rencon- 
trèrent ceux  d* Arthur,  qui  la  regardait  avec  attention.  Elle  les 
l^ftisia  aussitôt  vers  la  terre ,  et  sa  rougeur  prouva  qu'elle  sentait 

8 


1  iSk  CHÂRLEa  LE  TÉHÉRiitllB. 

que  Ms  maaièflies  *  étranges  avùent  été  remor^péat  pfeur  le  jiatme 

Deaoïi  oftté'^rtlliir  sentit  qn^jl  né  rongùsÉit  pas  mùafiqncLla^ 
jeune  fille,  et  il  se  reûra  à  l'écart  pour  qiatdle  ne  pût;  tltna^* 
cmcitt  Mafis  qnaid  Anne  se  leva  et  qte  wn  onde  UbCfio^visil 
dans  sa  eiMmbrey  ««Bine  nons  l'ayons  iéj^  mfiffàté  9  ilsemUa 
au  jeane  Bbilipson  qu'elle  l^afrattiaissé  dans  le  sombre  crépnsoiile 
d'ane^satteianéraipe.  Il  eonlinuait  à  réfiéchir  sur  lesiqetqni  IW 
cupaît  sl^viveni^nti>  qnand^a^veiix  mâlede  DonnaetHigdi  se  fit  en* 
teirii«'à  son  ot^tllet  ; 

-^Bb  bieni  Gaaiaradoy  notre  nuirehe  d'-anjonr^htiiToas  art- 
eUe-  tàtagfiLé^  am  peint  qae  ^ona  allez:  vails  endecmir.  UM  de- 
beat*' 

— ADien-ne^pli^el  Hasiptmen,  rendit  le jeiqieAnglai|i sor- 
tMit  de  sa-  rêverie,  çt  donnant  à  Rodolphe  le  titre qne  les  jeimes 
g^s  <30i^iôSjant  l'«oérte  loi' avaient  nnenjmettient  centtrévetqui 
signifie  chef  on  capitaine.  A  Dieu  ne  plaise  que  je  dorme,  si  te 
Tent  apporte  quelque  eheee  qni  médite  qa^on  veillel 

-*-  Où  Tona  proposez-TOUS'  d'être  aa,pren|i«r  chant  da  eoq  ? 
^  <**0^  mon  devcdr^  où  votre  eKfi^icnee  m'appelleront,  HsapO 
man.  Maîs^arréc  TOtiie  permissîeii^  j^ai  d^sadin  de  saoïfter Ja  g^^e. 
snr  le  pont  jnsqn'an  dbantdn  coq,  en  place  de  SigiaoUNid;.  U  se 
reseentenoer&de  rcoitofse  qu^il  s'est  donnée  en  eonrant  >aprè$  Q^ 
chamoift^  et  Je  lu»  ai  consefllé  de  pr^Mlre  un  rqpos  nen  intecrûa^Vi 
comme- le  meilleur  moyen  de  recDfwrer-se»  toro^^'. 

—  H  fera  donc  bien  de  ne  pas  s^i^anter^  ^^ir^le  vieuK  Lan- 
danm»!  n^est»  pas  homme  à  regarder  «1  si  léger  accident  comm^ 
une  excuse  pour  se  dispenser  de  sen  deroir^  Gçuk  qni  Bupt  sens 
sea  ordres  doiVeât  avoir  an^si  pen  de  cervelle  qttîan  bceuf^-deSv. 
membre»  aressi  i^gouvenx  qae  eeax  d'ua.onrs  y  et  itxie  aniMi  ioeBU' 
sibles  que  le  fer  et  le  plomb  à  tous  les  évènenifaia  de  le  vie,  et 
anssi'itiacoessiblés,  ài  tantes  lee  fadblessaa  de  If bumenité^       ^ 

-^  J'ai  été  quelque  «eiiips  l^hdle  ducLandaHunan ,.  et  je  n^^i  P*^ 
vqi>d?e(neni|>le>d'niie  diacipline^si  rigoorense* 

-^  y«iis  êtesiétranger,  et  le  vieillaiid  est  trepi  hospitalier  P^ 
iMis  imposer- la^noindre  ceotriânte  ;  qnqlqne  paitiqdil  vous  p»>^ 
de  prendre  àinoa  amusemena  on  à  nos  devoîsa,  miHtaicea,  ^^ 

an^velentaire.  Aistsi  dtiqe  qwmé  je  'Ve«i|>^I^ 
ade  patripiltenn  pcennet  chmftr  ^(<«^^ 


CnkBUIS  IX  TEMfRiMHB..  1  ta 

r^Je  mé  regarda  oramio  son^iNMiordrai  ea  m  «oiÉnt.  liai»^ 

pour  ne  pas  ftii»  assant  de  polilaMe»  )é  ^ova  d^naî  qm  je  aérai 
relevé  de  garde  sûr  le  pont ,'  au  chant  du  coq ,  et  que  je  aemi- 
cbrmé  de  pcavoir  me;|Mroieeoer  afera  sac  m  terma  plus  étende. 

—N'est-ce  pas  yons  ei^poser  saas  néoBÉÔÈé  k  plos.  dt  fatigaa  . 
qWil  «e  oenvient  peiil^ftre  k  vos*  forces  ? 

— Je  n'en  aurai  pas  plea  qm  vous J.  Ne  "veee  ppopeaevfou  pee. 
de  veiller  teete  ^a  seit  ? 

—Sans  doQtç ,  mais  je  suis  Suisse. 

— tEt  moi»,  je  seis  Aeglèît,  «épliqua  Philipaoe  avec*vîtaoité« 

— Je  Q^ei^teadaia  pasf  0^  quo'je  dîeaia  dans  le  sens^qqe  vosa  I^^' 
prenez»,  di^  Rodolj^e-ei»  siant;  je  voulais  aeeleoiBeA  dire  que  je 
sais  aaturcdlenMait  plu»  iaàéresaé  ëû  œtle  afEoire  qnervoiia  n^  poe- 
vez  l'être^  vous  qui  êtes  étranger^  à  là  cause  k*  lequrile  noij» 
soQimasperaoniieUemaiit  attafii|és. 

—Je  suifl  ui^  étiejiger  aana  doute»  wais  un  éurauger  qui  a  reçn 
chez  voua'  l'hospitalité ,  el  qei  par  oûusëqœnt  a  droit;,  ixBt  qu'il 
sera  avec  tous,  de  partager  vos.  traMux.  et  ^oedangava* 

-<  Seil:  1  j'aarai  fini  ma  première  piKrouîlle  à  l'iMun»  où  lee  aeu- 
tineUes  dû  ébâteau  seront  rrievéea  »  et  je  eeraî  prêt  à  in  oommen» 
cerune  aeeonde  en  votre  benne  oompagnie.   . 

---D'eacord;  et niainaenanftjevàismex^endreànioii peste»  oar  je 
soQpçonnêSigismoQddein'aoeuser  déjâd'aycir  ouhUéniapromesae» 

Ôs  allèrent  ensc^le  àl  la  par  te,  et  Sigismond  céda  sas  armea  et 
^Hfoste  anfjeutte  Aaiglaiaà  la  pren^ère  sommetîen»  eonfimm»! 

aiiuif opinion  qWon! avait  de  lui  en  ginérel»  qu'il  était  le  pl&a.ia» 
^olm  et'  le  moins  actif  de^tous  les  en&na  de  Bi^denean.  .Reddpkn 
oepatcadoierscm  mécontemâment. 

^QuB  dktait  la  Landamman,  Jtti  demanâa-t41 ,  s'il  te  voyait 
céder  aiusi  tes  aneea  et  toapeste  à.iia  ^trangfer  ? 

-^11  dirait qw  j'ai  men  faiit»  répondit  Sâgianmid  aana  s'intian^ 
afin,  oar  â  po»  reixMiimande  teajaavede  laisser.  £pire  à  l'étranuger 
toet  oe^pie  Ibdb  lui  sen^Ue»  et  Arthur  eet.  snr  ee  pont  de  eapropre  - 
^^nakiité  ;  je  ne  ki  lei  ai  pas  dsHUiBdë.  Ainaidionc»  amm  bon  Arlhii^ 
paisque  w^Stppréiânes  «Q  air  finoièet  leelaif  deiune  à  diafsiniNniiL 
<^aidetià  an^beèiaDiiMMBil,  j'y  oaMeas^toMti  w»n^oœttr.  Ibib»' 
taeaat».éeoiile&  vetre^cmsignei.  Voea  dévee  anéierq^inaonqafe  én^ 
'  •  •       •  •      ■  .    •■    8. 


116  CHARLES  LE  TEIIÉRAIBE. 

trera  on  Tcmdra  entrer  dans  le  cbfitean ,  à  moins  qa'il  ne  tous 
donne  le  mot  d'ordre.  Mais  tous  laisserez  sortir  ceux  de  nos  amis 
que  TOUS  connaissez,  sans  les  questionner  et  sans  donner  l'alarme, 
parce  qne  la  dépntation  peat  ayoir  besoin  d'envoyer  des  messa- 
gers an  dehors. 

—  Qae  la  p^te  t'étonffe,  fiiinëant  1  s'écria  Rodolphe;  tnesle 
seul  paresseux  de  tous  tes  firères. 

—  En  ce  cas,  je  snis  le  seul  qui  soit  sage.  Ecoutez,  braye  Haupt- 
jnan  :  tous  avez  soupe  ce  sbir,  n'est-ce  pas? 

— C'est  une  pteuve  de  sagesse,  sot  hibou,  que  de  ne  pas  aller  à 
jeun  dans  la  forêt. 

—  ai  c'est  une  sagesse  de  manger  quand  on  a  faim ,  répliqua 
Sigismond,  ce  ne  pei^t  être  une  folie  de  dormir  quand  on  a  som* 
meil.  A  ces  mots,  la  sentinelle  relevée,  après  avoir  baillé  deux  ou 
trois  fois,  rentra  dans  le  château  en  boitant ,  prouvant  ainsi  la 
réalité  de  l'entorse  dont  elle  se  plaignait. 

^  Il  y  a  pourtant  de  la  force  dans  ces  membres  indolens,  dit 
Rodolphe,  et  cet  esprit  lent  et  engourdi  ne  manque  pas  de  cou- 
rage. Mais  tandis  que  je  critique  les  antres,  j'oublie  qu'il  est  temps 
que  je  commence  moi-même  ma  tâche.  Ici,  camarades,  ici. 

Le  Bernois  accompagna  ces  mots  d'un  coup  de  sifflet,  qui  fit 
sortir  du  château  six  jeunes  gens  qu'il  avait  désignés  pour  le  soiTre, 
et  qui,  ayant  soupe  à  la  hite,  n'attendaient  que  son  signal.  Ils 
avaient  avec  eux  deux  grands  limiers,  qui,  quoique  principale- 
ment dressés  à  la  chasse,  étaient  excellens  pour  découvrir  les. em* 
buscades,  et  c'était  pour  cet  objet  qu'on  les  emmenait.  Un  de  ces 
animaux  était  tenu  en  lesse  par  un  jeune  homme,  qui,  formant 
l'avant-garde,  marchait  à  environ  trente  ou  quarante  pas  en^vant 
des  autres  ;  le  second  appartenait  à  Donnerhugel ,  pi  obéissait  à 
tous  ses  ordres  avec  une  docilité  sans  égale.  Trois  de  ses  compa- 
gnons suivaient  Rodolphe ,'  et  les  deux  antres  se  tenaient  à  quel- 
ques pas  en  arrière,  l'un  d'eux  portant  une  corne  suisse  pour 
donner  l'alarme  en  cas  de  besoin.  Ce  petit  détachement  traversa 
le  fossé  par  le  moyen  du  pont  qu'on  y  avait  jeté  tout  récemment, 
et  s'avança  vers  la  forêt  voisine  du  château,  et  dont  là  lisière  de* 
vait  probablement  carïier  les  embuscades ,  si  l'on  avait  à  en 
craindre.  La  lune  était  alors  levée  et  presque  dans  son  plein,  et  de 
la  hauteur  sur  laquelle  le  ehâtéau  était  8itné>  Arthur,  à  la  faveur 
de  la  lueur  argentée  de  cet  astre»  put  suivre  des  yeux  leur  marche 


CHARLES  LE  TÉMÉIV^IRE.  117 

lente  et  Girconspecte  i  jusqu'au  moment  où  ih  disparurent  dans 
l'épaitseor  de  la  forêt. 

Lorsque  cet  objet  eut  cessé  d*attirer-aes  regards ,  ses  pensées , 
pendant  sa  fiiction  solitaire,  se  reportèrent  sur  Anne  de  Geiers- 
tein  y  et  sur  la  singulière  expression  de  chagrin  et  de  crainte  qui 
s'élait  répandue  sur  ses  beaux  traits  pendant  cette  soirée  ;  et  U 
rongeur  qui  aTait  &it  disparaître  uti  instant  de  sa  physionomie  la 
pâleur  deFafflictionjet  de  la  terreur,  a»  moment  où  leurs  yeuxs'é* 
taient  rencontrés  y  était-ce  terreur,  modestie,  quelque  sentiment 
plus  doux  et  plus  tendre  ?  Le  jennePhilipson,  qui ,  comme  Téouyer 
d'un  des  contes  de  Ghaucer ,  était  aussi  modeste  qu'une  jeune.fille, 
n'osait  interpréter  ce  symptAme-d'émotion  d'une  manière  aussi 
fitYorable  que  l'aurait  fait  sans  scrupule  un  galant  plus  rempli  d'a- 
moar>propre.  Ni  le  lever  ni  le  couchor  du  soleil  n'avaient  jamais 
otfert  à  «es  yeux  des  teintes  aussi  douces  que  celles  qui  avaient 
orné  lea  joues  de  la  jeune  Helvétienne,  et  qui  étaient  encore  pré- 
sentes à  son  imagination*  Il  ne  cessait  de  multiplier  les  interpré* 
tations  des  signes  d'intérêt  qu'avait  montrés  la  physionomie  d'Anne 
de  Geierstein.  Jainais  visionnaire ,  jamais  poète  ne  prêta  autant  de 
formes  bizarres  aux  nuages. 

Cependant,  au  milieu  de  ces  réflexions ,  une  pensée  soudaine  se 
présenta  à  son  esprit.  Que  lui  importait  de  connaître  la  cause  du 
trouble  .dont  elle  était  agitée?  U  n'y  avait  pas  encore  bien.long- 
temps  qu'ils  s'étaient  vus  pour  la  première  fois  ;  ils  devaient  avant 
fea  se  séparer  pour  toujours  ;  il  ne  devait  être  pour  elle  que  le 
loayenir  d'une  charmante  vision;  et  il  ne  devait  conserver  une 
phce  dans  sa  mémoire  que  comme  un  étranger  qui  avait  passé 
quelques  jours  chez  son  oncle  pour  n'y  pfus  reparaître.  Quand 
cette  pensée  se  présenta  à  la  suite'des  idées  romanesques  qui  l'oc- 
cupaient ,'  ce  fut  comme  le  coup  de  harpon  qui  &it  sortir  la  baleine 
de  son  état  de  torpeur  et  lui  imprime  tout  à  coup  un  mouvement 
Tiolent.  Le  passage  cintré  sous  lequel  il  était  en  faction  lui  parut 
subitement  trop  étroit  pour  lui;  il  traversa  le  pont  de  bois  à  la 
hâte ,  et  courut  se  placer  sur  le  teirrain  en  face  de  la  tête  du  pont 
qui  en  soutenait  l'extrémité. 

Là,  sans  s'-écarter  du  poste  sur  lequel,  en  sa  qualité  de  senU*. 
nelle ,  il  était  de  son  devoir  4e  veiller ,  il  se  promena  rapidement 
et  à  grands  pas ,  comme  s'il  eût  fkit  vœu  de  prendre  le  plus  d'exer- 
cice pôsssible  sur  un  terrain  si  limité.  Cette  marche,  continuée 


M 8  «lARtES  Lit  TÉMâRAIRË. 

rentrer  en  Ini-mé^e;  il  se  rappela  les  nomiNre^ses  faiMms  ^oi  de- 
-mÊmut  r«mpêâier  d'aocordfer  aoii  «ttentkm  >  «et  sAnoat  son  affec- 
tioR ,  à  ^ette  ^Mè  penùmM-^  quelcjne  «édlûiadKte  ^'«He  lAU 

•—  Il  me  reste  cepiMiMnent  «ssez  'de  Ima  Mfts^  se  di^il  à  lld* 
màmit  «D  rdsttf issant  ie  ptfs  m  en  appvyant  sur  Mn  éj^vte  'Ba 
lemtle.  peitaiiane^  piMH*  mft  convenir  de  Ma  simaimi  et  àe  iii«s 
'AemTOy  pear  sotigar  à  mon  fote ,  «  qui  je  tiens  Ken  de  loat ,  {wsir 
penser  an  dëshwnenr  4e«t  je*  me  eènvrirais  si  j'étais  capabte  de 
«hercber  i  gagner  4'afiectiOb  d'une  jeune  fdle  doift  le  eqenr  •^t 
plein  de  franoUse  et  4e  ooniaaœy  et  à  qui  je  toe  pourrais  eemoa- 
orer  ma  "vie  en  retour  de  ses  eenlûnens,  Alais  non,  eUe  m'oubliera 
bientAt,  et  je  l&dMami  de  ne  me  so«v«nir  d'elle  que  comme  d'im 
songe  agréable  qvi  a  embelli  «n  imstant  um  ntût  pleine  de  fétus', 
telle  que  ma  Tîe  semble  destinée  à  Pét^Sw 

Bn  pariant  ainsi ,  il  s'arrêta  tont  à  eoup ,  et  tandis  qu'il  s'ap- 
puyait sar  son  anse ,  line  latme  s'ésbcippa  de  ses  yanx  satis  être 
essuyée.  Mais  il  ôombattit  eet  aooès  de  sensibilité  >  eomaoîe  il  atàit 
imtéMitrsfois  contre  des  passions  plus  fières  et  plus  arieni^eiâ*  Se* 
couant  l'accablement  d'esprit  et  l'abattement  qu'il  Sentait  se  gËs- 
ser  dans  son  eodur  i  il  reprit  rair  et^aftitilde  d'une  seattinellentten- 
tiire  y  et  fixa  ses  idéé§  sur  les  défvob^  qu'il  a? ait  à  i^smplir,  et  qu  au 
milieu  du  tttmulte  de  son  agits^idn  il  aralt  presque  onbliés.  Mais 
quel  fat  son  étonnemenl  quand ,  en  levant  lés  yeux  ^  il  vit  ^  au  clair 
de  la  lunoy  passer  devant  hii  >  eartant  du  ehftteau  et  se  dirigeant 
vers  la  forêt  y  un  être  vivaat  qui  lai  offrit  l'image  d'Anae  de 
Creierstein. 


CHAÎ'ITRE  X. 


Odi  Sait  t'il  dort .  oii  t*il  m  éfmét 
Vu  80Dg«  clair,  distinct ,  bien  détaillé, 
Quand  nous  dormans ,  à  t«l  iioint  ooiti  abUM  » 
Que  ooss  croyons  que  c'est  la  vérité;    - 
Et  nom  avons ,  en  veillant ,  <raelq«ieei<nM« 
Pour  ne  pa»  croire  à  la  réalita 
De  pins  d'un  fait  que  notre  ttil  Incrédole 
«lof  •  iwpMttble.  âliturd^,  ridicole. 


VkWkttnon  d'Anne  de  Geierstein  passa  devant  son  amant ,  oa 
son  admirateur  dn  méins,  en  moins  de  temps  que  nous  ne  pouvons 
le  dire  à  nos  lecteurs;  à  l'instant  même  où  le  jeune  Anglais  faisait 
an  effort  pour  sortir  de  son  Accablenreat,  et  qu'il  levait  la  tête  avec 
¥mr  de  vigilanioe  convenable  à  uqe  sentinelle ,  elle  venait  de  tra» 
verser  le  pont,  et  passant  à^u^ques  pas  di^  faotionnàire,  sans  jeter 
ttèihe  un  regard  sur  lui|  elle  s'avança  d'un  pas  ferme  et  rapide 
vers  la  lisière  da  bois. 

Quoique  Arthur  eût  ponr  consigne  de  n'empédier  personne  de 
sertir  du  cfa&teau,  et  de  n'arfêter  que  ceux  qui  se  présenteraient 
four  j  entrer^  il  aurait  été  assez  naturel,  ne  fût-ce  que  par  civilité» 
qo^S  eût  adressé  quelques  mots  à  la  jeune  iiUe  qui  venait  de  passer 
devint  son  posta  ;  mais  ellô  avait  paru  devant  ses  yeux  si  subite- 
ment, qu'il  en  perdit  un  moment  le  mouvement  et  la  parole^  Il  lui 
semblait  que  sob  imaginfatioSk  avait  évoqué  un  fantôme  présentant 
à  ses  sens  la  forme  et  les  traits  de  celle  qui  occupait  ses  pensées , 
et  il  garda  te  sUenee ,  en  pairtie  au  moins  dans  l'idée  que  Tétre  qu'il 
voyait  éttit  immatériel  et  Ji'appartenait  pas  à  ce  monde. 

Il  n'aurait  pas  été  moins  naturel  qu'Anne  de  Geierstein  eût 
lémoîghié,.  par  un  signe  quelconque^  qu'elle  reconnaissait  le  jeune 
houne  qoi  avait  pasgé  avec  elle  un  temps  assez  coujsidéFable  sous 
k  tek  de  seii  mcleç  avec  qui  elle  avait  dansé  bien  des  fois,  et  qui 
aVmt  été  son  conqpagnon  dans  tant  de  promenades;  mais  elle  ne 
denaa  pas  far  moindre  marque  qu'elle  le  reconnût^  elle  ne  le  regarda 
même  pas  en  passant;  ses  regards  étaient  fixés  vers  le  bois»  et  elle 


120  CHARLES  LE  TÉKIÉRAIRE. 

s'avançait  de  ce  eôté  d'un  pas  ferme  et  agile  ;  enfin  elle  était  cachée 
par  les  arbres  avant  qa' Arthur  eût  recouvré  assez  de  présence 
d'esprit  poar  prendre  un  parti  sur  ce  qu'il  devait  faire. 

Son  praniêr  mouvement  fut  de  se  reprocher  de  l^avcur  laissée 
passer  sans  la  questionner,  quand  il  pouvait  le  faire,  sur  les  mptiCs 
qui  lui  faisaient  entreprendre  une  course  si' extraordinaire,  à  une 
pareille  heure,  et  dans  un  lieu  tel  qu'il  eût  été  en  état  de  lui  donner 
des  secours  ou  du  moins  des  avis^.  Ce  sentiment  l'emporta  telle- 
ment d'abord  sur  toute  autre  considération,  qu'il  courut  vers  l'en- 
droit  où  it  avait  vu  disparaître  le  bout  dé  sa  robe;  et  l'appelant 
aussi  h^ut  que  le  lui  permettait  la  crainte  qu'il  avait  de  jeter  l'a- 
larme  dans  le  château^  il  la  supplia  de  revenir  et  de  l'écouter  uu 
seul  instant.  Il  ne  reçut;  aucune  réponse;  et;  quand  les  branphes 
des  arbres  commencèrent  à  se  croiser  sur  sa  tête  et  à  refoser  un 
passage  aux  rayons  de  la  lune,  il  se  .souvint  enfin  qu'il  oubliait  son 
poste,  et  qu'il  exposait  ses  compagnons  de  voyage,  comptant  sur 
sa  vigilance ,  au  danger  d'une  surprise. 

Il  retourna  donc  à  la  bâte  près  du  pont,  plongé  dans  un  dédale 
plus  inextricable  de  doute  et  d'inquiétude,  qu'il- ne  l'avait  été  au* 
paravant.  Il  se  deiAanda  vainement  dans  quel  dessein  une  jeune 
fille  si  modeste,  dont  les  manières  étaient  si  franches,  dont  la  con- 
duite lui  avait  toujours  paru  si  délicate  et  si  réservée ,  sortait 
seule  à  ^minuit,  comme  une  demoiselle  errante  d'uni  roman  de  che* 
Valérie,  tandis  qu^elle  se  trouvait  dans  un  pays  étranger  et  dans 
un  voisinage  suspect.  Cependant  il  repoussait,  comme  un  blas- 
phème, toute  interprétation  qui  aurait  pu  jeter  du  blâme  sur 
Anne  de  Geierstein  ;  il  là  jugeait  incapable  de  rien  faire  qui  dût 
faire  rougir  un  ami.  Mais  rapprochant  l'état  d'agitation  dans  lequel 
il  l'avait  vue  pendant  la  soirée ,  du  fait  extraordinaire  de  son  ex- 
cursion hors  du  château,  seule,  sans  aucune  défense,  à  une  pa* 
reille  heure,  il  en  conclut  nécessairement  qu'elle  devait  avoir  eu, 
pour  agir  ainsi,  quelque  motif  très  puissant  et  probablement  dés* 
agréable. 

—  J'épierai  son  retour,  se  dit*il  intérieurement,  et,  si  elle  m'en 
donne  Foccasion,  je  l'assurerai  qu'il  existe  auprès  d^elle  un  cœur 
fidèle  et  sincère,  qui,  par  honneur  et  par  reconnaissance,  vetserait 
jusqu'à  la  dernière  goutte  de  son  sang  pour  lui  épargner  le  moindre 
désagrément.  Ce  n'est  point,  un  vain  transport  romanesque  que  le 
bon  sens  aurait  droit  de  me  reprocher,  ce  n'est  que  ce  que  je  dois 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  I2i 

iiire,  ce  qu'il  fitnt  que  je  fesse,  si  je  Tevx  mériter  le  titre  d'homme 
d'honneur. 

Cependant,  à  peine  Arthur  se  crut*il  hien  affermi  dans  une  ré* 
solution  à  laquelle  il  ne  trouvait  aucune  objectiob,  que  ses  idées 
prirent  un  autre  cours.  Il  réfléchit  qu'Anne  avait  pu  désirer  d'aller 
à  Bâle,  suivant  l'invitation  qui  lui  en  avait  été  faite  la  soirée  pré» 
cédente,  son  oncle  ayant  des  amis  dans  cette  ville.  A  la  vérièé ,. 
c'était  choisir  une  heure  singulière  pour  exécuter  ce  dessein  ;. 
mais  il  savait  qu'en  Suisse  les  jeunes  filles  ne  craignent  pas  dé- 
marcher seules,  même  pendant  la  nuit;  et  que  pour  aller  voir  une 
amie  malade  j  ou  dans  quelque  autre  intention,  Anne  aurait  été* 
seule ,  au  clair  de  la  lune ,  au  milieu  de  ses  montagnes,  à  une  dis* 
tance  bien  plus  considérable  que  cdle  qui  existait  entre  le  pavillon 
de  chasse  et  la  ville  de  Baie.-  La  forcer  de  le  prendre  pour  confi» 
dent  pouvait  donc  être  un  acte  d'impertinence  et  non  une  preuve 
d'aSection.  D'ailleurs  elle  avait  pa'ssé  presque  à  son  cdté,  sans 
&ire  la  moindre  attention  à  3a  présence;  il  était  donc  évident 
^'dle  n'aTait  pas  dessein  de  lui  accordier  sa  confiance,  et  proba» 
Uementelle  ne  courait  aucun  danger  que  son  aide  pût  détourner» 
En  un  tel  cas,  ce  que  devait  faire  un  homme  d'honneur,  c'iEtait 
de  là  laisser  rentrer  au  château  comme  elle  en  était  sortie,  «ans 
ftToir  Tair  de  la  voir,  sans  lui  faire  aucune  qu.estion,  et  delà  laisser 
maîtresse  de  lui  parler,  ou  non,  ccmune  elle  le  jugerait  à  propos. 

Une  autre  idée,  enfiintée  par  le  siècle  dans  lequel  il  vivait,  lui 
fsissa  aussi  par  l'esprit,  mais  sans  j  faire  beaucoup  d'impression. 
Cette  iorme  si  parfaitement  semblable  à  Anne  de  Geierstein,  pou- 
vait être  une  illusion  de  ses  yeux,  ou  une  de  ces  .apparitions  dont 
on  racontait  taqt  d!histoires  dans  tous  les  pays ,  et  dont  la  Suisse  et 
rAllemagnie  avaient  leur  bonne  part;  le  sentiment  secret  et  indé- 
^sable  qui  l'avait  çmpéché  de  lui  parler,  ûonotme  il  auraitété  na- 
turel qu'il  le  lit,  s'expliquait  aisément  en  supposant  que  les  sens 
d'un  mortel  s'étaient  refusés  à  une  rencontre  avec  un  être  d'une 
iiatnre  diGEérente.  Quelques  expressi(ftis  du  magistrat  de  Baie  ten* 
daient  aussi  à  faire  croire  que  le  château  était  hanté  par  des  êtres 
d'un  autre  monde.  Mais  quoique  la  croyance  générale  aux  appari*^ 
tiens  des  esprits  empêchât.  Arthur  d'être  tout-à-fait  incrédule  sur 
ce  sujet,  les  instructions  de  son  père,  hoiàme  aussi  distingué  par 
son  bon  sens  que  par  son  intrépidité,  lui  avaient  appris  à  n'attribuer 
à  une  intervention  surnaturelle  rien  de  ce  qui  pouvait  s'expliquer 


par  de»  ealiiert  mHàatàM.  H /ftMoit  ihnie  ê9m^dMéfM  tout  bfti- 
timent  de  crainte  superstitieuse  qui  s'attachât  un  instant  à  <5^tte 
aTenture  noccorne.  Enfin  il  vésMut  d^  i^  plis  se  livrer  à  àéê  con- 
jeotares  d»s  lesqiîcllea  il  ne  pdisaH  qae  de  tictaveatt  moiifii  *A4n- 
^étnde»  et  d'attendre  a^rè^c  fèrtnecé,  sinon  airec  ipstienee^  lie  re- 
tour  de  sa  bdie  Vi^èn  ;  retmr  qui ,  s^l  H'^kpliclapt  p9B  côtt^ète- 
aient  le  nfystère,  semblait  éû  WÊms  le  seul  moj^end'y  jeter  qntol^ae 
jour. 

^  Ayant  adopté  cette  réselution>  il  çenlsnaa^dè  se  pronelier  àr  aon 
poste,  les  yenx  to«îoul*s  fixés  shr  la  partie  dn  bots  eu  il  avait  tu 
disparaître  ccftte  fotniB  eh^rfe^  enU^Mit  un  instani  qii^l  émit  «n 
ftedon  penr  autre  thèse  qneponr  épier  te  ntpnieak  Seson  i^tovr. 
n  sortit  de^eette  rêverie  en  entendaiit  du  eàté  de  la  forêt  im  Inmit 
qni  Ini  parut  un  ciSqdetis  d'armes,  Rapptslé  fc«ir«le<«h^Hap  &u  Sen- 
timent de  ses  dcTOirs^  dont  il  Sentait  l'importanèe  powr  son  pire 
et  ses  eomps^ons  de  rcffa^ ,  Arthur  se  posta  sifi^  leftont'v  afasez 
étroit  pomr  ^n^m  pût  y  faire  quelque  résistance^  et  mit  fowtto  aon 
attention  à  s'assurer  si  quelque  dénger  menaçait  le  bhatM^«  Le 
Inmit  des  pas  et  des  armes  approchait  ;  il  fit  briller  au  blair  delMie, 
sûr  la  Ësière  du  bois ,  des  casqués  et  des  javelines  ; ,  bMs  .la  grâftide 
taille  de  Rodolphe  Dannerhugci^  qii  mM'cfaait  en  têlode  ses  <Aim- 
pagnons,  fit  reconnaître  à  noire  àentîneile  qiie  c'était  la  patrawlle 
qui  rentrait.  Lorsqu'elle  ajqirocha  du  pont ,  le  qiri*viTe ,  te  mot 
d'ordre,  en  un  mat  totate»  lés  fermes  d'asugis^  furent  obéferyés. 
Rodolphe  fit  défiler  sa  trbupe  sar  le  pont>  et  donna  ordre  ^n'on 
éveillârt  eur-le^iamp  ceux  qui  devaient  Composer  la 'secondé  pa- 
trouille,  et  qu'on  fit  relever  de  garde  AIrthur  Philipson»  le  temps 
de  sa  faction  étant  alors  eapiné^  comme  Pëât  attesté  au  besoin 
l'horloge  de  la  cathédrale  de  la  Tille  de  Bâle  >  ^mt  le  son  'é#  )^ro- 
loBgeant  à  travers  les  chanips  et  pàr^essu^  la  forât ,  fit  «uteiidre 
tes  dou2e  heures  dl$  mîtiait. 

—  El  maintenant,  tiMhtâàé,  Ait  Rodolphe  à  Arthur^  l'air  froid 
et  une  Idngtiè  facttofi  vMS  ont  pent-^ètrë  dddné  l'envie  de  prendre 
^elque  nourriture  m  de  vohs  reposer ^BIos^'Vcheis  encorettao^s  l'in- 
teation  de  faire*  «ne  rtfnde  avec  nous  ? 

Au  fond  du  cœur ,  Arthur  aurait  prftéré  restar  oè  il  était,  afin 
de  Toir  revenir  Anne  de  Oriersiein  de  aon  exommôn  mysèériettse  ; 
ania  11  ne  lai  était  pas  facile  d'en  trouver  le  prétexte  ;  et  il  ne  ▼ou- 
Wt.paè  donaer  an  fier  Donaerhugel  ie  moindre  soupçon  qu'il  fût 


iniiis  f^lMÛte  et  mk(Am  ea  ëtat  d'eâdnrer  b-ftitigve  ifimtsm  des 
fnods  nentagaards  dont  îl^Mùt  en  ee  motnenfe  lé  60inpagboa«  Il 
B'bénitaihmepaiiw  îilstftBt^  et*renieltatit  sa  perUHflftiie  à  l'kldo* 
lut  ^iffmjBoni  >  qui  -fltmta  e6  baiUant  et  to  éteadant  les  brafi , 
comme  un  homme  dont  le  ftonniieil  Tient  d'être  interrompa  à  aon 
grand  regret-,  aatnoteeàtoùilîonissaitda  repos  le  plnsdooxet 
^plus  profond^  îlrépendk  à  Rodolphe  qu'il  étâdt  toujoors  disposé 
à  faire  avec  loi  une  reconnaissanee.  Les  jelines  geas  ipA  déyaieat 
fonner  la  patreiniie  ne  tardèrent  pas  à  arrÎTer.  Parvâ  eax  se  trou- 
tait  Rndig^ ,  fih  aîné  du  lÊÀBdamniBn  d^Uafderwald*  Le  ehampîqn 
bernois  se  mit  i  leur  téie,  et  kifeipi'ilB  forent  arrivés  près  de 
k  Msiète  de  la  finrét  ^  il  ^irdiaïaà  à  trois  de  9ê5  {[tas  de  aaîyre 
Badiger. 

-^  Vona  fer»  Toftre  rcmde  dn  eké  gadfébe»  At  Rodolphe  à  Ha* 
d^er  ;  je  félnai  la  dûenae  par  la  droite,  et  nous  noos  réjoindrons 
gaiement  à  Tendroit  convenu.  Prenea^ndas  chiens avee  Vous;  je 
gRderai  Wolfi^'anger  ;  il  eowrra  ear  un  Bôilrgwgnoa  tfftssi  bien 
fissornttoftra. 

RiÉdiger>  àvvte  ses  troi»  hénones,  partit  du  eôlé  gaadw»  sni- 
nat  l'ordre  qu'il  venait  de  r^oevoir  i  et  Rodolphe  ayant  envoyé'en 
«vaut  on  des  deaa  .jeàaiBS  gens  qui  lai  restaiout  ^  et  pla^  ravtre 
ea  airière,  forma  avec  Arthar  le  corps  du  eefttire.  Ayant  ea  soin 
de  ks  placer  a  mie  assez  grande  distance  pour  qa'Jl  pût  converser 
bbriHnent  mwet  son  oonipagaoa ,  Rodolphe  lui  adressa  la  parole 
avee  le  tan  de  fackBiUarité  qiie^nnëttait  leur  amitié  récente*' 

—  Eh  bien  I  roi  Arthur ,  que  pense  Sa  Majesté  d'AD^atetlre  de 
fiosjeanesHelvétiens?croy<6^vtm$î  noble  prince,  qu'ilé puissent 
rempalter  an  prix  dans  une  goutté  ou  dans  un  toui^oi  ?  iaat*il  les 
ranger  pÊohm  les  ohfervifliéré  eioaards  de  GefrnaqatÙes  ^  ?  . 

— '  S'il  s'agit  éejbutes  et  de  «oumois,  ditArtfatfr  ^  je  ne  puiâ  tous 
rtpondre^  'car  je  B^aijamais  vu  aucun  de  tous  mekité  sar  «a  pale- 
fcoi,  et  tenant  une  Ittiee  en  arrêt.  Mais  s'il  faut  préadte  en  ^nsi- 
dération  des  membres  robustes  et  des  eeeuTs  intrépides  f  je  dirai 
^e  vas  bravés  i^nisses  peuvent  faire  fâee  à  qui  que  -«e  soit  »  dans 
toat  par^à  o&  l'on  fait  cas  de  la  force  on  dé  la  valetit*. 

-^  C'est  Inen  parler ,  jeane  Anglais ,  reprit  Rodolphe;  fiims  «a- 
^z  qèe-  noBS  n'avons  paè  afcoiàé  bonne  opiniez  de  Toas^  el  je 

'*  I^chcTalien  de  Cornoaailles  sout,  en  geDeral,  baffooés  «Uns  les  fabliaux  Doraaanck^français. 


124  ^      CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

▼ons  en  donnerai  la  preave  tont  à  l'heure.  Vous  venez  de  parler 
de  chevanx  ;  je  i|e  m'y  connais  ^ère ,  mais  je  présume  qne  tous 
n'achèteriez  pas  nn  coursier  qae  tous  n'auriez  tu  que  sous  ses 
harnais  et  chargé  d'une  selle  et  d'une  bride ,  et  que  tous  Tondriez 
le  Tolr  à  nu  et  dans  son  état  naturel  de  liherté. 

— Oui ,  bien  certainement ,  répondit  Arthur;  tous  paileï  comme 
si  TOUS  étiez  né  dans  le  comté  d'York ,  qu'on  appelle  la  plus  joyeuse 
partie  de  la  joyeuse  Angleterre. 

—  En  ce  cas,  je  tous  dirai  »  ajouta  Donnerhugel,  que  vonsn^a- 
Tez  encore  tu  qu'à  demi  nos  jeunes  Suisses ,  puisque  tous  ne  les 
aTez  encore  tus  que  comme  des  êtres  aTeuglément  soumis  aux  to* 
lontés  des  Tieiîlards  de  leurs  Gantons,  ou  tout  au  plus  dans  leurs 
amusemens  sur  leurs  montagnes.  Vous  aTez  donc  pu  reniarqaer 
leur  force  et  leur  agilité,  mais  tous  ne  pouTez  connaître  le  cou- 
rage et  la  fermeté  d'esprit  qui  dirigent  cette  force  et  cette  agilité 
dans  les  grandes  entreprises. 

Le  Suitfse,  en  faisant  ces  remarqués,  UTait  peut^tre  dessein 
d^exeiter  la  curiosité  du  jeune  Anglais  ;  mais  Arthur  avait  trop 
constamment  présentes  à  sa  pensée  l'image  et  la  forme  d'Anne  de 
Geierstein,  telle  qu'il  l'avait  tùc  passer  doTant  lui  pendant  qu'il 
était  en  foctibn ,  pour  se  liTrer  Tolontâirement  à  un  sujet  d'entre- 
tien totalement  étranger  aux  idées  qui  l'occupaient.  11  eut  donc 
besoin  dé  faire  un  effort  sur  lui-même  ^pour  répondre  en  peu  ^ 
môtsaTOc  ciTilité  qu'il  n'aTait  nul  doute  que  son  estime  pour  les 
Suisses,  jeuiies  gens  ou  Tieiîlards,  n'augmentfit^encore  à  mesoie 
qu^il  les  connaîtrait  mieux. .  -  ^ 

Il  n'en  dit  pas  daTantage,  et  Donnerhugel ,  trompé  peut-être 
dans  son  attente  en  Toyant  jqu'il  n'aTait  pas  réussi  à  exciter  sa  cu- 
riosité ,  marcha  en  silence  à  c6té  de  lui.  Arthur ,  pendant  ce  temps» 
réfléchissait  s'il  parlerait  à  son  compagnon  de  la  circonstance  (pu 
occupait  ej^clusiTement  s<m  esprit,  dans  l'espoir  que  le  par^ 
d'Anne  de  Geierstein,  l'ancien  ami  de  toute  sa  faniillci  pourra^ 
jeter  quelque  jour  sur  ce  mystère.    -         . 

Il  éprouTait  pourtant  une  répugnance  inTincible  à  s'entretenif 
aT©c  le  jeune  Suisse  d'un  sujet  qui  concernait  Anne  dp  Geierstein. 
Que  Rodolphe  eût  dès  prétentions  à  ses  Ixmnes  grâces,  c*était  ce 
dont  il  était  presque  impossible  de  douter;  et  quoique  Arthur  j  ^ 
la  question  en  eût  été  faite ,  eût  dû ,  pour  être  d'accord  avec  li^ 
même,  déclarer  qu'il  n'aTait  pas  dessein  d'entrer  en  rivalUe* 


'  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  125 

In  y  cependant  il  ne  pondait  supporter  l'idée  qu'il  fiiLt  possible  que 
MD  rlyal  réns^t ,  et  ce  n'aurait  même  été  qu'avec  un  mouye* 
lient  d'impatience  qu'il  aurait  entendu  le  nom  d'Anne  sortir  de 
sa  bouche. 

Peut-être  était-ce  par  suite  de  ceti;e  irritabilité  secrète  qu'Ar- 
thur éprouvait  encore  un  éloignement  invincible  pour  Rodolphe 
Donnerhugel,  quoiqu'il  fît  tous  ses  efforts  pour  cacher  ce  senti- 
ment,  et  même  pour  le  vaincre*  La  familiarité  franche  mais  un  peu 
grossière  du  jeune  3ttisse  était  jointe  à  un  certain  air  de  hauteuib 
et  de  protection  qui  ne  convenait  nullement  à  la  fierté  dç  l'Anglais, 
n  répondait  aux  avances  du  Bernois  avec  une  égale  firanchiseï 
mais  il  était  souvent  tenté  de  réprimer  le  ton  de  supériorité  dont 
eHes  étaient  accompagnées.  L'événement  de  leur  combat  n'avait 
pas  donné  à  Rodolphe  le  droit  de  prétendre  aux  honneurs  du 
triomphe,  et  Arthur  ne  se  regardait  pas  comme  compris  dans  le 
nombre  des  jeunes  gens  que  Rodolphe  commandait  en  ce  moment 
(ar  suite  de  leur  consentement  unanime.  Philipson  aimait  si  peu  ' 
cette  affectation  de  supériorité  que  letitre  de  roi  Arthur  qu'on  lui 
ibmiait  en  plaisantant ,  et  qui  lui  était  parfaitement  indifférent 
ilansla  bouche  des  enfansde  Biederman ,  lui  paraissait  presque 
offensant  quand  Rodolphe  prenait-la  liberté  de  le  lui  appliquer.  Il 
se  trouvait  done  dans  la  situation  peu  agréable  d'un  homme  inté- 
rieurement mécontent ,  et  qui  n'a  aucun  prétexte  pour  laisser  per- 
cer son  mécontentement.  Sans  doute  la  source  de  cette  antipathie 
secrète  était  an  sentiment  de  rivalité;  ce  sentiment ,  quoique  Ar- 
tluir  crtàgnit  de  se  l'avouer  à  lui-même^  eut  cependant  assez  de 
force  ]poiir  l'empêcher  de  parler  à  Rodolphe  de  l'aventure  nocturne 
qui  rintéressait  tellement.  Gomme  ilavait  laissé  tomber  la  couver* 
sation  entamée  par  le  jeu&e  Suisse ,  ils  marchèrent  quelque  temps 
en  silence ,  la  barbe  sur  l'épaule,  comme  disent  les  Espagnols  » 
c'est4hdire  regardant  sans  cesse  à  droite  et  à  gahche,  et  s'acquit* 
tant  ainsi  avec  vigilance  des  dcToirs  qu'ils  avaient  à  remplir. 

Enfin ,  après  qu'ils  eurent  fait  environ  un  mille  à  travers  les 
cbmps  et  dans  la  forêt ,  en  décrivant  autour  des  mines  de  Grafb* 
Inst  un  segment  de  cercle  assez  étendu  pour  s'assurer  qu'il  ne 
pouvait  exister  aucune  embuscade  entre  le  château  et  l'endroit  où 
ils  se  trouvaient,  le  vieux  chien,  conduit  par  la  vedette  qui  était' 
en  avant ,  s'arrêta  tout  à  coup  et  gronda  sourdement. 
— Eh  bien  I  WoU-Fanger  ,.dit  Rodolphe  en  «'approchant  de  lui , 


qfily  ait-ii  imo^  inev  ooçniii?  bUeft  q|iM  Ui  b»  srâiiM  dirtip^ 
gttar  le»  amie  de»  «lUieiniB?  Yopns»  ïéflécbifi-ymi«  sQQQode  feU; 
il  ne  £ftiit  pasperdne  u  répitatioii  à  loaige.  Allons,  seniipUifnelfie 
piste? 

Le  ebien  le^â  le  nesc  en  l'air ,  comsie  s'iLeût  |iaTbile«i«at  oom- 
pns  oe  que  Ini  disakaon  mallre,  en  aeoonantlalctoe^an'wnaunt 
la  qnane,  comme  ponv  lui  népondre. 

•op*  Tu  b  TOMibien  à  présent ,  dit:  Donnerhogel  en  loi  passauth 
main  sna  le.  dût;.lQa  secondes  pensées  valent  fi^Vùt*  Xa  vois  que 
b'fist  xok  BmU  aprèa  to«t« 

Le  dûenremna  enoore  laqnene y  et  seremità  mareber  en  atant 
sans  montrer  pins  d%qniétude»  Rodolflie  revint  près  de  éon  ml 

-^  Je  précmme  que  noua  allons  rencontrer  nos  oompagaoufr)  dit 
Arthnr;  et  les  sensidn  ebien,  pluapar&its.  que  les  nôtres,  Vea 
avertisseau 

-*-  Il  serait  difficile  que  oe  Skt  déjà.  Budiger ,  répondit  le  Ber- 
nois, car  la  pottion.  de  terrain:  <pi'il  doit  reconnaître  anloar  du 
ct^ean  a  nne  cîroonférenoe  pkia  étendoe  qîie  celle  qne  aon$  ve- 
nons de  parconrir.  Cependant  il  y  a  qnelqo.'an  dan^  lés  eoTiroas» 
car  j'entends  encore  gronder  Wolf*FangQr..&eKardea  b»3ndetooa 
côtés.  '  ; 

Tandia  que  Rodolphe  recommandait  à  soniCOmpAgnon  d'êm  9vr 

le  quî^vive»  ils  entraient  dans  nne  grande  dairiàce  où  étaieotépats» 
à  nne  distance  considéralile  les  uns  des  autrea»  qnehjpKis  yi»^ 
pins  d'une  taille  gigantesque,  et  dont  la  cime»  é^anl  an  clair  de 
Imlede laiges branches^  fidsait  parutre. leurs tsenos  plus gro&^^ 
pbjia  noiira  qn'ik  ne  délaient  réellement.  — M^  dit  EkMiélpb^  ^^ 
avons  du  moins  Tavairtageide  voir  distibtemant  tont  cfe  qui  l^ar^ 
s'approotier  de  nous.  Ittaia  je  préanme,  i^euita^-il  après  s;v«]^i<^^ 
nn  cûup.d'cnl  autour  de  hii,  qu'nn  daim  ou  un  k>up  a. passé  ieii 
et  que.  c'est  s^  piste  qne  le  chien  a  sentiov  Attentez  «  le  iwilà  qai 
s'arrêter;  iOUt>  <Mn>  it  fiant  que  ce  soîi  odai;.  il  sar^met  «a 
nftarche* 

Le  chim  owlinna  efifedÉremenli  h  mareber  »  apMrès.a.v<nr  daafl^ 
qnelqnes^'signea  d^iotertitnde,  tt  «lènBa  â'darme4/Gepcadaat  ^l 
paruft  se  rassmrèr ,.  et  ne  montra,  fknm  «mu»  «fouptlMM  é'iaqvi^' 
tudot  ,  '  '       .  .  ' 

--•  Gela  est.éimnga  ».  dit  Arthnr ,  ei:  eependantikme  aenoUt^n* 
jç  i^onaite  im  mmu»  f/rnUp^-'àxoit^  pmàê  cn^buîMM  »  ^^* 


\ 


CHARLES  U  XE»OB!UI&B.  127 

{«r,  Groi««eQt  «otoar  de  trois  on  qaâlre  gcands  arbrc^i» 

-  J'aâ  eu  les  yeux  fixés  sur  ce  buisson  depois  cinq  mûmtes ,  et 
je  n'ai  rien  aperçu*. 

—  Qaoi  qoe  ce  puisse  être,  je  snis  sûr  d'y  ^Toir  ▼«  qoelqpie 
chose,  pendant  que  yqo»  Tpus  oe^npiez  du  ebien'  Avec  votre  per« 
nu«^on<y  j'irai,  recomiaîire  ce  buisson* 

— Si  vons  étiez  tonuà-fait  sou(i  mes  ordre».  Je  vous  le  défendrais  ; 
car  si  ce  sont  des  ennemis ,  il  est  inpoctwt  de  net  pas  nons  sépar 
rer.  Msis;  leoos  Ites  an  voloptaire,  et  pai?  couséqneni  maître  de 
Tûs  mom^mens»- 
—Je  vous  remercie,  répondit  Artbwr,  et  il  s'élança  en  avant» 
U  sentait  poortant  qu'en  agissant  ainsi  il  ne  suivait  ni  les  règles 
de  la  politesae  »  comme  partianlier ,  ni  peptrâtre  oeUes  de  la  subor- 
dination comme  soldai  i  eit  qu'il  aoarait  dû  obéir  an  chef  de  la 
troupe  dans  laquelle  il  s'était  enrôlé  quoique  volontairement.  Mais^  ^ 
dW  aatre  part ,  l'objet 'qu'il  avait  vu  »  quoi^e  d^  loin  et  impar- 
biteioeiit,  lui  avait  paru,  ressembler  à  Anne  de  Gsierstein,  telle 
q&'eHe  avait  di^uru  à  ses  yeux,  une  on  deux  heures  auparavant, 
sur  la  lisière  de  la  loràt;  et  une  curiosité  irrésistible  le  portant  à 
Tenloir  s'assort  si  c!était  véritablenmnt  elle  >  .ne  lui  permit  à'é' 
conter  aucnœ  antre  considéralioQ. 

Àraaiqiie/Bodolphie  eûf  eu  le  temps  de  lui  répliquer,  Arthur 

était  à  mi-chemin  du  buisson.  Il  n'était  composé ,  comme  il  en  avait 

jogé  d«lmn  f  qae  de.qudqnes  arbustes  peu  élevés»  et  deirière  les- 

^^  ou  n'aptait  pu  se  cacber  qu'en  s'accroupissant  par  terre. 

^<»tt  ot^eibliinc  »  ayant  lu  taiUe  et  1^  forme  humaine  »  devait  don^ 

se  faire  aisément^  découvrir ,  à  tcavers  le  feuillage  peu  épais  de 

c^aiinssean»*.  A  ce^  etiserv^ons  se  mêlaient  d'autres  pensées. 

Si  c'était  Anne  de  Qeimtein  qn!il  avait  vue  une  seconde  fois ,  il 

^tpf  elle  eût  qniti^  le  ob^n  plus  découvert»  probablement 

^ le.  deasein  de^nepas  elre  aperçue  ;  et  quel  droit,  quel  titre 

avait-il  pour  attirer  sur  elle  l'attention  delà  patrouille?  Il  croyait 

3^  mmrqn^.qn'^ik  général  cette  jênn^  personne,  bimloin  d'en- 

<»«ages  lea  atiesâionsde  Bodo)pheI>on)ierlnigeU  semblait  cher- 

^  à  s'y  aouftrakv ,  ei^  qu'elle  m  fiasse  que  les  endorer  qjcianA . 

la  politesse  ne  lui  pmneltnU  im.de:  lee  rejeter  entipremenL  lËifàU 

Utern  oMv^iable' qu'il  la,  troid)ln^  dana  nnn  excureio^.seivète , 

<IBe  l'heure  et  le  lieu  rendaient  fort  étrange^  mais  que,  pour  c^Ui^ 


128  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

raispn  même,  elle  ne  désirait  peat-étreque  davantage  de  cacher  à  an 
homme  qui  lu  était  désagréable?  M'était-il  même  pas  possible  qoe 
Rodolphe  troavât  un  moyen  de  faire  Valoir  ses  prétentions ,  dans 
la  connaissance  qu'il  aurait  acquise  de  ce  que  cette  jeune  personne 
désirait  couvrir  du  voile  du  secret  ? 

Tandis  que  ces  pensées  occupaient  son  esprit,  Arthur  s'arrêta» 
les  yeux  toujours  fixés  sur  le  buisson,  dont  il  n'était  plus  alors 
qu'à  une* cinquantaine  de  pas,  et  quoiqu'il  l'examinât  avec  toute 
l'attention  que  lui  inspiraient  ses  doutes  et  ses  inquiétudes  »  un 
liutre  mouvement  le  portait  à  penser  que  le  parti  le  plus  sage  qu'il 
pût  prendre  était  de  retourner  vers  ses  compagnons,  et  de  dire  à 
Rodolphe  que  ses  yeux  l'avaient  trompé. 

Mais  pendant  qull  était  encore  indécis  sur  ce  qu'il  devait  Caire, 
l'objet  qu'il  avait  déjà  vu  se  montra  de  nouveau  à  côté  du  buisson, 
sVança  vers  lui  en  ligne  droite ,  et  lui  offrit  comine  la  première 
fois  les  traits  et  le  costume  d'Anne  de  Geierstein.  Cette  vision, 
car  le  temps,  le  lilsu  et  la  vue  subite  de  cette  aq>parition  lui  firent 
prendre  cet  objet  pour  une  illusion  plutôt  que  pour  une  réalité , 
frappa  Arthur  d'une  surprise  qui  allait  presque  jusqu'à  la  terrcHir  : 
elle  passa  à  quelques  pas  de  lui ,  sans  qu'il  eût  la  force  ou  la  pré« 
sence  d'esprit  de  lui  adresser  la  parqle ,  et  sans  qu'elle  e4t  l'air 
de  le  reconnaître  ou  de  le  voir  ;  et  dirigeant  sa  marche  sur  la  droite 
de  Rodolphe  et  de  ses  deux  compagnons ,  elle  disparut  de  nonveau 
dans  Jes  arbres. 

Des  doutes  de  plus  en  plus  iuexjdicables  assaillirent  l'esprit  da 
jeune  Anglais,  et  il  ne  sortit  dé  l'état  de  stupeur  dans  lequel  il 
était  tombé ,  qu'en  entendant  la  voix  de  Rodolphe,  qui  lui  disait  : 

^  Eh  bien ,  roi  Arthur  ;  dormez-vous  ?  êtes- vous  blessé  ? 

— Ni  l'un  ni  l'autre;  je  suis  seulement  an  comble  de  la  surprise. 

—  De  la  surprisej  et  pourquoi,  très  royal. •• 

—  Trêve  de  plaisanteries,  s'écria  -Arthur  avec  quelque  impa- 
dence ,  et  répondez-moi  très  sérieusement.  L'avez-vous  vue?  Ne 
Tavez-vous  pas  rencontrée  ? 

—  Tu  !  rencontré  !  Je  n'ai  vu  ni  rencontré  personne ,  et  j'aurais 
juré  que  voas  pouviez  en  dire  autant  ;  car  j'ai  toujours  eu  les  yeux 
jsur  vous ,  excepté  un  instant  ou  deux.  Mais  si  vous  avez  vu  quel- 
qu'un ,  pourquoi  n'avez-vous  pas  donné  l'alarme  ?   ' 

—  Parce  que  ce  n'était  qu'une  femme ,  répandit  fidblement 
Arthur. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  12» 

— Une  {enune  !  répéta  Donnerhugel  ayec  tin  ton  de  mépris  ;  sur 
ma  parole,  roi  Arthur ,  si  je  n'avais  m  jaillir  de  tous  de  bonnes 
étincelles  de  yalear ,  je  serais  porté  à  croire  qae  yons  n'ayez  yons- 
même  qae  le  Courage  d'une  femme.  Il  est  bien  étrange  qu'une 
ombre  pendant  la  nuit ,  un  précipice  pendant  le  jour ,  fassent  trem- 
bler an  esprit  aussi  audacieux  que  celui  que  vous  ayez  mo^tré 
qoand.;. 

—  Et  que  je  montrerai  toujours  quand  l'occasion  l'exigera, 
s'écria  l'Anglais  recouvrant  sa  présence  d'esprit;  mais  je  vous 
jure  qœ,  si  vous  m'aviez  vu  un  instant  déconcerté,  ce  n'est  la 
crainte  d'aucun  objet  terrestre  qui  y  a  donné  lieu. 

—  Remettons-nous  en  marche,  dit  Rodolphe;  nous  ne  devons 
pas  négliger  la  sûreté  de  nos  amis.  Ce  dont  vous  parlez  pourrait 
bien  n'être  qa'une  ruse  pour  nous  interrompre  dans  l'exéioution' 
de  notre  devoir. 

Ils  traversèrent  la  clairière  éclairée  par  la  lune.  Une  minute  de 
réflexion  suffit  pour  rétablir  l'équilibre  dans  l'esprit  du  jeune  Phi» 
lipsofi,  et  pour  lui  fiûre  sentir  avec  peine  qu'il  venait  déjouer  un 
rMe  ridicule  et  indigne  de  lui ,  en  présence  du  dernier  honune 
^u'ilanrait  voulu  avoir  pour  témoin  de  sa  faiblesse. 

11  se  rappela  les  relation^  qui  existaient  entre  lui ,  Donnerhu- 
S^I  )  le  Landamman ,  sa  nièce ,  et  le  reste  de  cette  famille ,  et  mal- 
pé  la  résolution  qu'il  avait  formée  quelques  instans  auparavant , 
il  resta  convaincu  qu'il  était  de  son  devoir  de  faire  part  au  chef 
sous  lequel  il  s'était,  placé ,  de  l'étrange  circonstance  dont  il  avait 
été  deuK  fbis~témoin  dans  le  cours  de  cette  nuit.  Il  pouvant  y  avoir 
des  Rusons  de  famille,  l^etécntion  «l'un  vœu ,  par  exemple,  ou 
ÇQelfoe  motif  semblable,  qui  expliquassent  aux  yeux  de  ses  pa» 
'^  la  conduite  d'Anne  de  Geierstein.  D'ailleurs  il  était  en  ce 
inoment  soldat ,  ayant  des  devoirs  à  rem|>lir,  et  tout  ce  mystère 
pouvait  couvrir  des  dangers'  qu'il  était  prudent  de  prévoir  et  de 
préveair.  Dans  l'un  ou  dans  l'autre  cas,  son  compagnon  avait 
droit  d'être  instruit  de  ce  qu'il  avait  vu.  On  doit  bien  croire  qu'Ar* 
Anr  adopta  cette  nouvelle  résolution  dans  un  moment  où  le  sen- 
taient de  son  devoir  et  la  honte  de  la  faiblesse  qu'il  avait  montrée 
''emportaient  sur  l'intérêt  personnel  qu'il  prenait  à  Anne  de  Geier- 
stein; intérêt  qui  pouvait  aussi  être  refroidi  par  l'incertitude  mys- 
térieuse que  les  évènenàyens  de  cette  nuit  avaient  répandue ,  comme 
un  épais  nuage,  autour  de  celle  qui  en  était  l'objet. 

9 


130  CiHAALSft  Ll  TÉAB^IBS. 

Tanfis  que  ks  pensées  du  JM«e  AnglaU  Jxrenalieiit  otftte  direc- 
tinii  son  csqpitMiie»  M  sob  cemp^gnm,  apvès  ^Iqves  taimam 
de  fiÛence^  M  «fresMi  enfin  la  pavol&i 

-^  Je  croie,  mon  cher  camarade ,  Ini  dlb-il,  qn'élant  en  ce  vo- 
ment  votre  officier,  j'ai  qnelfoe  drok  à  entendre  de  tons  k  rapport 
de  ce  qne  TO«i '▼enez  de  Toir  ;  car  UiMtfjpe  ce  soit  qnelcpe  chose 
de  très  important ,  pour  ayoir  pu  agiter  si  vivement  un  esprit  aussi 
ferme  qne  le  vftcre.  Si  pourtant  vone  fMsnsez  qne  lasâreté  générale 
permet  de  le  différer  jmqn'à  noire  retemr  an  okâtean  f  et  que  vons 
préfériez  le  faive  au  Landamman  kii-niAme,  vonsn'aveas  qu'à  m'en 
informer,  et  je  ne  vous  pvesseUai  pas  de  m'açotoder. votre  con- 
fiance, qneiqnejeme  flatte  de  ne  pas  en  être  indigne)  je  vous  an- 
toriseraâ  même,  à  nous  quitter  8ur4e*champ^  eb  à  retourner  sa 
cliâteA«« 

Cette  proposition  toucha  celui  à  qui  elle  était  Eaite^  préciséiKDt 
à  l'endroit  sensible.  Une  demande  pérèmptàire  iie  sa  confiance  at- 
rait  pe«t«étre  «asvfé  un  refus,  mais  le  ton  de  modération  cooei' 
liantede  lUdolpiie  seiMum  à  rornsonavaeeles  pvOprearéflexicns 
d'Arttar. 

—Je  sens  patfiéMtteÉt  ^  HànflBtfte,  M  dilnil ,  fia  je  dois  Toils 
infennerdeceqnej'àivii  cette  nuia^nniBlà  première  fais #  mon 
devev  n'exigeaâepas  qncr  je  le  fisée;  et  depuis  qpe  j'ai  vu  le  mêmie 
objet  une  seconde  fois ,  j'ai  été  éemme^ienrâi  par  une  tdosnr* 
j>tiae,  fi'à  p^ne  puii^je  enaone  trenver  dM  panolea  pov  F^- 
piimer» 

•^CkmMlifrje  ds  pinsi  hm^  fignrer  ce  que  voua  avea^m,  H^^ 
que  je  ^^ona  pri»  de  vons  expBqoar  •  Noua  antres ,  pauvres  Susses, 
noua  affona  le  crânotrop  ^paia  pour  savoir  deviner  dés  énig»^' 

— Oque  f  ai  à  vOus  rapporter,  Rodolphe  Donnerhtigel,  an  est 
pourtant  mie  véritable,  et  niie  énigme  dont  il  m'est  absolomant 
impossible  de  trouver  rexplicatioOé  Tandis  ^e  vous  laisiee  votre 
première  patrowUe  autour  des  miies,  oontiniia  Artbar^  quoique 
non  âans  héatter^  et  pendant  qte  j'étais  en  laciion,  ^^  fcmine 
sortit  du  diateau>  traversa  le  pont,  passa  à  qudquespas  de  Vioif 
sans  me  dire  un  seul  met,  et  Âsjparnt  au  milieu  des  arbres* 

•^  Ah  1  s'éeria  Donnerhugel  sans  ajouter  un  mot  de  ^<i^ 

•—11  y  a  einq  minntes,  oontinna  Ajrihur,  cette  mêtaie  femme 
sortît  de  derrière  ce  petit  buisson  et-ce  groupe  d'arbres,  P^^ 
encore  à  peu  de  distance  de  moi  sons  «a  parler,  et  dispate^ 


faukHtBS  LE  TÉMâum.  m 

mÊtMûXM  ta  inètf  mt  Tolfe  àtoitB.  Saebes  n  MtM  q«e  «ente 
ajq^ition  avait  la  forme»  k  ttarbhe ,  les  traita  et  le  costutiie  de 
totie  pÊtéatd,  tJOÊÊm  ée  Oeterotein, 

— Cela  est  aéses  aingiilier,  idît  Rodolphe  arec  «a  ten  4%ierédt- 
lilé;  iuda  je  préiaaië  que  je  ne  âcrièpab  «tonter  de  œ  que  ^niiift  me 
4îMr|  ear  je  toëi  ferais  ama  doate  alie  injure  ^ndie  :  tel  est 
fMn  eapHt  de  cketaterie  danale  Nerd.  GepeMhnt  t^na^  me  pér- 
«ettresde  irons  dii^  topie  j'ai  dès  70nx  comine  Toas^  et  je  te  citiis 
pasi^HMB  a^mt  perim  de  yve  une  minute.  Mous  n'étions  gnètre  qn'Si 
«Mt  pas  de  l'endndt  où  je  ysta  ai  trbnvé  plongé  4an8  one  sinpetrr 
peèfiittdie^oomliiêiliseiaîMldonQ  fuenons  n'ayons  pas  t«  ai  mènse 
ceqoe  tous  dites  et  ce  que  vous  croyez  avoir  vu? 

-^  C«Bt  «ne  question  a  laqnriie  je  ne  pm  répokidrei  Peift<étre 
wsysna  n^taienbds  pâii  tarirnAs  yers  asai  pèMnrit  le  peà  d'insiaas 
•4|M  fsi  vu  eëtie  fimte  hmaMùné  :  pem^èlve  anssi»  eooune  en  ffit 
qw  cala  attivi  ^oalqMiAiB  lors  dea  aipptopiiioDS  semanarelles , 
n^étail-eBe  visMe  que  pdnr  tlne  seîrie  personne. 

'^  Yeds  supposiez  4èiie  qne  «ëtte  ai^psrisii^n  était  imaginaire , 
éotsintflRdle  ? 

•^  Que  vous  dirai- je?  UÉ^se  nonsispprand'4ue«elà  pem,  àf- 
m»^  et  oerttt  ii  esl  pitis  lumrel  de  ëroirè  qbe  eetie  spparkioii 
est  one  lUosiOn ,  que  de  snppéser  qn' Anne  de  Gnlerstain ,  jfifme 
lie  aaedesta  et  bien  tSetée»  soit  à  douYir  dans  Isa  bols,  seule  et 
4  nne  pri^eile  heure  »  qnatd  hsaeiit  desa  «Atetë-etMsemi^enaftiHSs 
doivent  Fobliger  à  rester  dans  sa  chambre . 

-^11  y  a  da  vrai  dans  ee  que  Tani^  dtteiS  ;  et  aependant  il  court 
des  bnrita  >  quoiqhe  peu  de  gens  aè  someient  d'en  pirltn*^  qui  stui- 
Mout  piknver  qn'Anne  de  Gmneeih  n'est  pris  Mit-ff»ftlit  œ  ^pse 
sut  tes  antres  jeunes  fiHes,  et  qu'on  Ta  renvsntrée ,  «i  corpa  et 
en  esprit ,  dans  des  endroits  où  elle  n'aurait  guère  pu  arriver  ëans 
nn  seconis  étranger. 

-^-Qwn  !  s^fena  Arthulr;  si  jeune ,  si  belle-,  et  d^à  ligués  avec 
Peanerai  du  gente  hnmain  I  Gek  est  impossiblel 

—  Je  ne  dis  pas  cela,  répondit  le]] Bernois;  mats  je  n'ai  pas  le 
temps  en  ce  moment  de  ni'explkpMr  plus  clairement.  En  retour- 
nant an  château  je  pomrai  Iroovet*  l'occasion  de  vous  en  dire  da- 
vantage. Mon  principal  bat  »  en  vqu^  eng  ageant  à  m'bceeînpagner 
daàs  isette  paironille,  a  éléde  vous  présênier  à  quelques dnnts  que 

9- 


132  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

vous  serez  charmé  de  connaître ,  et  qui  désk^iit  faire  votre  con- 
naissance ;  et  c'est  ici  que  je  dois  les  trouver  • 

A  ces  mots,  il  tourna  autour  d*une  pointe  de  rocher,  et  une 
scène  iùattendue  se  présenta  aux  yeux  du  jeune  Anglais. 

Dans  un  coin  ou  réduit,  abrité  par  La  saillie  du  rocher,  brillait 
un  grand  feu  autour  duquel  étaient,  assis  ou  couchés  une  q^iinzaine 
de  jeunes  gens  portant  le  costume  suisse ,  mais  décoré  d'ornemens 
et  de  broderies  qui  réfléchissaient  la  lumière  du  feu ,  de  même  que 
les  gobelets  d'argent  circulant  de  main  en  main  et  les  flacons  qui 
déjà  commençaient  à  être  vides.  Arthur  remarqua  aussi  les  restes 
d'un  banquet  auquel  il  paraissait  qu'on  avait  fait  honneur  tout 
récemment. 

Le9  joyeux  eonvives  se  levèrent  avec  empressement  en  voyant 
arriver  Donnerhugel,  que  sa  taille  fiiisait  aiséme&t  reconnaître, 
et  ses  compagnons.  Us  le  saluèrent ,  en  lui  donnant  le  titre  d'Hanpt- 
man ,  avec  toutes  les  démonstrations  d'une  vive  affection ,  mais  en 
s'abstenant  avec  soin  de  toute  acclamation  bruyante.  Leur  cha- 
leureuse amiteié  annonçait  que  Rodolphe  était  lé  bien-venu  parmi 
eux',  tandis  que  leur  précaution  prouvait  qu'il  y  venait  en  secret, 
et  qu'il  devait  être  reçu  avec  mystère. 

Au  bon  accueil  général  qu'il  reçut,  il  répondit  :  —  Je  vods  re- 
mercie, mces  braves  camarades.  Avez-vous  vu  Rudiger  ? 

— ^Vons  voyez  qu'il  n'est  pas  encore  venu,  brave  capitaine, 
répondit  un  des  jeunes  gens;  autrement  nous  l'aurion» retenu  jus- 
qu'à votre  arrivée. 

— Il  est  en  retard ,  £t  le  Bernois .  Nous  aussi  nous  avons  éprouve 
un  délai ,  et  cependant  nous  voici  arrivés  avant  lui .  Je  vous  amené, 
camarades,  l'Anglais  plein  de  bravoure  dont  je  vous  ai  parlé  comme 
d'un  compagnon  que  nous  devons  désirer  de  nous  associer  dans 
notre  projet  audacieux. 

— Il  est  le  bien-venu ,  trois  fois  le  bien-venu ,  dit  un  jeune  homme 
à  qni^n  costume  d'un  bleu  d'azur,  richement  brodé ,  donnait  un 
air  d'autorité;  encore -mieux  venu,  s'il  nous  «apporte  un  cœur  et 
un  bras  disposés  à  prendre  part  à  notre  noble  projet. 

—  Je  vous  réponds  de  lui  sotis  les  deux  rapports,  dit  Donner- 
hugel; versez-nous  du  vin  ;  et  buvons  au  succès  de  notre  (^orieuse 
«itreprise  et  à  la  santé  de  notre  nouvel  associé. 

Tandis  qu'on  remplissait  les  coupes  d'un  vin  d'une  qualité  lOTi 
supérieure  à.  tous  ceux  qu'Arthur  avait  bas  jusqu'dors  dans  ce 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  133 

pays,  il  jagea  à  propos,  avant  de  s'engager  plas  ayant,  de  savoir 
quel  était  Tobjet  secret  de  l'association  qui  paraissait  désirer  de  le 
compter  parmi  ses  membres. 

— Avant  de  vons  offrir  mes  faibles  services ,  Hessieurs,  dit-il, 
puisque  tous  vonlez  bien  y  attacher qnelqae  prix,  vous  me  per* 
mettrez  de  Toas  demander  le  bat  et  le  caractère  de  Fentreprise  à 
laquelle  je  dois  prendt'e  part. 

—  Devais-tn  l'amener  ici ,  dit  le  cavalier  en  bleu  à  Rodolphe, 
sans  lui  avoir  donné  tons  les  renseignemens  nécessaires  à  ce 
snjet? 

—  Que  cela  ne  t'inquiète  pas ,  Lawrenz,  répondit  Donnerbugel  ; 
je  connais  mon  homme.  Sachez  donc,  mon  cher  ami,  continua-t*il 
en  s'adressant  à  Arthur,  que  mes, camarades  et  moi  nous  sommes 
déterminé^  à  proclainer  sur-le-champ  la  liberté  du  commerce,  et 
à  résister  jusqu'à  la  mort,  s'il  le  faut  ^  à  toutes  ezaclions  illégales 
de  la  part'de  nos  voisins. 

—  Je  comprends  cela ,  dit  Arthur,  et  je  sais  que  la  députation 
actuelle  se  rend  près  du  duc  de  Bourgogne  pour  lui  Caire  des  re- 
montrances à  ce  snjet. 

-—  Ecoutez-moi,  reprit  Rodolphe  :  il  est  probable  que  la  ques- 
tion sera  décidée  par  les  armes,  long-temps  avant  que  nous  ne 
Téjionsles  traits  augustes  et  gracieux  du  duc  de  Bourgogne.  Qu'on 
ait  employé  son  influence  pcfnr  nous  fermer  les  portes  de  Baie, 
^e  neutre  et  fidsant  partie  de  l'empire  germanique,  c'est  ce  qui 
iM^as  donne  le  droit  de  nous  attendre  au  plus  mauvais  accueil  quand 
i^ott  arriverons  sur  ses  domaines.  Nous  avons  m^me  tout  lieu  de 
cme  que  nous  aurions  déjà  ressenti  les  effets  de  sa  haine,  si  nous 
n'arions  eu  la  précaution  de  faire  bonne  garde.  Des  cavaliers  ve- 
nant du  coté  de  la  Férette  sont  venus  reconnaître  nos  postes  cette 
naît,  et  il  n'y  a  nul  doute  que  nous  eussions  été  attaqués ,  s'ils  ne 
nens  avaient  trouvés  si  bien  sur  nos  gardes.  Mais  il  ne  suffit  pas 
delear  avoir  échaippé  aujourd'hui,  il  faut  prendre  garde  à  demain  ; 
et  c'est  pour  cette  raison  qu'un  certain  nombre  des  plus  braves 
jeunes  gens  de  la  ville  de  Baie,  indignés  de  la  pusillanimité  de 
leurs  magistrats ,  ont  résolu  de  se  joindre  à  nous  pour  effacer  la 
honte  dont  la  lâcheté  et  le  manque  d'hospitalité  de  ceux  qui  ont 
l'autorité  en  main,  ont  couvert  le  lieu  de  leur  naissance. 

—  Cest  ce  que  nous  ferons  avant  que  le  soleil  qui  va  se  lever 
dans  deux  heures  disparaisse  du  côté  de  l'occident,  dit  le  jeune 


1S«  CiUfULES  LB  TÉMÉlUi&Et 

homme  ea  blm,  et  m  mmrmvé  %énés9l  /nwiwy  r#«6mitsmfiiii 

de  t9ii&  edHX  qtk  FiMoiiraient. 

—  Mes  chers  Qlessienrs  ^  dit  Arthur  profitaf^l;  de  Viii«Ui%te«le 
silice  S0  rétablit,  permeti^Hvoi  de  tous  mppelev  que  l'ambas- 
sade est  partie  dws  des  iKies  pm6é99t»9  ^  V^9  ceia  qui  compo- 
sfut  fio»  cv^eorte  dQV¥ei»|^viter  tout  aiîte  qfii  potiirait  tendre  à  ai<^ 
grir  les  esprits ,  quand  il  s'agit  de  les  eonciliep? •  Yo«9  ne  pwv«i 
TÇII9  at^ôir«  à  de  mwinî^  fn^péié^  dan^  W  4fiP9aines  du  doc, 
puisque  le  caractère  d'eièy^gré  est  respecté  .da«s  to»s  tes  pays  civi- 
lisés; et  je  suis  sûr  que  vous  ne  voudrez  Tous^même  yous  en  per<^ 
nvqttre  qshe  de  joinbks. 

-r  Noee  poRVCws  être  ej^po^s  à  des  ups^ltes^  qupi  qu'il  en  soit  ^ 
s'écria  ficMÎMphe  ;  et  cela^à  cause  de  yoos  et  de  YOtr^  jf^^,  ArUuv 
Pb^psQu» 

-T*T  Je  ne  yous  (e>oiiq^rends  pas* 

—  Votre  père  est  marchand ,  et  il  popl^  avec  Ifii  des  vaxt* 
cbaocbses  qui  occupent  peu  de  pteçe,  maÂs  qui  aant  d'w  grand 

—  Sans  doute,  mais  qu'en  résulte-t-il? 

--«•  Morbleu  { ^  YcwL  {di^e  que^i  l'on  n'y  pvend  gar^s»  le  cbieû 
d'ettacbedtt  duo  de  Bourgagne  héritera  d'utté  htm»  partie  de  YCSt 
scieries ,  de  ¥os  «etâns  et  de^Yos  jpyaii^ 

•^Soiwies,  satina  >  j^jrauîK  1  s'écria*undes  jeftues  gens  de  Sale; 
de  telles  marcbaudkses  ne  passèrent  pas  sans  payer  4e^  drc^^  dans 
une  YÎlle  où  commande  Archibald  Von  HagenlMicb* 

-r-  Mes  chers  Mesneurs ,  dit  Arihtir  après  un  moment  de  rép 
flexion  9  ces  marchandises  èont  la  pr<^riété  de  men  père  et  non  la 
mienne  ^  c'est  à  bn»  e  t  non  à  moi,  qii'il  appartient  da  décider  quelle 
partie  il  peut  en  saenfier  sons  forme  de  péage  plnt&t  que  d'occa^ 
sioner  upe  qnerelbs  qui  pofunraît  être  anssi  fiisbease  pour  h^  <^b^' 
panons  qni  l'ont  reçu  dans  leur  sovoiété  qpe  po9r  b»-miêfl^;  ton^ 
ce  qne  je  puis  dire,  c'est  qn'il  a  dçp  elfiûres  iinpertafttes  à  la  CMKS 
de  Qonrgogn^y  et  quidpiYent  lui  faire  désirer  dV  arriYei^en  paix 
aYec  tqn(  le  mio^de.  Je  suis  méqie  p^maincu  que,  pln0t  que  d*en^ 
courir  le  danger  4'<uie  quereUe  a^ec  )a  garnison  de  laFérettSi  9^ 
sapriifierait  wolonitiers  toutes  les  m^f pba^i^es  qfi'41  a  en  ce  xep^ 
ment  aYec  Iw*  Je  Tniis  demnnde  d(4?c^  Hess^urs ,,  le  tny^ps  diicp9^ 
âi4^  San  bfim  p^îs^  k.  ce  w^^*  ir^naasswwt  Vi9  ^1  ^  yoIpi^^ 

«8i4»  (e«eAis^' vmmM^m 4m dimt»  i^i^g^  gn  mm  #i^ ^ 


CHABLIS  LE  TâtfÉRAlRB.  tU 

ttmtfigOBf  TOns  tnmTerez  en  moi  nn  homiiie  biaii  détciuîné  à 
combattre  joiqu'à  la  dernière  gautte  de  ian  saag. 

—  Fort  bieiiy  soi  Arthar»  ik  Kodolpbei  Toaa  âtaa  fidile  obaaiv 
vatear  de  foatriàiiie  coaimaadenntf ,  et  ^r oos  abtiendrea  de  looga 
|oar»  MT  la  terre*  Ne  croyea  pas  qae  naos  négligiena  d'abéir  ae 
même  pBécepla»  qaoif  wan  ceiaaiiiaateoiiBaaoaTCgardionaoomme 
€i^és,  avant  tomt,  à  oomnker  las  intérits  de  notre  patrie,  qui 
est  la  mère  caMpuma  de  nos  pères  eanutte  de*  nèas-mémea.  Maia 
osmme  yeas  aonnaisscE  notve  respeet  poer  le  Landamman  ^  toob 
ae  deiraE  pas  aramdre  que  aoea  roffe^stons  voloiitairement,  en 
eoBunettant  des  bostititéa  inoonsidérées  et  iana  qaelqne  poissant 
modf  ;  et  one  tentative  da  piUav  son  hôte  tnyirverait  en  lei  nne 
léaistanea  capable  d'aller  jnaqa'à  la  mort.  J'a'yais  espéré  que  voai 
et  votre  père ,,  vona  smea  dispoaésà  voqs  offenser  d'one  pareille 
injinre.  Cependant  si  votre  père  troave  à  propos  de  présenter  sa 
taisanpeur  dtra  tondue  par  ArduMiU  Von  Hagenbaehy  dent  il 
verra  qoe  las  ciseann  savent  oonpar  d'assez  près,  il  serait  inutile 
et  impoli  à  nous  d'offrir  notre  intervention.  En  attendant  «  voua 
«vez  Favantage  de  savoir  que  s»  le  geiivemeer  de  la  Féretle  ne  se 
eiatente  pas  de  la  taisen  et  qu'il  vauiile  aussi  votre  peau ,  voua 
am  à  votre  portée  des  gensi  en  plusgrand  nombre  que  vous  ne  le 
pcanez,  que  vous  trouverez  disposés  à  vous  donner  de  prompte 
secours ,  et  en  état  de  le  faire. 

^  A  ces  conditions ,  dit  Arthur,  je  fais  mes  remeroieuMiis  à  ces 
messieurs  de  la  ville  de  Bâle,  ou  de  qudque  antre  endroit  qu'ihi 
vim  venus  ;  et  je  bois  fratemeUement  à  notre  plus  ample  et  plus 
iattns  connaissance. 

^Santé  et  prospérité  aux  Canlons4Jmsy  et  a  lears  amis  I  s'écritf 
le  jenne  homme  en  bleu  ;  et  mort  et  confusion  à  tous  antres  î 

Oaremplit  toutes  les  coupes,  et  au  lieu  d'acdauMtioas  et  d'ap^^ 
]daadisaemflQ8 ,  les  jeunes  gens  témoignèrent  leur  dévouement  à  1# 
ouiaeqa'ibavntant  embrassée,  en- sa  serrant  laemain  et  en  bran» 
dieasnt leurs  armes,  mais  sans  faive  le  moindre  hruit. 

-—  Ce  fut  ainsi ,  dit  Rodolphe  Donnerhugel ,  que  nos  illustre» 
^noê^s ,  les  fcndaiemrs  de  l'indépendsince  de  la  Suisse,  se  ré- 
mmeu  dans  le  champ  inmortd  de  Rud»,  enara  Uri  e^Underwald. 
Ce  fut  ainsi  qu'ils  se  jurèrent  l'un  à  l'autre ,  sous  la  voûte  eanvéei 
4u  ckl»  qniib  raaèraientila  Ufacrtéà  kmr  pays  opprimét;  et  l'his- 
^HiensnfMtpprend  camment  ib  timnelit|KiroèB* 


13«  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  Et  elle  apprendra  un  jonr,  ajouta  le  jeune  homme. en  bleu , 
comment  les  Suisses  actuels  ont  su  conserver  la,  liberté  conquise 
par  leurs  pères.  Continuez  votre  ronde,  mon  cher  Rodo^he,  et 
soyez  sûr  qu'au  premier  signal  de  l'Hauptman,  le^  soldats  né 
seront  pas  bien  loin.  Rien  n'est  changé  à  nos  arrangemens,  à 
moins  que  vous  n'ayez  de  nouveaux  ordres  à  nous  donner. 

— Ecoutez-moi  un  instant,  Lawrenz,  lui  dit  Rodolphe.  Il  le  tira 
on  peu  à  l'écart ,  mais  Arthur  l'entendit  dire  à  son  compagnon  : 
—  Ayez  soin  qu'on  ne  fasse  aucun  excès  avec  ce  bon  vin  du  Rhin. 
Si  vous  en  avez  une  trop  grande  provision,  cassez-en  qucfiques 
flacoQ3,  comme  par  accident.  Un  mulet  peut  faire  un  faux  pas, 
comme  vous  le  savez.  Méfiez- vous  de  Rudiger,  à  cet  égard;  il  a 
pris  le  goût  du  vin  depuis  qu'il  s'esit  joint  à  nous.  Nos  bras  doivent 
être  comme  nos  cœurs ,  prêts  à  tout  pour  demain. 

Us  continuèrent  à  causer  quelques instans,  .mais  si  bas,  qu'Ar- 
thur n'entendit  plus  rien  de  leur  conversation.  Enfin,  ils  se  dirent 
adieu,  et  se  serrèrent  de  nouveau  la  main  comme  pour  se  donner 
un  gage  solennel  d'union  intime. 

Rodolphe  et  ses  compagnons  se  remirent  en  marche;  mais. à 
peine  avaient-ils  perdu  de  vue  ceux  qu'ils  venaient  de  quitter ,  qae 
la  vedette  qui  marchait  en  avant  donna  un- signal  d'alarme.  Arthur 
sentit  son  cœur  battre  vivement.  —  C'est  Anne  de  Geierstein , 
pensa-t-il. 

—  Mon  chien  est  tranquille ,  dit  Rodolphe  ;  ceux  qui  s'ap- 
prochent ne  peuvent  être  que  nos  compagnons. 

.  C'étaient  effectivement  Rudiger  et  son  détachement.  Les  deux 
partis  firent  halte  à  quelques  pas  l'un  de  l'autre ,  et  le  mot  d'ordre 
fut  demandé  et  reçu  pour  la  forme,  tant  les  Suisses  avaient  déjà 
fait  de  progrès  dans  la  disdpline  militaire,  qui  était  encore 
presque  inconnue  de  l'infanterie  dans  d'autres  parties  de  l'Europe. 
Arthur  entendit  Rodolphe  reprocher  à  son  ami  Rudiger  de  ne  pas 
être  arrivé  à  temps  au  rendez- vous  convenu.  —  Votre  arrivée  va 
encore  les  faire  boire,  dit-il,  et  il  faut  que  le  jour  de  demain  nous 
trouve  froids  et  fermes. 

—  Froids  comme  la  glace,  noble  Hauptman,  répondit  le  fils 
^u  Landamman ,  et  fermes  comme  le  rocher  auquel  elle  est  sus- 
pendue. 

Rodolphe  lui  recommanda  de  nouveau  la  tempérance ,  et  le 
jeune  Riederman  lui  promit  de  suivre  ses  avis.  Les  deux  détache- 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  137 

mens  se  séparèrent  en  se  donnant  des  signes  mnets  d'amitié ,  et  ils 
forent  bientftt  à  nne  distance  considérable  l'an  de  l'antre. 

Le  pays  était  plus  déconyert  da  cftté  du  château  où  étaient  alors 
Rodoipbie  et  Arthur ,  qu'en  face  da  pont  conduisant  à  la  principale 
porte.  Les  clairières  du  bois  étai«it  yastes ,  il  ne  se  trouyait  que 
calques  arbres  dispersés  çà  et  là  sur  les  pâturages,  et  Ton  n'y 
Toyait  ni  buissons,  ni  rayins,  ni  rien  qui  pût  seryir  à  placer  une 
embuscade»  La  y  ne ,  à  la  fayeur  du  dair  de  lune,  commandaiit  nne 
^ande  étendue  de  terrain. 

— Noua  pouyons  nous  juger  ici  assez  en  sAreté  pour  canser ,  dit 
Rodolphe.  Ainsi  donc  puis-je  yous  desnander ,  roi  Arthur,  main- 
tenant que  yous  nous  ayez  yus  de  plus  près,  ce  que  yous  pensez 
des  jeunes  Suisses  ?  Si  yous  en  ayez  appris  moins  que  je  le  dési- 
rais, il  faut  yous  en  prendre  à  yotre  humeur  peu  communicatiye, 
qoi  nous  a  empêchés  de  yoos  accorder  une  ccmfiance  pleine  et 
entière. 

—  Vous  ne  m'en  ayez  priyéjp'en  tant  que  je  n'aurais  pu  y  ré- 
pondre, et  par  conséquent  je  Vy  ayais  nul  droit.  Quant  au  juge- 
ment que  je  me  crois  en  état  de  porter,  le  yoicien  pende  mots  : 
Vos  projets  sont  nobles  et  éieyés  comme  ^os  montagnes  ;  mais  l'é- 
tranger qpi  a  toujours  yécn  dans  la  plaine  n'est  pas  habitué  aux 
sentiers  tortueux  que  yous  suiyez  pour  les  grayir.  Mes  pieds  ont 
toujours  été  accoutumés  à  marcher  ea  droite  ligne  sur  un  ter- 
rain oni* 

"  Vous  me  parlez  en  énigmes. 

— Point  du  tout  ;  je  yeux  dire  que  je  crois  que  yous  deyriez  in- 
struire ks  députés,  qui  sont,  du  moins  de  nom ,  les  che&  de  ces 
jennes  gens  qui  pandssent  disposés  à  ne  prendre  d*ordres  que 
d'eox-mémes  ;  ne  deyez-yous  pas  les  préyenir  que  yous  yous  atten- 
dez à  une  attaque  dans  le  yoisînage  de  la  Férette ,  et  que  yous  es- 
pérez ayoir  le  secours  de  quelques  habitans  de  Bâie  ? 

—  Oui  yraiment ,  et  qu'en  résulterait-il  ?  le  Latidamman  ferait 
halte  josqn'an  retour  d'un  messager  qu'il  enyerrait  au  duc  de 
Bourgogne  pour  en  obtenir  un  sauf-conduit;  et  s'il  était  accordé , 
Adieu  tout  espoir  de  guerre. 

— C'est  la  yérité;  mais  le  Landammân  aniyerait  à  son  but 
principal,  et  remplirait  le  seul  objet  de  sa  mission,  qui  est  l'éta- 
blissement de  la  paix. 

— La  paix  I  la  pidx  I  s'écria  le  Bernms  ayec  yiyacité.  Si  j'étais 
le  seul  dont  les  désirs  aoimt  opposés  à  ceux  d'Arnold  Bied^man, 


1S8  CHAULES  LE  TÉMÉKAH&E. 

je  waoÊâé  h  biett  len  hotmenr  «t  sa  foi,  [j'ai  an  td  respect 
pour  sa  ^enr  el  Mm  patriotiiBaie ,  ipCk  sa  roix  je  fera»  r^itrer 
ma  lame  da^s  le  finnrpeaa  y  quand  même  men  plus  Hiertal  ennemi 
seraic  devant  mei.^  Mais  mes  désirsiie  sont  pas  œax  d'an  setd 
bomme  ;  toat  mon  Canton ,  toat  eeliii  de  Sekwpey  sent*  déterminés 
à  la  guerre.  Ûs  ftii  pi|r  une  guerre ,  par  nue  noble  guerre^  que 
nos  anoétras  secouèrent  le  joug  d'une  servitude  msnpportable. 
Ce  fat  par  une  gaei<re  tieuveose  es  glorieuse ,  qu^nne  race  à  bb» 
quelle  on  croyait  à  peine  devoir  penscir  autant  qn'amt  bœnb 
quTeUe  eendoisiity  obtkvt  sa  liberté,  aeqmt  de  l'jmportantey 
et  fat  konorée ,  parce  qa^ea  la  eraîgiiait ,  autant  qu^elle  était  mé*> 
prisée  quand  eUe  n'eflralt  aucune  résistuice. 

— TsuD  eein  pent  être  très  Trai^  tam»,  sm^amt  moi ,  l'o^t  de 
TOtre  missien  a  été  déterminé  par  vetre  diète,  en  ckambre  des 
communes.  IHie  a  résolu  de  Teas  enreyenr  avec  d'autres ,  comme 
des  messagers  de  paix ,  et  tous  soufflez  secrètement  le  feu  de  la 
guerre  c  tandis  que  tons  ¥0S  colIè|usS'  plus  âgés^  ou  dû  moins  la 
jdiqMort  d'eniT!^  eux ,  vont  partir  4Biain  dan^  l^aifetile  d^lm  voyago 
paisible ,  voos  toos  préparez  au  combat  et  vous  dierebez  aiême 
les  moyens  d'y  donner  lieu. 

— Bt  n'a»je  pus  raison  de  m'y  préparer?  Si  nens  reoevons  nn* 
aocaeil  poiciâque  eur  le  territoivé  de  Beurgegaie  »  comme  tous  dites 
que  les-  antres  dépnftés  s'y  attendent,'  mes  précautions devien- 
dront  inutiles,  mais  du  moins  elles  ne  peuvent  faire  aucun  mal. 
Cependant  si  le  contraire  arrive ,  elles  servirsot  à  préserver  de 
grands  malheurs  mes  collègues^  mon  parent  Arnold  Biederman, 
ma  belle  eoosine  Anne,  v^sos^mâme  et  v^fre  père,  en  un  mot 
nous  tons  qnî  voyageons  joyeusement  ensemble.  * 

-^B  y  a  dans  t09t  ceei,  dit  Arllmr  en  seeenant  la  tète,  quelque* 
cfaose  que  je  ne-  comprends  pas ,  et  que  je  «e  eherelierai  pas  à  eom" 
prendre.  Je  vone  prie  seolenient  de  ne  pas^  elieraber  dms  les  a^ 
faires  et;  ^les  innérêts  de  mon  pève  «n  motjf  ponr  rompre  la  paix. 
Vous  m'avttz  donné  à  entendre  qae  cela  pouvait  impUqaerle  Lan- 
dsmman;  dans  une  qnerdie  qaTaotrement  it aurait  p^i  éviter;  je 
suis  sûr  que  mon  père  ne  le  pardonnerait  jwQiaie. 

**- J^  déjà  éenBié  ma  pànieà ce  adîst;:  mais»  si  l'aceneil  qu'il 
recevra  dn  ^ien^d^sttacbe  At  diiodeiBeuegisgais  liiipl»sail  moins< 
que  vous  ne  sémblez  le  croire,  il  n'y  a  pas  de  mat  que  veme  sackiev 
qnfit  pf  ue,  au.  besoin,,  êsre  somenn  par  des  amie  fermes  t« 


CHARLES  US  TÉMÉRAIRE.  IS» 

--Et  yoas-mdme^  mon  cheir  ami,  tous  fiorei  bien  de  profiter  d» 

«qie  TQoa  avez  entendu.  On  ne  ae  troQTe  fOB  à  une  nooe,  oon^ 

wrtd'ene  arnivre;  ni  dâne  «ne  q^wreUe#  Tétn  dSm  poorpoint  de 

soie. 

— Ja  me  pr^pacerai  à  ce  (foi  peut  arrmr  de  pife,  et  en  censé» 
^eD£e  j^  meurai  vn  Uger  haubert  d'aeier  bien  trempé^  qui  est  à 
l'épf evve  de  la  flèsheet  de  la  javeline.  Je  voua  repiercie  de  veCre 
ayis  amical. 

— Yoas  ne  me  deveai  pas  de  lemeraiemens  :  je  ne  méviterais 
pas  d'être  Haaptmaii,  si  je  ne  faisais  pae eomaitre  à  çeun  qm 
(biveat  lae  suivre,  et  surtout  à  «n  homoie  aussi  brave  qam  voue 
,  le  mem^nl  eu  il  faut  eadess^  l'armure  et  seprépafer  anz 


La  €oitveieati<ni  cessa  pendant  quelques  instans»  aucun  des  ai 
ôiierlociiteurB  n'étant  partaitement  content  de  son  compagnon , 
qooiqse  ni  Ton  ni  l'antre  na  voulût  faire  aucune  rennurque  à  ee 
sqet. 

LeBersoisy  jugeant  lea  marcbanda  d*aprèa  ks  sentimens  de 
cnadeaMt  propite pays,  s'était  regardé  comme  presque  assuré 
qne  l'Anglais ,  se  trouvant  puissamment  soutenu  par  la  force, 
aiffait  saisi  roceasipn  die  se  rebiser  au  paiement  des  droiss  ezor- 
Utans doatil  4(ait  QMnacé  dans  la  ville  voisivM;  ee  qui,  sans  que 
Rodolphe  parût  y  contribuer^  aurait  sans  doute  déterminé  Arnold 
Kedennaa  ki*m/teie  à  rompre  la  paix ,  et  amené  sur-le-champ 
^e  èédaiation  de  guerre.  D'uneautre  part,  le  jeune  Philipson  ne 
poinùtid  oompreyQdne  pi  approuver  la  conduite  de  Donneiiiugel, 
V^f  inambre  lui-méaae  d'une  députation  pacifique,  ne  semUait 
^^  fus  dn  désir  de  uouver  une  occasion  d'allumer  le  feu  de 

Occapés  de  ces  diverses  réflewns,  ils  marièrent  quelque 
^s  à  côté  l'un  de  l'autre  sans  se  parler.  Enfin  Rodolphe  rompit 
lesilease:  '« 

— L'appurition  d^Anne  de  GeiersAcin  n'ei^ite  donc  pins  votre 
<Vtt6itéi  sire  Anglais?  ditfil  à  Arthur» 

-^11  s'en  faut  de  beaucoup»;  mais  je  ne  voulais  pae  yens  fotir 
SUT  de  questions,  pe^dai^t  que  voua  dtea  oociipé  d^  devoirs  de 
Totoe  patrouiOe. 

^Naqa  povvops  la  regaid^ctf^ilMma  temniaée,  eaf  il  n'y  a  pan 

^)fwap4va9am.iui^hii89ai»ei^4M  eequind^ 


140  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Bourgnignon;  et  un  coap  d'œil  autour  de  nous  de  temps  en  temps 
est  tout  ce  qu'il  faut  pour  é^dter  une  surprise.  Ainsi  donc  écoutez 
bien  une  histoire  qui  n'a  jamais  été  chantée  ni  racontée  dans  une 
tour  ou  dans  un  château,  et  qui  commence  à  me  paraître  tout  au 
moins  aussi  croyable  que  celle  des  chevaliers  de  la  table  ronde, 
que  les  anciens  troubadours  et  les  minnesingers  nous  donnent 
comme  des  chroniques  authentiques  du  monarque  fameux  dont 
vous  portez  le  nom* 

— J'ose  dire,  continua  Rodolphe;  que  tous  avez  suffisamment 
entendu  parler  des  ancêtres  d'Anne ,  dans  la  ligijie  paternelle. 
Vous  savez  qu'ils  demeuraient  entre  leurs  vieilles  murailles  à 
Geierstein ,  près  de  la  cascade  ;  tantôt  opprimant  leurs  vassaux , 
pillant  leurs  voisins  moins  puissans  et  dévalisant  les  voyageurs  qne 
leur  mauvais^  étoile  conduisait  à  portée  du  nid  des  vautours; 
tantôt  fatiguant  tous  les  saints  en  leur  demandant  le  pardon  de 
leurs  crimes  f  distribuant  aux  prêtres  une  partie  de  leurs  ri- 
chesses mal  acquises,  et  faisant  des  pèlerinages  >  partant  pour  une 
croisade ,  enfin  aUant  visiter  la  Terre-Sainte,  à  titré  de  réparation 
des  iniquités  qu'ils  avaient  commises  sans  le  moindre  remords  de 
conscience. 

— J'ai  compris  que  telle  était  llûstoire  de  la  maison  de  Geiers- 
tein ,  jusqu'au  moment  où  Arnold,  ou  son  père,  je  crois,  quitta  la 
lance  pour  prendre  la  houlette. 

r^  Mais  on  dit  qu'ils  étaient  des  nobles  bien  différens  des  riches 
et  pnissans  barons  d'Arnheim,  de  Souabe,  dont  la  seule  descen- 
dante devint  la  femme  du  comte  Albert  de  Geierstein  «  et  fut  la 
mère  de  cette  jeune  personne]que  les  Suisses  appellent  simplement 
Anne,  mais  que  les  Allemands  nomment  la  comtesse  Anne  de  Geier- 
stein. Ils  ne  se  bornaient  pas  à  pécher  et  à  se  repentir  alternative- 
ment,  à  piller  de  pauvres  paysans,  à  engraisser  des  moines  pa- 
resseu^i;  ils  se  distinguaient  autrement  [qu'en  construisant  des 
châteaux  avec  des  cachots  et4es  chaihbres  de  tortare,  et  en  fon- 
dant des  monastères  avec  des  dortoirs  et  des  réfectoires. 

Ces  barons  d'Arnheim  étaient  des  hommes  qui  cherchaient  à 
reculer  les  bornes  dès  connaissances  humaines.  Ils  avaient  changé 
leur  château  en  une  espèce  de  collège,  où  il  y  avait  plus  d'anciens 
livres  que  les  moines  n'en  ont  empilé  dans  la  bibliothèque  de  l'ab- 
baye de  Saînt-Gall  ;  et  leurs  études  ne  se  bomaient'pas  aux  livres. 
Enfoncés  dans  leur  laboratoire,  ils  acquéraient  des  secrets  dont  la 


GIUBLfiS  LE  TÉMÉRAIRE.  141 

OHmaissaiice  était  ensnite  transinise  du  père  aa  fils,. et  qu'on  sup- 
posait approcher  de  bien  près  des  mystères  les  pins  profonds  de 
faldûmie.  Le  brait  de  lear  science  et  de  leors  richesses  arriva 
soaYent  josqn'au  pied  du  tr^ne  impérial;  et  dans  les  fréquentes 
^  qaerelles  que  les  empereurs  eurent  autrefois  avec  les  papes,  on 
dit  que  les  premiers  furebt  encouragés  par  les  conseils  des  barons 
d'Arnbeim ,  qui  prodiguaient'  leurs  trésors  pour  la  cause  de  ces 
monarques.  Ce  fût  peut-être  ce  système  politique,  joint  aux  études 
mystérieuses  et  extiraordinaires  auxquelles  la  maison  d' Araheùn 
se  livrait  depuis  si  long-temps  i  qpii  fit  naître  Topinion  générale- 
ment reçue ,  qu'ils  étaient  aidés,  dans  leurs  recherches  de  coft» 
naissances  au-dessus  de  la  portée  de  l'homme i  par  des  secours 
samatorels.  Les  prêtres  ne  manquèrent  pas  de  propager  ce  bruit 
contre  des  hoiiunes  qui  n'avaient  peut*dtre  d'antre  tort  que  d'être 
plus  savans  qu'eiix. 

Voyez,  disaientôls,  Toyez  qnek  hôtes  sont  reçus  dans  le 
château  d'Ari^heim.  Qu'un  chevalier  chrétien,  blessé  par  les  Sar- 
rasins, se  présente  sur  le  pont-levis,  on  lui  donne  une  croûte  de 
pÔQ,  un  verre  de  vin ,  et  on  rengage  à  passer  son  chemin  ;  qu'un 
pèlerin  en  odeur  de  sainteté ,  TenaiU  de  visiter  les  lieux  saints , 
cliargé  de  reliques  qv^  sont  la  preuve  et  la  récompense  de  ses  h^ 
^goes,  s'approche  de  ces  murailles  profianes,  la  sentinelle  bande 
son  arbalète ,  et  le  portier  ferme  la  porte  i  coniime  si  le  saint 
homme  apportait  avec  lui  la  peste  de  la  Palestine.  Mais  s'il  arrive 
^ Grec  à  barbe  grise,  à  langue  bien  pendue,  avec  des  rOttlean:[; 
ûfi  parchemins  dont  les  yeux  chrétiens  ne  peuvent  même  déchif- 
^  Fécritore  ;  s'il  vient  tm  rabbin  juif  avec  son  Talmud  et  sa  Ca-^ 
^6;  on  Maure  à  visage  basané,  qui  puisse  se  vanter  d'avoir  ap 
pm  le  langage  des  astres  dans  l9.Gbaldée,'berceau  de  l'astrologie , 
le  vagabond ,  l'imposteur ,  le  sorcier,  est  placé  au  haut  bout  de  la 
table  da  baron  d'Arnheim  ;  il  partage  avec  lui  les  travaux  de  Fa- 
lambic  et  du  creuset  ;  il  apprend  de  lui  des  connaissances  mys» 
tiques  semblables,  à  celles  qu'acquirent  nos  premiers  parens,  pour 
lamine  de  leur  race  ;  et  il  s'en  acquitte  en  lui  donnant  des  leçons 
plos  terribles  que  celles  qu'il  reçoit,  jusqu'à  ce  que  son  hôte  impie 
ait  ajouté  à  son  trésor  àb  Sciences  sacrilèges  tout  ce  que  le  païen 
pent  lui  communiquer.  Igt  tout  cela  se  passe  en  Allemagne ,  dans 
le  pays  qu'on  appelle  le  Saint-Empire  Romain,  où  tant  de  prêtres 
ont  le  rang  de  princes  l  et  l'on  ne  met  pas  au  ban  de  l'Empire ,  on 


tl2  CHAÎILBS  ZiE  TÉMÉRAIIŒ. 

nefrttjfpepA  mime  d'iln  mofiitoire  une  nxm  de  doNim  ^^  de 
«ièel«  en  nèele,  niomphent  par  Ja  HécroOMSioie  1 

Tels  élaiem  les  argumeiis  qu'on  tépéti^  éauns  ks  È^Mm  des 
'^abbésy  cùvÊiAe  éaAs  les  ceUnleis  des  amioborèies  7  et  etfpeaâttttilB 
paraissent  atoir  fait  pea  d'impt^ssion  sar  le  isonaeil  de  PEtape- 
vear  ;  mais  ils  servirent  à  ^leitèr  le  aèle  «le  Uen  des  baretn  et  des 
«mntes  de  l'EApire  y  qoi  apprirent  ainsi  à  regarder  une  ^mlk 
«n  nne  gnerre  avec  les  barons  d' Arnheîâi  f  eomme  à  pea  prè»  Dem- 
Udile  à  ilne  croisade  centre  leè  emwmîil  de  la  ibi,  et  detam  [enr 
pi^enrer  les  mêmes  itnmunijtés  ;  et  me  attaque  contre  ces  fma- 
tàts Tos  de  si  mandats  eeH^  eoeinie  nn  moyen  sàr  de  ré^er  ledrs 
Comptes  areo  l'EgUse  chrétienne.  Mais  qnoiqne  les  bai^ns  d'Arn- 
heim  ne  eherehassent  qperelle  à  personne,  ils  n'en  éiaiciatpn 
moins  belliqnenx  ^  et  ils  taraient  fort  bien  se  défaiébrè.  QïvA(f»s 
indijidns  de  cette  race  étaient  aussi  vaillans  chevaliers  »  AOân  kt 
trépides  bommeS  d'armée ,  fM  savans  biMles.  D'sî&eoti  ils 
étaient  riehes ,  sotitentts  par  de  grandes  aMlaitees ,  6s^es  ef  ft\h 
âens  à  un  deg^é  énrineai  ;  et  cens  qui  les  attaquèrent  l'apprirent  à 
leurs  dépens. 

Les  lignes  qid  Se  MfÊûÈfMt  MtKre  fm  faet^ènd  d' Aiddieân  htm 
diësontes;  les  attaques' que  lear s  ennëboâsméékalenclBreÉftpréve^ 
nnes  et  déconoertées  ;>ei  ^eta,  qui  en  TÎDi«nt  à  des  actes  «Thostiliié 
effeetifi  fttrent  twicos  et  essuyèrent  de  ^nsiides  pertes<  InAn  Fà^ 
pfessîon  qai  en  i^éerita  itt;  qni*  m  répafadît  dons  sont  itsr  t«iK* 
mgby  fÉit  qnoi  vn  les  ii^rrmationa  enàcées  qit'fls  roDèndetit  de 
i^taqnea  ptôses  ixmtre  enic ,  et  la  manière  ilnifoinBie  dni  ^ 
rfaississàient  tonJo«rs  à  y  résister  et  à  «n  ti^kmipber,  ïlMba^ 
qli'ils  etssem  reconfs  à  des  moyens  de  défense  qne  tftiUs  (^ 
purement  humaine  n'était  eàpaUe  de  tetntepe.  ils  deviaveiit  don<^ 
aDissi  Redoutés  qu'ils  étaient  haâis,  et  pendant  la  deraière  géÊtt^' 
tîon  on  renonça  à  les  inquiéter*  G'étadt  d'antant  plos  sage  y  qnsl^ 
▼aSBamx  nondnpenx  de  cetae  grande  maison  étaient  satisfaite  ^ 
lenr&seignearsy  cbsposés  à  prendre  letir  défense ,  et  portés  à  tt^^ 
que,  soit  que  leurs  maîtres  fussent  eereièrs  ou  non ,  ils  ils  PP^ 
raient  rien  à  en  avoir  un  aaitre,  qne  «ë  fût  nn  des  croisés  de  cette 
gnerre  sainte ,  on  un  des  prélats  qui  en  sarifiSaient  le  feu.  l»  ^ 
masculine  de  ces  barons  s'éteignit  à  la  liiort  d'Herman  Von  Arn- 
heim,  aïenl  maternel  d'Anne  de  Greierstein.  tl  fut  enterré  atei 
son  casque  1  aou^  épée  et  son  bouclier ,  comme  c'est  la  c^misiD^  ^ 


CMàMJm  UB  TÉHBEÊLÈOX.  MB 

iHmafiie  à  la  mort  da  affirmer  deaûesdant  aftle  d'une  iaoille 


Mais  fl  laine  um  fille  mnqne^  Sibylle  d'Araheiai ,  qai  kértee 
f  une  portioD  eoBsidéraUe  de  ees  domaines,  et  je  n'ai  jeaiaie  oitf 
dire  que  la  cnielie  aecueailion  de  soroeUerio  portée  oontre  sa  nud* 
son  ait  empèohé  des  bomaes  de  U  première  distînotion  de  PBmpire 
geimamqiie  de. aoHicker  de  l'Empereeri  son  tntenr  légal,  la 
main  de  la  liohe  héritière^  Albert  de  Gtfierstein ,  qa<»^'il  ne  lût 
qa'iui  banni ,  obtint  la  préférenee.  Il  était  galant  et  bten  fût ,  ee 
qui  fat  ponr  Ini  une  recommandation  auprès  de  Sibylle  ;  et  l'Empe* 
rair,  ^ se  repaissait, alors  du  yaân  p#ojet  de  reconvrer  son  auto- 
rité sar  les  montagnes  de  la  Suisse ,  désirait  se  montrer  généreux 
à  l'égard  d'Alberty  ^'il  regardait  comme  One  vietime  d'un  dévo«e- 
meat  loyal  à  sa  cause*  Yens  Toyez  donc»  très  noble  roi  Anhw, 
qa'Aane  de  G^ersteini  se«l  rejeton  de  ce  mariage  »  ne  deseenid 
pas  d'une  race  ordinaire ,  et  que  les  oircofnstanoes  qak  pentent  la 
coseeroer  ne  doiTOit  pas  s'expliquer  et  se  jnger  aussi  beilmnent 
etd'après  les  ntdmesffaiaonnemene  qjM  s'il  s'agissak  de  tome  antre 


— Sornum  honneÉr^  sire  Rodelpbe  de  D^nnerbngely  dît  Ar* 
tknr,  fiâsant  un  YÎolent  eSsrt  sw  lui-méûie  pour  maîtriser  ses  sen» 
timia,  tout  oe  qût  je  toîsi  toot  ce  que  je  comprends ,  d'q»rès 
TotKiécity  c'est  que,  pi^ee  qu'il  y  a  en  Allemagne^  eomase  en 
Vautres  pays ,  des  fous  qui  tegardent  oomme  sor oiera  et  iMfieiaift 
coviqû  possèdent  des  œnnaissanoes  «t  de  la  stiande^  voué  Ates 
^séà  dîffainer  nae  j^ine  persoan^  qaî  a  tolqonrs^té  diérie  et 
i*6V«ctiad0  tous  oeuL  qui  l'«àlovent^  et  à  la  représenter  oomme 
dôcifJe  d'tm  art  qui ^  oomme  je  le  ovois^  est  aussi pencommui 
qu'illicite. 

Quelques  instaas  se  passèrent  avant  ^ne  Rodolphe  répondît. 

—J'aurais  désiré ,  âit^il  enfin  f  qi^e  tous  vous  fassiez  «ontenté 
des  traits  généraux  da  caractère  de  la  famUle  maternelle  d'Anne 
deGeierstein,  coimne  offrant  quelques  circonstances  qui  peuvent 
expliquer,  jusqu'à  un  certain  point ,  ce  que ,  d'après  votre  pn^re 
f^porti  vous  avez  vu  cette  mit;  et  il  me  répugne  véritablement 
<i'eiitrer  dans  des  détaUs  plus  partiouliM*9*  La  réputation  d'Amie 
^e  Geierstein  ne  peut  être  plus  chère  k  personne  qu'à  moi«  Après 
la  famiUe  de  son  onclCy  je  suis  son  plus  proche  parent.  Si  elle  était 
restée  en  Suisse,  ou  si  die  y  revenait ,  comme  oeta  est  assez  pro* 


144  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

bable,  peut-être  pourrions  noas  être  unis  par  des  nœads  encore 
plas  étroits.  Dans  le  fait^  le  seul  obstacle  qni  s'y  soit  opposé  est 
Tenu  de  certaiqs  préjagés  de  son  oùcle  sur  l'autorité  paternelle , 
et  sur  notre,  parenté  I  qui  n'est  pourtant  pas  assez  proehepour 
que  nous  ne  puissions  obtenir  une  dispense.  Je  ne  tous  en  parle 
que  pour  tous  prouTer  que  je  dois  nécessairement  attacher  plus 
de  prix  à  la  réputation  d'Anne  de  Geierstein  que  tous  ne  pouvez 
le  faire,  tous  qui  étçs  un  étranger,  qui  ne  la  connaissez  que  depuis 
quelques  jours,  et  qui  êtes  sur  le  point  de  la  quitter  pour  toujours, 
à  ce  qu'il  parait. 

La  tournure  de  cette  espèce  d'apologie  causa  tant  de  dépit  i 
Arthur,  qu'il  iallut  toutes  les  raisons  qui  lui  ordonnaient  de  le  ca> 
cher,  pour  le  mettre  en  état  de  répondre  uTec  sang*froid. 

—  Je  n'ai  nul  motif,  sire  Hauptman ,  lui  dit-il ,  pour  contredire 
l'opinion  que  tous  pouTez  aToir  d'une  jeune  personne  à  laquelle 
TOUS  êtes  lié  d'aussi  près  que  tous  paraissez  l'être  à  Anne  de 
Geierstein.  Je  suis  seulement  surpris  qu'ayant  autant  d'égards 
pour  elle  que  TOtre  parenté  doit  le  faire  supposer,  tous  soyez  dis- 
posé, d'après  des  traditions  populaires ,  à  adopter  une  croyance 
injurieuse  à  TOtre  parente ,  et  surtout  à  une  jeune  personne  à  la- 
quelle TOUS  annoncez  le  désir  d'être  uni  par  des  nœuds  encore 
plus  étroits.  Songez-Tous  que,  dans  tout  pays  chrétien ,  l'imputa- 
tion de  sorcellerie  est  la  plus  odieuse  qu'on  puisse  se  permettre 
coi^tre  un  homme  ou  contre  une  femme  ?      ^ 

—  Et  je  suis  si  loin  de  Touloir  porter  une  telle  accusation  contre 
elle,  s'écria  Rodolphe,  que -si  quelqu'un  osait  laisser  échapper  une 
telle  pensée ,  par  la  bonne  épée  que  je  porte ,  je  le  'défierais  aa 
combat ,  et  sa  mort  ou  la  mienne  en  serait  le  résultat.  Mais  la  ques^ 
tion  n'est  pas  de  saToir  si  elle  pratique  ellemême  la  sorcellerie; 
quiconque  le  prétendrait,  ferait  aussi  bien  de  creuser  sa  fosse  et 
de  songer  au  salut  de  son  ame.  Le  doute  est  de  saToir  si ,  descen- 
dant d'une  Camille  qui  a  en ,  comme  on  l'assure ,  des  relations  très 
intimes  aTOc  le  monde  iliTisible,  elle  n'est  pas  exposée  à  Toir  des 
esprits  aériens ,  des  êtres  d'une  nature  différente  de  la  nôtre, 
prendre  sa  ressemblance  et  tromper  les  yeux  de  ceux  qui  la  con- 
naissent; enfin ,  s'il  leur  est  permis  de  jouer  des  tours  à  ses  dé- 
pens, quand  ils  ne  peuTent  en  faire  autant  à  l'égard  des  autres 
mortels  dont  les  ancêtres  ont  toujours  été  pendant  leur  Tie  fidèles 
obserTateurs  des  lois  de  l'Eglise^  et  sont  morts  régulièrement  dans 


CiilARLES  LE  TEMÉRAnÙE.  145 

sa  coommiiioii.  Et  comme  je  désire  sincèrement  consenrer  YOtre 
estime^  je  yoos  commoniqa^rai  sur  sa  généalogie  des  circonstances 
qui  confirment  cette  idée.  Mais  je  dois  tous  prévenir  que  c'est  on 
acte  de  confiance  personnelle,  et  qne  j'attends  de  vbns  an  secret 
iiiTiolabley  sons  peine  de  tout  mon  déplaisir. 

—  Le  secret  sera  gardé ,  répondit  le  jeune  Anglais  ^  cachant 
a^ec  peine  les  sentimens  qui  l'agitaient.  Jamais  il  ne  sortira  de 
ma  bouche  un  mot  qui  puisse  nuire  à  la  bonne  renommée  d'une 
jeune  personne  à  qui  je  dois  tant  de  respect.  Mais  la  crainte  du  dé- 
plaisir de  qui  que  ce  soit  ne  saurait  rien  ajouter  à  la  garantie  de 
mon  honneur. 

-^  Soit  1  répliqua  Rodolphe  ;  je  n'ai  nulle  enyie  de  tous  causer 
le  moindre  mécontentement.  Mais  je  désire  y  tant  pour  conserrer 
YOtre  bonne  opinion  à  laquelle  j'attache  grand  prix ,  que  pour  ex- 
pliquer plus  clairement  ce  qui  a  pu  tous  paraître  obscur,  tous 
communiquer  des  choses  que,  sans  cela,  j'aurais  préféré  passer 
sons  silence. 

—  Vous  dcTCz  juger  Tous-méme  de  ce  qui  est  nécessaire  et  con- 
lenable  a  cet  égard ,  répondit  Philipson  ;  mais  souTcnez-TOUS  que 
je  ne  tous  demande  pas  de  me  Communiquer  aucune  chose  qui 
doiye  rester  secrète  >  et,  surtout  quand  il  s'agit  d'une  jeune 
dame. 

— <  Vous  en  aTczdéjà  trop  tu  et  trop  entendu ,  Arthur,  répon- 
dit Rodolphe  après  une  minute  de  silence  ^  pour  qu'il  ne  so^t  pas 
nicessaire  que  Vous  sachiez  toat^  du  moins  tout  ce  que  je  sais 
moi^^me  sur  ce  sujet  mystérieux.  11  est  impossible  que  les  cir- 
constanœs  dont  nous  nous  sommes  entretenus  ne  se  représentent 
pas  quelquefois  à  TOtre  souTenir,  et  je  désire  que  tous  possédiez 
tous  les  renseignemens  nécessaires  pour  les  comprendre  aussi  bien 
que  la  natore  des  faits  le  permet.  Nous  aTons  encore ,  en  côtoyant 
ce  marécage,  euTiron  un  mille  de  chemin  aTant  d'aToir  terminé  le 
toor  du  château.  Ce  temps  me  suffira  pour  le  récit  que  j'ai  à  tous 
faire. 

—  Parlez,  je  tous  écoute,  dit  le  jeune  Anglais,  partagé  entre  le 
désir  de  saToir  tout  ce  qu'il  lui  était  possible  d'apprendre  relati- 
Tement  à  Anne  de  Geierstein ,  et  la  répugnance  qu'il  aTait  à  en- 
tendre prononcer  son  nom  par  un  homme  qui  annonçait  des  pré- 
tentions semblables  à  celles  de  Donnerhugel  ;  car  il  sentait  re* 
luicre  en  loi  ses  premières  préTcntions  contré  le  Suisse  à  taiUe 

lO 


14«  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

gigantesque,  dont  les  manières,  respirant  toujours  une  franchifle 
qni  allait  presque  à  la  grossièreté,  semblaient  alors  marquées  par 
un  air  de  présomption  et  de  supériorité.  Cependant  il  écouta  avec 
attention  son  récit  étrange,  et  Pintérêt  qu'il  y  prit  Femperta  lùen- 
tôt  sur  tout  autre  sentiment. 


CHAPITRE  XI. 


BéciT   DE   DONNBRHUGEL. 


—  L'a4«pte,  en  sa  doctrine, 
Noas  peint  les  élétnens  peuplés  é'espril»  dlffi* 
(.«  S^lpl»*,  fils  du  ci«l ,  To^ige  4«Qs  les  ain  : 
Le  Gtiome  vit  caché  dans  les  grottes  profonde; 
La  Naïade  cpnstmit  son  palais  dans  lasoiyla; 
Et  le  feu  si  terrible,  cléinent  dektrDCteor, 
Btl  poov  ka  SaUmaiMlTe  un  ^éfma  éo  boqbeur. 

AirttirT«l> 


-r- Je  yous,  ai  d^jà  informé,  dit  Rodolphe  à  Arthur,  que  les  ba* 
rons  d'An^heim,  quoique  s'occnpaut  de  père  en  fils  d'études  se- 
crètes, étaient  pourtant,  comme  les  autres  nobles  allemands; 
belliqueux  et  amateurs  de  la  chasse.  Tel  était  particulièrement  le 
caractère  d'Herman  d' Arnheim  ,  aïeul  maternel  d'Anne  de  Geier* 
stein,  qui  se  faisait  gloire  d'avoir  un  superbe  haras,  et  possédait 
le  plus  noble  coursier  qu'on  eût  jamais  vu  dans  les  Cercles  de  Vti- 
lemagne.  Je  renonce  à  vous  faire  la  description  d^uii  tel  animal; 
je  me  bornerai  à  dire  qu^il  était  noir  comme  le  jais,  sans  an  seul 
poil  blanc  sur  la  tête  ni  à  ses  pieds.  Pour  cette  raison ,  et  attendu 
son  caractère  fougueux,  son  maître  l'avait  nommé  Apollyon,ce 
qi^ôn  regardait  en  secret  comme  tendant  à  confirmer  les  inaa^ais 
l)rnits  qui  couraient  sur  la  maison  ^Arnheim ,  puisque  le  baron, 
disait-on  I  donnait  à  son  cheval  favori  le  nom  d'un  démon. 

n  arriva  I  un  jour  de  novembre ,  que  le  baron  était  allé  chasser 
4a^  la  forêt ,  et  qu'il  ne  rentra  chez  lui  qu'après  la  nuit  venue.  Il 
ne  ce  trouvait  aucun  étranger  au  château ,  car ,  comme  je  vous  I  ^ 
donné  \  entendre ,  les  barons  n'y  recevaient  guère  que  ceux  dont 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  147 

ibpoiiTaieiit  espérer  d'obtenir  dé  nouvelles  connaissances.  Le  ba** 
ron  était  seul ,  assis  dans  son  salon ,  éclairé  par  des  torches  et  det 
lampes.  D'ni|e  main  il  tenait  nn  livre  dont  les  caractères  auraient 
âé  inintdligibles  pour  tout  antre  que  lui  ;  l'autre  était  appuyée  scuc 
une  table  de  marbre,  sur  laquelle  était  placé  nn  flacctn  de  y\u  dQ 
Tokai.  Un  page  était  placé  dans  une  attitude  respectueuse  an  fond 
Recette  grande  salle,  où  il  ne  régnait  qu'un  demi-|onr^  et  l'on  n'en* 
tendait  diantre  son  que  celui  du  vent  de  la  nuit ,  qui  semblait  8oi|« 
pirersnr  un  ton  lugubre  en  passant  à  travers  les  cottes  de  ipaiU^ 
TonJilëes  et  les  bannières  en  lambeaux ,  tapisserie  guerrière  de 
cet  appartement  féodal.  Tout  à  coup  on  entendit  quelqu'un  monter 
l'escaHer  à  la  hâte  et  comme  en  tremblant  ;  la  porte  s'ouvrit  ayec 
nolence,  et,  l'efFroi  peint  sur  tous  ses  traits ,  Gaspardjt  chef  de^ 
écuries  du  baron,  ou  son  grand-écuyer ,  accourut  vçrs  la  t^le  cic* 
Tant  laquelle  son  maître  ^tait  assis  »  en  s'écriant  : 

—Monseigneur  I  Monseigneur  !  il  y  a  nn  diable  dans  Pécurie. 

— Qne  signifie  cette  folie  ?  demanda  le  baron  ei\  se  levant,  3Uf«» 
pris  et  mécontent  d*être  interrompu  d'une  manière  91  lna$it^« 

—Je  me  soumets  à  tout  votre  déplaisir ,  dit  G^spsurd,  9i  J6  ne 
vons  dis  pas  la  vérité.  ApoIIyon. . . 

n  s'interronipit  un  instant. 

—Parle  donc,  fou  que  tu  es!  s'écria  le  baron;  la  firayoui*  te 
bit-elle  perdre  la  tête  ?  —  Mon  cheval  est-il  nialade?  lai  esvil  W- 
ri^é  quelque  accident?  - 

Tout  ce  que  put  faire  le  ^and-écuyer,  fat  de  répéter  ;  — 

Apollyou! 

— EbHenI  dit  le  baron,  quand  Apollyon  lui-même  sendt  ici 
^  persoime ,  il  n'y  aurait  pas  de  quoi  effrayer  un  homme  brave. 

—Le  diable  est  à  cftté  d*Àpollyon  ^  s'écria  le  chef  des  écuries» 

—  Foui  s'écria  le  baron  en  saisissant  une  torche;  qui  peot  t'a- 
▼<nr  tourné  l'esprit?  Des  gens  comme  toi ,  nés  pour  qod»  servir  ^ 
^vraient  avoir  plus  d'empire  sur  leur  tête ,  p^  égs^xA  pour  11003  > 
si  ce  n'est  pour  eux-mêmes. 

Tout,  en  parlant  ainsi ,  il  traversa  la  cour  du  dhâtçau  pour  se 
i^ndre  dans  ses  écuries ,  qui  en  occupaient  toute  l'extrémité  ipfiî- 
rieore,  et  ou  cinquante  beaux  coursiers  étaient  rtUUgés  dea  dwx 
cdtés.  Près  de  éhacun  d'eux  étaient  placées  les  anvies  o£Cenaive$ 
€t  défensives  d'tm  homme  d'armes,  aussi  brillantes  et  eu  wm^ 
^a  état  qu'il  était  possible  1  et  la  cotte  de  buffle  qui  formait  le 

10, 


148  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

•vêtement  de  dessous  da  soldat.  Le  baron  y  entra  ayec  deux  domes- 
tiques qni  l'avaient  suivi ,  étonnés  de  cette  alarme  extraordinaire. 
Il  marcha  à  grands  pas  entre  ces  deux  rangs  de  chevaux ,  et  s'ap- 
procha de  son  coursier  favori ,  qui  était  à  l'autre  extrémité  de 
l'écurie  y  du  côté  droit.  L'animal  ne  hennit  point ,  ne  secoua  point 
la  tête  ;  ne  battit  pas  du  pied ,  enfin  ne  donna  aucun  de  ces  signes 
par  lesquels  il  avait  coutume  de  témoigner  sa  joie  quand  il  voyait 
arriver  son  maître.  Il  ne  parut  le  reconnaître  que  par  une  sorte 
de  gémissement  qui  semblait  implorer  son  assistance. 

Herman  leva  sa  torche ,  et  vit  un  grand  homme  qui  avait  la  main 
apptiyée  sur  l'épaule  du  cheval. 

— ^Qui  es-tu  ?  que  fais-tu  ici  ?  lui  demanda  le  baron. 

—  Je  cherche . Refuge  et  hospitalité  ^  répondit  l'étranger  ^  et  je 
te  les  demande  par  l'épaule  de  ton  cheval  e^  par  le  tranchant  de 
ton  épée  ;  et  puissent-ils  ne  jamais  te  nianquer  au  besoin  ! 

— Tu  es  donc  un  frère  du  Feu  Sacré?  dit  leliarpn  d'Arnheim. 
Je  ne  puis  te  refuser  ce  que  tu  me  demandes  d'après  les  rites  des 
Mages  persans.  Contre  qui  et  pour  combien  de  temps  me  demandes- 
tu  ma  protection  ? 

—  Contre  ceu^c  qui  viendront  me  chercher  avant  que  le  coq 
chante  y  répondit  l'étranger ,  et  pour  l'espace  de  temps  d'un  an  et 
un  jour  à  .compter  dé  ce  moment. 

— Mon  serment  et  mon  honneur  ne  me  pennettent  pas  de  te 
refuser.  Je  te  protégerai  donc  un  an  et  un  jour  ;  ta  tête  aura  l'abri 
de  mon  toit ,  tu  t'assiéras  à  ma  table  et  tu  boiras  de  mon  vin.  Mais 
toi  aussi  y  tu  dois  obéir  aux  lois  de  Zoroastre.  De  même  qu'il  dit: 
«  Que  le  plus  fort  protège  le  plus  faible ,  »  il  dit  aussi  :  «  Qo^ 
le  plus  sage  instruise  celui  qui  a  moins  de  connaissances.  »  Je  sois 
le  plus  fort ,  et  tu  seras  en  sûreté  sous  ma  protection  ;  mais  tu  es 
le  plus  saîge  ^  et  tu  dois  m'instruire  dans  les  plus  secrets  mystères. 

—  Vous  voulez  vous  amuser  aux  dépens  de  votre,  serviteur; 
mais  si  Dànnischemend  sait  quelque  chose  qui  puisse  être  utile  a 
Herman  y  ses  instructions  seront  pour  lui  comme  celles  d'un  père 
pour  son  fils. 

•^  Sors  donc  de  ta  place  de  refuge.  Je  tè  jure  par  le  Feu  Sacrai 
qtd  vit  sans  alimens  terrestres,  par  la  fraternité  qui  existe  entre 
nous,  par  l'épaule  de  mon  cheval,  et  par  le  tranchant  de  mon  épéet 
que  je  garantirai  ta  sûreté  pendant  un  an  et  un  jour,  autant 
mon  pouvoir  y  suffira. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  149 

L'étranger  sortit  de  Fécarie ,  et  ceux  qui  virent  son  extérieur 
singulier  ne  furent  pas  très  surpris  que  Gaspard  eût  été  effrayé  en 
le  trouvant  dans  Técurie  sans  savoir  comment  il  avait  pu  s'y  in- 
troduire. Quand  il  fut  entré  dans  le  salon,  où  le  baron  le  conduisit 
comme  il  y  aurait  conduit  un  hôte  respectable  accueilli  |ivec  plai- 
sir, la  clarté  des  torches  fit  voir  que  c'était  un  homme  de  grande 
taille  et'^ant  un  air  de  dignité.  Il  portait  le  costume  asiatique, 
c'est-à-dire  un  caftan ,  ou  longue  robe  noire  semblable  à  celle  que 
portent  les. Arméniens,  et  un  grand  bonnet  carré,  couvert  de  la 
laine  noire  des  moutons  d'Astracan.  Tout  ce  qui  composait  ses 
Tetemens  était  noir,  ce  qui  &isait  ressortir  une  longue  barbe 
blanche  qui  lui  tombait  sur  la  poitrine.  Sa  robe  était  retenue  au- 
tour de  sa  taille  par  une  ceinture  en  filet  de  soie  noire ,  dans  la- 
quelle ,  au  lieu  de  poignard  et  de  cimeterre,  étaient  pas^s  un  étui 
d'argent  et  un  rouleau  de  parchemin.  Le  seul  ornement  qu'il  por- 
tât était  nn  rubis  d'une  grosseur  peu  commune ,  et  dont  l'éclat 
était  tel  que ,  lorsque  la  lumière  le  frappait,  il  semblait  darder  les 
rayons  qu'il  ne  faisait  que  réfléchir.  Le  baron  W  offrit  alors  des 
nfnachîssemens,  mais  l'étranger  lui  répondit  : 

-^  Je  ne  pois  rompre  le  pain ,  ni  faire  passer  une  goutte  d'eau 
entre  mes'  lèvires ,  jusqu'à  ce  que  le  vengeur  soit  arrivé  devant 
Totre  porte. 

Le  baron  donna  ordre  qu'on  remît  de  l'huile  dans  les  lampes, 
et  qu'on  allumât  de  nouvelles  torches  ;  il  dit  à  tous  ses  gens  d'aller 
se  reposer,  et  resta  seul  avec  l'étranger.  A  minuit,  les  portes  du 
cbâiean  forent  ébranlées  comme  par  un  ouragan ,  et  l'on  entendit 
une  voix,  comme  celle  d'un  héraut,  demander  qu'on  lui  remît  son 
prisonnier,  Dannischeinend,  fils  d'Ali.  Le  gaf^ien  de  la  porte  en- 
tendit alors  ouvrir  une  fenêtre ,  et  reconnut  la  voix  de  son  maître 
parlant  à  la  personne  qui  venait  faire  cette  sommation.  Mais  la  nuit 
était  si  obscure  qu'il  ne  put  voir  aucun  des  interlocuteurs ,  et  la 
langue  qu'ils  parlaient  lui  était  inconnue,  ou  du  moins  leurs  dis- 
cours étaient  mêlés  de  tant  de  mots  étrangers,  qu'il  ne  put  en 
comprendre  une  syllabe.  Cinq  minutes  s'étaient  à  peine  écoulées 
quand  celui  qui  était  dehors  éleva  de  nouveau  la  voix ,  et  dit  en 
allemand  :  —  J'ajourne  donc  l'exercice  de  mes  droits  à  un  an  et  un 
jour;  mais  quand  je  reviendrai  à  cette  époque,  ce  sera  pour  exi- 
ger ce  qui  m'est  dû ,  et  ce  qui  m'est  ûA.  ne  me  sera  plus  refiisë.    '' 

Depuis  ce  moment ,  le  Persan  Daiinischemend  resta  constam- 


150  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

ment  aa  château  d*Arnheimy  et  jamais,  pour  quelque  motif  qae  ^ 
ce  f&t,  il  n'en  passa  le  pont-leyis.  Ses  amusemens  ou  ses  tiraTaux  i 
semblaient  concentrés  dans  la  bibliothèque  et  dans  le  laboratoire,  • 
où  U  baron  travaillait  souvent  avec  lui  plusieurs  heures  de  snite.  ^ 
Les  habitans  du  château  ne  trouvaient  aucun  reproche  à  faire  an  i 
iftagfe  ou  t^ersan ,  si  ce  n'est  qu'il  semblait  se  dispenser  de  toat  : 
exercice  àe  religion  »  puisqu'il  n'allait  ni  à  la  messe  ni  à  confesse,  ^ 
et  qu^il  n'assistait  à  aucune  cérémonie  religieuse.  Le  chapelain,  à  } 
la  vérité ,  se  disait  satisfait  de  l'état  de  la  conscience  de  l'étranger; 
mais  on  soupçonnait  depuis  long-temps  que  le  digne  ecclésiastique  i 
n'avait  obtenu  une  place  qui  n'était  pas  très  pénible,  qu'à  la  oon-  . 
dition  fort  raisonnable  qu'il  approuverait  les  principes  de  tons  i 
ceux  à  qui  il  plairait  au  baron  d'accorder  l'hospitalité ,  et  qu'il  les 
déclarerait  orthodoxes. 

On  remarqua  pourtant  que  Dannischemend  était  fort  exact  i 
dims  la  pratique  de  sa  dévotion  privée.  Il  ne  manquait  jamais  de  ] 
se  ptostemer  au  premier  rayon  du  soleil  levant ,  et  il  ^avait  fabii-  ^ 
que  une  lampe  en  argent ,  des  plus  belles  proportions ,  qu'il  plaça  ^ 
sur  un  piédestal  de  marbre  »  en  forme  de  colonne  tronqaée,  et  j 
sui^la  base  duquel  il  avait  sculpté  des  hiéroglyphes.  Persoine,  a  , 
rexce{)tion  peut-être  du  baron,  ne  savait  avec  quelles  essences  il  ] 
alimentait  la  flamme  de  cette  lampe;  mais  elle  était  plus  pare» 
plus  brillante  qu'aucune  lumière  qu'on  eût  jamais  vue,  excepte 
èellé  du  soleil  ;  et  l'on  croyait  généralement  qu'elle  était  Tolip 
àtt  culte  secret  de  Dannischemend ,  en  l'absence  de  cet  astre  ^(^ 
rieux.  Ce  qu'on  observa  en  lui  encore ,  fut  que  ses  moeurs  parir 
saient  sévères,  sa  gravité  extrême,  sa  manière  de  vivre  dictée  par 
la  tempérance,  et  ses  Jeûnes  très  fréquens.  Si  ce  n'est  en  quel^ 
occasion  particulières,  il  ne  parlait  jamais  qu'au  baron;  mais» 
comnoMBil  ne  manquait  pas  d'argent,  et  qu'il  était  libéral,  il  ^^ 
regardé  par  les  domestiques  avec  respect,  mais  sans  crainte  » 
sans  âoignement. 

.    Le  printeB^>s  succéda  à  l'hiveir,  l'été  fit  naître  ses  fleurs,  la»* 
to&me  produisit  ses  fruits ,  et  ils  commençaient  à  mûrir  et  a  toi&' 
ber,  quand  un  page  qui. accompagnait  quelquefois  son  maître  ito»  | 
le  laboratoire,  entendit  le  Persan  dire  au  baron  d' Arnneioi .        j 
-  : — Vous  ferez  bien,  mon  fils,  de  faire  attention  à  mes  parwes, 
car  les  leçons  que  je  vous  donne  tirent  à  leur  fin»  et  nul  p<^^ 
stlr  U  terre  ne  peut  retarder  plus  langwtemps  oçioa  destin* 


^ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  Ul 

— Hëlasl  mon  maître,  dit  le  baron,  faat*il  donc  qae  je  perde 
f avantage  de  vos  leçons ,  quand  votre  lAain  habile  me  devient 
nécessaire  ponr  me  placer  sur  le  pinacle  du  temple  de  la  Sagesse  1 
—  Ne  vous  découragez  pas  y  mon  fils,  répondit  le  sage;  jelé- 
gaerai  à  ma  fille  le  soin  de  vous  perfectionner  dans  vos  études,  et 
die  vieiidra  ici  dans  ce  dessein.  Mais  souvenez-vous  que ,  si  vous 
voulez  voir  se  perpétuer  votre  nom ,  vous  ne  devez  la  regarder 
qae  comme  une  aide  dans  vos  études.  Si  la  beauté  d'une  jeune 
fille  vous  fait  oublier  qu'elle  ne  doit  que  vous  instruire,  vous 
serez  enterré  avec  votre  épée  et  votre  bouclier,  comme  le  dernier 
descendant  mâle  de  votre  maison,  et ,  croyea^moi ,  d'autres  maux 
en  résulteront;  car  de  telles  alliances  n'ont  jamais  un  résultat 
heureux.  J'en  offre  en  ma  personne  un  exemple.  —  Mais  silence  ) 
on  nous  observe. 

Tous  ceux  qui  composaient  la  maison  au.  baron  â^Arpheim 

n'tyant  que  peu  d'objets  de  réflexions,  n'en  observaient  que  plus 

atteotiyement  tout  ce  qui  se  passait  sons  leurs  yeux;  Lorsqu'ils 

virent  approcher  l'époque  à  laquelle  le  Persan  devait  cesser  de 

trouver  nn  abri  au  château,  les  uns  en  sortirent  sous  divers  pré« 

textes»  suggérés  par  la  terreur,  les  autres  s'attendirent  en  trem« 

blaat  à  quelque  catastrophe  terrible.  Rien  de  semblable  ne  survint 

pourtant 9  car  lorsque  le  jour  en  fut  arrivé,  et  long-temps  avant 

llieure  redoutable  de  minuit ,  Dannischemend  termina  soti  séjour 

dans  le  château  d*Arnheim,  en  sortant  à  cheval,  comme  un 

voyageur  ordiqaire.  Le  baron^  son  élève ,  avait  pris  congé  de  lui 

^ec  beaucoup  de  marques  de  regret  et  même  de  chagrin*  Le 

sage  perg^n  le  consola  en  lui  parlant  assez  long-temps  k  voix 

hâsse,  mais  on  entendit  cette  dernière  phrase  : 

—Elle  sera  près  de  vous  au  premier  rayon  du  soleil.  Ayez  ponr 
elle  de  l'afifection,  mais  ne  la  portez  pas  trop  loin. 

A  ces  mots,  il  partit,  et  jamais  on  ne  le  revit;  iamais  on  n'en 
entendit  parler  dans  les  environs  du  château  d'Arnneim. 

Pendant  toute  la  journée  qui  suivit  le  départ  de  l'étranger,  on 
remarqua  snr  les  traits  du  baron  une  mélancolie  particulière. 
Contre. son  usage^  il  resta  dans  le  grand  salon ,  et  n'entrai  ni  dans 
la  bibliothèque,  ni  dans  le  laboratoire,  où  il  ne  pouvait  plus 
jouir  de  la  compagnie  de  son  maître.  Le  lendemain  matin,,  au 
point  du  jour,  il  appela  son  page  ;  et  quoiqu'il  fût  ordinairement 
peu  soigneux  de  son  cosfxusoBp  il  y  appprta  le  plua  grand  son* 


152  CiHARLES  LE  TÉMËRAIIŒ. 

Gomme  il  était  dans  le  printemps  de  la  yie,  et  qa'il  avait  l'air 
noble  et  distingué,  il  eut  tout  lieu  d'être  satisfait  de  son  extérienr. 
Ayant  fini  sa  toilette ,  il  attendit  que  le  disque  du  soleil  se  montrât 
au-dessus  de  l'horizon,  et  prenant  alors  sur  la  table  la  clé  da  labo- 
ratoire,  que  le  page  croyait  y  être  restée  toute  la  nuit,  il  s'y 
rendit,  suivi  de  ce  serviteur. 

Le  baron  s'arrêta  à  la  porte,  et  sembla  réfléchir  un  instant  s'il 
devait  renvoyer  son  page  ;  puis  hésiter  à  ouvrir  la  porte,  comme 
aurait  pu  le  faire  quelqu'un  qui  se  serait  attendu  à  voir  quelqoe 
chose  d'étrange.  Enfin ,  s'armant  de  résolution ,  il  fit  toomer  h 
clé  dans  la  serrure,  ouvrit  la  porte,  et  entra.  Le  page  suivit  les 
pas  de  son  seigneur,  et  fut  saisi  d'une  surprise  qui  allait  jusqu'à 
l'effroi,  envoyant  un  objet  qui,  quoique  extraordinaire,  n'arait 
pourtant  rien  que  d'aimable  et  de  flatteur  à  la  vue. 

La  lampe  d'argent  n'était  plus  sur  son  piédestal,  et  l'on  y 
voyait  figurer  en  place  une  jeune  et  belle  femme,  portant  le  cos- 
tume persan,  et  dont  le  cramoisi  était  la  couleur  dominante.  Elle 
ne  portait  ni  turban,  ni  aucune  autre  espèce  de  coiffure;  ses cbe- 
veux,  d'un  châtain  clair,  n'étaient  retenus  que  par  un  minn 
bleu,  attaché  au-dessus  du  front  par  une  agrafe  d'or  dans  laquelle 
était  enchâssée  une  superbe  opale  qui ,  parmi  les  couleurs  dian* 
géantes  particulières  à  cette  pierre ,  faisait  jaillir  une  légère  teinte 
de  rouge  qu'on  aurait  prise  pour  une  étincelle  de  feu« 

Cette  jeune  personne  était  à  peine  de  moyenne  taille,  mais  pa^ 
&itement  formée.  Le  costume  oriental ,  avec  les  larges  pantalons 
noués  à  la  cheville,  laissait  voir  les  plus  jolis  petits  pi^s  qu'on 
pût  se  figurer;  et  sons  lés  plis  de  sa  robe  on  apercevait  des  bras  et 
des  mains  d'une  symétrie  parfaite;  sa  physionomie  avait  de  la  vi- 
vacité et  de  l'expression.  L'intelligence  et  l'esprit  paraissaient  y 
dominer;  et  son  œil  vif  et  noir,  avec  ses  sourcils  bien  arqfi&> 
semblaient  un  présage  des  remarques  malicienses  que  ses  lèvres 
de  roses,  souriant  à  demi,  paraissaient  prêtes  à  faire  entendre. 

Le  piédestal  sur  lequel  elle  était  debout,  et  en  quelque  sorte 
perchée,  aurait  paru  une  base  peu  sûre  pour  une  personne  d un 
poids  plus  considérable  ;  mais,  de  quelque  manière  qu'elle  y  eût 
été  transportée,  elle  semblait  y  reposer  aussi  légèrement  et  avec 
la  même  sécurité  qu'une  Knotte  qui  vient  de  descendre  Cubant  des 
airs  sur  la  branche  flexible  d'un  rosier;  Le  premier  rayon  dn  so- 
leil levant,  péniélrant  à  travers  une  croisée  qui  était  précisément 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  15S 

en  fiice  da  piédestal^  ajontait  à  l'effet  de  cette  belle  statae  vivante, 
qni  restait' aussi  immobile  que  si  elle  eût  étë  de  marbre.  Elle  ner 
montra  qu'elle  s'apercevait  de  la  présence  da  baron  qne  par  les 
mouvemens  plus  frëquens  de  sa  respiration ,  accompagnée  d'ime 
vive  roagenr  et  d'un  léger  sourire. 

Quelque  raison  que  pût  avoir  le  baron  d'Amheim  pour  s'at- 
tendre à  voir  quelque  objet  de  la  nature  de  celui  qui  frappait  ses 
yeux ,  les  charmes  dont  cette  jeune  personne  était  ornée  surpas- 
saient tellement  soa  attente  y  qu'il  resta  un  moment  immobile  et 
pouvant  à  peine  respirer.  Cependant,  il  parut  ie  rappeler  tout  à 
coup  qu'il  était  de  son  devoir  de  fûre  un  accueil  hospitalier  à  la 
belle  étrangère  qni  arrivait  dans  son  château  ^  et  de  la  tirer  de  la' 
situation  précaire  qu'elle  occupait.  Il  s'avança  donc  vers  elle,  les 
lèvres  prêtes  à  prononcer  qu'elle  était  la  bien- venue  chez  lui',  et 
les  bras  étendus  pour  la  faire  descendre  du  piédestal,  qui  avait  plus 
de  cinq  pieds  de  hauteur  ;  mais  la  vive  et  agile  étrangère  n'accepta 
que  le  secours  de  la  main  du  baron ,  et  sauta  sur  le  plancher  aussi 
l^èrement  et  sans  se  &ire  plus  de  mal  que  si  elle  eût  été  un  être 
aérien.  Ce  ne  fut  que  par  la  pression  momentanée  de  sa  petite 
main ,  que  le  baron  d'Arnheim  put  s'apercevoir  que  c'était  un  être 
de  diair  et  de  sang  qui  le  touchait. 

—  Je  suis  venue  comme  j'en  ai  reçu  l'ordre,  dit-elle  en  jetant 
un  regard  autour  d'elle.  Vous  devez  vous  attendre  à  trouver  en  moi 
une  maîtresse  exacte  »  et  j'espère  que  vous  me  ferez  honneur  en 
V0II8  montrant  un  disciple  laborieux  et  attentif. 

après  l'arrivée  de  cet  être  singulier  et  charmant  au  chfiteau 
d'Arnlieim,  divers  changemens  eurent  lieu  dans  l'intérieur  de  la 
maison.  Une  dame  de  haut  rang  et  de  peu  de  fortune,  veuve  res- 
J)ectable  d'un  comte  de  l'Empire,  qui  était  parente  du  baron, 
accepta  l'invitation  que  lui  fit  celui-ci  de  venir  présider  aux  affaires 
dcMnestiques  de  son  parent ,  et  d'écarter  par  sa  présence  les  soup- 
çons injurieux  auxquels  aurait  pu  donner  lieu  le  séjour  d'Hermione  : 
c'était  le  nom  de  la  belle  Persane. 

La  comtesse  de  Waldstetten  portait  la  complaisance  au  point  d'être 
presque  toujours  présente  quand  le  baron  d'Arnheim  recevait  des 
leçons  de  la  jeune  et  belle  maîtresse  qui  avait  été  substituée  d'une 
manière  si  étrange  au  vieux  Mage,  et  quand  il  étudiait  avec  elle , 
soit  dans  la  bibliothèque ,  soit  dans  le  laboratoire.  Si  l'on  peut  ajou- 
ter &i  au  rapport  de  cette  dame ,  leurs  travaax  étaieat  d'une  nà« 


15*  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE- 

turc  très  extraordinaire,  et  ils  produisaient  quelquefois  des  effets 
qui  lui  causaient  autant  de  crainte  que  de  surprise  ;  mais  elle  sou- 
tint toujours  fermement  qu'ils  ne  s'occupaient  jamais  de  sciences 
iliicRes ,  et  qu'ils  se  renfermaient  dans  les  bornes  des  eonnaissances 
permises  à  la  nature  humaine. 

Un  meilleur  juge  en  pareilles  matières,  l'évêque  de  Bamberg 
Iw-même,  fit  une  visite  au  château  d'Arnheim,  afin  de  pouvoir 
juger  de  la  science  d'une  femme  qui  faisait  Unt  de  bruitdans  toutes 
les  contrées  arrosées  par  le  Rhin-  Il  eut  un  entretien  avec  iïe^ 
mione,  et  il  la  trouva  profondément  pénétrée  des  vérités  de  la  re- 
lipon.  Elle  en  connaissait  si  bien,  tous  les  dogmes,  qu'il  dit  que 
c'ét^t  un  docteur  en  théologie,  porUnt  le  costume  d'une  danseuse 
de  1  Orient.  Quand  pn  lui  demanda  ce  qu'il  pensait  des  connais- 
sances qu'elle  avait  acquises  dans  les  langues  et  dans  les  sciences, 
Il  répondit  qu'il  avait  été  à  Arnheim  ^wur  juger  de  la  vérité  de 
tout  ce  qu'il  avait  entendu  dire  à  ce  sujet,  et  qui  lui  avait  paru 
exagéré  ;  mais  qu'en  en  revenant  il  devait  avouer  qu'on  ne  lui  en 
avait  pas  encore  dit  assez  de  moitié- 

P'après  ce  témoignage  irrécusable ,  les  bruiu  sinistres  auxquels 
avait  donné  lieu  l'arrivée  extraordinaire  de  la  belle  étrangère 
finirent  par  cesser  d'avoir  cours,  d'autent  plus  que  ses  manières 
aimables  forçaient  tous  ceux  qui  s'ajçrochaiejat  d'elle  à  lui  acco^ 
dt^  leur  affection. 

Cependant  un  ^and  changement  commença  à  se  feire  remar- 
qner  dans  les  entrevues  de  l'aimable  maîtresse  et  de  son  élève. 
Elles  avaient  to^jeurs  lieu  avec  la  même  réserve ,  çt  jamais,  au- 
tant  qu'ofltt  pouvait  le  savoir,  sans  que  la  comtesse  dé  Waldstetien 
Qtt  qo^oe  autre  personne  respecuble  y  fût  presente.  Mais  le  lieu 
de  ces  entrevues  n'était  plus  exclusivement  la  bibliothèque  ou  le 
laboratoire;  on  cherchait  des  amnsemeas  dans  les  jardins  et  les 
hosqueut  on  faisait  des  parties  de  chasse  et  de  pêche;  on  passait 
les  soirées  à  danser;  et  tont  cela  semblait  annoncer  que  l'étude  des 
sciences  cédait  en  ce  moment  à  l'attrait  da  plaisir.  Il  n'était  pas 
difficite  de  deviner  ee  qœ  signifiait  ee  changement,  quoique  le 
karon  d'Aridieim  et  la  belle  étrangère  pussent  s'entretenir  en  nue 
lAngiie  que  personne  ne  comprenait,  et  par  conséquent  avoir  àes 
entreii^is  particuliers  au  milieu  du  tumulte  des  plaisirs  qui  les  en- 
teitf aient ^  «c  pekrsemne  ne  fut  surpris  quand,  au  bout  de  quelques 
8MMi«es*  d  fut  formeUem«9ft  annoMé  que  la  belle  Pepwe  allait 
devenir  baronne  d'Amheim. 


CHiaUS  LE  TEMERAIRB.  Ifi6 

Les  BuiBÎères  de  cette  jeuae  personne  éuient  m  eédnstntes  et 
si  aimabbes  •  ta  conversatien  û  uaimée ,  son  esprit  si  briUant ,  maîi 
plein  de  doaeevr  et  de  modestie ,  que,  quelque  son  wigMie  filk  ûi* 
eonnne  »  sa  bonne  fortune  excita  moins  d'envie  qn'on  n'anrait  f« 
s'y  attendre  dans  un  cas  si  singulier.  Par-deosns  temt  sa  généro» 
site  étonnait  généralement  et  lui  gagnait  les  cœurs  ée  tentes  les 
jeones  personnes  qui  approchaient  d'elle.  Sa  riciiesse  paraissait 
sans  bornes ,  et  elle  distribua  tant  de  bijoux  à  ses  belles  amies , 
qu'on  ne  concevaitpas  qu'il  lui  restât  assez  de  joyaux  peur  se  parer4 
Ses  bonnes  qualités  ^  sa  libéralité  surtout ,  la  simplicité  de  son  oa« 
nctère,  formant  un. beau  contraste  avec  k  profeudeur  des  con* 
naissances  fu'on  savait  qu'elle  possédait  ^  enfin  l'absence  conplèle 
de  toute  ostentation ,  Cûsaient  que  ses  ceu^agnes  lui  pardonnaient 
sa  supériorité.  On  reuMrquait  pourtant  en  elle  qvelqMS  sîngula* 
rites»  peut-être  exagérées  par  l'envie,  qui  semblaient iirernne  ligne 
de  sépamtion  entre  la  belle  Hermione  et  les  simples  nMtdlss 
parmi  lesquelles  elle  vivait^ 

Dans  la  danse  ^  elle  étaU  sana  rivale  pour  la  légèreté  et  i'agîlM  ^ 

et  l'on  auraii;  pu  la  prendre  poinr  «n  être  aérien,  fille  pouvait  se 

Uvrer  à  ce  plaisir,  sans  paraître  éprouver  la  plus  légère  toigue, 

an  point  de  lasser  le  danseur  le  plus  intrépide.  Le  geUne  due  île 

Hsdi${»îng^i ,  qui  passait  dans  Doute  l'Allemagne  pour  être  «nfa- 

t^iaUe ,  ayant  dâbasé  avec  elle  une  demi-heure ,  lut  oMigé  d*inlèr^ 

rsnipre  la  danse,  et  se  jetasuruasoCa^eomplèlMnentépuieéf  eH 

disant  ^'d  venak  de  danser  non  avec  une  femme,  mais  avec  «n 

ba-follet% 

On  disait  aussi  tout  bas  que ,  lorsqu'elle  jouait  dans  le  iaby^ 
itBtbe  on  dans  les  bosquets  du  jatdm^  avec.sesjèunesamiesv  à 
des  jeux  qaiexigeaii^t  de  l'agilité ,  eUe  devenait  animée  de  cette 
légèreté  surnaturelle  dont  elfe  paraisaaic  inspirée  en  dunsunU  A 
riastant  ou  eUe  était  au  niilieu  de  ses  jeunes  compagnes ,  on  lu 
voyait  di^raître  et  irancUr  les  haies  ^  les  treillages ,  les  bar- 
rières 9  avec  une  telle  rapidité ,  que  VûbH  le  plus  attentif  ne  ponvuil 
découvrir  de  quelle  manière  fUe  se  trouvait  de  l'autre  c6té  ;  et 
quand  on  la  <»*oyait  bien  loin  dî^rrière  quelque  barricade  ^  ceux  qni 
la  regardaient  la  retrouvaient  près  d'eux  l'instant  d'après* 

Dans  de  |Mireils  momens ,  quaad  ses  yeux  étincelaient  »,  qm  use 
J0ues  devenaient  plus  verineiUes  ^  et  que  tout  son  extérieur  éiiâl: 
animé ^  on prét^idail; que  Vopala «enchâssée 4aDS ragrafe quiaM^ 


1&6  C3IARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

chait  le  ruban  bleu  retenant  sa  belle  chevelare ,  ornement  qu'elle 
ne  quittait  jamais,  lançait  avec  plus  de  vivacité  l'espèce  d'étin- 
celle ou  de  langue  de  feu  qui  en  sortait  toujours.  De  même,  si  le 
soir  y  dans  le  salon,  la  conversation  d'Hermione  devenait  plus 
animée  que  de  coutume ,  on  croyait  voir  cette  pierre  devenir  plus 
brillante ,  et  faire  jaillir  un  rayon  de  lumière  qu'elle  produisait 
d'elle-même ,  et  sans  qu'il  fftt ,  comme  c'est  d'ordinaire,  réfléchi 
par  un  autre  corps  lumineux.  Ses  suivantes  disaient  aussi  que 
lorsque  leur  maîtresse  éprouvait  un  mouvement  passager  de 
colère ,  seul  dé&ut  qu'on  ait  jamais  remarqué  en  elle ,  on  voyait 
un  éclat  d'un  rouge  vif  jaillir  de  ce  joyau  mystérieux ,  comme  s'il 
eût  partagé  les  émotions  de  celle  qui  le  portait.  Les  femmes  qui 
l'aidaient  à  sa  toilette  assuraient  en  outre  qu'elle  ne  quittait  jamais 
ce  bijou  que  pour  quelques  instans,  pendant  qu'on  lui  arrangeait 
les  cheveux  ;  que  pendant  ce  temps  elle  gardait  le  silence  et  avait 
l'air  plus  pensif  que  de  coutume ,  et  que  surtout  elle  témoignait  de 
la  crainte  quand  on  en  approchait  un  liquide  quelconque.  On  re* 
marqua  même  que ,  lorsqu'elle  prenait  de  l'eaù  bénite  à  la  porte 
de  l'église ,  elle  ne  portait  jamais  la  main  à  son  front  pour  faire  le 
signe  de  la  croix ,  de  peur ,  comme  on  le  supposait ,  qu'une  goutte 
d'eau  ne  touchât  un  joyau  dont  elle  faisait  tant  de  cas. 

Ces  bruits  singuliers  n'empêchèrent  pas  le  mariage  du  baron 
d'Amheim  d'avoir  lieu.  Il  fut  célébré  avec  toutes  les  formes 
d'usage ,  et  le  jeune  couple  parut  commencer  une  vie  de  bonheur, 
telle  que  là  terre  en  présente  rarement.  Au  bout  de  douze  mois 
l'aimable  baronne  accoucha  d'une  fille ,  à  qui  l'on  résolut  de  don- 
ner le  nom  de  Sibylle ,  qui  était  celui  de  la  mère  du  baron  d'Arn- 
heim.  Mais  comme  la  santé  de  l'enfant  était  excellente ,  on  retarda 
la  cérémonie  jusqu'à  ce  que  la  mère  fiit  en  état  d'y  assister.  Des 
invitations  fîurent  faites  dans  tous  les  environs ,  et  le  château  à 
oette  époque  se  trouva  rempli  d'une  compagnie  nombreuse. 

Parmi  les  personnes  qui  y  avaient  été  invitées ,  était  une  vieille 
dame  ;  connue  pour  jouer  dans  la  société  le  rôle  que  les  ménes- 
trek,  dans  leurs  contes,  assignent  à  une  fée  méchante.  C'était  la 
baronne  de  Steinfeldt,  fameuse  dans  tous  les  environs  pour  sa  ca- 
riosité  insatiable  et  par  son  orgueil  insolent.  Elle  avait  à  peine 
passé  quelques  jours  dans  le  château ,  que  déjà ,  à  l'aide  d'une  soi* 
vante  chargée  de  chercher  des  alimens  à  sa  curiosité ,  elle  savait 
tout  ce  que  Ton  savait ,  tout  ce  qu'on  disait,  tout  ce  qu^on  soop* 


I 


I 


CHARLES  LE  TEBfERAmE.  157 

connaît  rektirement  à  la  baronne  Hermione.  Le  matlii  dnjoiir  fixé 
ponr  le  baptême ,  tandis  qae  tonte  la  compagnie  était  rénnie  dans 
le  salon  et  n'attendait  pins  que  la  maîtresse  de  la  maison  ponr  se 
rendre  dans  la  chapelle ,  il  s'éleva  entre  la  dame  à  humenr  aigre 
et  hautaine  dont  nous  venons  de  parler,  et  la  comtesse  de  Wald* 
stettçn,  une  -violente  querelle  sur  un  droit  de  préséance  qu'elles  se 
disputaient.  Le  baron  d'Amheim,  choisi  pour  arbitre,  prononça 
en  faveur  de  la  comtesse.  Madame  de  Steinfeldt  ordonna  snr-le- 
cbamp  qu'on  lui  amenât  son  palefroi ,  et  que  toute  sa  suite  montât 
à  cheval. 

—Je  quitte  un  château  dans  lequel  une  bonne  chrétienne  n'aii- 
lait  jamais  dû  entrer,  s'écria-t-elle.  Je  quitte  une  maison  dont  le 
maître  est  un  sorcier;  la  maîtresse  un  démon  qui  n'ose  se  mouiller 
le  front  d'ean  bénite,  et  la  dame  de  compagnie  une  femme  qui, 
ponr  un  vil  intérêt,  a  joué  le  rôle  d'entremetteuse  entre  un  magi- 
cien  et  un  diaUe  incarné. 

EUe  partit  sur-le-champ ,  la  rage  peinte  sur  la  figurée  et  le  cœnr 
rongé  de  dépit.   . 

Le  baron  fit  quelques  pas  en  avant,  et  demanda  si  parmi  les  che- 
valiers et  les  seigneurs  qui  étaient  réunis,  il  s'en  trouvait  quel- 
qu'un qui  voulût  tirer  l'épée  pour  soutenir  les  infiimes  mensonges 
qœ  la  baronne  venait  de  vomir  contre  lui ,  contre  son  épouse  et 
contre  sa  parente. 

Chacnn  refîisa  de  prendre  la  défense  de  la  barcmne  de  Steinfeldt 
dans  nne  si  mauvaise  cause,  et  déclara  qu'il  était  convaincu  qu'elle 
avùt  ]^lé  avec  calomnie  et  fausseté. 

—Qae  ses  paroles  soient  donc  regardées  comme  autant  de  men- 
songes, dit  le  banm  d'Arnheîm ,  puisque  nul  homme  d'honneur 
oe  veut  en  soutenir  la  vérité.  Mais  tous  ceux  qUi  sont  ici  ce  matin 
verront  si  la  baronne  Hermione  accomplit  les  devoirs  du  chris- 
tianisme. 

La  comtesse  de  Waldstetten  lui  faisait  des  signes  avec  unair  d'in-^ 
fniétttde,  pendimt  qu'il  parlait  ainsi  ;  et  quand  la  foule  lui  permit 
d'approcher  de  lui ,  ses  voisins  l'entendirent  lui  dire  à  demi-voix  : 
— Soyez  prudent!  ne  faites  pas  d'épreuve  téméraire;  il  y  a 
qnelque  chose  de  mystérieux  dans  cette  opale,  dans  ce  talis> 
man.  Soyez  circonspect ,  et  ne  songez  plus  à  ce  qui  vient  de  se 
passer. 

hà  baron  était  alors  plus  en  colère  que  n'aurait  dû  le  pennettre 


1$8  GHARLI»  LE  TÉMâlAHlE; 

la  flAgffiae  à  k^foelle  il  iMréteodait^  Pea^re  ayontra-t-en  pMrtat 
^'m  p^iraîkaAroiil»  reç«  en  de  telles  drooiisMMefty  suffiflût 
ffltwr  ébmler  la  pnideiiee  de  l'iiemnie  le  plus  patient  et  la  pkilo» 
iaphie  énk  lius  sage  ;  il  lui  répondit  brièyeneat  et  aveo  hameiir  s 
«-^  Etea-yens  aussi  une  folle?  el  il  n'en  persista  pas  moins  dans  \» 
pn^et  qn'il  avait  tome, 

La  iNorowie  d'Avnheim  entra  dans  ce  moment.  Son  «eeoocke» 
ment  enoere  récent  Ini  avait  laissé  ce  qn'il  iUiait  de  pâlenr  pour 
rendte  son  ebarmant  visage  pins  intéressant  qne  jamais ,  qnaûp» 
moins  animé.  Ayant  salué  la  compagnie  avec  une  politesse  pleins 
de  ffrâea»  elfe  e^omençait  à  demander  où  était  madame  de  Stein- 
Uà^f  qnand  asn  mari  l'interrompit  pour  inviter  la  oomf^ignie  à 
passer  dans  la  chapelle*  et  chacun  s'éiant  mis  mi  nsarche,  il  donna 
le  bras  à  sen  épense  peur  l'y  conduire,  à  la  suite  des  autres.  Getts 
bnUanle  oMnpagnie  rempUnsait  presque  toute  la  chapelle,  et  tom 
les  yeux  se  fixèrent  sur  le  baron  et  la  baronne ,  quand  ils  y  arrive* 
Kent  précédés  par  quatre  jeunes  personnes ,  qui  portaient  l'en- 
fant sur  une  petite  litière  splendidement  décorée. 

£n  emrant  dans  la  chapeiley  le  baron  plongea  «on  doigt  dbns  le 
bénitiev^  el  offrit  de  l'eau  bénite  à  son  épouse,  qui  l^acoepU ,  s«i- 
lant  l'usage,  en  bû  touchant  le  doigt  du  sien.  Mais  alors ,  oosnas 
peur  réfuter  les  calomnies  ée  b  méchante  baronne  èa  SteinMdt  i 
et  avec  un  air  de  familiarité  enjouée ,  que  le  lieu  et  le  temps  sa* 
raient  peut^re  dft  lui  interdiipe,  il  secoua  vers  le  beau  front  d'He^ 
minae  les  gouttes  d'^eou  bénite  qui  restment  suspendues  à  sob 
doigt.  Une  de  ces  gouttes  tomba  sur  Fopale,  Cette  pieFre  lançssn 
&u  brillant ,  ecHume  ^uae  étoile  qui  tombe,  et  k  moment  d'spres 
perdit  toul  son  éclat ,  toutes  ses  couleurs,  et  devint  semblable  «s 
caillou  le  (dus  commun.  Au  mâme  instant ,  la  belle  baronne  tomba 
sur  le  marbre  de  la  chapelle ,  en  poussant  un  profmd  sonpk  d^ 
goisse.  Les  spectateurs  effrayés  se  pressèrent  autour  d'elle^  snl^ 
releva  |  et  en  la  porta  dans  sa  chambre  :  mais  pendant  ce  court  in- 
tervalle, il  survint  un  tel  changement  dans  tous  ses  traits ,  et  son 
pouls  devînt  si  fiûble,  que  tous  ceux  qui  ht  voyaient  k  regardèrent 
oenune  une  feasme  près  ^expirer*  Dès  qu'elle  fut  dans  son  appa^ 
tement,  eUe  demanda  qu'on  la  laissât  senleavec  son  mari,  ilresta 
une  heoreavec  cHe^  et qn^nd  il  sortit  de  sa  chambre,  il (smia  Is 
porte  à  double  tour.  Il  retourna  alors  dans  la  chapelle,  et  y  do* 
ptaftfuae  henné  pro^teraé  au  pied  de  yauteL 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  15t 

Cependant  la  plupart  des  personnes  inTitëes  an  baptême  étaient 
déjà  parties ,  frappées  de  consiemation.  Il  n*en  resta  qu'un  très 
petit  nombre,  les  unes  par  politesse,  les  autres  par  curiosité.  Cha* 
enn  sentait  qu'il  ne  conyenait  nullement  qu'on  laissât  une  Cemme 
malad»,  seule  el  enfermée  dans  son  appartement  ;  mais  quoiqu'on 
fût  alarmé  des  circonstances  qui  avaient  donné  lien  à  sa  maladie, 
personne  n'osait  troubler  le  baron  dans  ses  déyotions.  Enfin  des 
médecins  qu'on  avait  envoyé  chercher  arrivèrent,  et  la  comtesse 
de  Waldstetten  prit  sur  elle  de  demander  au  baron  la  clé  de  la 
dkamhi^  Elle  eut  besom  4e  M  fiôre  plmeuva  tm  eetie  de- 
Bumde,  avant  qa'ilt&t  «i  élat  de  l'eetcQdre ,  on  de  moâie  de  ki 
eomprendre.  Enfin  il  lui  deana  la  clé,  d'un  aîr  aeaihre»  ee  kn  d^ 
sut  que  font  secours  était  inutile,  et  qu'il  désirait  que  tous  ks 
étrangers  sortissent  do  ebftteaii. 

Peu  d'entre  eux  eurent  envie  d'y  rester,  quand ,  apv^  eveir<Mh 
vert  la  chambre  dans  laquelle  on  avait  transporté  Hcnnione  envi- 
ron deux  heures  auparavant,  on  ne  pot  y  décenvriv  aneone  troae 
d'elle,  ai  ce  n^est  qu'en  trouve  sur  le  lit  oi^  éa  l'avait  pkeée,  «ne 
poignée  de  eendres  grisâtres  et  légèras ,  telles  que  oellea  qu'aurait 
pFedmtes  du  papier  brûlé.  Cependant  eu  lui  fit  un  serviee  aeleii- 
nel ,  on  aeeomplit  tous  les  rites  religieui ,-  et  l'on  efaanta  des  messsi 
pour  le  repos  de  l'ame  de  très  haute  et  très  noble  dame  Henuone, 
baronne  d*Amheim. 

Tfois  ans  après ,  le  même  jour ,  le  baron  Ipi-méme  fit  enseveli 
dusie  eaveau  sépulcral  de  la  chapelle  d'AmheMn,  aveesMi  ^ée. 
Mm  cteque  et  son  bouolier,  comme  éta|it  le  damier  rejeton  nuye 
deMiimiille.*^ 

Id  se  termina  le  tkii  de  Donnerhngel,  et  ils  étaient  alors  à 
peu  de  distance  du  pont  conduisant  au  diâtean  de  Giofib-Lutt. 


CHAPITRE  XII. 


Oui ,  er^ym-moi ,  Monil«ar ,  il  «  d«  fortbMax  tttîto;  '^ 
Mais  oe  n'est  qa'an  esprit. 


Il  j  eat  quelques  instsms  de  silence  apfès  que  le  Bernois  ent  fini 
son  récit  singnlier.  L'attention  d'Arthur  Philipson  avait  été  pea 
a  peu  complètement  captivée  par  une  histoire  qui  était  trop  d'ac- 
cord avec  les  idées  reçues  dans  ce  siècle  pour  qu'on  l'écontât  avec 
cette  incrédulité  qu'on  y  aurait  opposée  dans  un  temps  plus  mo- 
derne et  plus  éclairé. 

Il  fut  aussi  très-frappé  de  la  manière  dentelle  avait  été  racontée 
par  son  compagnon ,  qu'il  n'avait  regardé  jusqu'alors  que  comme 
«m  chasseur  grossier  y  un  soldat  ignorant  ;  tandis  qu'il  se  tronvut 
anainteaant  obligé  de  lui  accorder  plus  de  connaissance  générale 
•du  monde  et  de  ses  manières,  qu'il  ne  lui  en  avait  supposé  aap&' 
iravant.  Le  Suisse  gagna  donc  dans  son  opinion  ^  comme  hopme 
de  talent;  mais  il  ne  fit  pas  le  moindre  progrès  dans  son  affec- 
lion. 

—  Ce  fier^-brasy  se  dit  Arthur  à  lui-même,  ne  manque  pu 
pku  de  cervelle  que  d'os  et  de  chair,  et  il  est  plus  digne  de  com- 
mande aux  autres  que  je  ne  l'avais  cru  jusqu'ici.  Se  tournast 
alors  vers  son  compagnon,  il  le  remercia  d'un  récit  dont  l'intére 
lui  avait  fait  paraître  le  chemin  plus  court. 

~-  Et  c'est  de  ce  singulier  mariage ,  çontinua-^il ,  qu'Anne  de 
Geierstein  tire  son  origine? 

—  Sa  mère,  répondit  le  Suisse,  fut  Sibylle  d'Arnheim,  ^ 
même  enfant  dont  la  mère  mourut ,  disparut,  devint  toul  ce  ^^ 
vous  voudrez  supposer,  lors  de  son  baptême;   et  la  baronni 
d'Arnheim,  étant  un  fief  attribué  à  la  ligne  masculine ,  retourna 
à  l'Empereur.  Le  château  n'a  jamais  été  habité  depuis  la  mort  an 
dernier  baron ,  et  j'ai  entendu  dire  qu'il  commence  à  tomber  e 
ruine.  Les  occupations  de  ses  anciens  maîtres',  et  surtout 
catastrophe  du  dernier,  font  que  personne  ne  se  soucie  d  y  f^' 
sider.  ' 


J 


CaaiARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  161 

-^Et  remarqua-t-on  jamais  quelque  chose  de  sarnatiirel  à  Pé- 
^  de  h  jeune  baronne  qui  épousa  le  frère  du  Landamman? 

—  J'û  entendu  raconter  à  ce  sujet  d'assez  étranges  histoires. 
On  dit  que  k  nourrice  de  l'enhnt  vit  pendant  la  nuit  Hermione , 
baronne  d'Amheimy  ^debout  et  pleurant  à  côté  du  berceau  de  stf 
fille,  et  l'on  rapporte  beaucoup  d'autres  choses  du  mâme  genre. 
Mais  ici  je  tous  parle  d'après  des  renseignemens  moins  sûrs 
qoe  ceux  qm  m'ont  servi  pour  vous  faire  mon  premier  récit. 

*-<Mais  puisqu'on  doit  acoorder  ou  refuser  sa  croyance  à  une 
histmre  peu  vraisemblable  en  elle-même ,  d'après  les  preuves  sur 
lesquelles  elle  est  appuyée»  pui^-je  vous  demander  sur  quelle  au- 
torité votre  confiance  est  fondée  ? 

—Je  vous  le  dirai  bien.  volpntier^lThéodore  Doimerhoge!» 
page  bvori  du  dernier  baron  d' Amheim ,  était  frère  de  mon  ptee. 
A  la  mort  de  son  maître  y  il  revint  à  Berne,  sa  ville  natale,  et  il 
passa  ensuite  une  partie  de  son  temps  à  m'enseigner  le  manie- 
OMsnt  des  armes  et  tous  les  exercices  militaires  usités  tant  en  Aile- 
magne  qu'en  Saisse,  car  il  les  connaissait  tons  parfaitement.  Il 
aYaitvudeses  propres  yeux  et  entendu  de  ses  propres  oreilles  la 
plnpart  des  évènemens  tristes  et  mystérieux  que  je  viens  de  vous 
rapporter.  Si  jamais  vous  allez  à  Berne ,  vous  pourrez  y  voir  ce 
Ikhi  Ticillard. 

--Et vous  croyez  donc  .que  l'apparition  que  j'ai  vue  cette  nuit 
^  qodqae  rapport  au  mariage  mystérieux  de  l'aïeul  d'Anne  de 
Gdersiein? 

-^Ne  croyez  pas  que. je  puisse  vous  donner  une  explication 

positive  d'une  chose  si  étrange.  Tout  ce  que  je  puis  dire,  c'est 

qu'à  moins  de  douter  du  témoignage  que  vous  rendez  à  l'a{y[>arition 

foeyods  avez  vue  deux  fois  aujourd'hui,  je  ne  connais  aucmn 

iBoyende  Texpliquer  qu'en  me  rappelant  qu'on  pense  qu'une  partie 

dn  sang  qui  coule  dans  les  veines  de  cette  jeune  personne  ne  puise 

ptsson  origine  dans  la  race  d'Adam ,  mais  dérive  plus  ou  moins 

^lo^tement  d'un  de  ces  esprits  élémentaire^  dont  on  a  tant  parlé 

^  les  temps  anciens  et  modernes.  Au  surpins ,  je  puis  me 

^Qtper.  Nous  verrons  comment  elle  se  trouvera  ce  matin ,  et  si 

fille  a  l'air  pâle  et  fatigué  d'une  femme  qui  a  passé  la  nuit.  Dans 

Ifi  cas  contraire,  nous  pourrons  être  autorisés  à  penser,  ou  que  vos 

yeux  vous  ont  étrangement  trompé,  ou  que  l'apparition  qu'ils  ont 

^  est  çdle  d'un  être  qui  n'appartient  pas  à  ce  monde. 

II 


m  c»AiiLË6  LE  TËRtiftAmiË. 

Le  ^foiie  Attglàls  A'esftayft  pûi  de  fSpbnâte,  «t  il  ffiSh  Mt  pas 
même  le  téftnpi ,  cat  ta  roix  de  là  âèûtioellë  (pii  était  etl  ftedoa  àtuf 
lé  potit  se  fit  entendre  en  ce  moment. 

Si^smond  cHa  denx  fois  :  Qai  yà  ik ,  et  denï  fois  eii  IdiYé|)<m« 
Oit  d'une  ihanièt^è  itatisfaisante ,  arant  qtt^l  pût  éë  dééider  à  Itti^ 
passer  lâ  pati*ûiiille  ^cti'  le  potat . 
'    ^^  Anè ,  mnlet ,  s'écria  Rodolphe ,  potii*quoi  ddtic  te  délfti  ? 

—  Allé  et  itititet  toi-ttiêtne,  Haùptniatin,  dit  lejeiiiié  Suisse,  6fl 
j^]loiis(Èf  à  ce  Complitnent  ;  j'ai  déjà  été  crfte  fais  stit*pfiè  à  mon 
poste  y  cette  nuit,  par  un  éspHt»  et  j'ai  àcqtiii^^SSez  d^eifférièliu» 
à  ce  sujet  pour  ne  pas  l'être  une  secondé  si  aisément. 

—  Et  quel  esprit ,  sq^  cmé  tu  es ,  x'eprit  Rodolphe ,  serait  aà^ 
imbécile  pouf  Touloii"  s'nmseï*  Aux  dépens  d'un  pàtrtte  snimal 
comme  toi? 

^^  Ttt  es  aussi  bonrrU  que  mott  pët^ ,  HaujittnabîJf ,  tkt  8  tiftf 
pelle  sot  et  imbécile  à  chaque  mot  que  je  prononce.  El  CepeaâàHt 
j'àl/pour  parler,  des  lèvres,  des  dews  et  Une  bôtfche,  tOttt  MSii 
bien  qu'au  imtfé. 

^Rous  n'autous  pas  de  coutestatttm  à  ce  éttjet/  Sigisuioiiâ.  H 
est  certain  que  si  ttt  diffères  dès  antres ,  c'est  eu  nn  pcyiat  éHf  \^ 
4ael  il  est  diffielle  de  s'atrendfe  que  tu  puisses  le  réeonuaîtft  <Mi 
l'aYOuer.  Mais ,  au  nom  de  ta  simplicité ,  qu'est-ce  qui  t'tt  àm 

utermé  à  twi  poste? 

^  Je  Vais  tous  le  dite,  Hattptùîanu.  J'étais  tin  peu  fttî^, 
Toyez-Tons,  à  force  d'avoir  regardé  la  lune,  et  je  me  demairiu^ 
de  quoi  elle  pouvait  elfe  feite ,  et  comment  il  pouvait  arriver  qn'on 
1&  vtt  aussi  bien  diei  que  de  Gderstein ,.  quoiqu'il  y  ait  tant  de 
milles  de  distance.  Ces  réfleiti6ns ,  et  d'autres  non  moitié  emhst' 
rassantes,  m'avaient  fatigué,  fous  dis -je,  de  sorte  que  je  tirai 
mon  bonnet  sur  mes  oreilles ,  car  je  vous  réponds  qoe  le  veut  était 
piquant;  je  me  plantai  ferme  sur  mes  pieds,  une  jambe  un  p^ 
àYàucée;  je  plaçai  ma  pertuiaane  droite  devant  mcd,  Vemip(A* 
gnant  des  deui  maînà  pour  m'y  appUyér,  et  je  fettflai  fes 
yeux. 

—  Fermer  les  yeux  quand  tu  étais  de  gdrde  î  s'écria  Donnc^ 
hugd. 

—  Ne  tous  inquiétez  pas ,  j'avais  les  oreilles  ouvertes.  Cep^n- 
pendant  je  n'en  fus  guël^  plus  avancé,  car  j'entendis  quelque  chose 
marcher  sui"  le  pont  y  d^un  paiS  aussi  fégef  que  éélui  ffnhë  soUiis. 


CHARLES  LE  fÉMÈtkktRE*  162 

A  ridâtant  où  c^a  était  prèé  de  moi ,  f  Ontrii  le»  yeut  ett  tHMillJ 
lant^  J6  regardait  et  dimnez  ce  que  je  Tin* 

—  Qaeiqae  sot  comme  toi  ^  dit  Rodolphe  en  pressast  le  pM  de 
Pliilipsoil  pour  l'engager  a  faire  atteiitioii  à  oe  qu'allait  itëpondrtf 
SigisoDolid*  Mais  Arthur  n'itrait  paa  Msoni  de  det  «vis  muet ,  êêt 
il  attendait  oeite  réponae  a^ec  la  phia  yïtè  agitation^ 

^  Par  saint  Mare,  dit  Sigi^nond  ^  o'était  notte  emisiM  ^  Attw 
dé  6et<nrstein. 

«^ Impossible]  s'éeria  le  Berfioift* . 

-^  Cest  œ  que  j'aurais  dit  eoiniiie  vods  ;  ear  j'étide  tHé  i^rir  là 
Aambre  à  eoncher  avant  qn^elle  y  entrfiti  et  mr  ma  M^  elle  éMM 
affraogde  eondfte  pour  me  feine  on  pour  une  prlneasse*  Pwrqmi 

donc  aurait  relie  quitté  uh  si  bon  appartement,  où  elle  avait  M^ 
tour  d'elle  tofls  ses  amis  pour  la  garder ,  et  irait  ^  die  conrif  dans 
lafE»rét? 

^  Fent^étrè  éidit^^ne  Venue  jttsqn'an  boi4  êm  potUf  peu'  vok" 
faelle nnitil  iiisait^ 

-^  Point  du  totti<  fille  venait  du  ^té  de  la  Ibrêt ,  et  je  l'ai  vne 
Mrer  sur  le  pofiii  J'étais taème stir  le  poini  de luidomiei^ ttii boiï 
Goop  de  ma  penoisiaM  $  crdyàùt  que  c'était  todittbie  ^  av«if  pri» 
sa  ressemblance  ;  mdiâ  je  me  édis  tdj^lé  k  temps  qiid  tette  ariiie 
i^étaitpas  une  b^ùssine  propre  à  cbîjtier  des  eflfans  dt  des  jeunes 
Ulss}  ei  si  c'^t  été  AnM  que  j'eusse  blessée,  vous»  auriez  lotie 
IMsiéde  btMjL  trh  c«mtremOi  t  pour  dire  h  vérité,  j'en  aiifai» 
M  bien  lâcbéftioi-mêfiM?;  Mt^  quoiqu'elle  plaisante  de  temps  etf 
^'SMfsim^  dépens,  notre  msison  settit  Uen  irisite^  si  noua  per* 
<Mntt  Ainie. 

— £c  as4â  patrie  k  t^ttè  htttéf  à  cet  esprit,  Hoame  tn  V«pj 
pelles,  âne  que  «tes? 

—  Non  vraiment ,  savddt  eérpitalne.  Mon  pète  mé  rqproelie  um» 
jours  de  parlef  sans  penser,  et  dans  ce  montent  penser  m'était 
impossible  ;  je  n'en  â^ass  paS  même  le  temps ,  car  eHe  a  passé  de^ 
tant  moi  comme  ntf  flocon  de  neige  emponé  pàf  nn  eeragan.  Ce- 
pendant je  la  surfis  dans  lèdiâteftti;,  ei?  Pappelimt  St  bàdt  par  son 
aott,  que  j'éveillai  toc/s  tettx  qcd  doi'maiéi^t;  ehiteim  oenrut  au 
armée,  et  il  y  ent  autant  de  <$onfiision  que  A  Atdiibald  Yeai  Ha^ 
g^bértU  était  arrivé  atihé  c^tia  sabf^  et  d'nntf  hâfllebardé^  Et  qiHI 
vis -je  sortir  de  la  cbambre  d'Anne,  s'il  vous  plaît?  Anne  elle* 
même ,  qui  srraôt  fait  aussi  dfrayée  qcf  adtfon  de  lions.  BHe  prd« 


164  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

testa  qu'elle  n'était  pas  sortie  de  sa  cbambre  4e  toute  k  nuit;  et 
ce  fat  moi,  moi  Sigismond  Bied^man,  qui  supportai  tout  le  blâme, 
comme  si  Je  pouvais  empêcher  les  esprits  de  se  promener  pendant 
la  nuit.  Mais  je  lui  dis  bien  son  fait ,  quand  je  yis  que  tout  le  monde 
était  contre  moi.  Cousine  Anne,  lui  dis-je,.  on  sait  fort  bien  de 
quelle  race  tous  descendez ,  et  après  yous  avoir  donné  cet  avis ,  si 
vous  m'envoyez  «icore  un  double  de  votre  personne  ^ ,  qu'il  ait  soin 
de  se  couvrir  la  tête  d'un  bonnet  de  fer ,  car ,  sous  quelque  fonne 
que  ce  double  se  présente ,  je  lui  ferai  sentir  le  poids  et  la  longueur 
d'une  hallebarde  suisse.  Tout  le  monde  se  mit  à  crier ,  fi!  fil  et 
mon  père  me  renvoya  à  mon  poste  sans  plus  de  cérémonie  que  si 
j'eusse  été  uil  chien  de  basse-cour  qui  serait  venu  se  coucher  au- 
près du  feu. 

Le  Bernois  lui  répondit  avec  un  air  de  froideur  qui  approcliait 
du  mépris  :  — Vous  vous  êtes  endormi  à  TOtre  poste ,  Sigismond, 
ce  qui  est  une  grande  faute  contre  la  discipline  militaire,*  et  vous 
avez  rêvé  en  dormant.  Vous  êtes  bien  héureui  que  le  Landam* 
man  ne  se  soit  pas  douté  de  votre  négligence ,  car,  au  lieu  de  vous 
renvoyer  comme  un  chien  de  basse-cour  paresseux ,  il  vous  aurait 
fait  repartir,  bien  fustigé >  pour  votre  chenil,  à  Geierstein, 
comme  il  y  a  renvoyé  Ernest  pour  une  faute  bien  moins  grate* 

— Ernest  I  il  n'est  pas  encore  parti,  quoi  qu'il  en  soit;  et  je 
crois  bien  qu'il  pourrav  entrer  en  Bourgogne  tout  aussi  avant 
qu'aucun  de  nous.  Cependant,  Hauptmann,  je  tous  prie  de  me 
traiter  en  homnie.et  non  en  chien,  et,  d'envoyer  quelqu'un  pour 
me  relever,  au  lieu  de  rester  à  bavarder  ici  à  l'air  froid  de  la  nuit. 
Si  nous  avons  de  la  besogne  deniain,  comme  je  suppose  que  nous 
pourrons  en  avoir,  une  bouchée  de  nourriture  et.une  minute  de 
sommeil  sont  nécessaires  pour  ,s'y  préparer,  et  voilà  plus  de  deux 
mortelles  heures  que  je  suis  en  faction  ici. 

«A  ces  mots,  le  jeune  géant  bâilla  d'une  manière  prodigieuse, 
comme  pour  prouver  que  sa  demande  était  bien  fondée. 
.  — Une  bouchée  i  une  minute  1  répéta  Rodolphe ,  un  bœuf  rôti 
et  une  léthargie  sem^iablcf  à  celle  des  Sept  Dormans  suffiriuent  à 
peine  pour  te  donner  l'usage  de  tes  sens;  mais  je  suis  votre  ami» 
Si^smoiud,  et  vous  pouvez  être  sûr  que  je  ne  ferai  aucun  rap* 
port  qui  vous  soit  défavorable;  je  vais  vous  faire  relever  survie- 

T.  On  nomdae  eh  AUemagne  double-gœDgen»  c'est-à-dit  double-marehaan ,  ces  espdctf  ^  ^' 
plkata  téricm  4«  l'hawanité»  cpi  reprëteoUnt  le»  trtita  d'una  p«r«00D«  «moi»  vÎTanta. 


CHARLES  LE  TÉ»I£RA1RE.  165 

champ,  afin  gne  vous  pmssiez  tous  livrer  an  sommeil ,  et  j'espère 
qn'il  ne  sera  plas  troublé  par  des  rêves.  Passez,  jennes  gens,  dit*il 
à  ses  autres  compagnons  qui  arrivaient  eh  ce  moment,  allez  tons 
reposer;  Arthur  et  moi  nous  rendrons  comnte  de  notre  patrouille 
an  Landamman  et  au  porte*baimière.        ^ 

La  patrouille  entra  dans  le  obfiteau ,  et  ceux  qui  la  composaient 
allèrent  rejoindre  leurs  compagnons  endormis.  Rodolpbe  Donner- 
hngel  saisit  le  bras  d'Artbur,  à  l'instant  où  ils  allaient  entrer  dans 
le  vestibule,  et  lui  dit  à  Poreille  : 

—Voilà  des  évènemens  étranges  I  croyez-vous  que  nous  en  de- 
vions faire  rapport  à  la  députation  ? 

— C'est  à  vous  qu'il  appartient  d'en  décider,  répondit  Arthur, 
puisque  vous  êtes  le  commandant  de  la  patrouille;  j'ai  fait  mou 
devoir  en  -vous  disAt  ce  que  j'ai  vu,  ou  ce  que  je  crois  avoir  vu. 
Cest  à  vous  de  juger  jfliqn'à  quel  point  il  convient  d'en  &ire  part 
au  Landamman  ;  j'ajouterai  seulement  que ,  comme  c'est  une  af- 
faire qui  concerne  l'honneur  de  sa  famille ,  je  pense  que  c'est  à 
loi  seul  que  le  rapport  doit  en  être  fait. 

—Je  n'en  vois  pas  la  nécessité ,  dit  précipitamment  le  Bernois  ; 
cette  circonstance  ne  peut  influer  en  rien  s'ur  notre  sûreté  :  mais 
je  pourrai  saisir  quelque  occasion  pour  en  dire  un  mot  à  Anne. 

Cette  dernière  idée  contraria  Arthur  autant  que  la  proposition 

de  garder  le  silence  sur  une  affaire  si  délicate  lui  avait  fait  plaisir. 

Hais  le  mécontentement  qu'il  éprouvait  était  d'une  telle  nature, 

<ivi^il  jugea  à  propos  de  le  dissimuler.  Il  répondit  donc  avec  autant 

de  caîme  qa'il  lui  fut  possible  d'en  montrer  : 

— Tous  agirez ,  sire  HaupUnann ,  comme  vous  l'inspireront  le 
Mndment  de  votre  devoir  et  votre  délicatesse.  Quant  à  moi,  je 
garderai  le  silence  sur  ce  que  vous  apptSlez  les  évènemens  étranges 
de  cette  nuit,  et  que  le  rapport  de  Sigismond  Biederman  rend  dou- 
blement snrprenans. 

—Et  vous  le  garderez  aussi^nr  ce  que  vous  avez  vu  et  entendu 
de  nos  auxiliaires  de  B&te  ?  dit  Rodolphe. 

— Certainement;  si  ce  n'est  que  j'ai  dessein  de  parler  à  mon 
père  du  risque  qu'il  eoart  de  voir  son  bagage  visité  et  saisi  à  la 

Férette. 

— Cela  est  inutile;  je  réponds  sur  mon  bras  et  sur  ma  tête  de 
la  sûreté  de  tout  ce  qui  lui  appartient. 

— Je  vent  eti  remërde  en'  son  nom;  mais  nous  sonimes  des 


166  CHARLES  LE  TÉBfÉRAIRIÇ. 

voy^fçiirs  pai$i))les»  et  noua  désirons  éviter  toi^te  qmrdley  piQtit 
qi^e  d'ep  eiuciter  upej,  quand  i|(|âmi)  f^ppa  iimon»  sûr^  d'en  9prtir 
4iyc}c  }î^  {lonnears  du  trîompbe. 

-r-  Ç|^  8p9t  ^64  sentimeoft  d'nn  |niQrchan4y  ^  noi^  4*im  9pld9f » 
dit  Rodolphe  d'un  toiiroid  0;  mécpntem^  Al^  sprplîf^t  c'ertTQtre 
f)f|^ir«^  i({$  Tpp^devQ^  f^gir.m  oeti^  caiWl^  voft^  le  jugerea  %  pro- 
pos. Sqng^z  «pA)f  ^^|^t  que  «i  ?Diift  Mp^  ^ns  npm»  à  U  Fér«tto, 
Yos  miM^^handiMl  Pt  TQtre  ¥if»  seront  égf^l^ment  w  dangfirf 

Comme  il  achevait  ces  mots ,  ils  ^ptrèrçnl:  d^ns  I91  s^lf  QÙ 
é^iept  }mir&  pQmpAg^PP»  dp  voyage.  Cpw  qui  vepuîpnt  dp  faire  k 
patrouille  étaient  déjà  étendus  à  P$t4  de  leurs  ofoiisradi^  ^pdor- 
mis  à  UD«  f^tr^mi^  de  l'appartemem;,  Lf^Land^mpa»  «tt^porte- 
tisnnière  de  Remo  entendirent  le  rapport  que  le9r  ^i  ïfmn^fhm^ 
gpe  la  p^tTQuiUf)  avait  fait  sai  rondp  m  sûrelV  t  et  sans  avw  rim 
rencpfiiTé  qui  pi^t  donner  lien  de  praii)d#Dnde  soupçonner  aucsn 
Ranger.  Lct  Rernois,  s'envfiloppant  ensnite  de  son  mantesQ^i^ 
CQUpba  snr  1»  p^ll^  9  ^vec  cette  heureuse  indifférenoe'  poQr  on 
bon  lit  y  et  cette  promptitude  à  saisir  un  moment  de  repos ,  qQ  on 
doit  à  pnp  yie  d^e  Pi  lajiorieuse.  An  honl  de  quelqPO^  «minutes 
il  donnait  profondément. 

^rtl^ur  r»sta  debout  quelques  in^tans  de  pins ,  pour  jeter  p 
90PP  d'œiJ  sur  r^ppartepient  d'Anne  de  Geierstein ,  §*  ponr  réA^" 
fibff  tm  \^  éyènnmens  singuliers  de  cette  soirée;  msi»  c'était 

pouir  Ipi  m  cbftQ»  n^ystérieoî.  dont  il  lui  émit  imposable  de  p^ 
Vçk\i^untét  Pt  la  nécessité  d'avoir  sur^lorchamp  un  en^r^rten  avec 
son  père  changea  le  loofirs  de  ses  pensées.  Vqnlwtipil^  9^  ^^^' 

fifn  fiit  «eer^t ,  il  fut  obligé  de  prendre  des  préctytipns.  D  ^ 
poq§bf  donc*  côté  df>  son  père,  pour  qui,  avec  cette  bosp^W^ 
dont  il  avfkit  eu  tant  de  preuves  depuis  qu'il  avait  fait  com^^^^ 
9Ye^  Le  digne  et  bon  Landamman ,  on  avtit  arrangé  un  )i^  ^^ 

paille  dans  le  coin  qui  avait  paru  le  plus  CQmmodfi  dO.  l'WP*^^^' 

WWJ».^^  %  quelque  distaneedes  autres»  l\  dormait  proM*^*' 

mais  il  s'éveilla  en  sentant  son  fih  se  cpnpber  près  de  \^*  ?^^  S 
Iw  4îti  vftij bPSfl»  Pt  en  anglais,  pow  pbis  de  pt^^^'^ 
9W\  4^8  nQRVfllles  importantes  à  lui  commimiq^ei^  ^n  p?rtiw^* 

—  Attaque-t-on  le  poste  ?  demanda  Philipson  ;  faut-il  pW^ 
posarm^? 

—  Pas  à  présent  ;  ne  vçnsieYe:?  pw,.  W»  ^fm  ¥^  l'*'^*' 


qffAALBS  LE  TÉMÉIIAIRS.  |«7 

^  Pfi  fiwi  ^141  quftfitiop?  4ile9*letni(iî  siir.lç«4^||q^ ,  mo9  QU) 
Yoos  parlez  à  un  homme  txop  accoutiupié  ^^Jf.  it^ogjfap^JfOW  ^9  ^M 
^£Qrajé. 

-rr  C'^  nue  affiûrç  «fir  U^eU«  Tooa  mi^  ^  réPâ^t^r  ^¥ef 
pT«deiM5ttf  Penflant  qne  je  faipaîa  me  pAtrwUI^,  j'ai  »ppm  qn«  ]^ 
gQVYffroear  4e  la  Férqtt^  saisira  iDdat>i^d)l(9lP^^(  yQlr«  bilgac9  §1 
To«  j^iarcbandiaen  »  «0114  préte^t^  de  ^  fair?  pf  yçr  Im  drui^  d^^  W 
dac  de  Bourgogne.  J'ai  aussi  été  informé  que  les  jeunes  Suifia^ 
comppsapt  r^acortç  do  U  députaiion  001  réaol9  df»  r^iki;^  à  cette 
exaptioft  f  et  qn%  cfoieot  «^voir  lî^  %<)9  et  lei  |noy9^a  ii^cef^rei 
poiiryréuwr*. 

--  Par  saÎDt  Qeorge  f  cela  09  doU  paa  i^tre  !  a'éqm  PbiKp«>ii  i 

D^  «er^  reffomaitre  Uep  m^l  rboapitalité  dn  1h»9  («aq^ainmm  ^ 

^  de  foarPÎr  à  ce  prince  impétueux  un  préte^t^  pwr  ^oywuençer 

«ae  guerre  que  cet  ejicelleut  vieillard  déaire  ai  Titm^nt  éviter, 

s'il  est  possible.  Je  me  soumettrai  yolontiera  à  tovtea  le#  e^^ctioua 

poaaî|)lâs  ;  mw  h  wtàià  des  papiera  que  je  porte  sur  moi  pem  t  pne 

mine  complète.  J'aytiia  quelques  criMintea  il  cet  égard ,  et  c'é^it 

e»  qui  me^Ââsait  hésita  à  pie  joindra  m  Landamiq^ii,  Il  U^t,  main- 

\mf^%  QûQA  ou  séparer^  Ce  gouverneur  rapace  n'sirrâtçrfi  aûrit* 

Otept  pa^  mie  députation  protégée  par  ]a.  loi  des  natign^»  et  qui  ^ 

f^  prèflr  de  sou  maître  »  mais  je  ym  ^s^wX  qu'H  PPiurfÂt 

ftQUTf^  4aii«x>uU^  presque»  ?.yec  eux  le  prétexta  d'uœ  qfiereUç» 

f4  ^opvieudriût  égalemeut  i^  sa  cupidité  et  à  Vh«»iieur  de  ces 

jww  cfin»  f  qui  uf>  cbcrcbeut  qu'uue  occasiou  de  ae  croire  offen- 

l^îce  n'eM.  P9^  noqftqui  h  leur  fomnirous.  ^QU#  umè  4^M*o* 

n^W  4iie  dépptéf ,  et  noua  rcaterous  en  arrière  juiHIu'À  ce  qu'ils 

4Qi^  papaéa  plus  |itépt«  Si  ce  Von  Uag^ntuich  m'e^  pf»A  I9  plus 

déndacMii«fd)le  dea  hommes  y  J9  trouyeri^  le  moyeu  d^  1^  cpu^teir , 
eniif^ qui  noua eopcerue peraonnellemeut.  C^^pd^^t j^ nm éY^A- 
l(9r  le  iffandauiumo,  cer  je  yeu^  lui  apprendre  sqr^le^di%mp  Monre 

Philipson  n'était  pas  lent  à  accpmpUr  9Ca  r^aolutioiuh  &^  ipoîus 
d'unp  «Miiiitc>  U  ^tt  debout  à  c&té  d'^raold  Biedenuan ,  qui ,  ap- 
puyé HHf  le  çqudf^i  écou^  ce  qu'il^yail  |i  lui  cqiuuiuoiqucr  ;  (gp- 

diyique  parslesans  l'épauje  du  LAuilauiui^u  &'élevi4^ut  le^  bqu9?t 
foprré  et  la  longue  barbe  du  député  de  So^wi^,  fix%u(  904  gr^^s 


168  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

temps  sot  flon'coUègae^  pour  voir  quelle  impression  fiiisaient  sur 
loi  les  discours  de  l'étranger. 

-*-  Mon  cher  ami,  mon  digne  hôte,  dit  Philîpsoiï,  nous  avons 
appris ,  de  manière  à  n'en  pouvoir  douter,  que  nos  pauvres  mar- 
chandises seront  assujetties  à  des  droits,  peut-être  même  con- 
fisquées ,  lorsque  nous  passerons  par  la  Férette  ;  et  je  Yondraû 
éviter  toute  cause  de  querelle,  tant  pour  vous  que  pour  nons* 
mêmes. 

—  Vous  ne  doutez  pas  que  nous  n'ayons  le  pouvoir  et  la  volonté 
de  vous  protéger ,  répondit  le  Landamman.  Je  vous  dis ,  Anglais, 
que  l'hftte  d'un  Suisse  est  aussi  en  sûreté  à  côté  de  lui,  qu'un  ai- 
glon sous  l'aile  de  sa  mère.  Nous  qtûtter  parce  que  le  danger  ap- 
proche, ce  serait  faire  un  pauvre  compliment  à  notre  courage  et 
à  notre  fermeté.  Je  désire  la  paix  ;  mais  le  duc  de  Bourgogne  lui- 
même  ne  ferait  pas  une  injustice  à  un  de  mes  hôtes ,  s'il  était  en 
mon  pouvoir  de  l'en  empêdier. 

En  entendant  ces  mots,  le  député  de  Sdiwitz  serra  le  poing  et 
l'allongea  par-dessus  les  épaules  de  son  ami. 

—  Cest  précisément  pour  éviter  cela ,  mon  digne  hôte ,  que  j'ai 
dessein  de  quitter  votre  compagnieamicale  plus  tôt  que  je  ne  l'an- 
rais  désiré  et  que  je  ne  me  proposais  de  le  faire.  Songez,  mon 
brave  et  digne  ami,  que  vous  êtes,  un  ambassadeur  qui  tend  à  con- 
clure la  paix,  et  que  je  suis  un  marchand  qui  cherche  à  faire  dn 
gain.  La  guerre ,  ou  une  querelle  qui  pourrait  ramener",  seraient 
également  la  ruine  de  vos  projets  et  des  miens.  Je  vous  dirai  très 
franchement  que  je  suis  disposé  à  p;ayer  une  forte  rançon ,  et  qw 
je  suis  en  état  de  le  faire  ;  et  j'en  négocierai  lé  montant  après 
votre  départ.  Je  resterai  dans  la  ville  de  Baie,  jusqu'à  ce  que  j'aie 
fiût  des  conditions  raisonnables  avec  Archibàld  Von  Hagénbach; 
et  quand  même  il  mettrait  dans  ses  exactions  tonte  la  cupidité 
qu'on  lui  suppose,  il  modérera  ses  prétentions  avec  moi,  plotôt 
que  de  risquer  de  tout  perdre ,  en  me  voyant  retourner  sur  mes 
pas  et  prendre  une  autre  route. 

—  Vous  parlez  sagement ,  sire  Anglais  ;  et  je  vous  remercie  d  a- 
voir  rappelé  mes  devoirs  à  mes  souvenirs.  Mais  il  ne  faut  poof' 
tant  pas  que  vous  soyez  exposé  à  des  dangers.  Dès  que  nous  nons 
serons  remis  en  nuirche,  le  pays  va  être  ouvert  de  nouveau  anx 
dévastations  des  soldats  bourguignons  et  des  Lansquenets,  qàilMr 
laieront  les  routes  dans  tous  les  sens.  Les  habitans  sont  mab^' 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRB.  16» 

rensement  trop  craintifs  pour  toqs  protéger;  ils  tooi  liTrendent 
aa  goaveméur  à  la  première  demande;  et  quant  à  la  justice  et  à 
rhàma|iitéy  tous  pourriez,  tous  attendre  à  en  tromrer  en  enfer 
autant  qu^en  Hagenbach, 

-^  On  dit ,  mon  cher  hôte ,  qu'il  y  a'des  conjurations  qui  peu* 
Tent  iiaire  trembler  l'enfer  même,  et  j'ai  les  moyens  de  me  rendre 
faTorable  ce  Von  Hagenbach  lui-même ,  pourru  que  je  puisse  aToir 
aTec  loi  un  entretien  partiSÉdier.  Mais  j'aToue  que  tout  ce  que  j'ai 
à  attendre  de  ses  soldats  et  de  ses  Lansquenet»,  c'est  d^être  mas* 
sacré,  quand  ce  ne  serait  que  pour  la  Taieur  de  l'habit  que  je 
porte. 

—  En  ce  cas ,  et  s'il  faut  que  tous  tous  sépariez  de  nous,  me- 
sure en  feTcnr  de  laquelle  je  ne  nierai  pas  que-TOus  n'ayez  allégué 
de  sages  et  fortes  raisons,  pourquoi  ne  partiriez -vous  pas  d'ici 
deux  heures  aTant  nous?  Les  routes  seront  sûres^  puisqu'on  attend 
notre  escorte  ;  et  en  partant  de  bonne  heure ,  tous  aurez  probable* 
ment  l'aTantage  de  Toir  Hagenbach  aTant  qu'il  soit  iTre ,  et  aussi 
capable  qu'il  peut  jatnais  Tétre  d'écouter  la  raison,  c'est-à-dire 
d^sperceroir  son  Téritable  intérêt.  Mais  quand  il  a  feit  passer  son 
déjeuner  à  force  de  Tin  du  Rhin,  ce  qu'il  fait  tons  les  matins  aTant 
d'entendre  la  messe,  sa  foreur  rend  sa  cupidité  même  aTCU^e. 

— -  La  seule  chose  qui-  me  manque  pour  exécuter  ce  projet ,  c'est 
on  mulet  pour  porter  mon  bagage,  qui  a  été  placé  aTec  les 
Y&ures. 

—Prenez  la  mule  ;  elle  appartient  à  mon  frère  de  Schwitz  que 
xoid ,  et  il  TOUS  la  donnera  bien  Tolontiers. 

—De  tout  mon  cœur,  et  quand  même  elle  Tandrait  Tingt  cou- 
ronnes, du  moment  que  mon  camarade  Arnold  le  désire,  dit  la 
tieille  barbe  blanche. 

-—  J'en  accepterais  le  prêt  aTec  reconnaissance ,  répondit  l'An- 
gbis^  mais  comment  pourrez-TOUs  tous  en  passer?  Il  ne  tous  res- 
tera qu'un  seul  mulet. 

—  Ilnous  sera  fecile  de  nous  en  procurer  un  autre  à  Bfile ,  dit 
le  Landamman.  Le  petit  délai  qui  en  résultera  sera  même  utile  à 
Y08  projets.  J'iai  annoncé  que  nous  partirions  une  heure  aptrès  le 
pomt  du  jour  ;  âotas  retardjèrons  notre  dépàrt^d'qne  heure ,  ce  qui 
ncf&s  dodnera  assez  de  temps  pour  trouTcr  un  mulet  Ou  un  chOTid, 
et  tous  facilitera  le  moyeti  d'arriTer  aTant  nous  à  la  Férette ,  ou 
ïeÈipb!e  que ,  ayant  arrangé  tos  afiaires  aToo  Hafo^bach  >  à  Toire 


WtîrtHJjÎQPi  y^m  p<Hurr9X  m^QWPn^mi^^ooivim  voira  •nnpafBii 

^Sji  no^  iirqifBU  réciprQfiiM  fiennQltem  qu^aoïiç  TOfagioni 
ensemble,  digne  Landamman  »  je  m'estioittnd  tm  heafeqi.  d'être 

mn^f»  Tofcm  «wppagyiw  4>  ^yng»*  Si  naiotttiMt  gQÙta^le  Npos 
4IIM  i>i  ii»t«rroi»|M»« 

->-  Q»9  Pm  vom  pr(i|4g0»  Mgft  ei  digno  bMm»f ,  dil  la  Lnif 
d<mmio,  en  «e  leYani  poqr  «ii))]Pifiwr  VAqglaîa.  6fik  arriTait  9» 
main  PA  poq»  rovwioa»  pliia»  je  me  loiineodFiu  lonjoun  da  nw» 
l)hfpd  fui  ft  repoo^sé  tovUiidée  degnin  pour  inaroher  dav  lettOf 
tier  de  la  sagesse  et  de  la  droiture.  Je  n'en  connais  pas  on  wtif 
gui  pi'^At  rinqii^  H»  6dv^  i^pandre  w  taa  du  swgf  ppv  ipsrgner 
eiaq  opç^  d'or,  Adieu  aussi,  braTe  jeu^e  homme*  VensMesa^ 
p^rmi  opiis  à  maretièr  d'un  pied  imqe  sur  les  roidieia  escaqiés  fk 
THitlT^»  mm  ptruoime  nt  pMt  TOiia  amunnidre  âuun  bîîn  qw 
YP(re  père  à  suÎTre  I0  bon  ebeom  «a  milieu  dea  m^^kftgH  et  te 
paréeipices  de  to  irie  humaiiNu 

H  embraasa  «es deux  amis»  etleuu fit  sca^eus  aveo  tootealfis 
RiApques  d'ttoe  amitié  sincère*  Sra  oaUègue  de  Scdiwiu  iiuitA  ¥» 
Mmiple»  effleura  de  sa  longue  b^rbe  les  deux  Joueades  dsui  A»* 
glftia*  et  leur  répéta  4ue  sa  mnle  éiaîâ  àluor  semuu.  CbaMi  d'ev 
U#  iOQiDM  plus  «lora  qu'à  prendre  uu  pun  4e  nqms  aieut  le  j<Mir. 


CHAPITRE  XIIL 


Qui  fait  naître  entre  nous  la  haine  ^la  jiicordc? 
Yotre  dac,  qui ,  suiffitt  IWMIMflib  dM  ibM«Mi 
A  proscrit  sans  pitié  tant  de  pauvres  marchand* 
eni  t  n'mjmn  pat  d'ieaa  po»r  fseketar  Un  tlVi 
Ont  au  prix  de  leur  sang  scellé  sa  tyrannie, 

SHAKSPXAaa.  Comédi*  Jês  Errtur^- 


lot  premkHT  rayoi^  d^  l'eurore  eommeugaii;  à  peiu^  À  p^^  ^ 

l'fiori^Qu  kÛPteip ,  quend  Arthur  PbiUpeun  se  te?»  p<w  'mr^  ^^f 

aou^  père  k»  prépfiratifa  de  son  dépéri»  qui  i  eamiuA  09^ ^^^ 

jQopvmu  la  unit  préeédeute,  dffreit  awir  lieu  4im^  \m^^^^^ 

•ui41e^i^lA4éNliHPW 


auMXs  t%  iiswÉaAiw.  171 

jmnes  de  Graffs-Lust,  H  ne  loi  fdi  pa»  diflSipile  de  troofe^  les  pe- 
qoets  bien  arrmgén  du  bagage  de  son  père  an  milieu  de  cepx  d4U98 
le^fff^sis  étftien^  placés  sans  soin  les  effets  appartenant  an^  Sniisof* 
Les  preinier;^  avfiient  été  lait^  ^^ep  T^e^se  et  le  soin  de  g^n^  J^ 
hitnés  k  des  yoyeges  lopgs  et  daagereipp,  l^f  ^jfiift^  t^w^fi  )a  gm^ 
insomwce  d'hoipines  qni  fpàsxmnt  rwânient  l#pr  logjv»  t  ^  4P 
n^avaient  ancone  expérience  çojpf^^  JQJ^WPfi» 

Un  domeaitiiiiie  dv  Landaipn>;iP  aid^  Ajr^bmr  à  porter  1^  fn^tes 
die  pon  pèrç  p  e(  k  les  plficer  sar  ]t^  nmle  appartenu  an  d^pM^ 
bsrba  de  SpJ^w^z*  Î|  en  reçi^t  w^\  qaelqni9«  ryuaeigwennens  #9r  ia 

route  de  Graffe-Lnst  à  la  Férette ,  et  elle  était  trop  djp^^  §%  tfçnp 
facilç  pp^r  <p^'^  ^  probubje  qR%  i^arqfi^f  )f»  ri^^q^  de  se 
perd?^ ,  comme  çe^  leor  ^t^t  w'iyé  ^  q^ltoi  d«  paontagim  4e 
la  Suisse.  Dès  que  les  prépSLr^^}fs  ffiri^nt  termifféf  >  lejf  nm  4Mtoî> 
éveilla  çop  pèrp^  ^  l'iiyertî!;  q|ii^  tpnt  éU^%  P^lt  popr  Ifur  d^^Kart. 
Q  s'apprf  çl^  ensuite  de  Ifi  d^ei^imée  i  landi  Que  PbiU|^spn  •  spî- 
vwit  si^p  ppage  jpprpf^ljpr.  r^if^iJ  Torwsoi»  dn  MWt  Jp}i«9i ,  p^gn 
des  Tojagiçnr» ,  ç^  nj^^if  *P<*  vôtepiens, 

Ûp  Qe  çera  p^  #»rpri?  si  WHP  ajQpton^  qn^,  i^dapt  nme  le  ' 

père  s'çcgp^^t^t.d^  ^  pmiqwjj  d?  d^vptio»!  et  #'éqHipeit  poHf 
m  voyage  i  |e  ^J^ ,  te  pcçvr.piein  de  Kmt'  Pf»  qp'il  i^v^ii  v"»  d'Awïfi 

de  Geierstein  depnis  quelque  temps ,  et  des  incidens  de  ln  nuit  pré- 
çédepte  I  ^^\.  tQjjwP  l^P  yeux  ft^és  wr  •*  porW  de  )i^  chambre 

d«n^  laquelle  iil'^y^it  vueentn^r  jj^  dernière  (ois  qn'eUe  f^wt  peva 
à  SCS  yçp^  j  ç'p4t44i)r^ ,  à  wips  que  Ift  fiprwe  p^le  et  fantestiqne 
qù  ^\.  pasfi^  dens:  foi«  dey^nt  H  d'nne  manière  si  étr^ge  ne  fût 
m  ^t  él^n^^^tf in$  et  fxram  ;  si^  cpriosi^é ,  k  Pfî  *^i^^  •  ^^t  pi 
finfeotç ,  q^e  ^  regards  semblaiept  s'efforcer  dfl  p^étrer,  à  tra- 
vers la  porte  et  la  muraille ,  jusqne  d^m  la  i^bambre  d?  U  belle  en- 
dormie ,  ef  y  dijçoçvrir  si  m  yf  n»  o^  ses  je^iw  Offirai^nt  quelque 

i^m  qp'çfle  ^ftf  pwsé  «w  feonpe  pi^ti9  d«  i4  «mu  9t  wU«r  «t  à 

ae  proinçperr 

— pi^  c'^  Wf  l^  ppfwye  à  teqwUe  ïip^lpjie  en  fipp^i^t ,  se  di$- 
il  ^  jini-meni^  î  et  |{odolplie  sert  wr»  l*opca«o«  4'»*  ren^rquw  le 
résidât.  Qtti  ftaif  qnpl  i^vf^o^g^  U  pewrra  ti^er,  ppur  ses  pr^en- 

tions.à  cette  aimable  personne,  de.  ç^  que  je  Ipi  ai  iipprif  ?  £t  que 

deyr^t^reUe  pf^uier  dfl  ?P9i  ?  Pï«  w^  reg^^rders^t^Ue  p»s  oornine  un 

komtq^  qui  n^  §fdt  «i  p^f^c^bip,  «^  W^e^r  m  ]mgm  ;  ^  «4  il  Qe 


172  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

oreilles  da  premier  yena  ?  Je  voudrais  qae  ma  langue  eût  été  pa- 
ralysée ,  avant  que  j'eusse  dit  un  seul  mot  à  ce  fier-à"bras  aassi 
rusé  qu'orgueilleux.  Je  ne  la  verrai  plus  ;  cela  pent  être  regardé 
oonime  certain ,  et  par  conséquent  je  n'obtiendrai  jamais  l'explica- 
tion du  mystère  qui  ^entoure.  Mais  penser  que  mon  bavardage 
peut  tendre  à  donner  de  l'influence  sur  elle  à  ce  paysan  sauvage, 
c'est  un  reproche  que  je  me  ferai  toute  ma  vie. 

Il  fut  tiré  de  sa  rêverie  par  la  voix  de  son  père.  -—Eh  bien ,  mon 
fils  1  Êtes- vous  bien  éveillé,  Arthur  ?  ou  le  service  que  vous  avez 
fait  la  nuit  dernière  vous  a-t-il  fatigué  au  point  de  vous  faire  dorv 
mir  debout  ? 

—  Non,  mon  père,  répondit  Arthur ,  revenant  à  Icîi  sur-le- 
champ  ;  je  suis  peut-être  un  peu  engourdi,  mais  grâce  à  l'air  frais 
du  matin ,  bientdt  il  n'y  paraîtra  plus. 

Marchant ,  avee  précaution  à  travers  les  groupes  de  dormeurs 
étendus  çà  et  là  dans  Fappartement ,  Philipson, 'quand  ils  furent 
à  la  porte ,  se  retourna  ,  et  jeta  un  coup  d'œil  sur  le  lit  de  paille 
occupé  par  le  Landamman  et  son  compagnon  le  député  de  Schwitz , 
et  que  le  premier  rayon  de  l'aurore  commençait  à  éclairer;  la 
barbe  blanche  de  celui-ci  lui  fit  aisément  distinguer  celui  des  deux 
qui  était  Arnold  Biederman ,  et  ses  lèvres  murmurèrent  un  adiea 
involontaire. 

—  Adieu,  miroir  d'ancienne  foi  et  d'intégrité*,  dit-il;  adieo, 
noble  Arnold  ;  adieu ,  ame  pleipie  de  bandeur  et  de  vérité ,  à  qnila 
lâcheté ,  l'égo&me  et  la  fausseté  sont  égalemetit  inconnus  ! 

—  Adieu ,  pensa  son  fils ,  la  plus  aimable ,  la  pins  franche,  et 
pourtant  la  plus  mystérieuse  des  femmes.  Mais  cet  adieu,  comme 
on  petit  bien  le  croire ,  '  ne  fut  pas ,  de  mêpie  que  celui  de  son 
père ,  exprimé  par  des  paroles. 

Ils  furent  bientdt  hors  du  vieux  château.  Le  domestique  suisse 
fut  libéralement  récompensé ,  et  chargé  .de  faire  de  nouveau 
adieux  au  Landamman  de  la  part  de  ses  hôtes  anglais ,  en  loi 
disant  qu'ils  emportaient  l'espoir  et  le  désir  de  le  rejoindre  bien- 
tôt sur  le  territoire  de  la  Bourgogne.  Arthur  prit  alors  enfnain  la 
bride  de  la  mule,  et  tandis  qu'il  la  conduisait  à  xin  pas  modéré  » 
-  bon  père  marchait  à  son  côté.^  •    . 

•  Après  quelques  minutes  de  sSence ,  Philipson  dit  à  son  fils:  -^ 
Je  crains  que  nous  ne  revoyions  plus  4e  digne  Landamman.  l^s 
jeunes  gens  qui  FacckanpAghent  âo^nt  décidés  às'<^eD8er  à  la  pre- 


CHARLES  LE  TEMÉRAIRB.  173 

mière  ooeasiony  et  je  crois  bienqaele  duc  de  Bonrgogiie  ne  inaii- 
qoera  pas  de  la  leur  fournir.  La  paix  que  cet  excellent  homme 
désire  assurer  au  pays  de  ses  ancêtres  sera  troublée  avant  qu'il 
arrive  en  présence  du  duc;  et  quand  même  il  en  serait  autrement, 
comment  le  prince  le  plus  fier  de  toute  l'Europe  preudra-t-il  les 
remontrances  de  bourgeois  et  de  paysans?  car  c'est  ainsi  que 
Charles  de  Bourgogne. nommera  les  amis  quç  nous  venons  de  quit- 
ter. C'est  une  question  à  laquelle  il  n'est  que  trop  &cile.  de  ré- 
pondre. Une  guerre  filiale  aux  intérêts  de  toutes  les  parties ,  à 
l'exception  de  ceux  de  Louis,  roi  de  France  »  aura  certainement 
lieu,  et  le  choc  sera  terrible  si  les  rangs  de  la  chevalerie  bour- 
guignonne rencontrent  ces  fils  d'airain  des  montagnes,  qui  ont 
bit  si  souTent  mordre  la  poussière  à  tant  de  nobles  autrichiens* 

—  Je  sois  tellement  convaincu  de  la  vérité  de  ce  que  vous  i&e 
dites,  mon  père,  répondit  Arthur,  que  je  crois  même  que  cette 
journée  ne  se  passera  pas  sans  que  la  paix  soit  violée.  J'ai  déjà 
mis  une  cotte  de  mailles,  dans  le  cas  où  nous  rencontrerions  man- 
Taise  compagnie  d'ici  à  la  Férette,  et  je  voudrais  que  vous  pris- 
siez la  même  précaution.  Gela  ne  retardera  pas  notre  voyage,  et  je 
TOUS  avoue  que,  moi  du  moins,  j'en  voyagerai  avec  plus  de  con- 
fiance et  de  sécurité ,  si  vous  y  consentez. 

—  Je  vous  comprends,  mon  fils,  reprit  Philipson.  Mais  je  suis 
on  voyageur  paisible  dans  les  domaines  du  duc  de  Bourgogne ,  et 
je  ne  veux  pas  supposer  que,  tandis  que  je  suis  sous  l'ombre  de  sa 
lAmiière,  je  dois  me  mettre  en  garde  contre  les  bandits,  conune 
sii'étais  dans  les  déserts,  de  la  Pajkstine.  Quant  à  l'autorité  de  ses 
offiiâers  et  à  l'étendue  de  leurs  exactions^  je  n'ai  pas  besoin  de  vous 
aire  qae ,  dans  les  circonstances  où  nous  sommes ,  ce  sont  des  choses 
auiiaelles  nous  devons  nous  soumettre  sans  chagrin  et  sans  mur- 
more^. 

Laissait  nos  deux  voyageurs  s^avancer  à  loisir  vers  la  Férette , 
3£int  que  je  transporte  mes  lecteurs,  à  la  porte  orientale  de  cette 
petite  ville,  qui,  étant  située  sur  une  éminencé ,  commandait  sur 
tons  les  environs,  et  principalement  du  côté  de  Baie.  A  propre- 
ment parler,  elle  ne  faisait  point  partie  des  domaines  du  duc  de 
Bourgogne,  mais  elle  avait  été  placée  entre  ses  mains,  comme 
gage  du  remboursement  d'une  sommç  considérable  due  au  duc 
Charles  par  l'empereur  Sigismond  d'Autriche,  à  qui  appartenait 
la  suzeraineté  de  cette  pl^ace.  Cependant  la  yiUq  était  située  si  fii-^ 


114  GftAKLËjS^  iM  mHÉkktAË. 

rdftMmMtfù&r  gèoer  lé  cMtiattce  de  lat  S^iÉàe  expmtiitti*^ 
net  deè  mài'qttè^de  màtteillAtice  à  un  peuple  qii^it  hàfes&it  et  qtffl 
jàéptisàït,  ^pe  fapitkiùiï  géfiérade  était  ({lie  te  diià  dé  Bofit^6^a6 
nf éeovterfllf  jftxfiM»  anéiiiiésr  pttfpoiitiûni  de  rltdiftt ,  qtfehftfé  équi^ 
tifUed,  qMlqtie  ârtàfitâgett^eè  qu'elles  pttésent  êtré^  et  cpi'il  né 
oe^n^eiktifâdijaittai^  à  rendre  à  TEmpereur  un  poète  iVftucéaMttfll 
importatit  que  Yiuàt  la  Féi^te  pour  Mtisfidi'e  ba  haine. 

La  ritiMitMMi  dé  cett#  petite  tiite  était  forte  étt  elle^tafêlifé ,  itudtf 
lés  ttnirMài  dé  fortificâ^tion  qui  l'etitcmrai^ùt  sAl&âsdéUt  à  |>eine 
pcHll'  f  epméser  une  attaque  éattdaiii&,  et  ééaMnt  1i6r^  d'état  de  ré" 
sfaptéi*  ioug^enips  à  un  dége  eti  règle. 

Leé  ThyoM  du  Mleil  Inrillideiit  tlepuis  plM  â'titte  hmtë  ûta!  le 
doétref  de  Péglfàe,  quândtnt  vieillard  grand  et  màîgré,  ^telèppé 
dTmie  robe  de  ehatnhre  Atitour  dé  laqd^te  était  !iKOUcIé  un  large 
céinturM ,  sotHenant  d'am  côté  une  épée,  et  un  pôiguard  de  Pantre, 
a^avança  yef  s  la  redoute,  de  la  porte  située  àtf  letant.  Sa  toque 
était  ornée  finùH  plumé,  ee  qui,  de  méifte  qu^une  quéuedere* 
ïDStif  était  mr  emblème  de  noMe^  dans  toute  FAlléittftgftc^,  eot' 
Uème  dont  bteaient  gfsaià  cas  toua  ceoi  qui  ataieut  dtdt  àt 
le  porter. 

Le  petit  détachement  qui  y  arait  été  de  gaMe  la  Mit  pi'écédeùtef, 
et  qui  atait  fourni  des  seutinelleapour  la  porte  et  des  ^datsrpoar 
les  patrouiller  à  l^èif  lérîeùf^,  prit  les  armes  en  troyant  arrhref  cet 
indiTidtr^et  dérangea  en  koff  ordre,  comme  une  troupe vqût  se  dis- 
posé à  tecêroir  avec  le^  honneurs  militaires  un  offièier  d^iibpor- 
tance.  Archîlald  Von  BagAibach,  car  c'était  lé  gorft^articur  Iw* 
même,  avait  alors  cette  physionomie  qui  ebcprime  cette  htnnW 
morose  et  bourrue  qui  accompagne  le  lever  tftrn  débauché  taKtti- 
dinaire.  Les  artères  dé  sa  tête  battaient  violemment,  il  avait  le 
pouls  fiévreux,  et  ses  joues  étaient  pâles,  symptômes  qui  anûon- 
çRÎent  que,  suivant  sa  coutume,  Û  avait  passé  la  ntrit  ptécédente 
entre  tes  veffres  et  les  flacons.  A  en  juger  d'après  la  hâte  âtecf 
laquelle  les  soldats  formèrent  leurs  rangs ,  et  d'après  le  sifenctf 
respectueux  qttr  régnah  parmi  eux^  fl  paraissait  qu'ils  étaient 
habitués  à  sa  mauvaise  humeur  en  pareille  occasion ,  et  qu'ils  fer 
redoutaient.  II  jeta  surent  un  regard  perçant  et  mécontent,  comm^ 
s^fl  eét  cbéi'cflié  sut*  qui  faire  tomber  son  bumeuf/  et  eitftf  il  *^ 
manda  où  était  ce  ch^  de  paresseux  lUIian. 

^ÏÙan  flttitra  pt^^erau  même  instant;*  Cétait  dtfhoflntted^a^^ 


iriHttlr  f  Momm,  mfml  «ae  fhynomQom  siùwtre  ^  Bair«f%i»  de  Bflltf» 
sance ,  et  remplissant  Im  fndtîoni  d'éoayer  près  d«  ki  peiMfiHé 
dngoutcraeiir. 

«^Qnriles  nooTclies  de  œ»  p«yiaiif  iUBMft^  KiMaltf  dtBMliâa 
Archibaid.  D'après  leurs  habitades  mesquines,  il  y  a  deux  betireê 
qi^ik  dernient  être  en  ronte.  Qm  mailans  s«  pefmettdfit^ls  de 
ibger  les  manlèresdetgeBtikhMunésrept^UoftiliMélftbMCeitift 
juèqu^aa  cfannl  da  ooq? 

-^  Siir  mn  firi,  cela  est  très  possible,  répondit  KSitm  ;  ear  lét 
bonif  sais  d9  Sale  lent  ont  donné  de  qnoi  ilin^  une  oi^  cofnplèui  t 

—  Quoil  ont-ils  osé  donner  l'bospitalité  à  ces  bouviers  0lûs§É§^ 
q»rès  lee  oidres  eontraspes  qne  je  lenf  avais  envoyés? 

^  Non;  ils  ne. te» ont  paatvçQB  dans  k  ville,  nuiiÉrfid  flj^tfte» 
par  ibè  espions  aftrs  y  qu'ils  leor  ont  proenré  le$  sioyeiitf  ûé  éê 
loger  à  Graf&-Lust,  et  fourni  force  jambobseï  pitéB,  fMttf  lié 
rien  £re  des  barils  de  biere^  de  flaoMs  de  via  du  Rbitt/  et  des 
beatsilks  de  liqnenrs  fortes^ 

•^  Les  Bftloîs  me  rené^ent  e^mpCg  de  letir  e<»fidtfilf ,  KWatt« 
S'imaginent-ils  que  je  doive  toujours  me  placer  entre  eux  et  le  bofi 
pUnr  dn  dncf  pour  lenr  dfvt  utile?  Ceft  gros  porcbers  em  t^opde 
ixtéftomptiliD  depois  qne  nons  avons  aoèepté  d'oui  qw^ifés  ea* 
àÊUKy  pfart5t  po«r  kttr  faille  plaisir  que  poni'nivmt^  qilé  ûOûi 
pouvions  tirer  ^  lenrs  misérables  préoetis^  N^était^tie  pal  M  tiDf 
Htm  de  fi£le,  qne  nous  avotis  été  oUîg^  de  boifo  dana  deè  ^oiM^ 
hii  tmamt  ono  piiHo,  de  peur  qn'il  ne  fût  légra  le  lendenddn? 

-Il  a  été  ba,  et  dans  des  gobelets  tenant  une  i^tite$  éêêt  tOllt 
eadoni  je  inè  sowieii*. 

^^  Imn»  ioiâi  tranqoille^  Rapprendrai  k  cebétiH  de  B&toqntf 
fin'n  Mcnne  oMigatlon  de  pareils  présens,  et  qoe  le  swvOËir 
te  vtii  qoe  je^boia  ne  durs  pas  phiê  tong-téntpa  que  1«  niai  de  iét# 
^a^il  me  laisse  ebaqne  matin  d^aii  troiê  ans,  gfâcii  attt  Arogtioo 
qui  le  frelatent. 

•^  Votre  ËxesHenee  fora  donc  un  sOjet  de  quensUë  Mtii%  kr  duc 
de  Bourgogne  et  k  vfflo  ê&  Bfile^  ied  imoiAi^  inâif60t«  (ftftiaê  é 
doaaés  à  la  dépcrta^n  sid«se? 

-•^Ottl)  mt  itia  féi/  j«  te  ferais  à  ttiohiè  qtfil  He  a'y  trotivo  Aeë 
giU0  adOte  sageft  poniif  me  donn^  de  bonnet  raisons  ^nt  le^  ptù^ 
téger«  Ohl  lés  Bâlois  ne  connaissent  pas  notre  noble  duc^  ni  le 
talent  qu'il  a  pour  châtier  les  chétifs  habitans  d'mie  tSto  fibre;  Tn 


176  CIURLES  LE  TÉMÉRiLIRE. 

peux  l^ir  direi  aussi  bien  qae qui  que  ce  sMt ,  comaiie il  tpaka  les 

^vilains  de  Liégé,  qnand  ib  Tonloreiit  raisotiner  ^. 

—  Je  le  leur  apprendrai  quand  l'occasion  s'en -présentera ,  et 
j'espère  qne  je  les  trouverai  disposés  à  cultiver  votre  honorable 
amitié. 

—  S'ils  ne  s'en  inquiètent  pas,  je  m'en  inquiète  encore  moins, 
Kilian  ;  cependant  il  me  semble  qu'un  gosier  sain  et  entier  vaut  m 
certain  prix,  quand  ce  ne  serait  que  pour  y  faire  passeï^  dnboadin 
et  de  la  bière,  pour  ne  rien  dire  des  jambons  de  Weatphalie  etdn 
vin  de  Nierenstein.  Je  te  dis  qu'un  gosier  fendu  n'est  plus  bon  à 
rien,  Kilian. 

—  Je  ferai  comprendre  à  ces  gra»  bourgeois  le  danger  qifib 
courent  et  le  besoin  qu'ils  ont  de  s'assurer  un  protecteur.  A  coup 
sûr,  je  n'en  suis  plus  à  apprendre  comment  faire  tomber  la  balle  sur 
les  genoux  de  Votre  Excellence. 

—  C'est  bien  parler.  Mais  pourquoi  ne  me  dis-tu  rien  de  ces 
Suisses?  j'aurais  cru  qu'un  vieux  routier  comme  toi  leur  aurait 
arraché  quelques  plumes  des  ailes ,  pendant  qù'ib  étaient  à  &ire 
ripaille.  «   ' 

—  Il  m'aurait  été  aussi  faxrile  de  prendre  un  porc-épic  en  eolère 
avec  la  main  nue.  J'ai  été  moi-même  reconnaître  Graffs-Lnst.  Il 
y  avait  deux  sentinelles  sur  les  murailles ,  une  antre  sur  le  pont, 
et  une  patrouille  faisant  des  rondes  dans  les  envifc^.  Il  n'y  STatt 
rien  à  faire;  sans  quoi^  connaissant  l'ancienne  querelle  de  Votre 
Excellence,  j'aurais  tiré  aile  ou  patte»  sans  qu'ils  eussaoït  jamais  sa 
qui  avait  £ait  le  coup. 

—  Eh  bien  I  ils  n'en  vaudront  qae  mieux,  la  peine  d'être  dégrais- 
sés en  arrivant.  Ik  viennent  en  grand  apparat  sans  doute,  a?ec 
tous  leurs  bijoux ,  les  chaînes  d'argent  de  (eurs  femmes,  leurs  m^ 
daiUons,  leurs  bagues  de  plomb  ou  de  cuivre.  Les  vils  goiyatsi  ib 
ne  méritent  pas  qu'un  homme  de  sang  noUe  les  débarrasse  de  lenrs 
guenilles. 

—  Il  se  trouve  quelque  chose  de  mieux  avec  «ux ,  si  mes  infor- 
mations ne  m'ont  pas  trompé.  Il  y  a  des  marchands. ... 

—  Fi  y  Kilian ,  fi  !  des  bêtes  de  spmme  de  Berne  et  de  Solem^ 
chargées  de  leurs  marchandises  .de  rebut  I  des  draps  trop  gi^ 
pour  en  faire  des.couverturesà  de  bons  chevaux,  et  des  toiles 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  177 

semblables  à  un  tissa  de  crin  .plutôt  que  de  chanvre  I  Je  les,  en 
dépouillerai  pourtant,  quand  ce  ne  serait  que  pour  vexer  ces  drôles. 
Quoi!  ils  ne  se  contentent  pas  de  vouloir  être  traités  comme  un 
peuple  indépendant,  d'envoyer  des  députations  et  des  ambassades  ; 
ils  s'imaginent  encore  que  le  privilège  des  ambassadeurs  couvrira 
Fîntroduction  de  leurs  marchandises  de  contrebande  I  ils  osent 
ainsi  insulter  le  noble  duc  de  Bourgogne ,  et  le  piller  en  mqme 
temps  I  Mais  Hagenbach  consent  à  n'être  regardé  ni  comme  che- 
valier ni  comme  gentilhomme,  s'il  les  laisse  passer  impuné- 
ment. 

—  La  chose  en  mérite  la  peine  plus  que  Votre  Excellence  ne  le 
suppose,  car  ils  ont  avec  eux  des  marchands  anglais  qui  voyagent 
sous  leur  protection. 

—  Des  marchands  anglais  !  s'écria  Archibald  les  yeux  étincelans 
de  joie  ;  des  marchands  anglais ,  Kilian  !  On  parle  du  Gathay  et 
des  Indes,  oîi  il  y  a  des  mines  d'argent,  d'or  et  de  diamans;  mais, 
foi  de  gentilhomme,  je  crois  que  ces  brutes  d'insulaires  ont  tous  les 
trésors  du  monde  dans  les  antres  de  leur  pays  de  brouillards.  Et 
la  variété  de  leurs  riches  marchandises!  Dis-moi,  Kilian,  y  a-t-il 
une  longue  suite  de  mulets?  un  train  nombreux?  Par  le  gant  de 
Notre-Dame I  je  crois  déjà  entendre  leurs  clochettes,  et  c'est  une 
musique  plus  agréable  à  mon  oreille  que  le  son  des  harpes  de  tous 
les  minnesingers  d'Heilbron. 

— Votre  Excellence  se  trompe.  Il  n'y  a  que  deux  marchands, 
a  ce  que  j'ai  appris ,  et  tout  leur  bagage  ne  forme  pas  la  charge 
d'un  mulet  ;  mais  on  dit  que  le  bagage  se  compose  de  marchandises 
dW  valeur  infinie,  de  soieries,  de  tissus  d*or  et  d'argent,  de  den- 
telles, de  fourrures,  de  perles,  de  joyaux,  de  parfums  de  l'Orient, 
et  de  bijoux  d'or  de  Venise. 

—  Extase  du  Paradis  I  s'écria  le  rapace  Hagenbach,  n'en  dis 
pas  davantage,  Kilian,  tout  cela  est  à  nous  I  sur  ma  foi,  c'est  d'eux 
que  j'ai  rêvé  deux  fois  par  semaine,  tout  le  mois  dernier.  Oui,  deux 
hommes  de  moyenne  taille,  et  même  au  dessous  ;  ayant  bonne  mine, 
le  visage  rond  et  lisse;  des  estomacs  aussi  dodus  que  des  per- 
dreaux, et  des  bourses  aussi  dodues  que  leurs  estomacs.  Ah!  que 
dis-tu  de  mon  rêve,  Kilian? 

--«J'en  dii^i  seulement  que,  pour  bien  vous  instruire,  il  aurait 
clû  vous  montrer  avec  eux  une  vingtaine  de  jeunes  géans  aussi 
"^gonreux  qu'aucun  de  leurs  compatriotes  qui  ait  jamais  gravi  un 

121 


178  GHiJlLES  Ut  TEMÉRAIBE.. 

rocher,  on  qni  ait  fait  siffler  «ne  flèche  contre  on  dunnoift^  avjec 
nn  assortiment  complet  d'épées,  d'ares,  ^e  javelines,. et  de  cea 
lourdes  pertoisanes  <jui  brisent  un  bouclier  comme  si  c'étaiit  vok 
gâteau  de  &rine  d'avoine,  et  qui  font  résonner  les  casques  comme. 
les  cloches  d'une  église. 

—  Tant  mienx,  drôle ,  tant  mieux!  s'écria  le  gouverneur  en  se: 
£N)ttant  les  mains  ;  des  colporteurs  anglais  à  piller,  desrodQmonts 
suisses  a  battre  pour  leur  donner  une  leçon  de  soumission  l  je  sai& 
que  nous  ne  pouvons  avoir  de  ces  pourceaux  de  Suisses  que  lenia 
soies  hérissées,  mais  il  est  heureux  qu'ils  nous  amènent  ces  deux 
moutons  à  tondre.  Allons ,  préparons  nos  épieux  à  sanglier  et  nos 
dseanx  de  tonte.  Holà!  lieutenant  Schonfeldt  ! 

Un  officier  s'avança. 

— Combien  d'hommes  avons*nous  ici  ? 

—  Une  soixantaine,  répondit  l'officier.  Une  vingtaine  sont  en 
fkction  de  côté  et  d'autre,  et  il  y  en  de  quarante  à  cinquante  dans 
la  caserne. 

— Qu'ils  se  mettent  tons  sous  les  armes  à  [l'instant  même  ;  mais 
écoutez-moi  ;  qu'on  ne  les  appelle  pas  au  son  du  cor  ou  de  la  trom- 
pette ;  qu'on  Içs  avertisse  de  vive  voix  de  prendre  les  ^rme&aossi 
tranquillement  que  possible,  et  de  se  rendre  ici >  à  la  porte  dû 
l'Est.  Dites  aux  drôles  qu'il  y  a  du  butin  à  faire,  et  qu'ils,  en  au- 
ront leur  part. 

— Avec  un  tel  leurre,  dit  Schonfeldt,  vous  les  feriez  mi^rcher 
sur  une  toile  d'araignée,  sans  effrayer  l'insecte  qui  l'aurait  filée. 
Je  vais  les  rassembler  sans  perdre  un  instant. 

— Je  te  dis,  Kilian,  continua  le  commandant  transporté  de  joie, 
en  s'adressant  à  son  confident ,  que  le  hasard  ne  pouvait  noas 
amener  rien  de  plus  à  propos  qu'une  pareille  escarmouche.  Leduc 
Charles  désire  faire  un  affront  aux  Suisses.  Je  ne  veux  pas  dire 
qn'il  veuille  donner  des  ordres  directs  pour  qu'on  Agisse  envers 
eux  d'une  manière  qu'on  pourrait  appeler  une  violation  de  la  foi 
publique  à  l'égard  d'une  ambassade  pacifique;  mais  le  brave  ser- 
viteur qui  épargnera  à  son  prince  le  scandale  d'june^telle  affairei 
et  donthiL  conduite  pourra  être  appelée  une  erreur  ou  une  méprise, 
«  sera  regardé,  je  t'en  réponds ,  comme  lui  ayant  rendu  un  serTice 
signalé.  Peut-être  recevra-tril  en  public  une  l%ère  réprioufode, 
jjMÔB  en  secret  le  duc  saura  quel  cas  il  doit  en  faire..  EkbienI  pour' 
^<d  re8te9»-ta  rilondeux?  Que  signifie  oeta^eist  Ingnbm?  Ti^ 


GURUS  LE  TÈVlÈkmŒ.  179 

■AnfflifMir  dewigt  mbm  mîmw»,  ^i&d  luiii»  ftt<w  à  lum 
ordres  une  ai  belle  troape  de  javcthiM? 

-^  Le»  SiOMes  ddaaei^m^  ivcetiNRtt  de  boas  cottpi,  dh  Hol^ 
nu»  je  ne  iee  cnms  pàs.  Cefendeat  je  ne  Tendrid*  pas  me  fier  si 
aTeoglém^it  aa  duc  Cbavles^  Qe'il  s<tit  diamé  di^dievd  d*a|H 
prenAro  fw  ses  Soîsses  cm  ëeé  bîett  étrfflës>  e^est  ee  qeà  esf  assez 
TTaîimwbliiMe;  smus  m  ^  esMfcife  Veire  EneelMaoe  tieat  de  me  le 
dsaaerà  enteHére,  ii  jiift  à|Mposeiiiiiità  éedésÉWfter  ceue 
csblaîte,  ii  est  heaanmàftdre  pendre  les  aessinre  de  celte  scène, 
psnrdimner  ne  eeelenr  pkts  vive  à  sen  diteveif^ 

— Boa,  boni  Je  sab  snr  ^[ttel  terrain  je  mareiie.  Lenis  de 
Fnswe  peamdt  joner  on  pa»ul  t^r^  rie»  n'est  pins  prdMiMe  ; 
mmcda  n*eBt  pas  dianle  cnrnei^eiie  mfite^éiÉénkmêt  Bonr^ 
gogne.  Mais  qae  diable  as-C»  dene  ?Ta  faâfl^  dés  gyinmoes  comme 
on  singe  fui  tient  entre  ses  ésig^anmantm  trop  <5band. 

—  Votre  Eitcdlenora  antsaft  de  sagesse  qae  de  eenrâge,  et  il 
ne  me  conirient  pas  de  erM^er  ses  desseins.  Haïs  cette  ambas- 
sade pneiâqae',  ces  marcfasnds  augliris!  SI  Cinvles  bit  la  gaerre 
àLonîs,  comme  le  bruit  en  court,  ce  qu'il  doit  le  plus  désirer, 
c^est  la  neutralité  de  la  Suisse,  etP^ssistance  de  PAuglteterre,  dont 
le  roi  tra^Ferse  la  mer  à  la  tête  d^e  grande  armée.  Chr,  rsire  Ar- 
cUbidè  Von  Hage^^cb,  il  est  poasB^  que  ce  que  tous  allez  fiiire 
oeimttin  dëeide  les  Cantons  Confédérés  à  prendre  kb  armes  contre 
Charles ,  et  lui  donne  pour  ennemk  tes  Anglais  qui  sont  ses 

m». 

—Je  m'ton  soucie  fort  peu.  le  coilnais  rhumeur  du  duc.  Lui  qui 
est  lemttîtredJè  tant  de  belles  provkices,  s^il- consent  à  les  risquer 
p«nr  fidre  un  coup  de  têfie^  que  dc(it  fcire  Arcbibald  Von  Hagen« 
bach,  qui  n'a  pas  un  pouce  de  terre  à  perdre  ? 

— Mais  vous  atez  votre  tie,  Monseignenr. 

--Oui,  n»  vie;  un  miséraWte  droit  ^exister  que  j^ai  été  prêt  à 
hasarder  tous  les  jours  pour  quelques  doUards  ou  pour  quelques 
hreateer»!  EtermsHtt  quefhésitieraiàVaventurer  pour  des  don* 
Mens,  pour  des  marchandises  de  l'Orient,  pour  des  bijoux  d'or  de 
yeittSe?'Nbn,  K3Kan,  non-;  ilfHBtse«AiHg«r  ees  A^lais^H  poids  de 
lears  balles^  pour  qi^  Arcbibald  Yen  flagenbadl  puisse  boire  utr 
vin  plus'généiQus?  que  leur  piquette  Ae  la  MMeAIu  ,  et  porter  dtt* 
IvoeardavKen'da  œvétottrsrftpé;  Il'n'est  m^epsfs  moins  siéces- 

la. 


1«0  GHARLBS  LE  TÉMÉRAIRE/ 

saire  que  Ulian  ait  an  jastaacorps  neaf  plos  brillant,  et  oneiioane 
de  ducats  suspendue  à  sa  eeinture. 

—  Sur  ma  foi,  ce  dernier  argument  désarme  tous  mes  scru- 
pules, et  je  renonce  à  mes  objections,  car  il  ne  m'appartient  pas 
d'être  d'un  antre  avis  que  Votre  Ezcellenee. 

—  Eu  besogne  donci  Mais  un  moment;  il  faut  d'abord  mettre 
l'Église  de  notre  bord.  Le  prêtre  de  Saint- Paul  a  eu  dé  l'humeur 
depuis  quelque  temps  ;  il  a  dit  d'étranges  choses  dans  sa  chaire  : 
il  a  parié  de  nous ,  comme  si  nous  n'étions  guère  que  des  bandits 
et  des  pillards  ;  il  a  même  en  deux  fois  l'insolence  de  me  doniier 
an  avertissement ,  comme  il  l'appelle,  en  termes  fort  audacieux. 
Le  mieux  serait  de  fendre  la  tête  chauve  de  ce  matin  grondeur; 
mais  comme  le  duc  pourrait  le  prendre  en  mauvaise  paf  t,  le  parti 
le  plus  sage  est  de  lui  jeter  un  os  à  ronger, 

—  Ce  peut  être  un  ennemi  dangereux,  dit  l'écnyer  Inx^ant  la 
tête  ;  il  a  beaucoup  d'influence  sar  l'esprit  du  peuple. 

—  Bon,  boul  je  sais  comment  désarmer  ce  crâne  tonsuré. 
Qu'on  me  l'envoie,  qu'on  lui  dise  de  venir  me  parler  ici.  Ebatten* 
dant ,  que  toutes  nos  forces  soient  sous  les  armes;  que  la  redoute 
et  la  barrière  soient  garnies  d'archers  ;  qu'on  en  place  d'autres 
dans  les  maisons  de  chaque  coté  de  la  rue  ;  qu'on  la  barricade  avec 
des  chariots  bien  enchâssés  ensemble ,  mais  comme  par  l'effet  da 
hasard ,  qu'on  place  une  troupe  de  gaillards  déterminés  dedans 
et  derrière  ces  chariots.  Aussitôt  que  les  marchands  et  les  mulets 
seront  entrés,  car  c'est  le  point  principal,  qu'on  lève  le  pont-levis, 
qu'on  baisse  la  herse,  et  qu'on  envoie  une  volée  de  flèches  àceox 
qui  seront  en  dehors ,  s'ils  font  les  mutins.  Enfin ,  qu'on  désarme 
et  qu'on  arrête  ceux  qui  seront  entrés  dansr  la  ville.  Et  alors  » 
Kîlian 

— Et  alors,  dit  l'écuyei^,  en  vraies  compagnies  franches,  nous 
enfoncerons  nos  mains  jusqu'au  poignet  dans  les  valises  des  An* 
glais. 

.  —  Et  comme  de  joyeux  chasseurs,  nos  brasjusqa'au  coude  dans 
le  sang  des  Suisses. 

—  Ils  feront  bonne  contenance ,  quoi  qu'il  en  soit.  Ils  ont  à  leur 
tête  ce  Donnerhugel,  dont  nous  avons  entendu  parler,  et  qu'on  a 
samommé  le  Jeune  Ours  de  Berne;  ils  se  défendront  bien. 

—  Tant  mieux  :  aimerais-tu  mieux  tuer  des  moutons  qae  de 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  181 

ehasser  des  lonps  7  Fi ,  Kilian  1  ta  n'étais  pas  lud>itiié  à  avoir  tant 
de  scrupules. 

—  Je  n'en  ai  pas  le  moindre.  Mais  ces  pertnisanes  et  ces  épëes 
à  denx  mains  des  Suisses  ne  sont  pas  des  jouets  d'enfans.  Et  si 
TOUS  employez  tonte  la  garnison  à  cette  attaque ,  à  qui  Votre  Ex- 
cellence confiera-t-eUe  la  défense  des  autres  portes  et  de  toute  la 
drconfiérence  des  murailles? 

-—Ferme  les  portes  »  tire  les  Terrons,  place  les  chaînés  *  et  ap- 
porte-moi les  clés  ici.  Personne  ne  sortira  de  la  ville  avant  que 
cette  affaire  soit  terminée.  Fais  prendre  les  armes  an  nombre  de 
bourgeois  nécessaire  pour  garder  les  murailles ,  et  qu'ils  aient 
soin  de  bien  s'en  acquitter ,  ou  je  prononcerai  contre  eux  une 
amende  qne  je  saurai  leur  fidre  payer. 

—  Ils  murmureront.  Ils  disent  que ,  n'étant  pas  sujets  du  âuc, 
qnoique  la  ville  lui  ait  été  donnée  en  gage ,  ib  ne  Ini  doivent  aucun 
service  militaire. 

—  Ils  en  ont  menti ,  les  lâches  coquins!  s'écria  Archibald.  Si  je 
ne  les  ai  guère  employés  jusqu'ici ,  c'est  parce  que  je  méprise  leur 
aide;  et  je  n'y  aurais  pas  recours  en  ce  moment ,  s'il  s'âgi^sait 
d'un  service  plus  sérieux  qne  de  monter  une  garde  et  de  re« 
garder  droit  devant  soi.  Qu'ils  songent  à  m'obéir ,  s'ils  ont  quel- 
que égard  pour  leurs  biens,  pour  leurs  personnes  et  pour  leurs 
badlles. 

—  J'ai  vn  le  médiant  dans  sa  puissance  fleurir  comme  le  laurier, 
unis  qnand  je  suis  revenu,  il  n'existait  plus  ;  je  l'ai  cherché  et  je 
ae  M  pas  trouvé ,  dit  nue  voix  forle  derrière  lui ,  en  prononçant 
aree  emphase  ces  paroles  de  la  sainte  Écriture. 

Archibald  Von  Hagenbaeh  se  tourna  brusquement ,  et  rencontra 
le  regard  sombre  et  sinistre  du  prêtre  de  Saint-Paul ,  portant  le 
costume  de  son  ordre. 

— Nons  sommes  en  affaires,  mon  père ,  et  nous  vons écouterons 
smnpnner  une  autre  fois. 

—  Je  viens  ici  par  votre  ordre ,  sire  gouverneur ,  sans  quoi  je 
ne  m'y  serais  pas  présenté  pour  sermonner ,  comme  vous  le  dites, 
sans  aucune  utilité. 

—  Ah  !  pardon ,  révérend  père ,  s'écria  Hagenbaeh  ;  oui ,  je  vous 
ai  envoyé  chercher  ponr  vous  demander  vos  prières,  et  votre  inter^ 
cession  auprès  de  Notre-Dame  et  de  saint  Paul  pour  obtenir  leur 
protection  dans  une  affaire  qu'il  est  vraisemblable  que  nous  allonfr 


avoir  ce  nuitîii,  et  49ins  UiqnfiUe^  i9.pr6roi»,  cjonme  ifctto  JUmi- 

bardy  fvéa  diguadagno^. 

-**  Sire  coaTi9c»oiiPf  n^Qdil^leiN(âtM4'«ta. ton  calme»  j'espère 
que  YOUA  n'oublies^  V^^^  Qiitmmdf  &  saittl»  ada^is  dam  le  séjour  de 
Ugloire»aapoi»td'appeleclei«rt>éiiadîalimsardes«xi^loi^ 
ceux  dom  Yoas  tous  dUs  QPaapé  trop  souveâlt  depua  volreaniyée 
ici  f  éyènement  qui ,  par  lui-même ,  était  un  sigiie  de  la  colère  di* 
Yina*  *you«  me  pemiMUraa  même  d'ajont^r,  tout  kwable  que  je 
fiuisy  que  la  déoeuce  anvail;  dA  voua  empêcher  de  proposer  à» 
senriteqr  de»  autels  de  faire  des  pdirea  pour  le  aueoèe  da  i^ol  et 
du  pillage. 

-—Je  Tonaeoimweiiday  mon  pàre^  et  je  irais  Tsua  le  prouver. 
Tant  que  vous  êtes  sujet  du  dna»  ^ens  dever»  par  ente  das  foll^ 
tiens  que  voaa  rempUseez»  pixer  pcwr  qu'il révesû^ deaa  toutes 
.aes  entreiurjsea  eondaitea  avec  jualîoe.  •  Yoas  reowmaîsaea  eetie 
vérité  9  je  le  vois  à  la  manière  dont  yous  inclinée  votre  Aêle  véné- 
rable. ShliieafJ  jeMraiwuinîaoBMble^queveae  Kêtes»  Hbus  dé- 
sirons Tiiaer^eeei^ii  deasaûMeft  h  vâiie,  vbimlMrpiciiaLOE^^ 
dans  une  affeôre  àleqnetteiil  Ciiit  aeriver  pur  on  chemin  un  p« 
détgnnié ,  imi  afiuae  dmala  mitwe  ealm  peu  éq^voqM9.8Lvom 
le  voidez;  maja €rogrez*<voae  fae  bsua  noua  imaghiienft  qaa  mm 
avons  le  droii  de  vous  dmmier|.avim  qn/&  ema»  tant  de  peimet 
d'embarras  sans  aucune  marque  de  reconnaissance?  non  sûremmt* 
•r«  fais  donc  le  vmuiSolemMl  qnei»  aklaiDrimm  mfest  faveraUe  ce 
matin,  saîftt  Paul;  aura  na  déranft  dfauMly  H,  un  bassâadfargmt 
fkia ou moina goand .smvanftfae nacm botin le. penMsltmi;  ^^ 
Dame ,  une  pièce  de  satioi  pour  une  robe^  et  un  ooUiert  de  p^ 
pour  les  je«rs  de  fête  ;  et  voua^  révérend  père,  mm  ^gtais^  ^^ 
pièces  d'ord'>A3igletecrepoitr  iMmaréeempMsm^d'idveii^agi 
entremetteur  entre  les  saints  et  nous,  nous.rec^nimimmi^iB^^'^ 
de  négocier  dîreetmpflnt  avec  enx  est*  notre  persoMie  peaiki|^  'j'\ 
maintenant,  sire  prêtre/  nous  entendonstnona?  Pmdev» car je^aei 
pas  de  temps,  à  pwih^e.  Jfe  sais  parCmtemmit  ee^  qtft  veM  paa^  f  ^ 
moi.;  maie^vona  voye«  que>  après  Uwt ,  le  diable  rfeat^pae.tw*'*' 
fait  aussi  noir  qu'on  le  représente. 

-T-  Si  mus  noua  eatendon»  l'ua  rawtre?  répéta  le  ptitti^  de 
Saînt-Panl ,  hélas  I  non  ;  et  je  eraîss  Uen  qne  noaa.nfi  noeaiB*^ 

•  •    • 

Sb.nKb«ilièga9fer* 


muâSM  lE  fÊitÊkÈÊm.  ^i 

iiflM  JHÉiiiis.  WVa-tii  jfimêh  oitf  ks  pair^ks  iiêféMffits  pat*  le  sàSftt 
«nuite  Bepchtold  d'Oéringeii  à  riliiplacable  téiat  Agnès  »  qui  avtf  t 
vngé  avec  tme  sévérité  Â  lei^riMe  VwÊmAot  4e  Mm  père,  Pem- 
fOPtaat  AJhiait? 

-^  Non,  aor  ma  foi  ;  je  n'ai  étncKé  «6  lea  ébroiulqnes  des  èmpe- 
leorsy  ni  les  légenèos  dea  emfite»«  G^st  pourquoi ,  sire  piètre,  si 
ma  proposition  ne  vous  convient  pas,  n'en  parlons  plas.  Je  ne  siiia 
pashabitaé  à- prier  qu'on  veuille  bien  accepter  mes  faveur  A ,  nia 
avoir  affaire  à  des  prêtres  qui  ont  besoin  d'être  pressés  quand  on 
leur  of&e  an  présent. 

—  Ecoutez  pourtant  les  paroles  dé  ce  ^aint  homme,  sire  gou- 
verneur. Le  temps  peut  venir,  et  cela  avant  peu,  où  vous  en- 
tendriez bien  volontiers  ce  que  vous  rejetez  maintenant  avec 
mépris. 

—  Parle  donc,  mais  sois  bref;  et  sache  que,  quoique  tu  puisses 
éSrsLjer  ou.  cajoler  la  canaillCi  tu  parles  en  ce  moment  à  un  homme 
ferme  dans  ses  résolutions  i  et  que  toute  ton  éloquence  ne  peut 
ébranler. 

—  Apprends  donc  qu'Agnès,  fille  d'Albert  assasûnét  apr^s 
avoir  versédes  flots  de  sang  pwr  venger  le  meurtre  de  son  père, 
fonda  enfin  la  riche  abbaye  de  Kœnigsfeldt  ;  et  pour  donner  à^  ee 
monastère  jdua  de  droit  à  un  renom  de  sainteté»  elle  fit  elle-même 
aa  pèlerinage  à  la  cellule  du  saia4  ermite^  et  le  pria  d'honorer  son 
abbaye  en  y  fixant  sa  résidence.  Mais  queilie  fut  la  réponse  de  l'a- 
aaabarète?  —  Retîre-toi,  femmo  im^  ;  Dieu  ne  veut  pas  être 
seni  par  des  mains  sanglantes,  et  il  rejette  les  dona  qui  sont  le 
Mtdê  la  violence  et  du  pillage.  Le  Tout-Puiss^t  aime  la  meret , 
b  justice  et  l'humanité,  et  il  ne  veut  avoir  pour*  adorateurs  que 
«eot  qui  pratifoent  ces  vertus  I  Et  maintenant»  Arahibald  Yon 
Hagenbach ,  tu  as  été  averti  une  fois,  deux  fois,  trois  fois.  Vis 
donc  comme  un  homme  cimtre  qui  une  sentence  de  condamnation 
â  été  prononcée ,  et  ^  d<»t  ^'attendre  à  la  voir  mettre  k  exé- 
Mion. 

Après  9cwiAT  prononcé  ces  mdts  av^e  l'air  et  le  Ion'  de  la  menace» 
kprêtre  deSaint-Paul  tourna  le  dos  au  gouverneur /et  se  retira.  Le 
premier  monvtaietit  d'Arehîbald  (ht  d'ordonner  qu'on  l'arrêtât; 
MEÔs'se  raillant  lea  suiteâ  sérieuses  que  pouvait  avoir  un  acte  de 
violence «xer ce  contre  un  membre  du  clergé,  il  le  laissa  p$rlir  evt 
|ia.i  sadiam  qu'un»  twmtîve  de  iienteanoe  aetfiBktane  iSmérité 


184  .  CilAAtEfi  LÉ  tÉHÉRAIRË. 

impinâeiite  ^  attendu  ]a  haine.qn'il  avait  inspirée  aux  habitans.  H 
demanda  donc  une  large  coupe  de  vin  de  Bourgogne  qu'il  vida  jus- 
qu'à la  dernière  goutte,  commepour  ensevelir  en  même  t69ip9  son 
ressentiment  dans  son  sein.  Il  venait  de  rendre  la  coupe  à  Kilian^ 
quand  le  soldat  qui  était  de  garde  au  haut  de  la.  tour  sonna  du  cor^ 
signal  qui  annonçait  l'arrivée  de  quelques  étrangers  à  la  porte  de 
b  ville. 


CHAPITRE  XlV. 


Avant  de  me  toamettre  kevi  affiront,  il  feat 
Qa'on  ait  mit  mon  coara^e  et  ma  force  en  déf«at« 

SaAKarKA&a. 


-^  Gb  cor  a  sonné  bien  feiblement,  dit  Archibald  Voi^  Hagen- 
baeli  en  montant  sur  les  rempart^  d'où  il  pouvait  voir  ce  qui  se 
passait  de  l'autre  côté  de  la  porte.  Eh  bien!  Kilian,  qui  nous 
arrive? 

Le  fidèle  écoyer  accourait  à  lui  pour  lui  porter  la  nouvelle. 

—  Deux  hommes  avec  un  mulet ,  Votre  Excellence.  Des  mar- 
chands ,  à  ce  que  je  présutne. 

—  Marchands!  Morbleu ,  drôle  »  tu  veux  dire  des  porte*balles. 
A-t-on  jamais  entendu  parler  de  marchands  anglais  p  voyageant  à 
pied ,  sans  plus  de  bagage  qu'il  n'en  faut  pour  charger  tiû  midet? 
Ce  sont  des  mendians  bohémiens ,  ou  de  ces  gens  que  les  Français 
nomment  Ecossais.  Les  misérables!  leur  estomac  sera  aussi  vide 
en  cette  ville  que  le  Sont  leurs  bourses.  . 

—  Que  Votre  Excellence  ne  juge  pas  trop  à  la  hfite  ;  de  petites 
valises  peuvent  contenir  des  objets  de  grand  prix.  Mais  qu'ils 
soient  riches  ou  pauvres  ^  ce  sont  nos  gens;  du  moins  ils  répon- 
dent au  signalement  qu'on  m'en  a  fait.  Le  plus  âgé,  d'assez  bonne 
taille,  visage  basané^  paraissant  avoir  environ  cinquante-cinq  ans, 
et  barbe  grisonnante;  le  plus  jeune  environ  vingt-deux  ans ,  taille 
plus  grande  que  son  compagnon,  bien  bit,  moustaches*  brun-elair» 
point  de  barbe  au  menton. 

'-*•  Qu'on  les  base  entrer,  dit  le  gouyerneur  en  se  préparant  à 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  m 

descendre  do  rempart  /et  qa'on  les  amène  dans  ItifoUei^kammer^ 
de  la  douane. 

Il  se  rendit  lui-même  sur-le-champ  dans  le  lieu  désigné.  C'était 
un  appartement  sitaé  dans  la  grande  tour  qui  défendait  la  porte  de 
TEsty  et  dans  lequel  étaient  déposés  divers  instrumens  de  tor« 
tore,  dont  le  gouverneur,  aussi  cruel  que  rapace,  faisait  usage 
contre  les  prisonniers  dontil  voulait  tirer  du  butin  on  des  informa- 
tions, n  entra  dans  cette  chambre  dans  laquelle  un  demi-jour  seu- 
lement pouvait  pénétrer,  et  qui  était  couverte  d'un  toit  gothique 
très  élevé  qu'on  ne  voyait  qu'imparfaitement,  mais  crà  étaient  sus- 
pendues des  cordes  dont  le  bout  se  terminait  par  un  nœud  cou* 
lant,  et  qui  étaient  en  rapport  effrayant  avec  divers  instrumens  de 
fer  rouillé  ^  attachés  le  long  des  murs,  on  jetés  çà  et  là  sur  le 
plancher. 

Un  faible  rayon  de  lumière,  pénétrant  à  trfivers  une  des  bar» 
iMcanes  qai  formaient  les  seules  croisées  de  cet  appartement,  tôm* 
liait  sur  un  homme  de  haute  taille>  à  visage  basané,  assis  dans  ce 
qm  aurait  été,  sans  cet  éclair  de  clarté,  un  coin  obscur  de  cette 
chambre.  Il  portait  un  costume  de  drap  écarlate,  avait  la  tête  nue, 
et  couverte  d'une  forêt  de  cheveux  noirs  que  le  temps  comment 
çait  à  blanchir.  Il  était  occupé  à  fourbir  un  sabre  à  deux  mains  ^ 
dW  forme  particuUère,  et  dont  la  lame  était  plus  large  et  beau- 
coup plus  courte  que  celle  des  armes  de  même  espèce  dont  se  ser^ 
raient  les  Suisses ,  comme  nous  l'avons  dit.  Sa  tâche  absorbait 
UUement  toutes  ses  idées,  qu'il  tressaillit  quand  la  porte  pesante 
^OQ^t  en  criant  sur  ses  gonds.  Son  sabre  lui  échappa  des  main8> 
et  tomba  sur  le  carreau  avec  grand  bruit. 

-Ah  !  ScharfgerUhUr^ ^  dit  le  gouverneur  en  entrant,  tu  te 
prépares  à  remplir  tes  fonctions  P 

—  Il  conviendrait  mal  au  serviteur  de  Votre  Excellence  d'être 
trouvé  sans  y  êbre  prêt.  Mais  le  prisonnier  n'est  pas  loin ,  à  en  ju- 
ger par  la  chute  de  mon  sabre,  ce  qui  annonce  toujours  la  présence 
de  celui  qui  doit  en  sentir  le  tranchant. 

—  Il  est' vrai  que  les  prisonniers  ne  sont  pas  loin ,  Francis  ; 
nais  ton  présage  t'a  trompé.  Ce  sont  des  misérables  pour  qui 
mie  bonne  corde  suffira,  car  ton  sabre  n'a  soif  que  de  sang 
noble. 

V 

X*  Chambre  de  tortare. 

>.  Biécutenr  dm  baatM-ceinrrtt* 


—  Tant  «in  poiur  fn^m  $tàimm)w;zl  fesgémê  fm  Véme 

Excellence,  qui  a  toujours  été  pour  moi  un  bon  nudtw^AHilfuÉfMte 
4einoî  aqoiiri'bui  un  noble* 

—  Unnoble  J.a6"tu  perdu  T^^ii?  Toi  noble  i 
•^Etpourçopi  non,  8ÎreArciiibald|yoaIfa^^b{Mà?  Je  onés 

fae  le  nom  de  Francis  Steînecnher«  Feu  Bkii?afiker^^  >étgbt  bîen 
et  légitwnementijagné,  convient  àla  noblesse  tout  ausai  bîei»  q«'im 
antre.  Ne  me  regardez  fêAsmceet  air  sori^ris»  Quand  un  hoaune 
de  ma  prcrfèssioa  a  rempli  ses  fimctioas  à  l'égard  de  nauf  tnâivÂdœ 
de  noble  naissance,  avec  la  même  arme»  et  sans  donioer  fim  d'un 
coup  à  chaque  patient^  n'a-tril  pas  droit  à  une  exemptim  de  taostes 
taxes  et  à  des  lettres  de  noblesse  ? 

—  La  loi  le  dit  ainsi  ;  mais  c'est  plutôt  par  dérisîon  que  sÀHwH- 
sement ,  je  crois ,  car  on  n'a  jamais  vu  personne  en  réclaatfr  l'âf - 
plioatiop.    , 

—  Gela  n'en  sera  que  plus  glorieux  pour  eelni  qtfi  sora  le  pvif- 
mier  à  demander  lés  honneurs  dus  à  un  âabce  bien  affilé  el»  «  uH 
poignet  vigoureux  et  adroit.  Moi,  Francis  Steinernherx ,  je  seiai 
le  premier  noble  de  ma  profession,  quand  j'aurai  dépêché  eaeiNPe 
un  chevalier  de  l'Empire* 

-*-  Tu  as  toujours  été  à  mon  service ,  n'estnl  pas  vrai? 

—  Sous  quel  autre  mautre.anrais»je  trouvé  l'avantage  de  poavdr 
sn'entretenir  la  main  par  une  pratique  si  constante?  J'aiexiéeuté 
vos  sentences  de  condamnation  depuis  qne  je  suis  en  ^t  de  mmiier 
les  verges ,  de  lever  une  barre  de  fer  ^  et  de  brandir  cette  attne 
fidèle.  Qui  peut  dire  que  j'aie  jamais  manqué  ma  besc^e dupro- 
mier  coup  ;  que  j'aie  été  une  eeule  fois  obligé  d'en  frappet  oa»  ao- 
cond?  Tristan  de  l'Hospital  et  ses  famena  %ideS|  Petit- André  et 

Trois-Eschelles  ^ ,  ne  sont  que  novices  companés  à  moi  dans  le  nuh 
niement  du  noble  sabre  ;  cari  morbleu  I  qm^nl  au  poignard  "et  à  la 
corde,  qu'on  emploie  dans  les  camps  et  en  campagne  y  je  seiw 
honteux  de  descendre  à  leur  niveau  $  ces  exploit»- la*  ne' sont  pas 
dignes  d'un  chrétien  qui  veut  s'éle^i^  aux  honneurs  de  la  ne^ 
blesse. 

—  Tu  es  un  drôle  qui  ne  manque  pas  d'adresse ,  je  ne  le  meni 
pas.  Mais  il  n'est  pas  possible  »  je  l'espère  d|i  moins  ^  qu0»  tandis 
que  le  sang  noble  devient  rare  dans  le  pays,  et  que  des  manans 

X.  François  Comr-dfl-Piem  de  Champ>de«Sang.  u.  - 

a.  Fameux  penoona^es  ijai  joaent  un  rdle  du»  le  Qit0iUm  DwwndétMÎt  Walter  Sfiott. 


0r<iieQlaiix  T^idf  itf  djoniner  aw  les  fibeyaliers  €t  lea  barons  »  j'en 
aie  £at  répandre  mai  aeml  une  si  graade  ipunuté. 

— Je  vais  faire  à  Votre  Excellence  réniimératiûn  de  mes  pa- 
dénis ,  par  lenrs  noms  et  qualités»  dit  Francis ,  prenant  on  roalean 
de  parchemin,  et  accompagnant  sa  lecture  d'un  commentaire. 
1^  Le  comte  Guillaume  d'Elyershoe  :  ce  fut  mon  coup  dressai. 
Channant  jeune  homme,  et  qui  mourut  en  excellent  chrétien. 

— Je  m'en  sonyiens,  il  avait  fait  la  cour  à  ma  maîtresse. 

— n  mourut  le  jpur  de  saint  Jude»  Tan  de  grâc^  1455. 

~- Continue  9  mais  dispense-toi  des  dates. 

—  Sire  Miles  de  Stockenbourg. 

—  Il  avait  volé  mes  bestiaux. 
— Sire  Louis  de  RiesenCeldU 

— >I1  faisaitFamonr  àma femme* 

—  Les  trois  inng-herm  ^  de  Lammerbourg.  Vous  avez  lût 
perdre  aa  comte  y  leur  père,  tous  ses  enfians  en  un  seul  jour. 

— Et  il  m'a  fait  perdre  toutes  mes  terres;  partant  c'est  on 
compte  réglé. — Tu  n'as  pas  .besoin  d'en  dbe  davantage;  j^'admets 
l'exactitude  de  ton  compte ,  quoiqu'il  soit  écrit  en  lettres  un  peu 
rouges.  Mais  jie  ne  comptais  ces  trois  jeunes  gens  que  pour  une 
exécution. 

— Yùtre  Excellence  me  faisait  grand  tort ,  il  m'en  a  coûté  trois 
bons  conp6>  de  mon  bon  sabre. 

— A  la  bonne  heure,  et  qu^  leurs  âmes  soient  avec  Dieu  i  Mais 
il  but  que  ton  anibition  dorme  encore  quelque  temps ,  Schart- 
geridkter^  car  ce  qjuinous  arrive  aujourd'hui  n'est  bon  que  poiùr 
le  cachot  ou  la  carde,  peut»  être  un  tantinet  de  torture  ;  il  n'y 
a  pas  d'honneur  à  acquérir. 

—  Tant  pis  pour  moi  I  j'avais  certainement  rêvé  que  Votre  Ex- 
cellence devait  me  rendre  noble  aujourd'hui.  Et  puis  la  chute  de 
meo  sabre.... 

—  Bois  un  flacon  de  vin  i  et  oublie  tes  augures. 

—  Avec  votre  permission  »  je  n'en* ferai  rien.  Boire  avant  midi, 
ce  serait  risquer  de  me  rendre  la  main  moins  sûre. 

-*-Eh  bien!  garde  le  silence ,  et  songe. à  ton  devoir. 

Francis  prit  son  sabre ,  m  essuya  la  lame  avec  un  soin  révéren- 
cieux,  se  retira  dans  un  coin  de  la  chambre,  et  y  resta  debout, 
les  deux  mains  appuyées  sur  la  poigfiée  de  l'arme  fatate. 


lés  Charles  le  téméraire. 

Pfefiqne  au  même  instant ,  KiHan  arriva,  à  la  tête  de  six  sol- 
dats,  conduisant  les  deox  Philipson  auxquels  on  avait  lié  les  mains 
avec  des  cordes. 

—  Approchez -moi  une  chaise,  dit  le  gouYemeor;  et  il  s'assit 
gravement  devant  une  table  sur  laquelle  était  placé  tout  ce  qu'il 
Dallait  pour  écrire.  Qui  sont  ces  deux  hommes ,  Kilian ,  et  pourquoi 
sont-ils  garottés? 

—  S'il  plaît  i  Votre  Excellenee,  dit  Kilian  avec  un  air  de  pro- 
fond respect  tout  diflérent  du  ton  presqi;ie  fflontlier  avec  lequel  il 
parlait  à  son  maître  quand  ils  étaient  tète  à  tête ,  nous  avions  cru 
convenable  que  oes  deux  étrangers  ne  parussent  pas  aimés  en 
votre  présence  ;  et  quand  nous  les  avons  requis  de  nous'  remettre 
leurs  armes  à  la  porte,  comme  c'est  l'usage  eh  cette  place,  ce  jeune 
homme  a  iait  résistance.  Je  conviens  pourtant  qu'à  Tordre  de  son 
père  il  a  rendu  son  arme. 

—  Gela  est  buxi  s'écria  Arthur  ;  mais  Philipson  lui  fit  signe  de 
garder  le  silence ,  et  il  obéit  sur-le-champ. 

—  Noble  seigneur,  dit  le  père ,  nous  sommes  étrangers ,  et  nous 
ne  pouvons  connaître  les  règlemensde  cette  citadelle;  nous  sommes 
Anglais ,  et  par  conséquent  peu  accoutumés  à  souffrir  une  insnlte 
personnelle;  nous  espérons  donc  que  vous  nous  trouverez  excu- 
sables, quand  vous  saurez  que  nous  nous  sommes  vus  rudement 
saisis  à  l'improviste,  nous  ne  savions  par  qui.  Mon  fils ,  qui  est 
jeune  et  irréfléchi,  porta  la  main  à  son  épée,  mais  il  ne  songea 
plus  à  se  défendre ,  au  premier  signe  que  je  lui  fis,  et  »  bien  loin 
d'en  frapper  un  seul  coup,  il  ne  la  fit  pas  même  entièrement  sortir 
du  fourreau.  Quant  à  moi,  je  suis  marchand,  accoutumé  à  me 
soumettre  aux  lois  et  coutumes  des  pays  dans  lesquels  je  fiiis  mon 
commerce.  Je  sois  sur  le  territoire  du  duc  de  Bourgogne ,  et  je 
sais  que  ses  lois  et  règlemens  ne  peuvent  être  que  justes  et  raison- 
nables. Il  est  l'allié  puissant  et  fidèle  de  F  Angleterre,  et  quand  je 
me  trouve  à  l'ombre  de  sa  bannière ,  je  ne  crains  rien. 

—  Hem  !  hem  !  dit  Hagenbach ,  un  peu  déconcerté  par  le  sang- 
froid  de  l'Anglais,  et  se  rappelant  peut-être  que  Charles  de  Bour- 
gogne, à  moins  que  ses  passions  ne  fussent  excitées,  comme  c'était 
le  cas  à  l'égard  des  Suisses,  qu'il  détestait,  désirait  avoir  la  réputa- 
tion d'un  prince  juste,  quoique  sévère;  ce  sont  de  bonnes  paroles^ 
mais  elles  ne  peuvent  justifier  de  mauvaises  actions.  Vous  avez 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  189 

tii^  l'ëpëe  tB  rébellion  olmtre  lea  soldats  du  dae»  tandis  qu'ils 
exécataient  leur  consig^ne. 

— Sûrement  9  noble  seigaenr,  répondit  Philipson»  c'est  inter- 
préter Jbien  sévèrement  une  action  toute  naturelle.  Mais,  en  un  mot» 
si  vous  êtes  iiisposé'à  la  rigueur»  le  fait  d'avoir  tiré  i'épée/ou , 
pour- mieux  dire,  d'aveir  fait  un  -geste  pour  la  tker ,  dans  une 
ville  de  garnism ,  n'est  punissable  que  par  une  amende  pécu* 
niaire ,  et  nous  somuies  disposés  à  la  payer,  si  telle  est  votre  va* 
lonté. 

— Sur  ma  foi,  dit  Kilian  à  l'exécuteur  des  hautes*œuvresy  à 
coté  duquel  il  s'était  placé  un  peu  à  part  des  autres ,  voilà  un  sot 
mouton ,  qui  offre  volontairement  sa  toison  pour  qu'on  la  tonde. 

— Je  doute  qu'elle  serve  de  rançon  à  son  cou,  sire  éeuyer,  ré* 
pondit  Francis  Steinernherz  ;  car  j'ai  rêvé  la  nuit  dernière»  voyez- 
vous,  que  notre  maitre  me  faisait  noble,  et  la  chute  de  mon 
sabre  m'a  appris  que  c'est  cet  homme  qui  doit  m'élever  à  la  no- 
blesse^ Il  faut  qu'il  donne  aujourd'hui  même  de  l'occupation  à  mon 
bon  sabre. 

-^Comment,  fou  ambitieux!  cet  homme  n'est  pas  nobte;  ce 
n*est  qu'un  colporteur;  rien  de  plus  qu'un  bourgeois  anglais. 

—Tu  te  trompes,  sire  écuyer.  Tu  n'as  jamais  fixé  les  yeux  sur 
les  bommes  qui  sont  prêts  à  mourir. 

--Tu  crois  cela?  N'ai  je  donc  pas  été  présent  à  cinq  batailles 
rangées,  sans  compter  des  escarmouches  et  des  embuscades  in- 
nombrables? 

—Ce  n'est  pas  là  l'épreuve  du  courage.  Tous  les  hommes  com- 
battront quand  ils  se  trouveront  rangés  les  uns  en  face  des  autres. 
Lesplos  misérables  roquets,  les  coqs  élevés  sur  le  famier,  en  fe« 
roiit  tout  autant.  Mais  celui-là  est  brave  et  noble ,  qui  peut  regar?  ' 
derteblocet  Péchafaud,  le  prêtre  qui  lui  donne  l'absolution,  et 
Texécuteur  dont  le  bon  sabre  va  l'abattre  dans  toute  sa  force, 
comme  il  regarderait  la  chose  la  plus  indifférente;  et  l'homme 
qne  tu  vois  est  de  cette  trempe.  . 

--A  la  bonne  heure,  Francis;  mais  cet  hoiume  n'a  pas  sous 
les  yeux  un  appareil  si  formidable.  U  ne  voit  que  noire  illustre 
maître  Ardùbatd  Von  Hagenbach. 

—  Et  celui  qui  voit  Arcbibald  Yen  Hagenbaoh ,  si  c'est  un 
homme  de  boft  sens  et  de  discernement ,  comme,  .celiuh'çy'esl  i)a* 
dabitablement^  ne  voit-il  pas  l'exécuteur  et  son  sabre?  Assuré? 


19»  CÊUOâaS^lX  VÊS^IÊRAUHÊL 

ment  eeprisonspier  )•  sentr  trè^  bien ,  et  te  cah&e  cft'il  iH0ittrey 
malgré  cette  conyiction,  est  une 'plrènve  qo^  est  de  sauf  iioUe, 
ov  poisséje  n'^benir  jainaîfi  les  hoanears  de  la  noblesse. 

-—Je  Résume  que  notre  wt/kre  en  fiendr»  à  nn  oomprooris 
ayee  lot.  Vojr^y  il  I^  vegarde  en  sonriant. 

«'—Si  cela  arriTe>  dit  l'exécueenry  ne  comptée  jamais  «nr  mon 
JQgeiaent  ;  il  y  a  dans  Fceil  de  notre  patron-  nn  re^nrd  qtd  amiOBce 
I&sflfng-y  anssi  sArement  epie l'étoile  dn  Grand-€!hien  pr^it  In  peste. 

Tandis  que  ces  deux  serviteurs  d'Hagenbach  parlaient  aiim  à 
part»  leur  mattre  ftôsait  ans  prisonniers  une  foule  de  questions 
insidieuses  sur  leurs  i^ffinires  en  Suisse ,  sur  leur  liaison  arvec  le 
Landannian ,  et  ûir  les  motifs  qui  tes  eondteisaient  en  Bourgogne. 
PhilipBon  dirait  itépondu  à  towtes  les  parties  de  cet  interrogatoire 
d'une  manière  claire  et  précise,  à  l'exception  de  la  dernière.  H 
allait  en  Bourgogne ,  dit-il ,  pour  tes  afbares  de  son  commerce.  Ses 
marchandises  étaient  à  la  disposition  èa  gou^meur;il  pouvait 
en  prendre  «ne  pande,  méfiie  k  totaUfté,  suivant  qu'il  voudrait  en 
être  responsable  à  son  maître.  Mais  son  affaire  avec  le  dtrê  était 
d'une  nature  privée ,  ayant  rapport  à  des  intérêts  de  ecmunerce 
particidiersy  et  qui  concernaient  d'autre»  personnes  indépendam- 
ment dé  lui-même,  n  dédara  qu'il  hë  communiquerait  cette  afiiedre 
qu'au  duc  seul ,  et  ajouta  d'un  ton  forme  que,  s^-  souffrait  quel- 
que  mauvais  traitement  eh  saf  personne  ou  veHe  de  son  fils ,  le  mé- 
contentement très  sérieux  du  duc  en  serait  la  suite  ibévitnble. 

-La  fermeté  du  prisonnier  mettait  éridemment  Hagenbach  dans 
un  grand  embarras,  et  plus'4'une  foiâ  il  consulta  sa  boutdille,  son 
oriaroie  infaillible  dans  tes^oas  très  difficiles.  PfaîKpson  lui  avait 
remis,  à  sa  preteiève^réqoisilson,  k  liste-ou  Aidure  dA  toutes  ses 
mardiandisQs  ^  étoiles  avaient  qodqide  dbose  4e'  si  séduisant  que 
le  gouverneur  semblait  d^  s^en  emparer  dtes  yeux. 

.Après  avoir  été  pkmgé  quelques  instants  dafns^  de  profondes  ré- 
flexions,  il  leva  la  têts ,  et  paErln  amsi  qu'il  Bui%  ? 

— Yous  devez  savoir,  sire  marchand,  que  le- bon  pinisiirdudoc 
est  qu'aUGuncB  mavohandifies  suisses  ne  passent  «nr  son  territoire. 
Cependant  vous  avee,  de  Votre  proproaven,  séjourné  quelque 
temps  dans  ce  pays^  et  vous  étes^  venu  isi  en  eompiargnie  de  cer^ 
tainesgens  qui 'se  disons  députés  Moses*  Jb'  Sui^éone  autorisé  à 
croire  que  ees^  «ardamdisoBpiériomies  leur  appuniennent ,  fbuM 
qu'èwi  lunaie^qui  ulW«iiai£yimM:€pievouo?0t'Éi  je  voriaè 


demander  nue  satkfiwlioii:  fécmpiaire^  tBoii«0nU  fiàem  for  ne 
seraient  pas  nue  anMnde  tr^p  ibrte.  poor  me  eondoiie  aasai  anda- 
deiue  qae  la  ^^ire^  après  qaoi  yo«a  povrriea  aller  rftder  où 
YQQS  tondriez  y,  ayec  1^  roste  de  ntas  aawchamWgcBefl».  poiFvii  qw 
ce  ne  fût  pas  en  Bourgogiui* 

— llaûi  c'est  pnëciaénimt la  Bomtgogm^  ipà  «st  kbat  de  inon 
yofage^  dît  Phi%san;,  c'ast  an.  présanœ  du  duo  qne  je  doit  ne 
rendre.  Si  janepuis  y  aUer^  nimiiTAjHige  est  imitiley  et  le  mécam* 
tentement  du  duc  tombera  certakieoiantsav  oenx  qnipoiirroiijty 
mettre  obslacle^  car  î^  dçia  iBfiavmer  Yoilne  EabceUenoe  que  le 
duc  esidéjà  ÛKatmit  de  vion  voyage^  et  il  fera  une  stricte  enqoâte 
pons  savoir  dans  quel  lû^ii  et.  par  qeelles  penonnes  jfanrai  été  nos 
dans  l'impossibilité  de  le  continuer. 

Le  gonvemeiu:  garda  eneoce  le  sîlenee  »  cfaercbaitt  le  moyen  de 
satisfaire  sa  rapacité  sans  eampromettre  sa  sûreté  peraeniielle. 
Âpcès  quelques  wontes  de  réflëadon,  il  s'adressa  de  nouveau  au 
prisonnier. 

-—Tu  racontes  ton  histoire  d'un  toa  fort  poûtif»  Tami;  mais 
l'ordre  que  j'ai  reçu  d'empêcber  le  passage  des  marchandises 
suisses  ne  l'est  pas  moins.  Que  feras4u ,  si  je  mets  en  fourrière 
ton  bagage  et  ton  mulet? 

—Je  ne  puis  résister  au  poi^voir  de  Yotse  G|:oeUe&ee.  Fautes 
tout  ce  qpi'il  youe  jdaira;  En^  oe  cas  ^  me  transporterai  jusqu'au 
pied  du  trÔJQCi  du  diio.t.  jffmr  lui  rendre  cionpie  de  la  oommianDit 
dont  je  suis  chargé ,,  et  de  maeonduite. 

—Et  de  la  mienne  aussi ,  n'est-ce  pas?  c'est-ài^ire  qne  tu  iras 
porter  «ne  plainte  an  du0  contre  le  goui^erjaeer  de  laFécetley 
pour  aroir  exécuté  ses  or^re^  tcpp  i^oiement  ? 

-~Sin;mayieetsurman)iiQnBeiur^Jl3.9eki  femianeune  «plainte. 
Laissez-moi  seulement  vffin  argent  comptant»  sans  lefoel  il  me 
serait  bien  difficile  de  me  rendre  à  la  cour  du  due»,  et  je  ne  sou*- 
gérai  pas  pbs  à  ces  marehattdîses  que  le  cerf  ne- songe  aux  beis 
9i!il  a  jelîsraniiée^éc4denta, 

Le  gauwmenr  scioona  la  tâte  d'ua  air  qui  annonçait  <jpi'iLcoii* 
serrait  encore  dea  soupçons. 

— Oane  pena^.ayïiiir  confiance  «i  des  hommes  qui  sent  dans  ta 
sitnalicA,  êti  ce  aeeaitfolie  de:  esoire  qu^ife  la  méritest^Les  mar- 
chandisea  <pi»  to  dnia  aeiietme.ant  dne  eaauûnKprepns^  en  qeoi 
conaist^at^elles? 


192  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

--  Elles  sont  soas  mi  sceau,  répondit  l'Anglais.  ^ 

—  Elles  sont  de  grande  valenr,  sans  doate  ? 

— Je  ne  puis  le  dire  ;  je  sais  que  le  duc  y  met,  beanQ0np  de  prix  ; 
mais  Votre  Excellence  sait  que  les  grands  hommes  attachent  quel- 
quefois une  immense  valeur  à  des  bagatelles. 

—  Les  portes-tu  sur  toi  ?  Prends  bien  garde  à  la  manière  dont  tu 
vas  me  répondre.  Regarde  ces  instrumens  qui  sont  autour  de  toi, 
ils  ont  le  pouToic  de  rendre  la  parole  à  un  muet ,  et  songe  que  j'ai 
celui  d'en  essayer  Tinfluence  sur  toi. 

—  Et  sachez  que  j'aurai  le  courage  de  souffrir  tontes  les  tortures 
au;iqneUes.vous  pourrez  me  soumettre,  répondit  Philipson  ayecle 
même  sang-froid  imperturbable  qu'il  avait  montré  pendant  tout 
cet  interrogatoire. 

—  Sonvieiis*t0i  aussi  que  je  puis  faire  fouiller  ta  personne  aussi 
exactement  que  tes  malles  et  tes  valises. 

—  Je  me  souviens  que  je  suis  entièrement  eji  vott^e  pouvoir  ;  et 
pour  ne  vous  laisser  aucun  prétexte  d'en  venir  à  des  voies  de  fait 
contre  un  voyageur  paisible,  je  vous  dirai  que  le  paquet  destiné  au 
duc  est  sur  itia  poitrine ,  dans  une  poche  de  mon  pourpoint. 

—  Remetsle<moi. 

—  J'ai  les  mains  liées,  et  par  l'hôiinenr,  et  par  vos  cordes. 
-^  Arrache-le  de  son  sein.,  Kitian;  voyons  ce  dont  il  parle. 

—  Si  la  résistance  m'était  possible ,  s'écria  Philipson ,  vous 
m'arracheriez  plutôt  le  cœur.  Mais  je  prie  -tous  ceux  qui  sont  ici 
de  remarquer  que  le  sceau  en  est  entier  et  intact ,  au  moment  où 
on  me  l'enlève  par  violence. 

En  parlant  ainsi ,  il  jeta  un  coup  d'œil  sur  les  soldats  qui  l'avaient 
amené,  et  dont  Hagenbach  avait  oublié  la  présence. 

— CSomment,  chien  I  s'écria  Archibald  s'abandonnant  à  sa  colère  ; 
veux-tu  exciter  mes  hompies  d'armes  à  la  mutinerie  ?  Kilian ,  £ûs 
sortir  les  soldats. 

Eti  parlant  ainsi ,  il  plaça  à  la  hâte  sous  sa  robe  de  chambre 
le  petit  paquet,  scellé  avec  grand  soin ,  que  son  écuyer  venait  de 
prendre  au  marchand.  Le»  soldats  se  retirèrent,  mais  à  pas  lents, 
et  en  jetant  un  regard  en  arrière,  comme  des  enfaus  qui  regardent 
des  marionnettes,  et  qu'on  emmène  avant.que  le  spectacle  soit  fini. 

—  Eh  bien!  dr61e,  réprit  Hagenbach ,  nous  voici  plus  en  parti- 
culier à  présent  :  veux^^tu  me  parler  plus  franchement ,  et  me  dire 
ce  que  contient  ce  paquet ,  et  qui  te  l'a  remis  ? 


CHARLES  LB  TÉMâUlRB.  10» 

-r- Quand  tonte  votre  garnison  serait  assemblée  dans^  cette 
diambrey  je  ne  pourrais  qne  vous  répéter  ce  qaeje  voua  ai  déjà^ 
dit.  Je,ne  sais  pas  précisément  ce  ^kie  contient  ce  paquet.  Quant  à 
la  personne  qui  m'en  a  chargé,  je  ne  la  npmmerai  pas  ;  j'y  sois 
déterminé. 

—  Ton  fik  sera  peut-être  plus  complaisant. 

—  Il  ne  pent  vous  dire  ce  qu'il  ne  sait  pas. 

^  La  tortnre  tous  fera  peut-être  retrouver  vos  langues  à  tous 
deux.  Nous  .commencerons  pur  ce  jeune  drôle ,  Kilian  ;  tu  sais  que 
nous  avons  vu  des  hommes  fermes  faiblir  en  voyant  disloquer  les 
membres  de  le^mrs  enfans,  tandis,  qu'ils  auraient  laissé  arracher  leur. 
viëUe  chair  de  leurs  ^  sans  sourciller. 

—  Yons  pouvez  en  faire  l'épreuve,  dit  Arthur,  le  ciel  me  don* 
aende  la  farce  pour  l'endurer.         , 

^  Et  moi  du  courage  pour  en  être  témoin ,  ajouta  Philipson* 

Pendant  tout  ce  tem|is  le  gouverneur  tournait  et  retournait  dans 
sa  main  le  petit  paquet,  en  examinant  chaque  pli  avec  curiosité,  et 
repettant  sans  doute  en  secret  qne  quelques  gouttes  de  cire  em« 
preintes  d'un  sceau,  jetées  sur  une. enveloppe  de  salin  cramoisi 
retenue  par  un  fiLde  soie,  empêchassent  ses  yeux  avides  de  voir 
k  trésor  qu'il  contenait,  comme  il  n'en  doutait  pas.  Enfin  fl  fit 
rappeler  les  soldats,  leur  ordonna  d'emmené  les  prisonniers,  de 
les  enfermer  dans  des  cachots  séparés  ,^  et  de  veiller  sur  eux  avec 
le  phisgrand  soin, .  et  surtout  sur  le  père. 

^  Je  vous  prends  tous  à  témoin ,  s'écria  Philipson  méprisant 
les  âgnes  menaçans  d'Archibald,*  que  le  gouverneur  m'a  enlevé 
par  force  un  paquet  adressé  à  son  seigneur  et  maître  le  duc  de 
Bourgogne.  , 

Hagenbadi  écorna  dé  rage. 

—  Et  ne  devais-je  pas  l'enlever  f  s'écria^t«il  d'nne  voix  qne  k 
foreur  rendait  inarticulée.  Un  paquet  suspect  trouvé  sur  la  per- 
sonne d'un  hornsne  qui  l'est  encore  plus,  né  peut<»il  pas  convrir 
quelque*  infâme  tentative  contre  la  vie  de  notre  très  gracieux 
soaverain?  N'avons-nons  jamais  entendu  parler  de  poisons 'qui 
opèrent  par  l'odorat  f  Nous  qui  gardons  en  quelque  sorte  la  porte 
des  domaines  du  duc  de  Bourgogne,  y  laisserons^nons  introduire 
ce  qiii  peut  priver  l'Europe  de  la  fleur  de  la  chevalerie ,  la  Bour- 
gogne de  son  prince,  la  Flandre  de  son  père?  NonI  soldats, 
emmenez  ces  deux  itiécréanp  {  qu^iw  lés  jette  dans  les  cachots  les 

i3 


pltts  prefimds,  «piHksoiéitt  tépcnfe-»  6tc(a'«ê'Tcffl6F«iir'6fix'ffvec 
graade  attcntioD.  C'est  «se  tvahiMn  iniBiée  de  x^empliêhé  anrec 
Berne  et'Sekm. 

Jkrobibald  Yea^Haf^eiibecli ,  s^thattUtemast  à  Mot  flou  rnuporle- 
ment  y  continua  à  crier  ainsi  à  Toix 'haute,  et  le  yisage  enininnié, 
jusqu'au  moment  oùJ'on  eesea  d*«ntesdre  le  1»niit  de»  ytas  et  le 
cliquetis  des  armes  des  «créais  i{iii  se  vêtiraient  avec  les  prison- 
niers. Alors «eiKteint  derâit  plus  fiâleiqae  de  MutniDe y  il  fronça 
los'sonrcilsy  rinqaiétuâe  lîàa  soé  &ontril'baâflBaia#oiX|  parut 
késiter,  et  enfin  dit  à  een  ticmyer  : 

•^  KiUan ,  nens  marchons  'sixr  >ttae  planche  cUMame ,  -et  innis 
avons  sous  nos  pieds  un  Cftrrcttt  fotkuft.  Que  de^Ngis-neaB 


—  Morbleu  I  avancer  d'un  pas  fimney  mais'pnfieiit,  TéponAk 
rastwieili  ^éevyvr.  Il  est  lftelMMUL-^e>  ees  «oldais  aîeni;  fo  ee  pa- 
fMty  et  wpct>eÉieadn  ce  qae  vient  de  dire  ce  ■MMhandà-iieifs 
'MnBS-Benndfamr «et arrivé^ et  ce  pafsetttyaiit^cë  vn^duis 


lesmm»  AB'VetgetfiKetihincej  vonsnavez  toatl^iiiMiMnr  éçr«<vieîr 
emcfty  ijaand  ttême  vous  èeiraiârieoaviic  .^te^eeBn^avséi  iattaet 
^ffee  leÉB^ëtvewi<Ur«&  i^ça.On  supposerait  eeiilemeuiiqiie'vott 
âirea  eu.  assez  xL'fldsesee  po0r  4Miwir*le  paqvetJsfliis  le^roaipfttott 
p<mr  le  mspheaMKvtSBSeniienu  Veyims  di^netee  ipi^U  eemiwt 
«faBt,ided!éeider]s&qidilfiiim>lriseéu^ioBlMa«  Ge^^^tmqMiqw 
diose  de  grande  valeur ,  puisqoe)ce  •oofu»  de«uirébaad  e^isemiidt 
à'atanrtflimer^aiig»  seprJdhesqnapèhiiniiseB»  ipnrvu  q^ie^^ie  pré- 


— .fleit^lxMaiUet  sépendk  HegeftbaAy'ftttliQcMieMtaeïidtspa^ 
piers  relatifs  aux  affairés  politiques*  De  semblables  piteee^-^t^de 
haqte  importance,  voyagent  souvent ^0inT0iBielMrd4^Attgleierre 
d  iB'doc  nofretmaiire» 

'  **-^  Si  oftsent-iàes^piasiBapertans  pearrleittecy  BMs^poavons 
lôsanvoyer  iAijan^lls  ^uvent^médie  étvede  «elle  aatare  que 
luouis»  roi deFienoe,  les paîevaitcjeiibiatiePB lenr poMsif cor. 
;,  ...^Fft  dana;  Kiliaiil  TMdimis^»  que  }e  veadisse  ies^seerets-de 
«ionanaîtfe^«u;roi4e  iFraMë?  d'iamevaiB  mieux  ^boer  maeête 
enrile.  bleic. 
'ij-'-^^itoinient?. veependaiit  ¥<ptre:  E^eÉtienefeneBettatryas ecm* 

.  ^flUttrtqper  aAtaobâyaipris  ib  (fhivtses  ^frebableiMIit  ^4er  «eMAMe 


\  > 


dnnUES  LE  TËlâllASIE.  195 

d'offenser  son  patron  «n  |Mrïam  de  ees  maumuyres  d'une  manière 
trop  ibanehe  et  trop  intelligible. 

<^— IH  {nHeHeflne,  ireax*ta  dire ,  impudent  eoqoinfdit  Hagen- 
bacli»  En  parlant  ainUy-tn  te  montrerais  aussi  sot  que  tu  l'es  orcB* 
<6nreraent.  Je  ^irends  ma  parc  du  butin  Tait  sur  les  étrangers  par 
ordre  du  due  »  etrieii  n*est  plus  juste.  Le  ehien  et  le  fiiueon  pren- 
nent la  leur  de  là  ptDié  qu'ils  ont  attaquée,  et  même  la  part  du  lion, 
à  moias  que  le  ehasseur  et'le  fauconnier  ne  soient  trop  près.  Ce 
sont  les  profits  de  mon  rang,  et  le  due,  qui  m'a  placé  ici  pour 
satâsMre  son  ressentiment  et  rétablir  ma  fortune,  n'en  &it  pas  un 
reprocbè  à  son  fidèle  serviteur.  Et  dans  le  fait,  dans  tonte  déten- 
due du  territoire  de  la  Férette,  je  suis  le  représentant  du  duc,  ou, 
tômm^ùa  peut  le  dire,  aliere^o^.  Bt  «'est^poorqiioi'j'onTrirai  ce 
.^quet,  qui,  Ini  ^étant  adressé,  m'est  par^conséqncut  égdement 
adressé  à  moi4ia(ème. 

Ayant  ainsi  parlé,  commepour  se  eotnndnere  de  son  autorité, 
il  coupa  lesfik  de  soie  qui  entonraient  le  paquet,  déploya  le  satin 
qui  en  formait  l'enyeloppe»  et  y  trouya  une  très  petite  botte  de%Ois 
de  sandfll. 

— 'Il  fiiitt  qne'leixmtenn'SOit  d'une  grande' Taleor,  fit4,  râril 
oceupo^'lMen  pen.  ne  pia^* 

A  ces  mots,  il  pressa  un  ressort,  et,  la  boîte  s'onvrant,  laissa 
'Toir  tti  coffier  de  Ufllans  TsmanjuaMes  ^par  4eui'  édat  '  et  ^lenr 
^frossevr,  ^^  ponfesant  d'mie'  vàlenr  «xtraofdinaire.  ^Iî«sf  yenxda 
Souyemenr  rapace  et  ceux  de  son  confident  non  ^moins'lniéîpesBé 
^tawpt •  ufflement  Afeuis  par  "Wclat 'imsité  de  eesliijeiix,  que 
peotait  {fiVtqfBtéitmofs  ilr  ncpurent  exprimer qtie'^la  joie  et4a 
'flvpiise. 

--Iforldeal  s*éeria  KiHan,  Pébstiné  rieax^enqttin  «vait  le 

iK>nmes^raisomr  pourétre'si  ojrinifttre.  J'aurais  moi^néme  subi  une 

minute  ou  deux  de  torture  «yant  de  lÎTrer  de  pareils  bijoux.  Ct 

inamtenant  YOtre*BxccHenoe  permet-elle  à  son  filèle  serriteur  de 

4m  demander  comment  ee  bntîn'sera  partagé  entre  le  dnc  et  son 

gouremeur,  attirant  le^règles  nsîcées  dema  les  yiHes  de  garnison? 

-^Snr  nia  foi,  Kilian,  nous  supposerons  la  rille  prise  d'aa- 

sant;  et  dans  nnefiHe  prise  d^assant^  comme  tu  le  sais,  celui  qui 

troate  quelque. chose  prjesidk'toiéKlé,'Sans'OiAi^  ses 

fidèles  serviteurs. 

i3. 


196  GHARU^  LE  TÉMÉRAIRB* 

—  Gomme  moi|  par  exemple,  dit  Kitian. 

—  Et  comme  moi^  par  exemple^  répéta  une  autre,  yoix.  qui  8em« 
blait  l'écho  de  celle  de  Técnyer,  et  qui  partait  da  coin  le  plus  obs- 
cur de  rapparteiftent. 

—  Par  la  mort  I  quelqi^ui  nous  écoutait  I  s'écria  le  gouyemeur 
en  tressaillant  et  en  portant  la  main  à  son  poignard. 

'  ^-  Seulement  un  fidèle  senniteuri,  comme  le  disait  Votre  Excel* 
lence,  reprit  l'exéc^uteor  des  hantes  œuvres,  en.s'ayauçant  àpas 
lents. 

^  Misérable  I  comment  osès-tu  m'épier  ainsi?  s'écria  le  goa- 
temeor.  • 

'  —  Q^^  Votre  E^cellenee  ne  s'en  inquiète  pas,  dit  Kilian.  L'hon- 
nête Steinemherz  n'a  de  langue  pour  parler  et  d'oreilles  pour  eof 
tepdre  que  suivant  le  bon  plaisir  de  Votre  Excellence.  D'ailleais 
nous  avions  besoin  de  l'admettre  dans  nos  conseils,  car  il  faut  dé- 
pêcher ces  marchands,  jet  sans  délai. . 

«—  Vraiment  I  dit  Hagenbaeh;  j'aTais  cm  qu'on  pouvait  les 
épai^er.       ^ 

—  Pour  qu'ils  aillent  dire  au  dnc.de  Bourgogne  de  quelle  ma- 
nière le  gouverneur  de  la  Férette  tient  compte  à  son  trésorier  da 
produit  des  droits  perçus  et  des  confiscations  prononcées  à  la 
douane? 

—  Tu  as  raison,  Kilian.  Les  morts  n'ont  ni  dents  ni  langa^; 
ils  ne. peuvent  ni  mordre  ni  rien  rapporter.  ScharfgeruhUh  ^^ 
anrbs  soin  d'eux. 

— Bien  Yolontiers,  répondit  l'exéculeor,  mais  à  condition  4^  ^^ 
ce  dpit  être  une  exécution  secrète,  ce  que  j'appelle  pr^^i^  ^ 
cave,  mon  droit  de  réclamer  la  noblesse  me  sera  expressémeot 
réservé,  et  que  l'exécution  sera  déclarée  aussi  Talable,.quaP^^ 
mes^droits,  que  si  elle  eût  eu  lien  sur  la  place  publique,  et  par  le 
tranchant  honorable  de  mon  sabre  officiel., 

Hagenbaeh  le  regarda  d'un  air  qui  sei^lait  annoncer  qu'il  ne  le 
comprenait  pas  ;  et  Kilian,  s'en  apercevant,  lui  expliqua  4^®j^ 
Scharfgerichlerff  était  persuadé,  d'après  la  conduite  ferme,  et  intrC' 
pide  du  plus  âgé  des  deux  prisonniers ,  que  c'était  un  homme  de 
sang  noble,  et  que  par  conséquent  sa  décollation  lui  procurerai 
tous  les  avantages  promis  à  l'exécuteur  qui  aurait  rempli  ^^  ^^^^' 
tiens  sur  neuf  hommes  d'illustre  naissance. 

—  Il  pourrait  avoir  raison,  dit  Archibald ,  car  void  n»  morceau 


J 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  W 

de  parchemin  snr  lequel  on  recommande  an  dnc  le  porteur  de  ce 
éollier,  et  on  le  prie  d'accepter  ce  bijou  comme  nn  gage  qui  loi  est 
envoyé  par  quelqu'un  doot  il  est  bien  connu,  et  de  donner  au  por- 
teur pleine  croyance  ^  en  tout  ce  qu'il  lui  dira  de  la  part  de  ceux 
qm  l'enviaient. 

—Par  jqui  est  signé  ce  billet ,  si  je  puis  prendre  la  liberté  de 
TOUS  faire  cette  question  ?  demanda  Kilian. 

*~  Il  n'y;  a  pas  de  sigi^iture.  Il  faut  supposer  que  la  vue  du  col- 
lier, ou  peât-étre  le  caractère  de  Pécritnre,  doit  apprendre  au  dnc 
^ud  est  celui  qui  lui  écrit. 

— Et  il  est  probable  qu'il  n'aura  pas  tout  à  Fhemre  l'occasion 
d'exercer  son  imagination  sur  l'un  ni  sur  l'autre. 

Hagenbachjetaun  coup  d'œil  sur  lesdiamans^  en  souriant  d'un 
air  sombre.  L'exécuteur  des  hautes  œuvres,  encouragé  à  conti- 
nuer un  ton  de  fiuniliarité  qu'il  avait  en  quelque  sorte  forcé  le  gou- 
verneur à  souffrir,  ea  revint  à  son  sujet  favori,  et  insista  sur  la 
noblesse  du  prétendu  marchand.  Il  soutint  qu'il  était  impossible 
qiï'on  eût  confié  à^un  homme  de  basse  naissance  des  bijoux  si  pré-^ 
ëenx  ^  et  qu'on  lui  eût  donné  une  lettre  de  créance  ^i  illimitée  ^  • 

—  Tu  te  trompes,  fûaque  tu  es,  'dit  Hàgenbach.  Les  rois  au- 
jourd'hui emploient  les  instrumens  les  plus  vils  pour  les  fonctions 
les  plus  élevées.  Louis  en  a  donné  l'exemple  en  faisant  fidre  par  son 
barbier 'et  par  ses  valeta  de  chambre  ce  dont  étaient  chaigés  au- 
trefois les  ducs  etpaiirs;  et  d'autres  monarques  commencent  à  pen- 
ser que  dans  le  choix  de  leurs  agens  pour  leurs  aflhires  impor- 
tantes, il  vaut  mieux 'consulter  la  qualité  de  la  cervelle  deshonmoies 
qoe  celle  de  leur  sang.  Quant  à  l'air  de  fermeté  et  de  hardiesse  qui 
distingue  ce  vieux  drôlç  à  tes  yeux ,  ignorant  que  tu  es ,  il  appar- 
tient à  son  pays<^et  non  à  son  rang.  Tu  t'imagînesqu'il  en  est  de 
TAngleterre  conune  de  la  f'iandre ,  où  un  boui^eois  de  Gand ,  un 
dtadp  de  Liège  ou  d'Ypres,  est  un  animal  aussi  difféi!ent  d'un- 
chevalier  du  Hainaut /«que  l'est  un  chetal  de  trait  de  Flandre  d'un 
genêt  d'Espagne.  Mais  tu  es  dans  l'erreur.  L^Angleterre  possède 
maint  marchand  qui  a  le  coeur  aussi  fier ,  le  lM*as  aussi  prompt 
qi^aucun  noble  né  dans  son  richcét  fertile  sein.  Mais  ne  te  4écou- 
tsge  pas,  archifott  ;  fais  ta  besbgne  comme  il  Caut  avec  ces  mar- 


>•  Lonf«  XI  «t  probablement  le  premier  roi  de  Frenee  qui  tit  mis  de  cdté  tonte  affiecMlion  de 
<^i*ir  »M  ministn«  parmi  U,  nobtesat.  Doi  bonnifl  do  buM  naîMan^  f aroattt««f0|i%  élev^  par  Ini 
tu  fooctions  les  plus  importantes. 


198.  CHiALE»  UÇ  TÉHËUiBE. 

chands;  nom  aaroo» bientftt eno» nos maina lef «amUMman 4îUiir 
derwakl  :  il  est  paysan  par  choix  »  Biais  il  esb  voi^Je  ^en^issmoe , 
€t  sa  mort  bien  méritée  t'aidera  |l  te  lafver  de  la  crasse  dont  tu  es^ 
las  d'être  encroûté. 

— Votre  exqsUence  ne  ferait-elle  pas  mieoz  d'ajourner  le  de^tbi 
dexes.marchands,  draianda  Kilian,  jusqu'à  as  que  nonsi  ayons 
appris  quelque  chose  sur  leur  oompte»  dea  prisonniess^snisseï^ 
nMs  attons  ayoir  tout  à  Vheure  eu  notre  pouvoir  ? 

—  Gomme  tu  le  TjQudras.|  dit!  Hafenbâcb  en  seeooant  le.  bras» 
conime  pour  écarter  de  lui  quelque  tâche  désagréable;  mais<|Q|B 
cela  finisse,  .et  que  je  n'en  entende. plus-  parler. 

Les  satellites  farouches  saluèrent  caa  sigpe  d'obéissance,  etk 
conelaare  sanguinaire  se  sépan  ;  le*chel  emportimt  seigaeusement 
leS'bijoux  précieux  qu'il  voulait  s'ap^mprier  au  psix  d^unetrahi*^ 
son  envers  le  souverain  au  service,  duqjiiel  il  était  entré,,  et  du  sang 
de  deux.hômme&innocens.  Cependant,  a^c  cette  faiblesse  d'es* 
prit  qui  â'est  pas  tréa  raro  chéries  grandsi  criminal^,  il  cbeccbait 
à  effacer  de  son  souvenir  l'idée  de  sn  bassesse  et.  de  sa  cruauté». 
ainsi  qne  le  sentiment  «du  déshonneur  do[Bt.le>^iowiraitaacondiiit0 
en  çhargeanl  de  L'esàmliDn  immédiate  de  ses  ordces-  atrocQS  des 
a§QD8  subaltenies* 


CHAPITRE  XV. 


Bt  «noat.nos  aiein 
Qui  pour  rbommé  oot  conetrnit  ce  cachot  ténebM»? , 

.    •^         Ancienne  comédie- 


N  -" 


hk  piâfiondans  lamelle  on  eonduisit  ÂKthun.Phttipsèn  ^tait  att* 
deiœs  cadiots  ténébçeux»  qui  aocusianl^  l'inhaiimnité  de  nos  sik 
eta«a«  On.  diraîi  qu?Us  éti^ni^  p^resque  incapfdil^  de  4i0tm(P^ 
«aare  riniioe9nee'et  le  arimiO',  pmêqpB  um  simpte  aeousntîoiPf^^AÎ^ 


«.w,««,M«  ^MMM^fi^Mm  .M^aséi^piencea- bien-plus  sé^rést.que'ael!^*^ 
jourd'hui  cette  espèce  d'emprisonnement  prononcé  comme  la  I^ 
sîltjioft^expr^ise  du  crime»  "^«iLij&r 


GHÀRLE&  LE  lEMEHAIRB.  1«9 

aài&étTMty  obMir,  et  cfeani  dais  le  roc  sur  le^pid  tfditmât  la 
toov.  Uq0  petite  laoqpA  lui  tak  laisaé»,  nonne  une  grâoe  sa^s 
eoDséqfMttoe^.iiiaifril.raaift  garottéy  et*  qvandtil  denanda  im  pea 
d^eaa.,  «a  4e» saleIUtie$  fismudie» cpi» ra^tBtomdintieii  ce  Uea 
kâ  léposadît Inp^nenlBBl  ^|oe>/ paai^k  temps  q»'il'  amdt  à.iPWvB , 
il ]>pfCFftie hîea'soaffm  Ici  80Îf.  Gettesosiiànfi  néponsefiitt pour l«i 
iffi  aiHgprefiiie  sa*  soif  durerait  aataiit?<peda  ^ie,  oi^is  pottr  finir 
praiBfiteiiieot  Fivie  et.  Vantrei  AlaifaiUeJaMvdeealaBipev  Arthur 
iimil  «imneé  yeK«  un  haiuLgnsaaièraB^flBt  taillé  dans-  îe^  190 , .  et  » 
ses  yeux  s'^tant  accoatainés  peu  à  peu  à  Pabacorité  .d«  cachot^  il 
aperatdaiis>la^inerm  qai  em  iaimait  ta  plamherime  espèce  de 
laiige  fante  imaenblaiil)  aaeezi  à  Feieireraare  d^mi  piiîta>  mais  de 
bTBÈB  inrégnlîère  »  ett^Mirttasaiit  ptatftt  celka  d'un  gouffre  cr^nsé 
i'aiiorà  pat  It^  Jiafiiire;^  et  agran^par  le  traïf  ail  des  haaiaies. 

—  Yoî^î  donc  mmklk  de  mort,  sedit«iIàhiiHiiâmf ,  etcegoaffee 
e8l.peiit<^tru;la  tonke  destinée  à  mca  restes  !  j'ai  mâme  eateadn 
diae  foedes  [râoBinârs  awaiit  été  pvécipités  toatTiTaus.  dans,  de 
aeiBUai)le»#btïiiea>,.poixr  y  noulriit  lentemeaaf Mtaaé&de  leur  dmtf , 
ttds^cpe  peraoane  eséenrilt.  leum  gémjssfenenS'Ou  jpieigQit  leur 


S^appKochaot deceue ainisiie-caiiité »  ilientaidit.^ àunegrande 
profondaor^.  un  aco^^i  lui  paru  cehûd^èMeaiijMJatenFaiiiedmit 
la  mmb^jumcfomm  aemUait  deuuoidar  sa  Tktûnei  La  «lort:  ea t 
effrayante  à  tout  âge  ;  mais  danale  piânteaips  delà  -miy  quand  ea 
sent  la  prix  d9  tolia*lea  Saisira  qn'cUo  «ffioe»  itim  arraché  ^nokm- 
HMiBt  au  Ifaiftqaet  auquel  on  yimjL  à  peine  de  a^aaseoîr ,  c'est  alovs 
9islamoi>t  e^  déjà  pleine  êtummMmB,,  mâme  quand  elle  anme 
d'apièa  le  ooura  erdinaîre  de  la  natare.  Nais  âtre  asais,  comme 
l'ttait  Aiibor  ,;&ur  le  bord  d'uia^bm  aoiâerraîn  ;  diercher ,  a^iac 
ma hofinA>ls ine^^tiiudo »  ams qiiaUe formeelle allait s'approebar 
de  loi,  c'était  une  situation  «BipabUid^ilwtârelecoiUMige  de  l'inimme 
lapins- breana,  ail.  l'infortuné  pàmmm»  se  n^ouva.  hors  d'état  de 
retenir  le  torrent  de  larmes  qui  ooidaîani* de  ses  yeua^t,  et  queue 
yoaii^Bt  essuyer  sea mains  gano^oà.  J!foaa  avens  ^jà  dit  que, 
qnaiquè  ee*jeuoe  homme  iût  ioiarépide  daâa  ks  périlaqttQ.peut  ceia- 
bs^re  e%  aarmcmter  la  fercede  l'ame  >  il  ayait  une  imagiaeâoUsâr- 
dnya  et  suftceplible  de  se  prétett  à  toutes  les  e:fegératîons  qui 
«talteut  daus'  uao:sHnatiaa  pénible  e^  lueai^aiile>eeliâi<}iui.ae  p^t 
pbia^at«Ndlre  la^SMbttrar  emiâÉiine  déf  où^ 


200  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Cependant  les  sentimens  d'Arthur  n'avaient  rien  d'égoïste.  Sa 
pensées  se  reportaient  snr  son  père ,  dont  le  caractère  noble  et 
juste  léuit  fidt  pour  attirer  le  respect  «  eomme  ses  soins  oonstans  et 
6on  affection  paternelle  devaient  exciter  Tamour  et  la  reconnais» 
.  sance.  Il  ét«it  aussi  entre  les  mains  de  scélérats  inaccessibles  aux 
remords  I  et  déterminés  à  recourir  an  meurtre  pour  cacher  le  voL 
Ge  bon  père ,  qui  avait  montré  tin  tel  courage  dans  tant  de  dangers, 
une  telle  résolution  dans  tant  de  rencontres ,  il  était ,  comnieloi, 
.garoti;^ ,  sans  défense ,  exposé  aux  coups  de  Tétre  le  plus  vil  qd 
.Toudrutle  poignieurder. 

Arthur  se  rappela  aussi  la  dme  du  rocliér  voisin  de  Geierstein, 
et  le  vautour  farouche  qui  semblait  le  réelamev  comme. sa  proie. 
Mais ,  dans  ce  cachot  »  il  ne  verrait  pas  un  ange  sortir  comme  d'im 
nuage 9  pour  venir  lui  indiquer  dés  moyens  de  salut.  Ici  lesté- 
nèbres  étaient  souterraines  et  éternelles;  elles  ne  lui  permettaient 
que  de  voir  briller  ^  à  la  lueur  de  la  lampe  ^  l'acier  de  Tarme  dont 
«n  scélérat  viendrait  lui  porter  un  coup  &ital.  Cette  angoisse  se 
prolongea  au  point  qu'elle  lui  devint  insupportable.  II  se  leva^  et 
fit  de  si  violons  efforts  pour  se  délivrer  de  ses' liens  ^  qu'ils  sem* 
Maient  devoir  se  rompre  /  comme  ceitx  dont  avait  été  chargé  le 
Fort  d'Israël.  Mais  les  cordes  étaient  trop  solides ,  et  apîrès  de  fa* 
rieuses  tentatives  qniiés  faisaient  presqne  entrer  dans  sa  éhair,  il 
perdit  féqnilibre,  et  tomba  à  la  renverse ,  à  deux  pas  du  goufre, 
-  avec  la  craitite  horrible  d'y  être  précipité. 
V  II  échappa  heureusement  au  danger-qu^il  craignait ,  mais  il  s'en 
fallut  de  si  peu  qu'il  ne  tombât  réellement  dans  cet  abîme  y  qne  sa 
tète  frappa  contre  un  rebord  peU' élevé  qui^en  entourait  en  partie 
l'ouverture.  11  resta  quelques  instans  étourdi  et  immobile  f  et  qaand 
il  revint  à  lui ,  il  se  trouva  dans  une  obscuirité  con^plète ,  sa  chute 
ayant  renversé  et  éteint  la  lampe.  En  ce  moment ,  il  entendit  h 
porte  de  son  cachot  crier  sur  se»  gonds.    • 

—  Les  toici  I  voici  les  meurtriers  ^  Notre-Dame  de'  merci  I  Dieo 
XM>mpatîssant  !  pardônnez-m<â  mes  fautes  I 

Il  tourna  les  yeux  r^s  la  porte/  et  fut  un  instant  ébloui  parla 
-clarté  d'une  torche  portée  par  un  homme  vêtu  en  noir,  quiV^v^' 
çait  vers  lui ,  et  qui  tenait  en  main  un  poignard.  S'il  fftt  venu  seul; 
le  malheureux  prisonnier  aurait  pu  le  regarder  comme  l'assassin 
tpn  venait  mettre  fin  à  ses  jours  ;  mais  une  autre  personne  l'accom- 
pagnait. La  lumière  de  la  torche  fit  distinguer  à  Aithur  la  robe 


CHARLES  LE  TÉMÉRAmE.  SOI 

blanche  d'une  Semme  •  et  lui  fit  même  entreToir  des  traits  qn'il  ne 
pouYait  onUier ,  et  qni  se  montraient  à  lai  lorsqu'il  s'y  attendait 
le  moins.  Son  étonnement  fat  tel ,  qu'il  en  oobUa  même  sa  situa- 
tion dangereuse.  —  De  telles  choses  sont-elles  possibles  ?  se  de* 
manda-t-il  à  lui-même.  A*t-elle  réellement  le  pouvoir  d'un  esprit 
élémentaire  ?  a-t*elle  conjuré  du  fond  de  la  terre  ce  démon  noir, 
pçur  le  idre  coopérer  avec  elle  à  ma  délivrance  ? 

Sa  conjecture  sembla  se  réaliser;,  car  l'homme  yêtu eu  noir, 
donnant  la  torche  à  Anne  de  Geierstein ,  ou  du  moins  à  l'être  qui 
en  avait  pris  la  parfidte  ressemblance ,  se  pencha  sur  le  prisonnier , 
et  GOupaayec  tant  de  dextérité  la  corde  qni  lui  liait  les  bras ,  qu'elle 
sembla  tomber  dès  qu'il  l'eut  touchée.  La  première  tentative  que 
fit  Artfanr  pour  se  relever  ne  lui  réussit  pas.  À  la  seconde,  ce  fut 
la  main  d*Anne  de  Geierstein,  une  main  palpable ,  aussi  bien  que 
\isible ,  qui  l'aida  à  se  soutenir ,  comme  elle  l'avait  déjà  fiiit  quand 
on  torrent  mugissait  sous  leurs  pieds.^Ge  contact  produisit  siir  lui 
nn  effet  bien  plus  puissant  que  le  peu  d'aide  que  pouvait  lui  donner 
la  force  d'une  jeune  fille  r  il  fit  rentrer  jle  courage  dans  son  cœur , 
la  vie  et  la  force  dans  ses  membres  engourdis  et  Croisses;  tant 
l'esprit  a  d'influence  sur  le  corps,  tant  il  l'élève  au-dessus  de  la 
faiblesse  de  la  qature  humaine,  quand  il  est  armé  de  toute  son 
énergie.  Arthur  allait  adresser  à  Anne  les  accens  de  la  plus  pro- 
fonde reconnaissance,  mais  la  parole  expira  sur  ses  lèvres  quand 
il  Tit  cette  jeune  fille  mystérieuse  mettre  un  doigt  sur  sa  bouche, 
pour  lui  faire  signe  de  garderie  silence,  et  en  même  temps  de  la 
msre.  Il  obéit,  plongé  dans  une  surprise  silencieuse.  Sortis  du 
&tal  cachot,  ik  traversèrent  divers  corridors  formant  une  sorte 
de  labyrinthe ,  et  taiUés ,  les  uns  dans  le  roc ,  les  antres  bordés 
de  murailles  construites  de  grosses  pierres  tirées  des  flancs  du 
même  rocher ,  et  conduisant  probablement  à  d'autres  cachots  sem- 
blables à  celui  où  Arthur  était  détenu  quelques  înstans  auparayant. 

L'idée^  que  son  père  pouyait  être  enfermé  dans  qndque  biorrible 
prison  comme  celle  qu'il  venait  de  quitter,  fit  qu'Arthur*  s'arrêta 
qoand  ils  arrivèrent  au  bas  d'un  petit  escalier  en  limaçon ,  qui 
semblait  conduire  au  ^îte  de  cette  partie  du  bâtiment. 

— Chère  Anne ,  dit-il  à  demi-voix ,  guidez-moi  jpour  le  délivrer  : 
je  ne  puis  abandonner  mon  p^. 

Elle  secoua  la  tête  avec  un  air  d'impatience,  et  lui  fit  signe 
d'avancer. 


202  dtauiHS&E: 

-—  Si  votre  pouvoir  m^  ya  jiss^josqii^  aapYW  BM^inre^  jent^ 
terai  poi^r  le  sauvM;  oa  moarîp  ave»  loi» 

£U& nesépandît  rien»  viaii  aoa  oooHMisnHt  Inî  difc^ d'une  Tok 
creofie  \  astaz.  analogue  à^  son  >ex^îear  t 

-«^Jeane  honune,  parle  à  Mia«»  q«  il^eet  panais  de  te  ri- 
pandra,  oa^plutôt'gerde  lé  aileii|Mi».ei  smaines«6ensals*,G!6stIe 
seul  moyen  d'assurer  fabUliMt<i  et  ln^via  de  ioibpere^. 

Ha  montànentreacnliai;^  Aiiiie:dia  GeierateiB^  ntaMuuit^  la  pre- 
inièra.  Artfaar^  qui  ki  siiiyakp.  iiotpni  l'anffêohar  da  penanr  ^ 
celte  forme  légère  pnedoîaait  mm  paatM-da^lailamîèreeiiiiaBQDtée 
de  faLtocche  et»'qBi4e.iKAéiail«aiis:  8a.retiietbU9chttt  C'Aak  pmba- 
hlement  l'effet  deaiidées-^upeartiJieiiaee  qn^svaî&faitatÀre  en  sw 
esprit  l'histoire. ^ekraïattle:d^A«nev  qiie'BaÉcdphe  Iniavaili  racon' 
téêy.  idéeaqai  19e  traavaieatiQOufiiimâeBipBDma  apparMoa  inatten- 
due  dana  un  pareil  lieuà  H  n'^aftiMmatant  qa»  quelques  instsas  bien 
oourts  pom^  &ire  eea  icétkiàxms  ,<.Gav  elle  monta  FéM»ber  tov- 
nant  d'an  paasî  riq»îde:qii'îl  iat.imp0Mbki  à^Aathur  de  la  aum 
deprèa^  etil«nelavitplos«qmBidilaiviT2asHr  leL'palîer.  AVut^ 
disf  arn^miraeuleuaeiBeiit  ?  élaitteHaaoftréadims^fnriilue  autiai^* 
ridôr  ?  il.a^eotpas  ou  moment  de  Joisiapemr  déeÛer.  oelte  qwfltiflo 
aviec  luirmèna*  #       • 

— Voioi  yotoezobmpin^  loi  ditrjsamgnidetnoie.  Pi^  éteignant 
sa.torohe^  il  piit  Arthur  pan  le  bras  et^  la  fiii  eol««r  dmis.no  loag 
oorrâdor  obsoiuN  Notne  jeanOrbemmecnefui  paa  àiL^abrLd'eiLBiO' 
ment.  d'inquîéUide  ^  ea  sa  rappelante  l'air  sîiiiatNi  de  son  coadoc- 
teiVs  et.Ie  yyaîgnaDd  qu'il  poayaii.  laâ  .{dongmn  lont  àieoiq>  dans  le 
seia;  mais  il ne^put  se sésondinaàoreinaeapftUec d'une  trahisoouB 
hamme.  qfi'il  awt  vu«  a^eo. Anae^de  GeierstjBÎn  ^  à  qm  il  demaada 
pandan>dn  fond  da.<Haiar  du  motp^^neat  de.oraânlie  q^'il  a^ 
éprouvé. 

Il,se  laissa,  done  oondoinepan  son  eem^mgpmn;,  qui  avançât  à 
.grands.paa,^  mai&saas  ïekmoindrabriiftt^.et  qpLlui^itiàl'oraUe  de 
pEoadte  la.  mêma  précaution^    . 

— -  Ici  se  termine  aotre  vofagp  ;  ajwtar  epfMa>aanigatde. 

Gomme  il  pariait  aiosii^  une  pofJ^eaiooiibnÉt^/etiilaeulrèreat  dans 
nna  cliaBnbre  godûque,  autour  deLbupietteétaieal>dtSrt«4>lettes  en 
bois  de  chêne,,  chargées  de  livnBiSvet.de  piannaarilSk  hèBf&B' 
d!  Aartfaar  fnyant.ébloiiîs  pan  1%  etarté  aedûteda  vf^ad  J^uTr  à^^  il 
avait  été  privé  depuis  quelque  temps ,  et ,  s'étant  retoAmé  yil^^ 


CHARLES  fin  'BMRAnB^.  3Qt 

-rit  fkm  U.  porte  p«r  laquelle  il»  étaient;  entrés  due^eet  «HMurter, 
ment.  H  n^en  fat  pourtant  paa  très  anipria,  pavce  qp'ï  jngen 
91'eUe  était  oonterte  de  tàblettes«eiid»lable4  à  oeUes  ^  tapiiaaieiit 
tout  Uapparteipeat ,  et  cpH  empêchaient  qu'on  ae.la  distingiiat ,  ce 
qpi  arrivait  qndqnefoia  à.  cette  époqae , ,  et  ce  qaW  Toît  encore 
fréqiUHBinent  açyonrd'hnL  A  la  lunûère  du  jonr^  aan  libémtenr  ne 
hn  parait  pins  qn^on  eoclésîaatîqiifai:  dont  leatnûts  et  le  coatnme 
n'avaient  rien  de  cette  expression  d'horrenr  saniatni^lle  que  Ini 
awetttirr^éelftliient  d'une  tOBehe  etlat^rreor  d'tin'oad^. 

La  jennePhilîp^oajpeipioi  plus  librement,  cemmA  qn bonuntt 
qA  a'éifoâlle après airoir  fait  onaonga  allieux«  Les idéea anpertti* 
tieoaeft  qu'avait  &4t  nidtre  dans  apn  ûmig^tion  la  vm  inattendue 
d'Anne^de  Geiersteii^  jQonnnracàreiit  à  a'évanooir ,.  et  il  dit  à  son 

-^Poiir  assoit  où)  je  doi^adt^ettcr  les  ténvMgnagea-de^tii.JRfite 
reoonnaîasance ,  von  révér^d  Père.^  pennettea^moi  de  ^vnna  d€K 
mander  si  Anne  de  Geierstein 

—  Parle  de  ce  qni  oonceme  ta  maison  et  ta.tamiUe ,  répondit 
le  prêtre  aussi  briàTement  qn^aupimyant».  Aa?tti.déjà  oublié  Ift 
dang^  de  ton  père  ? 

—  Noi^ ,  de  par  le^ueli  non!  s'écria. Artbni:  ;  ditasHUOi  ce  quai 
j'ai  à  taira  peur  le.(iiUivDer,  et  vonsb-verrej»  eonment  nn  fUa  peut 
GOBibaltze  poun  iHi>  père. . 

—  C'est  bien ,  car  cela  est  nécessaire ,  dit  le  pr^tae.  Goa¥r^-tc& 
A^  ces  yâtemena  ^  et  stiis«nibi« 

LfiB.Yâtâmens  qp'il  loi  pnéseutia. étaient  le  froc  et  le.oai^icboil. 
d'oniuyvice* 

-'Abaisse  lé  capoichonsur  iKH^yisage^  dit  le  prêtre  ».  et  q^  que 
ee  soit  que  tu  r«ncontr4^«  ne  lui  v^onda  pas.  Je  dirai- qp»  tu  a» 
iait  ?œn  de  silence.-  Puisse  }e  eieLpar4lonner  à  l'iudigne.tysan  çii 
nous  force  à  celte  dissininlarian  prcfane  I  Sois-moi  de  trèspr^*. 
et  sactout  ne  parle  point. 

Le dëguîsenienl  fut  bientôt  terminé..  Leptâtre  de  Saint-Paul» 
car  c'était  lui^  marcb^  le  premier ,  et  Arthur  le  suivit  pas  à  pas  «. 
prenant  autant  qu'il  le:  poorait  l'air  humble  et  nu>deste  d'im.no- 
Tice.  En  sortant  de  la  bibliotbèquiç ,,  ou  dil  cabinet  d'étude  da^ 
prêtre^  ils  diescendtrent  ua  petit  escalier^  et  se  tcouyèrent. ensuite 
dans  une  rue  de  la  Férette,  Une  tentation  irrésistible  ppKt$  le 


204  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

jeune  hômtte  à  Jeter  on  coup  d'oeil  en  arrière ,  mids^à  peine  eut- 
il  le  temps  de  yoir  qoé  la  maison  dont  il  venait  de  sortir  était  un 
petit  bâtiment  gothiqne ,  situé  entré  l'égUse  de  Saint-Panl  et  k 
grande  tour  qui  défendait  la  porte  de  la  Tille» 

—  SuiTea^»moi|  Melohior,  dit  la^oix,  grave  du  prêtre,  tandis 
que  ses  yeux  perçans  se  ^fixaient  sur  le  prétendu  novice  avec  une 
expression  qui  rappela  sur-le*champ  à  Arthur  le  dan^r  de  sa  si- 
ttiation. 

Us  continuèrent  à  marcher,  personne  ne  faisant  attention  àeox, 
si  ce  n'est  pour  saluer  le  prêtre,  soit  en  silence,  soit  en  loi  adres- 
sant quelques  mots  en  passant.  Enfin ,  étant  anrivés  au  miliea  de 
la  ville,  le  prêtre  prit  nne  petite  me  qui  se  dirigeait  vers  le  nord, 
et  à  l'extrémité  de  laquelle  ils  montèrent  nn  escalier.  Suivant  l'a* 
sage  des  villes  fortifiées,  cet  escalier  conduisait  sur  le  rempart, 
t[ui,  à  la  manière  gothique ,  était  flanqué  à  tous  les  angles,  et  de 
distance  en  distance^  de  tours  de  diverses  formes  et  de  difEérente 
grandeur. 

Il  y  avait  des  sentinelles  snir  les  murailles ,  mais  la  garde  y  était 
montée  par  des  bourgeois  armés  d'épées  et  de  javdines ,  et  non 
jpar  des  soldats  de  la  garnison.  Le  premier  près  dnqaelils  passèrent 
dit  an  prêtre  à  demi-Voix  :  -^  Notre  projet  tient-il? 

—  Oui ,  répondit  le  prêtre  de  Saint-Paul  ;  Benediciu  D&mino, 

— Dec  gmiias  !  répliquarle  citoyen  anolé,  et  il  continua  sa  faction 
sur  le  rempart. 

Les  autres  feclionnaires  semblaient  les  éviter  ;  ^car  lorsque  Ar* 
Anr  et  son  compagnon  en  approchaient,  on  ils  disparaissaient,  on 
ils  passaient  à  c6té  d'eux  sans  les  regarder,  et  sans  ayoir  l'air  de 
les  voir.  Enfin  ils  arrivèrent  devant  nne  vieille  tourelle  qui  s'éle* 
vait  au-dessus  de  la  muraille,  et  dlns  le  mur  de  laquelle  était  per- 
cée nne  porte  donnant  sur  le  rempart.  Elle  était  placée  dans  on 
ooin  séparé  de  tous  les  angles  des  fortifications  ,•  et  rieii  ne  la  coni- 
jnandait.  Dans  unct  forteresse  bien  gardée,  nn  point  si  important 
aurait  dû  être  surveillé  tout  an  moina  par  nne  sentinelle,  cepen* 
dant  il  ne  s'«n  trouvait  aucune. 

— Maintenant  écoutez-moi  bien ,  dit  le  prêtre^  car  la  vie  de  votre 
père,  et  pent-être  celle  ^  bien  d'autres,  dépendent  de  votre  atten- 
tion et  de  votre  promptitude.  Vous  savez  courir?  Vous  êtes  en  ëtat 
de  sauter? 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  205 

^—  Je  ne  $eBs  plm  de  fa%ae  depuis  4ae  tous  m'ayez  reiida  la 
liberté 9  mon  père;  et  les  daims  qne  j'ai  ^  s^onTent  chassés  ne  me 
gagnerai^t  pas  de  vitesse  en  pareille  ocoasion.   • 

—  Faites  donc  bien  attention.  Cette  tonrelle,  dans  laquelle  je 
Tais  Yoos  faire  «atrer,  renfsnne  on  escalier  qni  conduit  à  tine  po» 
terne  de  sortie.  Cette  poterne  est  barricadée  à.l'intérieor^  mais  elle 
n'est  pas  fermée  à  dé.  En  rouvrant ,  vous  arriverez  an  fossé»  qui 
est  presque  à  sec.  Qiiaînd  vous  Pâlirez  traversé ,  vous  vous  trou- 
viez près  du  rempart  extérieur.  Vous  pouirez  y  voir  des  senti- 
nelles,  mais  elles  ne  vous  verront  pas.  Ne  leur  parlez  pas^  et 
passez  Iq  mieux  que.  vous  pourrez  par-dessuji  la  palissade.  Je 
suppose  que  vous  pourrez  gravir  un  rempart  qui  n'est  pas  dé* 
fendu? 

-^  J'en  ai  gravi  un  qui  l'élait...  Et  qne  dois-je.fidre  ensuite  ?..  • 
Tout  cela  est  fort  aisé.- . 

— Vous  verrez  à  quelque  dittanoe  un  petit  bois>  ou  pour  mieux 
dire  un  taillis.  Gagnez-le  avec,  toute  la  vitesse  dont  vous  êtes  (ca- 
pable. Quand  Yousys«i)ez^  tournez :versPorieitt|  mais  alors  prenez 
bien  garde  de  ne  pas  vous  laisser  voir  par  les  soldats  bourguignons 
ifà  sont  de  garde  sur  cette  partie  des  murailles  i  car  s'ils  vous 
aperçoivent,  une  déchai^  de.  flèches  et  la  sortie  d'un  détache- 
ment de  cavalerie  pomr  vous  poursuivra  en  seront  la  consé- 
qoence  iniaillibley  et  ik  ont  les  yeux  de  l'aigle  qui  voit  sa  proie 
de  loin^ 

—  J'y  mettrai  tous  mes  soins ,  mon  p^e  • 

--  De  l'autre  c6té  de  ce  petit  bois ,  vous  trouverez  un  chemin ,, 
00  plofftt.  on  sentier  tracé  par  les  montons ,  quir ,  s'éloignent  insen^  ' 
sî^Iement  des  murs  de  la  ville,  va  rejoindre  la  route  de  la  Férette 
à  Bâle.  Conrez  à  la  rencontre  des  Suisses  qui  s'avancent;'  dites- 
leur  que  les  heures  de  la  vie  de  votre  père  sont  comptées ,  et  qu'il 
CiQt  qu'ails  se  pressent»  s'ils  veulent  le  sauver.  Surtout  ne  man- 
qœz  pas  de  dire  à  Rod^i^e.  Donnerhugel  que  le  prêtre  dé  Saint- 
Pad  l'attend  à  la  potM>ne  du  côté  du  nord  pour  lui  donner  sa  bé- 
nédictin* -r  M'avez-vous  bien  compris? 

—  Pariaitement ,  répondit  Arthur. 

Le  prêtre  ouvrit  la  petite  porte  de  la  tourelle ,  et  y  entra  avec 
Arthur  qui  aUait  descendre  rfipidement  l'escalier  qu'il  y  trouva  « 

—  Attendez  un  instant  \  loi  dit  le  prêtre  ;  dtez  ces  yêtemens  de 
novice/ils  ne  feraient  que  vous  gêner.  !   ; 


fla  imdiiitt^ctt&'ArtiHirw  dëbaurfasM  da  frise  etda:«apiiolton, 
et ilse jdiqK>6ait ée «oti?eftU à  partir.  "; 

^^r  Encore  an  moadent/peprit  le^prètre.  Oelfrec  pooicttit  déposer 
eontremeiis*'Aide2*ikioi  à  ôter  marobti. 

QaQiqne  brûlant  d'in^pattenee,  Arinir  reMnmt  la  néfemié 
d'obéir  k  son  guide/  et  lorsqae  le^ieiflard  eat  qaitté  sa  longaerobe 
tioire,  il  pamt^ax  fenx  da  jeune  homme  cto  toutane  de  serge  nmre 
eoQvenabte  à  «a  profession.  Cette  soutaiie  éttti^^ée  sur  sa  tailfe 
hm  par ^une  cemtafse  telle  qa^en  porteut'lesieôdétiastiqoesy  mais 
por  un  oevatttrdâ  très«peti  eaiîoniqae,  en  peau  de  butté,  soHtenjnt 
mt  sabre  fovt  ^sourtet  à  double  trÉacliatit^propreà frapper  d'es- 
toc et  de  taille.  ^ 

—  Donnez-moi  maintenant  le  costume  de  Aoyice,  dit  le  "vésé- 
rable  prttre,  et  je  «ettraî  ensuiceima  rsèie  paridessns.  Pottqué  je 
porte  en  ce  Qioment  quelque  chose  qui  sent  ieial^e,  il  «st  4- pro- 
pos que  je  devble  mes -yéteafem  ide'cbiBe. 
'  £a  piôiant  ainsi  ^ril  ^seuriit  iStm»  air  ^nîM»  9KetJee'S0aiife''mit 
quelque  chose  de  ph»  étErayant  qaei^le  fnmeeiiiitnt  desoitVQÎis  qé 
hd  était  habituel ,  en^qa^  osQTeoait  imsax  ^àees  tt ails* 

<-*-Qa'atietidiiMdateHftm«ce>joane^iitsi^^  dit«il^  qiumUa  vie 
M'b  mont  dépendent^etta-protttpiitiidef 

Arthur 'i^'attendit  pasqnééwmd^wijs  tteopatdr,  et  il  iëstfnéit 
Pescalier'ou  lAntdt'le^^ffaMeMi.  fLa  pMerM,  Jooamie  l^irm^oUt  46 
prêtre,  n'était  fermée  que  par  des  barres  de^er  qui  ne  haieBri- 
rent  d'autre  réftistance^^qitie  eèlle  que  4a  wnuite  psamit  ^^^peser. 
Ayant  Téosfti^'  roiwnir»  Use*  ttent^^wr  >ielbéitt'daJfiMâé^aféca- 
,  gens ,  doftt  laettrfateiétsâcirinidÉtrey  ist ,  sms  Jexaaauiepqdelle  poa- 
iridten  ètrela  profo&d[ear,sâiis>eoifger  àllaibMe:{^tfie*ipiî<iè- 
tèaait  ses  pieds  â  'dmqœ'  pas ,  il>le  ^«^Mia ,  «N;  ««riva^^stip  i^autift 
tifB,  mon  à^rer  Pattefittondè  deax'dign^  Imiygeoîs  èarkii^ 
rette,  chargés  de  la  garde  de  cette  barrière.  Vmk(d*èaxtéttlÊL  pvs- 
fondement  oecupé  à  lire,  ^t  une  tAirMjNpre^rôJhaey  «oitituie  lé- 
gende i^Ugiéuséy  Patttre  etssihinidt'  leisssé  av«6  Meàtion  /^XHaaie 
s'il  y  eût  cherché  des  angeiliiBS'M  des  gfeiHaâUes,  car  il  peignit 
un  petit  panier  qui  semblait  *^^ieisrtiàé  à  teeetQi^)qll^qae  bùtis  de 
«etteeiqièce. 

Vdyaiit  que  y  feomtttfo  4e  pfétre  le  Jiti  -aWtpilMt  ^il^ii^ildtfriQii 
à  cxamdre  de  là  ^^^attoe  des'seaiineUeB ,  ^AathnràcoaM;  êFers  la 
palissade  dans  Tespoir  ^'en'wiiiisaist  k  talitides^iMu:  »  il^poor* 


nkla^fimtteÛr'4te  «cal^sMit.  Mais ,  on  il  âtait  trop  préramé  de 
ses  forées,  ^n . ton  emprfaqimqiBent ,  les  liens  dont  11  avait  été 
oiHFséy'et  la  ^Q€e  fifil  airaft  fcite,  les  «taient  diminnées  ;  il  ne 
j»at  en  aftteisApe  leihâdt  /^mmiiba  en  arrière  ^  et  /en  se  vAetviiil, 
ûyii  on  .seidat -en  auûfiMnne  janne  et  bien,  conlenrs  quittaient 
œiles  d^BageEnbaGh.y^»eoai]rir*tertt  lai  en  criant  aaxYaedonnidrei 
négligeas ^t yareoiMiBL t — Alarme!  akmfel  'arrdiez  ee  fifyard, 
dâens'de  Cuméains  y-'ow^iiis^es  morts  tons  deux  ! 

I^  beorgieMS  qnlpteliait  jeta  par  teriie  son  trident  à  angmlleâ, 
tirasen  épée,  laât  brandirrarsa  tâte^'Ot  s'nvawçaTersPhiiipsiAi 
d^«n  ^^^  n*aHMMfiçait'pas.iméprëcipitntion'incotMidérée.  Gehli 
qui  lisait  fat  encore' plas  malheureux ,  car  il  mit  une  t<!lle'hftte4 
fermer  an  Vnm  et  à^MNiper  de  ses  émûm  qu'il  oe  jeta*  snr  le 
ekntinvilu  âeUat,  à  OMp  sur  éans  en  avoir  riatentien.  CSctai-et, 
fai  emnait  de  tentes  ses'iMroes ,  heuiHi  le  citoyen  de  la  Férette, 
et  le  ekcN;  fatisï  viohntifu'ik  fùrant  toi0  deux  renversés;  mds  le 
boarfeon^  étsmtvn  benmed^nn-poidsét  -d^nn  embonpobit  respec- 
tables,  resteànaoïebifetàl'endrat  où  il  était^tonibé ,  tandis  que  le 
soldat,  :fia»Ié^,'et  s'âMenâantpeu^tm  moins  à  cetie  rencontre, 
itemone  «I  fM  oQ^dcttx  en  tëmhant,  et  roula  jusqu'au  fossé ,  au 
Inid  doqnel  U  resta  ésendu^tmit  de  son  long ,  se  débâftaJtt  dans  la 
fangeépînsfle.  be  ^Mêêkêt  et  leledenr,  "sans  trop  se  fnresscr ,  àllè*- 
rent  ofbir  leur  sèoours  an  compagnon  de  garde  qu'ils n^VSieflt'ni 
iiimâa^ûaiéBÎisé.  Seariant^èitfMnps/  JÉrthmr/stimalé'pèfrfe^dan- 
gtrifi2il  osatiiaitvifiiuâtmNrtM^eesfforees^nf^  peur 

sauter  une  seconde  fois,  et  il  réussit  à  fritttdrti<llapiliBlMis.41'edli>- 
rat  altami^teiilleiitetS'lisiii#i^ 

qui  nVtaîmttpasLà  anetsèsfrrtbâe  distanee  ,'et  ywriNwsans  àreit 
entendu  aucun  cri  d'alarme  sur  les  «mrufllei.  11'seittaSt  ponrttnt 
qae  sa  eîMuidoniitaiil  devenue  eatrtfliement.  ptéeaire ,'  ptàsque  sa 
Ûteétatesomme  an^asoins 'd^un  sc^dat,  ^  né  manquerait  pas 
dted(mnér<««iséè8fq«Ul«usaitq)U^se*tirer*dcf  la  booe* du  fossé, 
queifis  AfAtttseoiipçsmiâtlesdeux^dioyensdevOal^  isedonner 
tout  j«ste4^ir  de>miidir/Oss>pensées,  qui  se'préseiMieM:  à  son 
esprit,  ajoutèrent  à  son  agilité  naturelle,  et,  en  mOtn& de'tiemps 
qé^t^^teirtit  pii^'et^ire'poirifc)e,;il'a«tëig^  Pextrémité  du 
petit4ieis,^isià il'pMtàiftitoiir 'la^^ tenr «de'la«penede  FBêt,  et^te 
vempart»eemireit  deseUais^rtmities  «mues. 
il«tf;  lMNMifr4e4Mte^seir«A^  scMiveftsoùs 


208  CHARLES  LE  TÉMÉMIREr 

le  peu  de  boisions  qui  prot^^ent  encore  sa  faite ,  afin  dMviter 
d'être  vu^iar  cent  qu'il  Toyait  luirméme  ti  distinct^nent;  Il  s'at*» 
tendait  à  chaque  instant  à  entendre  le  son  d'un  eori  et  à  voir  parmi 
les  soldats ,  sur  le  rempart ,  un  ^lonvennent  tumultueux  qui  anoon- 
cerait  une  sortie.  Rien  de  tout  cela  n'arriva  pourtant,  et  »  suivant 
Ic^  sentier  dont  le  prêtre  I«i  avait  parlp,  il  perdit  enfin  de  vue  les 
tours  de  la  Férette ,  et  rejoignit  bientôt  la  grande  route  par  laqnelle 
il  était  arrivé  dans  cette  ville  quelques  heures  auparavant  avec 
son  [ère.  Bientôt  un  petit  nuage  de  pouisière,  à  travers  lequel  il 
vit  briller  quelques  armes ,  lui  fit  reconnaître  qu'il  approchait  d'un 
détachement  d|honunes  armés ,  et  il  en  conclut  que  c'était  Fayaut* 
garde  de  la  députàtion  suisse. 

Au  bout  de  quelques  minutes ,  il  rencontra  ce  petit  corp8>  qoi 
était  composé  de  dix  hommes,  ayant  à  leur  tête  Rodolphe  Don* 
nerhugel.  La  yuedu  jeune  Philipson ,  couvert  de  boue  et  même  de 
sang,  car  il  s'était  fiait  une  légère  blessure  en.  tombant  dans  son 
cachot ,  excita  l'élonnement  de  tous  les  Suisses ,  qui  s'attroupèrent 
autour  de  lui  pour  savoir  ce  qu'il  allait  leur  apprendre.  Rodolphe» 
seul  ne  montra  ni  empressement  ni  curiosité  ;  il  avaitla  tête  large 
et  forte,  une  physionomie  semblable  à  ceUe  des  anciennes  statues 
d'Hçrcule,  et  dont  Texpression  calme/  indiflérente  et  presque 
sombre,  ne  changeait  de  caractère  que  daps  de^  momens  de  w 
lente  agitation. 

.  Arthur,  qui  pouvait  à  peines  respirer,  lui  apprit  que  son  père 
avait  été  jeté  dans  pu  cachot,  et  condamné  à  mort.  Cette  nouvelle 
fut  entendue  sans  émotion. 

— Ne  deviez-vous  pas  vous  y  attendre  ?  dit  le  Rémois  avec  froi* 
deur*  N'aviez- vous  pas  été  averti  ?  Il  aurait  été  bien  fiacile  de  pre* 
voir  et  de  prévenir  ce  malheur.  . 

. —  J'en  conviens  I  j'en .  conviens  1  s'écria  Arlbur  en  se  tordant 
les  mains  ;  vous  étiez  prudent ,.  et  nous  avons  agi  follement.  Mais» 
je  vous  ea  conjure, ^  ne  songez  pas  à  notre  folie  duis  ce  moment 
d'extrême  danger  !  Montrez  le  courage  et  la  gâiéroâté  que  tons 
vos  Canton^  vous  accordent  I  Venez  à  notre  secours  dans  ce  w- 
heur  terrible. 

— Mais'comment ?  de  quelle<manière  7  dit'fiodolphe ,  paraissaiit 
encere  hésiter.  Nous  avons  congédié  les  Bâlois ,  qsà  étaient  dis* 
posés  à.iions  prêter  niain-forte,  tant  l'exemple  de  vos  sentimeos  de 
soumission  a  eu  d'i^uence  sur  nous*  Nous  ne  sommesnoère  qu'une 


CHARLES  LE  ^TEHÉRÂffiE.  209 

vingtaine  d'hommes;  comment  Toidez-vons  que  nous  attaquions 
unç  ville  de  garnison ,  protégée  par  des  fortifications  et  défendue 
par  six. fois  notre  nombre  d'hommes,  bien  armés  ? 

—Vous  ayez  des  amis  dans  l'intérienr  >  répondit  AMinr,  j'en 
«ms  sûr.  Ecoutez  un  mot  à  Poreille  1  le  prêtre  de  Saint-Paul  m'a 
diargé  de  vous  dire,  à  vous,  Rodolphe  Donnerhngeli  qu'il  tous 
attend  à  la  poterne  du  côté  du  nord,  pour  tous  donner  sa  béné- 
diction. 

— Sans  doute  y  dit  Rodolphe  en  résistant  aux  efforts  d'Arthur 
pour  l'engager  dans  une  conversation  particulière ,  et  en  parlant 
assez  haut  pour  que  tons  ceux  qui  les  entouraient  l'entendissent; 
)e  n'en  doute  guère ,  je  trouverai  à  la  poterne  du  nord  un  prêtre 
poor  me  confesser  et  me  donner  l'absolution ,  et  après  cela  un 
iiflot ,  un  glaive  et  uu  exécuteur  pour  séparer  ma  tète  de  moki 
corps.  Mais  j'y  regarderai  à  deux  fois  avant  de  Ceûre  courir  un  pa- 
reil risque  au  fils  de  mon  père.  S'ils  assassinent  un  colporteur  an« 
glais  qui  ne  les  a  jamais  offensés,  à  quoi  doit  s'attendre  le  Jeune 
Oars  de  Berne ,  qui  a  déjà  fait  sentir  ses^ griffes  et  ses  dents  à  Ar* 
chibald  Von  Hagenbach  ? 

A  ces  mots ,  le  jeune  Philipson  joignit  les  mains  en  les  levait 
vers  le  ciel ,  en  homme  qui  n'attend  plus  de  secours  que  de  lui. 
Des  larmes  sortirent  de  ses  yeuxl,  il  serra  les  poings ,  grinça  les 
dents,  et  tourna  brusquement  le  dos  aux  Suisses. 

—  Que  signifie  cette  colère?  demanda  Rodolphe.  OùaUez-voas 
àprésent? 

— Sauver  mon  père,  ou  mourir  avec  loi,  répondit  Arthur.  Et  il 
allait  semettre  en  course  pour  retourner  à  la  Férette ,  quand  il  se 
sentit  serrer  le  bras  par  une  main  vigoureuse,  mais  dont  rétreînie 
avait  quelque  chose  d'amical.  ,    -, 

—Attendez  un  moment  que  j'aie  noué  ma  jarretière  p  lui  dit 
Sigismond  Biederman ,  et  j'irai  avec  vous,  roi  Arthur. 

—  Vous  ?  s'écria  Rodolphe,  vous,  idiot  I  et  sans  ordre  f  .     .    . 
-^Ecoutez  donc,  cousin  Rodolphe,  répondit  Sigismond  en  con- 

tinnant  avec  le  plus  grand  calme  à  attacher  sa  jarretiè^  qui,  sui- 
vant la  mode  du  pays ,  devait  être  nouée  d'une  manière  4m  Ij^u 
compliquée;  vous  êtes  toujours  à  nous  dire  que  nous  sommes 
Suisses  et  libres  ;  mais  quel  avantage  y  a-tâ  d'être  lifarOi  si  l'on  ne 
peut  pas  finre  ce  qu'on  vent  ?  Vous  êtes*  iaon  flattptniaa  aussi  J^iWg* 
temps  que  je  le  voudrai,  vayez^vcms,  iqais  ]ias  mi^  iniMH*  ^  $lis< 

l4 


mo  QtULBlSB  liE  IXlfÉKlUIIS. 

'—  *£t  pourquoi  pe  qultenûs^u  à  ffféMiit  »  iaaifm  Au  i«if  .d^ 
BMUida  le  Bernois,  pourquoi  en  ce  BU^jDMnt  plutôt  cpi^euiloutiSiitttf 

— Ecoutez-moi  y  x^ondit  le  soldat  in^nboodonué  ;  âlty  apicj^ 
'd'unonais^ue  je  dviaae  avec  Arthur,  «t  je  lui  auisitfJladKi  lamais 
il  ne  m^â  appelé  ni  fou  ni  idiot ,  quoiye  mes  j)faa<aB  .TJenaBtf 
«peut-être  un  peu  moîàs  vite  que  cel|^  des  autres,  fil  j'aime  mi 
aen  pwe  ;  c'esl;  lui  quiim'ii  /ait»présent  de.œ  Ittudoer  et>d£  Mm 
corne ,  dont  je  réponds  qu'il  a  donné  plus  d'un  bon  kreuizcr^  Il 
anfa  dlt^einepas  me  /décourager,  pajîoe  igae  aï  jieiii'»isaîs  pas  assez 
•d'esprit  pour  penser  vîte,  j'aws  aasez  de  bou  seaç  pour  peas^ 
juste,  et  cpe  cela  valait  mieux.  Et  le  bon  ^eîttardjec$  maJatenaat 
«nfeiyné  dans  la  suerie  de  «e  bonober  d'Hti^çuliacb  I  Um  w^  ^ 
•aiiverons,  Aithur,  si  deuac  hommes  peuyem;  «n  veoir  à  tel* 
'Yousme-vernez  combaâtne,  4|int  qjie4)et|elaisi^  dVtf^tieudniÀtf 
vianehe  de  frêne. 

En  parlant  ainsi ,  il  agitait  sa  lourde  pertuiswifi ,  qui  tramUbit 
dams  sa  main  comme  si  c'e^t  é^  une  branche  de  snulc*  Sansk 
Hait,  si  l'iniquité  devait  êtx»  terrassée  iBopme  im  I?^^f ,  f^atBQtto^t 
dacns  cette  troupe  d'élite ,  ne  paraissait  plus  en  étal  queSigimcod 
4e£ùreun  tel  exploit;!  car,  i^oîqn'il  fiil  d'une  taille  un pea moins 
iprande  qpe  celle  de  ses  frères ,  et  .qu'il  «ât  moins  .de  fosgse  f^ 
d'i&ipétiiosité,  ses  larges  épaules  et  ses  ouiseles  wigoureux  en  fu- 
saient un  athlète  di^osé  au  eombat;  «I  quand  il  é^l  uns  fff» 
•animé,  -ce  qui  n'âordivait  pas  feéqnemmem ,  fiodolpbe  lui-même, 
en  ne  parlant  que  des  forces  physiques,  aurait  pu  trouvar  fp^^^ 
«difficatoé  à  loi  résister. 

L'^ipve^sion  énergique  d'un  aentaiiient  irâritahle  pi^o^t  toa- 
]0«rs  de  lUiCet  sur  des  caractères  naJtureU^meni;  fâDéfeBi:«  f^' 
sieprs  des  jeunes  gens  qui  les  entouraient  eommem^èmni  à  l'toi^f 
^è  Sigismmid  ^vait  raison  ;  que  si  le  vieiUsrd  s^étaiftams/eB  <^' 
ger,  c'était  pavw  qu'il  avait  pensé  ai^  succès  de  leur  négefliatiân 
plus  qu^à  sa  pvopne  sftreté  ;  qpi^il  atait  renoncera  Icmr  protection 
pour  ^lie'pàs  le$<îmidiquer  dans  qndquje:querelle«  cause  délai* 

T^'Viqm^ *u*en  ^mmes  jque  d'autant  plus  cUigéa  de  nsiUar  à  t^ 
^'4u'fi'tae^luiaarri3ire  aucun  malheur,  tojant^iQ|iltiifr|  ^«'«stoafi^ 
MMsferens. 

<^  '--i'ifeUaiice ,  tavardeJ  s'éoria  fiodolpfa^  en  «gardant  aitfaor  i» 
JiB>aMe«uatui0>^snpénbfkié.  £t  tmbs,  i^thisr,  ajHaftMfUtffl^ 


•  "  *•    *    >». 


C96ILIIL»  Ile  tÈMÈRhBOL  lit 

fB!^  mt  noCipe  c6«uiM»4aBi:  tn  ehisf ,  iptil  «•«  aH«iiFatû.d]icèfm 
et  rtUBte  pète  ;  towt  ee  qu'il  ponrn  d^emtF  «n  m  ftiwi,  ^ot^ 
nous  trouverez  tout  prêts  à  l'exécuter. 

Ses  eompflfpiov»  pamrenl;  approvr^  cet  vris,  et'IeJ€»MPIiHip- 
son  vit  la^'iaérne  qo^il  ne  poovaiit  se  dispenser  de  le  suhre.  An 
boA  èa  eoenr,  qaoiqn'iî  soepçoaiiât  Roèotphe  dfafv«îr  ph»  di 
moyens  de  le  servir  e»  oetie  ooBrjectnWy  par  SMÎte  de  ses  JDtrigvos 
atec  la  jeuncMe  de  Suisse  cndeBttey  et  des  niellig9&ee»q»'il  wrait 
dsfitt  k  vilkr  mène  de  h  FArette  y  eofnmeeapowaîffeliapvéMDMÉ 
d'après  le  meseai^  que  lui  avait  envoyé  le  prtore  de  Saint-Paul^ 
àrthnr  osmptait  luûueeup  plus  sur  k  siinplieitë  feanche  et  h 
bonne  foi  impoturkible  d'JbnHddBkderman,  et  iinepttdttpasani 
JnslaBC  pour  courir  à  sa  reaMati^y  sAn  de  ki  raconter  son  hist^in 
d^lorable,  et  dlmplorer  son  sacoumi. 

Su  haut  d'une  éuinence  qu'il  attseigidt  quelques  ■ûnutas  après 
avw  quitté  Rodolpbe  et  son  avuit-garde,  il  vit  le  vénérable  Lan- 
damman  et  ses  c^Alègues,  acconpagnéa  du  reste  des  jeunes  gens 
qiûles  escortaient;  car  ils  ne  se  ÂspersaienI  plus  idorsde  cftiéel 
d^antiie  Sur  les  flancs ,  mais  ils  suivaient  ks  députés  à  quelques 
{«s,  en  bon  ordre,  sous  les  armes,  et  cm  faounnes  préparés  à  ré» 
sttteri  toute  attaque  imprévue. 

En  arrière  marebaient  les  deux  mukts  chargés  dbs  bagages, 
et  ÂrtJbiar  r eeennwt  ansri  ceux  qu'avident  montés  pendant  toute  la 
marche  Anne  de  Geierstein  et  sa  suivante.  Ik  poitaîent  deux 
femmes,  eorameà  Pordinaâre,  et,  autant  qu^il  laî  était  possibk  d^en 
juger,  erile  qui  mar  ebait  la  première  avait  k  oostume,  qu^iUonnais- 
saitpBrJhicement,  de  k  jeune  Helvélienne,  depuis  son  grand  voile 
pis  jgBqu^à  la  petite  plume  de  héron  qu'eHe  avait  pontée  depuis 
son  entrée  en  Allemagne ,  ponr  se  eonfiormcr  aux  useras  du  pays 
eia&nenoer  qa'elle  était  d'un  sangnoble  etd'un  rang  distingué.  Ce- 
pendant, si  les  yeux  d' Arthur  ne  k  annnpaient  pa»  en  ce  moment , 
eominmit  farvaienfl^ik  servi  il  n'y  avait  guère  pks  d'une  demi- 
beare,  qwand  il  avait  va,  dans  un  ctufàM,  aout^rrain  de  k  Férette^ 
les  mêmes  traits  qai  a'olFraient;  ider s  à  ses  regards .  dana  des  cii>- 
csonstanoes^i  différentes?  Cea  idées,  qui  ee  présentèrent;  à  son 
esprit,  Peeeupèrent  tetement,  ma»  un  seul  instmit  :  ee  fat  oonnne 
féclaîr  qui^Hlonne  les  nuaig«a  pendant  k  m^^ét  quN>n  a  à  peine 
aperçu  qu'il  s^évunocÉtdaus  les^  ténèdMKS^  an,  pour  mieux  dira^, 
VétnmenmnD  fae  fit  iii^llre  %m  ki  eut  inoidsnt  mm^vatUam^  ne 


212  CHARLKS  LE  TÉMÉRAIRE. 

fwaoii  pa9  l'inquiétude  qu'il  éprouvait  pour  la  sûreté  de  soh 

père,  Bentiment  qui,  eu  ce  moment ,  remportait  sur  tons  les 

autres. 

— ^.S^il  existe  réellement,  se  dit-il  à  lui-mémei  un  esprit  qui 
porte  ces  traits  charmans,  il  doit  être  aussi  bienbisant  qa'ai< 
oiable  ;  et  il  ne  refusera  pas  à  mpn  père ,  qyii  la  mérite  mieox  qae 
moi,  la  protection  qu'il  a  accordée  à  son  fils. 

SlaJis  ayant  qu'il  eût  eu  le  temps  de  &ire  de  plus  amples  ré- 
flexions sur  ce  sujet  y  il  arriva  près  du  Landamman  et  de  son  es- 
corte. Sa  Tue  et  son  extérieur  leur  causèrent  la  même  surprise 
qu'à  Rodolphe  et  à  l'ayant«garde.  Le  Landamman  le  questionna 
sur-le-champ,  et  il  lui  répondit  en  racontant  avec  brièvetësoa 
emprisonnement  et  ^  délivrance,  dont  il  laissa  toute  la  gloire  au 
prêtre  de  Saint-Paul,  sans  dire  un  seul  mot  de  l'apparition  plus 
intéressante  dont  il  avait  été  accompagné  en  remplissant  cette 
tâche  charitable.  Arthur  garda  aussi  le  silence  sur  un  autre  point; 
il  ne  crut  pas  qu'il  fût  convenable  d'informer  Arnold  Biederman 
du  message  dont  le.  prêtre  de  Saint-Paul  l'avût  chargé  pour  Ro- 
dolphe ,  et  qui  lui  .était  adressé  exclusivement.  Quel  que  pàt  en 
être  le  résultat ,  il  regardait  le  silence  comme  une  obligation 
sacrée  que  lui  imposait  la  confiance  qu'avait  eue  en  lui  un  homme 
qui  venait  de  lui  rendre  un  service  si  important. 

Le  Landamman  resta  un  moment  muet  de  surprise  et  de  cha- 
grin ^apprenant de  pareilles  nouvelles.  PhiÛpspn  père  avait 
obtenu  son  respect  par  la  pureté  et  la  fermeté  de  .ses  principes» 
autant  que  par  l'étendue  et  la  profondeur  de  ses  connaissances. 
Ge  dernier  mérite  était  doutant  plus  précieux  aux  yeux  d'Arnold, 
qu*il  sentait  que  son  excellent  jugement  pouvait  être  quelquefois 
égaré ,  .feiute  de  connaître  suffisamment  les  pays  étrangers ,  les 
mœurs  et  l'esprit  du  temps ,  objets  sur  lesquels  son  ami  l'Anglais 
lui  donnait  quelquefois  des  renseignemens  exacts. 

— t  Marchons  en  avant,  sans  perdre  un  instant,  dit-il  à  ses  col- 
lègues. Rendons^nous  médiateurs  entre  le  tyran.  Hagenbacb  et 
noireami ,  dont  la  vie  est  en  danger.  Il  faudra  qu'il  nous  écouta) 
car  je  sais  que  son  maître  attend  Philipspn  à  sa  cour  :  le  vieillard 
mel'a  donné  :à  entendre.  Gomme  ijious  sommes  en  possession  de 
ce  secret,  Archibald  n'osera  l>raver  notre  vengeance^  car  il  oonà 
serait  :bien, facile  de.&ire  savoir  au  duc, Charles  jusqu'à.quelpouit 
le  gouverneur  de  la  Férette  al»use.de  son  pouvoir,  non-seulement 


(2HÂRLES  LE  TÉMÉRAIRE.  213 

en  ce  qui  concerne  les  Saisses,  mais  même  dans  des  affaires  q«i 
regardent  lé  duc  personnellement. 

— A?ec  votre  permission^  mon  digne  oollègney  répondit  le 
porte-I)annière  de  Berne  ^  notis  sommes  dépotés  par  la  Suisse  »  et 
nous  ne  sommes  en  marche  qne  pour  aller  iaire  des  représenta- 
tions sur  les  injustices  dont  la  Suisse  peut  se  plaindre.  Si  noua 
nous  mêlons  des  querelles  d'étrangers ,  nous  en  tronyerons  pins 
de  difficulté  à  obtenir  le  redressement  des  grieb  de  notre  propre 
pays.  D'une  autre  part ,  si  le  duc ,  par  cet  %ete  de  scélératesse 
commis  à  l'ombre  de  son  pouToir,  contre  des  marchands  anglais, 
attirait  sur  loi  le  ressentiment  du  roi  d'Angleterre ,  cette  roptnre 
ne  peut  que  le  forcer  à  conclure  avec  les  Gantons  suisses  on  traité 
qui  leur  soit  avantageux. 

II  entrait  tant  de  politique  dans  cet  avis,  qu'Adam  Zimmer» 
man,  député  deSoleure,  y  donna  sur-le-champ  son  assentiment^ 
en  ajoutant  pour  nouvel  argument ,  que  leur  collègue  Biederman, 
il  n'y  avait  guère  que  deux  heures ,  lui  avait  dit  que  ces  marchands 
anglais  >  de  son  avis  et  de  leur  propre  volonté ,  s'étaient  séparés 
de  la  dépntation,  pour  ne  pas  l'impliquer  dans  les  querelles  que 
poorraieiit  occasioner  lés  exactions  du  gonvemettr^.  soifs  le  pr6> 
texte  de  lever  des  droits  sur  leurs  marchandises, 

—  Or,  qnel  avantagé  nous  aura  procuré  cette  séparation,  con- 
tinna-t-il,  si,  comme  notre  collègue  semble  le  proposer,  nous  de» 
Tons  nous  occuper  des  intérêts  de  cet  Anglais,  conutte  Vil  était 
notre  compagnon  de  voyage  et  placé  sons  notre  protection  spé- 
ciale? 

Le  Landamman  se  trouva  serré  de  près  par  cet  argument  ad 
kominem;  car,  bien  peu  de  temps  auparavant,  il  avait  fait  valoir 
h  générosité  de  Philipson,  qui  avait  préféré  ^e  s'exposer  aa. 
^ger,  plutôt  que  de  risquer  de  nuire  à  leur  négociation  en  res- 
tot  en  leur  compagnie.  Ce  raisonnement  ébranla  même  le  dé- 
Tonement  loyal  du  député  de  Schwitz  à  barbe  grise,  Nicolas  Bons* 
^tten ,  dont  les  regards  passaient  sans  cesse  de  la  physionomie  de 
Zimmerman,  qui  exprimait  une  confiance  triomphante  dans  la 
solidité  de  son  argument,  à  celle  de  son  ami  Arnold,  qui  semblait: 
plus  embarrassé  que  de  coutume. 

-^ Mes  frères,  dit  Biederman  d'un  ton  ferme  et  animé,  j'ai 
commis  une  erreur  en  tirant  vanité  de  la  politique  mondaine  dont 
ie  TOUS  ai  donné  une  leçon  ce  matin.  Cet  homme  n'est  pas  de  notre 


une  des  images  de  l'Être  qui  poii9  a;  tous  créés  »  et  d'autant 
)plns  digne  déipostac  i»  4ilce^  .^pi'il  ^  Jipiniiie  d'honnear  et  in- 
tlègvft«  Meus  ne  ponr^ûons, . w^^xoiumettriB  .u«i  péc^é  hqnténx,  le 
.Ueser  dans  .le  daimper,,  tq/xBjàà  même  .il  ne  se  tropyerait  ^e  par 
Jwaotâ  s«r  noire  ^A^mio  ;  «encore  J)iexi  moins  deyonsroojas  raban- 
'doimer . qwrnd il  s'est  mis  en. péril  pour  l'amour  de  nous,  et  pour 
)iioos  empâehorde  tomber  dans  lepiég^  ou  il  est  pris.  IHe  vonsdé- 
^ooiaragez  doue  pas. Nous obiéirous  .à  lu  yolouité  de  J>ien,  i^n  secon- 
.mnt  au  imume  .oppcimé.  Si  «uons  ^rénssii^sous  par  la  doacear, 
;oosiMe  jel'espeyse^yuous  aurons  ^fai,t  une  «bonne  action  à  pea  de 
lirais  rsi.te'.oontiiwe  Arrive  »  Oieu.peut&ire^triompbeTlacausede 
l'humanité  par  les  mains  d'une  poignée  d'l»omm^.9.S)is.^i'^i^  f^ 
«par  tonte  nne^permée. 

— 8i  teUaeat^otvoopinîoQiiréponditleporte^bonnière,  iln'yapas 
.M  ma  seul  bemme  q«i.ne)Soit  prêta  tous  soutenir.  Quanta  moi; 
J«pIaidais.o0iilie  ma;{«Fopre  inclinaJtion,^,<9n  ,yoiis.<)onseillant  d'é- 
i^ler  une  mp^iire.aitee  1^  bourguignons.  C^ndsnt  je  dois  dire, 
*^icmmm  4alda^,igueij{aio^orais,mion^ combattre  la  {^ain^ison  eara^ 
«MmiMgMf  fàt^iledew  ifois^plns  foicte  qu^'on  ne  le  prétend^  qae 
d'entreprendre  de  m^empasor  d'i33&aiut  de.lenrs  fortifications. 

•  ^  Saymx,  tnmquftUaf.  dit,  te  T  wdamm^.n  ;,i'espère  «ae.  noi|s  entre- 
.i9iifrdAns,la  iiâlfe'^  Ifii'KâEetlo  «t  ^e«nona.j^j9Artirons  $ansd^- 
inoser  An  «aviielèrefpaci%iie  dent  naosiaTjBstit  h  mis^QO  ^®  ^^^ 
«â/fons>goçifrrdeiia.Ôioto> 


CHAPITRE  XViL 


Mais ,  qa«Dt  à  Someriet ,  que  sa  tdte  conpabi* 


La  .gouTerneur  de  la  Férette  éuit  sur  le  faîte  de  la  tour  ^ 
lOommandait  l'entrée  de  la  yilte  du  cdté  de  l'orient^  et  ses^r^^^ 
«A^/diilgeaiçntsur  la  route  <|ui.  cQndqisait  à  Baie»  q[iiand  OP  ^i^ ^ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  215^ 

loin  d'abord  Payant-garde  de  la  députation  saisse ,  nuis  le  corps  du 
centre,  et  enfin  Farrière-garde.  Bientôt  Favant-garda  s'arrêta , 
le  centre  la  rejoignit,  et  les  mulets  qni  portaient  lis desx  faminet 
et  ks  bagages  s'y  ^tant  aussi  réunis,  les  trois  eorps  n'en  formèreat 
plus  qu'un  seul. 

Vn  messager  s'en  dëtacba,  et  fit  entendre  le  son  d^un  de  œa 
cornets  énormes,  dépouifles  de  l'urus  on  boeol  saunage,  ainimaiiaL 
qm  sont  si  nombreux  dans  le  canton  d'Uri,  qil'on  suppose  qu'ila 
iiii  firent  donner  ce  nom. 
— lis  demandent  à  entrer,  dit  l'écuyer . 
—Et  ils  entreront ,  r^ondit  Arclnbald  Von  Hagenbach  ;  mais, 
monUen!  somment  en  sartiront4Is2  o!est  une  amre  qne3tion»  at 
plnsimjportante. 

—  Qae  Votre  Excellence  y  réflécliisse  un  iitstnat,  répondit 
fib'an  i  songez  que  ces  Suisses  sont  dea  diables  dansle  eomkat,  et 
ipiis  ne  nous  laisseront  aucun  butin  pour  nous  payer  notre  tî^ 
toire,  seulement  quelques' misérables  bhatnes  de  bon  enÎTre  où  4e 
numvais  argoat  ;  Vous  avez  déjà  tiré  toute  la  moeffe^  m  risquez 
(as  âe  vous  casser  les  dents  en  youlant  .briser' les  os. 

— To  es  un  fou,  Kilian,  rSipôndit  llagenbadi,  et  peatrétre  un 
jpoltron  par-dessus  le  marché.  L'approche  d'une  vingtaine,  ou  toiit 
AQ  plus  d'une  trentaine  de  partisans  suisses,  te  fait  rentrer  les 
cornes  cônmie  ceBesd'un  limaçon  que  touche  le  dœgt  ^^ua  enfant. 
Les  miennes  sent  aôissi  dures  et  aussi  fermes  que  eàio  de  l'urus 
^ntils  parlent  tant,  et  dont  ils  sonnent  si  faardimMii.  Sooge 
^e,  timide  créature,  que  si  nous  Imssous  passer  librement  cea 
iépàés  suisses,  comme  il  leur  plaît  de  s'appc^r,  ilsiront  raconter 
^odoe  l'histoii'e  de  marchands  qui  se  rendaient  à  sa  cour,  et  qui 
IH)rtaient  des  marchandises  si  précïeusçs  adressées  à.  sa  personne.. 
Charles  aura  donc  à  subir  l'ennui  dé  l'ambas^de  d'un  peuple  qui 
^t  l'objet  de  son  mépris  et  de  sa  haine,  et  il  apprendra  que  le  gou- 
Terneclr  de  la  Férette ,  en  leur  permettant  de  passer,  a  cependaht 
^  arrêter  des  gens  qu'il  aurait  yus  avec  grand  plaisir  ;  car  qilel 
pnnce  ne  ferait  pas  un  accueil  excellent  a  un  collier  senïblaUft.  à 
c«li]i  que  nous  venons  de  prendre  à  ce  vagabond  de  colporteiir 
anglais? 

^  Je  ne  vois  pas  comment  une  attaque  contre  oes  ambassadeurs 
vous  donnera  une  meilleure  excuse  pour  avoir  d^K>uillé 
.Anglais; 


^^^  GËÂfitÈS  LE  TËHËRAIRE. 

«^Td  hé  Vois  pas»  Kilian,  parceqne  taesiineiaiipè,imetanpe 
)l¥eiigle.  Si  le  dto  de  Bourgogne  entend  parler  d'une  escarmoude 
cnl^  ma  garnison  et  les  manans  montagnards  qu'il  méprise  et 
'qu'il  déteste ,  il  ne  s'occupera  nullement  de  deux  colportears  qui 
auront  péri  dans  la  mêlée.  Mais,  dans  tous  les  cas,  si  l'on  faisait 
une  enquête  à  ce  sujet  par  la  suite,  il  ne  me  faut  qu'une  heure  poar 
me  transporter  sur  les  terres  de  l'Empire;  et  ^oique  l'Empereur 
soit  un  fou  sans  énergie,  le  riche  butin  que  j'ai  fait  sur  ces  insolaires 
m'y  assurera  un  bon  accueil. 

,  .-*.  Votre  Excellence  me  trouyera  à  son  côté  jusqu'au  dernier 
moment,  et  tous  pourrez  juger|que,  si  je  suis  un  fou,  du  moins  je 
ne  suis  pas  un  poltron. 

— Je  ne  l'ai  jamais  regarde  comme  tel  quand  il  s'agit  d'en  venir 
aux  mains,  mais  en  fait  de  politique  tu  es  timide  et  jjrésola.  HetSr 
moi  mon  armure,  Kilian,  et*aie  soin  de  bien  l'attacher.  Les  piques 
et  les  épëes  de  ces  Suisses  ne  sont  pas  des  aiguillons  de  guêpe. 

—  Poisse  Votre  Excdlence  la  [porter  avec  autant  de  profit  que 
d'honneur  !  dit  Kilian  ;  et  il  se  mit  à  remplir  ses  fonctions  offi- 
deUeaen  courrant  son  maître  de  l'armure  complète  d'un  cbeya* 
lier  de  l'Empire. 

—  Votre  résolution  d'attaquer  les  Suisses  est  donc  bien  prise  i^ 
.  ajouta-t-il  ;  quel  prétexte  en  donnera  Votre  Excellence  ? 

— '  Laissez-moi  le  soin^d'en  trouver  ou  d'en  faire  naître  an.  Songe 
seulement  à  placer  à  leurs  postes  Schonteldt  et  les  soldats,  et  son* 
Tiens-toi  que  le  mot  de  ralliement  sera  :  Bourgogne  à  la  rtscoasse  ! 
Quand  j'aurai  prononcé  ces  mots,  que  les  soldats  se  montrent; 
quand  je  les  aurai  répétés ,  qu'ils  tombent  sur  les  Suisses  !  Et  main- 
tenant que  je  suis  armé ,  ya  faire  ouvrir  la  porte  à  ces  paysans* 

Kilian  salua  son  maître  et  se  retira. 

Les  Suisses  avaient  déjà  fait  entendre  pluueurs  fois  le  son  de 
leur  corne ,  car  ils  étaient  mécontens  d'avoir  attendu  près  d'one 
demi*heure  devant  la  porte  sans  recevoir  aucune  réponse,  et^ 
son ,  plus  fort  et  plus  prolongé  à  chaque  fois ,  annonçait  leor  un* 
patience  aux  échos  qui  le  répétaient.  Enfin  la  herse  se  leva,  I« 
pont-levis  se  baissa,  et  ils  virent  s'avancer  Kilian,  en  costume 
d'homme  d'armes  prêta  combattre ,  et  monté  sur  un  palefroi  mar- 
chant à  l'amble. 

—  Il  faut  que  vous  soyez  bien  hardis ,  Messieurs,  s'écna-t-»' 
pour  vous  présenter  à  main  armée  devant  la  forteresse  de  la  *•  ' 


ÉHAiOJES  LE  TÉMÉRAIRB.  SlT 

jrëttey  dont. la  seignetirie  appartient,  de  droit  an  trois  fob  aôbfe 
doc  de  Bourgogne  et  de  Lorraine ,  et  qui  est  commandée  ponr  loi 
et  en  son  nom  par  Archibald  Von  Hagenbach ,  ofaeyalier  dn  saint 
Empire  romain  I 

-  Sire  écayôj^^  répondit  le  Landammsn ,  car ,  d'après  \a  pliunô 
que  yons  poirtei  à  votre  toqae ,  je  suppose  qne  tel  es^  yotre  grade , 
Hloiië  hé  soinôies  point  ici  ayec  des  intentions  hostiles.  Si  nons 
sommes  larmes  comme  toos  le  Toyez  »  c'est  ponr  nous  défendre 
pendant  nn  voyage  périlleux  qui ,  le  jour ,  nous  offre  quelques 
pénis ,  et ,  la  nuit ,  ne  nous  permet  pas  toujours  de  nous  rqposer 
^  stiûreté.  Mais  nous  n'aTons  aucun  projet  ofifensif  ;  et  si  nous  en 
msm  eo ,  nous  ne  serions  pas  arrivés  ici  en  si  petit  nombre* 

—  Quel  est  donc  votre  caractère ,  quels  sont  vos  desseins?. de- 
manda Kilian ,  qui  avait  appris  à  prendre ,  en  l'absence  de  som 
maitre ,  un  ton  aussi  impérieux  et  aussi  insolent  que  celui  du  gon* 
Ternear  lui-mâme. 

"—Nous  sonameSf  répondit  le  Landâmman  d'une  voix  calme  et 
tranquille ,  sans  paraître  s'offenser  de  la  conduite  arrogante  de 
l'écayer,  et  sans  avoir  même  l'air  d'y  fiiire  attention ,  des  députés 
des  Gantons  libres  et  confédérés  de  la  Suisse  et  de  la  bonne  viUe 
de  Soleare ,  chargés  par  notre  Diète  législative  de  nous  rendre  en 
présence  de  Sa  Grfice  le  duc  de  Bourgogne ,  pour  une  affaire  de 
grande  importance  ponr  son  pays  et  pour  le  nôtre ,  et  dans  l'espoir 
d'établir  avec  le  seigneur  de  votre  maître,  je  yeux  dire  avec  le 
ikoble  duc  de  Bourgogne ,  une  paix  sûre  et  durable ,  à  des  ,condi* 
tioiis  honorables  et  avantagenses  pour  les  deux  pays ,  et  d'éviter 
ainsi  des  querelles  qui  pourraient  conduire  à  l'effusion  du  sang, 
cjirétien  faute  de  s'être  bien  entendus. 

^  Montrez*moi  vos  lettres  de  créance. 

—  Avec  votre  permission ,  sire  écuyer,  il  sera  assee  te^nps  de 
montrer  quand  nous  serons  en  présence  de  votre  maître ,  le 

S^avemeur. 

--  Ce  qui  veut  dire  qu'un  homme  vobntaire  n'en  agit  qn* à  sa 
^te«  Fort  bien ,  mes  maîtres  ;  et  cependant  vous  pourriez  recevoir 
abonne  part  cet  avis  de  Kilian  de  Kersberg  :  il  est  quelquefois 
plos  sage  de  battre  en  retraite  que  de  marcher  en  avanjt.  Mon^ 
maître,  et  le  maître  de  mon  maître ,  sont  des  personnes  plus  dif-: 
aciles  à  manier  que  les  marchands  de  Bâle ,  à  qui  vous  vendez  vos 
iromages.  Retournez  chez  vous,  bonnes  gens,  retournez  chea 


tMif  k  diMÛa  YMis  est  onvort  »  et  yoos  êtes  bien  aTertb. 
-«^  Noos  T<Nw  renereioiis  d«  yotre  conseil  i  riépondit  le  I^tndam't 
liaiit  coQ]^tla[^rolB  aa  port^bannièr e  de  Berne ,  qui  commeQ- 
^t  à  s'abandonner  à  son  courroux ,  si  ce  conseil  est  amic^  ;  s'A 
9e  Test  pas ,  une  plaisanterie  iQciyilp  est  comme  un  fusil  trop 
dhargé ,  qui  rejKNUse  celui  qui  le  tire.  Notre  route  çst  par  la  Fé- 
rette  y  «lousADUS  proposons  donc  d'y  passer^  et  nous  y  reccTrons 
l'ÎB^ueil  qu'on  peut  nous  préparer. 

—  Entrez  donc ,  au  nom  dii  diable  I  s'écria  Kilian ,  cpd  avajt  ea 
(^elqne esjpoir  de  leur  inspirer  assez  de  crainte  pour  {es  décidera 
retourner  chez  eux^  mais  qui  se  trouva  trompé  dans  soç  attpnte. 

Les  Suisses  entrèrent  dans  la  ville ^  et  furent  arrêtés",  aune 
^i^rantaine  de  pas  de  la  porte  ;  par  la  barricade  de  chariots  que  le 
gouverneur  avait  fait  établii"  dans  la  rue.  Ils  rangèrep^t  I^r  petit 
corps  en  ordre  militaire  et  se  formèrent  sur  tjrois  lignes ,  les  ^eax 
femmes  et  les  députés  placés  au  centre.  Cette  petite  phalange  pré- 
sentait un  double  front ,  un  de  c}iaque,côté.de  la  rue ,  tandis  que  h 
ligne  en  face  se  disposigit  ^  marcher  en  jivant  dès  qu'on  aurait 
écarté  l'obstacle  qui  gênait  le  passage.  ^En  ce  moment  d'attentç^ 
fm  eheya^er  armé  de  toute^  pièces  sortit  par  une  petite  p<jirte  de 
la  grande  tour,  sous  le  passage  cintré  de ^aque^De  le^  ^T)isses 
ftvaient  passé  pour  entrer  dan^  la  villp.  ^a  yi^ère  de  son  caç^e 
4itait  levée ,  et  il  s'ayai^ça  le  long  de  la  petite  ligne  formée  f^}^ 
Suisses  I  d'un  àir  hautain  et  menaçant'. 

— Quiêtes-vpuSy^à'écriM-ily  vous  qui  osez  avyiocr  a}nsi,lcs 
armçs  à  la  main,  da^is  upe  ville  appartenant  à  la  B9urgogi}ef 

— Avec  la  permission  de  Votre  Excehejice ,  d^t  le  lJândîp^|M> , 
je  lui  répondrai.que  nous  sommes  des  houimes  chargés^d'iuie  np- 
sion  pacifique ,  quoique  nous  soyons  aripés  pour  notre, ^défense 
personnelle.  Nous  /sommes  çnvoyés  par  les  villes  de  Berne  et  de 
Sokure ,  par  les  cantons  JXJri.  de  Schwitz  etd'Underwâlâ,  poifr 
régler  des  affaires  importantes  avec  Sa  Grâce  le  duc  de  Bour- 
gogne et  de  L^rraùie.   . 

—  Queues  villes  ?  quels  cantons  ?  demanda  le  gouvemçpr  de  to 
,yereue  ;  je  n'ai  jamais  entçndja  prononcer  de  pareils  noms  parmi 
ceux  des  villes  libres  d'ÀUemàgne.  Berne,  vraiment!  et  depuis 

,  C[uand  Berne  est-elle  devenue  upe  ville  lib^e  ? 

—  Depuis  ie5l  juin  d^iy  de  grâce  1339,  répondit kLai^*ï^" 
pll^;  dep^s  le  jour  de  la  bs^taille  de  Laupen. 


—  Tutf-taiif  vÎMixiABiaron,  reprit  Hugenhach  ;  troii-taqae  de 
pareilles  rodomontades  puissent  passer  ioî  pour  argent  oonq^tant  ? 
Dlaas  a^DHs  bien  wUeniUi  pader  de  qpelfees  yillages  et  hameanz 
ifi  seront  iasnrgés  an jnilâeu  des  Alpes;  nous  saYOBSfae ,  xéyoh 
tés  centre  FEiaperenr ,  ils  ont ,  à  l'aide  de  lears  mcMitagnes  et  de 
lems  défilés ,  dressé  des  embuscades ,  et  assassiné  qaelques  ehera- 
liers  et  ^elqnes  gentilshommes  envoyés  contre  eux  par  le  duc 
d'Autriche;  mais  nous  étions  loin  de  penser  que  de  si  misérabli|S 
JiWipations^  de  si  mépnisables  bandes  de  mutins  i  eussent  Vinso* 
Jeace^epren.dre.lexitxe  d'Etats  libres,  et  la  présomption.de  tou- 
jLoir  f^ti;^r  ep  .aégoçi^UoniiYec  un  piinçe  ^ussi  puissant  ^e  le  duc 
ile  Bpur^pgne. 

^y(^  j^cell^9^;fern)e.p^nnetti;a  deluifidre  remarquer,  ^t^ 
.IfSil^amnjia^  ^TCCrup  gc^i  san^*fi:oid,  qiie  vos  propres  lois  de 
,cb^al^e.disei|t  qu^  §i|e  plus  fort  nuit  ^u  plus  fainle,  si  le  nûbie 
.in$idte  le  rptmier^  ce  &it  seul  détrqit  toute  distinction  entre  enx, 
^X  celui  qiPia  .commis  ri^ure  est  obligé  d'en  donncpr  satisfac^pn.de 
.ld}e,|nMiwe  ÇPie,i'sKite,lajPiirlie;iniurîéc. 

— .B.etoi|i];ne.dans  .tes  .montagnes,  manant!  sfécrif  l!^geiiba<^ 
,{^Tec  hauteur,  yas^  pçigi^er  ta))arl^e ,  et  faire^ rôtir  tes  cl^atai^ep. 
,^oi  I  paifce  gjjie  quelques  rats  et  quelques  ^ouri|^  trouvent  upe 
^^^te  daii^Jf^.niuis  çt  derrière  les  boiseries  de  nos  miBds9n^, 

]|^  j[)çr9iettT.Q;^H)^3  PP.^^  ^i^I^  de  nous  insulter  par  leur  dégoù* 
;)fa|t  ^peçt ,  ^etrdç.  se  donner  i^evant  nous  des  airs  de  liberté  et  d'in» 
dépendance  ?  Non  :  nous  les  éçra^rpos  j)lutot  sous  le  ^on  fenré 
v4e,pps  b^tt^. 

—  Ifpi:|s,|^edp)nmesj|a,s  ,des  gens  qu,'on  puisse  fonlcfr  apxpiec^, 
.réppn^t  ./^nifid  Biederman  avec.Ia  même  cahne  ;  ceux  qui  l'ont 
l^ipiÇiaféopt  fr9^yé  çn  nous  des  pierres  qui  l£S  pnt  fait  tr^btichgr. 
«Qie^4ez^un,ju|^s|aj^t <(  jice^çbevaiier,  ce  ïangage  hautain  quine  peut 
conduire  qu'à  la  guerre,  et  écoutez  des  paroles  depsux.  B^endç^ 

M.  W?Kî^.àpQU:e  compagnon ,  le  nmrcha^jinglais  Philips^n ,  que 
lYQçs  ayez,  fajît  arrêter  illégalement  çejpEiatin ,  qull  pi^e  une  soopne 
,raî;so,nn^ble  pour  sa, rançon,  et  nous  rendrons  au  9uc  »  ponr  leqpel 
«Aûiis ^vqi^St une  mission, jan  coippte  favorable  de  son gojuvenienr 
delaFérette. 

-"^Yoqs.ser^çz  si  g^o^renx  I  (en,  vérité  I  s'écrjaArchîbald  avec  on 
itaade,^^sion.;Et  quelle  garantie  me  doiçinçrez-vous  que  voqs  a«* 
tez  pour  moi  autant  de  bonté  que  vous  1^'annonce^  ? 


220  ËtiA&LES  LE  tÉMéRAmS. 

^—  La  parole  d'an  homme  qui  n'a  jattiais  manque  à  ta  {nrômesseï 
^répondit  le  stoïqoe  Landamman. 

—  Drftle  insolent  !  a'écria  le  gottyerneiir  :  oses-ta  me  faire  des 
conditions?  Oses-tu  m'offrir  ta  misérable  parole,  comme  une  ga- 
rantie  entre  le  duc  de  Bourgogne  et  Archibald  Yon  Hagénbadi? 
Apprends  que  tous  nuirez  point  en  Bourgogne ,  on  que,  sivons  j 
allez  y  ce  sera  les  fers  aux  mains  et  la  corde  au  cou.  Holà!  ha! 
Bourgogne  à  la  rescousse  1 

A  l'instant  même ,  l6s  soldats  se  montrèrent  en  ayant ,  êti  Arrière 
et  sur  les  côtes  de  l'étroit  espace  que  les  Suisses  occupaient.  Les 
remparts  voisins  de  la  tour  étaient  garnis  d'une  ligne  d'hommes 
d'armes  y  des  soldats  parurent  aux  portes  des  maisons  et  à  toutes 
les  fenêtres,  armés  de  fusils^  d'arcs  et  d'arbalètes ,  et  prêts  à  tirer, 
ou  à  tomber  sur  les  Suisses.  Ceux  qui  étaient  derrière  la  barricade 
se  présentèrent  aussi,  disposés  à  disputer  le  passage.  La  petite 
troupe,  entourée  d'ennemis  bien  supérieurs  en  nombre,  ne  parot 
ni  efirayée  ni  découragée,  et  prit  une  attitude  défensive.  Le  Lan* 
damman,  se  portant  au  centre  de  bataille ,  se  prépara  à  forcer  la 
barricade.  Les  deux  autres  lignes  se  mirent  dos  à  dos,  poor  dé- 
.  {sndre  l'entrée  de  la  rue  contre  les  soldats  qui  voudraient  sortir 
des  maisons.  Il  étai.  évident  que  ce  n'était  que  par  la  force  et  par 
l'effusion  du  sang  qu'on  pouvait  subjuguer  cette  poignée  d'hommes 
déterminés ,  même  avec  une  troupe  cinq  fois  plus  nombrease. 
Archibald  le  sentit  peut-être ,  et  ce  fut  sans  doute  la  cause  da  délai 
qu'il  mit  à  donner  le  signal  de  l'attaque. 

Un  soldat  couvert  de  boue  arriva  en  ce  moment  tout  essoufflé 
devant  le  gouverneur,  et  lui  dit  que  tandis  qu'il  s'efforçait,  qael« 
que  temps  auparavant ,  d'arrêter  un  prisonnier  qui  s'enfuyait,  les 
bourgeois  de  la  ville  l'avaient  retenu  et  presque  noyé  dans  le  fossé, 
et  qu'en  ce  moment  les  citoyens  introduisaient  Fennemi  dans 
la  place. 

—  Kilian,  s'écria  le  gouverneur,  prends  quarante  hommes  avec 
toi,  courez  à  la  poterne  du  nord,  et  poignardez,  égorgez,  préci- 
pitez du  haut  des  murailles  quiconque  vous  trouverez  porfaut  les 
armes,  bourgeois  ou  étrangers.  Laissez-moi  le  soin  de  tailler  des 
croupières  à  ces  paysans ,  de  manière  ou  d'autre. 

Mais  ayant  que  Kilian  eût  eu  le  temps  d'obéir  aux  ordres  de  son 
maitre ,  on  entendit  de  loin  pousser  de  grands  cris. — Baie  I  Bal®  l 
liberté  !  liberté  I  victoire  ! 


CHARLES  LE  liMÉRAIRE.  221 

Oif  TÎt  brriYer  lès  jeanes  gens  de  Bâle  »  qui  n'étaient  pBs  assez 
loin  pour  qne  Rodolphe  n'eût  en  le  temps  de  les  fisire  ayertir  pa» 
ies  Suisses  qni  avaient  sniyi  la  députation  à  peu  de  distance  poos 
être  à  portée  de  la  secourir  si  le  cas  l'exigeait ,  et  enfin  les  haU- 
tans  de  la  Fârette ,  qû»  forcés  par  le  gouTemeor  de  prendre  les* 
armes  et  de  garder  les  remparts ,  avaient  profité  de  cette  occasion 
poor  se  délivrer  de  sa  tyrannie  en  ouvrant  aux  Bâlois  la  porte  par 
laquelle  Arthur  s'était  échappé. 

Lk  garnison ,  déjà  un  pen  découragée  par  la  fermeté  des  Suisses, 
qui  ne  paraissaient  pas  disposés  à  céder  au  nombre ,  fut  complète- 
ment déconcertée  par  cette  insurrection  inattendue  et  ces  nouveaux 
enneims.  La  plupart  des  soldats  se  disposèrent  à  fuir  plutôt  qu'à 
combattre,  et  un  grand  nombre  se  jetèrent  du  haut  des  murailles 
dans  le  fossé,  regardant  cette  ressource  comme  la  meilleure  chance 
de  salut.  Kilian  et  quelques  antres  que  l'orgueil  empêchait  de  foir, 
et  le  désespoir  de  demander  quartier  »  se  firent  tuer  sur  la  place 
en  combattant  avec  fureur.  Au  milieu  de  cette  confusion ,  le  Lai^ 
damman  tint  sa  petite  troupe  immobile,  lui  défendant  de  prendre 
aucune  part  à  l'action ,  et  lui  enjoignant  de  se  borner  à  se  défendre 
si  on  l'attaquait. 

—  Gardez  vos  rangs  !  s'écria-t-il  d'une  voix  forte ,  en  allant  de 
la  droite  à  la  gauche  de  sa  ligne.  Où  est  donc  Rodolphe?  Dé- 
fendez votre  vie,  mais  ne  tuez  personne.  Arthnr  Pbilipson,  ne 
sortez  pas  des  rangs ,  vous  dis*je.. 

—  U  faut  que  j'en  sorte,  répondit  Arthur  qui  avait  déjà  qujitté 
sa  place  ;  il  faut  que  je  cherche  mon  père  dans  les  cachots.  Pen- 
dant cette  confusion  on  peut  l'assassiner,  tandis  que  je  suis  ici  les 
bras  croisés. 

—  Par  Notre-Dan^e  d'Einsiedlen ,  vous  avez  raison ,  dit  Arnold 
Biederman;  coônment  ai-je  pu  oublier  ainsi  mon  digne  hâte  IJe 
yais  vous  aider  aie  chercher,  Arihur;  d'autant  plus  que  le.  tumulte 
paraît  tir»  à  sa  fin.  Sire  porle4>annière,  digne  Adam  Zimmer- 
nan,  mon  ami,  Nicolas  Bonstetten ,  maint^iez  nos  gens  à  leurs 
rangs  ;  qu'ils  ne  prennent  aucune  part  à  cette  affiire  ;  que  les  Bâ- 
lois soient  re^nsaUes  de  leurs  actions.  Je  reviras  dans  quelques 
minutés.  .  .  ^ 

A  ces  mots  il  suivit  Artiinr ,  à  qui  sa  mémoire  reii^aça  asfez  bien 
les  localités  pour;q)a'jilpût.troui9:er  saps  be^iucpup  d^  ijpfàfiti  l'esca- 
lier qui  conduiwt  an  «aabot.  Ils  rei^caatrèrent^r  le  ptJier  un 


fst  caijujs  u  f  Éiiiain& 

liiMMir  de  ■mmikeviae,  en  jnMmorp»  de  baMtar  eb  portant  à 
fticeiiiiEm^noivowBeiiiide  Aét^rwmlléet  ^wikqaÊ^hfmmam 

—  Gondai8*Miw  à  la  prismi  do  nnvdMnid  avglaisv  M  dk  Ar« 
^dmr^oiitfiiDcataécBHimaHi.  ^^0 

— *-Leqttd  des  d«iuL  Toiritex-^NHM t«irf  deniattdat'Ii  geMier;  h 
tieuat  M  1«  jemef 

—  Le  yienx ,  répondit  Arthur  ;  fw  âU  !f a  échappé. 

— EnttezdoMÎdi  Msstienrs,  dtelegeMieFenkYaMiiiietdorde 
iMrre  d0fer  <p  lemaitone  perte  épaisse. 

A  Péxfrémicé  de  ee  eadMt  était  assb  à  ferre  eefaâ  qn'ibelier- 
cbaiettC.  Ss  le  r^yèarent  à  f  instant ,  et  le  serrèrcAat  4afis  leniv 


—  Mon  cher  pèret  bmb  digne  Mtef  s'éeiièrent  en  même  temps 
son  ^  et  son  ami  ;  eomnent  -«oin  trouvez-vons  T 

—  Ken  9  mon  fils,  hien,  mon  Agne  tim,  r^îidltniiBpsoB, 
si  y  comme  je  soi»  porté  aie  croire  d^prè»  tos  armes  et  TOtre  air, 
vons  arnreî  ici  Iftres  et  Tainqpiefirs  ;  mal,  si  tous  y  venez  pearta- 
ger  ma  captivité. 

-—  Ne  craignez  rien  à  cet  égard ,  dit  le  Landamnmn  ;  nous  avons 
été  en  danger,  maïs  noas  en  avons  été  délivrée  d'fme  manière  re- 
HMrqoable.  Appuyez- vons  sur  mon  bras ,  mon  digne  hftte  ;  ce  ca- 
chot froid  et  humide  vons  a  engourdi  les  membres  ;  sonffirez  qae  je 
vons  aide  à  gagner  un  endroit  ou  tous  serez  mseax. 

n  futittterrompnpar  tm  bruit  soudain,  semblable  à  tm  cliquetis 
de  ferraille,  et  tont-à-fdt  différent  du  tumulte  «jui  régnsdt  enoore 
dans  la  ville,  et  dont  leurs  oreHles  étaient  encore  frappées,  comme 
on  entend  de  loin  la  voix  mugissante  de  l'Océan  courroucé. 
.  —  Par  saint  Rerre^èfrl^iens  !  s*éciia  Ar  âinr  qui  àVait  reconnu 
mr-le^bampla  cause  de  ée  bruits  le  geftlier  a  baissé  la  barre  de  ia 
p<M^,  on  elfe  loi  a  édhappé  des  mainSi  Noua  sommes  sons  les  ver- 
rons ,  et  la  porté  ne  peut  s'ouvrir  qne  du  dehors.  Ifola  1  chien  de 
1  ge^er !  miâérable ! ouvrelk porte,  ou^ta  vie répondni... 

—  Il  nf entend  probablement  pas  vos  menaess^,  hu  dit  son  père^ 
et  vos  eria  ne  servent  à  rien.  Mais  èies-voas  bien  sûrs  cpe  les 
Suisses  soient  en  possession  de  la  ville  ? 

— Nonaen  sommés  lesfadiitaius  paifliUes ,  répondit  leEandw- 
mna ,  mais  {as  wbl  eonpn'à  été  frappé' dénotas  cd«é« 
•^Ba  m  0m,  reprit  PM!q>sen>vw  geiie  v««i  teUMnef^^ 


MwtACp  Mmi  ibtMoiiioBBqe  aommep  yii4e|iiitM  gjros,  et 
Itefouendt  «Vfas&iœ  aatmmànotri  àbâ^mm;  nuds  iwiB 
itet  mi  oivflœtiwpînpoittntpoor  «qo'cii  ^namnHr^pMpat  k-vfttie 
quand  on  récapitulera  TOtre  nombre. 

--^  feÊfèse  qÊB  ^Q^t&t  4st  qm  unmeni  j  iit  le  lanSManuHi  ;  mai8> 
Imee^mUe  qoajeiûaBeaatsaMeiignfei  enfe^ 
«ichiEt^ani  le  Inrffet  oè  il  est  irenu  ^^«ier  de  la  erèaie..ArtiMBr^ 
mmhîMegas^,i»v9fe»^iom  «rannieyeii <ie faire eanter  k 
Wmaefar? 

4nliiire¥ail4^^enuaèié  svee  soin  la  porte  et  la  aemm;  il 
fépmffli^fl  a'entiWTaitmiioiin ,  f«%l  ftiUait  ^'ih  a^armanaent 
éepati^aeeeflfe^itoatliaiidkseat,  peiayf il»  ne  pottwmt  accéiépflr 
le  moment  de  leur  édlvivanbe. 

Inioid  Biederman  pamt'peiirtaHtimpea  pi^deiaiiégligaaoea 
te  seieBbns  etde  eea  conpagnone. 

^  Tonanoa  jeuwa  gêna,  dit-il»  ne  aaehant  si  je  snia  mort  on 
nrsffiit,  profitent  «ana  deate  de  «Ma  ab$ènoe  pour  ae  M^rer  à  la 
fio»ee  etaa  pillage.  Lepd&lîqiie  Rodelpbe  a'inqaîèlefort  peu,  je 
ffémxtmt,  qoe  je  r^araisae  en  non.  Le  porte-bannière  Zinuner- 
AMiytee  fba  àbarbe  ffrise,  Bcmatetten ,  qui  se  dit  mon  ami,  tOBs 
mVmt  iJMndoiiné,  et  ponrlaDt  ils  sayent  cpie  la  sAreié  dn  demîttr 
4'entpe  eux  m'est  {tes  chère  que  la  xéenne.  De  par  le  cid!  cdh 
m'a  Vair  dHm  stratagàne.  Oa  dirait  que  ces  jeunes  insensés  ont 
^odv  ae  débarrasser  tfonriiOBnie  dont  les  principes  étaient  ttitp 
fiftHÊn^trop  padiqiies  pemrplaire  à  ^sgens  ^  nerèvutqae 
SWtre  ^  conquêtes. 

Pendi»t  qae  le  liandamman ,  à  qoi  un  mewremenl  d'hnaenr 
am bk  perdre  la  sérénité  M»«adie  de  soniront^  et  qui  ond- 
gnatt  qae«es  eoncitoyens  se  eondoisiaseM;  mal  ea  son  abeenee, 
fsfflailainm'de  sesMsisetdeseseompagnoDSyle  toaaabeqa^ 
avaii  entenda  jnsqiMors  fit  plaoa  an  silence  leplas  prolmd. 

^  Qae  feire  maimenantf  dit  Ardior  ;  j'espère  qi/ib  profite- 
'mit  de  ee  HKOvwat  ée  tranqi^ité  peaur  fJre  luaappely  et  s^asea^ 
retifû  ne  lear  manqoe  peraenne. 

0B  anradt  pn  eroife  qoe  te  soaiiait  dn  jeune  Asglids  a^t  éti 
exaucé;  car  à  peiaeayait41promM|0(l  oesmots»  qa'Usemcndireat 
fevet  la  %9n%  et-^reat  là  porte  cMr^avftffte  par  qaelqa'an  qai 
monta  ensuite  l'essatter  si  rapMeaatnt,  qœ  eeu  qa*il  yeaaif  de 
iSkmat  dfr  piisoa  aefareat  apeiiovolr  tour  Ibérataar; 


"22*  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

.  ,--^  C'est  sans  doute  le  geôlier,  dit  le  Landamman;  fl  a  pà  avoir 
•qnçl^e  raimm  pour  eraindre  qae  nous  n'ayons,  plus  de  ressenti- 
ment de  notre  détention  qve  de  reconnaissance  de  notre  mise  en 
liberté* 

Tandis  qu'il  parlait  ainsi ,  ils  montaient  l'étroit  escalier,  et, 
«étant  sortis  de  la  toor,  ils  rentrèrent  dans  la  rue ,  où  an  spectacle 
étrange  les  attendait.  Les  dentés  suisses  et  leur  escorte  gardaient 
•encore  leurs  rangs,  à  l'endroit  même  où  Hagenbach  avait  eu  des- 
sein de  les  attaquer.  Quelques  soldats  de  l'ex*gouvernear,  désar- 
més f  et  craignant  la  fureur  d'une  foule  de  citoyens  qui  remplis- 
saient les  rues ,  s'étaient  postés ,  la  tête  baissée ,  derrière  la  pha- 
lange de  montagnards ,  comme  dans  le  lien  de  r^nge  le  plussAr 
qu'ils  pussent  trouTer  ;  mais  ce  n'était  pas  tout* 

Les  chariots  qu'on  avait  {dacés  pour  obstruer  le  passage  dans 
la  rue  étaient  alors  joints  ensemble,  et  servaient  à  soutenir  one 
plate-forme,  ou,  pour  mieux  dire,  un  échafaud,  qu'on  avait  con- 
étroit  à  la  hâte  avec  des  planches.  Sur  cet  échaCaud  on  voyait  une 
ebaise  sur  laqudle  était  assis  un  homme  de  grande  taille,  ayant  h 
iéte,  le  cou  et  les  épaules  nues ,  et  le  reste  du  corps  couvert  d'one 
murmure  complète.  Il  avait  le  visage  pâle  conune  la  morti  mais 
Arthur  reconnut  an  premier  coup  d'œil  le  barbare  gonverneor  ht- 
•chilvdd  Yen  Hagenbach  qui  semblait  être  lié  sur  la  chaise.  A  sa 
dcoite,  tout  à  coté  de  loi,  était  le  prêtre  de  Saint-Pad,  son  bré* 
Tiaire  à  la  main  et  murmurant  quelques  prières.  A  sa  gauche,  mais 
«n  peu  en  arrière,  on  voyait  un  homme  robuste,  portant  un  habit 
ronge,  ayant  les  deux  mains  aiq>uyées  sur  la  poignée  du  sabre  na 
4ont  la  description  a  été  &ite  dans  un  des  chapitres  précédens.  A 
l'instant  m^e  où  Arnold  Biederman  arrivait ,  et  avant  qu'il  eût 
le  temps  de  demander  ce  que  signifiait  ce  qu'il  voyait ,  le  prêtre  fit 
quelques  pas  en. arrière^  l'exécuteur  brandit  son  sabre,  et  d'an 
seul  coup  fit  umbfSF  sur  l'échafaud  la  tête  de  la  victime.  Des  ac* 
damations  générales  et  des  battemens  de  mains  semblablesà  ceux 
qu'on  accorde  à  un  acteur  qui  a. bien  joué  son  rôle,  applaudirent  a 
cet  acte  de  dextérité.  Tandis  que  les  artères  du  tponc  répandaient 
:  un  Jtorrent  de  sang  qu'absorbait  la  sciure  de  bois  dont  l'échafaod 
éuit  cov^vcrt ,  Texécoteur  se  présenjtaalterpatiyemj^nt  aux  quatre 
cpips ,  saluant  le  peuple  a'fec  un  air  de  modestie  gracieuse,  et  de 
nottveaux.applaudissemens  hù  furent  donnés. .     . 

—  Chevaliers,  nobles  gentUabomnies de  naissaa^o libre,  Im^ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  225 

citoyens,  dit-il,  voas  tops  qui  aT6z  assisté  à  cet  acte  de  haute 
justice,  je  yous  prie  de  me  rendre  le  témoignage  que  le  jugement 
a  été  exécaté  spiyànt  la  teneur  de  la  sentence,  et  que  la  tête  a  été 
séparée  du  tronc  d'un  seul  coup. 

De  nouyelles  acclamations  partirent  de  tontes  parts. 

— YiTe  notre  schaffgevkhUrSvàs^sniïetz^  et  pmsse-t-il  exercer 
ses  fonctions  sur  plus  df  un  tyran  I 

—  Nobles  amis ,  dit  l'exécuteur  en  saluant  profondément  les. 

citoyens ,  j'ai  «icore  un  mot  à  tous  dire,  et  je  le  prononcerai  avec 

fierté:  Que  Dieu  famà  grâce  à  l'ame du  brave  et  noble  chevalier 

Àrchibald  Von  Hagenbachl  il  a  été  le  patron  de  ma  jeunesse, 

mon  guide  dans  le  chemin  de  l'honneur.  J'ai  fait  huit  pas  vers  la 

liberté  et  la  noblesse  en  bisant  tomber,  par  son  ordre  et  son  cour- 

mandement,  les  têtes  de  huit  nobles  et  chevaliers  ;  et  c'est  en 

tranchant  la  sienne  que  je  viens  de  faire  le  neuvième,  qui  me  con* 

doit  à  ce  but  :  en  reconnaissance  de  quoi  j'emploierai  à  faire  dire 

des  messes  pour  le  repos  de  son  ame,  l'or  contenu  dans  cette  bourse 

qu'il  m'a  donnée  il  n'y  a  qu'une  heure.  Gentilshommes ,  nobles 

amis ,  que  je  puis  regarder  à  présent  comme  mes  égaux ,  la  Fé« 

rette  vient  de  perdre  un  noble  et  d'en  gagner  un  autre.  Que  Notre 

Dame  sent  Savorable  à  ièu  le  chevalier  Archibald  Von  Hagenbach, 

et  qa'elle  bénisse  et  prot^  l'avancement  dans  le  monde  de  Fran* 

ds  Steineniherz  Yôn  Blnt-Sacker,  maintenant  Kbre  et  noble  de 

dmi(a*) 

A  ces  mots ,  détachant  la  plume  qui  décorait  là  toque  du  défunt, 
sooiilëe  du  sang  de  celui  qui  l'avait  portée,  et  qui  était  sur  l'écha* 
&ndprè8  du  corps  d'Hagenbach ,  il  la  fixa  à  son  bonnet  écarjate  ; 
et  la  feule  fit  retentir  les  airs  de  nouvelles  acclamations,  les  un» 
pour  l'applaudir ,  les  antres  pour  se  moquer  de  cette  ridicule  mé* 
tamorphose. 

Arnold  Biederman  retrouva  enfin  la  parole  dont  la  surprise 
l'avait  d'abord  privé.  Dans  le  fait ,  cette  exécution  avait  eu  lieu 
si  rapidement ,  qu'il  lui  aurait  été  impossible  d'y  oppoMr  son  in- 
tervention. 

^Qui  a  osé  ordonner  cette  scène  tragique?.  s'écria>Hl  avec  in^ 
dignation  ;  de  quel  droit  a-t-dle  en  lieu? 

Un  jeune  homme  en  habit  bleu,  richement  décoré,  se  chargea 
de  loi  répondre* 

>•  Ui  notes  indifBéef  par  om  lettre  ilaUqoe  sont  pUeéei  à  U  fin  da  tolame, 

i5 


22A  CBUtl^lS  ij;  7iÊBQÉIUJD& 

~  Im  dUfm^  lîbrM  d*  B&la  on  suivi  Teicmplei^iie  knr  m 
damé  les  pères  ds  b  lib«n(é  ««isM^;  «t  la  inort  te  tjmii  HfegialNdli 
^été  prononcée  da  màm»  dr«it  ipie  ecdle  Ai  tyra»  Gesskr.  N«« 
avons  souffert  jusqu'à  ce  que  la  ceiipe  filft  fitù^  «nia  alon  «ns 
ne  pouvions  plMSwffrir* 

^  Je  ne  dia  pas  ^'il  nfavaîl  pa»  iaéa!lé  la marL,  répByiale 

Landamman  ;  mais  par  égard  pour  Ji9as  et  peor  yoawaéme,  ywa 

anriez  pu  l'^airgner  jusqu'à  ce  ipieleboaplai^âttdnofùtcoimn. 

—  Que  nous. parian- VOUA  du>dne7  sféeriaiemâme  jeane  homne 

(Lauwren;!;  Neipperg ,  quliUrihor  avail  vu  au  reMèaz^Taaa  secnt 

dfis  Bâloisy  oùRodolpbe  l'avait  ooidait);  que  ttpnaparlefrvcras  k 

duo  de  Bourgogne?  noi^  ne  soHunes  pas  sea  sujets.  L'Enfeoew, 

QOltre  seql  sonvonâo* latine»  n'avait  pas  la  dfoît de .Im  dooiv 

IsngjSgelaTiUedelftFérettei  ^lireat  une  dépasdanee  delà  Bâle9.in 

Ifr^udice de  notre  ville  lifarev  II  pecvaic loi  emiéUga»^^ 

oas>.alri  en  snjHx^santqpfii  l'ail  f«t^  ls^detlieaélépa3^deiiz&i^ 

jprâoe  aw*  eMiqtions  da-  eet  opyressear»  9»  vi«n%  de  roMvoitv 

^«beliment  niénM4  MaiaoïntHMieaifOtne  romiej  iMAutonandrOnr 

d»rwald*  SLootn^Qoàai»  wna  d^laît  ,mïka,  Vndéflisnoagg  mp^ 

du  trAnflidt;.diode;Boiugpgiio,  main  eeraocar.dtfsaaoiieraa  mène 

tanq^is  Gnittaimie  Tell,  SiKâi^BtarïMB^  VkmiX  étJWflttfal,  ks  pè0» 
da  lailiJiestÀaniasiB* 

•^  ¥ans.avw  vaisoo^»  a^^da  àmMJBi9i0tmm9.nm^^^^ 
ment  est  malheureux  et  mal  choisi.  La  patience  aurait^ MaéiH^ 
tona^veamaus;  paisonafruatearanaeitlMt  plaaiwiTOneot»etB?ag|^^ 
filBa  aordavuMiit  désiné  va»  eadéM^ner  qne)oellii  fû  ^^I^ . 
Slaia,  j(snae.i«^[radam  ^  wiai  aiveiS  nuiM  laneimM  f^*^^"^ 
votre  âga^  et  la  sennission^qiie  va«s4Éfrefaà  VQr>nia9Stsaia«  G^ 
Imune  Telli  e^sea  catlègma  élaiei^  des^hammas  à  qni  lt«»^^ 
avaient  dpnné  de  l'expérience  et  du  jugement;  ils  étaient  «?•■* 
«a  pècea;  ils  aisaent  kdroift  dr  flâéseran  «ornaaB  ^et  d^tw  les  p^ 
>«iiers  à  agir.  Safet!  je  laisse  aus  magistrats  et  ans  ^^^^^ 
votre  ville  le  sei«  d'afiflrouiier  on  à»  hlamer  votisa  «onda*e. 
vous,  porte -bannière  de  Berne ,  vous,  Zimmerman,  7^'**'«^-. 
dolj^,  voaaj  aanoitt.,  émi  ceaMsada  et  mon  aaai,  Nicob^ 


stetten,  pourquoi  n'avez-vauapa&pdaoamiséfiaUrsaas.TOo^r 
%^ùùm?  vous  aunes} par  là pBouvé  auduodeBmagogneç^^^ 
étions  calomniés  par  ceux  qui  prétendent  que  nouad^rcna 


lévoUe.  MainteDant  tontes^  ce^  jftérrmaiknm  se  tsoiiTQiDnt  oanfir- 
wées  dans  l'esBidt.  des  gens  q/ai  retieneiit  plna  faeilemsAt  ue 
maavaise  impifissioa.^'ils  ii!eik«QiiçoWiiia  one  fiurorable. 

— Aussi  ynii  qae  je  vis  de  pain,  voisin  et  compère,  séponiit 
Bonstetten  ^  î^avais.  songé  à  ftire  mot  à  mot  tout  co  qoe  tohs  Tenez 
dadire,  et  j'éuds-  su  la  point  d'a;nmBev'ao  seconr^du  goveer- 
neor  y  qpand.  Rod<dphe  DoimerlHii^  m'a  rappelé  que  yoifi  aviez 
donné*  ordre  qo^ancon  Soiase  ne  quittât  ses  sangs  i^  et  qu'os  Jaiaaât 
les  habitans  de  Baie  req>onsablea  de  leuBS  actions- A  coap.âûr  «  me 
dis-yr  ai/ùrs  à  moitmâme.,  mou.  emnpèsa  Apaold  aait  mieoK  qp'au- 
con  de  nous  ce  qu'il  convient  de  &dce. 

— Ab  IBodolpkel  Rodolphe  I  dit  le  Landamman  en  le  reg^urdant 
d'an  air  mécMitenti  ne  r«ngiflMZ- vous  paa  d'aimr  ainsi  trompé 
onuieillavcC? 

^  Moil  l'avoir  trompé  1  c?esi  nue  aconaatîoa  dnre  à  entendra , 
liandamman/>ditïlodolpheavecsontondedéKrfnceprdinaii:ejmai^ 
il  tt'eÎBt  xiuq!Be.)ene  puisse  supporter  de  votre  part.  Jediisaî  seu- 
lement qu'étant  membre  de  cette  députation  ^  c'est  wx  devoir  poer 
moidepcaDaeretdedoBiies  moaopâQiatt^snctonteal'abaaneede 
eelnî;  qû  est  asses  sage  pour  omis^xmdaiM  et  luieadiriger  t^ 

— Yoos  avea  toujpnns  de  belles,  pumlea»  Bodpipbe,  répliqua 
Arnold  Biederma%  et  jf  espàre<qpavm  intmuions  sont  aueslpnres  ; 
cependant  il  j  a  des.instanaoàî&aapuis  m^'empéchec  d'en  douter. 
Quoi  qft'il  en  soity  n'afons  paade  qvHKelles  en«rem>uSft  ei^majii- 
tonant  denaea>BKÛ  votre  avia»  uea  amis»  &endenMu>ua  pour  oala 
i  Fandroit  le  plus  convenable  »»  dans  cette  église*  Nous  remexcia- 
roQS  d'adrari  le  ciel  de  nous  avoic  protégés  contre  l'assassinat»  et 
noas  tiendrons  ensmte  conseil  sur  ce  qjoe  noaa  deyona  faire. 

Le  Landaamau'  marcha  en:  avant  t  et  ses  coUàgpes  le  suivireet 
dansTégUse  de  Saint-Paul.  Rodolphe,  comme  leplnajenney  lais^ 
passer  les  antres  avant  lni«  et  saisit  cette  occasion  pour  faire  signe 
à  Rodiger,  l'aîné  dee  fils  d'Arocild  Biederman^  de  venir  lui  par- 
ler,  et  pour  hn  dire  à  l'oreille  de  débarrasser  la  di^utation  dee 
deux  marchands  anglais» 

—  Il  faut  qu'ils  partent,  moa  cher  Rédiger»  dit^l;  emploie  des 
eioyona  de  dtueeur»  s'il  est  possible  j,  mais  il  faut  qït'ils  partent 
sor-le-6han^«  Ton  père  est  comme  ensorcelé  par  loes  dew  colpçor» 
teur&an^aâsy^et  ilnfécoutera  (pieleu»  oonseilLOr,;  tu  sais^  commf 
Ja»if  num  cher  Rédiger,  qju'il  n'appartient  pas  à  de  pareilahoauns^ 

i5. 


228  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRS. 

de  Mre  la  loi  à  des  Suisses  libres.  Tâche  de  retroaver  les  mar- 
ehandises  de  dinqaant  qa'on  leur  a  Tolées,  ou  da  moins  ce  qui  ea 
reste,  aussi  promptement  que  tu  le  pourras,  et,  au  nom  du  del, 
fais-les  partir. 

Rndiger  ne  lui  répondit  que  par  un  signe  d'intelligence,  et  alla 
offrir  ses  services  à  Philipson  pour  faciliter  son  départ.  Le  mar* 
chand'pmdent  désirait  s'éloigner  de  la  scène  de  confusion  que  pré» 
sentait  la  ville,  autant  que  le  jeune  Suisse  souhaitait  le  voir  en 
marche.  Il  voulait  seulement  tâcher  de  recouvrer  la  petite  boile 
de  sandal  dont  le  gouverneur  s'était  emparé.  Rudiger  Biederman 
s'occupa  donc  sur^le-ehamp  d'une  recherche  encte  pour  retroaver 
cet  écrin  précieux,  et  il  était  d'autant  plus  à  espérer  qu'elle  ne 
serait  pas  inutile ,  que  la  simplicité  des  Suisses  empêclûdt  qa'ils 
n'attadiassent  aux  bijoux  qui  y  étaient  contenus  leur  valeur  véri» 
table.  On  fouilla  donc  avec  le  plus  grand  soin  non-seulement  les 
poches  du  feu  gouverneur,  mais  de  tous  ceux  qui  avaient  approché 
de  lui  à  l'instant  de  son  exécution ,  et  ceux  qu'on  supposait  avoir 
jpui  de  sa  confiance. 

Arthur  aurait  volontiers  dérobé  quelques  momens  pour  faire  ses 
adieux  a  Anne  de  Geierstein,,mais  le  grand  voile  gris  ne  se  voyait 
plus  dans  les  rangs  des  Suisses;  et  il  était  raisonnable  de  croire 
que  pendant  la  confasion  qui  avait  suivi  l'exécution  d'Arcliibald 
Yon  Hagenbach,  et  tandis  que  les  membres  de  la  députàtion  étaient 
réunis  dans  l'église,  elle  s'était  réfugiée  dans  quelque  maison  voi- 
sine :  car  les  soldats  qui  l'entouraient,  n'étant  plus  retenus  par  la 
présence  de  leurs  chefis,  s'étaient  dispersés ,  les  uns  pour  chercher 
les  marchandises  dont  les  Anglais  avaient  été  dépouillés,  les  antres 
pour  partager  les  réjouissances  des  jeunes  Bâlois  victorieux  et  des 
bourgeois  de  la  Férette  qui  les  avaient  admis  de  si  bon  cœur  dans 
l'intérieur  de  leur  ville. 

Le  cri  général  qui  s'élevait  parmi  eux  était  qu'il  fiillait  que  la 
Férette,  qui  avait  si  long-temps  été  considérée  comme  le  irein  des 
Suisses  confédérés,  et  comme  une  barrière  contre  leur  commerce, 
reçût  une  garnison  pour  les  protéger  contre  la  tyrannie  et  les 
exactions  du  duc  de  Bourgogne  et  de  ses  officiers.  Toute  la  ville 
était  livrée  à  des  transports  de  joie  désordonnés;  les  citoyens  se 
disputaient  à  qui  offrirait  des  rafiratchissemens  aux  Suisses,  et  les 
jeunes  gens  qui  servaient  d'escorte  à  la  députation  profitaient  gaie- 
lOgpt  et  avec  un  air  de  triomphe  des  circonstances  grâce  auxqoeU^^ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  229 

l'eoibiUGade  préparée  contre  eox  par  là  trahûon  s'était  changée 
en  on  accaeil  hospitalier. 

An  miliea  de  cette  scène  de  confusion ,  il  était  impossible 
qa' Arthur  qoittât  son  père ,  même  ponr  céder  an  moavement  qiji 
loi  faisait  désirer  d'avoir  quelques  instans  à  sa  disposition.  Triste, 
sombre  et  pensif»  il  resta  donc  près  de  lui ,  ponr  l'aider  à  remettre 
en  ordre  et  à  placer  sur  knr  mule  lenrs  balles  et  leurs  valises  ; 
car  les  jeunes  Suisses  avaient  réussi  à  les  recouvrer  après  la  mort 
du  gonvemenr,  et  ils  s'empressaient  à  l'envi  l'un  de  l'autre  de  les 
rapporter  à  celui  qui  en  était  le  propriétaire  légitime.  Cétait  même 
avec  difficulté  que  Philipson,  à  qui  Hageid>ach  n'avait  pas  songé 
a  prendre  Fargent  comptant  qu'il  portait  sur  lui ,  venait  à  bout  de 
les  forcer  à  accepter  la  récompense  qu'il  croyait  devoir  à  ceux  qin 
ioi  rendaient  ses  propriétés.  Ceux-ci ,  dans  leurs  idées  simples  et 
bornées ,  regardaient  cette  récompense  comme  beaucoup  au-dessus 
de  la  valeur  de  ce  qu'ils  lui  rapportaient. 

Cette  scène  avait  à  peine  duré  dix  à  quinze  minutes,  quand 
Rodolphe  Donnerfaugel  s'approcha  de  Philipson,  et  l'invita,  de  la 
manière  la  plus  polie,  à  se  rendre  avec  lui  près  du  conseil  des  cheb 
delà  députation  des  Gantons  iuisses,  qui  désiraient ,  dit^il,  avoir 
les  lumières  de  son  expérience  sur  quelques  questions  importantes^ 
relativement  à  la  conduite  qu'ils  devaient  tenir  dans  cette  circon» 
stance  inattendue. 

—  Veillez  à  nos  afGaiires ,  Arthur,  et  ne  bougez  pas  de  l'endroit 
oà  je  vous  laisse,  dit  Philipson  à  son  fils.  Songez  surtout  au  paquet 
scdlé  dont  j'ai  été  dépouillé  d'une  manière  si  illégale  et  si  infâme  « 
il  est  de  la  plus  grande  importance  qu'il  se  retrouve. 

A  ces  mots,  il  se  prépara  à  suivre  le  jeune  Bernois  ;  et  celuiH5i 
lai  dit  à  demi-voix,  d'un  ton  confidentiel,  tandis  qu'ils  se  rendaieîit, 
en  se  tenant  par  le  bras,  à  l'église  Saint>Paul  : 

— Je  crois  qu'un  homme  sage  comme  vous  l'êtes  ne  sera  guèi<e 
porté  à  nous  conseiller  de  nous  rendre  devant  ^e  duc  de  Bonr^ 
gogne,  dans  un  moment  où  il  va  être  courroucé  de  la  perte  de  sa 
forteresse  et  de  l'exécution  de  son  gouverneur.  Du  moins,  je 
suppose  qjOLe  vous  serez  trop  judicieux  pour  nous  accorder  plus 
long-temps  l'avantage  de  votre  compagnie  et  de  votre  société, 
puisque  ce  ne  serait  que  vous  exposer  volontairement  à  partager 
notre  naufrage. 

•-.Je  donnerai  le  meilleur  avis  qu'il  ïne  sera  possible,  répondit 


'<•.:« 


Sap  OtUAUS  LE  TÉMÉ&AfRE. 

circonstances  qui  font  qa^on  me  le  demande* 

JHq^flm  froCém  k  .df»â*Toii^  m  îmaneaUy  on  dannaas  uie 
el^^^ifM^  d'JuuM Vf  «(  Wttdwiît  Pl^ilq^n  i  1-égii^  flans  lui 
prqjli^  .4e  nopTfyHiP^  xrgwieM» 

f^  qiiatredépptéff  étfiimt  afiSMMéa  m  ooadaf e  daiiflinie  pttilfr 
ch^îpdto  4«  Vét]mf  éfàié^M  mr^  Nagniu,  «iaFi|x«  Ils  étaient  de< 
Tn$  J^  ^tit»^  cIa  mm  Jiâriis,  MjwésoBfé  «mé isomme  loipqii'il 
Wl^i^- 1^  IW^tve  di»  Swl!?^  jr  âaît  quii  pvésent,  fit  senUfit 
pc«ff4r« J«K  'Tif  i^nll  à  te  dÎMSfissioii  foi  avmk  Mm.  H.y  ett-ipi^ 
inAt|tm;^sflcwo^g^iiâulqii9iid  Bbilip^oaiirmay  ei^  ïandawiafl^ 
lui  #dl*e«P^  9li8mle  .la  parole  eo  Cfs  teismas  2 

.r-  ^ignor  PhîUpson>  nous  yans  rogardona  ooHvme  «n  hemine 
ajiw^  l)fWPo«p  vofMgfi,  m  b^t  des  jdcbiiss  dc^  p«y»  étiangcn,  et 
•cnA^îfi&^nt  le  4aracl«re  de  Charles,  duc  de  Bovrgqgne^  tous 
n'ignorez  pas  que  nous  portons  dans  cette  miosio^  le  désir  ardent 
de  ipf^t^iiir  la  $aii  ai^ee  ce  prinoe;  vous  sfiyez  anssi  ae  cpi  mot 
de  ^e  p^i^r  a^j  wr^d'lioi ,  u  qu^oa  aura  frobtf^iÊBMÊA  aoin  de  im 
Pendre  /ions  les  couleurs  ^ea  plus  défavorables,  Nai^  co^setUevez^ 
TORS  9  ipu  p4irei}.caSy  de  nous  r^drejen  {ufésence  du.duc^  abargés 
de^tPnt  Tcidif^ix  âeafft  éyèoeqient,  ou  «raye&ypns  quenous  fiBsions 
miemi  de  rjOtouiser  ea  Suisse,  et  de  cous  prépaser  àla gaenre 
«outre  la  Bourgogne  ? 

?r- Que  peuse^yoi}^ Tonsrmêmas  à  oe  sujet?  demanda  l'Aaglais 
.  «ir>son»pect« 

r-  lïpqe  aommes  diwés  d'qnnions ,  répondit  le  ^nté  de 
Berne.  Pendant  treole  an^  î'ai  porté  la  baimière  de  8en^  contie 
sef  ^en^emis ,  et  je  suis  pb^  disposé  à  Isl  porter  encore  eoatxa  le» 
lai^çes  4es  cbeyaliei;s  du  Ha,inau>  et  de  la  Lorraine ,  qu'à  soufivir 
le  traitement  insultant  a.ufuel  nous  deyons  nous  attendre  an  pie^ 
du  fffiv^  4u  dac. 

7-7C'es$  pteeer  «otrelaÉ^dans  la gncnla  du  lion,  ai  nous  aoas 
j»r^aU>9»  deyaot  lui»  dit  ZUnioennan,  le  député  de  Saleiire* 
Hop  avis  est  qae  uous  retonriiiona  sur  nos  pas. 

3r:  (i'il  ne  s'egî^Mt  qae  4e  ma  yia  ^  d^t  fiodbiiphe  DBjai^h^f 
je  ^. e^cmeUVai^istpas  la. cc^tn^;  maia  le  Laa^aamaâ  d^finde^ 
wa|4  i^  h  pèvQ  4e».Ganèeia-lIaia,  et  ea  sen^t  an  parricide  qna 
de  consentir  à  mettre  sa  yie  en  péril.  Mon  ayis  est  ifnp  nens  le» 
^%8Î/^  ^^  ^fùms^i  el9lftla.^fidératiou  fvoma  na»  attilnde 
dléfensiye. 


CHARLES  LE  TÉBIÉRAIRE.  2S1 

•^Ifoo  opinion  est  tonte  diffi^nte^  dit  Arnold  Biedennan^  et 
je  ne  pardonnerai  à  qtn  que  ce  soit  qui ,  par  amitié  véritable  on 
ppétendae,  mettra  mon  hnmUe  existence  en  balance  avec  l'aTan- 
tage  des  Gantems.  Si  notis  marchons  en  avant  ^  nous  risquons 
nom  tête  :  soit.  Mais  si  nous  rctotmions  en  arrière' i  nous  entrât-  ' 
nous  notre  pays  dans  ime  goerre  contre  une  des  premières  puis- 
sances de  TEnrope.  Dignes  concitoyens ,  tous  êtes  braves  quandt 
il  s'agît  de  eoHd)attre  ;  montrez  à  présent  une  bravoure  non  moins 
intrépide,  et  n'hésitons  pas  à  nous  exposer  aux  dangers  person- 
nela  qai  penvent  nous  menacer,  quand  9s  nous  ofllnent  une  chance 
de  fBDX  polir  notfe  paftiie. 

—Je  pense  et  je  vote  comme  mon  veishi  et  mon  compère  Ar^ 
noUBietoman,  dit  le  laconique  député  de  Schwitr. 

—Tous  voyez  que  nous  sommes  avisés  d'opinions,  dit  le  Lan- 
daanaan  à  ^Hpson.  Quelle  est  la  v^ftre? 

— Je  veiis  demand^ai  d'abord,  répondit  Phittpson ,  quelle  part 
TOUS  atvee  prise  à  l'assaut  d'une  ville  occupée  par  les  forces  du 
due,  et  à  la  mort  dé  son  gouverneur? 

—  J'atteste  le  ciel ,  dit  le  Landaminan,  que  jusqu'au  moment  où 
la  viSc  a  été  prise  d'une  manière  si  inattendue ,  j'ignorais  ce  projet' 
d'atuqne. 

•**  Et  quant  à  l'in^cution  du  gouverneur,  dit  le  prAtfe  de  Saint- 
Paal ,  je  voifs  jure ,  étranger,  par  mon  saint  ordre ,  qu'elle  a  eu 
lieu  en  vertu  d^e  sentence  qui  a  été  rendue  par  un  tribunal  com-    . 
pèlent,  et  que  Chartes,  due  de  Boui^gogne ,  lui-même  est  tenu  de 
îeipeeter.  Les  membres  de  la  députation  suiss^.aui. pouvaient  m*^* 
accélérer  m  rotarder  les  suites  de  ce  jugement. 

--S'il  en  est  ainsi,  dit  Pfaiypson,  et  si  vous  pouvez  prouver 
que  vous  n'avez  pris  aucune  part  à  ces  évènemens,  qui  doivent . 
néeessanrement  eniammer  de  coarroux  le  duc  de  Bourgogne, 
l'avis  que  j'ai  à  vous  donner  est  certainement  de  continuer  votre 
Toyage  s  vous  pouvez  être  sArs  que  ce  prince  vous  écoutera  avec 
justice  et  impaitidité,  et  peut-être  obtiendrez-vous  une  réponse 
&vorable.  Je  connais  Charles  de  Bourgogne;  je  puis  même  dire, 
prsaant  en  eonsid^artibn  la  difiëreticè  de  condition  et  de  rang, 
qae  je  le  coniiafo  bi«a«  Son  courroux  sera  terrible  quand  il  ap«  "  ^ 
preadra  oe  qoi  vie^t  do  se  pasëér  ici  ;  et  je  ne  doute  pas  qu'il  n^ 
ecamience  par  voua  enaaetiser  ;  malssi,  loiiKdorexamen  qu'il  fera    ^ 
de  tootea  les  esrcimtanee*  de  ces  évènemens ,  vous  êtes  en  état 


•  ♦ 


^ 


% 


232  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

de  vous  justifier  de  ces  faasses  accnsatiqns^  le  sentiment  indifte 
de  sa  première  injostioe  fera  pencner  la  balance  en  votre  favair, 
et|  en  ce  cas^  d'an  excès  de  séyéritë  il  tombera  pem-étre  dans 
une  excessive  indulgence.  Mais  il  faut  que  votre  cause  soitplaidée 
avec  fermeté,  devant  le  duc  par  quelque  bouche  qui  connaisse 
mieux  que  la  vôtre  le  langage  des  cours.  J'aurais  pu  vous  rendre 
ce  service  d'ami,  si  je  n'eusse  été  dépouillé  d'un  paquet  précieux 
que  je  portais  au  duc  >  et  qui  devait  être  la  preuve  de  ma  mission 
auprès  de  lui. 

—  C'est  un  misérable  prétexte,  dit  Donnerhugel  à  l'oreille  da 
porte-bannière  y  pour  obtenir  de  nous  une  indeminité  des  mar- 
chandises qu'on  lui  a  volées. 

Le  Landamman  lui-même  eut  peut-être  un  moment  la  mime 
idée. 

— Marchand  y  dit-il ,  nous  nous  regardons  comme  tenus  de  tous 
indemniser,  c'est-à-dire  si  nos  moyens  peuvent  y  suffire,  des 
pertes  que  vous  avez  pu  faire  en  comptant  sur  notre  protection. 

— Et  nous  le  ferons,  dit  le  vieux  député  de  Schwitz,  quand 
même  il  devrait  nous  en  coûter  vingt  sequins. 

.  —  Je  ne  puis  avoir  droit  à  aucune  indemnité,  répondit  PhiGp- 
8on,  puisque  je  m'étais  séparé  de  vous  avant  d'avoir  soufiert  au- 
cune perte  ;  si  je  regrette  cette  perte,  c'est  moins  pour  l'objet  en 
lui-même,  quoiqu'il  soit  d'une  valeur  beaucoup  plus  considérable 
que  vous  ne  pouvez  vous  l'imaginer,  que  parce  que  c'était  nn 
signe  de  reconnaissance  entre  une  personne  de  grande  importance 
et  le  duc  de  fioiygogne.  Maintenant  que  j'en  suis  privé,  je  crains 
de  n'avoir  pas  auprès  de  Sa  Grâce  le  crédit  que  je  désirerais 
avoir,  tant  pour  moi  que  pour  vous.  Sans  cet  objet,  et  ne  m'adres- 
sant  à  lui  que  comme  un  voyageur,  un  particulier,  je  ne  pms 
parler  comme  je  l'aurais  fait  si  j'avais  pu  employer  le  nom  des 
personnes  qui  m'ont  chargé  de  cette  mission; 

—  Le  paquet  important ,  dit  le  Landamman ,  sera  cherché  soi- 
gneusement, et  Ton  aura  soin  de  vous  le  faire  rendre.  Quant  a 
nous,  pas  un  seul  Suisse  ne  connut  la  valeur  de  ce  qu'il  contient» 
et  s'il  est  tombé  dans  les  mains  de  quelqu'un  de  nos  gens ,  u  '^ 
rapportera  comme  une  bagatelle  à  laquelle  il  n'attache  aucun  pnx  * 

Comme  il  parlait  ainsi ,  on  frappa  à  la  porta  de  la  chapelle* 
Rodolphe ,  qui  en  était  le  plus  près ,  entra  en  pourparlers  arec 
ceux  qui  étaient  en  dehors,  et  dit  avec  un  sourire  qu'il  réfnW 


CHARLBS  LE  TEMÉRAIRB.  -    2M 

siir4e*cfaampy  de  peur  d'offenser  Arnold  Biederman  ;  —  Ceit  ce 
hou  jeune  homme,  Sigismond  :  Fadmettrai-je  à  notre  délibération? 

—  LepanTre  garçoni  à  qnoi  bon?  dit  le  Landamman  aTec  nn 
sourire  mélancolique* 

—  Permettez-moi poortant  de  loi  ouvrir  la  porte,  ditPhilipson; 
il  désire  entrer,  et  pent-ètre  a*t41  des  nonyelles  à  noos  apprendre. 
J'ai  remarqué ,  Landamman ,  qne ,  qnoiqn'il  soit  lent  à  concevoir 
ses  idées  et  à  les  expliquer,  il  en  a  qndquefois  heureuses,  et  qu'il 
est  ferme  dans  ses  principes. 

n  fit  donc  entrer  Sigismond,  tandis  qu'Arnold  Biedorman,  quoi- 
que senabk  an  compliment  que  PhiÛpson  Tenait  de  fùre  à  un 
jemie  homme  dont  Tesprit  était  certainement  le  plus  lourd  de  toute 
sa  fiunille,' craignait  que  son  fils  ne  donnât  quelque  preuve  publi- 
que de  la  pauvreté  de  son  génie  ou  de  son  manque  total  d'intdii- 
genoe.  Sigismond  entra  pourtant  avec  un  air  de  confiance,  et 
certainement  ce  n'était  pas  sans  raison,  car,  pour  toute  explica- 
tion, il  présenta  à  Philipson  le  collier  de  brillans,  avec  la  bohe 
qui  le  contenait.  • 

—Cette  jolie  diose  est  à  vous,  lui  dit-il;  do  moins  c^est  ce  que 
je  viens  d'apprendre  de  votre  fils  Arthur,  qui  m'a  dit  que  vous 
serez  charmé  de  l'avoir  retrouvée. 

—  Je  vous  remercie  de  tout  mon  cœur,  répondit  le  mardiand. 
Ce  collier  est  certainement  à  moi ,  c'est-à-dire  le  paquet  qui  le 
contenait  m*a  été  confié;  et  il  est  pour  moi  en  ce  moment  d'un 
bien  plus  grand  prix  que  sa  valeur  réelle ,  puisqu'il  est  le  gage  et 
la  preave  de  la  mission  importante  dont  j'ai  à  m'acqmtter.  Hais, 
mon  jeone  ami ,  continua-t-il  en  s'adressant  à  Sigismond,  comment 
ayez-vous  été  assez  heureux  pour  recouvrer  ce  que  nous  avions 
inutilement  dierché  jusqu'id  ?  Recevez  tous  mes  remerdemens , 
et  ne  me  croyez  pas  trop  curieux  si  je  vous  demande  comment 
Tons  vous  ea  trouvez  en  possession. 

— Quant  à  cela,  répondit  Sigismond,  l'histoire  ne  sera  pas  bien 
longne  ;  je  m'étais  planté  ausd  près  de  l'échafaud  que  je  l'avais  pu, 
n'ayant  jamais  vu  d'exécution.  Je  remarquai  que  l'exécuteur,  qui 
me  parut  remplir  ses  fcmctioiis  très  adroitement ,  à  l'instant  où  il 
couvrait  d'un  drap  le  corps  du  défunt,  lui  prenait  dans  la  poche 
çielque  chose  qu'Û  mit  àla  hâte  dans  la  demie  :  d  bien  que,  lors- 
V^  i'entaidis  dire  qu'il  y  avait  un  objet  de  valeur  qu'on  ne  pouvdt 
i^ctroaver,  je  me  npsà  la  redierdie  du  coquin.  J'appris  qu'il  était 


214  GHABlLES  LE  lâklÉRAIRE. 

àUé  CMnmander  des  Messes  jii«iiif  à  eencurrence  de  cent  conrnKS^ 
n  gnaà  Mtel  de  &uiit>Paiil,  et  je  réussis  à  afpraMJffe  ^il  était 
dMB  mf  Uif&a»  de  la  ville ,.  où  qiidqiies  homiies  denaaTaise 
mine  bayaient  joyeusement  à  sa  santé ,  en  félkâtatkiB  de  oe  (jn'il 
ët^îfc  d#vas«  JÉbre  et  méble.  Je  me  {Nrësentaien  milîen  tfeox»  ma 
pertnisaiie  à  la  «râi  9  et  jf  somm  MonseigMqr  de  me  remettre 
ce  dont  il  s'étate  empené^  s'il  ne  Toulak  scotir  le  poids  de  non 
aiBM.  Sa  Mgnewie  k  Bflwsnm  liérila^  et  il  arat  entie  de  n» 
chercher  qnereUe  ;  mais  j'insistai  de  teUetorle  ^'il jnfia  à  pmpoi 
denei-eaielti»  k|)aqnei9  et,  j'es|)àf^  signer  Pfailipson,  9»  fo» 
7  liDow«ee«te«t  ee  vi'on  tons  a  pm.  Jeks  Uiesai  eontiwict  à  » 
div«ràr,  eu»m€i^mé  efradà  tonte  FJbistoîri» 

f-«-ye«iétesunlMnive«affçim,  ditPbiUpson;  etqpMndlecMr 
Ta  tei^oaiis  droit,  la  «èteve  pevi  aller  de  iramm  qaeraremeot. 
Maïs  l'EgUse  ne  perdra pee  ce  ^  InieeldA.^t  ayant  de  çôcter  la 
Pérette  je  me  chafige  de  payer  ka  messee  fMcet  homaie  atait 
demandéeft  famr  le  reffiede  l'ame  d' Avchib^  Ven  Hagenbacb,  f» 
a  été  si  bmsqnemment  congédié  de  ce  monde. 

fiîgismoiid  aUaîl  répliqMr;  mais  Phiiipeea,  ovaignant  qae  h 
simpUciti  de  ce  jeune  bemme  ne  loi  fît  dire  qaéhpie  chose  qui 
pourrait  diminuer  le  plaisir  que  le  LaodanmiaB  éproavait  de  b 
condnile  de  son  fib,  se  hâta  d?iy  orner  s 

«^llaimwftiit,  mon  jeue  ami,  reprenda  cette  boîtei  et  perte- 
la  fap4o-diaaip  à  mon  fils  Anthar. 

Evidemment  salirfnt  de  Mceroàr  des  applandisscpaens  §Wf^à^ 
il  était  pea  haUusé,  Sigismond  partit  amr-le-champ ,  et  il  ne  resU 
ploa  dans  la  chapelle  qne  les  membres  du  conseil. 

U  y  mt  wi  nmpeat  de  ailenoe,  car  le  Landamman  ne  pouvait 
a'empdeher  de  se  Uveer  a«  {daiaîr  dont  il  jeviseait  en  toyaot  h 
sagacité  qae  le  latKvre  Sigiamoad  a;eait  moaccée  «n  eette  occaaos, 
quoiqu'on  ne  dût  guère  s'y  attendre  tf  après  la  teaenr  générale  de  ai 
condaite.  C'était  pourtant  un  aealiaaent  onqnd  las  circenstaBces 
ne  loi  penaeUaieBt  pas  de  s'abandenaer  pabUqttemèpt,  et  ili^ 
réserva  la  aalâsCaction  d'en  jooîr  ensuiie  en  secret ,  en  dédommt* 
gemeait  dee  iaquiétadee  qn'il  avait  oonçoes  si  seaveat  sar  rinteUi' 
genee  bornée  de  ce  jeune  hsmiai  pleiii  de  simptieité.  Enfin  u 
a'adPcesa  à  PUiipaen  avec  l^air  franc  ci envert  ^  lui  était  aatorel 

iT^Sigaov  Philqpaan,  hii  di|«il,  aoaa  ae  yen»  pegni'dcvoDS  pa* 
coaaaaa  lié  paap  ka  o&ree  qae  ifoas  aeaa  avei  Mtes  ^aad  eeft  P^'*^ 


InQantôa  ^'étajent  {iliis  en  votie^isesnon»  pasce  91e  sonireiii  ma 
haaaeif^nt  croire  que,  s'il  étak  dans  teUe  potîtian ,  il  .ponneah 
iuire^^^lipsesqa'tl  troure  luu's  desa^poitée  qMndilyeaftaRiTéf 
iDiôs  k  jvoéaent  qne  7000  «nrez  si  beima8eBient.et  d'nBe^BHaiMra  A 
inattiendae  recouvré  la  possession  de  l'objet  qne  tous  disiez  jèmwfàt 
i(m  tonnir  on  certfôm  «râik  aiiprès  dn  dncde  Bovrgegiiei  je 
Titp  ^Tfnwff^ir  '^f  Ttnffi"irrjf*tmTifr  noos^erw  de  nédiffievr a»^ 
ps^fi^^^  «ampie  tmis  jaonsl^amxfMreposéaiipasttfaHt. 

?iW  4e  paddKÙTfatpnftmBl/ppar  imaiixeiilendiieia^pépoaaeé» 
misflhaiid. 

*TTr|4a|da9P|W,  dk  JHhiiipeeii,  janaisy  danfriin«iODMnt  dediffi^ 
miféj  jjBL^'j^yi  fek  vne.pirciniessa  que  je^e  inssefHrdt  k  tmàcqamDd 
€GUfi  difficuM  n'a  wCe  plus.  Y am  dites  que  «ans  n'avez  prisaipana 
p^  à  Vi^pàqm  de  la  F>éi;at4e,  «t  fe  toas  onais.  Vous  dites  aasA 
qqe  Yi^0iAi^9^m  d'ijrchibald  Von  Hageabaoh  a  aa  lien  en  vertn 
d'une  sentence  sar  laquelle  tous  n'avez  em  ni  pa  avoir  afloone 
ioflaeaqs^  ft^^îga^  «n  procis-verbal  constittaBl:  toi|tas  ces  eiBcan- 
^pes^  ^vec  le^  preoias,  amant  qaa  faire  sa  paurra;  cùcfisob^BM 
cette  pièi^  ^op»  notre  scean,  si  voiKslefogez  ^eaveneUe,  et,  ai  cas 
&iu  soivt  bien  4tabjyis ,  je  voas  donne  nui  pareia  de. ..  da«  ••  ifiMOr 
nêtebo^W)^  et  d' Anglais  né  ld»rey  queUdôcdeBoargognenewons 
retjfiri4i^|ia^  pn^miiiîars,  et  ne  voas  fei^  anauna  iafaee  persanneHa» 
J'oipère  aua^  pronarar  à  Ghavles ,  par  de.fortes  et  paissanues  rai» 
soBfi,  qu'on  traité d'aiaitié entre  la  Bom^iogiie atlas  Gantons^Unis 
de  VH^vétie  serait  4a  sa  part  nne  mesare  sage  al;  généoease.  llest 
possible  que  j'échoue  à  l'égard  de  ce  dernier  point*,  et  en  ^oa  cas 
î'ep  serai  profondément  affligé.  Mais  ea  vons  garantiasaBt  vi>tre 
ariivéeaans  danger  à  la  cear  da  daa,  et  votre  paisible  retour  dans 
Totre  pays/ je  ne  crois  pa^  91a  ja  riaqne  de  me  troipper.  Si  je  sais 
dans  l'erreur^  ma  vie  et  celle  de  mon  fils  uniquCi  de  mon  fils  chéri, 
paieront  la  rançon  de  mon  excès  de  confiance  dans  l'honneur  et 
dans  la  justice  du  duc. 

Les  autres  députés  gardèrent  le  silence ,  et  restèrent  les  yeux 
fixés  sar  le  Landamman  ;  mais  Rodolphe  Donnerhugel  prit  la 
^ole. 

— Devons-nous  donc ,  s'écria-t-il,  exposer  notre  vie,  et,  ce  qui 
nous  est  encore  plus  cher,  celle  de  notre  honorable  collègue,  Ar- 
nold Biederman,  sur  la  simple  parole  d'un  marchand  étranger? 
Kons  connaissons  tous  le  caractère  du  duc;  nous  savons  quelle 


S36  CHARLES  LE  TEAIÉRAIRE. 

haine  l'a  toujours  animé  contre  notre  patrie  et  ses  intérêts.  Il  me 

semble  que. ce  marchand  anglais  devrait  nous  expliquer  pins 

clairement  snr  qnoi  est  fondé  son  espoir  de  crédit  à  la  conr  de 

Bourgogne  9  s'il  vent  qne  nons  loi  accordions  nne  confiance  si 

entière. 

— €'est  ce  qne  je  ne  snis  pas  libre  de  fiEure,  Rodolphe  Donner- 
hbgel  f  répondit  le  marchand  ;  je  ne  cherche  point  à  connaître  vos 
secrets  d'ancwe  espèce  ;  les  miens  sont  sacr^.  Si  je  ne  consnltais 
q^e  ma  propre  sùretéi  le  parti  le  pins  sage  qne  j'aurais  à  prendre, 
4»  serait  de  me  séparer  de  tous  en  ce  moment.  Hais  le  but  de  yotit 
«mission  est  la  paix  ;  Totre  retour  immédiat  en  Suisse,  après  ce  qd 
vient  de  se  passer  à  la  Férette,  rendrait  la  guerre  inévitable  :  or,  je 
crois  pouvoir  vous  garantir  une  audience  où  vous  parlerez  au  duc 
librement  et  sans  danger  ;  et  quand  il  s'agit  d'assurer  la  paix  de  k 
chrétienté,  je  suis  disposé  à  braver  tous  les  périb  personnels  qui 
pourraient  me  menacer. 

— N'en  dites  pas  davantage ,  digne  Philipson ,  reprit  le  Lan- 
dâmman;  nous  ne  doutons  pas  de  votre  bonne  foi,  et  malheur  à 
qui  ne  peut  en  lire  le  caractère  gravé  snr  votre  front  !  Nous  mar- 
cherons done  en  avants  prôts  à  hasarder  notre  sûreté  à  la  cour  d'un 
prince  despote,  plutdt  que  de  ne  pas  nous  acquitter  de  la  mission 
4ont  notre  pays  nous  a  chargés.  Celui  qui  ne  risque  que  sa  vie 
snr  le  champ  de  bataille ,  n'est  brave  qu'à  demi.  Il  y  a  d'autres 
dangers  qu'A  est  également  honorable  d'affronter;  et,  puisque 
l'intérêt  de  la  Suisse  exige  que  nous  nons  y  exposions ,  aucun  de 
nous  n'hésitera  à  en  courir  le  risque. 

Les  antres  membres  de  la  députation  annoncèrent  leur  assenti- 
ment par  un  signe  de  tête  ;  le  conclave  se  sépara,  et  l'on  ne  songea 
plus  qu'à  se  préparer  à  entrer  ^i  Bourgogne. 


CHAPITRE  XVII. 


Il*  $aMl  »  tor  la  point  d«  ftair  m  ctrrièN  » 
nappait  d«  lei  darnien  ray«iia 

La  cdta  oaa  Toehara  tapiaaâa  da  brnyèiaf 
Et  da  Rhin  dorait  lat  ittlona. 

SovTaar» 


Les  dépotés  suisfies  consnltèr^t  alors  le  marchand  anglais  sur 
tons  leurs  monvemens.  Il  les  exhorta  à  faire  leur  Toyage  avec 
umtela  diligence  possible^  afin  d'dtre  les  premiers  à  rendre  compte 
ao  doc  des  évènemens  qui  Tenaient  de  se  passer  à  la  Férette,  et 
de  prévenir  ainsi  les  hmiu  défavorables  qui  pourraient  arriver 
JQsqa'à:  lui  sor  lenr  conduite  en  celte  oeeasion.  Philipson  leur  re- 
commanda aussi  de  congédier  leur  escorte  ;  les  armes  et  le 
nombre  de  ceux  qui  la  conqposaient  pouvaient  donner  de  Tom- 
brage  et  de  la  défiance  i  et  eOe  était  trpp  faible  pour  les  défendre. 
Enfin  il  leur  conseilla  de  se  rendre  soit  à  Dijon ,  soi  t  ^  tout  autre 
endroit  où  le  duc  pourrait  être  alors ,  à  grandes  journées  et  à 
Gheral. 

Cette  dernière  proposition  éprouva  pourtant  une  résistance 
i&mcible  de  la  part  de  Pindividn  qui  s'était  montré  jusqu'alors  le 
plus  maniable  de  tons  les  doutés  et  l'écho  perpétuel  du  bon  plai- 
sir du  Landamman.  Quoique  Arnold.  Kederman  e(U  déclaré  que 
l'afis  de  Philipson  était  es^cellent,. l'opposition  de  Nicolas  Bon- 
stettenint  absdne  et  insurmontable,  parce  que,  s'é  tant  jusqu'alors 
fié  à  ses  jambes  pour  le  transporter  d'un  endroit  à  un  autre,  il  lui 
Ôait  impossible  de  se  résoudre  à  se  livrer  à  la  discrétion  d'un 
cheval.  Comme  on  le  trouva  obstiné  sur  ce  point,  il  fut  définitive- 
lAent  résolu  que  les  deux  Anglais  partiraient  d'avance ,  marche* 
nient  avec  toute  la  célérité  possible,  et  quis  Philipson  informerait 
le  duc  de  tout  ce  qu'il  avait  vu  lui-même  de  la  prise  de  la  Férette« 
U  Landamman  l'assura  en  outre  que  les  détails  relatib  à  la  mort 
da  gouverneur  seraient  envoyés  au  duc  par  un  homme  de  con^ 
fiance,  dont  Tattesution  à  ce  sujet  ne  pourrait  être  révoquée  en 
dpme« 


nS  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Cette  marche  fat  adoptée  ,  Philipson  assurant. qu'il  espé- 
rait obtenir  du  duc  une  audience  particulière  aussitôt  son  ar- 
rivée. 

—  Vous  ayez  droit  de  compter  sur  mon  intercession,  dit-il  ;  elle 
s'étendra  aussi  loin  qu'il  sera  possible,  et  personne  ne  peut  mieux 
que  moi  rendre  témoignage  de  la  cruauté  et  de  la  rapacité  insatiable 
4'ArchibaIdyonHagenbacb,  puisque  j'ai  été  si  près  d'en  être  yîc- 
time.  Mais  quant  à  son  jugement  et  à  son  exécution,  je  ne  sais  et  ne 
puis  rien  dire  à  ce  sujet  ;  et  comme  le  duc  Charles  demandera  cer- 
tainement pourquoi  l'exécution  de  son  gouyemeur  a  en  lien  sans 
un  appel  à  son  propre  tribunal,  il  est  à  propos  ou  que  tous  m'ap- 
preniez Iles  fnts  que  vous  wfti  à  riléguer,  m  dti  moins  qii0  tons 
enfvoyiez  le  plus  prMnpteoienii  posnUilê  tatts  tes  «enseignemenset 
toutes  tes  preuves  4M  vous  mtet  à  lui  «MMttSMre  s»*  œ»  pMnt  in- 
portant. 

La  proportion  êa  naf sbandt  At  ntfiite  un  embstfTM  ^^itiHk 
wr  les  traits  du  LantemM»;  st  oe  fat  émtsttnnettt  en  Mêitam 
qu'Arnold  Biederman  Payant  tiré  «m  peir  à  r^^arl,  kii  £t  àteni- 
voîr  t 

— Mon  digne  ami  I  Iss^  mysiSres  ssm  etf  gAiéral  cMiitt^  te 
tristes  brouBIards  qui  veHent  les  ti^ailsles  pk»  ttebiiBfs  As  fetiaMrs; 
mais  de  même  que  ees'brouHaf^ ,  3s  sm^éoneni  qnelyieiBfc 
quand  nous  le  voudrions  le  moins,  et  quand  nous  désirerions  ttM- 
trer  lepliis  de fran6ltoe)et d^îMSKiirriiira  ée^tcÊmr.  Tmêû-^^  ^ft  h 
manière  dont  Ifagenhudts  été  ndâr  h  mon-;  AMsaùrdntfsoiildè 
Iriie  savoir  an  doc  en  -vertu  de  qudDfe'itutorité^il  ya  ét&omêkWÊîA. 
Cest  tout  ce  que  je  puis  vous  ëSm  Mee  HVSmenv  s«r  oe  écjéi,  « 
pennettez4nos  d'ajouter  que ,  monis  vntis et partet^n a  qus  ^sce 
soit,  moins  vous  serœ  ^aleeas  dftenépI*o«rter'quelfaeteeM^ 
vénie^t. 

—  D^eLandammon,  dft^l'Aegkis,  âe  même  que  vooSi  je  dé- 
teste les  mystères ,  ttmt  par  esprit  naMomil  que  patr  non  canielère 
personnel.  Cependant  j^av une  silamte  oôfifisneedausvetrePlM- 
neur  et  dans  votre  franchise  ^  que  vsAs  seret  mon  guide  dam»'  ees 
drconstances  obscures  et  secièVeif ,  comme  au  milieu  des  l^einl- 
lards  et  des  rochers  A^vinre  pays  natal.  Dans  l'un  et  dnS'Pesitre 
cas ,  je  suis  décidé  à  aecMtler  une  confiance  sans  bornes  à  "^trs 
sagacité.  Permettez-moi  seulement  de  vous  recommander  qne  les 
explications  que  vous  devez  donner  à  Charles  lui  soient  enveytfes 


CiHARLlS  LB  TEMéRAlM!.  2S9 

VÊÛ  pram|iteiBttit  qu'elles  doiyent  être  claires  et  fhuocbes.  Les 
choses  étant  ainsi ,  je  Me  flatte  qoe  mon  homble  crédit  auprès  du 
èie  poorra  mettre  mi  certain  poids  dans  la  balance  en  TOtre 
ftyeor.  Elmaintenasity  noos  allons  nous  séparer ,  mais,  comme  je 
Fespere,  poumons  rejoindre  bientôt. 

Philipson  alla  retrouver  son  fils ,  qu'il  chargea  de  louer  des  cbe- 
tanx  et  dft  cberdier  un  guide  pour  lès  conduire  en  toute  diGgence 
«&  pr&ence  du  duc  de  Bourgog;ne.  Ayant  questionné  ^Ters  habi- 
tans  de  h  t3Ie ,  et  notamment  quelques  soldats  du  feu  gouyemeur, 
ikapfHrirent  enfin  que  Charles  était  occupé  depuis  quelque  temps 
àffeiire  possession  de  la  Lorraine ,  et  que  soupçonnant  à  Fem- 
pereor  d!AHenagne  et  à  Sigismond,  duc  dTÂtricbOy  des  intentions 
pes  anîeiles  à  son  égard ,  il  avait  rassemblé  près  de  Strasbourg 
onepertie  eoiisidérable  de  son  armée ,  afin  d^être  prêt  à  réprimer 
toite  tentatiTe  que  pourraient  fidre  ces  princes  ouïes  villes  Bbroa 
(le  PEmpirc  pour  Farrêter  dans  le  cours  de  ses  conquêtes.  Le  duc 
<fe  Bourgogne ,  à  cette  époque ,  méritait  bien  le  surnom  de  Témé  - 
nire^,  poîsqiiey  ttieouré  d'îennenus,  comme  un  des  plus  nobles 
«dnunDt  qœ  poursuttent  Bbs  cbasseurs,  il  tenait  en  respect ,  par 
sm  laaintiett  ftrme  et  audacieux  »  non  seulement  loê  princes  et 
les  Eiatsdont  nous  venons  de  parler ,  mais  même  le  roi  de  Franco^ 
nttiDobftpttissant  et  beaucoup  meifleur  politique  quH  ne  Fêtait 
l&Haénie. 

La  deux  veyageurs  se  dfirlgèrentdonbversIèiBampdiidtodk 
Ihnrgogne,  diacun  tktix  étant  liVrél  des  réfiexiohs  profondes  et 
laftiBcdiqnes,  quî  riempècbaient  peut-être  de  faùre  beaucoup 
d'attention  à  oe  qui  9e  passait  dans  Fesprit  de  son  compagnon  ;.  ih 
Buirdiaient  en bommes  absintiiés  dans  leurs  pensées,  et  s^entrete- 
naioit  moins  fréquemment  qu'Ss  n'avaient  été  habitués  à  le  &dre 
<h]is  leurs  voyages  précédens.  Le  noble  caractère  de  Phiïïpson , 
MD  respect  pour  ta  probité  da  Landamman ,  et  sa  reconnaissance 
^  l'hospitalité  qn^il  en  avait  reçue ,  Pavaient  empêché  de  séparer 
M  canse  de  celte  des  députés  suisses,  et  il  ne  se  repentait  nullement 
^  h  générosité  qui  Favait  déterminé  à  leur  rester  attaché.  Maïs 
^psjii  il  se  rappelait  la  nature  et  l'importance  de  Faffaire  persoa- 
Mlte  dontil  avait  à  traiter  avec  un  prince  fier,  impérieux  et  irri- 
te, il  ne  pouvait  s'empêcher  de  regretter  que  les  circonstances 

"M»»  ipith*te  dt  «dWnMff  T        ■-■       "• 


240  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

cassent  mêlé  sa  mission  pariicnlière  »  si  intéreaiHinte  poar  loi  et 
•poor  ses  amis,  avec  celle  de  personnes  qae  le  dac  Terrait  proba> 
blement  de  si  mauvais  œil  qu'Arnold  Biederman  et  ses  compa- 
gnons ;  quelque  reconnaissant  qu'il  fût  de  Faccneil  hospitalier  qai 
lui  avait  été  bit  à  Geierstein ,  il  était  fâché  que  la  nécessité  l'eût 
forcé  d'en  profiter# 

Les  Idées  qui  occupaient  Arthur  n'étaient  pas  d'un,  genre  pbu 
satisfaisant.  Û  se  trouvait  de  nouveau  séparé  de  l'objet  vers  kipd, 
presque  malgré  sa  propre  volonté ,  ses  pensées  se  reportaient  sans 
cesse;  et  cette  seconde  séparation  avait  eu  lieu  après  qu'il ayait 
contracté  une  dette  nouvelle  de  reconnaissance ,  et  lorsque  «ni 
imagination  ardente  avait  trouvé  pour  s'en  occuper  l'attrait  de 
certaines  circonstances  mystérieuses.  Gomment  pouvait-il  conàf 
lier  le  caractère  d'Anne  de  Geierstein ,  qu'il  avait  connue  si  douce, 
si  pure ,  si  simple ,  avec  celui  de  la  fille  d'un  sage ,  d'un  esprit 
élémentaire ,  pour  qui  la  nuit  était  comme  le  jour ,  à  qui  un  cacbot 
impénétrable  était  ouvert  comme  le  portique  d'un  temple?  Poa- 
vait-il  identifier  deux  êtres  #diflérens?  On,  quoique  offrant  aaz 
yeux  la  même  forme  et  les  mêmes  traits,  l'un  était-il  une  habitante 
de  la  terre,  l'autre  un  fantôme  auquel  il  était  permis  de  se  montrer 
parmi  des  créatures,  d'une  essence  différente  de  la  sienne  ?.....  Ne 
la  re verrait-il  plus?  Ne  recevrait-il  jamais  de  sa  propre  bouche 
l'expUcation  des  mystères  qui  se  rattachaient  d'une  manière  si 
étrange  à  tout  ce  qu'il  se  rappelait  d'elle  ?  Telles  étaient  lestes- 
tiens  qui  occupaient  l'esprit  du  jeune  voyageur ,  et  qui  l'empé' 
cbaient  d'interrompre  la  rêverie  dans  laquelle  son  père  était 
plongé,  et  même  d'y  faire  attention. 

Si  l'un  ou  l'autre  des  deux  voyageurs  eût  été  disposé  à  tirer 
cpelque  amusement  de  la  vue  du  pays  traversé  par  la  route  qu'ils 
suivaient,  les  environs  du  Rhin  étaient  bien  profères,  à  leur  en 
procurer.  La  rive  gauche  de  ce  noble  fleuve  ofEre ,  à  la  vérité ,  on 
pays  plat  et  uniforme;  car  la  chaîne  des  montagnes  d'Alsace,  qui 
eu  suit  le  cours ,  ne  s'en  approche  pas  assez  pour  varier  la  surface 
unie  de  la  vallée  qui  la  sépare  de  ses  rives  ;  mais  ce  grand  fleaTCi 
roulant  ses  eaux  avec  impétuosité,  et  se  précipitant  autour  des 
iles  qui  veulent  en  interrompre  le  cours,  est  en  lui-même  un  des 
spectacles  les  plus  majestueux  qu'oIEre  la  nature  ;  la  rive  droite  en 
est  ornée  et  embeUie  de  montagnes  nombreuses,  couvertes  de  botf 
et  séparées  par  des  vallées  :  c'est  ce  qui  forme  le  pays  si  oonno 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  241 

sons  le  nom  de  laForél-Noire,  dont  la  saperstidon  crédule  rap- 
porte tant  de  sombres  légendes.  Ce  canton  ayait  aussi  de  jasteset 
▼éritables  objets  de  terrenr.  Les  vieux  cbâteaox  qa'on  voyait  de 
temps  en  temps  sur  les  bords  du  Rhin ,  ou  sur  ceux  des  lorrens  et 
des  rivières  qui  y  portent  leurs  eaux ,  n'étaient  point  alors  des 
mines  pittoresques,  rendues  intéressantes  par  l'histoire  de  leurs 
«nciens  habitans;  ils  étaient  encore  les  forteresses  véritables,  et 
imprenables  en  apparence ,  de  ces  chevaliers-brigands  dont  nous 
avons  déjà  parlé  plus  d'une  fois,  et  dont  nous  avons  lu  tant  d'his* 
taires  étranges  depuis  que  Goethe,  auteur  né  pour  tirer  de  son 
long  sommeil  la  gloire  littéraire  de  l'Allemagne,  a  mis  en  forme 
de  drame  celle  de  Goetz  de  Berlichingen^.  Les  dangers  auxquels 
exposait  le  voisinage  de  ces  citadelles  n'étaient  connus  que  sur  la 
rive  droite  du  Rhin,  c'est-à-dire  du  cftté  de  l'Allemagne;  car  la 
lai^ear  et  la  profondeur  de  ce  noble  fleuve  empêchaient  ces  ma- 
faudeurs  de  faire  des  excursions  en  Alsace.  Cette  rive  était  en 
possession  des  villes  libres  de  l'Empire,  et  par  conséquent  la  ty- 
rannie féodale  des  seigneurs  germaniques  pesait  principalement  sur 
leurs  propres  concitoyens,  qui,  irrités  de  leurs  oppressions  et 
épuisés  par  leurs  rapines ,  étaient  obligés  d'y  opposer  des  barrières 
4'mie  nature  aussi  extraordinaire  que  les  grie£s  dont  ils  cherchaient 
i  se  défendre. 

Hais  la  rive  gauche  du  fleuve,  sur  la  plus  grande  partie  de  la- 
qoelle  Charles,  duc  de  Bourgogne ,  exerçait  son  autorité  à  diffé- 
rens  titres,  était  sous  la  protection  régulière  des  magistrats  ordi- 
naires, qui,  pour  s'acquitter  de  leurs  devoirs,  étaient  soutenus 
par  des  troupes  nombreuses  de  soldats  stipendiés ,  dont  la  solde 
M  payait  sur  les  revenus  privés  de  Charles;  car,  de  même  que 
Louis,  son  rival,  et  d'autres  princes  de  cette  époque,  il  avait  re- 
connu que  le  système  féodal  donnait  aux  vassaux  un  degré  d'indé- 
pendance qui  pouvait  être  dangereux,  et  il  avait  pensé  qu'il  valait 
mieux  y  substituer  une  armée  permanente,  composée  de  compa- 
gnies-franches f^  ou  soldats  de  profession.  L'Italie  fournissait  la 
plupart  de  ces  bandes ,  qui  formaient  la  force  de  l'armée  de  Charles, 
ou  qui  du  moins  en  étaient  la  partie  en  laquelle  il  avait  le  plus  de 
confiance. 

Nos  voyageurs  continuèrent  donc  leur  chemin  sur  les  Ix^rds  du 

<<  Sir  Waltcr  S0Mt  a  traduit  lû*méaieen  anglaii  ea  dnuBc  romantifae* 

i6 


im  «■âBLB&  LE  l^HÉHAI». 

Ijliiîiii  avec  «itam  de  sécsriti  qa'on  pooyait  ea  eipéMr  èuam  œ 
tenps  de  ^idenoa  et  de  désordre.  Eoftii  Fliilipiaii,  apis  amqr 
«Kamipié  faelfae  aanfs  le  goide  qfu'Artbnr  avak  Isné,  demnda 
tovt  à  coiqp  à  soa  fik  4[m  élait  eet  houieu  . 

Arthiir  loi  réfioâdii  ^'ilairait  mis  trapt  d^iiy»fi§ifaiWft  àttsao» 
irar  qoelqa'oA  4[tti  coniiftt  bien  la  roase,  él  qui  ikl  dîspseé  •  lear 
aerw  de  gaide^  pooi?  mwmc  eu  la  temps  de  preaAnB  des  iafenaar 
aions'lûea  eaiaeies  sar  sa^pisiité  at  sa  prciession  ;  siais  fse  »  ^apnàs 
àatt  eitMaïuTy  il  paaaak  qae  c'était  an  de  eeaeedésîaiitiqQesqHÎ 
paraoïuMâent  la  psys  peav  yeDdredesfelîipies»  des  chaf^ekls  el 
4as  agnnsy  et  qai  a'ebbeaateiit  le  respect  »  em  gébésai,  qae  è» 
alaasas  infërienresi  qn'on  les  asjsusait  soaiseiit  de  lopooiper ,  on  ab» 
aaaS  de  ^ar  saperstUMiu 

La  costume  de  cet  lioiiiaie  anaonçut  whùwm  an  frère  mendiant 
fu^imdéTet  laïcpie>  ou  pèleviny  allant  Tisiter  les  tomkeanx  de&SaintSi^ 
n  portait  le  chapeau,  b  cédule ,  le  baurdon ,  et  la  dabnalî^pied'é^ 
toffè  grossière,  dont  la  {orme  ressemUait  assez  au  manteau  dfaa 
kossard  moderne ,  que  prenaient  alors  ceux  qui  entrqnranaîaat  o» 
excursions  religieuses.  Les  clés  de  saint  Pieri c ,  grossièrement  dfr 
coupées  en  drap  éc$rli|te,  étaient  attachées  derrière  sompantean, 
placées  en  sautoir ,  en  termes  de  blason.  Il  paraissait  âgé  an  mmns 
de  cinquante  ans ,  était  bien  fait ,  vigoureux  pour  son  âge ,  et  a^ 
nne  physionomie  qpi  9  sans  âtre  raponssante,  était  kin  d'ofiir 
quelque  chose  qui  prévint  en  sa  fiyeur.  L'expression  de  ses  yeoz 
annonçait  dg  Fastnce,  et  la  vivacité  de  Ions  ses  monvemensËdsait 
souvent  cbntriEtôte  avec  le  caractère  d&  sainteté  grave  qu'il  prenait* 
€ette  dilfiirence  entre  le  costume  et  la  {d^anomiese  rencontrait 
assez  souvent  parmi  ïes  g^is  de  sa  pno^sion ,  qn'u  gnmd  npmbse 
embrassait  «plutdt  pour  satis&ire  une  habitude  de  vagabondage*  et 
de  fainéantise  que  par  vocation  religiense. 

—  Qui es-tu  y  brave  homme?  lui  demattda<PI]iKpsoi|;  qneinoip 
dois -je  te  donner,  pradant^pe  noua  sommes  compagnons  de 
voyage? 

-^Bardiélëmi,  Monsieur  >  répondit  te^gpude,  flcm  BaithâtçBuh 
je  pourrais  direBartholomœuSy  maif  fl  ne  convient  pas  à  nn  piinvre 
frère  lai  comme  moi  d'aspirer  à  l'honneur  d'un  nom  savant» 

--*  B«  quel  est  le  hnt  de  ton  vo3Fage,,  frère  Bartlrflqmî  ? 

-^  Le  but  de  mon  voyage  sera  celui  du  vôtre,  Monsieur.  J'irai 
partout  où  mes  saniaes  eoBune  gndepeurmit'  vow  ètea  utilési 


GHMBSJSS  tJE  TÉMêfimU.  m 

mifpmmiiUKgotàs  que  ^««oft  tt'4iectn4«nKleî«iilr'â6itt^ac(p^^ 
k  m»  pBfllâf«eB<te4éwtkNi  «tt  Mâtfltt'SliiiiMB  quenoos  troaTe- 
rois  dieiBÎo  fimnt. 

*^  G'ji9t4i'idiMqiie  tom  'voyage  ii*a  m  b«t  fix« ,  ni  iH^et  ptéÈsaat* 

^àmgnmmk  pairtioidkir,  coMie 4miB le-d)ies  Huit  Ken,  Ilônv 
oear.ie  ierab  pamtaiit  «mw  de ^re  qne mon  vojrage^mbraâilè  ' 
laaid'^fcffltft,  qn^Hm*^»  éÊMÊÊMOÊ^  wsmmcmeet^ffaT  Fini  on  par 
rantre.  J^  fak  Tomiie  paaaar  q«atre  ana ^  TO^ai^er  ^ Usa  aaiitl 
en  lieu  saint  ;  mais  mon  yœn  ne  m'oblige  pas  k  les  tMicst  dans  na 
«mrlaiiL  oeire  et  à  aora»  4e  rMe. 

--G'eali-iffire  qae  aoa  ^^œa  èe  pèlerinage  ne  fempètbe  pas  de 
te  feaar  ea  qoaiilé  4fo  giii<ie4B«K  YO|agairs  ? 

-^Sije  puisaBoir  la  dëiFOtiott  pa«r  les  bieniieiifeiix  Mints  dent 
je  miÈ€  les  xeMqaes ,  à  «n  iiâri^ee  rendtt  à  nn  de  mes  semblables 
ya  ast  es  laapige  et  fai  »  besoîtt  d'an  €end>actettr ,  je  pense  qne 
M8  deoK  cigeiB  pevreut  parfadteaient  se  oeneilier  ensemble. 

^Sartont  parce  qa'un  pen  de  profit  mondain  tend  à  lier  èn- 
umbkcea.  ètwn  deimms  >  q«a«d  ateie  ils  advient  intoïkipatibles 
MBsceh». 

—  C'est  Tùtee  bon  plaisir  de  parl^  ainsi ,  Monaienr;  mais  von^ 
ponmaa  TosMaérne,  ai«voaa  le  tonlieiy  lârer  de  ma  compagnie 
qaelqae  profit  de  pins  qne  la  connaissance  qne  j'ai  de  la  rente  qnè 
Toos  a:vmi.  à  faire.  Je  piû  rendre  votre  Toyage  pins  édifiant  en 
TOQS  apprenmt  les  légendes  des  bienhenrenx  saints  dont  j'ai  TÎsité 
bi  nlii^s  ssiorées  y  et  piife  agf^Me  en  Ton^  racontant  les  choses 
menreilleases  qne  j'ai  vues  et  qne  j'ai  apprises  dans  le  conrs  de 
9»  tayage»;  je  pniil  Tobs  fournir  Pec^àision  de  Tons  mnnir  d'un 
fuèon  de  Sa  Sainteté  peur  toutes  tos  fiiUtes  passées ,  et  même* 
d'ooe  indulgence  pour  Tos  errear s  Aitnres^ 

*-Tasleelaeat  oertainetneiit  fort  mile,  firëreBartfaétemi;  mais 
qsaiid  je  déaire  parler  d^nn  pareil  sujet,  je  m'adresse  à  mon  con- 
fittenr ,  à  qui  je  confie  régulièrement  et  exchisîvement  le  soin  de 
ma  conmeDoa  »  et  qui  par  eensécpeiit  doit  connaître  mes  disposi» 
iH»Mf,  et  lire  au  eut  iai  me  presetfre  tout  ce  qm  peut  être  cdn^ 
leuaUe^ 


de  prolestaas.  Les  imktlgutnê  aecordiiei  par  U  dMf  de.l'Bylivë  cathoiiqM  »'oiit  jawris  a« 
i«t  lâ'TMlniM»  dhtanitMfatant,  el.  amfef  ank  f<àfes  passées,  elEei  ont  toaioars  eu  b«- 


9.  Ott) 

Boinbre  i 

fBttr  objet  îâ'TMlniM»  èm  araté»  fotont ,  eî .  qôvfef  ank  f<àfes  passées ,  elEei  ont  toojoars  eu  b«- 
f«ùi  de  ié|^mlip.C».«9ii|^p«pdMteeMinf  iilièiwtiféftotiMW  Wf^M*M  q|i|k«MCMUlUé(a^pi^ 
MBfcr  jm^k  SM  ftarf  nbl&me  de  rUrtanik. 

i6. 


244  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

—  Je  me  flatte  pourtant  que  tous  avez  trop  de  i^eligion  et  que 
TOUS  êtes  trop  *bon  catholique  poar  passer  près  d'une  sainte  station 
sans  chercher  à  obtenir  Totre  part  des  bienfaits  qu'elle  répand  sur 
tous  ceux  .qui  sont  disposés  à  les  mériter;  d'autant  plus  que  tous 
les  hommes  I  quelles  que  soient  leur  qualité  et  leur  profession,  ont 
du  respect  pour  le  saint  qui  est  le  patron  spécial  dé  leur  métier. 
J'espère  donc  que,  tous  quiètes  un  marchand  y  vous  ne  passerez 
pas  près  de  la  chapelle  de  Notre-Dame  du  Bac  sans  y  faire  quel- 
ques oraisons  convenables. 

—  Je  n'ai  jamais  entendu  parler  de  la  chapelle  que  tous  me  re- 
commandez^ frère  Barthélemi;  et,  comme  mon  affaire  est  pres- 
sante ,  il  Taudra  mieux  que  j'y  fasse  ua  pèlerinage  tout  exprès 
dans  un  moment  plus  opportun ,  au  lieu  de  retarder  mon  Toyage 
en  ce  moment.  C'est  ce  que  je  ne  manquerai  pas  de  faire ,  s'il 
plaît  à  Dieu;  de  sorte  qu'on  peut  m'excuser  si  je  diffère  cette 
marque  de  respect  jusqu'à  ce  que  je  puisse  m'en  acquitter  plus 
à  loisir. 

—  Je  TOUS  prie  de  ne  pas  tous  fâcher ,  Monsieur,  si  je  tous  dis 
que  TOtre  conduite  en  cela  ressemble  à  celle  d'un  fou,  qui,  troa- 
Tant  un  trésor  sur  le  bord  de  la  route ,  ne  le  ramasse  pas  pour 
l'emporter  aTCC  lui,  mais  se  promet  de  resFenir  un  autre  jour,  et  de 
bien  loin,  tout  exprès  pour  le  chercher. 

Piûlipson ,  un  peu  surpris  de  l'opiniâtreté  de  cet  homme ,  allait 
lui  répondre  s^Tec  TiTacité  et  humeur;  mais  il  en  fut  empêché  par 
l'arriTée  de  trois  personnes  qui  Tenaient  derrière  eux ,  et  qui  les 
joignirent  en  ce  moment. 

La  première  était. une  jeune  femme ,  mise  fort  élégamment ,  et 
montant  un  genêt  d'Espagne  qu'elle  conduisait  ayec  autant  de  grâce 
que  de  dextérité.  Elle  avait  la  main  droite  couTerte*d'ungant  sem- 
blable à  ceux  dont  oh  se  serTait  pour  porter  un  &ucôn ,  et  an 
émérillon  était  pcirché  sur  son  poing.  Sa  tête  était  eouTorte  d'une 
toque  de  chasse ,  et  y  comme  c'était  souTcpt  l'usage  à  cette  époque, 
elle  portait  une  espèce  de  masque  en  soie  noire  qui  lui  cachait  tout 
le  Tisage.  Malgré  ce  déguisement ,  le  cœur  d'Arthur  battit  Tive- 
ment  quand  il  la  Tit  paraître,  car  il  fut  certain,  dès  le  premier 
moment ,  qu'il  reconnaissait  en  elle  la  forme  incomparable  de  la 
belle  Helyétienne.  Elle  était  suivie  de  deux  personnes  qui  parais- 
saient être  à  son  senrice,  uiîe  femme,  et  un  fauconnier  avec  son 
bâton  de  chasse.  Philipson,  dont  les  souTenirsen  cette  occasion 


CHARLES  LE  TEHÉRAIRE.  245 

it'élaient  pas  aussi  exacts  qae  ceux  de  son  fils,  ne  Tit  en  cette 
belle  étrangère  qu'une  dame  eu  une  demoiselle  de  distinction  qui 
prenait  le  plaisir  de  la  chasse  ;  et.  Comme  elle  lui  fit  une  légère 
inclination  de  tète  en  passant ,  il  la  salua  à  son  tour,  et  lui  de- 
mandi^ avec  politesse,  conune  la  circonstance  l'exigeait  /  si  elle 
«ITait  fut  une  bonne  chasse  ce  niptin. 

---  Pas  trop  bonne ,  répondit  la  dame;  je  n'ose  donner  le  vol  à 
mon  émérillon  si  près  de  ce  grand  fleuTC  9  de  peur  qu'il  ne  s'euTole 
de  l'antre  cdté ,  ce  qui  m'exposerait  à  le  perdre  :  mais  j'espère  que 
f  aurai  meilleure  fortune  quand  nous  aurons  ))assé  le  baC|  dont 
nous  ne  sonimés  pas  bien  loin. 

— £n  oe  caS;  dit  Barthélemi ,  Votre  Sdgnenrie  entendra  la  messe 
dans  la  chapelle  de  Hans,  et  priera  le  ciel  de  lui  accorder  une 
^nne  chasse. 

—  Je  "ne  serais  pas  chrétienne  si  je  passais  si  près  de  ce  saint 
lien  sans  m'acquitter  de  ce  devoir. 

—  C'est  précisément  ce  que  je  disais  9  noble  dame;  car  il  est 
bon  que  tous  sachiez  que  je  fais  de  vains  efforts  pour  convaincre 
ce  digne  voyageur  que  le  succès  de  son  entreprise  dépend  entière- 
ment delà  bénédiction  qu'il  obtiendrarde  Notre-Dame-du^Bac. 

•—  Ce  brave  honmie ,  dit  la  jeune  dame  d'un  ton  sérieux  et  même 
sévère  y  ne  contaaît  donc  guère  le  Rhin?  Je  vais  lui  fidre  sentir 
combien  il  est  important  qu'il  suive  votre  avis. 

Elle  s'approcha  d'Arthur,  et  lui  adressa  la  parole  en  suisse ,  car 
^e  avait  jusqu'alors  parlé  allemand. 

—  Ne  montrez  pas  de  surprise ,  mais  écoutez-moi ,  loi  dit-elle  ; 
et  cette  voix  était  bieUvCelle  d'Anne  de  Geierstein  ;  ne  soyez  pas  sur* 
pris,  yous  dis-je,  ou,  si  vous  l'êtes^  que  personne  ne  s'en  aper- 
çoive. Vous  êtes  entouré  de  dangers»  on  connaît . vos.  af&iires  sur 
oetteroutOy  et  un  joomplota  été  formé  contre  votre  vie.  Traversez 
le  fleave  an  bac  de  la  Chapelle ,  au  bac  de.HanSy  comme  on  l'ap- 
pelle ordinairement. 

Le  guide  était  alors  si  près  d'eux ,  qu'il  lui  fut  impossible  d'en 
dire  davantage  sans  être  entendue.  En  ce  moment  nn  coq  de 
broyère  partit  de  quelques  broussailles,  et  la  jeune  dame  donna  le 
volàsonémérilloli. 

Le  fauconnier,  pour  animer  l'oiseau ,  poussa  des  cris  qni  firent 
retentir  tous  les  environs,  et  il  courut  au  galop  pour  suivre  le  gi» 
bier.  Philipsônet  le  guide  ne  songèrent  plus  qu'à  suivre  dés  yeux 


2M  OMIin  LE  TÉHÉBXKC 

yoMwa»  et  «a  froit^  taM  m  ^aaie  éB<tMiii'  BUmJÊLifmtêiÊi»  yon 
IwbMimas  êi  %aala  eaiiiMliim:;  mais  h  aw  éalk  ▼«  dfAweéiait 
»ii»a|^p&t^Qiattmit>êétoiiBBél?atleo>tiB^ 
jilléiMflfanf. 

«^  Trvwntn  l^hkàm^  lai  répéiMidkB,  M'  bas  qn oPiidnili 
Rirch-Hoff ,  de  Paatre  côté  da  Aaaiaa^  pnenei  iwlve  lugeaienti  k 
TwoïK^'Oivi*  "aaiia  y  tyaimrea  an  gîiMa  pour  Toasceadmiei 
CkraaboQif  «  Jani'fiaîaiieatar  pUia  hai^'ienipa» 

A  eea aaott , die  se  radreaaa  av  laiaette ,  frappa  l^ginmeniaw 
laa  rém»  le  co»  da  .fian  aonraieii»  fm,  déjà  impatient  dfim  si  <Mt 
délai,  partit  an  grand  galop ,  comnaa  s'il  arait  Tonln dispatcrè 
ifttaaie  à  Véméâilm'^  i  aar  pràie.  La^danie ,  b  aaitianteet  le  ta- 
«Mimer  axaient  dé^fc  dbpam  a«x  jnpox  4e  nos  weyageapw. 

Us  restèrent  en  silence  quelques  minutes  ,  temps  qn'Aràwc» 
flbgia  à  xrifléékjr  deqoatta  nifiuàfs  il  oommaqiqoenâtà  son  père 
Fayis  qu'il  venait  de  recevoir,  anaa  éreillar  laa  atBpçoatde  lenr 
«aidé;  maja  MûI^moii  rowpit  li|i4iéme  le  aUenae,  en  disairtà 
«dbDi««i?  ^-^ £«Betaaa»voa»  ea  raarcli^ ,  s^iluaiiaf^lattielteiM» 
^aaBBàqnelqpM8paaiMi>aaraaai;  jetMam  pariffr  em  jmrtkrikrt 
moit)filK 

Le  gnide«drfit^'et,  oaiBfne«peiir>iriontittrqnKljnraic4)^ 
yn^ndteent.  oeoiipé des  obasea  eékaïaa  peur  danaaraBOieiÉ 
pensée  aux  affaires*  4e  ae^aaoade  aablaBim ,  itte^tooM  anehyaii 
wl'luttBcin^de  saifitWnidalia  iebeifar,  d'kM/mii  «i^^ 
dante,  qu'il  fit  partir  jusqu'au  demaroiawi  4a  ^«V^  ^^ 
IttèsdaqMlila'paasaiaiit.  Jaasais^M  |l?•A^MHik  mM«idlopée  sacrée 
-^n  pvolane  ««asi  triste  qmt  eeHe  qui  penate  à  PtOif»»^  '**^^ 
«Tee  aon^Ha  la  oottrersatifin^siiivanaa:' 

Anhap,  kiî  dit-il ,  jesuis  eaftv«inaa^  ea  brailbrit»  ce^ 
Ml'lypeeriie,  a  quelque  projet  oeotreBoq»?  ^îfi'^^ 
^roiie  que'k  metlfeor  »^e»  âe4^îe«er^ ses  da»«as,  ««• 
consulter  mon  opinion  et  non  la  sienne ,  tant  sur' laa  ïaa*'  ^ 
{devons  fiiir^^halle,  que  sur  la  vont»  quD  aoas  devons  ^^'f^^^    u 

T-  Votre  jugement  est  aus^  sûr*  que  de  coutomey  mon  P*'^* ^^ 
•usapersuadé  que  cet  homme  est -un- tdJlre;  et,  caq**»*'**  ^.^ 
croîref ,  c'est  que  cette  jeune  dame  Vient  de  me  dire  tout»**"  ^^ 
noue  conseillait  de  prendre  la  route  àt  Strasbourg  ^.t^f^ 
droîte  duRhin ,  en  traversant  ce  fleuve  à  un  endwituoiBni* 
Hoff ,  situé  de  l'autre  cèté: 


CMMHLm  liK  IBMBiUlML  Xt 

«—  Je  répondrai  sar  ma^yie  de  la  boue  faî  dr  rnttfl  jminr  iamn 
*—  QooiJ  pnèe  ^i^élla  ae  liait  Um  aw  aoh  (mlefroir»  et  ip'elle 
a  k  taille  bien  faite  ?  C'eat  le  vaiaooiieneiiC  dfwi  jenne  hoaune;  et 
pnfftant. meft  wu  eoèotf,  éTec  te«le>aa*  eweenapeelien.,  eaizfort^ 
meut  tenté  d'avoir  confiance  eor  eUe.  Si  notre  aecrat  eat  connu  eià 
4»  payai.,,  ii^y^a:»  aÉUia  eantvedit  y  bien  dea  gêna  «{ni  peuvent  être  dia- 
foaéerà  ovoîre  qu^Ma  ent  ititérét  à  m'emlédber  d'approcher  du  duc 
dtt  Beuvgegiift»  et  à  emplej^er  à  cet  efifet  lea  moyenâ  les  pins  vio- 
ko»;  et  vQua^  aama  parfaken»ent  fue  le  aaGrifierais  ma  vie  aana 
regret  pour  pouvoir  m'ac(|nîtt«r  de  sm  nûaékm.  Je  vous  dirai  donc^ 
Avthnr,  qae  je  ne  reproche  d'avoir  pria  jua<pi'ifii  troj^  peu  de  soin 
paor  jH'aBBuner  le»  moyen»  de  la  remplir,  par  suite  du  désir  bien 
nattrel  qae  j'arms  de  vous  ooiiaerver  près  de  meL  Nous  avona  à 
aboioi^  entre  deux  ehemîaa  peut  nouarandreà  labeur  de  duc,  et 
Mes  deua  aeMi  doQgetenx  eft  incertaiaa.  Sloua  pouvons  anivre  ce 
fàitf  en  eemptant  avur  sa  fidélité  douteuse ,  en  passer  sur'  l'autst 
nreduRhia ,  et  tRaveoser  de  nouveau  ee  fleuve  à  Strasbourg.  Il  j  ' 
a  peut-être  autant  de  danger  d'un  côté  que  de  l'autre  ;  mais  |/a  sens 
fi^eat  ée-  mon  devoir  de  dênînuer  le  risipie  fœ.je  cours  de  ne 
poayeii  cawiaier  m».  misaioA,  ea  voua  faiaant  passer  sur  la  rive 
iMte^.  «audit  que- je  contimeriui  mon  v<qrage  sur  la  gauche*  Par 
et  mofen,  s'il  anâve  quelqee  aoaident  à  l'mi  de  nous,  l'autre 
poonra  y  édmpper  et  s'aeqtntter  de  k  miaaion  importante  dont 
meaaomnmé  dbaegéai. 

•*-  Hélaal  mon  peiie>  comment  m'eat-il  posaible  de  voua  obéûp, 
famé  je  ne  paa»  le  faire  qu'en  voua  laiasimt  seul,  ei^poaé  à  tant  de 
itngtts,  et  ajomt  à  lutter  eomare  tant  de  diffieultés^  dans  lesqneUea 
j^aanés  du  morâa  la  benne  vetoaié  de  voua  aider,  qaeiqué  faible 
fie  pât  être  mim  secours?  Quelque  péril  qui  puisse  nous  menace 
ihne  ces  rircQnatanaaa  délicates  et  dangereuses  t  ayons  du  moiiia 
la  consolation  de  les  bravée  enatmble* 

—  Artfaor»  mma  dier  fils,  me  séparer  de  toi^c'estme  briser  le 
asras;  mai»  le  même^evoir  qui  nous  ordonne  de  nous  exposer  à  la 
amet^  neos  enjoint  auaai  impérieuievient  de  ne  paa  céder  à  notre 
iaadse  affeeeian.^  il  fattt  qoe  noils  nai^  aépariona. 

-—  Bn  ce  eàa  ^  sfécria  vivement  aon  fila ,  accprdez^moi  dammna 
IMftahoaè  i  ee  aéra  ve«a  qui-  tvaverseroa  le  Rhia,  et  vous  me  Im^ 


248  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

serez  continuer  mon  voyage  par  la  roate  que  nous  avions  d'abord 
dessein  de  suivre  ensemble  !  ,  * 

—  Et  poorquoi ,  s'il  vous  plaît ,  prendrais-je  le  chemin  que  vous 
me  proposez ,  de  préférence  à  l'autre?  .  . 

—  Parce  que  je  garantirais  sur  ma  vie  la  bonne  foi  de  cette  jeans 
dame ,  s'ëcria  Arthur  avec  chaleur. 

—  Encore ,  jeune  homme  1  Et  pourquoi  tant  de  confiance  dans 
la  bonne  foi  d'une  jeune  fille  ?  Est-ce  uniquement  cette  confiance 
que  la  jeunesse  accorde  à  ce  qui  lui  paraît  beau  et  agréable ,  on  la 
connaissiez-vous  déjà  mieux  que  ne  peut  le  permettre  la  cofirte 
eonversation  que  vous  avez  eue  avec  elle? 

—  Que  puis-je  vous  répondre,  mon  père?  Il  y  a  long-temps  que 
nous  ne  voyons  plus  la  société,  des  chevaliers  et  des  dames  ;  n'est-il 
donc  pas  naturel  que  nous  accordions  à  tout  ce  qui  nous  rappeUe 
k»  tiens  honorables  de  la  chevalerie  et  d'un  sang  noble ,  cettecon- 
fiance  d'instinct  que  nous  refusons  à  des  misérables  comme  ce  char. 
latan  vagabond ,  qui  gagne  sa  vie  en  vendant  de  fausses  reliqnes 
et  des  légendes  absurdes  aux  pauvres  paysans  dont  il  parcourt  les 
villages? 

—  Une  pareille  idée ,  Aithur,  pourrait  convenir  à  un  aspirant 
aux  honneurs  de  la  chevalerie ,  qui  puise  dans  les  ballades  des  mé- 
nestrels tout  ce  qu'il  se  figure  de  la  vie  et  des  ëvènemens  dont  elle 
secompose;  mais  elle  est  trop  visionnaire  pour  un  jeune  hommeqoî 
a  vu,  comme  vous,  comment  se  conduisent  les  affaires  de  ce  monde* 
Je  vous  dis,  et  vous  apprendrez  à  reconnaître  que  c'est  la  vérité/ 
qu'autour  dé  la  table  frugale  de  notre  hôte  le  Landamman  ilse  trou- 
vait pins  de  langues  sincères ,  plus  de  cœurs  fidèles ,  que  la  coor 
plénière  d'un  monarque  ne  pourrait  se  vanter  d'en  offrir.  Hélas  1 
l'esprit  mâle  de  la  bonne  foi  et  de  l'hoiineur  a  disparu  du  ccenr  des 
chevaliers  et  même  des  roi^,  où,  commeledisait  Jean,  roide 
France,  il  devrait  continuer  à  résider  constamment,  quand  même 
il  aurait  été  banni  de  tout  le  reste  de  la  terre* 

—  Quoi  qu'il  en  soit,  mon  père.,  accordez-moi  cette  grâce,  je 
vous  en  supplie  :  s'il  faut  que  nous  nous  serions  »  suivez  la  riye 
droite  du  Rhin  ;  je  suis  convaincu  que  c'est  la  route  la  plus  sAre* 

—  Et  si  c'est  la  plus  sûre ,  lui  dit  son  père  avec  un  ton  de  tendre 
i*€proche ,  est-  ce  une  raison  pour  que  je  cherché,  à  mettre  en  sû- 
reté une  vie  presque  épuisée,  et  que  j'^expose  au  danger  la  tieiuie> 
4ont  le  cours  commence  à  peine  ?  Non,  mon  fils,  non. 


CHARLES  LE  TraiÉRAIIlE*  249 

—  Mais ,  mon  père,  s'écria  Arthur,  d'une  Toix  animée  j  en  par^ 
lant  ainsi^Toas  ooldiez  combien  yotre  vie  est  plas  importante  qne 
la  mienne. pon)r  l'exécution  du  projet  que  tous  avez  conçu  depuis 
si  long-temps  9  et  qui  est  maintenant  sur  le  point  d'être  accompli. 
Songez  que  je  ne  pourrai  m'acquitter  de  notre  mission  que  trè» 
imparfaitement,  puisque  je  ne  donnais  pas  le  duc,  et  que  je  n'af 
pas  de  lettre  de  créance  pour  obt^r  sa  confiance.  Je  pourrais,  à 
la  vérité,  lui  dire  les  mêmes  choses  que  vous,  mais  je  n'aurais 
lien  de  ce  qu'il  me  faudrait  pour  avoir  droit  d'être  cru;  et ,  par 
conséquent,  vos  projets,  au  succès  desquels  vous  avez  consacré 
votre  vie,  pour  lesquels  vous  êtes  disposé  en  ce  moment  à  braver 
la  mort ,  ne  pourraient  qu'échouer  entre  mes  mains. 

—  Mon  fils ,  vous  ne  pouvez  ébranler  ma  résolution  ni  me  per- 
soaderrque  ma  vie  est  plus  importante  que  la  vfttre  :  vous  me  rap* 
pelez  seulement  tjue  c'est  entre  vosmains,  et  non  dans  les  miennes, 
qne  doit  être  placé  le  collier  qui  est  la  preuve  de  ma  mission.  Si 
vons  réussissez  à  arriver  à  la  cour  ou  au  camp  du  duc  de  Bour» 
gogne,  la  possession  de  ce  joyau  vons  sera  indispensable  pour  y 
obtenir  crédit.  Moi ,  j'en  ai  moins  besoin  que  vous,  parce  que  je 
pois  citer  d'autres  circonstances  "qui  feront  ajouter  foi  à  mes  pa* 
rôles,  s'il  plaisait  «u  ciel  de  me  laisser  seul  pour  m'acquitter  de 
cette  ÛDoportante  mission,  ce  dont  Notre-Dame,  dans  sa  merci , 
daigne  me  préserver!  Songez  donc  bien  que ,  s^l  se  trouve  une 
occasion  dont  vous  puissiez  profiter  pour  passer  sur  l'antre  rive 
duRhin ,  vous  devrez  diriger  votre  marche  de  manière  à  repasser 
oe  fleuve  à  Strasbourg.  Vous  y  demanderez  de  mes  nouvelles  aor- 
Ger^Ailé,  auberge  de  cette  ville  qu'il  vous  sera  facile  de  trouver  ; 
^»  si  vous  n'en  pouvez  obtenir ,  vons  vous  rendrez  sur-le«champ 
02  p^sence  du  duc ,  et  vous  lui  remettrez  ce  petit  paquet. 
-  En  finissant  ces  mots,  il  glissa  entre  les  mains  de  son  fils,  avec 
les  plus^-grandes  précautions ,  pour  que  le  guide  n'en  vît  rien,  la 
petite  boîte  qui  contenait  le  colli^  de  brillans. 

—  Vons  savez  parfaitement  ce  que  votre  devoir  vous  ordonne 
de  faire  ensuite,  continua  Philipson;  seulement,  et  je  vous  en  con- 
jore^  queledésir  d'api^ndreceque  je  suis  devenu  ne  retarde  pas 
im  S4Bnl  instant  l'accomplissement  de  ce  devoir.  En  attendant,  pré- 
parez-vous à  me  faire  des  adieux  soudains  avec  autant  de  résolu^ 
tien  et  de  confiance  qu,e  lorsque  vous  marchiez  devant  moi  sur  les 
rochers  au  milieu  des  oriE^es  de  la^uisse«  Le  ciel  nous  protège  au* 


IMips  de|ir4Mi«iMr  cA  m^t iataL,  «l  Itt  |i«ui  amA  Arimabwrh 
iira*  ^pio  j'eaiflfeeti. 

Le  MBtûmM  p^niUe  4»iift  étaiflaft  fteovnpagpM  cas  aiieiKaB' 
Arffëty  <tait  flioeèie  at  piolûiid  das-deu:  niitéa.  ArflharMeaoopt 
aâni6  PAS,  dans  la  pMonu:  wmmmAy  à  paiser  naa  eoaaDkiiai 
diBts  Vidëa^  qu'il  éuôl  YrtaïamWahla  fa'k  «e  ttooaemt  «ooaiiuM» 
dnite  de  cetla  faauae  aiofuliàre»  émt  kaoupvanir  ^na  leqakint  ji^ 
aMÔi.  Il  était  ym  qua  la  beaulé  d'Aiwe  de  Gernmbtka^H  laaa* 
aièra  étraiiga  dont  rila  ¥aaail;  aacara  da  pacaStsé  à  sas  yeoty 
avaient  été  ce  wutêim  même  lapgjmâpate'ocawpltf  iep<da  aoa  6tpnt? 
SMiii  «ae  noavalle  idée^eoLehiuyi  alaia  laaiea  ka  aatr^^  aitti  fi'il 
aUaît sa t^purf r i, 4Mia  uaaieiaaali  de daagep^ d'aa pm^aiÉ»' 
tait  ai  biea  tonte  «an  ettiiae  aiea  plaa  lendta.  aBéciaeBfi 

<]epaDdaiitaepèfee9M|fa  la^iane  fna  aaa«déwtiimneat  aifiîfM 
a^«?aitpa  airêiar  daaaaeayaaxf;  atcalôaiiaa^ilfAt^^saiafeâ^aKHUir 

aa  féaaliiÉiia'ea  ^afeiaidiiaiatà  la  lendeease  fiÉ^Mnalla  ^il  afpb 
la  pîeax  Banhélemi ,  et  liii>  édnMtda-s'^ïs  éCiâeBliaiMaa&kiaiWi 
da  la  abapaUe  da  Huia^ 

-~A  aa^iron  «»ttiUla>  aépaadîl  la  gitida.^ 

L'Aagjlaia loi  deaMOda^aMiiîta  aa^  wA4mmiâ  Hmkhlitm' 
4m  da  eaite  ahapellay  «t  Ikatliéleaii  hm  at>p«fc  fate  ^tau  lai^ 
Sur,  pddbanv  en  uiâaM  taafs  -,  aaaMaéfieiia^aml  da«eifé4ii4^ 
tai^ en  cet  aadgdi^eMi'ilraaiiaaearaifc  des  laajreaa  êmunUm^^Mi 
ytrécÉÎre  an  {wani  pMear  laa  Mvckaads  al  laa  inj/êm^sèjé^ 
me  da  iewreià  l'aalsa.JLamlSfaearqaHliaatée-itfvdÉieA 
aaant  deux  baleaax  91»  fiureMtaabaieBgéa'daaftks  aaaor  pv^ta^ 
at  rapides  da  RU»  «  et  la  traîale  qiif iasiârèneiit  moB  TajMif^  ^ 
aaeideas  r^tés  ^  OMaBatiMiieat  pavanant;  à<diaabiaav  «Dniiifr&' 
Uemepit  laspvafiifrdasa  psaleMkia.  €W^naiUaiié,.aCaB^;boa'<atlit^ 
liqne  1  tourna ,  dan»  sa.  déireBsr^  iloatas  aaa  paasées  lassla  tét 
fîo».  Urjalaanfagavd'aafarriàieaarsDiÉipasaéé^eliclMtf)^ 
qad  aviaaa  il  ayait  mérilé  les  iaisvtaneë  ^^bmarchMsa^l^^ 
de  seajèars.  Ses  remopdaiineBtppintipataMBBexeîlléapsrlett''^ 

yenâr  qi^eA  mie  cerlaina  aeeasian  ^  pnr  joor  qms:  Vas»  du  4^ 
était  pairticnlièreaant  agitéa  par  an  orage,  âataisrsÊiséda*^ 
foittar  de  ses*  fqiiiclîaas^  coania  baialier^  powrtiMsp*rt^* 
KaatceriTa  on  prêter  cpir  pwtak  ayea  laâ'u»rkwws  ds  te^w^** 


#1  BAim^  Pmt  iép«rer  «etts  fiuto»  Hâii6  m  ammiï  k  om  aévèw 
pénitence ,  car  il  était  porté  à  se  regarder  >o«Btt»  c—pahie  J «mît 
^pmé  ^e  la  V«efige  eût  «BMiidepaorotr  pourproléger BoaioMige, 
)9  irê^K^À  flii  i»  iMileUffr  ^i  I»î  aurait  Dtâèn  «enicae;»  le  dos  fall 
iSfc  à  l'égUse  4^  KmlirHoff  (^««e^raiide  patiiâa  de  ob  j^s'il  poatéînl^ 
proai^  ^  moéiiAé  d»  Ma  sepiniîr.  Le  Tiaittavd  ae  se  peraHt  plus 
k  Ka¥e«âr  de  mettee  le  laoiiidre  délai  a  tjraaapovter  d*iia»  immi 
Kwa«  yîtfjwaye^ippiirtqiaait  à  la  aaittl»  E^#;  et  toaa  laa  raiip 
dftcki!g^9  dfifMii»  l0  pnélat  p<artinM:  Ift  vitt«  t.  JB^ 
«^aat  BH^pîeda ,  paftvaîftnt  ràdaoïer  aas  aarvieaa  et  caMc  de  aa 
Imqjpe  b  nui*  QQRiBO»  le  JAlie* 

Vmës  ipi'al  weaait  ut:  ne  aï  édifiaiike ,.  flaiia<  trénaa  a»  jour, 
for  les  bords  da  Rhia  ^  itt^petiiia  àna^a^db  k  Vierge  qneiea  eanuc 
7  avaient  jetée,  çt  (pii  lai  parut  exactement  semblable  à  celle  que 
portait  le  frère  sacristain  de  Kirch-Hoff  lorsqu'il  avait  eu  Taudace 
de  loi  refuser  le  passage  sur  l'autre  rive.  Il  la  plaça  dans  la  partie 
la  plus  en  vue  de  sa  dibaiie»  aA^essa  devant  elle  ses  prières  à  la 
Vierge  aTec  dévotion ,  ^et  la  supplia  de  lui  faire  connaître,  par 
quelque  signe,  s'il  devait  regarder  l'arrivée  de  sa.  sainte  image 
comme  une  pmuvti q«eaea>péehés  lui  étaient  pardonnes.  Sa  prière 
fat  exaucée  dans*  une,  niaiim  noclurne.  Notre-Dame ,  prenant  la 
forme  dePimage^i  parut  au  pied  de  son  lit ,  et  lui  dit  pourquoi  elle 
y  était  venue. 

—  Mon  fidèle  serviteur ,  lui  dit*elle ,  des  hommes  de  Bélial  ont 
bttéoBi^'dMMiire^àiKn^vilitoff ,  pàUé  mat  dkanfie^,  et  jesédàns 
leasaoK  da<Bàiif::teaakM^  image  qiiî«ie»pepréaettte ,  eirquipd»9«dt 
aaivise  le  cM«B>dli  ûw^.  Or ,  j'ai  résot&<d0  né'  paa  deiwiire»  plw 
iang'<t«ftp»  ibtt»  le»  iPdîskiage»dQs*aiit«irft'iinpios># 
deaiAetaea  vaseana  quin^ont  paa  es  le  eeurage  de  s^  opposai^  lé 
aBla.d0iso^obllgée4eiehanger  à'hahttatîen  ;  ei,  eki  dépit 4a eeùvaii: 
aDatvaîiie,  te»  raè  ans  déterminée  à  abonitor  sur  eeiU»riv8>  eeà 
iaermott aéjmn»  oh^lz  un,  mon  fi4He*aertîeaiir,  afâo- d'aaoordar 
aialxénéâielioii  av^yaqu&tu  Aafaitsa,  aitiai  qu'^  toi  et  à^ta^maison. 

Tandis  qu'elle  parlait  ainsi,,  eUis^sendlteit  exprimer  dfea  tresees 
desea^chèveua  Peau  dont  elles  élaîent  encore  trempées  ç  et  ses 
vêtemens  en  désordre,  son  air  fatigué  ,  lui  donnsàeht  l'air  d'une 
personne  qui  vient  de  lutter  contre  les  vagues. 

Le  lendeiùain  matfn ,  on  aj^rit  que ,  par  siûté  d'une  de  ces  que* 


252  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

relies  fjodâles  si  fréquentes  à  cette  époqae,  Kirdi-Hoff  avait  été 
nus  à  feu  et  à  satig,  que  l'église  ay^t  été  incendiée ,  et  que  le 
trésor  en  avait  été  pillé. 

La  vérité  de  la  vision  do  vieux  pteheur  se  trouvant  proayée 
d'une  manière  si  remarquable ,  Hans  renonça  entièrement  à  sa 
profession  ;  et ,  laissant  à  des  homnies  plus  jeunes  que  lui  le  soin 
de  s'acquitter,  en  cet  endroit ,  des  fonctions  de  batelier,  il  fit  de  sa 
chaumière  une  chapelle  rustique^  prit  les  ordres ,  et  la  dessenit 
en  qualité  d'ermite  ou  de  chapelain.  Le  bruit  se  répandit  bientJk 
que  cette  image  de  la  Vierge  opérait  des  miracles ,  et  ce  lieu  devint 
renommé  comme  étant  sous  la  protection  de  la  sainte  image  de 
Notre-Dame  du  Bac  et  sous  celle  de  son  Uenheureux  serviteor. 

Barthélemi  finissait  à  peine  cette  relation ,  quand  nos  voyageurs 
arrivèrent  à  l'encbroit  dont  il  était  question. 


CHAPITRE  XVIII. 


Rhin,  c'est sor  ton  heureux  rivage 
Qu'on  cultive  ce  finit  dîTin 
Dont  le  jus  donne  da  courage. 
Vive  à  junab,  vite  le  Bhin  1 


Deux  ou  trois  chaumière  sur  le  bord  du  fleuve^  près  desquelles 
étaient  amarrées  quelques  barques  de  pécheurs ,  prouvaient  qae 
le  pieux  Hans  n'était  pas  resté  sans  successeurs  dans  sa  profession 
de  batelier.  Le  Rhin ,  qui  un  peu  plus  bas  était  resserré  entre  ses 
rives  par  uiie  chaîne  de  petites  îles ,  avait  en  cet  endroit  pins  de 
JargeuTj  et  coulait  moins  rapidement  qu'au-delà  de  oes  chaumières  » 
offrant  ainsi  aux  bateliers  une  surface  plus  tranquille' et  moins  de 
difficultés  à  sormontjery  quoique  le  courant  j  fût  encore  trop  uB' 
.pétueux  pour  qu'il  fût  impossible  de  le  remonter,  à  moins  qoe  le 
.fleuve  ne  fût  dans  un  état  de  tranquillité  parfaite*. 

Sur  la  rive  opposée ,  mais  beaucoup  plus  bas  que  les  caJ>ftDes 

X.  C'est  une  des  meilleures  et  de*  plus  populaires  chansons  de  l'Allemagne  i 

Der ,Rhein ,  der  Rhein ,  gesegnet  see  der  Rhein , 
nà  wachseo  ontr*  rebea;  etc. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  25S 

dont  nous  venons  de  parler,  s'élevait,  sur  nne  hauteur  couverte 
d'arbres  et  de  buissons ,  ]a  petite  ville  de  Kirc-Hoft.  Un  esquif 
partant  de  la  riVe  gauche ,  même  dans  les  momens  les  plus  favo* 
râbles ,  ne  pouvait  couper  en  ligne  droite  les  eaux  profondes  et 
impétueuses  du  Rhin,  et  il  n'arrivait  à  Kirch-Hoff  qu'en  déoriTant 
une  diagonale  ;  d'une  autre  part,  une  barque  parlant  de  Kirch* 
Hoff  avait  besoin  d'être  fayoriséepar  le  vc^ntet  munie  d'exoellens 
rameurs  pour  pouvoir  débarquer  sa  cargaison  ou  conduire  ses  pas- 
sagers à  la  Chapelle  du  Rac ,  à  moins  qu'elle  n'éprouvât  l'inflaence 
miraculeuse  qui  avait  porté  de  ce  côté  l'image  de  la  Vierge.  La 
communication  de  la  rive  orientale  à  la  rive  occidentale  n'avait 
donc  lieu  qu'en  faisant  remonter  les  barques  assez  haut  le  long  de 
la  rive  droite ,  pour  que  la  déviation  qu'elles  feraient  en  traversant 
le  fleuve  leur  permît  d'at^teindre  avec  facilité  le  point  où  elles  dé- 
siraient arriver.  Il  en  résultait  naturellement  que,  le  passage 
d'Alsace  en  Souabe  étant  le  plus  facile ,  le  fleuve  était  plus  souvent 
traversé  en  cet  endroit  par  les  voyageurs  qui  voulaient  entrer  en 
Allemagne  que  par  ceux  qui  en  arrivaient. 

Lorsque  Pfailipson ,  jetant  un  regard  autour  de  lui ,  se  fut  assuré 
de  la  situation  du  passage ,  il  dit  à  son  fils  d'un  ton  ferme  : 

— Partez ,  mon  cher  Arthur ,  et  fiiites  ce  que  je  vous  ai  ordonné. 

Le^cceur  déchiré  d'inquiétudes  causées  par  l'amour  filial,  le 
jeune  homme  obéit,  et  s'avança  seul  vers  les  chaumières  près  des- 
qiaelles  étaient  amarrées  les  barques  qui  servment  tantôt  à  pêcher, 
tantôt  à  conduire  des  passagers  sur  l'autre  rive. 

—  Est*ce  que  votre  fib  nous  quitte  7  demanda  Barthélemi  à  Pfai« 
Kpson.  -     ^         '       , 

—  Il  nous  quitte  pour  le  moment*  Il  a  quelques  renseignemens 
à  demander  aux  habitans  de  ces  chaumières. 

—  Si  ces  renseignemens  ont  rapport  à  votre  route ,  je  prends 
les  saints  à  témoin  que  je  suis  plus  en  état  de  les  donner  que  ces 
paysans  ignorana,  qui  entendront  à  peuqie  la  lauf^e. qu'il  leur 
parlera. 

—  Si  nous  trouvons  que  leurs  ^discours  ont  besoin  d'interprète , 
i^pondit  Phiiipson ,  nous  aurons*  recours  à  votre  aide.  En  atten- 
dant, conduisez-moi  à  1^  chapelle,  où-m(m  fils  viendra  nous  re- 
joindre. 

Us  en  prirent  le  chemin,  mais  à  pas  lents^  chacun  d'eux  jetant 
à  tout  moment  un  regard  à  la  dérobée  vers  les  chaumièr^â  :  le 


36.4  fflf^fiT#f^  Is  iiMiimimr 

gmih^  «P«i»e  fmm  voir  «  1&  je«9e  wjftgBNir  ww—ûif  w  «ut;  1» 
|àre  9  ifBpatinU  de  déo^raisrir  iMie  mile  4^ojsée  sur  le  iraite«wi 
te  BUu»  poiv  cofiâiMe  «on  fils  8«r  la  lim  <^  fsmumà  ètrt  001»* 
iéi^  ^fUfllke  la  plu»  $tlist  ;  mais  quoique  lews  jeu  a»  iMrvâaMit 
tWTWt  du  c^ié  4m  Ssmre ,  bmva  pieds  lès  eoiifiimnîeBf  ^tera  h 
eb^pdle»  qii}b9 l«is hal^MS  des  enkoias»  enaéoume  4«  {Dodu* 
I^BIJ^»  iqppdaie^  la  ChepeUe  ds  flaais. 

^^ufilqiies  arbnes  épax»  Umè,  à  l'eaDsordennaieBA  è  eesile  amiiv 
sbWfAtve  et  w^  ^ns  frite,  el  la  eliapette ,  'qofeo  "fuyait  sur  m 
«ysnJiMle  9  à  q«elq«e  jKstjmce  des  cbaumiènesi  était  eoosiniitB 
dMiA  on  style  sûosple,  en  kanBeoîe  avee  le  reste  èa  paysage*  St 
petitesse  cqpifirmait  la  traditipe  qti^elle  avait  été  dans  l'origins  la 
deneeve  d'en  pèoheiF  ;  et  la  ereîc ,  fovmée  de  tvenes  de  wjm 
eeai»rts  de  kar  écoree ,  indiipiftit  sa  desdàaAieii  eeSaelle.  La  el»- 
patte  e|  le  site  d'alevAenr  ae^piraient  ime  irenquillijié.soïeiieeHe, 
et  le  biuit  aouedda  goand  fi^llTe'S«nWait  imposev  éàmae^sauL  toix 
Iwioaioes  qai  amnaient  es  lapr^mptiondeadlerlenre  aeoensi 
ces  impbsans  marmôres. 

Lorsqne  Pbilipsoa  et  son  guide  animent  prèg  de  la  cftapslfe; 
Barihél^mi  profita  du  sîlanee  que  gardait  le  marehaindangbis  pool* 
entonner  à  haute  toix  quelques  stances  en  I^honmnr  de  Notre- 
Dame  du  Bac  etde  sen  fidèle  sertiteur  Ibns;  apvte  qaoi  il  s'écria 
aveo  eetbousiasme'  :  >-  Venei  ici ,  vous  qui  craif^e^  1^  naëfragei , 
'voiei  le  pçrt  qui  vous  mettra  en  sâveté  t  Yene^idi ,  tous  qui  ater 
soify  Voici  un  puits  4e  merei  qoifous  est  ouvert!  Yenes  ici/vona 
que  de  longs  iroyages  ont'fiitigaës ,  yoioi  le  lieu  eil  Tefis*  trouverez 
des  rafraîchissemens  !  Il  aurait  continué  ses  e^iclamations ,  si  P^i" 
Upaon  nft  lui  eût  inipos^'  silence  en»  IHnteprompant  bmisquement. 

—Si  ta  dévotion  était  ipéritfd>le^  lut  dit'U,  elle  semt  iboIb» 
bruyante;  maie  il  est  juste  de  ^iire  ce  qui  est  bien  en  sei,  même 
fuand  c'est  umhypoorijte  qui  nous  y  invite.  Entrons  dans  oetta 
sainte.  chfipeU^,  et  prisMiJe  ciel  de  noue  ae^OBdep  ttna  heaf^ass 
fin  d'un  voyage  dangereux. 

Ids  CnèiPe  lai  1^'àtlacba.à  ee»  demten  âiets. 

Tft  J'étais  faienisûr,  dit^il^  que  vous- sema  t^op  sufe^pourpasstf* 
^pràsde  cetto  sainte  dupeUe  aam  narplei^i^  yinflueace  protee* 
trice  de  Notre-Dame  du  Bac.  Attendez  un  instant,  je  yaitf  ohe^ 
aller  |epiétrei.cbaisé  âe(  tadcs^serw»  «An  qi^M^  dise  mie  mease 


Bd>«yit^Brodfct«rt>(Be,ca»topwte4»h  Jiap 
«Mi  à  CÊmfr  «n  «odéshtsiif «•  m  oMitm  nm  le  seaU .  PhUipaon  re» 
munitt  à  riaetut  1^  préire  do  SaiotMal»  fa'il  «wft  to  te  ÎMlîft 
même  à  la  Férette.  11  parât  qae  Barthélèmi  le  connaiaBafe  a— ai^. 
wt  aon  âofMMtt  hypocrile  loi  iMaïqm  $im  h  cihaaiy,  éi  il  resta 
dmnikii,  leftl)TCMeiioieéaMirMfoityiiie|«BlionuBeqiH  MenA 
«a  sentBBce  de  cPMidMHiatios. 

«-MfaAraUeldkie  précre,  regeidaiitlogttider«iiabsé?ère^ 
Mei*ui  MeQ  eeedoire  iw  étranger  dans  les  Men  saiets»  pow  Paa- 
MBsiotr  ensidle  e4  t'emperer  de  ses  dépowUes  t  Mais  le  eîel  ne  per» 
meUra  pas  eecie  trabise».  lleim*tei»  scélérat ,  et  ta  dire  avi 
méovésaa  tes  eonfrères  ipà  sent  en  chemin  penr  tcmt  te  join^be, 
^ ta iborberle n*a  servià  rien;  te-leor  que  cet  éongcr  iimo* 
Mot  est  sons  n^  {weieclieD,*....  sons  iu  protection,  te  die- je}  et 
qniconqiie  osera  la  nrier  eii  sera  '  récompensé  cMnme  Arckibald 
yonliagenbflieh. 

Le  guide  resta  immobte  pendant  qne  le  pr^re  kn  parlait  tf  on 
ton  aussi  impérienx  qne  menaçant;  et  dès  qne  celiû-ci  se  tnt,  il 
n'essaya  ni  de  se  justifier,  ni  de  Ini  répliquer  ;  mais  tournant  sur 
les  taloas>  il  s'enfuit  à  pas  précipités  par  le  même  chemin  qu'il 
af  ak  pris  pour  conduire  Philipson  à  la  chapelle. 

— Et  TOUS,  digne  Anglais,  continua  le  prêtre,  entrez  avec  con^ 
tance  dans  cette  chapelle ,  et  prononcez-y  en  toute  sàreté  les 
prières  par  le  moyen  desquelles  cet  hypocrite  youlait  tous  retenir 
ieîîusqrfà  Tarrivée  de  ses  compagnons,  d'iniquité.  Mais  d'abord, 
pourquoi  êtes^ous  sepl  7  j'espère  qu'il  n'est  arrivé  aucim  acci* 
dent  à  votre  jeune  compagnon  ? 

—Mon  fils  traverse  probablement  le  Rhin  en  ce  moment,  r^ 
pondit  Philipson ,  attendu  que  nous  avons  des  alEBÛres  imfportantes 
à  régler  sur  l'autre  rive. 

Gomme  it  parlait  ainsi ,  on  vit  se  détai^her  du  rivage  une  barque 
,  sur*  laquelle  deux  on  trois'  bateliers  semblaient  ocoupéa 
depuis  quelque  temps.  Elle  fut  d'abord  obfigée  de  céder  à  la  fioroe 
du  courant ,  niaii  iiq&  voile  ayant  été  déployée ,  elle  suivit  une 
figue  d&^onale ,  en  se  érigeant  vers  la  rive  opposée^ 

-^Dieu  soit  loué!  dk PhtUpson,  qui  savait  que  cette  barqne 
aDatt  conduire  sonAb  hors  de  l'atteinte  des  dangers  dont  il  était 
lui-même  entouré.  " 

—  ilm^it'/'réponcât  le  prêtre  à  ht  piense  exclaonatiôn  du 


256  GBABLBS.LE  TÉI^RABIE, 

Toyageûr.  Vons  avez  de  fortes  raisons  pour  rendre  grâces  au  ciel. 

-r-  C'est  oe  dont  je  suis  conyaiaca ,  dit  Phitipson  ;  mais  j'espère 
apprendre  de  tous  qaelle  est  la  cause  da  danger  auquel  je  Tiens 
d'échapper. 

^- Le  temps  et  le  lien  ne  permettent  pas  une  longue  explica- 
tion,  répondit  le  prêtre  de  Saint-Paul.  Il  me  suffira  de  tous  dire 
que^ce  scélérat,  connn  par  son  hypocrisie  comme  par  ses  crimes, 
se  trouvait  présent  à  l'instant  où  le  jeune  Suisse:  Sigismond  for^ 
l'exécuteur  à  vous  remettre  le.  joyau  précieux  dont  Hagenbach 
TOUS  avait  dépouillé.  Cette  vue  mit  en  jeu  la  cupidité  de  Barthé- 
lemi.  11  se  chargea  de  voi^  conduire  à  Strasbourg,  dans  l'inten- 
tentioQ  oriminelle  de  vous  retenir  en  chemin  jusqu'à  ce  qu'il  eût 
4té  joint  par  un  nombre  suffisant  de  complices  pour  rendre  inutile 
toute  résistance.  Mais  ce  projet  coupable  a  été  déjoué.  Et  mainte- 
nant. Monsieur,  ava^it  de  vous  alÂndonner  à  d'autres  penaées 
mondaines,  avant  de  vous  livrer,  soit  à  la  crainte,  soit  à  Tes- 
poir,  entrez  dans  la  chapelle,  et  rendons  ensemble  d'humbles. ac- 
tions de  grâces  à  l'Être  tout-puissant  qui  vous  a  protégé,  et  à  ceoi 
^ui  ont  intercédé  près  de  lui  en  votre  bveur . 

Philipson  entra  dans  la  chapelle  avec  le  prêtre,  se  joignit  à  loi 
en  prières,  et  remercia  le  delet  la  sainte  patrone  de  ce  lien, 
d'avoir  permis  qu'il  échappât  à  un  tel  danger. 

Après  s'être  acquitté  de  ce  devoir,  il  annonça  Tintention  ^'il 
avait  de  se  remettre  en  voyage. 

-r-Bien  loin  de  vouloir  vous  retenir  dans  un  endroit  si  dasge* 
xeux ,  luii  dit  le  prêtre ,  je  vous  accompagn^ai  moi-même  nne 
partie  du  chemin,  .car  je  me  rends  aussi  en  présence  du  duc  d« 
Bourgogne. 

—  Vous,  mon  père,  vousl  s!écria  le  mardiand  avec  quelque 
surprise, 

-r  Pourquoi  en  êtes- vous  étonné  ?  Est-il  si  étrange  qu'un  homme 
de  nion  ordre  se  rende  à  la  cour  d'un  prince?  Cro7eZ4noi,  on  nf 
«n  tropvç  qu'un  trop  grand  nombre. 

— Je  ne  parle  pas  eu  égard  à  votre  ordre.,  mais  eu  égard  au  rôle 
que  vous  avez  joué  pendant  l'exécution  du  gouverneur  de  laFérettC' 
Connai^ez-vous  assez  peja  l'impétueust  duc  de  Bourgogne  pour 
croire  que  tous  puissiez  braver  son  ressentiment  avec  plus  de  su' 
reté  que  vous  ne  tireriez  la  crinière  d'un  lion  endormi? 
.^-^Je  cgnnais  p%rfaitemei)t  ^on  caractère  ;  mais  ce^  n'est  pa^ 


CHARLES  LE  TÉIŒRAIRE.  257 

pour  ezoaser  la  mort  d'Hagenbach  que  je  me  rends  devant  lui, 
c'est  pour  la  défendre  et  la  justifier.  Le  duc  peut  rendre  des  sen* 
tences  de  mort  contre  ses  serfs  et  ses  vassaux  au  gré  de  son  bon 
plaisir;  mais  ma  vie  est  protégée  par  un  talisman  qui  est  à  l'épreuve 
de  tout  son  pouvoir.  Mais  permettez-moi  de  rétorquer  votre  ar- 
gament;  tous  connaissez  le  duc  aussi  bien  que  moi  ;  vous  avez 
été  tout  récemment  rh6te  et  le  compagnon  de  voyage  de  gens  dont 
la  visite  loi  sera  souverainement  désagréable  ;  vous  êtes  impliqué, 
du  moins  en  apparence  y  dans  ce  qui  vient  de  se  passer  à  la  Fé- 
rette;  quelle  chance  avez-vous  d'échapper  à  sa  vengeance?  Pour- 
4(1101  vous  livrezpvous  volontairement  çn  son  pouvoir? 

—  Permettez 9  mon  digne  père,  que  chacun  de  nous  garde  son 
secret  sans  offenser  l'autre.  11  est  bien  vrai  que  je  ii'ai  aucun  ta- 
lisman qui  paisse  me  mettre  à  l'abri  du  ressentiment  du  duc.  J'ai 
•des  membres  qu'on  peut  soumettre  à  la  torture  et  à  l'emprisonne- 
ment,  des  propriétés  qu'on  peut  saisir  et  confisquer.  Mais  j'ai  eu 
autrefois  plusieurs  affaires  avec  1q  duc  ;  je  puis  même  dire  qu'il 
m'a  quelques  obligations ,  et  j'espère  que  mon  crédit  près  de  lui 
pourra  suffire  non-seulement  pour  tout  ce  qui  me  concerne  ^  mais 
même  pour  être  de  quelque  utilité  à  mon  ami  le  Landamman. 

—  Mais  si  vous  êtes  réellement  un  marchand  vous  rendant  à  la 

< 

cour  de  BourgogtiOy  quelles  sont  les  marchandises  dont  vous  faites 
commerce?  N'en  avez-vous  pas  d*autres  que  celles  que  vous  pou- 
vez porter  sur  vous?  J'ai  entendu  parler  d'un  mulet  chargé  de  votre 
bagage.  Ce  scélérat  vous  l' aurait-il  volé  ? 

Cettfs  question  était  embarrassante  pour  Philipson,  qui,  au  mo* 
ment  de  se  séparer  de  son  fils,  et  en  proie  aux  inquiétudes  causées 
par  cette  séparation,  n'avait  pas  songé  à  dire  à  Arthur  s'il  devait 
lai  laisser  le  bagage  on  le  transporter  avec  lui  de  l'autre  côté  du 
Rhin,  il  répondit  en  hésitant  :  —  Je  crois  que  mon  bagage  est  dans 
quelqu'une  de  ces  chaumières;  c'est-à-dire ,  à  moins  que  mon  fils 
ne  l'ait  emporté  sur  l'autre  rive  du  Rbin. 

—  C'est  ce  que  nous  saurons  bientôt,  dit  le  prêtre. 

Il  appela  quelqu'un;  à  sa  voix  un  novice  sortit  de  la  sacristie 
de  la  chapelle  ^  et.  reçut  ordre  d'aller  s'informer  si  les  balles  et  le 
npilet  de  Philipson  étaient  restes  dans  une  des  chaumières,  on  si 
^U  fils  les  avait  hit  passer  de  l'autre  côté  du  Rhin. 

Le  novice  ne  fut  absent  que  quelques  minutes,  et  revint  avec  le 
mulet  cbar|;é  des  bajjfaf^es  :  ç$^r  A^t^nri  m  TQolwt  pas  que  son 

17 


|>ëre  inangnat  d'^aucane  chose  qui  pourrait  fan  être  néoessainv 
aTait  laissé  le  tout  sdr  ta  rive  gauche.  Le  prêtre  regardaPMlipsoii 
ayec  attention,  tandis  qtfe  celui-ci,  montant  à  cheval,  et  prenant 
â'une  main  les  ténes  dn  mtilet,  I«i  lUtfait  ses  ^std^euten  «4» 
termes: 

—  Et  à  prissent ,  «mon  père ,  je  vais  prendre  WOffé  de  vous;  U 
''frat  que. je  Tasi^e  diligence,  car  Â  ne  serait  pas  prudent  de  voyager 
^e  nqijt  aveclnés  bàlies  ;  &mis  quoi  j'aurais  Lien  vcSontiersrîdeati 
le  pas,  avec  vdre  permission,  ptfur  avoir  le  jflid^r'de'v^otre  com- 
pagnie. 

—  Si  telle  est  Voire  intention  obligeante,  comme  f  àllus  vousie 
pYbposef,  répondit  le  prêtne,  je  ne  retarderai  ntàlement  votre 
.Ikiarche,  cai^  j'ai  ici  un  fort  bon  cheval  ;  et -Melchior,  qui  sans  eeb 
aurait  dû  aller  à  pied,  pourra  monter  votre  mulet.  Gomme  il  serait 
.  dangereux  potii  vous  de  voyager  pendant ia  tiuit,  je  vous  fais  cette 
' J^roposîiion  d'autant  plus  volontiers ,  que  je  puis  voas  condnirei 
Yuie  auberge  qui  n'est  qu'à  cinq  milles  d'ici,  et  où  nous  pouvons 
encore  arriver  de  jour.  Tous  y  fierez  logé^n  sftreté,  moyennaiit  m 
^ot  Raisonnable. 

Le  marcihand  anglais  hé^ta  un  moment.  11  n*avait  nulle  eofie 

'd'avoir  un  lioavean  compa:gnon  de  vopge;  et ,  quoique  les  traits 

du  prêtre  fassent  encore  beaux  pour  son  âge,  le  caractère  général 

de  sa  jihydonomie  n'avait  rien  qui  inspirât  la  confiance  ;  aa  con- 

'traire^  son  'f^ont,  armé  de  hauteur,  était  couvert  dNin  auage 

sombre  et  mystérieux ,  et  l'expression  setriblable  de  ses  yettx  gris 

)Aeins  de  'froideur  indiquait  une  humeur  sévère  tt  même  dure. 

Ifais,  malgré  ces  apparences  repoussantes,  ce  prélré  venait  de 

tendre  un  grand  service  à  Philipson ,  en  découvrant  la  trahison  de 

aon  gnide,  et  le  marchand  n^était  pas  homme  à  se  laisser'inflnenoer 

i)ar  des  préventions  imaginaires  fondées  sur  l'air  et  les  manières 

'd*un  autre.  ïl  i^échît  seulement  à  l'étrange  suigularité  de  son 

destin,  qui,  en  Tobligeant  de  paraître  devaift  te  duc  de  Bourgogne 

de  la  manière  la  phis  propre  à  se  cotrcfFlier  les  h&tàiës  grâces  de  ce 

'][>Hndè , 'Èlèniblâit  le  réduire  à  se  transportera  sacotTrefacompa- 

'yiie  de  gens  <fui  devaient  en  être  vus  de<mauVais  odl;  car  ilB« 

"^vouv^  dotktêt"  que  ie  prêtre  de  Saiilt**Patd  ne  sfe  trouvât  daiA  ce 

cas.  Cependant,  ^pitàstm ÎUstaiit  dert^Se^on,  11  accepta pcSimcat 

\*6tb^  i^elûi  ttàît  feffe  le  prêtre  'dfe  le  conduire  %  tmfe  auberge, 

^éar'il^^é^iyt'^ttiiÊflriQin  dhèVal  àutantesointte  itoufHttt^^te  î^ 


Ipntiétiiiit  rannsi  f«mmgé«  Iq  4ia^ice  «mew  te  cawciner  4ii  prèùre, 
fse  celui-ci  monta  a^ee  AnUat  ^jgrico  que  d^  dgy^égité;  e|;|# 
jà9fi^fVtf  f ai  éiait  probfibleinfaa  4çel«i  dont  ArUmr  fiTaît  joué  le 
jBftle  poÉr  9'<écbsppçr^  ^  Férettci,  jnm^t,  4>prè;i»  l'qrdre  de  9§k^ 
ODaifiie,  aor  le  j^t  4e  l'^syiglm. Fjii«ut  jw  fig»e  de  crpix,  «| 
JNÔMMit  bwvUemm^  lu  lèfe,lofi^[ae.le  pràice  pM#^  deyaiit  liû,  Û 
ie  tim  «ei»staiiimi6»|.à  ffmdiqM»  p»s#ii  arrières  et^iembU  pi^a^er 
le  temps,  comme  le  fiinx  frère  Bartliéleilô,«  «lidÂve  «on  çhapeltf 
AYec  moù  farvepir  4e  .piélé  qui  ém%  paojtvétre  pllW  nffectée  que 
réeOe.  A  en  joger  par  le  jmguA  qa%  jeta  awr  le  u^^cieu  le  prêtre 
4e  Sfiiot^Pinl  yJNsamaît  fttre.peii  4e.ca^  de  b  4évotîon  apparente 
de  ce  jeone  homme.  Il  montait  un  -vigonrenx  cheval  iHUt»  reaaem- 
llaiit  pl«l&t  à  «u^^iinsîer  4e  JmUiUed'w  gnenÂer  «pi'aji  patqfroi 
narcham  k  VboM»  4Hui  if(pclé»Aatiq«e ,  ^  h  mwièm  dont  il  JJre 
conduisait  ne  montrait  ni  gaucherie  ni  timidité.  Sa  fierté ,  quel 
•ga'en  'fiit  le  oai^aclèi»,  n'était  oeroiineioejaJt  pa»  entièrement 
feadée  8«r'aB]HrofiMsîonfeUe.preiiaîlaasonrQedaœwaiitjre 
d'ei^gcvei^  foi  se  mèlût  an  mn^metA  intiiw^  de  Tinqficirtance  qafi 
tfatiritpenB  eeolésiaatàqne  pnwant.     ~^ 

Phitifaen  jnegandait  4e  iMips  en  teiqps  aw  eompoigpan  comoNB 
s'il  eût  Yonln  lire  dans  son  ame  ;  celui-ci  ne  répondit  à  ses  regards 
^ne  jMur  :am  «emdre  hamw  »  fpi  semblait  4ire.:  «^Yoiis  poayez 
^mamàMmr  aaw4ix<ériiiar.0toiaitFaîtSy;iiiais¥0osrnepauYez  percer 
kivfsière^  me  eovvne. 

Les  yeox  de  Bbîiîpaen9  fui  »eV^ât;ûe»t  jaiikais  jMÛsàés  devant 
perscBUiek»  semUaient  dqi  «épliqiier  ^vec  la  même  Ju^uteor  :  —  Ta 
jnesaimaipiftS'AeniplttSy  fivMm  orgaeilleiu:,  qne  lu  es^^ecMn 
ihoiftine  émt\»  seenft  eat  tum  plus  wqoiortaDt  qne  le  tiien. 

JBnfia  ie  j^rétre  ^ontspia  k  Tconverjiation  ^en  laisant  .allosipn  à 
l^eqfèce  ê^xtémm»  .qjsà  rigmXâMt^  ewc  ^eopune  4'jan  joouaeme- 
ment^miinel. 

-^  We» ifi0yn^wii ,  éMlf  mmm»  depx  paiftsaips  enohajitem^, 
.idiaeira'OoiMBsea»t'aesgmi4si^  /portiié /wr 

son  char  de  nuages  y  et  ni  l'un  ni  l'autre  ne  (sÂsav^^Murt^  fi<^  ^i^vn- 
pagnon  da  motif  et  da  bat  de  son  voyage. 

— Vous  me  pardonnerez,  mon  père,  répondit  Philipson.  Je  ne 
TOUS  ai  pas  dfflnandé  le  bnt  de  votre  voyage,  mais  je  ne  voas  ai  pas 

ï7- 


260  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

caché  le  but  da  mien,  en  tant  qu'il  peut  nous  intéresser;  je  vous 
répète  qae  je  me  rends  en  présence  du  dnc  de  Boargo^e ,  €t  que 
mon  motif,  comme  celui  de  tont  autre  marchand,  est  le  désir  de  di^ 
poser  rfantageusement  de  mes  marchandises. 

—  Rien  ne  parait,  sans  contredit,  pins  probable,  ditleprétrè, 
d'après  l'extrême  attention  que  tous  faisiez  à  tos  marehandi5es 
il  n'y  a  pas  plus  d'une  demi-heure.  Vous  ne  saviez  pas  même  si 
votre  fils  les  avait  prises  avec  lui,  on  s'il  vous  en  avait  laissé  le 
soin.  Les  marchands  anglais  font-ils  ordinairement  le  commerce 
avec  autant  d'indifférence  ? 

—  Quand  leur  vie  est  en  danger,  répoiidit  Philipson,  il  leur  ar- 
rive quelquefois  de  négliger  leur  fortune. 

—  C'est  bien  I  répliqua  le  prêtre.  Et  il  retomba  dans  ses  ré- 
flexions solitaires. 

Une  demi-heure  après ,  ils  arrivèrent  à  un  dorff  ou  village,  et 
le  prêtre  informa  Philipson  que  c'était  celui  où  il  se  proposait  de 
passer  la  nuit. 

— ^Le  novice^  ajouta*t41,  vous  conduira  à  l'auberge;  elle jonit 
d'une  bonne  réputation,  et  vous  pouvez  y  loger  en  toute  sûreté. 
Quant  à  moi,  j-ai  à  visiter  en  ce  village  un  pénitent  'qui  a  besoin 
de  secours  spirituels.  Je  vous  reverrai  peut-être  ce  s<»r;  pwt- 
être  ne  sera-ce  que  demain  matin.  Dans  tous  les  cas,  adieaqaant 
à  présent. 

En  achevant  ces  mots,  le  prêtre  arrêta  son  cheval.  Le  novice 
approcha  de  Philipson,  lui  servit  de  conductenr^ans  là  rue  étroite 
du  village,  une  lumière  qui  brillait  çà  et  là  à  une  croisée  annon- 
çant que  l'heure  des  ténèbres  était  arrivée.  Enfin  il  fit  paslBcrrAn' 
glais  sous  une  porte  cintrée  qui  les  conduisit  dans  une  grande  conr 
où  ils  virent  une  couple  de  chariots,  d'une  ionhe  particulière!  a 
l'usage  des  femmes ,  et  quelques  autres  voitures  de  voyage.  La  le 
novice  sauta  à  bas  du  mulet,  en  remit  les  rênes  dans  la  main  de 
Philipson,  et  disparut  dans  l'obscurité,  qui  augmentait  à  chaque 
instant,  après  lui  avoir  montré  un  grand  bâtiment  en  mauvais 
état,  et  dont  la  façade  n'était  éclairée  par  aucune  lumière ,  ^^ 
qu'on  pût  encore  voir  qu'elle  était  percée  d'un  grand  nombre  de 
croisées  fort  étroites. 


CHAPITRÉ  XIX, 


nmm  rokxsvm. 
Hé ,  palefr«Di«r  1  —  Mandit  lofs-ta  I  o'as4ii  pM  dm  yeax 
dans  la  téta  t  N«  peo»tn  entandre?  J9  Teax  être  an  infama 
coquin  si  ca  ne  tarait  pas  une  aossi  bonne  action  de  te  bri« 
aer  le  erine  que  de  vider  an  flacon.  —  Viens  donc,  et 
poisses-ta  être  penda  !  —  N'as-tn  pas  in  seal  grain  de  foi  f 

•ADSniUi. 

Préte-qBoi  ta  lanterne,  je  te  prie,  pour  condnire  moa 
cheral  dans  récnrie. 

BBimiàMa  roaTsva. 

Tont  doux ,  s'il  tous  plaît — Je  connais  on  toor  qui  en 
ti«t  dans  cooiBe  cel«i>U. 

«AltSBIlL. 

Je  t'en  prie,  prête-moi  la  tienne.  * 

rmoisiài»  wo*tmvm. 
Oai,'^nand  ?  Ne  penx-ta  le  dire  F  —  Tenrétar  ma  lan- 
terne,  du-ta  î  sur  ma  foi ,  je  te  Terrai  pendn  aaparaTant* 

SaAUniAaa.    ^ 


L'sspRiT  sodaly  pardcatier  à  la  nation  française,  avait  déjà  in- 
troduit dans  les  aoberges  de  France  cet  accueil  enjoaé  et  préve- 
nant sur  lequel  Erasme  y  à  une  époque  postérieure,  appuie  si  for- 
tement comme  faisant  contraste  avec  la  réception  grave  et  sombre 
qui  attendait  les  voyageurs  dans  une  hôtellerie  allemande.  Phi- 
lipson  s'attendait  donc  à  voir  accourir  à  lui  un  hôte  empressé»  civil 
et  bavard  9  une  hdtesse  et  sa  fille,  pleines  de  douceur,  d'enjoue- 
ment et  de  coquetterie,  un  garçon  souple  et  attentif,  une  cîiam- 
brière  officieuse  et  souriante.  On  trouvait  aussi  dans  les  prind- 
cipàles  auberges  de  France  des  chambres  séparées  pu  les  voyageurs 
pouvaient  changer  de  linge  et  d'habits,  faire  leurs  ablutions ,  et 
dormir  sans  avoir  qndques  étrangers  dans  leur  appartement,  et 
déposer  leur  bagage  ea  sûreté.  Mais  tons  ces  avantages  étaient  un 
loxe encore  inconnu  en  Allemagne;  et,  en  Alsace,  où  la  scène  se 
pâs^e  à  présent»  on  aurait  regardé  comme  des  efféminés  les  voya- 
geurs qui  auraient  désiré  antre  chose  quç  les  provisions  stricte- 
ment nécessaires  ;  encore  ne  se  trouvaient-elles  ni  de  première  qua- 
lité, ni  en  abondance,  à  l'exception  du  vin. 

L'Anglais ,  Toyant  que  personne  ne  paraissait  à  la  porte,  com- 
mença à  annoncer  sa  présence  en  appelant  à  haute  voix.  Enfin  il 
descendit  de  cheval ,  et  frappa  long-temps  de  toutes  ses  forcés  à 
la  porte  de  l'auberge  sans  qu'on  y  fît  la  moindre  atteotionu  Gepen- 


262  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

dant  an  Tieux  serviteur  montra  sa  tête  grise  à  une  petite  fe- 
nêtre, et  lai  demand»  ce  qa'iL  voiilak  ^  d'un  ton  qai  indiquait  plus 
de  méconlentement  d'être  interrompu ,  que  de  satisfaction  de  voir 
arriver  une  pratique  dont  on  pouvait  attendre  quelque  profit. 

—  Cette  maMen  evMHe  une  auberge?  reprit  Philipson. 
«^Om,  reprit  le  ôomMJqmtiil'um  ton  brusque;  et  il  allait  se 

Aetirer  de  la  fenâftve^  candie  ipo-yagenr  ajouta  : 

—  En  ce  cas^  puis'je  j  trouver  un  logement? 

—  Entrer  y  répondit  te  domestique  laconiquement  et  d'un 
ton  sec.  ^ 

—  Envoyez-moi  qeelqu'ee  pour  peendre  soin  de  mes  chevanxi 
dit  Philipson. 

—  Persenne  n'en  a  le  i»mifA^  répliqua  le  plus  repoussant  de 
ttms  les  gatçons  d'auberge;  pnener-en  soin  vous-même  comme 
vous  Tentendrâz. 

—  Où  est  l'écurie  ?  demanda  le  marchand  i  dont  la  prud^oe  et 
le  sang-froid  étaient  à  peine  a  l'épreuve  de  ce  flegme  allemand. 

Le  di^i^aiwvode  eeB'pMPeleSy  comme  ei>.  tel  ^e  la  pmeeisse 
4ârs  enittes^ile  téËSfii  nf  eàt>pu!>pffen<nMer  ov  MOdsase  qja'il  iQvbit 
^  sa  bouolM»  a«te  piàoe-d'or^  «wiEraidod^igfeMii  TCQpaf^Hr  m  bi^ 
DMiit  qi/ait  ûiivaiit  prieponetan  oeUier  pfaMôl  i|M  fowf  «m  iv^^i 
ymiè  il  se^ftttifa  delafMiétw  et  la>Seniia>H»cmme  s'il  mià  T(Nila 
te  débairaitter  d'uti<  meadiant  impennn* 

MaiidissaiM  l'esprit  d/inAépeadànoe  qui  id)iiidainait  aim  ^ 
•i^0f9^eairà  à  l&mea  preprés^reMouroea,  eufaisa»!  de  néoessitévertib 
-^illpsoii  ceeiiuistt  «es  éwoK  ttioftiuMa  vera  lai  perte^fn  H  ^^ 
été  désigtrfe  eemwe  eeilede  Hécakrie^  et  ne  lilt  paa  £i«M  d'y  V4)ir 
briller  une  faîble  lumiëre  à  tmveva  ks  féales»  Il  e«tra  daBS  is^ 
pièce  voâoée^  qui  ressemblait  heaacoqp  es  cadiefc  dfoii  wà^ 
Gâteau,  et  fn'mairaît  gvossièremeaft'gariiie  de  matifioiiw»®^^ 
«alelier»  ;  cfHè  4tak  d'ane  étenàoe  «eatsidéraUe  en  loagueoTi  et  il 
nit  k  l'eKtréttticé  opposée  den  oa  um  tiBdi;ndii8  eeeapés  à  Mia- 
ther  karaiAevaux,  àleiéliriifer^  etàlewdliiniierkwr  ptovendey 
Avniie  par  fe  gai>Çoa  d'éenne. 

C'était  un  vieillard  b«îteiK,  fpi  ne  teocbail;  jamttia  m  foit^  f 
ëMller  il  éfaît  assktranqaiUemeat^  pesant  k  Mu  qa'il^^^^^ 
MX  vèyagenra,  et  mestirant.l^avdne  aveetiial  d'aMentieUtÀ  l'a>^ 
^neebaifd^èfrfeeéediinsJHae  laa«cvm  de  ceme^  qm'ihrfM!^ 
tfte  «^oiftpwer^eqae  fraie.  iU  ne^coopm  peeméiiie  la  iAi0  ^  ^- 


^digitl^l^pj^  qap  Q^  l'Ai^^lais  en  entranf  ayeç  ses  deux  chçyaux  ; 
^cprç  bien  Vf^oins  piirat-il  disposé  ^^  se  donner  la  moindre,  peine 
IQur  ai^çi:  cet  ^tran^^jr. 

Al'çj^a^^  4*^19^  propreté,  cette  écnrte  alsacienne  ressemblait 

beaucoup  aux  étables  d'Augias,  et  c'eût  été  un  exploit  digne 

^'B(iere|ile  qii^  4e  la  mettre  dans  un  état  à  ne  pas  blesser  1^  yeux 

^  offenser  l'odorat  de  i^otre  voyageifr  ^i^cile.  Le  déjj^oût  qu'il 

^rouya  nq  fçt  poiM^tant  point  partagé  par  ses  deu^  compagnoiis'^ 

c'estpà-dire  les  deux  cheyaux.  Paraissant  parfaitement  comprendre 

qp.e  l,a  règle  de  cel;  endroit  était  cpic^  le  premier  arrivé  fût  servi  le 

]^7:e)Bier,  ils  $e  hâtèrent  d'occuper  deqx  places  vides  qni  se  troa- 

'yaie^tàleur  pçrtée,  ce  qui  ne  réussit  ppur tant  pasàPun  d'eux,  car 

im  palefireiïiei:  lui  appfiqua^un  grand  coup  de  houssine  sur  la  tête. 

—  Reçois  Cjçja,  s'ecrîa  le  drôle,  pour  Vapprendre  à  t*empar«r 
^'i^ii^e  p^açe  retenue^  po,ur  le  d^eval  du  b^^on  d^e  Kandelsheim  I 

Ja]Q9ai3^,  âat^s  toute  sa  vie,  lé  marchand  anglais  n'avait  eu  phis 
^fî  peine  ^  cpnisçrver  son  empire  sur  luirméme  :  songeant  pourtant 
pçPe  honte  ce  serait  ppur  lui  d'avoir  u^e  querelle  avec  du  pareil 
homme,  et  pour  une  telle  cause>  il  se  contenta  de  conduire  i'animal 
.fltlii^issé  9>vec  ci  pç^  de  cérémçnie  de  1^  place  ^u'il  avait  choisie ,  & 
cçUequi  n'éta^  pas  occupée  de  l'autre  éôié  de  son  compagnon,  et 
à  ^quelle  il  parai^ait  que  personne  n'Avait  de  prétentions. 

Le  ipaçchand ,  malgré  là  fatigue  qu'il  avait  éprouvée,  s'occupa 
ialoirs  à  aççprdeç  à  ses  muets  compagnons  de  voyage  tous  les  >oins 
<pi*il$  ont  drpit  d'attendrç  de  tout'  voyageur  qui  a  un  peu  d'huma* 
vite.  Le  degré  peu  ordinaire  d'attention  que  Philîpson  donna  à  ses 
chevaux,  quoique  son  costume  etçurtoutses  manières  semblassent 
le  mettre  au-dessus  de  ce  ^r^v^il  servile,  parut  faire  imprèssioB  » 
ïûêîne  sur  le  cqeiir  de  fer  du  vieux  garçon  d'écurie  ;  il  montra 
quelque  empressement  à  fournir  à  un  voyageur  qui  connaissait  si 
bien  tous  les  détails  du  métier  de  palefrenier,  l'avoine,  le  foin  et  la 
paille  dont  il  fivait  l>esoin  ^  ijuoique  en  petite  quantité  et  à  on  prix 
jBXprbitîint ,  jjû'il  se  fit  payçr  comptant  ;  il  alla  même  jusqu'à  se 
levpr  pour  s'avancer  jusqu'à  la  porte,  et  indiquer  à  PhiHpson  ea 
.était  placé  le  puits,  où  il  fut  obligé  d'aller  puiser  de  l'eau  lùi- 
i^Uj^cne.  Tous  ces  arrangemens  ^tant  terminés ,  le  marchand  crut 
avoir  obtenu  assez  de  crédit  auprès  du  grand-écuyer  de  cet  éta- 
blissement pour  se  hasarder  à  lui  demander  s'il  pouvait  sans  dafn- 
|Qr  laisser  a^s  baUsa  dao;  l'épnrjp* 


n 


asi  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

. —  Voua  pouvez  les  y  laisser  si  vous  le  voulez  ^  répondit  le  gà^ 
çon  d'écurie;  mais  pour  qu'elles  soient  en  tonte  sûreté,,  vous  ferez 
plus  sagement  de  les  emporter  avec  vous  :  le  moyen  qu'elles  ne 
donnent  aucune  tentation  à  personne,  c'est  de  les  garder  sousvos 
yeux. 

Après  ce  peu  de  mots ,  prononcés  comme  un  oracle ,  le  mar» 
chaud  d'avoine  ferma  la  bouche,  et  toutes  les  questions  qae 
l'Anglais  lui  fit  encore  ne  purent  le  déterminer  à  l'ouvrir  le 
nouveau. 

Pendant  cet  accueil  si  froid  et  si  rebutant,  Philipson  se  rappeh 
la  nécessité  où  il  était  de  bien  jouer  le  rftle  d'un  marchand  pra^ 
dent  et  circonspect ,  ce  qu'il  avait  oublié  une  fois  dans  le  cours  de 
cette  journée;  et,  imitant  ce  qu'il  voyait  faire  par  ceux  qui  s'é- 
taient occupés  comme  lui  du  soin  de  leurs  montures ,  il  prit  son 
I>a^g<^e  et  le  porta  dans  l'auberge.  On  souffrit  qu'il  entrât^  plntSt 
qu'on  ne  le  reçut,  dans  le  stube^  public,  ou  appartement  onVert 
à  tous  les  hôtes  qui  arrivaient.  De  même  que  i'arche  du  patriarèbe, 
tous  les  êtres  de  la  création ,  purs  et  impurs ,  y  étaient  admissaos 
distinction. 

Le  sùibé  d'une  auberge  allemande  tirait  son  nom  du  poêlé  énorme 
dans  lequel  en  entretenait  constamment  un  grand  feu ,  pour  main* 
tenir  la  chaleur  de  l'appartement  dans  lequel  il  se  trouvait.  Là  se 
rassemblaient  les  voyageurs  de  tout  âge  et  de  toute  condition;  ib 
suspendaient  leurs  manteaux  autour  du  poêle,  soit  pour  lesséclier, 
soit  pour  les  chauffer:  on  les  voyait  s'y  occuper  de  divers  actes 
d'ablution  et  d'arrangemens  personnels ,  qui ,  dans  les  temps  mo* 
dernes ,  se  font  dans  le  secret  du  cabinet  de  toilette. 

Une  pareille  scène  répugnait  à  la  délicatesse  plus  susceptible  au 
voyageur  anglais,  et  il  désirait  s'y  soustraire  :  il  résolut  donc  de 
chercher  à  parler  à  l'aubergiste  lui-même,  se  flattant  qu'à  l'aide 
de  ces  argumens  qui  ont  tant  de  force  sur  les  hommes  de  Isa  profes- 
sion, il  pourrait  obtenir  une  chambre  séparée,  et  des  rafraichisse- 
mens  qu'il  prendrait  tranquillement.  Un  Ganymède  à  èheveux  gris^ 
à  qui  il  demanda  où  était  son  maître^  le  lui  montra ,  presque  cacbé 
derrière  l'énorme  poêle,  où  voilant  sa  gloire  dans  an  coin  obscur  et 
bien  phaud ,  il  plaisait  au  grand  homme  de  se  dérober  aux  regards 
du  vulgaire.  Une  petite  taille,  des  membres  robustes ,  deis  jambe» 

I.  Le  stubèsigniûe  littéralement nn  poêle,  mais  on  emploie  anni  cette  expression  pour  dctif»» 
un  appartement  où  il  s'en  tréave  un. 


GtlARLtS  LE  TÉliÉIlAIlUB.'  36$ 

torseSi  on  air  d'importance,  tel  était  soo  portrait;  et  il  était  à  cet 
égard  comme  on  ^rand  nombre  de  ses  confrèrea  de  tons  les  pays;^ 
mais  sa  physionomie  et  snrtont  ses  manières  différaient  de  celle» 
da  joyeux  aubergiste  de  France  on  d'Angleterre ,  encore  pins  qae 
Philipson ,  malgré  tonte  son  expérience,  ne  s'y  attendait.  Il  con-* 
naissait  trop  bien  les  mœurs  allemandes  ponr  se  flatter  de  tronyer 
dans  son  hôte  la  politesse  sonple  et  préyenante  dn  maître  d'un  hôtel 
de  France,  on  même  les  manières  franches,  quoique  plus  brusques, 
d'un  aubergiste  anglais  ;  mais  quoique  les  maîtres  des  aubei^es 
allemandes  où  il  avait  logé  fassent  absolus  et  péremptoires  en  tont 
ce  qui  concernait  les  usages  de  leur  pays^  cependant  il  ayait  tu 
que,  lorsqu'on  leur  cédait  sur  ce  point,  semblables  aux  tyrans 
dans  leurs  momens  de  bonne  humenr,  ils  traitaient  avec  bonté  les 
bâtes  sur  lesquels  leur  juridiction  s'étendait,  et  ils  allégeaient,  par 
la  plaisanterie  et  la  gaieté,  le  joug  pesant  de  leur  autorité  despoti- 
que. Mais  le  front  de  cet  homme  était  sombre  comme  une  tragédie^ 
on  aurait  trouvé  plus  de  gaieté  dans  le  bréviaire  d'un  emûce^ 
tontes  ses  réponses  étaient  brèves  et  brusques;  son  ton  et  ses 
manières  avaient  quelque  chose  d'aussi  dur  que  les  paroles  qu'il 
prononçait.  On  en  jugera  par  le  dialogue  suivant,  qui  eut  heu  entre 
lui  et  le  voyageur  anglais. 

—  Mon  bon  h6te,  lui  dit  Philipson,  dn  ton  le  plus  dotix  qu'il  put 
prendre,  je  suis  fatigué,  et  fort  loin  de  me  bien  porter.  Puis-je  vous 
prier  de  me  donner  une  chambré  particuUère,  et  de  m'y  fidre 
servir  un  flacon  de  vin  et  quelque  nourriture  ? 

—  Vous  le  pouvez,  répondit  l'hôte,  mais  d'un  ton  et  d'un  air  qui 
n'étaient  nullement  d'accord  avec  l'assentiment  que  ses  paroles 
semblaient  indiquer. 

—  En  ce  cas ,  faites*moi  conduire  dans  un  autre  appartement 
aussitôt  qu'il  vous  sera  possible. 

—  Tout  doux  !  je  vous  ai  dit  que  vous  pouviez  m'en  prier,  mais^ 
non  pas  que  je  consentirais  à  vous  l'accorder.  Si  vous  voulez  être 
servi  autrement  que  les  autres,  il  faut  aller  chercher  une  autre 
auberge  que  la  mienne. 

—  Eh  bien  !  je  me  passerai  de  souper  ce  soir  ;  je  consens  même 
a  payer  comme  si  j'avais  soupe ,  si  vous  me  faites  donner  une 
chambre  particulière. 

— Monsieur  le  voyageur,  chacun  doit  être  logé  ici  aussi  bien 
que  vous,  puisque  chacun  paie  de  même.  Quiconque  vient  dans 


^ 


k9vaitfF«s  bQiyeiH:^69<metU0.à,table'avQC  Ie.reat€î4pk<^PU|a^<^j^ 
•baUev  se«oo«pb0r  qaaodilfi^  co^Ti^eSiont  ûpi^û^  I^Q^:e^ 
^  ^^llml  C6la€^  fort  v%Uoi^4bIo,  dit  ÇhiJjpsQft.4*iW  top^d'homi- 
lilé y  puisque  celpi delg  colère et^t  été ];icUQute >  et  j^  ne  qi'pppo^ 
Mttemeat  à  l'obser^i^Uoa  dq  rw  Ipi$  et;  d^  tq;$.  ^f^^^.  Hajs, 
l|M|a-tri|  #11  psemiit,  sa  bourse  à  sa  ceinture  »  u^  m^la^de  peqt 
a^oir  ^elqnes  priiôléges»  sufftiojitqaftnd  U  esit  dji3{>a^é  à  les  eajjer; 
#i  U  QMi  semUe  qu'et),  qe  cas  la  rij^uenr  de-  yo3  réglem^çnç  pe^ja 
saoffirir  qnekiiae  modification. 

-^Jetie94  luya  aii))çrge,,  ]M[ûnsiuir»  et  90À  U0  hôpital.  Si  vous 
Vie«tM  ici  t.  ^«MiA  aeipez  send  avec  la  «lême  attentiç^  qne  toasies 

MtMi.  Si  i(OHs  li^  ynQiA^^  pas{ûre  oonme  ^Vt  ^oMs,]^Uyçz>P^ 
4e  ma  maisoaet  ^herckiei;  nneautre  auberge* 

Après  ce  refus  p<^Hif,  PliUipsoo  Teqon^à.laçQMtÇçta^9)4 
^plbfta  le  sqncium  ^(md^m^n  de  son  U5te  {)ea,  gir^ç,^^^»^  F^ 
at^#4re  rarrivée  àf\  soopei'K  en^^mé ,  comme  w  hçpuJE  en  four- 
JÎ^re^  d^ps  w  ^û^^*  peMpl^  de  nambreKX  b^bit^uv?.  Qaçl9aes;ai^ 
-Centre  eux,  éipipiisf^^de  fatigue,  ^b^régeaiw^^  epironiÇ^i^V^'W'*?^-^^ 
iitti  6^«rv^  l'iMStWIt  4*  Iwr  9fmv4e  de  ceiuJi  0%  Top  servirait  le 
repas  qu'ils  attendaient.  D'autres  causaient  en^q[4)le  des  nojayell^ 
'4u  piyff.  Vli^iews  jou^ie^t  aux  #1  ou  à  d^an^re^jç^]);,  ç^ii  pouvaient 
iwarvir  à  Wre  pa^^^  )^  tem{i^.  ï^fs^  yoy^ev*^  qui  ç'ï  troqvâeiit 
4Uâent  4e  divarse^  cpi)ditio|i(is  ;  W  e?  voyait  qiii  étaient  bi^  mis  «t 
qui  paraissaient  ric|ie9,  ta^ndî^ç  que  le^  yête^^em^  et  le$  pianièresde 
j{uelques  autres  îM»i|PUÇ4ient  qu'l}&  n'ét^em  q^ç  dv'uç,  W^  P^"^ 
4in^ssus  de  la  pau^r^eté* 

On  frère  mendiant,  homme  d'une  humeur  jpTÎale  et  agràiWe» 
s'approcha  de  Ph^lipsqi)  e|t  ^\xvi  eA  cqnyçr^fttion  avec  lui.  ^^' 
glais  avait  assez  d'expérience  du  ipo^^çi  ppijf  savoir  <^^'il  ^e  P^*^' 
yaii  mÎBttx  voilef  çi^  qïi'il  i^^  afO»l?^^  pa§  d^^yrif  çje  ses  affaire* 
et  de  spa  projets  que  ^^  ijqi  extérieur  d^  f^-^^^çhise  et  de  dispoM" 
iions  sociales.  U  seç^t  dei^ç  l^s  ay^^fiçs  dff  ft^èr^  9^^ec  cordialité, 
et  causa  avec  lui  de  la  situation  de  la  Lorraip.e;,  çt  ^e  Vi".l^rf*  ^ 
{>araiissait  i^vQÏv  faire  paitrç  »  tant  en  France  qu'eiji  jj^llen(^D^>  ^ 
tentative  du  duo  de  Boiirgoipie  pour  s'empjçif  er  de  ce  pef.  Se  con- 
tentant d'entendre  l'opinion  de  son  compagnof^  ç^ur  ce  sojet,  rju- 

iîpsoii  s^'ab^ifît  d'éwpçpr  ift  sipRije,  et,  fiprè3'  ay^r  ^««"^^  ^ 
muTfilfas  4«'4i  pi^t  au  (rèrp  de  Imj  cpipflinmgneir*  H  ip*  l?*f^*  • 


1w<ti«  4<i'U  éimt  ^MUffé  M  fi«t  eat^eUes,  qui  aeinbl^t  naturel 
à  «a  Jioiiim^  i»  sa  firofesaMH,  rbdte  e<it'r«  toai  à  çyup  d^ns  1^ 
^baybWft  iiiiiiitts^  siv?  iw  ¥Îeia  barili  prowe^jB^  lentement  se3  regard 
ta«t  aiMKNir  4e  r«p|^tfiiiieot  s  a|^cè«  a^oir  terwné  cette  revqe  »  3 
donna  ce  double  CMrdve  d'iM%  UM)^  4>9l^Pt)tUi^  •  —  9^'^  f^rme  les 

-^Que  le  hem  saint  Antoine  soit  louél  à'écriale  frère.  Notre 
Ji&tei  s^enfii^  renoncé  à  Tespoir  de  mr  arriver  ce  soir  de  nouveau^ 
iF^9af««rs,  sans  f«si  il  awrait  cuntioné  à  noua  faire  jeûner  sanç 
j^tài,  Ooii,  YCÂci  qu'on  apporte  l^n^pe.  l.a  vieille  pprte  est  main- 
tenaai  Juan  vafroniUée,  et  foand  ]an  Mengs  a  une  fois  dit  :  Qa'oii 
jfenne  ia  pcffial  ta  voyageur  peut  j  frapper  ausw  lon|;-ten:^s  ^ne 
iim  Ini  sembl^^  et  être  bien  s4r  q^*on  nç  la  lojt  ouvrira  pas, 

-^  Mé^H  kçtr  MAQga  mMaueat  m^  i^triciie  dî^cipUne  dai^  ^ 

maison  9  dît- l'AnglaiSt^ 

-^  4«sfi»  stsiiçta  qne  f  elle  du  dnè  «te  B<Mr(pQ|;iV^  d^  U  sî^^ui^^ 
dépendit  ki^ère.  Après  dix  bjBure^,  per$pnae  n^çntre  plus,.  Xfi 
nkçmJi^^  une  m^  fi^P'S^t  <l^i  îasqn'a^Qi:^  i^'est  ip^'nne  inenac^ 
^îop&tionneUev.  de<f  ief)t,  qn^Qd  FhorilQge  a  soiwé  et  qni^  les  dom^- 
liipies  lont  ^mmmfà  lum  rondç,  on  arcbre  poaitif  (fexclusiof). 
<2elni  <pii  esi^  debora  doit  j  mster,  et  il  faut  q^e  celui  qf|i  e|t 
dans  r  in^s^qur  j  rasie  de  wâm^ ,  jusqu'à  oe  que  la  porte  s'ouvre  ^ 
point  du  jwr«  iIaiiVi?alor&,  cette  ifiuison  ,e4  çofpme  fine  Qitadelîe 
assiégée,  dont  lan  Meags  est  le  sénéchal. 

-*-  Bt  aws  seagoinasaea  p^risonoiera,  mon  bon  frère?  dit  Pbîlip- 
son.  Eh  bieni  j'y  consens.  Un  voyageur  sag^e  dok  se  ,soumett|:e 
aux  volonté  4as  ^elb  d»  peuple  parmi  lequel  il  se  tro«ive  :  et 
î'esp^/aqw'ui»  ppiwtat^i  a  l-ei^bon|M4ut  dj^  seigneur  Mejngs  nous 
«Miatr/era  ainaiit  de  «l^meiM^e  qi^e^on  rgnjg;  et  ;sa  dignité  le  lui  per- 
mettent. 

Paadant  ipi'Jjlsisaiisaienft  ain^  j  le  vieux, gangon,  W  ppn^sant  de 
proÊMd»  soiopirs  et  des  géa(iias^mens ,  adapta  à  im^  table  qui  était 
a«  miUon  da  ^^4  diflëreates  planches  qm  ^r  valent  à  rallonger  »^ 
afia  d#  la  a^endre  sulfisaote  pont  le  nombre  de  conrvives  ^ 
fattaia«t  «"y  f^iaeoir^  et  la  couvrit  d'u^e  jûappe  qjii  n'étaili  remar- 
quable flâ  fv  aa  Mit^^beur ,  |ù  par  sj^i  Jftn,esaev  JUwr^qjie  ceW;e  tabjc 
eut  été  arrangée  de  manière  à  pouvoir  admçt^  \Q^  X^i^W^Wf^ 


268  CHARLES  LE  TEMERAmE. 

qui  se  tronTaient  dans  la  salle ,  on  plaça  devant  chacun  d'eox  une 
assiette  de  bois ,  une  cuiller  et  an  verre ,  personne  n'étant  supposé 
voyager  sans  avoir  en  poche  un  couteau  pour  s'en  servir  à  table« 
Quant  aux  fout'chettes,  elles  ne  furent  connues  qu'à  une  époque 
bien  postérieure ,  et  tous  les  Européens  se  servaient  alors  de  l^ors 
doigts  pour  prendre  les  morceaux  et  les  porter  à  leur  boudie, 
comme  les  Asiatiques  le  font  encore  aujourd'hui. 

Dès  que  la  table  fut  mise,  les  convives' affamés  se  hâtèrent  d'y 
prendre  place.  Les  dormeurs  s'éveillèrent,  les  joueurs  interrom- 
pirent leur  partie  9  les  oisifs  et  les  pioli tiques  renoncèrent  à  leors 
savantes  discussions ,  afin  de  s'assurer  une  bonne  place  et  d'être 
prêts  à  jouer  leur  rôle  dans  la  solennité  intéressante  qui  semblait 
sur  le  point  de  commencer.  Mais  il  peut  se  passer  bien  des  choses 
entre  la  coupe  et  les  lèvres ,  et  il  s'écoule  quelquefois  bien  du  temps 
entre  le  moment  où  l'on  met  la  nappe  et  celui  où  l'on  sert  le  repas. 
Tous  les  convives^  étaient  assis  autour  de  la  tablé,  chacun  tenant 
en  main  son  couteau ,  et  menaçant  déj  à  les  vivres ,  qui  étaient  en- 
core l'objet  des  opérations  du  cuisinier.  Us  avaient  attendu,  avec 
plus  ou  moins  de  patience,  une  bonne  démi*heure ,  quand  enfin  le 
vieux  garçon  dont  il  a  déjà  été  parlé  arriva  avec  unegrandea*ache 
de  vin  de  la  Moselle,  si  léger  et  si  acide ,  que  Philipson  remit  son 
verre  sur  la  table  dès  qu'il  y  eut  goûté ,  et  que  toutes  ses  dents  en 
furent  agacées.  Cette  marque  d'insubordination  n'échappa  point 
à  l'hôte,  qui  avait  pris  place  au  haut  bout  de  la  table,  sur  on 
siège  un  peu  plus  élevé  que%s  autres,  et  il  ne  manqua  pas  de  la 
réprimer. 

—  Ce  vin  ne  vous  plaît  pas ,  à  ce  qu'il  me  semble ,  mon  maître? 
dit-il  an  marchand  anglais. 

—  Gomme  vin ,  non,  répondit  Philipson  ;  mais  s'il  y  a  quelque 
chose  qui  exige  du  vinaigre ,  j'en  ai  rarement  trouvé  de  meillenr* 

Cette  plaisanterie,  quoique  faite  avec  calme  et  bonne  humeur, 
parut  mettre  en  fureur  l'aubergiste. 

—  Colporteur  étranger,  s'écria-t-il,  qui  êtes- vous  pour  oser 
trouver  à  redire  a  mon  vin ,  qui  a  reçu  l'approbation  de  tant  de 
princes ,  de  ducs ,  de  rhingraves ,  de  comtes ,  de  barons  et  de  che- 
valiers du  Saint-Empire,  dont  vous  n'êtes  pas  digne  de  nettoyer 
les  souliers?  N'est-ce  pas  de  ce  vin  que  le  comte  palatin  de  Nim- 
mersatt  a  bu  six  pintes  avant  de  quitter  là  chaise'  sur  laquelle  je 
suis  maintenant  assis  ? 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRB.  ^ 

—  Je  n'en  doute  pas»  mon  hftte,  et  je  n'accuserais  )mi8  cet  ho- 
norable seignenr  d'aToir  manqué. aux  lois  de  *la  sobriété ,  quand 
même  il  en  isurait  bn  le  double. 

—  Silence  1  mauvais  railLeurl  s'écria  Phôte,  et  faites-moi  amende 
honorable  snr*Ie-Ghamp  y  ainsi  qu'an  vin  que  tous  avez  caloiliniéy 
on  je  Tais  ordonner  qn^on  ne  serve  le  souper  qu'à  minuit. 

Cette  menace  répandit  une  alarme  générale  parmi  les  convives. 
Tous  déclarerait  qu'ils  étaient  bien  loin  de  partager  l'opinioii  in* 
jurieuse  de  PUlipson,  et^plusieurs  proposerait  que  lan  Mengs 
punte  le  vrai  coupable  en  le  mettant  sur-le*champ  à  la  porte  de  sa 
maison ,  plntftt  que  de  feirie  retomber  les  conséquences  de  sa  faute 
sur  tant  de  geaiâ  innocens  cpii  avaient  bon  appétit  :  ils  assurèrent 
que  le  nn  était  excellent ,  et  deux  Ou  tr<»s.  vidèrent  même  leuir 
rerre  pour  donner  une  preuve  de  leur  sincérité  ;,  enfin  ils  ofErirenti 
non  lemr  vie  et  leur  fortune ,  mais  l'aide  de  leurs  mains  et  de  leurs 
pieds  podr  exécuter  contre  l'Anglais  réfractaire  la  sentence  qui  le 
mettrait  au  ban  »  non  de  l'Empire ,  mais  de  l'auberge.  Tandis  que 
des  pétitions  et  des  remontrances  assaillaient  Mengs  de  tous  côtés, 
le  frère  mendiant ,  en  sage  conseiller  et  en  ami  fidèle,  cherchait  à 
cahner  cette  querelle  en  invitant  Philipsonà  reconnidtre  la  sou* 
veniineté  de  l'hôte. 

—  HnmiUez-voUs,  mon  fils»  lui  dit-il,  et  faites  plier  l'inflexibi* 
Uté  de  votre  co^tt  devait  le  haut  et  puissant  seigneur  du  tonneau 
et  delà  canélle»  Je  parle  ainsi  pour  les  autres  comme  pour  moi- 
mime,  eàr  le  ciel  seul  peut  savoir  combien  de  temps  nous  serons 
encore  en  état  d'endurer  ce  jeûne. 

—  Mes  dignes,  amis ,  dit  Philipson ,  je  suis  fâché  d'avoir  offensé 
notre  respectable  hôte,  et  je  suis  si  loin  de  vouloir  trouver  des 
défauts  à  son  vip ,  que  je  consens  à  en  payer  une  seconde  cruche, 
qui  sera  distribuée  à  toute  cette  honorable  compagnie  (pourvu 
qu'on  me  dispense  d'en  boire  ma  part). 

Ces  derniers  mQts  furent  prononcés  tout  bas  ;  niais  l'Anglais  ne 
manqua  pas  de  s'apercevoir,  d'après  les  grimaces  de  quelques 
convives  qui  avaient  le  palais  plus  délicat,  qu'ils  craijgnaient  au- 
tant que  lui  d'avoir  une  double  ration  de  ce  breuvage  acide. 

Le  frère  pcoposaalorf  à,  la  conipagnie  que  le  marchand  étranger 
qui  venait  4e  ^  condamner  lui-mêm|B  à  u^ie  amende ,  au  lieu  de 
s'en  àcquitler  ptgr  uçe  cruche  de.  vin  semblable  à  celui  dont  il  avait 
médit,  enpay&t  une  mesure  d!un  vin  pliu  généreux  ^qu'on  avait 


QEA  IIMIB  DE  mÉHÉRllRB. 

nnit  ffOD'ft^vmitiige  àotei  fateaiqne  fes  conyiimy  let^tMiiiiniei^lHljp* 
son  n'y  fit  aacune  objection ,  la  proporiiSoaf  fui  tiUftpÉf e  ji  rmaj» 
ndté,  «t Mengis  du  luMtiâe  son  âége,  sAnuÉaieMgBal  ptur  ^'o& 
«eirvtt  le  souper. 

&  repus  ;  img-nBnapê  MsBoÊa  »  fNumt  enfin^  «ft  Fti^iemidoTR» 
^nr  y  faire  hoiiMiir,  letdauble  dii  temps qaVifDavaiEt  passéi fat- 
tendre,  lies  mets  Amt^se  oontpéflail;  lé  seapèry  m  la  manièBe^ 
les  servir ,  étiietit  'floSts  ftn^  Mettre  Ifi  fniienee'deta  èéofMigne  a 
*ifne  aoBsi  rode  «épveave.  fies  terrines  de  Boèpe«i;  deb  plais  AtU- 
gmnes  se  sHooéâèreiit ,  4et  des  «vkndes  rftsies  et  bevdUifis  firtnt  a* 
'suite  letonr  de  la  lAIe.  Des  boadins,  da  baad  tené ,  dapoiaMiD 
salé  j  parnreift  aosei  avec  divers  âstfnsoiiDeniiaEB  MÊmsâki^io^ 
•et  caviar,  composes  d^ioenh  éb  poisson 'Ot  d'é^oicea^  letqsffopiiest  Of 
citer  la  soif,  et  ^r  bonaécpieikt  à  ;faire  iioise.  iDes  ilal)0MdBfiD 
accompagnèréiiK  ees  mets  'recâiercli&.  Hais  ee  ma  était  ji^sopé^ 
rieur  en  savent  et  en  force  eii  vift  d'ordinaM  qpi  aivait  ocsiMé 
une  querelle ,  ijn^cfn  poxfvak  Im  -feire  le  reprocbe'  obotvttn ,  car  îi 
ëtait  si  lorty'si  spirilneiix ,  si  ea|ttteax,  qoe^Ptailipaeft,  end^plt 
de  la  meroariale qne  sa, critique  tui  arvait  déjà «vskaoi ^  kasanda 
de  demander  de  Peau  pour  le  couper'. 

— yous'ites  ffiftdle  à  sdtisMre ,  MoMieurJ^^éeria  rhftte^ 
regardant'd'un  iiir  mécontent  et  m  fron)^nt  le  soorcil.  Si  ^» 
'  trouver  le  vin  trop  fort  chez  moi ,  je  veas  mppreailÉai  an  mt^ 
"pour  en  dSminiier  là  force.  C'est  d'^  boîrë  woiai^  Û  tious  eA  «- 
différent  que  vous  buyiez  ou  que  vous  nelmvîez  fûi^f^^T^^ 
yons  payiez  l'écM  de  texA  qui  boivent.  >Et  il  teraniaa  iK»  flàset^ 
'^mn  grand  édat  de  rire.  .  . 

niilipson  ^iait  lui  répliquer;  mtais  lelr^^  conaew**** 
caractère  de  inédiateQr,  le  tira  par  Ffad^t  ,'0t1e4Otqiira  de  t^^ 
rien  faire. 

—Tons  ne  conmrîssez  pas  les  mtinièr«B;ïeteé))|PfSj  ifcit  *ï1; 
'vow  rfétes  M  ni  dftasune  iaoberj^e  tf'Anj^eti9tYe«i  iaps  ««^^f' 
lièrgeyK'y#anee,  où^éhacun  demande  eeqù^H^Mi^^»  et  «épie 
que  ce  qu'il a^^teidiandé.  Rons  agissoDs ici d^api^uafr*»*?*^"^ 
d'égalité  et  de  firatendté.  PeflBOiiwM»réeta»e«en»p0«i*^'**^ 
'l^ttciAeF ,  et  chactm  prend  sa  part  des  met»^[«e^l%d^'j^^' 
toans  iMWr  «otis  ce(tt^'9Mt  assis^n^ 
'«n^fléFéOM  etmuiiema  Ibstifr/<aift0«it^i»4«  téèm  tf»^^^ 


J 


«HMk^Tiiifirme,  même  te  femme^et  l'enint,  .{tateBttoatwmt 
if»  le  pajBSftii  «ffii«ié  «t  ie^Lusqucnet  vtfgabond. 

^Cette  coutvme  ne  me  pafmttpiB}iiM9*ditiPfaîlq)Bon,nak4tii 
Toyageur  ne  doit  pi9  s'ériger  en  }«g«.  Ai&n  donc  »  i  ^oe  que  je  ocoé- 
iprend»^  •  idiaeim  m  <pâie*le  ^mâme  fort ,  «qtuwi  '«fieDt  te<attom«tt  de 
tom]iierl 

-— TeUe  est  la  règle,  répondit  le  irèrêy  «xeeptérpem-étreqMiqQe 
pauvre  4tn^  de  tioire  ordre ,  <qiie  Moire-  B^me  et  «dtait  *Ft*Miçoi8 
eirv<sî6iit  ^s«iiii&aidierge  cc^mitte  oettè-d ,  iptorfoiimir  à  de  boas 
'ebrétieii9P»eea8ioii>delanre'iinpas  ynw^Ie  eiel^en  (exerçant  «overs 
lui  im  acte  de  charité. 

Les  premiers  «motB  de  ce  petitolisooQrs  finentcpreiieiieès  «veele 
ton  franc  et  indépendant  quele  firère  «vek  pris  ett/cMnmençant'la 
eonvenatien  ;  mais  Ie6  derniers  le  Idreiit  âTèc  cet«eoent  qui  est 
particolier  à -la  profession  de  moitié  mendiant,  «tils  apprirent 
sm^le^champ  à  Philipsofo  quel  )>rix  il  deirmt  payer  pdor  les  con- 
seils et  la  médiation  da  bon  frère.  Après  avoir  ûnsi  expliqué  les 
nsigestda  paytf,  IcfeèreOratien  songea  à  en  donaer«ie.démoYi»> 
tn^ion  |iratiqiie  par  son  cxefiq>liB ,  «t,  loin  de  critâpter  -la  fofiee 
do  vin  /  tt  stmUa  disposé  à  se  signaler  parmi  te&btvei|rs  les  plis 
déterminés,  et  bicntsésofaii  ne  peé  avoir  on  son  à  pérj/ier  pomr  ke 
qi^anraient'lMi  les  «utses.  Les. «libations  prodnisirent  .pea  à  pén 
leur  effet  ordinaire.  L'Mte 'loi-même  perdit  <pielqae  obose  de.  son 
aq^eet^sondnre  et  fiuNradbe,  et  il  sourit  en  voyant  l'étinccAlé  Sec* 
triqQS'de  la  gaieté  paiser  rapidement  djon  convive  .à  l'aolre/ii 
l'exception  d'an  très  petit  nombre  quittaient  trop  amis  de  te  tem- 
pérance peur  caresser 'fréquemment  là  bouteille^,  ou  itrop  dédd- 
gnenx  pour  <pMmâiie  part  an^t  .dîsaussions  ifa'elle  fidsàit  tnîâtr^. 
L'hôte  jetait  de  temps  en  temps  sur  cenl^oi  nu  oregavâimipeateiit 
etcoorretoeé* 

PhiHpsoB'élait  réservent  riftencieux,  tant  puitceiqpf  il^Abalenait 
de  donncnr  de  tn^  fréquentes  «oeokdes  au^fiaDou^  que  parce  ^^1 
ne  se  sMeiait  pas  4'entrei:  «da  'conversation  aveeâes  étrangars* 
Mengsle  trouvmt  en  d^ut«urMs  deux  points- 1  et  à  mesuré  que 
le  viu  aiiiilia  sou^earaclèpe  indoleiit,  ii  eoimneu^ilafitoer  des 
8ai^c&!taies^Ooiitre>lett>getispqm  élàiieitt  des  raban>joi&,  desffttë-pAte, 
des  etmemis'du  pMait  Ûû  pl^ocAain ,  '«t  UtttrerépMiètes  9embfaAdes 
claireBHttU?  JBrigées  eotfirt  yAi^hdg,  9M&tMA  «^MMriBt  «^^  €e 


372  CHARLES  LE  TEMÉBAIRE. 

plas  grand  calme  qu'il  sentait  parbitement  qu'il.n!était  pas  en  étal 
en  ce  moment  de  se  rendre  .un  membre  agréable  d'ane  compagnii 
disposée  à  se  livrer  à  la  joie ,  et  qu'avec  la  permission  de  toaU 
la'sooiétéil  se  retirerait  dans  sa  chambre ,  en  leor  souhaitant  à 
ions  le  bonsoir  et  la  continoatîon  de  leur  gaieté. 

Mais  cette  proposition  très  raisonnable/  comme  ou  aarait  pn  la 
la  trouver  ailleurs,  était  un  acte  de  haute  trahison  contre  les  lois 
4'une  orgie  de  buveurs  allemands. 

—  Qui  êtes- vous ,  s'écria  Mengs ,  pour  vous  permettre  de  quit- 
ter la  table  avant  qu'on  ait  demandé  et  payé  l'écot?  SappenmtU 
der  Uafel!  Nous  ne  sommes  pas  des  gens  qu'on  puisse  insulter 
ainsi  avec  impunité  I  Vons  pouvez  aller  donner  des  preuves  de  po* 
litesse  dans  Ram's-AUey,  ou  dans  East-^uheap,  ou  dans  Smith* 
fieldy  si  bon  vous  semble,  mais  ce  ne  sera  pas  chez  lau Neogs, 
â  l'enseigne  de  la  Toison-d'Ori  et  je  ne  soufhrirai  pas  qu'on  de 
mes  botes  aille  se  coacher,  pour  n'être  pas  présent  an  moment 
Aà  payer  l'écot,  et  me  dupier ,  moi  et  tout  le  reste  de  la  cooi- 
f)agnie.         ... 

Philipson  regarda  autour  de  lui  pour  s'assurer  de  ce  qne  pen- 
saient ses  compagnons  de  table  ;^  mais  il  ne  trouva  dans  leurs  T^i^ 
rien  qui  pût  l'encourager  à  en  appeler  à  leur  jugement.  Dans  le 
fait ,  un  très  petit  nombre  d'entre  eux  avaient  encore  la  tête  on 
peu  saine ,  et  ceux  qui  étaient  en  état  de  faire  attention  à  ceqm^ 
passait  étaient  de  vieux  buveurs,  hommes,  tranquilles,  qm<^>A' 
ménçaient  déjà  à  songer  à  l'éoot ,  et  qui  étaient  disposa  a  paf* 
tager  l'opinion  de  l'hote  et  à  regarder  le  marchand  anglais  comios 
un  aigrefin  qui  votilait  éviter  d'avoir  à  payer  sa  portion  dn  vw  î 
qu'on  pourrait  boire  après  son  départ.  Mengs  reçut  donc  les  »?• , 
plaudissemens  de  toute  la  société ,  quand  il  termina  sa  philippif^  j 
triompbante  en  ajoutant  : 

—  Oui,  Monsieur,  vous  pouvez  vous  retirer,  si  bon  voussemj  » 
mais,  p(H%^  'imsandl  ce  ne  selra  plus  maintenant  pour  aller  e 
dier  une  autre  auberge  ;  vçus  irez  dans  la  cour,  et  vons  coo 
rezsur  la  litière  de  l'écupie^  C'est  un  lit  assez  bon  pour  nn  bom 
qui  veut  être  le  pren^er  à  quitter  bonne  compiignie.  . 

—  Bien.dit ,  mon  joyeux  hôte  I  s'écria  un  riche  commerça»  ^ 
Ratisbonnej  et  nousf  sommes  ici  nue  demi -douzaine,  p     ^ 
moins,  fjpk  .yoi^  soutiendrons  pour  maintenir  les  "^'^ ^u 
jri^U^  C99t.uiiie8  d'AUemugne,  et  les  estimables  r^lem^"^ 
Toison-d'Or/ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  27^ 

— Ne  Toas  fâchez  pas.  Monsieur  y  dit  Philipson  ;  il  en  sera  toat 
œ  que  vous  voudrez,  tous  et  vos  trois  compagnons,  que  le  boa 
¥in  a  moltipliés  au  nombre  de  six;  et  puisque  vous  ne  voulez  pas 
me  permettre  d'aller  me  coucher,  j'espère  que  vous  ne  vous  offen- 
serez -pas  si  je  m'endors  sur  ma  chaise. 

—  Qu'en  dites- vous,  qu'en  pensez-vous,  mon  hôte?  reprit  le- 
bourgeois  de  Ratisbonne.  Monsieur  étant  ivre,  comme  vous  le 
voyez,  puisqu'il  peut  déclarer  que  trois  et  un  font  six;  peut-il, 
dis-je ,  étant  ivre,  s'endormir  sur  sa  chaise? 

L'hôte  répondit  à  cette  question  en  soutenant  que  trois  et  un 
faisaient  quatre,  et  non  pas  six.  Cette  réponse  fi^t  suivie  d'une  ré<^ 
plique  par  le  marchand  de  Ratisbonne.  D'autres  clameurs  partirent 
en  même  temps,  et  ce  ne  fut  pas  sans  peine  que  le  silence  se  réta-- 
blit  parmi  les  convives  pour  écouter  des  couplets  à  refrain  joyeux, 
que  Je  bon  frère ,  qui  commençait  alors  à  oublier  la  règle  de  saint 
François,  entonna  de  meilleur  cœur  qu'il  n'avait  jamais  chanté  un 
cantique  du  roi  David.  Philipson  profita  de  ce  moment  de  tumulte 
pour  se  retirer  un  peu  à  l'écart ,  et ,  quoiqu'il  lui  fût  impossible  de 
dormir,  conome  il  se  l'était  proposé,  il  put  du  moins  se  mettre  à  l'a» 
brides  regsœds  courroucés  que  Mengs  jetait  sur  ceuxquinedeman*. 
daîent  pas  du  vin  à  grands  cris ,  et  qui  ne  vidaient  pas  de  fré- 
quentes rasades.  Ses  pensées  étaient  pourtant  bien  loin  de  la  Toi- 
son-d'Or ,  et  dirigées  sur  des  objets  qui  n'avaient  guère  de  rapport, 
avec  les  sujets  de  conversation  qui  étaient  sur  le  tapis ,  quand  il, 
entendit  frapper  à  grands  coups  à  la  porte  de  l'auberge. 

—  Qui  avons-nous  là  ?  s'écria  Mengs  dont  le  nez  même  rougit 
d'bdignation.  Qui  diable  ose  frapper  à  une  pareille  heure  à  la 
porte  de  la  Toison-d'Or ,  comme  si  c'éuit  celle  d'un  mauvais  lieu  ? 
Que  quelqu'un  aille  regarder  à  là  fenêtre  de  la  tourelle  I  Geoffroy  l 
drôle,  ou  bien  toi,  vieux  Timothée,  allez  dire  à  cet  impudent  que 
personne  n'entre  à  la  Toison-d'Or  à  une  heure  indue.  > 

Tous  deux  partirent  pour  obéir  à  leur  maître  ;  et  on  les  entendit 
du  stubése  disputer  à  qui  affirmerait  le  plus  positivement  à  l'in- 
fortuné voyageur  qui  demandait  à  entrer  qu'il  ne  serait  pas  reç» 
dans  l'auberge.  Cependant  ils  revinrent  bientôt  annoncer  à  leur> 
maître  qu'ils  ne  pouvaient  vaincre  l'obstination  de  cet  étranger, 
qni  refusait  opiniâtrement  de  se  retirer  avant  d'avoir  pfirlé  à  Mengs 
en  personne. 

Cette  opiniâtreté  de  mauvais  angoçe  enfla^nma  de  courroux  b 

i8 


274  CHJOtCË^  tt  llAAiÀlVktf. 

mattre  de  là  Tmsoihd'O^,  et,  ateela  rapidité  éë  U  SMMbè.^ti 
inAi^ationVéfMM^desim  iMfràBe6  jeoM  et  à  a(m  frtynt.  n  se 
lettt  dé  table,  pfit  eif  mÈSmiOLitgÉdS'gekLt&ti^  ÉtiaMMèU^  son 
sceptre  on  «on  bâton  de'ceaMÉiideMeiit',  et 'sortit  en  mtiiinarant 
qu'il  savait  comment  caressefles  ëp)i«rteis  desfooSy  et  lear  rafrid- 
chfi^  les  orei&es  ^vec  nn  seàn  -d^ean  froMe  on  d*ean'  de  vaisselle.  II 
m^ta àlft  tênëtté  qttî  donttéiï'sùi'  la  rtté ,  et  piendant ce'tempsles 
contives  -se  IM^irïetft  «dés  mghth ,  se  jé^éht  des  clins  d'beîl ,  et  îM 
disaient  qnelqaes  mots  à  voit  b^Me,  s'attendant  à  chaque  infant  à 
entéhdi^e  qnril<li!h^  preuves  bi^yantesde'sa' colère.  Il  ti*eh  fntpbur- 
tant  rien,  ear%  peine MIengs  avait^l  teu  le  temps  d'échanger  avec  Vé' 
triHj^erqtsélqtiés  mots  qihe  personne  ne'pnV  entende  dMmctement, 
que  tonte'la  compagnie  îin  an*  comblfe  de  là  sarprite  en  entendant' 
tirer  les  vérronx  et  ontrir  la  serTnrede'la  pOi*tede  Fanberge,  ceqni 
fat  stô^par  le'brait  des  pas  de  phtfûenrs  personnes  mont&ntllâ^ 
caHer.  Enfin^I'hAlè  rentra  dans  le  stuh}^^  et,  avec  nne  apparence 
de'pbliVèièë'gài^i^ehe,  il  pria  les  convives  de'  faire  nde  place  àim 
reè]^etibfe  vd^ai^dr  (j^i'Hreiïàit  se  joindre'  à  eux ,  qnoiqik^tf  peâ 
tardJ  11  éldtt  su^i  ^aii^nn  b^oninie  Aef  gtf'ànde' taille  enveloppé  d'bn 
maA€<ÀVi/de'vbyaî^;  et  dèb  x(aM  s'etrfàt  déba^àdsé,  Pfâl%On  re^ 
oonftot  en  M  son'ctmipaghon  de  voyage ,  le  prfitre  dé  Sàin^MitS. 
dei!te  circonëtàiâfce,  en  dne^mMe ,  nierait  rien  de  Mén  étota- 
naÉt.U  était  nittnrel'qt^nnaribergidte,  4ttel<][ae  gToisier,  qvtHqtA 
impelrtiÉMNlt'4Vil'plâ[téti^^n^i^desef1^eSl   mdhfrSt  de  h' dé- 
férence ponr  tin  eccfiftiâ^ti(j[ne  y  àOit  pd^' scfitede  sonf  rMg'dàùtf 
FEl^ae,  sMt  à'tmse  de  te  tëpntatîon  âte  sainteté.  Mais  ce  qtffpamt 
pli*  étOoMttÉft  à  FMHpsdfà'  ;  Oc  iht  Tef fet  qtfe  pTbdnitft  l'affi'^  it 
ce  eottvi^iMftenfdltf;  lis^m^ata ,  sahs hériter,  dé  là^Hid^ d%oti. 
neàf  y  Où^ié^ief^  atr^iiavsâit  le  ridie  conMnërçàiA  de  flàtiébonnei 
qaeMengs  avftit  détrôné  sans  cérémonie;  malgré  son  zMè  pottf 
les  bonnes  et  vieillefs  cfontumes  allemaîîdèis ,  sa  fidélité  inébran- 
lable aux  IdoaMeè ' ré^emens  de  la  Toison -d'Or,  et  son  gôâtt 
prononcé  pour  les  rasades.  Le  pfétrè  de  Saintt-PattI  prit  stl^lè- 
champ  possession  sans  scrupule  dé  ce  siège  éUiinent ,  après  avoir 
répondu  avec  utt' air  de  négligence  au<  politesses  dèsbn  fadte;  6t 
l'on  aurait  dit  •queFeflbt  de  sâ  lifngue  robe  nOire  substituée  àl-haibit 
galonné  et  à  tuillades  de  son  prédécesseur ,  et  dn  re^Yd  glatiàl 
que  ses  yeui^  gris  laissaient  tomber  à  la  ronde  sur  tonte  k  conïpa- 
gniey  rès^mblail'  nft  pëè  à  ^eWqilfe  f^rodUMit,  suilf^atfl  la  fable, 


GMâRU»  Ll  TÉMBRAIRS.  37» 

la  Ttw  de  la  t/k»  de  MëdiHe;  oaT  s'il  ne  ehaageait  fm  littëi*àle»  * 
meni  en  ]iîeiTe  ceux  dont  ks  jeaok  reMontraieiit  les  siens,  il  y 
ayait  quelque  chose  de  pétrifiant  dans  ce  regard  ^é  que  Ton  eût 
dit  ToakÂr  lire  au  idnd  de  ïm/ut  de  ehadua  de  ceux  qu'il  eaaminait 
laitf  à  tour  i  sans  daiftter  leliir  aeeovddr  nue  plus  longue  atleniioA* 
Phitipsou  fat  à  s6n  tour  l'objet  de  cet  e;iaiilen  momentané  i 
nai^  il  ne  s'y  mêla  rien  qui  indiquai  qee  le  |»*ètre  eât  deMeih  d'a« 
Toir  l'air  de  le  connaître.  Toat  le  coitfaf  e  et  tout  le  sang^froid  de 
l'Anglais  ne  purent  l'empêcher  de  sentir  Une  serte  de  Éialeise  ^ 
quand  les  yeux  de  cet  homme  mystérieux  le  iix^^t  sur  Itii,  éf  il 
éprouva  du  soubgemeac  quand  ils  paesoi'ent  à  son  voisin»  qui 
parut  souffrir  à  son  Ulur  l'effet  glaml  de  ee  regarda  Le  Jbi^t deb 
joie  et  de  FiTresse,  lee  diseassîeas  produites  par  le  vki»  ks  arg» 
mens  Inruyans ,  tas  éclats  de  rire  ^  qtii  l'étaîeÉl  euool'e  davantage  y 
téat  oe  tumulte  avait  été  suspendu  à  l'instant  où  lè  prêtre  éUdr 
«tttré  daua  le  siMé  Deux  ea  trois  teatatives  p<mr  faire  renaître 
la  gaieté,  échouèrent  d'eUes«niémes«  Ou  aurait  dit  que  16  feMm. 
s'éteit  ehan^  tout  à  eoëp  en  funérailles ,  ift  que  lee  jolyeax  con« 
vives  étttent  devèitus  les  personnage^  lugubrea  et  muet^  qei  eui' 
cohaient  le  convoi*  Uà  petit  honuEue  à  figufe  bè«if  donnée^  qu'oit 
apprit  ensuite  être  un  tipHèur  d'AugàdHMiÉg  ^  a^nt  peut-^lre  l'âuif^ 
Ûon  de  montrer  un  degré  de  courage  qu'on  ne  regarde  pas  ordir 
nurement  comme  un  aMribut  de  sa  proCâssion  efiémtaétf  S  fit  u» 
effort»  et  aependant  oe  fut  ^une  Voix  tinnde  et  eoniraiiite  qu^ifr 
ixnta  le  îrkte  Gràtien  à  répétai  sa  ehaneott.  lfab>  sait  qu'il  n'esal' 
pSB  se  p^metti^  un  pàsse-temp^  ai  peu  catfeasqtfe  eli^préoëtaée  d^te. 
cei^re  qai  était  dans  les  ordres»  soit  qu^il  eèt  quelle' autre  f'aâ' 
s<m  poui^  se  refuser  à  eette  invitation  »  le  BseiHe  meiMaâa  baiiatf) 
la  tét(e  et  la  sÉttoua  d'ftn  ai#  si  mélanceliqiae^  que  le  tailhmi^  pMttt 
âossi  confus  que  n  cm  l'eût  surpris  volant  du  dfe'ap  slir  une  roH» 
decarctinal»  ou  une  mine  de  gialon  sur  une  dbasnUe  ou  su^un  de- 
vant d'autel.  En  un  mot,  un  profond  silence  succéda  à  l'orgie ,  et 
les  convives  étaient  si  attentifs  à  tout  ce  qui  pourrait  arriver,  que, 
lorsque  ks  cloches  de  l'église  sonnèrent  une  heure  après  aiinoit  ^ 
tb  tressaillirent  comme  si  c'eût  été  k  tocsin  qui  eèt  annoncé  ma 
incendie  ou  un  assaut.  Le  prêtre,  qui  avait  fait  à  la  h&te  un  légelr 
repas  que  Méngs  lui  avait  fait  servir  saàsi  k  moihdre  diiKéuUé  p 

t.  Uq  proverbe  anglais  dit  qu'il  faut  neuf  tailleurs  ^Hrar  faire  un  fiomme»  L'origine  en  Tient» 
4Sé-9n  t  ^4é  ^'U  ârilVi  étié  hiiJk  na  hààÈàè  teèi  A'éA  Mttrë  imS  9b  «éilv  t*otosiMi< 

l8. 


376  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

sembla  penser  que  les  cloches,  qui  annonçaient  Thenre  des  laudes, 
premiei*  service  de  l'Eglise  après  minuit^  donnaient  un  sigoàlpour 
se  lever  de  table. 

—  Nous  avons  pris  de  la  nourriture  pour  le  soutien  de  notre 
corps,  dit-il  :  maintenant  prions  le  ciel  de  nous  accorder  tes  dis- 
positions nécessaires  pour  bien  mourir  ;  car  la  mort  suit  la  m 
aussi  infailliblement  que  la  nuit  succède  au  jour,  et  que  Tombre 
accompagne  un  rayon  de  soldl,  quoique  nous  ne  connaissions  ni 
le  lieu  ni  le  temps  où  la  mort  doit  nous  frapper. 

Tous  les  convives  se  découvrirent  et  baissèrent  la  tête  /  comme 
par  un  mouvement  instinctif,  pendant  qu'il  prononçait  d'une  voix 
solennelle  une  prière  en  latin  pour  rendre  grâces  au  ciel  de  la  pro- 
tection qu'il  leur  avait  accordée  à  tous  pendant  la  journée  précé^ 
dente,  et  pour  le  supplier  de  la  leur  continuer  pendant  les  faearesde 
ténèbres  qui  allaient  s'écouler  avant  le  retour  de  la  lumière.  Quand 
il  eut  terminé ,  tous  ses  auditeurs  baissèrent  la  tête  encore  plos 
profondément ,  comme  par  signe  d'assentiment  à  la  prière  da 
prêtre,  et  lorsqu'ils  la  levèrent  le  prêtre  de  Saint-Paùl  avait  déjà 
quitté  l'appartement  avec  l'h5te ,  qui  le  conduisit  probablement 
dans  la  chambre  où  il  devait  passer  la  nuit.  Quand  on  eut  vu  qn'ii 
était  sorti,  on  commença  à  se  faire  des  signes,  des  clins  d'œil,  et 
même  à  se  dire  quelques  mots  à  voix  basse ,  mais  personiie  ne  se 
permit  d'élever  la  voix  ni  d'avoir  une  conversation  suivie;  de  sotte 
que  Philipson  ce  put^en  ent^idre  distinctement.  Se  conformant 
à  ce  qui  semblait  être  l'étiquette  du  moment ,  il  se  hasarda  ioi- 
mème  à  demander  à  demî-voix  au  frère  près  duquel  il  était  assis,  ^ 
le  digne  ecclésiastique  qui  venait  de  se  retirer  n'était  pas  le  prêtre 
de  Saint-Paul ,  qui  demeurait  dans  la  ville  frontière  de  la  Férettê. 

—  Si  TOUS  saTCz  qtii  il  est,  pourquoi  me  le  demandez-voos?  Im 
répondit  le  frère  Gratien  d'un  ton  et  d'un  air  qui  prouvaient  qne 
les  fumées  qne  le  vin  avait  pu  lui  fidre  monter  à  la  tête  s'étaient 
dissipées  tout  à  coup. 

—  C'est  que  je  voudrais  savoir,  répondit  le  marchand,  par 
quel  talisman  il  a  changé  tant  de  joyeux  buveurs  en  hommes 
graves  et  sobres,  et  fait  d'une  compagnie  si  bruyante  un  courent 
de  chartreux? 

-*-  L'ami,  répliqua  le  frère,  vous  m'avez  bien  l'air  de  demander 
ce  que  v»ous  savez  parfaitement;  mais  je  ne  suis  pas  de  ces  sots 
oiseaux  qui  se  laissent  prendre  au  leurre.  Si  vous  connaissez  ce 


OURLES  LE  TÉMÉRAIRE.  2T7 

prêtre,  yous  devez  connaître  anssi  la  cause  de  la  terreur  qu'i» 
spire  sa  présence.  D  serait  plus  sûr  de  se  permettre  une  plaisanterie 
dans  la  sainte  chapelle  de  Lorette  que  devant  lui. 

A  ces  mots  ,  et  c6mme  s'il  eût  craint  que  cette  conversation  ne 
se  prolongeât,  il  se  retira  à  quelque  distancede  Pbilipson. 

L'hôte  reparut  en  ce  moment ,  et  ses  manières  étaient ,  un  peu 
plu^  qu'auparavant ,  celles  d'un  aubergiste  ordinaire.  11  ordonna  à 
son  garçon  Geoffroy  de  servir  à  toute  la  compagnie  ce  qu'on  ap- 
pelait le  coup  de  la  nuit  ou  de  l'oreiller.  C'était  une  liqueur  dis- 
tillée,  mêlée  d'épices,  et  Philipson  lui-même  fut  obligé  de  recon- 
naître qu'il  n'en  avait  jamais  bu  de  meilleure.  Pendant  ce  temps, 
Mengs,  avec  un  peu.  {4us  de  déférence  qu'il  n'en  avait  encore  té- 
^inoigné,  dit  à  ses  bêtes  qu'il  espérait  qu'ils  étaient  sat^&dts  de  la 
manière  dontik  avaient  été  reçus  :  cependant  il  fit  cette  question 
d'un  ton  si  négligent ,  qu'il  était  évident  qu'il  y^  entrait  ^rt  peu 
d'humilité ,  comme  s'attendant  à  la  réponse  affirmative  qui  lui  fût 
faite  unanimement.  Cependant  le  vieux  Timothée  inscrivait  avec 
de  la  craie ,  sur  le  dessous  d'un  plat  de  bois ,  le  compte  général  de 
.l'écot,  dont  les  détails  étaient  indiqués  par  des  hiéroglyphes  de 
convention  ;  il  fit  la  division  du  total  par  le  nombre  des  convives , 
fit  examiner  l'exactitude  de  son  calcul ,  et  alla  ensuite  demander 
la.  part  de  chacun. 

Quand  la  fatale  assiette  dans  laquelle  chacun  déposait  son  argent 
•fat  sur  le  point  d'approcher  du  frère  Gratien ,  sa  physionomie 
parut  changer.  Il  jeta  un  regard  piteux  sur  Philipson ,  comme 
étant  le  seul  individu  en  la  charité  duquel  il  pût  avoir  quelque 
9poir  ;  et  notre  marchand,  quoique  mécont^it  du  peu  de  confiance 
qae  le  moine  mendiant  venait  de  lui  montrer,  voulant  bien  se  per- 
mettre une  petite  dépense  pour  se  procurer  en  pays  étranger  une 
connaissance  que  le  hasard  pouvait  rendre  utile,  paya  l'écot  du 
frère  et  le  sien.  Frère  Gratien  lui  fit  force  remerdemens  en  ))on 
allemand  et  en  mauvais  latin  ;  mais  l'hôte  ne  lui  laissa  pas  le  temps 
de  les  finir,  car,  s'approchant  de  Philipson  une  chandelle  à  la 
main ,  il  lui  offrit  ses  services  pour  le  conduire  dans  sa  chsimbre  à 
coucher ^et.porta  même  la  condescendance  jusqu'à  se  charger  lui- 
même  de  son  bagage. 

— Vous  prenez  trop  de  peines ,  mon  bon  hôte ,  dit  le  marchand 
on  peu  surpris  du  changement  subit  survenu  dans  les  manières  d^ 
l'aubergiste,  qni  jusque-là  l'avait  contrarié  en  te  at. 


trs  CHARLES  LE  TÉMÉRAIIII. 

-^  Je  h* ta  puis  tr«p  prenclré,  répMiék  Mengs ,  povr  <iib  h^e 
4|iie  m^B  vénérable  ani  le  prêtre  de  6«iBt<#aiil  a  epédal^mentte» 
commandé  à  mea  soins. 

H  onmt  alors  la  porte  d*iine  petite  ehandire  i  coileiier)  où  loat 
était  préparé  pour  la  véception  du  voyageur. 

r^  Vous  poQvez  TOD8  reposer  ici ,  ajo«ta*t4l  »  jusqu'à  telle  heure 

de  la  matinée  qtt'il  vous  pU^ ,  et  rester  ohez^m^  aussi  long^temps^ 

f«e  TOUS  le  jugeais  à  propos.  Cette  elé  mettra  vos  marehaBdisea 

'  à  Tabri  da  yol  et  du  pillage  détente  espèce.  Je  n'agis  pas  ainsi  à 

fégard  de  tout  le  monde  »  car  si  Je  donnais  un  lit  séparé  4  ehacan 

'de  mes  hôtes ,  la  première  chose  quHIs  me  demanderaieiit  ensoil^ 

'•eratt  me  table  particnlière  ;  alors ,  adieu  nos  bonnes  et  vieUles 

•eoiHames  allemandeé ,  et  aoiis  deriend^ns  aiissi  fiivoles  et  aossi 

vidicofes  que  nos  voisins.  ^ 

Jl  plaça  les  b^es  sur  le  |daBcher,  et  il  aemblail  sur  le  point  de 
'«e  retirer,  qnand,  se  tonmant  vers  Pfailipson,  H  eemmença  à  lai 
fure  oiie  sorte  d'apoloj^e  de  la  grossièreté  de  sa  eonduite. 

-^J'espère  qu'il  n'y  à  point  de  rancune  entre  nous,  «on  Agne 
hôte,  lui  dit-il.  Yens  pourriez  aussi  bien  vous  attendre  à  voir  au 
de  nos  ours  descendre  des  montagnes  pour  faire  les  mêmes  tours 
qu'un  singe ,  qu'à  trouver  un  de  nous  autres ,  vieux  et  revèchts^ 
Allemands,  révérencieux  comme  un  aubergiste  français  ou^ita-^ 
Ven.  Mais  je  vous  prie  de  remarquer  que  si  nos  manières  sont 
Inrusques,  nos  éoots  sont  raisonnables,  et  qp»  nous  ne  trompons 
janiais  sur  la  qualité  des  denrées  que  non^  fournissons.  Noqs 
n'avons  pas  recours  à  des  révérences  et  à  des  grimaces  afin  de 
dhire  passer  le  vin  de  la  if  oselle  pour  du  vin  du  Rhin  ;  et  nous 
n'empoisonnons  pas ,  comme  le  traître  italien ,  ce  qœ  nous  vous 
^rons,  tout  en  vous  appelant  IlbiHrissimo  et  Magnifieo, 

Ces  mots  parurent  avoir  épuisé  toute  la  irbéto^ique  de  Mengs^ 
car,  dès  qu'il  les  «ut  prohoncés,  il  se  détourna  brusquement,  et 
sortit  de  l'appartement. 

Philipson  perdit  ainsi  une  autre  oeeasion  de  demander  qui  étaât 
et  ce  que  pouvait  être  cet  ecdésiaetf  que  qui  exerçait  une  telle-in- 
fluence sur  tout  ce  qui  approchait  de  lui.  Au  fond^  it  u'avait^uemu 
désir  de  prolonger  son  entretien  avec  son  hôte,  quoique  Mengs  se 
fftt  dépouillé  eii  grande  partie  de  aon  abord  sombre  et;  repoussant f 
«t  pourtant  41  aurait  bien  voulu  savoir  qui  pouvait  être  cet  homme 
q[ui  n'avait  besoin-  que  de  prononcer  «»  mot  fipiHP  détôuraer  las 


GBABUÎS  LE  T$M)i»A{RE*  :^79 

poignards  de  bandits  alsaciens,  habitués  an  yqI  et  an  piUage, 
tomme  Vétmnl  aJbrs  l^s  habitais  de  tou^  les  pays  frontières ,  et 
pour  çhajiger  en  ciyilité  la  grossièreté  proverbiale  d'un  auber- 
^te  allemand.  Telles  étaient  l«s  reflétons  de  Philipson ,  tandis 
qa'ilse  débarrassait  de  ses  vêtemens  pour  goûter  un  repos  dont  il 
«y^it  grand  ^Mispin  après  on  jpçr  de  fatigue ,  4^  dangers  et  d'em- 
b^rraa»  et  ponr  se  jeter  aor  le  lit  qaç  lui  ofbrait  l'ho^piti^t^  de  la 
X(tts(M'Or  ikm  le  Bb^n-Tbal. 


Cïjapïtrî;  XX. 


Eh  bieni  fille*  de  la  nuit*  noires  et  mystériense» 

LU  SQaciàsis. 
— Viie  ^tkéét  qui  h*»  pn  <^  nom. 


Nous  ayons  dit»  en  finis^ant  le  cbapiure  précédant,  qu'après 
9ne  journée  de  fatigue  extraordinaire  ^  d'agitation  peii  conunume» 
le  marchand  anglais  espérait  oubUer  tant  d'incidens  étrangers  en 
le  liyiavf;  à  ce  profond  rapos  qui  est  la  suite  et  le  remède  d'un 
^ttiftsmant  extrême  ;  mais  à  peine  s'éu^t-il  étendu  sur  son  humble 
eoucbette,  qu'il  sentit  que  sw  oprp^i  fatigué  par  un  e^cès  d'exer- 
oee,  n'i^taît  guère  disposé  à  céder  aux  charmes  du  sommeil.  Son 
^prit  ayait  été  trop  agité ,  ses  membres  étaient  4*op  tendus  de 
lassitude  pour  qu'il  lui  fût  possible  de  goûter  le  repos  qui  lui  était 
ù  néce&san*e.  Son  inquiétude  sur  la  &tu:eté  de  son  iUs ,  ses  coojec- 
tares  ani*  le  résultat  de  sa  mission  auprès  du  duc  de  3ourgogney 
mille  antres  pçn^s  qui  lui  retraçaieï^t  des  évènemena  passés ,  on 
qui  lui  pei(paiaient  ceux  que  Tayenir  réservait ,  ét;^ent  pour  son 
imagination  comme  les  vagues  d'une  m^er  conriroucéej  et  ne  lui 
laissaient  amsune  disjK>sition  à  s'endomir. 

U  y  avait  environ  une  heure  qu'il  était  couché,  et  le  sommeil  pe 
s'était  pas  encore  approché  de  ses  yeux ,  quand  il  sentit  qu'il  das- 
etndait  avec  son  lit,  il  ne  pouvait  dire  où.  Il  enlen^lit  un  bruit 
^omrd  de  cordca  et  dç  poulies,  quoiqu'on  eût  priç  toutes  les  pré- 


280  '    CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

'«autions  pour  qu'elles  n'en  fissent  point  ;  et  notre  yoyageuri  en 
ëteiidaui  les  mains  autour  de  lai,  reconnut  que  le  lit  sur  lequel  il 
était  couché  était  placé  sur  une  trappe  qu'on  pouvait  faire 
descendre  à  volonté  dans  les  caves  ou  appartemens  situés  en  des- 
sous. 

Philipson  ne  fut  pas  exempt  de  crainte  dans  des  circonstances 
qui  étaient  si  propres  à  en  inspirer;  car  comment  pouvait-il  espé- 
rer de  voir  se  terminer  heureusement  une  aventure  dont  le  com- 
mencement était  si  étrange  ?  Mais  sa  crainte  était  celle  d'un  homme 
ferme  et  intrépide ,  qui ,  même  dans  le  plus  grand  danger,  con- 
serve toute  sa  présence  d'esprit.  On  paraissait  le  faire  descendre 
avec  lenteur  et  précaution ,  et  il  se  tint  prêt  à  se  mettre  sur  ses 
pieds  et  à  se  défendre  dès  qu'il  se  sentirait  sur  un  terrain  ferme. 
Quoique  un  peu  avancé  en  âge,  il  avait  encore  toute  sa  vigaem*  et 
toute  son  activité,  et,  à  moins  qu'on  ne  l'attaquât  à  forces  trop 
inégales ,  ce  qu'il  avait  sans  doute  à  craindre  dans  ce  moment,  il 
était  en  état  de  faire  une  résistance  courageuse  ;  mais  on  avait 
prévu  son  plan  de  défense.  A  peine  son  lit  avait-il  touché  le  plan- 
cher de  l'appartement  dans  lequel  on  l'avait  fait  descendre ,  qoe 
deux  hommes,  qui  semblaient  avoir  été  apostés  pour  l'attendre^Ie 
saisirent  de  chaque  côté,  le  tinrent  de  manière  à  l'empêcher  de  se 
lever,  comme  il  en  avait  l'intention,  lui  lièrent  les  mains,  le  ga- 
rottèrent  sur  son  lit ,  et  le  rendirent  ainsi  tout  aussi  bien  prisonnier 
que  s'il  eût  encore  été  dans  un  cachot  de  la  Férette.  Il  fat  donc 
obligé  de  se  soumettre ,  et  d'attendre  la  fin  de  cette  aventure  for- 
midable ;  le  seul  mouvement  qu'il  pût  faire  était  de  tourner  la  tête 
à  droite  et  à  gauche ,  et  ce  fut  avec  joie  qu'il  vit  enfin  bril- 
ler des  lumières ,  mais  elles  paraissaient  à  une  grande  distance 
de  lui. 

D'après  la  manière  irrégiilière  dont  ces  lumières  avançaient, 
tantAt  en  ligne  droite ,  tantôt  en  se  mêlant  ensemble ,  et  en  se  croi- 
sant les  unes  les  autres ,  il  conclut  qu'il  était  dans  un  vaste  sonter 
Tain.  Le  nombre  en  augmentait  peu  à  peu;  et  à  mesure  qu'elles 
approchaient,  il  reconnut  que  c'étaient  des  torches  portées  par 
des  hommes  enveloppés  dans  de  grands  manteaux  noirs,  sem- 
l>lables  à  ceux  qu'on  porte  en  suivant  un  convoi,  ou  à  ceux  des 
frères  noirs  de  l'ordre  de  saint  François.  Le  capuchon  en  était 
rabattu  sur  leur  tête ,  et  cachait  entièrement  leurs  trait».  Ce» 
iiommes  semblaient  occupés  à  mesurer  avec  soin  une  partie  OQ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  281 

souterrain  y  et  tont  en  s'acqnittant  de  cette  fonction  ik  ehsntaient 
dans  l'ancienne  langue  tndesqne  des  vers  qoe  Philqiaoa  poiEvaft  à 
peine  comprendre,  mais  dont  ceux  qui  suivait  peuvent  passer 
pour  une  imitation. 

M«nmiin  du  bian  «t  da  mal. 

Apport»  Tit0  en  ee  local 

LeaiTeau,  la  toiaa  et  réqvam  » 

£1«TM  l'autel  fanéraire. 

Et  creusez  le  fossé  fatal. 

La  sang  coulera  sur  la  pierre . 

La  tranchée  en  regorgera. 

le  banc  des  juges  s'étendra 

Sur  deux  toises  ;  même  distuce    . 

De  l'aecnsé  séparera 

Le  tribunal  dont  la  sentence 

Sur  son  destin  pronoi^cera. 

Qu'à  l'orient  la  coor  s'assemble , 

Qu'à  l'occident  l'accusé  tremble. 

—  Maintenant ,  frères .  dites-nona , 

Etes-Toos  prêts?.:...  Répondes  tons. 

On  répondit  en  chœur  à  cette  question.  Le  chœur  se  composait 
d'un  grand  nombre  de  voix,  et  .ceux  qui  chantaient  paraissaient 
être,  les  uns  déjà  dans  Tappartement  souterrain,  les  autres  en- 
core dans  les  passages  ou  corridors  qui  y  conduisaient,  Philipson 
put  donc  juger  que  la  réunion  allait  être  considérable.  La  réponse 
fut  à  peu  près  ce  qui  suit  : 

Sur  notre  TÎe  et  sar  notre  ame» 
Sur  le  sang  et  les  ossemcna , 
Mous  STons  accompli  sans  blâme 
Ca  qa'ordoiwient  nos  réglemens. 

Les  premières  voix  se  firent  entendre  de  nouveau* 

•  » 

k  quel  degré  de  sa  carrière 
La  naît  est-elle  en  ce  moment  f 
Dn  matin  déjà  la  lumière 
Ome-t-elle  le  firmament? 
L'aurore ,  son  avant-courrière , 
Frappe-t-elle  les  eaux  du  Rbinf 
Quelle  Toix  flotta  sur  son  sein  f 
IDes  oiseaux  la  Toix  matinièrt 
Reprocbe-t-elle  au  difu  du  jour 
D'être  trop  long-temns  en  arrière  ? 
Examines  bien  tour  a  toor   '  . 

Les  montagnes  et  la  rivière: 
Bt  dites-nous  précisément 
k  quel  degré  de  sa  carrière 
La  nuit  se  trouTe  en  ee  moineat  ? 

Le  chœur  répondit,  mais  moins  haut  que  la  première  fc^s.  Il 
semblait  du  moins  qneceax  qui  chantaient  la  réponse  étaient  plr<? 


flB2  aàatm»  LK  TÉMOMdAE. 


La  nait  •'•▼ance  dans  son  eoiara« 
Mail  les  étoiles .  ses  compagnas, 
Sar  l'aau  da  Rhin  brillent  tonjonit. 
A  l'orient ,  sor  les  nuotagnes , 
Nnl  rayon  n'anaasea  la  jone* 
Mab  une  Toix  qui  naiu  aoinnidit 
Vient  du  Rhip|iii8^^'ca 
Et  c'est  du  sauf  qu'akU  i 


Le  même  chœar  ajouta  enc^jr^  ee  fm  vmx\  mais  beaucoup  de 
nouyelles  voix  s'y  joignirent  ; 

Obéissons ,  lerpps*nons  tousl 
Lorsque  le  soleil  se  repose , 
Qui  Teillera ,  si  ce  n'est  nous! 
An  jufemeat  qu'on  se  di*po^> 
Jamais  la  vengeance  ne  dortt 
La  nuit  arec  elle  est  d'accord. 

> 

]U  xMUJ^  ^  ce»  Ner^  eux  t^ientftt  j^(  içpioprendre  à  Philipaon 
^*il  ^jl^t^  fxésm^  de$  Initiés  ou  4es  Hommes  Sages  »  noms 
fp'w  d^np^jt  àU>x^  à^x  iipimeu:^  membres  du  Tribunal  Secret  qui 
.cpntiijMi^it  à  subsister  alors  en  Spuabe»  eu  Franconie  et  dans  d'au- 
tres cantons  de  la  partie  orientale  de  l'Allemagne ,  qu'on  appelait 
le  Pays-Rouge ,  peut-être  à  cause  des  exécutions  fréquentes  et  ter* 
ribles  qui  avaient  lieu  par  ordre  de  ces  juges  iavisibies.  Pbilipson 
avait  souvent  entendu  dire  qu'un  franc  •  comte ,  c'est-à-dire  un  des 
chefs  du  Tribunal  Secret ,  tenait  même  quelquefois  des  séances 
secrètes  sur  la  rive  gauche  du  Rhin ,  et  que  cette  cour  se  mainto 
nait  en  Alsace  avec  l'opiniâtreté  ordinaire  de  ces  sociétés  secrètes, 
quoique  Charles ,  duc  de  Bourgogne ,  eût  manifesté  le  désir  d'ea 
découvrir  l'existence  et  d'en  détruire  le  pouvoir,  autant  quille 
pourrait  y  sans  s'exposer  aux  miUifirs  de  poignards  que  ce  tribanal 
mystérieux  pouvait  faire  lever  contre  loi*  Redoutable  moyen  de 
défense,  qui  fit  que,  pendant  biien  |pi>g-tem.p^,  les  divers  sonvo 
rains  d'Allemagne ,  et  les  empereurs  eax -mêmes ,  n'auraient  pa» 
sans  un  extrême  danger,  détruire  ces  associations  singulières  par 
un  coup  d'autorité. 

Dès  que  cette  explication  se  fut  présaotéft  à  l'esprit  de  Philip- 
son  ,  il  y  trouva  un  fil  pour  pénétrer  le  mystère  qui  couvrait  le 
pvàtre  dia£ai«i-Paiil»  En  ke  aapposnt  un:  ftat  prvsyns  on  des 
inîainpaK  M^imrn  de  eetia  bmwmimii  e^cfàte^  ià  n'étail  |»3 


CHARLES  LE  TBil»A«E.  US 

àmnamt  qn'îl  se  aoitte  k  bardietae  d'alkr  jnstifinr  k  mort  d'Ih* 
fBBbfteh  ;  qse  sa  présmee  «ût  iasipùÊé  à  Buthëknn»  q«'tl  awt 
k  poairair  de  fûm  jngar  at  «xëentAv  sur  k  fi^^  mAne;  que  son 
arrivée  le  mît  préoéd^at,  pendatti  le  seaper»  eût  frappé  de  tar^ 
leoptoiia  lea  eoBTiTesi  car,  qaoiqoe tost ee fai  aTaîlramMHnà 
ae  tribanal»  à  ses  ^pérationa  et  à  aas  effiiâeray  fikt  eoavart  tmste 
obseaiité  sembkbie  fc  celle  qui  tMo  eneope  aiqoard'faiii  k  frate-^ 
mmipmam» ,  cependant  kaearel  a*éudt  pas assea  hipa  gavdé  poar 
aaipécher  qufoa  m»  soupçonnai  »  et  fa'oa  ne  désignai  mépie  imt 
bas  certaines  personnes  comme  des  Initiés ,  investis  d'un  pon?oir 
DBrnMe  par  k  Vekmi^Géricht ^  oa  Trikual  dfia  Liens.  Quand  nn 
pareil poapgopa'altaoliail àwaiadîvidu,  son pooyoir  aecrei,  alk 
eonMÎiissfice  qu'on  lai  supposaii  de  tons  les  oriaMS,  quelque  ea« 
ahés  qaTik  fdssfnt ,  qui  se  eoauu^ltaient  dans  l'^taudne  de  k  jmî- 
diction  de  k  aociété  dont  il  éuit  meaibre,  k  rendaient  fol^jpl  de 
kkiiae  et  de  k  teneur  de  quiconque  k  voyait;  uMÛa  il  jouissait 
ao  pka  iiaut  degré  de  ce  respect  personnel  qu'on  aurait  aocoidé  à 
an  puissant  cndianteur  ou  à  qn  génk  krmidabk*  Eu  aonv^saut 
avec  un  tel  borarae ,  il  était  surtout  nécessaire  de  s'abstenir  de 
tonte  question  qui  aurait  fiedt  k  moii^e  allusion  aux  fonctious 
qu'il  remplissait  dans  le  secret  tribunal.  Bioniror  même  quelque 
curiosité  sur  un  «qjet  sî  mystérieux  et  si  solennel  f  c'était  un  moyen 
iAr  de  s'attira  quelque  inkrtuue. 

Toutes  ces  réflexions  se  présentèrent  en  même  temps  à  l'écrit 
de  l'Anglais,  qui  sentit  qu'il  était  toanbé  entre  les  mains  d'un  tri- 
bunal qui  n'épargnait  personne  ^  et  doi^t  k  pouvoir  était  tellement 
Tedoaté  par  tous  ceux  qui  se  trouvaknt  dans  le  cerek  de  sa  juri- 
fiction  y  qu'an  étranger  sans  protection  n'avait  qu'une  bien  kibk 
ehaoee  d'y  obtenir  justice ,  quelque  sûr  qu'il  pût  être  de  son  kno- 
«mce.  Tout  en  se  livrant  à  ces  tristes  pensées ,  Philipson  résokt 
pourtant  de  s'armer  de  tout  son  oourage,  sachant  que  ces  jugea 
terribles  y  et  qni  n'éli(ient  respeosabks  envers  personne  de  lews 
jag^mens ,  se  genvemaknt  ponrtant  d'après  oei^ainea  règles  qpi 
modéraknt  k  rigueur  de  leur  4}odeeaLCraêrdinaire. 

Il  /eccupa  donc  à  chercher  les  q^eUleurs  moyens  d'écarter  le 
danger  qui  le  menaçait  »  tandis  que  les  individus  qu'il  entrevoyait 
dans  l'éloignement  s'offraient  à  ses  yeux ,  moips  comme  des  formes 
disikctes  que  comme  des  fantftoMS  créés  par  k  fièvre ,  ou  pstr 
cette  fantaampgarie  qu'on  a  vue  qndquekk  peupkr  k  chambre 


Sa4  CHARLES  LE  TEMÉRAISf. 

.d'an  malade,  dans  certaines  affections  des  nerb  optiques..  Ëufis 
ces  personnages  s'assemblèrent  an  centre  de  la  salle  où  ils  s'étaient 
d'abord  montrés ,  et  parurent  s'y  ranger  en  ordre..  Dès  torches 
noires  forent  suocessiTement  allomées  en  grand  nombre,  et  tonte 
ia  scène  derint  yisibleet  distincte.  Philipson  put  alors  aperoeroir 
»aa  miliea  de  rappariement  im  de  ces  antek  qu'on  trouTe^neiqne- 
.  fois  dans  les  chapelles  souterraines.  Mais  il  bat  nous  arrêter  ici 
nn  moment  ponr  décrire  en  peu  de  mots  non^seulement  le  spec- 
tacle qu'offrait  cette  cour  terrible,  mais > sa  nature  et  sa  consti- 
tution. 

Derrière  l'autel ,  qui  semblait .  être  le .  point  central  sur  leqoel 
^  tous.les  yeux  étaient  fixés ,  étaient  placés  en  lignes  parallMesdeoi 
'  JoBncs  tendus  de  drap  ncnr*-  €bacnn  d'eux  était  ocqupépar  nn  cer- 
'tain  nombre  de  pers<mnes  qui  paraissaient  r/emplic  les  fonctions 
'^  juges;  mais  ceux  qui  étaient  asûs  sur  le  premier  étaient  en 
moindre  nomlnre ,  et  en  apparence  d'un  rang  supérieur  à  ceux  (fi 
CQuyraient  le  banc  le  plus  éloigné  de  l'autel.  Les  premiers  sen- 
<fclaient  tous  être  des  hommes  de  quelque  importanœ^  des  prêtres 
revêtus  de  hautes  dignités  dans  l'Eglise ,  des  chevaliers;  des 
nobles ,  et  malgré  une  apparence  d'égalité  qui  paraissait  régner 
dans  cette  singnUère  institution ,  leur  o^Hnion  et  leur  tèm\ff^ 
avaient  nn  poids  plus  considérable.  On  les  appelait  francs-che- 
valiers ,  francs-  comtes ,  ajoutant  le  mot  franc  à  telle  dignité  qu'ils 
pouvaient  avoir.  Les  juges  de  la  classe  inférieure  n'avaient  qne  le 
titre  de  francs  et  dignes  bourgeois  ;  car  il  est  bon  de  remarquer 
^e  le  FeAmé  ^ ,  nom  que  poruit  communément  celte  institution. 
quoique  son  pouvoir  consistât  en  un  système  d'espionnage  iw 
étendu  y  était  ponrUnt  regardé  (unt  on  avait  d'étranges  idéesM^ 
la  manière  d'assurer  la  fprce  des  lois  publiques)  comme  comerao 
«n  privilège  an  pays  où  il  était  reçu ,  et  ce  n'était  jamais  (p^^^ 
hommes  de  condition  libre  qui  en  éprouvaient  l'influence»  De  ®  ^ 
les  serfs  et  les  paysans  ne  pouvaient  occuper  une  place  P*""^ 
juges  y  assesseurs  ou  assistana;  car  il  y.  avait  même  dans 
association  quelque  idée  de  faire  juger  l'accusé  par  ses  P^^*^'    j 

Outre  les  dignitaires  siégeant  sur  les  deux  bancs ,  ^  f^ 

rf  «ît  '•'■ 
I.  L'itjmologiedtt  root  Wehmit  qu'on  proDonce  VcHmit  est  incertaine  ;  niais  *"",  . -j,niirti«"| 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  285 

nombre  de  personnes  placées  tout  antonr  sembkient  garder  les 
diverses  entrées  qui  condiisaiént  dans  cette  sàUei  ou  resudeoit 
derrière  lés  bancs  sor  lesquels  leiurs  sapéiieurs  étaient  rangée,, 
prêts  à  exécuter  leurs  ordres.  .Us étaient  membres  de  l'ordre^ 
ç[iioiqiie«iioii  du  plus  haut  rang.  Ou  leur  donnait  en  général  le  nom 
de  Sdueppen ,  ce  qui  signifie  officiers  ou  huissiers  de  la  cour.  U^ 
prêtaient  serment  d'en  mettre  à  exécution  les  jugemens,  quoi 
qu'on  en  pût  dire  f  contre  leurs  plus  proches  parens  et  leurs  meil» 
leurs  amis»  comme  s'il  s'agissait  de  malfûteurs  ordinaires. 

Les  Sckœppen,  ou  ScMni,  comme  on  les  appelait  en  latin, 
avaient  nn  autre  devoir  à  remplir  ;  c'était  de  dénoncer  au  tribunat 
tout  œrqm  venait  àleur  eonnaissance  »  et  qu'on  pouvait  regarder 
comme  me  offense  tcwibant  sous  leur  juridiction ,  comme  un  crimes 
contre  le  VeAme,  comme  ils  le  disaient.  Ce  devoir  s'étendait 
aux  ji^ges  aussi  bien  qu'aux  assistans  »  et  devait  être  rempli  sançi 
acception  de  personne  ;  le  sorte  que  connaître  et  cacher  volon^ 
tairement  le  crime  d'une  mère  ou  d'un  frère ,  soumettait  l'officier 
infidèle  aux  mêmes  peines  que  s'il  eût  commis  lui-même  le  crime 
qu'il  avait  dissimulé.  Une  telle  institution  ne  pouvait  subsister  que 
dans  un  teàtps  où  le  cours  ordinaire  de  ki  justice  était  arrêté  par  la 
main  de  la  force ,  et  o«i  »  poer  fure  subir  au  criaie  la  punition  qui 
lui  était  due ,  A  fallait  l'iàfluence  etTautorité  d'une  telle  confédé* 
ralioii.  Ce  n'était  qm  da^s  m  pays  exposé  à  tonte  espèce  dç  tyran- 
nies Séodales,  et  privé  de  tous  les  moyens  ordinaires  d'obtenir 
justice  et  satis&etion ,  qpfwa  pareil  système  avait  pu  s'établir  et 
se  propager. 

Il  £aut  maintenant  que  nous  retoumioris  au  brave  Anglais,  qui  ^ 
quoique  ses&iant  tout  le  danger  qu'il  courait  devant  nu  tribunal  ^i 
formidable  y  conservait  pourtant  tout  son  aang*firoid  et  un  air  de 
dignité.     . 

Le  tribunal  étant  assemblé ,  une  corde  roulée  en  rond ,  et  une 
épée  nus  »  signaux  et  emblèmes  bien  connus  de  l'autorité  du  f^ehmé^ 
furent  déposées  sur  l'autel;  l'épée ,  dont  la  lame  était  droite  et  h^ 
poignfe  en  croix ,  était  regardée  comme  représentant  le  saint  em- 
blème de  la  rédemption  des  chrétiens ,  et  la  corde  comme  indiquaiit 
le  droit  de  juridiction  criminelle  et  de  punition  capitale.  Le  pré- 
sident de  la  cour,  qui  occupait  la  place  du  milieu  sur  le  premier 
banc ,  se  leva  ensuite ,  et  plaçant  la  main  sur  ces  symboles ,  pro- 
nonça tout  haut  la  formule  qui  exprimait  les  devoirs  du  tribunal  i. 


2S6  GHiOLIS  LE  TÉHÉHAIRE. 

formalé  qui  tat  ehMriie  répétée  d'une  voix  foorte  ec  ÎÊÈp9Uaaè 
ptr  «MM  tes  flutfM  jugé»  et  même  per  les  aensiaBe. 

«^  Je  jare,  par  la  SaîâDe-Trinité ,  dKaiief  et  de  eoopérer  mqb 
reltcfae  en  terne  çtaew  ooDcematit  le  aHiat  Vihmé;  d'en  défendfe 
les  doctrines  et  les  institittieM  oomre  père  et  mère ,  firère  et  scsar^ 
femme  et  enhus ,  centre  le  fea ,  l'eaa  ^  ta  terre  et  l'air  \  eetitFS 
tetlt  ee^pie  le  ssleil  éclairei  toat  ce  que  h  rosée  abrsin^  ^  ettoat 
ce  cpii  a  été  créé  dans  le  âel»  saf  la  tenre ,  et  sons  lea  eaax*  Je 
jure  de  dénoncer  à  ee  sidM  trièunal  teat  ee  qne  je  samai  ètie 
vrai,  ou  que  j'aurai  appris  .de  téraesi»  dignes  de  foi»  €t  qui» 
d'après  les  réglemens  dn  saint  Vehmi ,  mérke  rementrate  ou  cU^ 
tiaaent;  de  ne  oacher,  ni  eourrir»  ni  disÂmnler  ce  que  je  anm 
akisi  9  m  par  amour,  ni  par  amitié  f  m  par  afieetîen  ée-CaanHey  ni 
pour  or,  ni  pour  argent,  m  pem*  des  pfervespcécienseB»  denrpai 
iînre  société  aTec  ceux  dent  la  sentence  aéié  prononcée  par  et  tn* 
bmal  sacré  ;  de  ne  pas  donner  a  entendre  à  nameonaé  qu'il  estai 
péril;  de  ne  pas  lui  conseiller  de  s'eofinr^  deiielnidontietmdj8i 
atis  pour  s'écliapper^  ni  des  moyens  d!y  réussir  ^  de  n'aeeordo'  ca 
oatre  à  aacm  prétenn  ni  feu,  ni  y^nensl,  A»  noorrkare,  ni 
alMÎ,  quand  même  nmi  père  me  demanderait  no  verre  d'eta  dsas 
les  plus  grandes  chaleurs  de  l'été ,  on  que  Bum  frère  me  snppiersit , 
de  lui  donner  une  place  au  coin  de  mon  fihs,  pendant  la  naît  h 
plus  frmde  de  rfairer*  Je  fa»  en  outre  tosu  et  promecaed'bbfliiar 
cette  sainte  associafion',  et  d'en  exécuter  les  ordres  atec  pftup^ 
titttde,  id^té  et  résolnâon,  de  pi^fireaKe  à  ceux  te  qoek|M 
autre  tribunal  que  ce  soit.  J'en  prends  à  témoin  Dieu  et  ans  sakaf 
Eyaqgilek 

Après  aroir  prêafr  ce  serment  officiel ,  le  )>résideat  s'adrnssaat  i 
l'assemblée  commeà  des  gens  qmf  jageaicHt  et  q» punissaient  sa^ 
crètement,  demanda  pourquoi  cet  enfant  de  la  corde  ^  était  detam 
eux  lié  et  garotté.  Un  komme  placé  »i#  le  secM»!  bans  se  leVa 
aussitèt,  et  d'une  voix  que  PUlipaon  crut  recoanaitrev  qimiqn'eHe 
fût  cbangée  et  agitée,  se  déclara  racousatem",  comme  so*  ser* 
ment  Vj  obligeait,  de  Penfiini  delà  oMie,  en  prisonnier,  quîétait 
devant  evx. 

-^  Amenez  le  prîsOMito,  4àt  le  ptësèdênt?  qnfon  hr  s*rveiik 
avec  soin,  comme  c'est  fsrAre  de  nos  lois^sectèiea;  mais  qtfil  ne 


I.  On  apjpeUit  strkk-kimd ,  c'eit-à-din  enfant  de  U  eorde,  tonte  perMMUw  moBuim  difiat  cm  tn- 
bodituz  rôlonieblcs. 


ClOMUffi  CA  TÈÊÈBUaÊm.  2# 

SMT^s  tPiA^^aTèê  mue  sétérité  qfti  détovim'  8<m  fltitàiftftm  dk  ce 
(fui  se  passera  dans  ce  tribunal,  et  ^  tfeiiqièdie'f  euusiidfe  eV^fit 

répondre. 

Six a^istaiiB' ôrtVetit  anMiCte  entvadit^ la D^ppitt qtti'MMVemfta! 
le  lie  sur  lequel  émit  PhiKpson ,  et  s'arrêtèrent  an  pied  de  Fanvet. 
Chaeim  d^eûx  tira  ensaitte  son  poignard  da  fourrean.  Ben^  d'entre 
eoA  démdliàreiit  V»  covdes  émt  le  marchand'  était  lié,  et  tf  fut 
ayerti  k  ^oise  basse  qoe  s'il  faisait  Itf  meindre  tentative  pcmSr  ré- 
sister ou  peor  s'éehapper ,  «e  serait  un  siçnal  penr  le  poignarder. 

-^Leve^^'VlMiSi  lui  dit  le  président;  écoutez  l'accusation  qui  tïi 
être  portée  eoaitre  vous,  et  crofez  que  vous  tronteret  en  nous  des 
jugeÀ'  «asti  îfxs«es  cpi'iaflnxibles. 

Philipson^  évitant  avec  soin  de  &ire  aucun  geste  qui  pflt  indt 
qner  h  yoloncé  dte  s'échapper,  se  glissa  au  bout  de  son  fit,  et  y 
resta  sitr  son  eéant  ^  etk  caie^n  et  en  gitlet  de  dessous,  comme  il 
s'était  eovchéy  wfM  en'  face  le  présidisnt  de  ce  tribunal  tei'rible , 
dont  le  visage^écair  eaehé  sens  son  câpuchen.  M^ftme  dans  ces  etr» 
coastanee»  eiErayantes,  l'intréplie  Anglais  ne  perdit  paft^son  calme, 
ses  pavpière»  ne  tressnIlireAt  pas",  et  son^  eo^nr  ne  battft  pas  plus 
vite,  qMîqfrïi  partit,  «uhMt  l'expression  de  l'Ecriture,  être  un 
voyageur  dam»  la  Vallée  de  F  ombre  de  la  mort ,  entonré  de  piège» 
ncmbreift ,  et  ploe^  èam  une  obscurité  complète ,  quand  Ik  &!• 
mièner  aurait  é^  n^cessaireà  sa  sûreté. 

Le  préfidént  lui  demanda  quels  étaient  ses  ndms,  son  p^y^,  soH 

oc^upatloii^ 
^  JelinlPUlip^etï,  r0pdn«ft  leprl^nntei*,  An^  ife  nuisance, 

et  nHMShMi  de'  pi^efeHriettF. 
— rfavez-vons  jamais^povté'd'aattt  nom ,  et  i^àM  une  antiHs  ptù^ 

^  J'ai  été iélMt,  et,  emnme  beaucoup  d'antres,  jeportais  afon^ 

un  nom  sous  lequel  j'étais  connu  à  l'armée. 

-M^eft  était  Ce  nOttf  ? 

— Je  l'ai  quitté  qaand  j'ai  renoncé  anx  anneïf;  et  je  ne  désire 
plus  dire  iMkïta  Sb«3  Ce  nom  :  d'aHleurs  je  ne  Fd  jamais  porté  dans 
auèia  lie»  od(  Voiâ^insthutions  sent  en  autorité . 

—  Savez-vous  devant  qui  vous  êtes  ? 

-»/  Je  p«ls  M  moins  le  sôupçonnef . 
-^QtiëÉùïtp^amife'î^'^Wsf  DiteMotfs  qui  nous  sonates  et  ponr-» 
quoi  vous  êtes  devant  nous.  • 


288  GHAALES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  Je  crois  que  je  suis  devant  les  Inconnus,  ou  le  Tribunal  Se-^ 
cret  qu'on  appelle  Fi^W-C^ncA^.  > 

—  En  ce  cas  y  tous  savez  que  yons  seriez  plus  en  sûreté  si  tous 
étiez  suspendu  par  les  cheveux  au-dessus  de  Tabime  4e  Schaff- 
house  y  ou  que  vous  eussiez  la  tête  placée  soùs  une  hache  retenue 
par  un  seul  fil  de  soie.  Qu'avez  -  vous  fait  pour  mériter  un  tel  destin? 

—Que  ceux  qui  m'y  ont  soumis  répondent  à  cette  question ,  ré» 
pliqua  Philipson  avec  le  même  sang^froid  qu'auparavant. 

—  Parlez  y  accusateur ,  dit  le  président  ;  parlez  aux  quatfe  coins 
du  ciel  y  aux  oreilles  des  Francs«Jnges  de  ce  tribunal  et  des  fidèles 
exécuteurs  de  leurs  sentences  ;  et  à  la  face  de  cet  enfant  de  là 
corde ,  qiii  nie  ou  qui  cache  son  crime ,  prouvez  la  vérité  de  votre 
accusation. 

—  Très  redoutable  y  répondit  l'accusateur  en  s'adressant  an  pre> 
sident,  cet  étranger,  portant  un  faux  nom^  est  entré  dans,  le  terri- 
toire sacré  qu'on  appelle  le  Pays-Rouge,  à  l'abri  d'une  profession 
qui  n'est  pas  la  sienne.  Lorsqu'il  était  encore  à  Torient  des  Alpes, 
lia  parlé  de  ce  saint  tribunal,  à  plusieurs  reprises,  en  termes  de 
haine  et  de  mépris,  et  il  a  déclaré  que,  s'il  était  duc  de  Bourgogne, 
il  ne  souffrirait  pas  qu'il  s'étendit  de  Westphali®  ou  de  Sonabe, 
jusque  dans  ses  domaines.  J'accase  en  outre  celui  qui  se  trouve  de- 
vant vous  comme  enfapt  de  la  corde ,  et  qui  nourrit  de  »  mau- 
vaises intentions  contre  ce  saint  tribunal,  d'^^v^ir manifesté  l'in- 
tention de  se  rendre  à  la  cour  du  duc  de  Bourgogne ,  et  d'employer 
le  crédit  qu'il  se  vante  d'avoir  auprès  de  lui,  pour  l'engager  à  dé- 
fendre les  assemblées  du  saint  Vehmé  dans  ses  Etat^,  et  à  faire  in- 
fliger aux  officiers  et  aux  exécuteurs  des  sentences  de  cette  cour , 
le  châtiment  dû  aux  voleurs  et  au:}L  assassins. 

— C'est  une  accusation  grave ,  mon  frère,  dit  le  président  quand 
l'accusateur  eut  cessé  de  parler  ;  comment  vous  proposez-vous  d'eu 
donner  la  preuve? 

— Conformément  à  la  teneur  des  statuts  secrets  dont  la  lecture 
n'c^st  permise  qu'aux  Initiés. 

—  C'est  bien  ;  mais  je  vous  demande  encore  une  fois  quels 
sont  ces  moyens  de  preuve.  Yous  parlez  à  des  oreilles  saintes  et 
mitiéea. 

— Je  prouverai  mon  accusation  par  Fàveu  de  l'accUsé  lui-même, 
et  par  mon  propre  serment  sur  les  saints  emblèmes  du  jugement 
secret ,  c'est-à-dire  sur  le  fer  et  la  corde. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  28» 

—  La  preuve  offerte  est  légale  ^  dit  on  des  membres  placés  sur 
le  banc  d'hoimeary  et  il  importe  à  la  sûreté  du  système  que  nous 
ayons  si  solemiellemelit  juré  de  maintenir  /  de  ce  système  qai's'est 
perpétué  jascpi'à  nous,  après  avoir  été  établi  par  le  très  chrétien 
et  très  saint  empereur  des  Romains,  GharlemagnOy  pour  la  con- 
yersion  dés  Sarrasins ,  et  pour  le  châtiment  de  ceux  d'entre  eox 
qui  retombaient  dans  les  pratiques  du  paganisme,  que  de  tels 
crimes  ne  restent  pas  impunis.  Charles,  duc  de  Bourgogne,  a  déjà 
rempli  son  armée  d'étrangers,  qu'il  peut' aisément  employer  contré 
cette  sainte  cour,  et  surtout  d'Anglais,  orgueilleux  insulaires, 
opiniâtrement  attachés  à  leurs  usages  et  haïssant  ceax  des  autres 
pays.  Nous  n'ignorons  pas  que  le  dàc  a  déjà  encooragé  l'opposi- 
tion aux  officiers  de  ce  tribunal  dans  plusieurs  parties  de  ses  do- 
maioes  en  Allemagne;  et  qi|'en  conséquence  on  a  vu  qu'au  lieu  de 
se  soumettre  à  leur  destin  avec  une  résignation  respectueuse ,  des 
en&ns  de  la  corde  ont  été  assez  hardis  pour  résister  aux  exécu* 
tears  des  sentences  du  F'M»!^',  et  pour  frapper  >  blesser,  et  même 
taer  ceux  qui  avaient  reçu  la  mission  de  les  mettre  à  mort.  Il  faut 
chercher  un  terme  à  cet  esprit  de  rébellion,  et  s'il  est  prouvé  que 
Taocosé  sôit  un  de  ces  gens  qui  nourrissent  et  qui  prêchent  de 
telles  doctrines,  que  le  fer  et  la  corde  fassent  leur  devoir  à  son 
égard.  Tel  est  mon  avb. 

Uq  murmure  général  parut  approuver  ce  que  l'orateur  venait 
de  dire  ;  car  tous  savaient  fort  bien  que  le  pouvoir  du  tribunal  dé- 
pendait plutôt  de  l'opinion  qu'on  avait  que  ce  isystème  était  pro- 
fondément enraciné,  que  de  l'estime  et  du  respect  que  l'on  conce- 
vait pour  une  institution  dont  chacun  sentait  la  sévérité.  Il  s'en- 
suivait que  ceux  de  ses  mend>res  qui  jouissaient  de  l'importance 
due  au  rang  qu'ils  occupaient  dans  le  Vekmé^  voyaient  la  néces- 
sité d'en  maintenir  la  terreur,  en  donnant  de  temps  en  temps  des 
exemples  de  punition  sévère,  et  nulle  victime  ne  pouvait  être  sa* 
crifiéeplus  facilement  qu'un  voyageur  étranger  et  inconnu.  Toutes 
ces  idées  se  présentèrent  en  un  instant  à  l'esprit  de  Philipson  \ 
mais  elles  ne  l'empêchèrent  pas  de  répondre  avec  fermeté  à  l'ac- 
cusation. 

—  Messieurs,  dit^l,  bons  citoyens,  bourgeois,  ou  quel  que 
soit  le  nom  que  vous  désiriez  qu'on  vous  donne,  sachez  que  je  me 
suis  déjà  trouvé  en  aussi  grand  péril  qu'aujourd'hui ,  et  que  je 
n'ai  jamais  tourné  le  dos  pour  l'éviter.  Ces  cordes  et  ces  glaives 

19 


i9»  CHA&lK9!£BTEIIlRAIHBi:' 

iiQ  peayeiit  dfcayier  ceiui.  qi|i  eiit  TOil^tattteo&'dèsi^liéMpfiiiis-et 
dos  lances.  Ma  r^as&À  racoqsttîoïkfisl^qAe  je  simAjoglaifi^  né. 
an  luiliea  d'uae.oatiou'acQQiUni«ué«^àjnQ«diilB  eià  vecsvoir  une^jos* 
tice  impartiale  à  la  clàrléda  jqprf;  eep<»ldyiPt  je^suis  Toyagwr,  et 
jejsais  qii*ua  voyageur  a'a  pii»  lefdiHÛt  dis  tiOQ¥«c  à.raUirea«xloia 
et  aux  jcomamesdes  anU:e%payiparcerqtt'^le8iie  jresMtiiblêntpAS 
à  celles  da  sien.  Mais  cette  observaU^iB  n'^si  aj^licable  que  dans 
le^pays  où  le  sysièmedesf  loi»  doiil;  on^  parle  est  eq  pleine>r{oinoeet 
eu,  exécution,  Si<  non»  pi^rlAi^ides:iQ«ii|«|ioiis  d'Allemagne  en 
France  on  en  Espiagoe»  nop^poif^ons*^.  saas  offeasee  I0  paysou 
el|e^.$ant  étabUes».  noufi  peiapei^Q^^  de  les-diMutor)  onameles 
écpliers.disaatent  une  thèse  de  l<>(Mpe  dans  ane^  universît^.  On 
m'accuse  d'avoir  critiqua»  à  Turin  ous  aiUamrs  i  dan&  le  «  ncnd  de 
ril^lie,  le  trilmnaLqui.  VA  méjuger»  JentiiiÎQrai|>aaq«aje<M»ine> 
rappellci  quelque  chose-  de<  œ  genre  ;  mais  tcefni.  pai^  aniteid'ime 
qu9Stiou  à  lAq^elle  ie  fus  en  que^qn^mne  forcé  de  répondne ,  par 
depiK  con^ives^  qui  étaient  à  «ahle  ai^p^mM  X  je  foi  longriemps  el 
vi^emeiit  so]iUciKé.4'éMi)<vf]^ipQnr^ipi0tifi6ii«aq(i;  d^la  donnai». 

'-^  Et  ic^t^  QPV^  ,^d9miiida.le^préaîd«p|'4  é|s»lr;ette jbvMtUe 
oa4é£àvcr«bl^  W^W^  et^^eopreu  V^ekm^Gemhiit^  Qne.k  v^riié 
soi^te  de  va^^  howthe^  somvenez«^|ii«s{fu^ilame;aM  <»an^ 
jugement  éternel. 

T^  Je, n^  von^nùs  pa^r^c^MiUHr.mafvifirpiir.w  mmiMSge^ 
*  opinion  f ut  d^faiv^reblâ^»  etJei|i'expnmf»iiineivqii'iliAiii%i:«-^^À^^^ 
cuoeslo^»  auçupea  pp^dHrm}i;tdMWil^.M 
et  louabliBS  qpan^  eUi^^^ewilsl^Uilt.fl^^V^fKWt.qi^ 
d'qne]^s8pddt¥Vi  aecvèjbQ^,  J'aj^Ui^quetUja^litf^iie^poiiFaitâLi» 
justice  cpk'en. plein  ai^»  s^q^  ,.lorsiqi)i?^Ue  eeia^Ml'âtire  pubti^ee^» 
elle  dégénérait  en.hain<(  et  ^nive^g^a^e^.  49-d»».  qutWiiSjrstèBio 
dont,  vos  propres  jucisconsultoi  ctiit  dit  « 

,  Non  looer  à  geaero,  non  hospes  ab  hospite  tatos  *■ , 

était  trop>eontraire  aux  lois  de.  b  nature  pour  se  rattacher  à  caUes 
de  la  religion  et  les  prendre  p^iur  règle. 

A  peine  ces  mots  étaient  prononcés,  qu'on  entendit  s'élever  de& 
baucs  des  juges  un  murmure  de  mauvais iiugnre  pour  le  prisonnier  : 
—  IL  blasphème  contre  le  saint  Vehm4l  Que  •  sa  bouche  soit  fer- 
mât; pour  toujpur(|j 

X.  Le  iMM^fèm  4»U> jtontirt  j^qpt'à  «on  fendra  ^  rhéM  ««oo  hAto. 


-^  ÉhckMMAoi ,  nantit  î'Anglair  ;  écotitet-md  coitaÈÈt  r^ns  ié* 
sMmr^MMikélliéS'tm  j<nir  ètw  écoutés.  Je  cUs'qaë  tëls^UdëAf 
lÊfÈi  wéâtàimiDê'y  et'tpLéje  lestai  éiq^tittfés  ainsi.  Je  dhr  aussi  que' 
yirtrâ  le'drdiVd'ëxpirîiiierlkioA  opitiioiiy  juste  on  erronée ,  dain»' 
nb'IMrfS'iietttre'^  oùce tri))nnai  n'ayafi  et  né  pouvait  rédamei*' 
ancmle  jôridiction.  Mes  sentimens  sont*eneoti6  les  mêmes*;  et  Je' 
IéS'a:foimMs  qtatBà^  mênté'ià  pointe  de 'cette  épée  serait  diUgée 
oitetrrmeil  sein  et  qae  cette  edirde  me  serait  passée  antoar  Sn  conV 
IMâs^qiiej'itie  jamais  parléxontreVinstitation  da  Jf^eRméûkns  nû 
pkfÉ  o&  iteèt  établi' comnie  nn^lorUede  jastioe  nationale;  c'est' 
Gèqùè  \e  nie  fômiellbinéntf.  Je  nie  encore  plnsf  fonneUément ,  sll 
eA-pdsrilflè ,  TàUflltti^ë  cilIbtnil^qniineTépï^Seï^  moi  ;  Tbyagënr  ' 
étranger;  comme*  étent'  cftar^é  d^Her  discotér' aVed  lé  dnc  de" 
Brar^Ognede^  afliilrês  Bi4m][><tt1aiites'y  ott  Jdë  fblttfer  niie  conspi- 
raiioirponrla  déstir^<ftiôn  d'im  systëmé^  aùqtttertant  de  pétsotittéi^ 
paraissent  fermement  attachéei  :  jànids  'je  loM  dit  uiiè  pkfëiUë' 
chose  \  cejftto^  ai'niéttie  jsfniair  songëv 

^'AfeetfMttimr;'  dit^  le'jngév  tous  wëttiktéùiéVktctLsét  que 

--il  â\lironé,  et'pfê^&iïëe  *dh  M  hàftt  tHbihiUr ,  là^  ptéiSkré^ 
pttnfe-deinteeitsatiôn^  il'^StflcoilVéïia'qnëàaliili^ëlibpiëkiâaîi^^ 
gllëm«DttM<yiAnfé'nos^i$ahit»']iiystètes'^  cHibe'j^oâr  lé^dèlil  niâtfté^ 
qft'on  loi  aMiClie  c«cté iatl^ë'dfeia  gàtgfii*  ^ant  an  sdrplns'fU^^ 
l'àùéiteâtiittis  c'êStltidire  lé'cbëf  qtti  l'àc<:frsë"d4itr(fii<  tranië  dëé^' 
€omt)ldM  pomr  I4c6éantiBSî^6ttt  dé  lliistitbtfiô^^dti  1^1^%^;  jè" 
pfonveSrai»  pat  mtfnisehnièitït^ffldël'ysUvlnn'ndS'nsl^ 
lois;  qn'il  contikntTéfitéiiasttibienqtte  ce  qtmVapi!s^ènip0cliét'« 
d^aVbner^M-méttie: 

—  En lonne  justice,  dltrAn^ais,  qnattd  nnb  àccttsatidiin^e^* 
pas  a^pùytSe  strr  dés  pteaves  satiàCaLisantés'y  le  seMèfnt  devrait 
être  déféré  à  l'accusé  >  au  lien  de  permettre  à  Faccnsateur  de  s*èii' 
servir  cônime  ôfvni  moye<l*p6nr  coihrrîr'  ce  qrfîl  Y  ^àe  défectueux 
dans  son  accnsation. 

—  Etranger  y  répliqoa'iç  président',  nbds'avôns  permis  à  toù' 
ignorance  de  faire  une  défense  plus  longue  et'pMs  ample  que  ne 
l'admettent  nos  formes  ordinaires.  Apprends  que  le  di^it  de  siégèfi^ 
parmi  ces  juges  yénérables  confère  à  celui  qui  en  jouit  un  carac- 
tère ^eré,  aii^l'les^iicminKS' ordinSsres  ne  pevrent  prétendre. 
Le  serment  d'uu^btttié  doit  l'empoflw  sur  le  serment  le  plus  s(h 

^9^ 


292  CHARLES  LE  TÉMERikJRE. 

lennel  dç  quiconque  ne  connaît  pas  noà  saints  secrets.  Tout  doit 
être  veh^ique  iemslsi  cour  VehvU^  :  la  déclaration  de  l'Empe- 
reur 9  n'étant  pas  Initié ,  aurait  moins  de  poids  dans  nos  conseils 
que  celle  du  dernier  de  ses  officiers.  Le  serment  de  l'accusateur 
ne  peut  être  rejeté  que  d'après  le  serment  d'un  membre  du  même 
tribunal ,  de  rang  supérieur. 

—  En  ce  cas ,  dit  l'Anglais  a^ec  un  accent  solennel ,  que  Dieu 
m'accorde  sa  gtâce,  car  je  n'ai  de  ressource  que  dans  le  ciel.  Ce- 
pendant je  ne  succomberai  pas  sans  un  dernier  effort  :  je  t'invoque 
toi-même./  esprit  ténébreux  qui  présides  cette  assemblée  redou; 
table  ;  je  te  somme  de  déclarer  sur  ta  foi  et  ton  honneur,  si  tu  me 
crois  coupable  de  ce  qu'affirme  audacieusement  cet  infanie  calom- 
niateur ;  je  f  en  somme  par  ton  caractère  sacré  »  par  ton  nom  de... 

— Sileuce  !  s'écria  le  président.  Le  nom  sous  lequel  nous  sommes 
connus  en  plein  air  ne  doit  pas  se  prononcer  dans  la  salle  souter- 
raine où  nous  rendons  nos  jugem^s. 

S'adressant  alors  au  prisonnier  et  à  rassemblée ,  il  ajouta  : 

—  Etant  appelé  en  témoignage ,  je  déclare  que  l'accusation  in- 
tentée contre  toi  est  vraie ,  comme  tu  l'as  reconnu  toi-même ,  en 
ce  qu'elle  porte  que ,  dans  d'autres  contrées  que  le  Pays-Rouge  ^» 
tu  as  parlé  indiscrètement  de  cette  sainte  cour  de  justice  ;  mais  je 
crois  sur  mon  ame,  et  je  rends  témoignage  sur  mon  bouneur,  que 
le  surplus  de. l'accusation  est  faux  et  incroyable»  et  j'en  fais  ser- 
noient  la  main  étendue  sur  la  corde  et  l'épée»  Mes  frères ,  quel  juge- 
ment prononcez-vous  sur  l'affaire  que  nous  v^aons  d'instruire? 

Un  des  juges  assis  sur  le  premier  banc ,  et  par  conséquent  de  la 
première  classe ,  ayant,  comme  tous  les  autres,  le  visage  couvert 
d'un  capuchon,  mais  que  le  son  de  sa  voix  et  sa  taille  voûtée  an- 
nonçaient comme  plus  âgé  que  les  deux  autres  qui  avaient  déjà 
parlé,  se  leva  avec  quelque  difficulté,  et  dit  d'une  voix  trem- 
blante : 

—  L'en£ant  de  la  corde  qui  est  devant  nous  a  été  couvain  eu,  d'a- 
voir été  coupable  de  folie  et  de  témérité  en  parlant  en  termes  in- 
jurieux de  notre  sainte  institution  ;  mais  ses  paroles  s'adressaient 
à  des  oreilles  qui  n'avaient  jamais  entendu  nos  lois  sacrées.  D'une 
autre  part ,  il  a  été  déclaré ,  par  un  témoignage  irréfragable,  in- 

I.  Lci  partiet  de  l'Allemagne  soumises  à  la  juridiction  du  tribunal  secret  s'appelaient  le  Pays- 
Bouge  ,  soit  à  cause  du  sang  ^e  ce  tribunal  j  faianit  té^pAn,  soit  pour  quelque  autre  raison.  L« 
Wcstphalie,  comprise  dans. les  limites  qu'elle  àyait  dans  le  moyen-âge.  et  qui  s'éleDdaient  beau* 
coup  plus  loin  qu'APjooxd'Irai,  éuit  le  principal  théâtre  des  «des  du  F§km4* 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  293 

nocent  d'avoir  tramé  des  complots  impnissans  pour  saper  notre 
pouvoir  et  exciter  les  princes  contre  notre  sainte  association, 
crime  ponr  leqael  tamort  serait  un  châtiment  trop  léger.  Il  a  donc 
été  conpablede  folie,  mais  il  n'a  pas  commis  de  crime;  e^  comme 
les  saintes  lois  du  Vehmé  ne  connaissent  d'antre  punition  que  la 
mort ,  je  propose  qae  cet  enfant  de  la  corde  soit  renda  à  la  société 
et  an  monde  snpérienr,  sans  qu'il  lui  soit  fait  aucune  injure, 
après  qu'il  aura  été  dament  admonesté  pour  ses  erreurs. 

—  Enfant  de  la  corde,  dit  le  président,  tu  viens  d'entendre  la 
sentence  qui  t'acquitte  ;  mais  si  tu  désires  être  placé  un  jour  dans 
une  tombe  qui  ne  soit  paà  ensanglantée,  profite  de  l'avis  que  je 
vais  te  donner.  Regarde  tout  ce  qui  s'est  passé  cette  nuit  comme 
un  secret  qui  né  doit  être  communiqué  ni  à  père ,  ni  à  mère ,  ni  à 
épouse ,  ni  à  fils  ou  fille;  qui  ne  doit  être  révélé  ni  à  voix  haute  ni 
à  Yoix  basse  ;  qu'on .  ne  doit  divulguer  ni  par  paroles ,  ni  par 
écrits^  ni  par  peinture,  ni  par  sculpture,  ni  par  quelque  autre 
moyen  que  ce  puisse  être ,  soit  directement,  soit  eh  employant 
des  emblèmes  et  des  paraboles.  Obéis  à  cet  ordre ,  et  ta  vie  est  en 
sûreté.  Que  ton  cœur  se  livre  donc  à  la  joie,  mais  que  ce  soit  avee 
tremblement.  Que  ta  vanité  ne  te  fasse  jamais  croire  que  t^  es 
hors  de  l'atteinte  des  juges  et  des  serviteurs  du  saint  Vehmé.  Quand 
tu  serais  à  mille  lieues  du  Pays-Rouge,  quand  tu  parlerais  dans 
une  contrée  où  notre  pouvoir  serait  inconnu ,  quand  tu  te  croirais 
en  sûreté  dans  ton  île  natale ,  et  défendu  par  l'Océan  qui  l'en- 
tonre,  je  t'avertis  de  faire  le  signe  de  la  croix  chaque  fois  que  tu 
penseras  seulement  à  ce  saint  et  invisible  tribunal ,  et  à  renïermer 
tontes  tes  pensées  dans  ton  sein  ;  car  le  vengeur  pourrait  être  à 
coté  de  toi,  et  tu  périrais  dans  ta  folle  présomption.  Retire-toi , 
sois  prudent ,  et  que  la  crainte  du  saint  Vehmé  soil  toujours  devant 
tes  yeux. 

A  ces  mots ,  tontes  les  lumières  s'éteignirent  ei^  même  temps 
avec  un  bruit  semblable  à  un  sifflement.  Philipson  se  sentit  de 
nouveau  entre  les  mains  des  officiers  du  Vehmé  y  auxquels  il  n'op- 
posa aucune  résistance.  Ils  le  replacèrent  doucement  sur  son  lit, 
qu'ils  traînèrent  dé  nouveau  jusqu'à  l'endroit  où  il  était  descendu  : 
il  entendit  alors  le  bruit  des  cordes  et  des  poulies ,  et  sentit  qu'il 
montait  avec  son  lit.  Au  bout  de  quelques  instans,  un  léger  choc 
Tayertit  qu'il  se  trouvait  de  niveau  avec  le  plancher  de  la  chambre 
dans  laquelle  Mengs  l'avait  conduit  le  soir  précédent,  ou  pour 


.^DoiçuXvdire  9  dftus  leapiremières  heures  deicett^ofiviiige.  ft  n^cUt 
«ar^tout  ce  qui  yeivait  de  a^  passer»  et  rendit  w.eidJe3.aciyioiis4e 
grâces  qu'il  loi  déçoit  pont  l'aToir  Uçé  d^iiasiigrand.dai^gisr^  I^ 
.fà^^e  l'emporta  enfia  &nr  son  ag^iation ,  et  iliiomba.4apsim  pn)- 

>^d  ^QDAl^éjll ,  dqpt.iiQpsle Jliwiacopa  jo^jirypQiir r^Kovmir  appm 

)4Q;«(mÂls. 


CHAPITRE  XXI. 


Bb  bi^ ,  n'j  ptosona  pMis  :  ^at  ik  U  SfgeiM 
^Qai  erca  l'anÎTvrs  :  saint,  enchanteresse , 

O  natnrei  d.qaafn^tt^n^ifefte^^  Vmas 
Où  s'avance  le  Rhin ,  4on  fils  majestueux  1 
.9e  ta  XéoQSçUté coiabifl».on  i^it  fl«  i9*S«»I 
C'est  lÀ  qoe ,  varié  par  mille  et  mille  imagaSf 
S'bfire.aiix  fifprd»  d'Harold  via  ip^atacleilifia;^ 
Le  feoilûfe,  le  fralt,  le  rocher»  le  aaTin , 
•Le  pampre  qui  vtidlHtsaF  «ses  haate»  collinei, 
.Et  les  yieax  châteaux  forts,  imposantes  ruioM 
^ùk  brillaient  autrdfois  lei  ^rmès  des  barons, 
]^nt.  le^ÎMf*  etU  u^op/sM  qnt  ç^é  )es  k^HOf^ 

Loan  Bsaov.  QMd^z^knU* 


Lorsque  Arthur  Philipson  eat  gpîHé  jqa  .pqnc  poipr>m(9iter  dans 
ja  barque  qui  Jb  condi^rait  de  l'autre  ç^té  duÀhiu^  jUl^ne  pxitq(|iie 
jpeu  de  précautions  pour,  pouvoir  f(^urnir  à  ses  prppres  b^ows 
Tîendant  une  sépsoration  doint.il  calculait ,qu^  la  diuçéçp^  serait  pfis 
Jbien Ipngue.  Un peude linge ^t-qnelques pièces d'jp>r fweiM^atGe 
qu'il  crut  nécessaire  d'emporter  ayec  Ipi,  et  jliai.s^le  reste  dus 
bagages  et  de  l'argent  avec  lemulet,  &tupp.o^nt.q^e  son  p^re^ 
^aurait  besoin  pour  soutenir  son  rôle  de  jnarcb^d  ai^gïais*  I^ 
barque  de  pécheur  à  bord  de  laquelle  il  se  trouvait  avec  so^^cbeTil 
et  sa  petite  valise ,  dressa  spii  ipât  sur-l^b94fip  i  éteni^t  sa  voilei 
rattacha  à  la  vergue^  et>  sout^uecoçtre  )a  lâf^^ee  .du  xoawt 
par  la  force  du  vent,  txaversa  leflfguve  en  li^e  (ob^qœ^  ^  diP' 
géant  versKirch-Hof^  ^ui^  comme  pous  l'avojos  d^<diV>  ^§tsitaé 
nn  peu  plus  bas  que  la  chapelle  de^ftnjs.,  I^a  it^rav^ejo^  {^tsi  b- 
;vorable>  que  la  Jbarque  toucha  l'autre,  riye  a^.hQut  de^q«elqa0S 
minutes^  et,  avant  de  la  quitter,  Ar^^rJ  dPi^tJes  yeux. et  les  pea* 
sées  se  portaient  vers  la  rive  gauche,  vit  ^^pèr^.sprtûr.deja  cbft" 
^Uedu  Bac,  aççom|i^néde  ^^ux  h9l?Wes ÀiAievfil.|  gU^iUpP" 


tnuiaiBs  le  Tj^iumE.  'S95 

^(BB'êlre  le  gmde  Banhëlemi  et  quelque  voyageur  que  le  hasard 
loi  a^f«it  ftdryettooiiiM*.  des  dèmx  individus  îtaieut  le  prêtre  de 
Samt4^Ql<ei'«B«^Dyîee9  «oitxuie'n     lectietirs  en  dot  été  informés, 
n  ne  put  s'empêcher  de  penser  que  cette  augmentation  de  com- 
pagnie 4e^fiât  ^ajoutet^  à-  làiirfkrëtédeamipère,  car  il  n'était  ^ms 
probable  qnei%iKpsen  eût  soèfferi  qu'on  lui  dornifitmaigré  luinn 
tcemuMigPon'èe  ^éyagr ;  *et  s^rfavait  choisi  lui-même,  «t  que  celilt 
>«n  tri^tre  y^sat  présence- ^pouvait  ^êfre  uno  prMeethtti  contreHn. 
DIUD04OHS  les^eas ,  fl  arralt  I  serfouir  d'avoir  vu  -^n  père  partir 
'M  «k»eté  d'^m^enfrèitètf^a  "avaient  Heti'detS'aiildre  que  qutHqM 
Ranger Ml'Éttittifllt.ll^résbhA  donc  'de  hé  pas  &'a(irtêter  à^nrch- 
Hoff,  ^  de  eoiniiMér^  pilssêtn^'son  voyage  dans'%  direetion'de 
Strasboorg ,  jmqu'à  ce  que  robscuï^t^  PoMilgdit  à  ^'arrêter  dans 
^elqv'ini  des 'i9Ïnr/7^on  v3hges  situés  i»ur  la:  rive  droite  dntlhtn. 
Avec  r«pd»itrtle'la  jemielse,  qui  sefiatie  toa)Otrrs  /il-espéràitire- 
joindre  son  père,  'et  y  aTll  ne' pouvait tout-à-frit  écarter  les  inquié- 
tudes q«e  lui  ea«ait  leur  séparation,  il  nourrissait'du  moins  Pes- 
feirâe  le  retrouver -en  sftreté.  Après^  avoir  pris  quehjnes  rafirà!- 
<hiDsbména,*  et  domié^à  son  cheval  quelques  iifttans  pour  se  reposer, 
9  se  retorit'en'fnarelie;  et  continua,  sanë  perdre  de  temps,  à  surm» 
-h  rchitecvientaie  du  grand  fleuve. 

^Béltth  alors  du  c6té  le  phisintéliessatft  du  Rhin,  bordent  tsn 
«qaelqfie  se^rte  muré  ^tt  ciette  rive  par  les  rochers  les  plus  pitto- 
'fesques/tanlèt  tapissés  d'mte  végétation  qui  offrait  les  couleurs 
^rldtes  et  variées  de  l'automne,  tantôt  couronnés  de  forteresses 
sur  les  poites  desqudtes  flottait  fièrement  la  banilièré  barbnmate. 
AÎBeurs,  on  voyait  des  hameaux  ou  la  richesse  du  sol  fournissait 
afa  'pauvre  cultivateur  les  %ilimens  «dont  le  bras  opjnressenr  de  son 
tynm  menaçait 'de  le  priver  entièrement.  Chaque  tuisseau  x}Ui 
rporte  «es-^eaux  au-Rhin  serpente  dans  la  vallée  dont  il^reçoit  les 
tributs  l' et  chacune'de  ces  vaVées  a  un  taractère  varié  qui  lui  est 
"prepre;  les  nues  sont  enrichies  de  pâturages,  de  champs  de  blé  et 
de  vignobles  ;  d^autres  sont  hérissées  de'rbchers,  oHrentdes  préci- 
pices, et  présentent  d'antres  beautés  pittoresques. 

Les  principes  du  goût  n'avaient  pas^encore  été  alors  eiplit^és 

-et  analysés  comme  ils  l'oirt  ^é  depuis ^ans  des  entrées  où  Ton  a 

lea  le  loisir  de'se  livrer  à  cette  éttrde.^Mais  le  sentiment  tjne -fait 

naître  la  vue  d'un  paysage  aussi  riche  que  celui  de  la  Vallée  du 

'  Rhiu;  doit  avwîéié  ImaAiÊib  »dttas  4o«s  lea^ceeufs  ^^^depûis^'le  temps 


296  CHARLES  LE  TÉMÉRAIfiE. 

où  notf  e  jeune  Anglais  la  traversait  en  voyageur  solitaire ,  josqu'à 
.  celui  où  Childe-Harold  ^  indigné  dit  un  superbe  adieu  à  sa  terre 
natale,  pour  chercher  en  vain  une  contrée  où  son  cœur  pût  battre 
plus  tranquillement. 

Arthur  jouit  de  cette  scène ,  quoique  le  jour  qui  commençait  à 
baisser  lui  rappelât  que,  voyageant  seul  et  chargé  d'un  dépôt  pré- 
cieux, la  prudence  exigeait  qu'il  cherchât  quelque  endroit  pour  y 
passer  la  nuit.  Gomme  il  formait  la  résolution  de  prendre  des  in- 
-  formations  à  la  première  habitatiou  qil'il  rencontrerait  sur  la  route 
qu'il  suivait,  il  descendit  dans  un  superbe  amphithéâtre  oouvert 
de  grands  aibres,  dont  l'ombre  protégeait  cçntre  .les  chaleurs  de 
.  Tété  rherbe  tendre  d'un  beau  pâturage.  Une  grande  rivière  y  cou- 
lait, tributaire  du  Rhin.  A  un  mille  de  là,  en  remontant  vers  sa 
source ,  ses  eaux  décrivaient  un  demi-cercle  autour  d'une  hauteur 
escarpée  ^  couronnée  de  murs  flanqués  de  tours  et  de  toorellès  go- 
thiques qui  formaient  la  défense  d'un  château  féodal  du  premier 
ordre.  Une  partie  de  la  savane  dont  nous  venons  de  parler  avait 
été  irrégulièremeut  ensemencée  en  blé^  qui  avait  produit  une 
moisson  abondante.  La  récolte  .en  était  faite  et  rentrée,  mais  le 
chaume  jaune  qui  restait  sur  la  terre  faisait  contraste  avec  la  belle 
verdure  du  pâturage  et  avec  les  feuilles  à  demi  desséchées  et  rou- 
geâtres  des  grands  chênes  qui  étendaient  leurs  bras  en  dessus.  Un 
jeune  homme ^^  vêtu  en  paysan,  et  aidé  d'un  épagneul  bien  dressé , 
cherchait  à  prendre  au  ûlet  une  compagnie  de  perdreaux  ;  et  une 
jeune  fille ,  qui  avait  l'air  d'être  au  service  de  quelque  famille  dis- 
tinguée plutôt  qu'une  simple  villageoise ,  assise  sur  le  tronc  d'an 
arbre  tombé  de  vi^llesse ,  s'amusait  à  regarder  cette  chasse.  L'épa- 
^neul ,  dont  le  devoir  était  de  pousser  les  perdrix  sous  le  filet,  fat 
.évidemment  distrait  par  l'approche  du  voyageur;  sou  attention  se 
.^partagea,  et  il  était  sur  le  point  d'oublier  le  rôle  qu'il  avait  à  jouer» 
et  de  faire  prendre  le  vol  aux  perdreaux  Bn  aboyant,  quand  la 
jeune,  fille  se  leva,  s'avança  vers  Philipson,  et  le  pria  avec  poli- 
tesse de  vouloir  bien  passer  un  peu  plus  loin ,  pour  ne  pas  nuire  à 
leur  amusement. 

Le  voyageur  y  consentit  sans  hésiter. 

—  Je  m'éloignerai,  à  telle  distance  qu'il  vous  plaira,  belle  de- 
moiselle, lui  dit-il;  maia  {>ermettie2-moi  de  vous  demander , 

I.  Cette  «lloftioD  à  lo^d  Byron  ettici  amenée  par.répignphe  au  chapitre. 


CHARLES  LE  TâklËHAIRE.  297 

en  retoar ,  s'il  y  a  dans  Içs  environs  nn  coaVent ,  an  château ,  mie 
ferme,  où  un  voyàgenr  Catigué  et  qui  s'est  attardé  paisse  recevoir 
l'hospitalité  poor  une  hait.  ^ 

La  jeune  fille,  dont  il  n'avait  pas  encore  distincteilieiit  vu  lés 
traits  y  sembla  contenir  une  envie  de  rire. — Croyez-vous  qu'il  n'y 
ait  pas  dans  ce  château,  li^i  répondit-elle  en  lui  montrant  les  tours 
dont  nous  venons  de  parler,  quelque  coin  où  l'on  puisse  mettre  à 
l'abri  un  voyageur  réduit  à  cette  extrémité  ? 

—  L'espace  n'y  manque  certainement  pas,  dit  Arthur;  mais  il 
reste  k  savoir  si  la  bonne  volonté  s'y  jcnnt. 

—  Gomme  je  suis  moi-même  une  partie  formidable  de  la  garm- 
son ,  reprit  la  jeune  fille ,  je  me  rends  responsable  de  Taccueil  que 
YODS  y  recevrez.  Mais  comme  vpus  me  parlez  en  termes  hostiles  » 
Jes  nsages  de  la  guerre  veulent  que  je  baisse  ma  visière*  * 

A  ces  mots,  elle  se  couvrit  le  visage  d'un  de  ces  masques  que 
les  femmes  portaient  souvent  à  cette  époque  lorsqu'elles  allaient 
en  voyage,  soit  peur  protéger  leur  teint,  soit  pour  se  mettre  à 
l'abri  des  regards  trop  curieux.  Mais  avant  qu'elle  eût  pu  termi- 
ner cette  opération,  Arthur  avait  reconnu  les  traits  enjoués  d'Aii- 
netteVeilchem,  jeune  fille  qui,  quoique  simple  servante  d'Anne 
dcGeierstèin,  jouissait  d'une  grande  estime  dans  la  maison  du 
Lahdamman.  tiardie,  n'ayant  aucun  égard  pour  les  distinctions  de 
rang ,  que  connaissaient  peu  les  simples  montagnards  suisses ,  elle 
était  toujours  prête  à  rire  et  à  plaisanter  avec  les  jeunes  gens  de  la 
famille  d'Arnold  Biederman.  Personne  n'y  trouvait  à  redire,  car 
les  mœurs  du  pays  n'établissaient  guère  d'autre  différence  entre  la 
maîtresse  et  la  suivante,  si  ce  n'est  que  la  maîtresse  était  une 
jeune  personne  qui  avait  besoin  d'être  servie ,  et  que  la  suivante  en 
était  une  autre  qui  était  en  position  de  servir.  Ce  genre  de  fami- 
liarité aurait  pu  être  dangereux  dans  d'autres  pays,  mais  la  sim- 
plicité des  mœurs  de  la  Suisse ,  et  le  caractère  particulier  d'An- 
n^tte ,  qui  était  résolue  et  sensée ,  quoique  ses  manières  fassent 
libres  et  hardies,  en  Içs  comparant  à  celles  des  contrées  {dus  civi- 
lisées, faisaient  que  tous  les  rapporta  qui  existaient  entre  elle  et 
les  jeunes  gens  ^e  la  famille  se  maintenaient  toujours  dans  les 
limites  de  l'innocence  et  de  l'honneur. 

Arthur  lui-même  avait  faut  beaucoup  d'attention  à  Annette; 
<sar,  d'après  les  sentimens  qu'il  éprouvait  peur  la  niaîtresse ,  il 
était  naturel  qu'il  désirât  gagner  les  bonnes  grâces  de  h  suivante. 


rM8  €3UkB££S  LE  TBMÉRàUŒ. 

X^s  MMÙanB-A^nn  b^a  jeune  homme  ne  pouvaient;  goène  usn- 
rgner  d'y  réussir  »  jaintes  sfirtoat4  lagénéfeoitéa^eciaqaelle^il 
lui  fit  quelques  petits  préseus  d'objetaidb  pamve  et4e  'toilecte, 
^4n'JjiB«t(ef*qiM»ifae.  fidèle  à  «a  auikmsâe^  s^ot  pus  île  eœur  de 
.  jrefiiser. 

.  UaMUEfuce^qu'il  é^t  dans  le  i^ÎMge' AJlafeie»4eGei€iUteiB , 
«t^'iJrattadirprebflUeiiMlntpaflserla  màt^mimlemêtoi&i^iXfèplé^, 
ce  qu'indiquaient  la  présonceet  ies-diseoBre d^ionetiie  yÉFtttnva* 
l)erïe.sa«|g|»Ui6  mpidemtniféansl^si^einBsidMivâiurv^BqNiis  qu'il 
avait  trayersé  le  Rhiny.iLa'étaâtjqnelquetiMdivré  àl^eqpeir  lie  re- 
voir cdloiquiiufait  blMBa-si'fvolonâetiiiifreaMon  tnpeoii' imagi- 
«Aatiou.;  nmif^tsw  jugement  iiiî  aiait  r^pnésemé^eu'  mémo  teiqis 
oomhjwa  la  iObanee  de  la  nroeMrtren  létait  légère^  et,  urtme  en  €e 
moment  il-^élait  glaeéiper  ^la  réflexioa'tfBevoaMenteervtie  uwtc  éBe 
«aérait  Béeessa^Msnt  suiiâe  d^ueei laéparataen  eondaine  et  éter- 
iBelleéHeMaipeuitMit^  l'alttttt  îliirf»bHtriqa^il'ee.  promei^, 
«ws  4iif|>.elurâher.àrdétanainer  q«tile»éevnmnt«a  être  les'ci»- 
..sAfoenees^  fa  divée*  En-^Atendant^idérirant  aftpreadre  dMs 
.qaelle^ntualjiea  Anne  aeftneiniQdt  ^alovs  »-  «nttaait  iqu'Ànnette  jogs- 
«nuità  jpnspeade  l'en  îuatruiiie^  il  résoluiiès  ne  fws  faire  voir  à  cette 
jeune  4Ue  enjouée  qu'il  .Fayflitreeonuue,  aifmtipi'il  luiplAtàelie- 
^némed'éeimeFd'eUe  touteappaimeœde  mystèëe. 

Tandis  cpie  ees^pensées  strpréseulaieatvajBitemBnt  à  «soniungi- 
aatiouy  ÀMiette  ^t  le  jeune  homme  fiûne  tomber  eonfitet,  6t  kd 
«dît  defcboîsir  Jes  deux  plus  fceati:££peiidmux9  de  les/porteràla 
;0insine />et  de  xisndre  la  liberté  aiuxtautres. 

-^-^ill  ïauc^qoe  je  foucnisse  le  «souper  y  ditHsHetaa'  -fieyagenr, 
qvniafuft  J'ftmène  an  Jogîs  cttmpagiiiet  uastevdue* 

dbrthmlttidit-qu^âeepéiraât  que  i'haspitâMté  qi^ilsveevrmtlB 
«dhÂteau^ne  causerait  auena  «mbanrus<à<ueux'iqui  llbabitaieaty  et 
^rik^ltti  t!épeDditd'«Be  manière  assessalAfidsaiitefioiAncidmer  %m 
MS'SornpiIefr  n  ce  sujet. 

*-^i|ee«t]iiîsrbîen  l&oiié^drf  éner«iem(Doieis  dnrnMmBu^'iiotreiQDii' 
t^resee  >  ajoata?  le  voyageur. 

— Ydyeaeela!  s^éona  Jbmette  YéikisÉnii;  je  nfai^pnrlé  niée 
maître  ni  de  maîtresse.,  et  «e  pauvre^ -voyageur  égaré  iBUnâgte 
dn^à  qaXl  taâttpe^neçofdans  InbêtedRiiÉ  dte»  daniBed 

--'GasImentldît'ArUMr  luirpeD  eoBins<4e^sotuiniiieBàlieidls- 
«Mirtie  nf  Me»vous  paaiéîtîqne  veuaélieaitt|isfS«Mleid0«ecMfc 


CHARIiESvLE  TEMÉRimE.  S99 

importance  dans  ce  châteaa?  J'ai  pensé  qu'on»  demoi^lle  ne  pou* 
Tait  commander  en  second  qae^ons  un  gonyerneor  de  Aon  sexe* 

— -e  Je  ne  vois  pas  que  nette  cond^iop  aôît  jnate  :  j'ai  Ta  des 
dames  remplir  des  fonctions  impo];Untes  dansdeigrandes  tfmvUWy 
et,coiiTemer  même  le  gonvernenr- 

—  Bois^je  comprendrez  belle  demoiseUe^rCpie  tous  openpezuie 
^çe.^  éleTée.dans!  le.  obâtean  dont.noiia  jyprodwing»  «l»do»tje 
Tom  dprie.de  mf^ppriQodxtile  nom? 

— Ce  château  se  Mmme  Aniheim. 

•r- S  fout  qne  tqus  ayez  une  gamiiy>n  très  nombronae,  isi  to98 
jpoiEfieziCOUTTir  de  soldats  tontes  ces  tonrs  et  tontes^es^murattlet* 

— Jefdois  avouer  que  nons  sommes  en  défaut  sur  ce  point.  On 
,  poivrait  dire  qiL'Auiieu  d'habiter  œ  chfiteau^^nons  nons  y  oachon» 
9ce4noment  :  mais  il  est  t^uffisaniment  d^fendy  par  les  bffiiits.4f|tt 
effraiei^ticeiixqni.poirrai^kt  ytronbler.notre  jrntraite. 

*^  £t  jsependaut  vous  osez  y  demeurer  ?  dit  ^mbur  se  rappe- 
isat  4ce,  gne  Rodolphe  Doonerlmgel  hii  «avait  dit  des  barons  XAim," 
hein^,  et  de  la  cal^trpphe.qiii  avait  éteiut  4^te  AmiUe  dans  la 
ifjBte  mascaline» 

•^Pent-^tre  connaiasoQs-noQs.trop  bien  la^canse^deices  csaînti  s 
pour  4en  »recevoii:  nons -«mêmes  une  ipi;te  impressiop;  .peut*âtfe 
avons-nous  des  jDoyens, particuliers  pour  pouvoir  hiraver  ce  qui. 
inspire  de  la  terreur  aux  autres;  peut-être  n'avons-nous  pas  le 
..çhoîx.dîun  meilleur  asile,  et  ce  n'est  pas  la  copjectnre  la  moins 
vraisemblable.  Vous  paraissez  être  dans  la  même  situation  en  ee 
moment»  Monsieur,  .car  le  scAeil  retire  peu. a  peu  ses  rayonsân 
sammet.des  .moiitagnes  qu'on  aperçoit  dans  le  loint%iny  et'Si  vous 
ne  prenez  pas  un  abri  à  Ambeim»  que  vous  en  soyez  satislsôt- on 
jaoD,  veos.auicez  eucoroplusieurs  milles,  à  &iie  avant  de  trouver 
an  logement  sûr. 

JEn  pariant  ainsi,  ^equHta  Arthur  »  etpcit  aveolejiaone  homme 
qui  l'^ccoi^pagnait.  un  sentier  très  «escarpé ,  mais  beaucoup  plus 
court  9  jquimontaît  au- château  ^  droite  Ugne^  faisant  signe  en 
laème  temps  au  jeone  Anglais  de  suivre  on  autre  chemin  qui  con* 
.duisait  a«  même  but,  maisçutiumaot ,  et  par  une  montée  bean* 
coup  plus  douce. 

n  aroya  bienlôt  devant  lalsçade^m^idionale  ducbâtean  d'Am* 
bfdni^qni^t  un  bâtiment  bisaucoup  plus  considérable  qu'A, ne 
l'^nail;  sfy[^iosé>  dtaprès  la  rd^scription^qiie  Rodo][phe  jUii  en  «vaît 


300  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

t  '^ 

faîte ,  et  d'après  là  vue  qu'il  en  a'vaît  eue  à  quelque  distance.  Ce 
châteaà  avait  été  coYistruit  à  différentes  époques,  et'une  grande 
partie  de  cet  édifice  était  moins  dans  le  goût  gothique  que  dans  ce 
qa'on  a  appelé  le  style  maaresi^ue,  genre  d'ai'chitecture  qui  an- 
nonce une  ipiagination  plus  fleurie  que  celui  qu'on  adopte  ordi- 
nairement dans  le  nord ,  et  enrichi  de  minarets ,  de  coupoles 
et  d'antres  omemens  qu'on  remarque  dans  les  édifices  orientaux. 
Ce  château  singulier  avait  en  général  un  air  de  solitude  et  de  tris- 
tesse; mais  Rodolphe  avait  été  mal  informé  lorsqu'il  dit  qu'il  était 
en  nânes;  au  contraire,  il  avait  été  soigneusement  entretenu ,  et 
quand  il  était  tonibé  entre  ses  mains,  l'Empereur,  quoiqu'il  n'y 
eût  point  placé  de  garnison ,  avait  eu  soin  de  réparer  le  bâtiment. 
Les  bruits  qui  couraient  dans  le  pays  faisaient  que  personne  ne  se 
souciait  dépasser  la  nuit  dans  l'enceinte  de  ces  mursredoatés; 
mais  le  château  était  régulièrement  visité  de  temps  en  temps  par 
quelqu'un  qui  avait  une  commission  à  cet  effet  de  la  chancellerie 
in^riale.  La  jouissance  du  domaine  qui  entourait  le  château  était 
une  excellente  indemnité  des  àoins  dont  cet  officier  était  chargé, 
et  il  prenait  bien  garde  de  ne  pas  s'exposer  à  la  perdre  en  négli- 
geant ses  devoirs.  Les  fonctions  de  cet  officier  avaient  cessé  de- 
puis peu,  et  il  paraissait  que  la  jeune  baronne  d'Arnheim avait 
alors  trouvé  un  refuge  dans  les  tours  désertes  de  ses  ancêtres. 

Annettè  ne  laissa  pas  au  jeune  voyageur  le  temps  d'examiner 
-en  détail  l'extérieur  du  château,  et  de  chercher  à  s'expliquer  ce 
que  signifiaient  des  emblèmes  et  des  devises  qui  avaient  un  carac- 
tère oriental.  Ces  symboles,  placés  sur  diverses  parties  des  mnrs 
du, bâtiment,  semblaient  exprimer  de  diverses  manières,  plus 
ou  nioins  directement,  l'attachement  que  ceux  qui  l'avaient  fait  cons- 
truire avaient  eu  pour  les  sciences  de  l'Orient.  Arthur  n'avait  en 
que  le  temps  de  jeter  un  coup  d'œil  général  sur  cet  édifice,  quand 
la  voix  d' Annette  l'appela  à  un  angle  du  bâtiment ,  où  une  longue 
planche  était  jetée  sur  un  fossé  sans  eau,  et  offrait  un  moyen 
d'entrer  par  une  fenêtre  à  laquelle  était  alors  la  jeune  suivante. 

-^  Vous  avez  déjà  oublié  les  leçons  que  vous  avez  reçues  en 
'Suisse,  dit-elle  en  voyant  Arthur  passer  avec  une  sorte  de  timidité 
sur  ce  pont  provisoire  et  peu  sûr. 

La  réflexion  qu'Anne  de  Geiêrstein  pouvait  faire  la  même  ob- 
servation rendit  au  jeune  voyageur  le  sang-froid  dont  il  avait  be- 
soin. Il  passa  sur  la  planche  avec  le  même  calme  qu'il  avait  montré 


GHAflLES  LE  TÉMÉRAIRE,  SOt 

eabravant  le  pont  bien  plus  daogereiu;:  qui  cpndoisait.aox  raines 
da  châteaa  de  Geierstein.  Dès  qu'il  fut  entré  par  la  fenêtre,  Annette 
Sta  son  masque  y  et  lui  dit  qu'il  était  le  bieuTenu  en  Allemagne , 
chez  d'anciens  amis  qui  portaient  de  nouveaux  noms. 

— Anne  de  Geierstein  n'eusts  plus,  ajouta-teUe,  maïs  tous 
Terrez  tout  à  l'heure  la  baronne  d'Amheim,  qui  lui  ressemble  on 
ne  peut  davantage  ;  et  moi,  qui  étais  en  Suisse  Annette  Veilchem,. 
an  service  d'une  jeune  persane  qu'on  ne  regardait  pas  comme  étant 
beaucoup  au-dessus  de  moi ,  je  suis  devenue  femme  de  cJxauibredcv 
la  baronne,  et  je  tiens. à  une  distance  convenable  quiconque.. est 
de  moindre  qualité. 

— En  dételles  circonstances I  ditPbilipson,  si  vous. jouissez^dii. 
crédit  qui  est  dû  à  votre  rang ,  peiqnettez«moi  de  vous  prier  de  dire 
à  la  baronne,  puisque  nous  devons  maintenant  lui  donner  ceimm, 
que  si  je  me  présente  ainsi  devant  elle ,  c'est  pigrce  que  j'ignorais 
qu'elle  habitât  ce  château. 

— Laissez,  laissez  1.  répondit  Annette  en  riant;  je  sais  n)ieiM(.^ 
qaevon&qf^que  je  doisdireenyolrefaveiir.  Yous^'êt^spaj^le  pir«r 
midr  pauvre  marchand  qui.  ait  gagçé  1^  bonnes  .giiçe^  d'uçe, 
grande  dame;  mais  le  moyen  d'y  réussir  n'est  |^as  de  fiûre.d'hupir  ^r. 
blés  apologies,, et  de  chei:cher  à  s'exç^er  de.se  présenter  devant. , 
elle,  Je  lui  parlerai  d'un  lunour  que  to^e  l'eau  da  Hhin  n§.pour<.. 
rait  étmdre ,  et  qui  vous  a  conduit  ici,. ne.  vous  laissant  d'autre, 
alternative  que  d'y  venir  ou  de  périr*  ^j^ 

-T Mais,  Annette,  Annette..*. 

—Fi donc  I  étes-vous  fou?  Raceourcisses^ce  nom;  criej^  Annç | . 
Anne]  et  il  est  plua  probaUe  qu'où  vous ;répondra« 

Aces  mots,  la  jeune  étourdie  s'enfuit  précipitamment,  char- 
mée,  comme  devait  l'être  une  montagnarde  de  son  caractère, 
d'avoir  fait  pour  les  autres  ce  qu'elle  aurait  voulu  qu'on  fît  pow ., 
elle-Qiéme ,  en  cherchant  obligeamment  à  procurer  une .  entrevue 
à  deux  amans  qui  étaient  à  la  veille  d'nne  séparatioi)  inévi* 
table. 

Dans  cette  ^position  à  être  satisfaite.  d'eUe*mâme ,  Annette 
monta  un  étroit  escajier  tournant  qui  conduisait  à  un  cabinet  de 
toilette  où  sa  jeune  inaitresse  était  assise.  Elle  s'écria  en  arjj^vant  t 
— Anne  de  Gei.. .  je  veux  dire ,  madame  U  baronne ,  ils  sont  ar^^ 
rivés  I  ils  sont  arrivés  I 

—Les  Philipson?  demanda  sa  maîtresse  respirant  à  peine. 


*^Oiii>  nous  cf^ât^à-direotdl^oarte  n^eâltenr  dë9;déiÉi'M^tf« 
livé,  et  c'est  Atthar; 

-^Qae  Tenx^ita  dite,  Annettë?  Ld'rignwPffilipsofisi'ècft-fl^IMl» 
avec  son  fils? 

-^Noii>  Traltneiir,  ettjen'ài^pas'iiidiiie't^eiisé à "feire inM"^!!»»- 
iion  à  son  égard;  Ce  n'était  ni' mon  amiy  ni  ceftti  de  pei^Miiâe,  à 
l'esLception du Tieust  Landamman ;  etib étaiènt^en Mis¥itaf(rtit 
l'antre,  avec  Ienrl>oiich»rempUe'deT}eatxniovetbesec  leurfiHmt 
chargé  tIesoQcis. 

—  Poïe,  itteonsidârée  qtre  tn  es*!  ne  Ifàtai^'pas^cbavgéë  délies' 
conduire  ici  tons  denx?  Et  tu  amènes  un  jeune  itaùrOÉè  Èè^éms 
un  endrditoù  nous  sommes  presque*  dans  une  solitude  cMilplèttr! 
Que  pensera^-t-il  de  moi;  que  peutâi^et»  pensei'f 

^*-^Et  qnepoQTais^Jedottc  feiref 'demanda*  Admette  t^ftéyitftff^ 
ment  à  son  iDpinion:  Il'éttât  seid V  falUât^  qtu^jë  l^ènTèyàMêdUtt  fe* 
dorffy  pour  qu'il  y  fût  assassiné  par  les  laittqtietietsda  Rldngnrtef 
Ghacon  sait  qu'ils' prainentpom^^poiMmitcHii^  M  qmcdd^ 
lenrs  filets.  Et  connnent  pofttrait-ittraTérSet^tt'pajiB  ûCÊ[ÉOA0t!été^ 
ci 9  renipli  deaoldàts  errans,  de liàihmtbri^awfe': pardon, iiiadaaiir 
la  baronne!  '  et  dé  piSarb  italieUff;  qdi  eoarentteTaiigeren  feule 
«oas  l'étendaftl  du  due  4fd  'Bourgogne  T^^t^tte  rien»  d^  ^é^scMqtf 
est,  plus- que  toute  aiftire  chose iP^ôBjet^a^me  terreur >e&èttt«^Mtt' 
grande-,  et  qui,  sournlierfbrmeeii'mtte  auttre/  eH!idajoift!l$^l^âelir 
aux  yeux  et  aux  pensées  de  chàûtm 

—  Chut,  Annette!  chut!  n'ajoute-pé«»'lihierdéiliettee^(kiifl(fi^^ 
cet  exeès^folie;  smigeOttS'pltttAft^à  ce  qit&MMâlëf6n9^Bà¥^.9ïït 
égard  pour  nous  ,*  par  égard  pour  kd^êine*^  il<fa»i^^^%i»dhM^ 
reux  jeune  homine«qiii!te;ce  ^j^èM'à'PâiiitàfM'; 

— En  ce  cas,  voiis'ld'porterez'f^ti^^esnge  rmÊ^mènÈ^i'ÈiîaBi^i 
de  €^ier . . . ,  pardon,  noble  baronne!  41  peut  être  fort-  cenvcMabl^  i 
une  dame  du  hautrangtL'enyoyer^depareîïs^orApfe»,'  et'j'èn^i'Wde 
semblables  exemples  dansr  les^  romances  de^  MhUffejnngêrs^^  mais  je 
suis  sûre  qu'il  ne  le  serait  ni  à  moi  ni  à  aucune  jeune  montagnartfr 
delà  Suisse,  à  coeur  franc,  de  conseMii*  à^^'e»  olwrger.  PÈii'* 
foHe  :  sonyenez^ousquesi  vouflêtés  6éé4arèifiv64'^rnheimy  i*ê«» 
ayez  été  élèrée  dans  te  sein  des  niontagiiesd»4à4Siiie0ei,  et^^aa^par 
conséquent  TOUS  deyez^Vous  cottdnire«endemoiseUeayantrdélK)ttiK»s 
et  honnêtes  intentions . 


CHARLES  LK  TÉMËlUffiE;'  SM* 

•«*-El^  es  qaoiwtse/ sagesse  me  trmts*t-eUb  éompMeAe  folie, 
loademaiselle  Aiiaeiiei? 

— rEù.  qooii  Toyczr  oonn»  notre  BoMe  ssng  s^sgîtë  dans  nos-* 
TtÛMsi  Soavaiiei»<roiig4.|iebleb8roiioe>  que  lorsque  j'ai  quitté  nos  ^ 
beUQi.-inoiiÉdgiies  el  qn»  j'fii  venonoé  a  l'air  librequ'oD  y  respire', 
pow  Teni^  mecIafBemaMr  dans  ce  pays  de.pnsons  etd'eselaTes» 
il  a  été  cpnvena  qne  îe  iraas  dirais  ma  façoa  de  penser  tontaossi 
liiunNMnt<iiieliôraqQecnQS  tâtes  reposaient  sur  le  mteie  oreiller. 

-^Paries-  dono^  dit  Auie>  qni,  en: se  préparant  à  Péeoater, . 
déioiMnia  mai  peu.  la  tête  ^  mais  songeai  nedire  risn  qa'3  ne  me  eon^ 
Tî^imft  pas  d'eniendna* 

— JeTonsdirai  ce qn^lanatoreetlebonscm m'inspireront-,  et 
si  ycs  aoBles  oreilles) ne, sont  pas  en  teitde  m'entendrez  de  me 
conprendrs^  ce  sera  Jeor  faafte,  et  non  celle  de  ma  langue*  Beontes" 
lisn.  YoasiavBa  san^é  ce  jenne  àonme  de  deox  grands  dangers': 
onelttis»  lors  de.VâNndcBMBt  de  ceroolier  ii<GeierstHBin$  mieaxitra, 
aojciird'liû.  mteie»,  qnand'  sa  yfie  était  .menaoée^  C'esi  nn  bean 
jetas  bomme».  lâenifait,  parlant  bien  >,et!a3fantitont  crqn^il^tet^' 
povgagn^  les  boimeagrâcesd'one  dame.  Airant^eTOuarenssiee' 
^i.uoa  jeunes.  SoisteS' ne  Tons  déphâsaient' pas  ;  dn  nains  iww 
dansiez  airoo  eax.|  ▼ons^plaisantiex  aTec  enot,  YooaéiieE^penr  en  ^ 
Toly^l  d'one  admûration  générab,  et,  comme  ▼0Dsil»'San^ea»i  rmê 
anrie^paicheîiir  dana  tons  ksilanlonsi;  je'CMSiniènw^iBB<^ff>it 

preMan»>nnpen^icnaigmtipnvonsdéternÉDss!ià  panade 
Rodolphe  Donnerhagel. 

•- Jamais .  Annette^jamaî&i 

—  Ne  parlecf  pas.entenMSttpositifriÀ*  SKI  asnilaPabcriclilena'  ' 
lesboimeagrâcesfdeX'ùttslev  manf.hnmbleopinîoniestqQei'dans 
qne^actbismens moment»  iLanndb bien  p» aassi  gagnes  lanièce^ 
Mai$  dapnifrqnstironft aiMB  eonnuce  jenne  Anglais,  ilafen  estfalllide 
bienpea  qne  tous  n'ayez.dédaigné^  méprisé,  jediroispresqaéliiÂ'', 
toas  les  jennes  gens  que  voiifr  endnriea  assez  bien  anparamnti 

-^Ebbi^i  eb.bienije  tè  haïrai  et  te  délesterai' eneere^plns 
qa'ancnn  d'eux ,  si  vtu  ne  finis  bientdt.  ton  discours. 

---Tontdoiii»  noblebaronnel  QaLyadeueement,  pentallèr  l6inr 
ToQt  cela  prouTe  qae  vous  aimez  ce  jeune  hommes  et  je  permets  ^ 
à  cenxqni  y  tnsnvi^rent  qeelqne. chose  d'iélonnant,  de  dire* qne 
Tons  airez  tort.  Il  y  a  beanoonp  de  choses  à  dira  ponr  tous  justifier, 
et  pa&an  met  qne  je  sache  pej^r  Yoosîblftmer. 


[3H  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

'^  Ta  es  télie,  Ankiette  ;  souviens-toi  de  mon  rang  et  de  ma  con- 
dition,  qui  me  défendent  d'aimer  un  homme  sans  naissance  et  sans 
fortone.  Songe  que  je  désobéirais  à  mon  père  en  aimant  qnelqu'im 
qui  me  ferait  la  conr  sans  son  consentement.  N'oublie  pas  sàrtont 
que  la  fierté  de  mon  sexe  ne  me  permet  pas  d'accorder  mon  affec- 
tion à  un  jeune  honuue  qui  ne  songe  pas  a  moi ,  à  qui  les  apparences 
ontpeat«<éu>e  même  inspiré  des  préventions  contre  oioi. 

—  Voilà  une  superbe  homélie  I  Mais  je  puis  répondre  à  chaque 
point  aussi  facilement  que  le  père  Francis  suit  son  texte  dans  ses 
sermons.  Votre  naissance  est  une  absurde  vision,  dont  vous  n'ayez 
appris  à  faire  cas  que  depuis  deux  ou  trois  jours ^  lorsque,  ayant 
mis  le  pied  sur  le  territoire  d'Allemagne,  une  mauvaise  herbe 
allemande,  qu'on  appelle  orgueil  de  famille,  a  commencé  à  germer 
dama  votre  cœur.  Pensez  de  cette  folie  ce  que  tous  eu  pinsiez 
quand  vous  demeuriez  à  Geierstein ,  c'est-à-dire  pendant  tonte  la 
partie  raisonnable  de  votre  vie ,  et  ce  grand  et  terrible  préjugé  ne 
sera  plus,  rien  à  vos  yeux.  Vient  ensuite  l'article  de  la  fortune; 
mais  Ptailipson,  qui  est  le  plus  généreux  des  hoiiunesr  donnera 
sûreniwt.  à  son  fils  assez  de  sequins  pour  monter  une  ferme  sur 
nos  mc^tagnes.  Le  bois  ne  vous  coûtera  que  la  peine  de  le  couper, 
et  la  terre  eelle  de  la  cultiver,  car  vous  avez  sûrement  droit  à  une 
partie  du  domaine  de  Geierstein ,  et  votre  oncle  tous  en  mettra 
\MXk  volontiers  en  possession.  Vous  êtes  en  état  d'avoir  soin  de  la 
basse-cour  ;  Arthur  pourra  chasser,  pêcher,  labourer,  herser, 
moissonner.  «. 

Anne  de  Geierstein  secoua  la  tête  comme  si  elle  eût  grande- 
ment douté  que  son  amant  possédât  ces  derniers  talens. 

—  Eh  bien  I  eh  bien  I  reprit  Annette  Veilchem ,  il  est  encore 
assez  jeune  pour  apprendre.  D'ailleurs  Sigismond  Biederman  l'ai- 
dera de  tout  son  cœur,  et  Sigismond  est  un  vrai  cheyal  pour  le 

travail.  Je  connais  aussi  quelqu'un  qui  est,.** 

—  Un  ami  d' Annette  Veilchem ,  j'en  réponds. 

-«-Sans  doute;  mon  pauvre  ami  Louis  Sprenger.  Je  n -aurai  ja- 
mais le  cœur  assez  faux  pour  renier  moti  amoureux. 

—  Mais  à  quoi  tout  cela  doit-il  aboutir  ?  s'écria  la  baronne  avec 
quelque  impatience. 

—  A  une  chose  toute  simple,  suivant  moi ,  répondit  Annette. 
y  a  des  prêtres  et  des  missels  à  un  mille  d'ici.  Allez  trouver  votre 
amant;  dites-lui  votre  façon  de  penser,  ou  écoutez-le  vous  dire  a 


CHARLES  LE  TÉSOÉRAIRE.  tU 

sienne  ;  joignez  vos  mains ,  retournez  trancpuUement  à  Geientein 
comme  i^ari  et  femme ,  et  mettez-y  toat  en  bon  ordre  ponr  le  re- 
tour de  Yotre  oncle.  Voilà  comment  une  fille  élevëe  en  Suisse  doit 
terminer  le  roman  d'one  baronne  allemande 

—  Et  briser  le  cœur  de  son  père^  dit  Anne  en  soupirant. 

—  Il  est  d'un  métal  .plus  dur  que  tous  ne  pendez.  Après  tous 
ayoir  laissée  si  long-temps  loin  de  lui ,  il  lui  sera  plus  &cile  de  se 
passer  de  vous  le  reste  de  sa  yie ,  qu'il  ne  tous  le  serait,  malgré 
toutes  TOsnouTenes  idées  de  noblesse,  d'endurer  ses  projets  d» 
fortune  \t  d'ambition,  qui  tendront  à  tous  donner  pour  mari 
quelque  illustre  comte  comme  Ilagenbach,  dont  nous  ayons  tu, 
U  n'y  a  pas  long-temps,  la  fin. édifiante,  faite  pour  donner  une 
leçon  à  tons  les  chevaliers-brigands  des  bords  du  Rhin. 

—  Ton  plan  ne  yaut  rien ,  Annette;  c'est  la  Tision  puérile  d'iine 
jeune  fille  qui  n'a  japais  connu  le  monde  que  par  ce  qu'elle  en  a 
entendu  aire  pendant  qu'elle  était  à  traire  ses  Taches.  SouTÎens- 
toi  que  mon  oncle  a  des  idées  très  sévères  sur  la  soumission  filiale^ 
et  qu'agir  contre  la  Tolonté  de  mon  père ,  ce  serait  me  pwdre  dans 
son  esprit.  Pourquoi  suis- je  ici  ?  Pourquoi  a-t-il  cessé  d'agir  comme 
mon  tuteur?  Pourquoi  sais-je  contrainte.de  quitter  des  habitudes 
qui  me  sont  chères,  et  de  prendre  les  manières  d'un  peuple  étran* 
ger,  qui  par  conséquent  me  sont  désagréables  ? 

—  Votre  oncle  est  Landamman  du  canton  d'Underwald,  ré- 
pondit Annette  ayec  fermeté  ;  il  en  respecte  la  liberté ,  et  il  a  fait 
serment  d'en  défendre  les  lois  ;  et  quand  tous  »  fiUe  adoptiTO  de  la 
Confédéiiition ,  tous  en  réclamerez  la  protection,  il  ne  peut  tous 
la  refuser. 

•—  En  ce  cas  même ,  répliqua  la  jeune  baronne,  je  perdrais  son 
estime  et  son  affection  plus  que  paternelle.  Hais  il  est  inutile  d'in- 
sister surce  point.  Quand  même  j'aurais  pu  aimer  ce  jeunehomme, 
et  je  ne  nierai  pas  qu'il  ne  soit  aussi  aimable  que  ta  partialité  le 
rej^ésente ,  jamais....,  elle  hésita  un  instant  ;  jamais  il  ne  m-a  dit 
un  seul  mot  sur  le  sujcft  dont  tu  persistes  à  Touloir  m'entretenir 
sans  connaître  ni  ses  seotimen&m  les  miens# 

—  Est-il  possible!  s'écria  Annette.  Je  ^lensais,  je  croyais^ 
quoique  je  ne  tous  aie  jamais  pressée  de  me  faire  aucune  confi- 
dence y  que  TOUS  doTiez ,  attachés  l'on  à  l'autre  comme  tous  l'étiez^ 
TOUS  être  déjà  parlé  en  Téritables  et  fidèles  amans.  J'ai  donc  mal 
agi ,  quand  je  croyais  fûre  pour  le  mieux.  Est-il  possible  I  Oui,  on 

ao 


^  CHABLES  LE  TÉftOERAULE. 

%  euUsnda  parler  de  pareîUet  choses  »  même  dans  aotiie  Gantoa» 
Esi-il  possible  qu'il  ait  coqçii  d'aussi  indignas  projets  qii%  Ibrtia 
de  Brisacb ,  qui  faisait  l'amour  à  Adèle  du  Simâgan ,  qui  Ini  fit 
fidre  un  faux  pas  (cela  n'est  que  tnop  "vrai ,  quoique  presqneior 
croyable  )  »  qui  l'abandoaua  ensuite ,  qui  quitta  le  pays  »  et  quialk 
se  yauter  partout  de  sa  scélératesse?  Mais  Raymond ,  teooiisiiï 
4f  Adèle  ^  loi  imposa  silence  pour  toajoars ,  en  lui  brisant  le  erâas 
4'ui^  coiup  do  batou»  en  pleine  rue  »  ^ns  la  ville  même  ou  l'infamii 
brigand  était  né.  Par  la  S^nte  Vierge  d'Binsiedleni  si  ji^pouvaû 
craure  œ^  Anglais  capable  de  méditer  une  telle  trahisoii ,  je  sde* 
i^s  la  planche  placée  sur  le  fessé ,  de  manière  que  le  poids  d'une 
jonche  suificait  pour  la  rompre  ;  eft  ce  serf^it  à  six  toises  de  pr(h 
fondear  qu'il  expierait  le  crime  d'avoir  osé  fermer  des  projets  ])e^ 
Mes  contre  Tbioaneur  d'iine  fiUe  adoptîve  de  la  Suisse. 

Tandis  qn'Annette  Yeikhem  parlait  ainsi  ^  tout  le  fen  da  oo» 
rage  qu'eUcayai^  pu^  dans  le  sein  de  ses  montagnc^s  brillait  dans 
^es  yeux;  et  ce  fiit  presque  à  coatre*oœur  qu'elle  écouta  Anne  de 
Geiersteiny  qui  chercha  à  effecer  Fimpression  défavorable  que  lei 
dernî^s  mpts  qu'elle  avait  pnmoncés  ayaiisnt  faite  sur  l'esprit  de 
sa  simple  mais  fidèle  servante. 

*r-  Sur  mon  ame»  kidit-eUe,  vous  feites  injure  à  ArtbnrPfai- 
lipson,  vous  luiiait^  une  injure  criante ,  eavons  livrant  à  de  tels 
soupçons*  Sa  conduite  à  moun  égard  a  toujours  éié  pleine  de  dioi- 
V9Xe  e\  d'faonneur ,  celle  d'un  ami  envers  une  amie ,  d'un  frère  en- 
vers une  sœnr -^  Daps  tous  ses  discours  »  dans  toutes  ses  actions ,  il 
n'aurait  pfi  montrer  ploa  de  respect ,  d^^ifiection ,  de  franchise  et  de 
sincérité.  Dans  nos  entrevues  et  dans  nos  promenades  fréquentes» 
iji  eist  vrai  qu'il  paraissait  me  voir  avec  plaisir ,  m'ètre  attacha;  si 
j'avais  é<é  disposée  »  et  je  l'ai  peut-être  quejlquefois  été  trop ,  à  fé* 
ço«ter  a\ec  indulgence  »  peut-être...  Annaïqipuya  sa  main  sur  sm 
front»  et,quelques.larmes  coulaient  à  travers  se§  jolis  doigts..*  mais 
jamaia^  il  ne  m.*a  |#irl/é  d'ajucun  sentiment  d^  préiérencQ ,  d'amoor* 
S*il  en  nouirrit  quelqu'uu ,  qnebpe  obstacle,  iasurnaontable  de  son 
côté  Fa  empêché  d'en,  faire  l'aveu. 

—  Quebja^  cJ^stacle  1  répliqua  Anneti».  Sans  doatC|une  ûnsiài^ 
ppérîle.,  de  sol^  idées  sur  ce  que  votre  naissance  est  tellement 
au-d(eésu^  dfb  1a sienne,  un  rêve  de  modestie  portée  à  l'excès ,  qiu 
liiLÎ  feit  crokur^  qu'il  est  imj^asible  de  briaer  k  gbcq  fermée  par  ooe 
tl^^i9fW«i9f^fQm^qf^^mf>iM  dfeaf^ovagea^aiisHffironf  pop^ 


CttLRUtS  LE  l^sKIÉtlÀltlë.  $<yif 

4Umfmt  eècte  iihisioii  ;  el  )•  mè  ohafgëràt  «è  «ttte  fidie,  i6i 
chère  Aime ,  pour  tous  épar^er  l'embarras  de  roaglir. 

«-^Ponr  PaiBowr  du  elêl,  n'mi  fids  rîeik ,  Tcflehem!  s^écria  la 

îeuie  bnronHe,  dont  Attnette  était  depoia  loD^teilip^  là  cdiiff- 

iente  et  la  eompagtid  ptàcAt  ifa»  la  8lit<fànte;  tti  m  }4fÉx  detiiiè^ 

iÇidle  est  la  aatm^  daa  ebitaetei  ^i  pettV^nt  femf^Aitt  de  é'esi^ 

pUqaer  eonme  ta  désites  teUottleiit  l'y  enpiger;  Ecente-lnoi  t  ma 

preiuèf«  ëddcaiiM  et  les  talsHntMidiiè  de  tten  bon  onde  nf oikkk 

appris  stur  les  éwasgen  et  leurs  manière  ^nelqeef  tliose  de  ploft 

fae  ]e  n'anrais  jamais  p«  eil  sateit  danè  t^ttt  heiirense  retraiHe 

de  Gekerstdn.  D'après  ee  qve  j'ai  tu  et  ce  qne  Je  sais ,  je  sois 

presque  conTaincoe  qiié  ces  PbilipsoB  sont  d'un  rang  fort  snpé* 

rieur  a  la  professién  qu'ik. paraissent  «gercer.  Le  père  est  on 

bomme  profond ,  obserrateui^y  fléchi ,  généreux ,  et  il  fiiit  diss 

présem  dont  k  valent'  est  fart  an-dessna  de  tonte  la  libéralité 

qn'oB  peut  supposer  à  nn  marchand. 

--••Crest  la  vérité;  et  qnant  à  moi,  jefirai  qne  la  chaîne  d'ar- 
gent qu'il  m'a  donnée  pèse  dit  eonronnes  ;  et  la  ttm  qn'Arthnr  y 
ajouta,  le  lendemain  dn  jour  de  la  longde  promenade  qne  nous 
fines  du  côté  dn  mont  Pilate,  ne  vant  pas  moins,  à  ce  qu'on  m'a^ 
sore  :  il  »*y  en  à^pas  nne  semblable  dans  tons  les  Gantons.  Eh 
bienl  qu'en  résnlte-t-il?  ils  sont  riches ,  vons  l'êtes  aussi  ;  c'est 
tant  mieiK* 

-*«•  Hélas  I  Aimette ,  non^senlement  ils  sont  riohesy  mais  ils  sont 
nobles;  j'en  sois  persuadée^  Xai  souvent  remarqué  que  le  pète 
prenait  un  air  de  mépris  plein  de  dignité  pour  se  dièpenSer  d'en- 
trer dans  quelque  discussion  que^  Domierfafugel  on  quelque  antre 
dierohidt  a  èucam^  pour  avoii^une  occasion  de  qùerdle.  Et  quand 
kfib  était  f  objet  d'nne  observation  peucivile^  ou  d'une  plaisan- 
terie trsp  farte»  PœU  d'Arthur  étineelaity  ses  joues  devenaient 
pourpres,  et  ce  n^éttdl  qu'un  regard  de  son  père  qui  retenait  la 
réplique  cooirroncée  prête  à  i^échapper  de  ses  lèvres. 

—  YouB  lies  avez  <Â8erf>és  de'  bien  près ,  dit  Annette.  Tont  cela 
peut  être^raî  ;  qnant  à  moi,  je  n'y  ai  faiff  aucm^e  attention.  Mais', 
je  le  répèfie,  qu'importe? si  Arthur  porte  quelque' beau  nom  qui  soit 
noble  dans^  son  pays,  n^êtes-vous  pas  vous-même' baronne  d'AI1^ 
heim?  Et  f  avouerai  franchement  qne  ce  titre  a  quelque  valeur, 
s^  pent  aplanir  les  voies  à  un  mariage  qui  ferait ,  je  crois ,  votre 

20. 


808  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Célicité;  je  Yesffire,  da  moinsi,  sans  quoi  je  n'y  donnerais  pas  d'en- 
cooragement. 

,    —  Je  vous  croisy  ma  fidèle  Veilchem  ;  mais,  hélas I  éleyée  comme 
.TOUS  l'avez  ëté  dans  un  état  de  liberté  naturelle ,  comment  pomr- 
riez«Toas  connaître  on  même  Tons  figurer  l'état  de  contrainte  que 
cette  chaîne d*or  ou  dorée  du  rang  et  de. la  noblesse  imposé  à  ceux 
qui ,  comme  je  le  crains,  en  sont  chargés,  plutôt  que  décorés  ?  Dans 
tous  les'pays,  tes  distinctions  de  rang  obligent  les' hommes  à  de 
certains  devoirs  :  elles  peuvent  leur  défendre  de  contracter  des 
alliances  en  pays  étranger,  et  même  les  empêcher  de  consalier 
leur  inclination,  quand  ils  se  marient  dans  leur  pays;  elles  condni- 
sent  à  des  mariages  dans  lesquels  le  cœur  n'est  jamais  consulté,  à 
des  unions  projetées  et  arrêtées  quand  les  deux  parties  sont  encore 
au  berceau  ou  conduites  à  la  lisière,  n^ais  que  rhonnenr  et  la  bonne 
foi  n'en  rendent  pas  moins  obligatoires.  Qui  sait  s'il  n'existe  pas 
quelque  obstacle  de  cette  nature  dans  le  cas  dont  nous  parlons? 
La  politique  d'Etat  entre  souvent  aussi  pour  beaucoup  dans  ces 
alliances;  et  si  l'intérêt  véritable  pu  supposé  de  l'Angleterre  a 
déterminé  Philipson  à  contracter  un  pareil  engagement  pour  son 
.fils ,  Arthur  mourrait  de  chagrin,  il  laisserait  mourir  de  chagrin 
n'importe  qui,  plutôt  que  de  ne  pas  tenir  la  parole  donnée  par  son 
père. 

—  Ceux  qui  prennent  de  pareils  engagemens  pour  leurs  enfans 
n'en  ont  que  plus  à  rougir,  dit  Annette.  On  parle  de  l'Angleterre 
comme  d'un  pays  libre  ;  mais  si  Fou  y  prive  les  jeunes  gens  des 
deux  sexes  du  droit  naturel  de  disposer  de  leur  cœur  et  de  leur 
main ,  j'aimers^  mieux  être  un  serf  d'Allemagne.  Eh  bien!  vous 
savez  beaucoup  de  choses,  et  je  ne  suis  qu'une  ignorante  ;  qu'allons- 
nous  faire  ?  J'ai  amené  ce  jeune  homme  ici,  dans  l'espoir,  comme 
Dieu  le  sait,  que  votre  entrevue  aurait  un  plus  heureux  résultat; 
mais  il  est  bien  clair  que  vous  ne  pouvez  Tépouser  sans  qu'il  vons 
le  demande.  J'avoue  que  si  je  croyais  qu'il  fût  disposé  à  perdre  la 
main  de  la  plus  belle  fille  des  Cantons,  &ute  d'être  assez  hardi  pour 
la  demander,  ou  par  égard  pour  quelque  sot  engagement  pris  par 
son  père  avec  quelque  autre  noble  de  leur  île  de  noblesse,  dans 
l'un  comme  dans  l'autre  cas,  je  lui  ferais  bien  volontiers  faire  le 
plongeon  dans  lé  fossé.  Mais  une  autre  question  est  de  savoir  si 
nous  le  renverrons  d^ci  pour  aller  se  faire  astessiner  par  ces 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  309 

oonpe-jarrets  da  Rhingrave;  et  à  moins  de  prendre  oe  parti ,  je 
ne  sais  coniiment  nons  en  débarrasser. 

—  Dis  à  liViUiam  de  le  senrir,  et  veille  à  ce  qa'il  ne  loi  manque 
rien.  II  Tant  mieux  que  nous  ne  nous  voyions  pas. 

—  Cela  est  fort  aisé;  mais  que  lui  dirai-je  de  votre  part?  Mal- 
heareusement  je  lui  ai  appris  que  vous  êtes  ici. 

—  Quelle  imprudence ,  Annette  I  Mais  pourquoi  te  blâmerais-je, 
qnand  j'ai  le  même  reproche  à  me  fidre  ?  C'est  moi  qui ,  en  permet- 
tant à  mon  imagination  de  trop  s'occuper  de  ce  jeune  homme  et  de 
ses  bonnes  qualités >  me  suis  jetée  dans  cet  embarras  ;  mais  je  te 
ferai  voir  que  je  puis  me  montrer  supérieure  à  cette  folie,  et  je  ne 
chercherai  pas  dans  ma  propre  erreur  un  motif  pour  éviter  de 
remplir  les  devoirs  de  Thospitalité.  Va,  Veilchem,  va  faire  pré- 
parer des  rafraîchissemens  ;  tu  souperas  avec  nous ,  et  tu  auras 
scia  de  ne  pas  nous  quitter  ;  4n  me  verras  me  conduire  comme  il 
convient  à  une  baronne  allemande  et  à  une  fille  de  la  Suisse. 
Donne-moi  d'abord  une  lumière^  Annette,  et  de  l'eau  fraîche,  car 
mes  yeux  en  ont  besoin,  ils  déposeraient  contre  moi;  €^t  il  faut 
anssi  que  je  fasse  un  peu  de  toilette. 

Toute  cette  explication  avait  bien  ét<mné  Annette.  Les  idées 
qu'elle  avait  prises  dans  les  montagnes  de  là  Suisse  sur  la  ma- 
nière de  faire  l'amour,  et  sur  l'amour  même,  avaient  tant  de  sim^ 
plicité,  qu'elle  s'était  imaginé  que  ,ks  deux  amans  saisiraient  la 
première  occasion  que  leur  fournirait  l'absence  de  ceux  qui  de* 
vaîeot  naturellement  diriger  leur  conduite,  pour  s'unir  par  un 
nœud  indissoluble  ;  elle  avait  même  anrangé  un  petit  plan  secon- 
daire, d'après  lequel  son  fidèle  Sprenger  et  elle  devaient  rester* 
avec  le  jeune  couple  en  qualité  d^amis  et  de  serviteurs.  Réduite 
an  silence,  mais  non  convaincue  par  les  objections  de  sa  msd- 
tresse,  Annette  toujours  zélée  sortit  pour  lui  obéir,  en  se  disant 
à  elle-même  : 

— Ce  petit  nH>t  sur  sa  toilette  est  la  seule  chose.qne  je  l'aie  en- 
tendue dire  qui  soit  naturelle  et  sensée.  S'il  plaît  à  Dieu ,  je  re- 
tiendrai dans  un  clin  d'oeil  pour  l'aider.  Habiller  ma  maîtresse  est 
la  seule  partie  desfonctions  d'une;  femme  de  chambre  pour  laquelle 
j'aie  du  goût.  Il  semble  si  naturel  à  une  jolie  fille  d'en  parer  une. 
antre!  Sur  ma  foi,  ce  n'est  qu'apprendre  à  se  parer  soi-même. 

£t  en  finissant  cette  sage  remarque,  Annette  Yeilchem  descen- 
dit l'escalier. 


% 


qiApiTfiE  xxn. 


^j;t^  civilité  qui  n'est  que  vomerie. 

Im  grâce,  «Meycs-^OB»  ,  Monsieur .  )«  rooBeafnt, 

Y^s^pronçncet  ces  unots  ei^  p^iautli»  genoux» 

St  l'on  TOUS  y  répond  d'un  ton  tout  aussi  doux  : 

rr  «.  M<u>  Moan««^»  éffr•^|i  yovfi  1  on  serii  dpqc  p«r  $mfH 

Au  diable  ce  jargon.  Quand,  de  cette  manière,. 

I<'9f)^«ii  t«Ht  ft|  oa«h^  ^uaBB  4f bofs  tt^mfnrt 

k  peine  on  nteodiant  l'admettrait  dans  «on  coqpiw  » 


AiWBSTB  VaiLCBui  monta  •!  dMcenjKt  t€i|s  tes  eMaikfSfHS» 
triMiTaieiit  dans, la  seuls  |Mi?tie  qm  iite  habiiiMe4e  l'imiiieiise^slii!» 
taaa  d'Arnlieiiiiy  <Àelie,ét«it  Famé  de  taau  Sa  surmUanee  aW 
blîait  rien.  £Ue  avança  la-  ièle  ^^ns  Yéfiotie  pour  s'assure^  qfl» 
TVilliamayait  ea  soin  du  cheval  d'Arthuff  ,  fi^  me  a{q»aiitioo  è$m 
la  cmitie  pour  rtoomnaBder  à  la  vieiMe  eoisini^  que  les^  deux 
perdreaux  fussent  râtis  en  temps  eonvenable,  aièealioa  qù  aelal 
valut  aucun  remerdement,  ailu»  prendre  dana  feeellicar  ime  boa» 
teille  e«  deux  de- vin  du  Rhin,  et  entva  enfiu'dfeuis  Vhppc^lemenl) 
oii  elle  avait  laissé  A^tter*,  ai&de>  véir  eèqufil  devcnaité  Aywtea 
la  satislactkm  de  veçr  qu'il  avait  ensplejé  le  tempe  db  soi»  abseoee 
omettre  quelquejOrdre;daBS>eesvè«emenSy  elle  lui  ditqufUae  ta^ 
-derait.  pas  à  voir  sa  maîtresse ,  qui  était  un  peu  iadisposée>,  maû 
-qni  ne  poumût^  s'empdcher  de  descendre  pour  voîv  n»  aqù  dont 
die  feisait tentée  cas. 

Arthur  rougit  de  plaisir  eu  Penlendant  pavl^  ainsi  i  et  seatnils 
animés  plurent  tellement  aux  yeux  de  la  jeune  femme  de  chambre, 
qu'elle  se  dit  àcUe-mème  en  remontant ^hez  sa  maîtresse  :  ^  Eb 
bien ,  si  l'amour  ne  peut  arranger  les  choses  de  manière  à'  ce  qoe 
ce  jeane  couple  soit  unien  dépit  des  obstacles  qui  les  arrêtent,  je 
ne  sais  pourquoi,  je  ne  croirai  jamais  qu'il  existe  nn^amoni^  vénr 
table  dans  le  monde ,  quçi  qu'en  puisse  dure  Martin  Sprenger|i( 
quand  il  le  jurerait  sur  TEvangile. 

fin  entarant  dans  la  ehanibre>de  la  jeune  bar4>nne,  elle  vifc»  à  sa 
gnmde  surprise  I  que  sa  maîtresse ,  au  lieu  de  quelqu'.onMsspap 


GHABIAS  LE  TESORAHIE.  2li 

rares  qa'eUe  pootrfdMt,  aTtit  ms  k  robe  bhiidie  qu'elle  portait 
le  jour  où  Arihar  était  arriyé  à  Geierstetii.  Annctte-penUtiirpriee 
et  embarrassée;  mais  tont  à  coQp  elle  rendit  juotiee  as  gèAi  qoi 
avait  présidé  aa  choix  de  ce  costame ,  et  s'écria  :  -      i 

—  Vous  avez  raison ,  tous  ayes  raisxMif  il  vaut  mieilx  aller  le 
trourer  comme  one  montagnarde  dont  le  cœar  est  firane  etonverL 

—  Alais  en  même  temps,  dit  Anne  en  souriant,  je  dote,  dans 
les  murs  d'Arnbeim,  me  montra  à  quelques  égards  eommi  la.fiUe 
de  mon  père.  Aide-moi  à  placer  cette  aigrette  sur  le  ruban  qui 
relient  mes  cheveux. 

C'était  un  paiiache  composé  de  deux  plumes  de  vautour  i  atta- 
cha par  une  ag^e  enrichie  d'une  superbe  opate^  dont  la  eau- 
leur  cbaogeant  à  chaque  reflet  de  la  lumière ,  ravit  d'admiratiob 
la  jeune  suivamei  qui  n'avait  jatmab  rien  vu  de  semblaUe  dans 
tonte  sa  vie. 

—  Eh  bien ,  baronne  Anne ,  dit-elle  »  si  ce  joU  joyan  ?flft  réelle- 
ment porté  conuneun  digne  de  votre  rang,  c'est  la  seule  chose 
appartenant  à  votre  dignité  qui  me  paraisse  digne  d'envie  ;  car  il 
change  de  couleur  à  chaque  instant  d'une  manière  merveiUense» 
précisément  comme,  nos  joues  quand  nous  sommes  émoes. 

—  Hélas  1  AnnettCi  dit  la  baronne  en  passant  une  main  sur  ses 
yeu;x^  de  tous  les  bijoux  qu'ont  possédés  les  temmçs  de  n^a  fomHle, 
c'est  peut-être  celui  qui  a  été  le  plus  fa|al  à  celle  qui  le  porta  la 
première. 

— En  ce  cas,  pourquoi  le  portez-^vous?  et  surtçat  pourquoi  le 
portez-vous  aujourd'hui ,  de  préférence  à  tout  autre  jour  ?  . 

—  Parce  qu'il  me  rappelle  ce  que  je  dois  à  mon  père  et  à  ma 
famille;  et  maintenant»  Annette,  songe  que  tu  dois  te  mettre  à 
table  avec  nous ,  et  ne  pas  quitter  l'appartement.  Ne  va  pas  te 
lever  et  courir  çà  et  là  pour  servir  les  autres  ou  prendre  ce  dont 
tu  auras  besoin  toi-même  ;  reste  assise  et  tranquille,  et  laisse  Wil* 
Uam  s'acquitter  de  tous  ces  soins. 

—  C'est  une  ^lode  qui  me  plaît  assez ,  et  William  noiissert  desi 
bon  cœnr  que  c'est  un  plaisir  de  le  voir.  Cependant  il  me  seinble 
de  temps  en  temps,  qne  je  ne  suis  plus  Anneite  Veilchemy  mais 

,  seulement  son  portrait;  car  je  ne  puis  ni  me  lever ,  nim'asseoir, 
ni  courir,  ni  rester  en  repos ,  sans  courir  le  risque  de  violer  qu^l- 
qu'une  de  vos  règles  d'étiquette  ;  j'ose  dire  qu'il  n'en  est  pas  de 
même  de  vous ,  qui  avez  toujoura  des  maàlères  de  cour. 


312  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  Elles  me  sont  moins  naturelles  que  tu  ne  sepibles  le  penser, 
Annette;  mais  la  cratrainte  qu'elles  imposent  me  paraît  plos 
pénible  sur  le  gazon  et  en  plein  air ,  que  dans  les  murs  d'un  ap* 
partement. 

•—  Ah  1  c'est  bien  yrai  1  La  danse  1  -—  C'est  une  chose  qui  vaat 
bien  qu'on  la  regrette. 

— r  Mais  ce  que  je  regrette  davantage,  Annette,  c'est  de  ne 
pouvoir  me  dire  précisément  si  je  fais  bien  ou  mal  de  voir  ce  jeane 
homme ,  quoique  ce  doive  être  pour  la  derqière  fois.  Si  mon  j)ère 
arrivait  I  Si  Ital  Schreckenwald  revenait  ! 

—  Votre  père  est  trop  sérieusement  occupé  de  ses  projets  pro- 
fonds et  mystérieux ,  répondit  la  soubrette  avec  un  ton  de  légèreté. 
Il  a  pris  son  vol  vers  les  montagnes  de  Brocken-Berg ,  où  les  sor 
dères  fotit  le  sabbat,  ou  bien  il  suit  une  partie  de  chasse  avec  le 
Chasseur  Sauvage^. 

—  Fi ,  Annette  t  Comment  osea-tu  parler  ainsi  ûe  mon  père  1 

—  Sur  ma  foi  i  je  le  connais  personnellement  fort  peu  ;  et  vous* 
même  vous  ne  le  connaissez  guère  davantage.  Et  comment  ce  qoe 
tout  le  monde  dit  être  vrai  se  trouverait-il  £^ux  ? 

—  Que  veux- tu  dire,  folle  ?  Que  dit  tout  le  monde? 

—  Que  le  comte  est  un  sorcier ,  que  votre  grand'mère  était  un 
&rfadet ,  et  que  le  vieuik  Ital  Schreckenwald  est  an  diable  incamé; 
mais  quant  à  ce  demiet  point ,  il  s'y  trouve  quelque  vérité,  quoi 
qu'il  en  puisse  être  du  reste, 

—  Où  est-il  en  ce  moment  ? 

—  Il  est  all^  passer  la  nuit  dans  le  village  pour  y  mettre  lessd- 
dats  en  logement,  et  pour  tâcher  de  maintenir  l'ofdre parmi eoi; 
car  ils  sont  mécontens  de.ne  pas  avoir  reçu  là  paie  qui  lenra^ait 
^té  promise,  et,  quand  cela  arrive,  rien  ne  ressemble  à  un  ours 
en  colère  comme  un  lansquenet. 

—  Allons ,  descendons ,  Annette.  Cette  soirée  est  peut-être  b 
dernière  que  nous  passerons ,  d'ici  bien  des  années ,  avec  un  reste 
de  liberté. 

Je  n'entreprendrai  pas  de  décrire  l'embarras  marqué  avec  !•• 
quel  Arthur  PUlipson  et  Anne  de  Geier$tein  s'abordèrent.  En  se 
saluant,  ils  ne  levèrent  pas  les  yeux ,  et  ne  prononcèrent  qne  des 
paroles  inintelligibles  ;  la  rougeur  qui  couvrit  les  joues  de  la  jeune 

1.  Allasion  à  une  tradition  populaire  d' AUemayne ,  rebtiTemaot  à  an  fantAme-cbaMenr.  ï^*"  J 
prtiiiien  esMb  poétiques,  sir  Walter  Scott  a  imité  uoe  baUade  allemaiida  de  Butgtt,  stf  ce  <  J<" 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  313 

Iiaroime  ne  fat  pas  pins  vÎTé  que  celle  de  son  amant  timide.  Pen* 

dant  ce  temps ,  la  jenne  et  enjouée  suivante  ^  dont  lès  idées  qu'elle 

se  faisait  de  l'amour  se  ressentaient  davantage  de  la  liberté  des 

coutumes  d'un  pays  qui  avait  quelque  chose  de  Tantique  Arcadie, 

regardait  avec  un  air  d'étonnement  auquel  il  se  inélait  quelque 

peu  de  mépris ,  uu  couple  qui  ^  comme  elle  ïe  pensait ,  agissait  avec 

une  réserve  si  peu  naturelle.  Arthur  salua  profondément  la  jeune 

baronne  en  lui  présentant  la  main,  et  sa  rougeur  redoubla;  Anne 

de  Geierstein>  en  répondantà  cette  politesse ,  ne  montra  pas  moins 

de  timidité ,  d'agitation  et  d'embarras.  En  un  mot ,  sans  qu'il  àe 

passât  rien  on  presque  rien  d'intelligible  entre  ce  couple  aimable^ 

l'entrevue  n'en  eut  pas  moins  d'intérêt.  Arthqr  donna  la  main  à 

la  belle  baronne ,  comme  c'était  le  devoir  d'un  galant  à  cette 

époque ,  pour  la  conduire  dans  une  salle  voisine  où  le  souper  était 

servi;  et  Annette,  qui  examinait  avec  une  attention  toute  particn^ 

lière  fout  ce  qui  se  passait ,  éprouva  avec  surprise  que  les  formes 

et  le  cérémonial  des  premières  classes  de  la  société  avaient  autant 

d'influence /même  sur  son  esprit  nourri  d'idées  de  liberté ,  que  les 

rites  des  Druides  en  avaient  eu  sur  celui  du  général  romain  quand 

il  s'écria: 

r— Jtt  1«  méprÎMt 
Mais  ils  soht  iaposanst 

—  Pourquoi  sont-ils  si  changés?  se  demanda  Annette.  Quand 
9a  étaient  à  Geierstein,  ils  ressemblaient  aux  autres  garçons  et 
aux  antres  filles  y  si  ce  n'est  qu'Anne  était  plus  joUe  ;  et  maintenant 
ib  marchent  en  mesure  comme  s'ils  allaient  danser  un  grave 
pavin  y  et  se  traitent  avec  autant  de  respect  que^  s'il  était  Lah- 
dammand'Underwaldy  et  qu'elle  lut  la  première  dame  de  Berne. 
Tout  cela  est  sans  doute  fort  beau;  mais  ce  n'est  pas  ainsi  que 
Martin  Sprenger  fait  l'amour. 

Les  droonstances  dans  lesquelles  se  trouvaient  ces  deux^jeunes 
gens  leur  rappelaient  évidemment  les  habitudes  de  courtoise  céré* 
moniense  auxquelles  chacun  d'eux  pouvait  avoir  été  accoutumé 
dans  sa  première  jeunesse.  Tandis  que  la  baronne  jugeait  néces- 
saire d'obseryer  le  plus  strict  décorum  pour  justifier  à  ses  yeux 
l'admission  d'Arthur  dan^  l'intérieur  de  sa  retraite ,  celui-ci ,  de 
son  côté  y  s'efforçait  de  montrer  >  par  |a  profondeur  de  son  respect, 
qu'il  était  incapable  d'abuser  de  la  bonté  qu'elle  loi  témoignait.  Ils 


414  GmiRbB»  IJB  TésiillAIKBw 

l^ttireiit  àlablft,  àiiMteUe  ^isUmee  l'tw^erMlrBif^eltTWtft 
h  plus  scrupuleuse  n'aurait  pu  y  trouver  r&ea  à  re^re^  WiUîiult 
les  servit  avec  adresse  ^  intelligence  ^.en  jeune  laquais  habitlié  à 
rempUr  cette  fonction;  et  Auuette  ^  se  plaçant  entre  emx  deux^  et 
a'efforçant  d'imiter  anssi  bien  qu'elle  le  pouvait  toui  Ce  qti'étte  les 
voyait  faire  y  montra  toute  la  <»iviUté  qu'on  devnk  attendre  de  la 
servante  d^ine  baronne,  Oepeadan  telle  coininitqiielitue^  ntéprise». 
En  général,  elle  se  conduisit  comme  un  lévrier  en  lesae  ^  qm  est 
prêt  à  s'élancer  à  chaque  instant,  et  ^lle  n'était  reteMe  ^fàé'^pÉr 
la  réflexion  qu'elle  devait  demander  ee  qu'elle  numt  ptéfiM  iîlér 
prendre  elle-même*  ^ 

Elle  enfreignit  encore  pluûears  autres  règles  d'étiquette  après 
le  souper/ quand  William  se  fut  retiré.  Elle  j^enait  part  à  la  Cori- 
versation  avec  trop  peu  de  cérémonie»  Souvent  il  lui  arrivaiitdeile 
•donner  à  sa  mattrésse  que  le  nom  d'Anne,  et  elle  o«Mi»taièHie 
qudqnefois  le  décorum  au  point  de  lui  parler  ainsi  qu'à  Artltir  ^ 
4u  et  par  Un;  ce  qui  était  alors  et  ce  qui  est  endure  aii}e<M'h«é  en 
Allema^e  on  solécifliW  éponvaiftable  en  politesse*  Ses  inadv6^ 
tances  produisirent  du  moins  un  bon  effet.  Elles  fsnmirelit  ate 
deux  jeunes  gens  un  sujet  de  réflexioii  étranger  à  leur  simtfiîoii 
respective;  elles  diminuèrent  nn  peu  leur  embarras ,  et  leur  per- 
mirent d'échanger  un  sourire  aux  dépeîis  de  la  pauvre  Annette. 
Elle  ne  fut  pas  long-temps  sans  s'en  apercevoir  ;  et  à  demi  piqaée, 
à  demi  charmée  de  trpuver  une  excase  pour  dire  eeqniaé'lMSfiait 
dana  son  espritir  elle  s'écria  avec  hardiesse  : 

—  Vous  vous  êtes  tous  deux  bien  amusés  à.  mes  d^^ns  sans  ùêêt 
tredit ,  parce  que  pendant  le  souper  j'avais  envie  de  me  lever  pstir 
aller  chercher  ce  dont  j'avais  besoin,  au  lieu  d'attendre  que œ 
panvre  garçon,  qninefaisa,it  que  courir  du  bulfetàla  table  et  de 
la  table  au  buffet,  eût  le  temps  de  me  le  donner.  Et  à  présent  v<^ 
riez  de  moi,  parce  je  vous  donne  les  noms  que  vous  avez  reças'Ae 
!a  sainte  Eglise  lor^  de  votre  ^ptênsfi ,  et  que.  je  dis  t«  et  t<fi  en 
n'adressant  à  un  Juneker  et  à  une  Yungfrau  S  comme  je  le  feniis 
ai  j'étais  à  genoux  pour  prier  le  ciel.  Mais  en  dépit  de  vos  nouvelles 
fantaisies,  je  vous  dirai  que  vo^ns.  n'êtes  que  deux  enfans  qui  ^ 
savent  pas  ee  qn'ik  veulent ,  et  que  vous  pierdrea  à  plaisanter  k 
seul  moment  q^i  vous  est  accordé  pour  assurer  .votre  propte  bctt* 

f .  lèoM  Ik&mtÊt  et  Jeiuie  til«. 


fSftMJB  UI  tÊÊtbUOBBÊi  tu 

kffff.  Ski  finoooftftfafl  «isti  k'  Boarail»  m  doàMf  iillihgw»  n# 

4aaie  la  baremie  ;  fni  tq  4vop  ioo^mft  la  «Mot  PifaMe  pwh'ataii 

p««r  d'aa  froAt  ^orcilleu* 

-^  $îl»ice»  Aanelle^  iû  «dit  m  maîtnêmf  m  8Mte)de  l^aiiIÉv- 

---Si  jen'éubipM  Totale  awie  ^as^qne  laMOme^réptaiit  l'dpft 
aiatre  Aanelte  sans  selaîsMr  intiiièw»  j'«iiMîtiraÎMai4eNdiMttp^ 
et  da  châteaa  aussi  ;  je  tous  laisserais  ici  tenir  TOtre  maisos«M 
YOre  aimable  sàiëchaly  lui  Scbrwiuatmià* 

•^Sicen'es&paramîiiéf  «pMeeseitpar  hoill!»e«|iar  chdiîlé^ 
Annette,  taisez-yous ,  on  quittez  celle  obambrel      '  ^ 

«^Mafoi,  mM  tndt  e0tpaptl;'Mid8i,aalMÉidiiicoÉip1ei]0B'ai 
fait  que  donner  à  eatendre  »  ^ue  leat  le  mend^  disait  àar  la  f«* 
lonaa  a  Geiersteia»  k  s^irqlii^  l'aride  BoMiahela  a  été  ftmd«# 
Vous  «avec  ^waraacieâne^ l^epfaétie  dit. . « 

—Silence»  peor  TadMiir  d^'del^  dît  la  jewie  lmniÊatf<mû 
fittdra  que  e&  sait  moi  q«i  m-ea^ele  d'ki* 

-^  Ah  1  dit  Auelie  «hanfeant  de  le*»  eemne^sieUe  ^t cndatt 
fpe  sa  maitressene  ae  retirât  i^rilabkment;  s'il  fa«mne  tewTOM 
énvoKez  \  on  ne  peut  résisur  à  la  aëoessité^  ;  et  je  ne  conùiv 
0nBsemieeAdiatdèyo«ftS«iirre#S«ireZ'f««8»  moasienF  ArtlMr^ ^e 
mamaitresse  ansaii  besok  d'a¥oir  pew fémiae de chaidMre» nés 
une  bonne  jeone  fiUerde  çbaii^et  de  sang ,  eemase  Tona  ma  Toyesy 
nsiana étr^donAk  snbaMioa  ffi^  aatai déliée  qae  k  fil/'^de  k 
Tierge»  et  qfoi  ne  vaspitfit.que  les  pavliankalei^plntf  sobliks'dai 
l'^air?  m'èpt  creineiHrMfrP  Bien  des  fane  penseM  ^elk  esl'dKéé 
àkrace  des  espritaélémeniaifiefry  el  c'est  oeqnikaefed  plnatfaliid» 
f|e  .)ea  antres  filka  de  ce  monde* 

Aane  de  ^Geiemtein-paiimt  oharné^de^fosTer  une  ee^aston  i» 
détommer  k  eon«eilsatimi<  à.  ktiMeUetayais  donnée  Ueli  Yeapritiu^ 
peu  Tolontaire  de  sa  suivante ,  et  de  la  faire  tomber  sur  des  sujeti 
plnaindifférena,  quoique  aymit  encoife<persMneUenient  «l|^rt 
àelkmdme. 

*«  Le  signov  Alrdinrr  dilieUe^.  «Ml  pest^tre  avair  qnelqtié 
Tuson  p^nr  concevoir  les  soupçons  létrang^  auqnek  votre 'ei«> 
trayagance  yient  de  faire  allusion,  et  que  quelqaes  pcmsonneê»  tanlï 
aaAUenagneiqu'e&SuiÉseiy  sontasaeirîoUeapooitcnnteiMSniiabks. 


316  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE^ 

ÀToaez»  sigHor  Arthar,  que  tous  avez  en  sur  moi  des  idées  bieit 
singulières  quand  vous  m'ayez  Tùe  passer  près'  de  yous  pendant 
que  TOUS  étiez  de  garde  sur  le  pont  de  Gratfs-Lust^  la  nuit  dernière. 

Le  souvenir  de  toutes  les  circonstances  qui  i'ayaient  alors  tel- 
lement surpris  produisit  un  tel  effet  sur  Tesprit  d'Arthur,  qu'il  loi 
'  fiillut  quelques  instans  pour  pouvoir  faire  une  réponse ,  encors 
cette  réponse  ne  fut-elle  composée  que  de  quelques  mots  sans 
liaison. 

—J'avoue  que  j'ai  entendu  dire. .  • ,  c'est*à-dire  Rodolphe  Donner- 
hngel  m'a  raconté... ,  mais  que  j'aie  pu  ciroireque  vous  fussiez 
autre  chose  qu'une  chrétienne...  ^ 

— Ah  1  s'éôria  Annette ,  si  c'est  de  Rodolphe  que  vous  tenez  vos 
informations  y  vous  avez  entendu  tout  ce  qu'on  peut  dire  de  pire 
sur  ma  maîtresse  et  sa  faniille.  Rodolphe  est  un  de  ces  personuagfes 
prudens  qui  trouvent  des  défauts  aux  marchandises  qu'ils  ont  des- 
sein d'acheter,  et  qui  cher^chent  à  les  déprécier  afin  d'en  dégoûter 
les  autres.  Oui,  il  vous  a  raconté  une  hélle  histoire  de  lutin,  en 
vous  parlant  de  la  grand'mère  de  la  baronne;  et  véritablement, il 
est  arrivé,  j'ose  le  dire,  que  les  circonstances  ont  doimé  à  vos 
yeux  quelque  apparence  de  réalité  à...  / 

—  Point  du  tout ,  Annette ,  s'écria  Arthur;  j^ai  regardé  comme 
ne  méritant  aucune  foi  tout  ce  que  j'ai  jamais  entendu  dired'é* 
trange  et  d'incompréhensiMe  relativement  à  votre  maîtresse. 

--^Pas  toutjhfait,  je  crois,  r^rit  Annette  sans  faire  attention 
aux  signes  de  mécontentement  de  sa  maîtresse ,  et  je  soupçonne 
fortement  que  j'aurais  eu  beaucoup  plus  de  peihe  à  vous  attirer  en 
ce  château ,  si  vous  aviez  su  que  vous  approchiez  d'un  lieu  hanté 
par  la  Nymphe  du  Feu,  la  Salamandre,  comme  on  appelle  sa 
grand'mère ,  pour  ne  rien  dire  du  sentiment  que  vous  aurait  fait 
éprouver  l'idée  de  revoir  4a  descendante  de  la  FiUe  au  Manteau  de 
Feu. 

—  Encore  une  fois,  Annette,  silence,  dit  la  jeune  baronne. 
Puisque  le  hasard  a  permis  cette  entrevue,  je  ne  veux. pas  laisser 
échapper  cette  occasion  de  désabuser  notre  ami  des  bruits  absurdes 
qu'il  a  écoutés  avec  doute  et  surprise  peut-être ,  sinon  avec  une 
incrédulité  absolue. 

«  Signer  Arthur,  continua-t-elle ,  il  est  très  vrai  que  mon 
grand*père.  maternel ,  le  baron  d'Arnheim ,  était  un  homme  qui 
avait  de  grandes  connaissances  dans  les  sciences  ^traites.  U  était 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  S 17 

«assi  prudent  d'an  ^nbunal  dont  Toas  ayez  entendu  parler,  et 
qa'cku  appelle  le  saint  FeÂmé.  Un  soir,  un  étranger,  pearsu^Ti  par 
ks  agens  de  cette  cour,  qu'il  n'est  paa  pnident  même  de  nommer» 
arriva  afei  cfaâ^eaa  de  mon  aïenl ,  réclama  sa  protection,  et  invoqua 
les  droitS'de  l'hospitalité.  Le  baron ,  voyant  que  cet  étranger  était 
parvenu  au  grade  d'adepte,  lui  accorda  sa  demande,  et  garantit 
qu'il  se  présenterait  pour  répondre  à  l'accusation  portée  contre  lui 
dans  lin  an  et  un  jour,  délai  qu'il  paraît  avoir  eu  le  droit  d'exiger 
en  faveur  de  son  protégé.  Ils  étudièrent  ensemble  pendant  ce  temps, 
et  pous&èrent  leurs  recherches  dans  les  mystères  de  la  nature,  pro- 
bablement aussi  loin  qu'il  est  possible  à  l'homme  de  le  Cure.  A 
l'approche  du  jour  &tal  où  l'étranger  devait  se  séparer  de  son 
hâte,  il  demanda  la  permission  de  faire  venir  sa  fille  au  château 
pour  lui  faire  ses  derniers  adieux.. Elle  y  fut  introduite  secrète* 
ment,  et  après  qu'elle  y  eut  passé  quelques  jours ,  le  sort  futur  de 
son  père  paraissant  fort  incertain ,  le  baron  proposa  de  donner  à 
la  fille  on  asile  diez  lui,  dans  l'«spoir  de  faire  de  nouveaux  pro- 
grès avec  elle  dans  les  langues  et  les  sciences  de  l'Orient.  Danis* 
chemend,  son  père,  y  consentit,  et  il  partit  du  château  pour  se 
rendre  devant  le  FeAmé-Genchl ,  séantà  Fulde.  Ce  qui  s'enspivit 
est  inconnu  :  peut-être  fut-il  sauvé  par  le  témoignage  du  baron 
d'Amheim ,  peut-être  fut-il  abandonné  au  fer  et  à  la  corde.  Qui 
ose  parier  de  pareilles  choses  ? 

a  La  belle  Persane  devint  l'épouse  de  son  tuteur,  de  son  pro- 
tecteur. A  un  grand  nombre  de  bonnes  qualités  elle  joignait  quelque 
impradeuce.  Elle  profita  de  son  costume  et  de  ses  manières  étran- 
gères j  de  sa  beauté  qu'on  dit  avoir-été  merveilleuse,  et  d'une  agi- 
lité qui  était  sans  égale ,  pour  étonner  ^  effrayer  d'ignorantes 
dames  allemandes,  qui,  en  l'entendant. parler  en  ))ersan  et  en 
arabe,  étaient  déjà  disposées  à  la  regarder  comme  étant  en  rap- 
port avec  le  monde  surnaturel*  Son  imagination  était  vive  et  fan- 
tasque, et  elle  aimait  à  se  placer  dans  des  situations  qui  semblaient 
confirmer  les  soupçons  absurdes  dont  elle  se  faisait  un  amusement. 
Il  n'y  avait  pas  de  fin  aux  histoires  auxquelles  elle  donnait  lieu.  Sa 
première  apparition  au  château  avait  formé  une  scène  pittoresque, 
et  qui  tenait  presque  du  merveilleux.  A  la  légèreté  d'un  enfant  elle 
joignait  quelques  fantaisies  puériles;  et  tandis  qu'elle  encoora- 
geait  la  circulation  des  légendes  les  plus  extraordinaires,  elle 
avait  avec  les  damés  de  sa  colidiiion  des  tjuerelles  sur  \é  rang  et 


911  GBiBUS  LE  TÉHÉKUKB. 

It  préatooe»  objet  n^el  ks  duMsde  Wotpliaiia  mt  atmcM  wk 
lOQt  t^D^  une  grande  îetperttuioe.  Cela  loi  ooAta  la  nie^  car  k 
jeer  dtt  baptâmfi  de  ma  paoïnre  nèrèy  la  baronne  d'Amheim  me» 
ralAubHesient ,  pendant  «pt^irae  compagme  briUanfte  était  réame 
dtae  la  cbapelle  da  châteaa  pour  aasieter  à  eette  céréinemè.  Oa 
omt  ^'eUe  était  auirte  eaiipoisonnée  par  la  baronne  de  Stetnfeldc^ 
ai»c  qoi  elle  «fait  en  «ne  violente  querelle,  priaeipalement  ecea^ 
imiée  pacee  qa*«Ue  afaik  prie  le  parti  de  la  oomteasef  de  Waldstt^ 
taia,,  ion  amie  et  sa  campagne^  » 

--  Haia  Fepak  »  Tean  ipi'en  kd  jeU  an  IpoatP  dit  Arthur. 

-r- Abl  répondit  la  baronne ,  je  vois  que  vons  déanrea  connaître 
rhisteîra  véritable  de  ma  (amilley  dont  on  ne  tous  a  appris  que  h 
légende  fid^olense*  Quand  mon  i^cnfe  perdit  cennaissanGe,  û  était 
tant  naturel  qn^on  loi  jetât  de.  l'eau  an  visage  ;  quant  à  Popale^ 
j'ai  entendu  dire  qu'elle  perdit  son  lustre  en  ce  moment ,  mais  on 
assure  que  c'est  une  propriété  de  cette  noble  pierve  lorsqu'un  p<» 
SM  quelconque  en  approche.  Une  partie  de  la  querelle  ariiec  la  ht* 
imae  de  Steiafeldt  venak  de  ce  que  cette  dama  prétendait  que  h 
belle  Persane  ne  devait  pas  for\»r  cette  pierre  »  dont- un  de  mes 
^cétres  avait  dépouillé  sur  le  champ  es  bataille  un  Soudan  ds 
Trébisonde»  Toutes  cea  ôroonstances  se  sont  coniDnèues  dans  h 
tradiûon»  et  les  fidts  réels  sont  devenus  un  iBonte  de  fée; 

—  Mais  vous  ne  m'avez  rien  dit  smr...  sur..« 
-^ Sur  quoi? 

—  Sur  votre  apparition  de  la  mût  demièreu 

~  — Est-il  pess^Je  qu'nn  homme  de  bon  sens,  un  Anglais ,  ae 
puisse  devine^  l'explication  que  j'ai  à  kn  donner ,  quoique  peo^ 
être  eno^Nre  vat  pea  obscure?  Mon  père,  comme  véna  pouvesk 
Sftvoir ,  a  joué  le  rôle  d'un  homme  important  dans  un  pajs  rempli 
de  troublaay  et  il  a  enaourula.lraine^ie  plusieurs  puissans  persan* 
qa^es;  il  est  d(»ie*.oblîgé  d'user  de  secret  dana  tons  ses  mout^ 
mens,  et  de  ne  pas  se  mettreea  éridenee  saaa  néesmitë*  ly  aHlernSy 
il  avait  de  la  répugnance  à  setrouveran  fine  de  eon^finëre  le  Laa* 
damw^«  Il  me  fit  donc  nverlâr,  quand,  non  entrâmes  en  AU» 
magne,  que  j'eusse  à  allias  le  joindre  tat  premier  signal  que  j'sa 
recevrai^t  et  eesigeal  devait  être  un  petit  craeifiK de  bronse qâ 
«^vaif  appartenu;  à  mapauvre  wàw^  Je.k  tcouivai  dana  me  dhambif 
à  Gfa^-liuat ,.  a^ee^uae  lettoe  de  nson[  père ,.  qui  m^indiquait  oa 
f$mt^  iiPeiAl;  pennem^sef tir.  Ge  pansage  auaîtyàird'écre'ssiidsk 


CflÂlLIS  LE  TÉHrtRAHIE*  9t$ 

ment  boadiéaffee  despienres»  mais  it  éutt  facile  de  les  déranger. 
Je  d»raia  sortir  pav  là  de  mon  appartement ,  gagner  la  porte  da 
skâteany  et  entrer  dansie  bois  poarj  aHertreaTornion  père. 
-rr-C'éudt  aoe  entreprise  étrange  et  dangerèoee. 
—  Je  n'ai  jamais  été  pkis  consternée  qn'en  reoevant  cet  ordre, 
fOiqi'ebligeait  à  quitter  en  secret  un  oncle  anssi  bon  qn'aflectionné, 
poiB!  aller  je  ne  saiaoà.  Mais. je  ne  pontais  me  dispenser  d'obéir* 
Le  lien  du  ret^dec-TOos  m'était  ekirhaent  e9i|Mqné.  Une  preme* 
nade  à  minuit ,  dana  les  environs  d'an  endroit  o  j'étais  sAre  da 
trouvée  protection ,  n'étMt  rien  pour  moi ,  mais  la  précaution  qn*on 
avait  prise  de  placer  des  sentinéUes  à  la  porte  gênait  mes  projets. 
Je  fus  obligée  d'en  faire  confidence  à  quelqnes*uns  de*  mes  cousins 
Bîedemiany  qui  me  promirent  de  me  laisser  passer  et  repasser  sans 
■le  faire  ancnne  question.  ¥006  connaisseï  mes  cousins ,  ils  ont  nii 
MMD*  excellent,  mais  leurs  idées  sont  bornées ,  et  ib  sont  tont 
aos^i  incapables  d^un  sentiment  dé  délicatesse  généreuse /<[ue..» 
quecertaines autres  personnes. — Ici  elle  jeta  un  regard  sur  Annetto 
Veikhem. — Ils  exigèrent  ^ne  je  cacbassem<m  dessein  à  Si'gismond; 
et  comme  ik  cherchent  .toujours  à  rire  aux  dépens  de  ce  bon  et 
ample  jeune  IwBMne  y  ils  inaîstèrent  pour  que>je  passasse  près  de 
lui  de  manière  à  lui  persuader  que  j'étais  un  espnt ,  dans  l'espoir 
de  s'amuser  ^e  la  terreur  que  lui  causerait  ia  Toe  d'un  être  surna-* 
torel.  Je  fus  obligée  de  m'assura*  de  leur  discrétion  en  consentant 
à  tout  ce  qu'ils  me  demandaient;  et  dans  le  Mï,  j'avais  trop  de  re* 
gret  de  me  dérober  ainsi  à  mon  oaale  pour  songer  beaucoup  à  autre 
chose.  Mais  je  fas  bien  surpriéequand,  Contre  mon  attente ,  je 
TOUS  treuTui  de  garde  sur  le  pbnt  au  lien  de'Sigisbaond.  Je  ne  tous 
demande  pas  quelles  furoit  tos  idées  en  oe  moment. 

—  Le^  idées  d'un  fou,  d^un  tripie  fou.  Si  je  ne  l'avais  pas 
M ,  je  voaa^aurms  odsrt  de  vous  escorter ,  et  mes  armes. .  • 

—  Je  n'aurais  pas  accepté  votre  protection.  Le  but  de  mon  ex- 
earsion  devait ,  sous  tous  les  rapports ,  rester  secret.  Je  trouvai 
mon  père.  Une  entrevue- qa'ii  avait  eue  avec  Donnerhngel  avait 
changé  la  résolution  qu'il  avait  fbroiée  de  m'èmtaiener  avec  lui  cette 
nuit  même.  Cependant  je  le  rejÎNgnis  ce  Inatin  'de  bonne  heure , 
tandis  qu'Arinette  jouait  mon  rMe,  et  tenait  ma  place  à  la  suite 
de.ladéputatton  suisse  »  n^n  pèrone  v<ouknt  pas  qu^on  sût  quand 
et  viee  qui  j'avais  qui^  mou  onetei  6t  s6é  escorte.  Je  n'ai  pas 
besoin  de  vous  rappeler  que  je  vous  ai  vu  dans  votre  prison* 


320  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  Et  que  Toas  m'ayez  sairré  la  Tie ,  reoda  la  liberté* 

—  Ne  me  demandez  pas  la  raison, de  mon  silence.  J'agissais 
alors  d'après  les  ordres  des  antres ,  et  >non  d'après  ma  propre  vo- 
lonté. Ou  favorisa  yotre  fuite  ponr  établir  une  communication 
entre  les  Suisses  qui  étaient  bors  de  la  ville ,  et  les  soldats  qui  se 
trouvaient  dans  l'intérieur.  Après  votre  départ  de  la  Férette,  j'ap- 
pris de  Sigismond  Biederman  qu'un  parti  de  bandits  vovs  poarsoi- 
yait,  vous  et  votre  père»  dads  le  dessein  de  vous  dépouiller.  Mon 
père  m'avait  fourni  le  moyen  de  métamorphoser  Anne  de  Geiers* 
tein  en  baronne  allemande  ;  je  partis  sur*le»champ ,  et  je  m'ap- 
plaudis de  vous  avoir  donné  un  avis  qui  a  pu  vous  être  utile. 

—  Mais  mon  père  ?  dit  Arthur. 

—  J'ai  tout  lieu  d'espérer  qu'il  est  en  sûreté.  D*anti%s  qnemoi 
désiraient  le  protéger  ainsi  que  vous,  surtout  le  pauvre  Sigis- 
mond. F.t  maintenant  que  vous  avez  entendu  l'explication  de  tous 
ces  mystères,  Arthur,  il  est  temps  que  nous  nous  séparions,  et 
pour  toujours. 

—  Que  nous  nous  séparions  !  et  pour  toujours  I  répéta  Arthur 
d'une  voix  qui  semblait  être  un  écho  éloigné. 

— Le  destin  le  vent  ainsi.  J'en  appelle  à  vous^néme.  N'est-ce  pas 
votre  devoir  ?  c'est  aussi  le  mien.  Vous  (partirez  pour  Strasbourg 
an  lever  du  soleil,  et...  et...  nous  ne  nous  re verrons  plus. 

Cédant  à  une  passion  ardente  qu'il  ne  put  réprimer,  Arthur  se 
jeta  aux  pieds  d'Anne  de  Geierstein,  dont  la  voix  défaillante,  en 
prononçant  ces  derniers  mots,  prouvait  clairement  les  sentimens 
qui  l'agi  talent.  Elle  chefcba  des  yeux  Apnette,  mais  Annette  aTait 
disparu  en  ce  moment  très  critique  i  et  pendant  quelques  secondes 
sa  maîtresse  n'en  fut  peat-ètre  pas  fâchée. 

— Levez- vous,  Arthur,  levez- vous,  dit-elle;  ilnefantpasvoos 
abandonner  à  dos  sentimens  qui  pourraient  nous  être  funestes  à 
tons  deux. 

•^  Econtez-moi  avant  qpe  je  vous  dise  adieu.  •••  adieu  pour  toa* 
jours.  On  écoute  la  voix  d'un  accuséf  quelque  mauvaise  que  puisse 
être  sa  cause.  Je  suis  chevalier,  fils  et  héritier  d'un  comte  dontle 
nom  s'est  fait  connaître  en  Angleterre,  en  France,  et  partout  oi 
la  valeur  peut  procurer  de  la  renommée. 

—  Hélas!  dit  Anne  d'une  voix  faible,  je  nfi  soupçonnais  qn0 
depuis  trop  long-temps  ce  que  vous  m*a{yrenez.  Mais  levez-voos, 
levez- vous,  de  grâce  ! 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  321 

—  Pas  avant  que  vous  ne  m'ayez  entendn ,  répondit  Arthur  en 
lui  saisissant  unemain  qoi  tremblait  »  mais  qui  cherchait  à  peine  à 
se  dérober  aux  siennes.  Ecoutez-moi ,  ajouta-t-ii  ayec  la  chaleur 
d'un  premier  amour  qui  a  renyersé  les  obstacles  que  lui  oppo» 
saient  la  timidité  et  la  défiance  de  soi-même  ;  je  conviens  que 
mon  père  et  moi  nous  sommes  chargés  d'une  mission  très  dan- 
gereuse et  dont  Iq  succès  est  douteux.  Vous  en  apprendrez  bien- 
tôt le  résultat;  s'il  est  fatvorabley  tous  entendrez  parler  de  moi 
sous  mouTéritable nom  :  si  je  succombe,  je  dois...  je  puis...  oui, 
je  réclame  une  larme  d'Anne  de  Geiérstein.  Mais  si  j'échappe  an 
danger,  j'ai  encore  un  cheval,  une  lance,  une  épée,  et  vous  en- 
tendrez parler  noblement  de  celui  que  vous  avez  protégé  trois  fois 
contre  des  périls  imminens* 

—  Levez- vous,  levez-vous,  répéta  la  jeune  baronne,  dont  les 
larmes  commençaient  à  couler ,  et  tombaient  sur  la  tête  de  son 
amant  tandis  qu'elle  cherchait  à  le  relever.  J'en  ai  assez  entendu  ; 
vous  écouter  serait  le  comble  de  la  démence,  et  pour  vous  et 
pour  moi. 

—  Un  seul  ihpt  de  plus.  Tant  qu'Arthur  aura  un  cœur ,  il  battra 
pour  vous  ;  tant  qu'il  pourra  lever  un  bras ,  ce  bras  sera  prêt  à  vous 
défendre  et  à  vous  protéger. 

En  ce  moment,  Annette  rentra  précipitamment. 

—  Partez!  partez  I  s'écria-^ëlle.  Schreckenwald  est  de  retour; 
il  apporte  quelques  nouvelles  terribles,  et  je  crois  qu'il  vient  de 
ce  côté. 

Arthur  s'était  relevé  au  premier  signal  d'alarme. 

—  Si  votre  maîtresse  court  quelque  danger,  Annette,  dit-il, 
die  a  du  moins  près  d'elle  un  ami  sincère. 

Annette  regarda  la  baronne  avec  un  air  d'inquiétude. 

—  Maïs  Schreckenwald I  s'écria-t-elle;'  Schreckenwald,  l'in- 
tendant de  votre  père,  son  confident  I  Réfléchissez-y  bien  I  Je  puis 
cacher  Arthur  quelque  part. 

Anne  de  Geierstein  avait  déjà  recouvré  tout  son  calme,  et  elle 
répondit  avec  dignité  :         ' 

—Je  n'ai  rien  fait  qui  doive  offenser  mon  père.  Si  Schreckenwald 
est  Fintendant  de  mon  père ,  il  est  mon  vassal.  Je  n'ai  pas  besoin 
de  lai  cacher  qui  je  reçois  ici.  As&cyez-vous ,  signor  Arthur,  et  re- 
cevons cet  homme.  Qu'il  vienne  sur-le-champ,  Annette;  qq'il 

ai 


222  GHÀBUa  LE  TEMaÉRAIRB. 

nous  £asae  part  des  BoayeU«»  ^'il  apporte  ;  et  âiftika  qn^sa  me 
parlant ,.  il  se  sowwniie.  %D'il  paris  à  aa  maîtresao. 

Arthar  se  rassit  »  feBda.ejMMe>  plus  fier  d«  choix  qD'îi  acisaitSait, 
par  la  iiobkiiitrépidité4l'iuie)eiMie>persQiiiie  «pu  irenast  deprcmyer 
an  instant  auporavamt.  Qu'elle  élait  snaeeptiblé  daa  aentâmeos  les 
plos  doojL  de  son  seste... 

Annette ,  puisant  uu.uowEean  eourage  daua  la  temeté  de  aa 
msu  tresse  >  sortît  en  battant  des  imint»  et  on  diss^ià^denii-Toii: 
—  Après  tout ,  jç  vois  que  c'est  qn^ue  ebeee  que  d'élre  baronne, 
quand  on  peut  soutenir  sa  dignité  de  cette  maulère^u  Gfunment  ae 
iait-il  que.  cet  bomiue, grossier  m'ait Mt  une  teUefrayaor? 


CHAPITRE  XXni. 


L'affaire  dont  il  faut  trait«r  à  petit  brait , 
Qai,  comme  les  esprit*,  marehe  pendant b  nnlt» 
Bst  tout  a«tre  qv*  cell«  ayant  poar  carppl&re 
D'gUnr  droit  à  «90  bat  sans  craindre  la  Inmièra. 


La  peâte  compare  attendit  alom  bardiment  la  présence  de 
Pintendant.  Artbur,  flatté  et  encouragé  par  la  fermeté  qu'Anne 
ayait  montirée  lorstjue  l'arrivée  de  cet  iudividu  avait  été  anjioncée, 
réfléchit  à  la  bâte  sur  le  r&le  qu'il  devait  jouer  dans  la  scène  qoi 
allait  avoir  lien ,  et  il  résolut  prudemment  de  n'y  prendre  une  part 
active  et  personnelle  qu'autant  qu'il  verrait  ^  d'après  la  çondaite 
d'Anne  de  Geierstein,  que  cela  pourrait  lui  être  utile  ou  agréable, 
n  s'assit  donc,  à  quelque  distance  d'elle,  près  de  la  table  sar  la- 
quelle leur  souper  venait  de  leur  être  servi ,  déterminé  à  agir  de 
'  û  manière  que  les  regards  d*  Anne  lui  feraient  présumer  la  plus  sage 
et  la  plus  convenable.  Il  cbercha  en  même  temps  à  voiler  la  vive 
inquiétude  qu'il  éprouvait,  soUs  l'apparence  de  ce  calme  respec- 
tueux que  prend  un  homme  d'un  rang  inférieur  quand  il  est  admis 
en  présence  d'une  personne  bien  au-dessus  de  lui.  De  son  côté ,  la 
jeune  baronne  parut  se  préparer  à  une  entrevue  importante.  Un 
air  de  dignité  succéda  à  Textrême  agitation  qu'elle  avait  montrée 


QQAIILBS  U  TBMBiUIllE.  «S 

M  réotmoïent  •  et,  s'ocçupaat  à  traviuller  à  quekpiQ  •avrage  4e 
«on  se^,  die  «a^iUa  aussi  altendre  ayec  tranquillité  la  viaite  qui 
avait  diêfoaé  sa  MÛyaiita  à  eoQcayoir  laat  d'alarmea. 

Ob  enteucUt  qoelqa'iui  monter  l'eacalier  d'un  pas  précipitent 
négaly  oomme  s'il  eût  été  pressé  et  agité  en  même  temps^  La 
porte  s'oeyrit,  etkal  Schreckeawiriil  entra  dans  l'appartemeiit. 

Les  détails  doimés  à  Philipson  par  leLandamman  d'Uoderwald 
eut  déjà  fait  connaître  en  partie  œt  indiyida  à  nos  leoleare.  C'éi^t 
wn  bomme  de  grande  taiUe»  biea  fait»  et  avec  nn  air  militaire. 
$on  babil ,  semblable  à  celui  que  pt^taient  alors  en  Allemagne  les 
hommes  d'an  raiig  distingué ,  était  lestonné ,  tailladé ,  et  en  g^ 
néral  pies  orné  que  oelui  qui  était  adopté  en  France  e|  en  Angle- 
^erra,  I^  {Aame  de  founoQ  qm  déeorait  sa  loque»  sniyaut  Tesage 
omVersel,  était  attachée  par  nn  médaillon  d'er  fui  lia  ^enNlit 
4'agmfe.  a  pmtail  wn  pourpoint  de  peau  de  buffle»  oomn#  armure 
défamye  I  mais  9  en  phrase  de  tailleur»  galonné  sur  tontes  les  cou- 
lareas  e|  Ton  voyait  sur  sa.  poitrine  une  eha}ne  d'or»  emblème  du 
leiif  ^'il  <iceupail  dans  b  maîtan  du  b^reo.  Il  entra  à  la  h&t#, 
d'iw  fur  méoQu^ul  etaflUié»  et  dit  d*uu  tenaasea  groasîer  :  ^^ 
•Goqnnenl,  jeune  damel  QiieyeQt dire  eem j  Dpe  élvang^pn»  dansle 
^dukeiiu  à  une  pareille  beure  de  hi  imii;  1 

Anne  de  Geiecstmni  ipiotfn'ell*  tàt  été  leog^tiiepe  abseete  ée 
aen  paya  aatal,  en  eounais^ait  parCaitonieni  lea  bebitudes  et  l^ 
usages  ;  et  eÙe  savait  avec  quellebauleur  les  JH^bki  iMHÎeiKt  seitir 
leur  enierité  à  tent  ee  qui  dépendait  d'emu 

—  £tee>Tous  un  Taseal  d'ArubeiiHi  bal  Sehrec)c«ttwald?  lui 
dit-elle  »  et  oses^yous  parler  à  bi  baronne  d'Anibem»  dans,  a^n 
propre  ohateau  »  en  éWant  la  Yoix  »  ayee  un  air  iueelent  et  la  i4te 
eonyerte  ?  Songez  à  ce  que  yous  âtes  ;  et  quand  yous  m'aurez  de- 
mandé  pardon  de  yotre  impertinence  «  je  pourrai  écouter  çe^e 
yous  ayez  à  me  dire,  pouryu  que  yous  yous  eipliquiezen  termes 
eonyenables  à  yotre  oondition  et  à  la  mienne. 

La  main  de  Schreckenwald  se  porta  à  sa  toque  en  dépit  de  lui- 
même  ,  et  découyrit  son  front  hautain. 

—  Pardon,  noble  baronne,  dit-il  d'un  ton  un  peu  plus  doux ,  si 
ma  précipitation  m'a  fait  parler  d'an  .ton  trop  brusque,  mais  le 
cas  est  urgent.  Les  soldats  du  Rhingraye  yiennent  de  se  mutiner. 
Ils  ont  déchiré  le  drapeau  de  leur  maître ,  et  se  sont  ralliés  autour 
d'une  bannière  indépendante  qu'ils  appellent  l'enseigne  de  Saint- 


324  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Nicolas.  Ils  déclarent  qu'ils  maintiendront  la  paix  avec  Diea ,  mais 
qu'ils  feront  la  guerre  à  tout  lé  monde.  Ce  château  ne  peut  leur 
échapper,  car  ils  disent  que  la  première  chose  qu'ils  aient  à  feire^ 
€:3tde  s'emparer  d'une  place  forte  pour  s'y  maintenir.  Il  faut  donc 
que  vous  partiez  d'ici  au  point  du  jour.  En  ce  moment ,  ils  s'oe- 
capent  à  boire  le  vin  des  paysans  ;  ils  s'endormiront  ensuite ,  mais 
en  s'éyeillant  ils  marcheront  indubitablement  vers  ce  château,  et 
TOUS  pourriez  tomber  entre  les  mains  de  gens  qui  ne  s'inquièteroiit 
pas  plus  delà  terreur  qu'inspire  Arnheim,  que  des  fictions  d'im 
conte  de  fée,  et  qui  ne  feront  que  rire  des  prétentions  de  la 
maîtresse  du  château  à  être  honorée  et  respectée;    * 

— Est-il  donc  inipossible  de  leur  résister  ?  Ce  château  est  fort, 
el  il  me  répugne  d'abandonner  la  demeure  de  mes  pères  sabs  es- 
sayer de  la  défendre. 

—  Cinq  cents  hommes  de  garnison  pourraient  suffire  pour  en 
défendre  les  tours  et  les  murailles  ;  mais  l'entreprendre  ayec  nn 
moindre  nombre ,  ce  serait  le  comble  de  la  folie  ;  et  je  ne  sais 
comment  m'y  prendre  pour  rassembler  une  vingtaine  de  soldats. 
Et  maintenant  que  vous  savez  toute  l'histoire,  permettez-moi  de 
vous  prier  de  congédier  cet  étranger,. bien  jeune,  à  ce  qu'il  me 
paraît,  pour  être  admis  chez  une  dame  comme  vous.  Je  lui  moH- 
trerai  le  chemin  le  plus  court  pour  sortir  du  château  ;  car,  dans 
le  cas  urgent  où  nous  nous  trouvons,  nous  devons  nous  contenter 
de  songer  à  notre  propre  sûreté. 

— Et  où  vous  proposez-vous  d'aller?  demanda  la  baronne,  con- 
servant toujours  à  l'égard  de  Schreckenwald  cet  air  d'autorité  ab- 
solue auquel  il  cédait  avec  quelques  marques  d'impatience,  comme 
un  cheval  fougueux  trépigne  sous  un  cavalier  en  état  de  le  maîtriser. 

-^  J'ai  dessein  d'aller  à  Strasbourg ,  c'est-à-dire  si  vous  le  trou- 
vez bon ,  avec  telle  escorte  que  je  pourrai  rassembler  d'ici  au 
point  du -jour.  J^espère  que  nous  pourrons  passer  sans  être 
aperçus  par  les  mutins  ;  et ,  si  nous  en  rencontrons  quelque  déta* 
chement,  je  crois  qu'il  ne  nous  sera  pas  difficile  de  forcer  le  passage. 

—  Et  pourquoi  préférez-vous  chercher  un  asile  à  Strasbourg 
plutôt  qu'ailleurs? 

— -Parce  que  je  crois  que  nous  y  trouverons  le  père  de  Votre 
Excellence ,  le  noble  comte  Albert  de  Geierstein. 

— C'est  bien,  répondit  la  jeune  baronne.  Signor  Philipson,  je 
crois  que  vous  parliez  aussi  de  vous  rendre  à  Strasbourg.  Si  cela 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  325 

Tons  conviçnty  tous  pourrez  profiter  de  la  protection  de  mon  es^ 
corte  poar  gagner  cette  Tille,  où  vous  devez  rejoindre  votre  père. 

On  croira  aisément  qu'Arthur  accepta  avec  grand  plaisir  une 
offre  qui  devait  prolonger  le  temps  qu'il  avait  à  passer  dans  la 
compagnie  d'Anne  de  Geierstein,  et  qui  pouvait,  comme  sa  vive 
imagination  le  lui  suggéra,  lui  fournir  l'occasion  de  lui  rendre'quel- 
que  important  service  sur  une  Iroute  pleine  de  dangers. 

Ital  Schreckenwald  voulut  faire  des  représentations. 

— Noble  baronne,  dit-il  en  donnant  de  nouvelles  marques  d'im- 
patience... 

—  Respirez  à  loisir,  Schreckenwàld ,  dit  Anne ,  et  vous  serez 
en  état  de  vous  exprimer  distinctement  et  avec  le  respect  conve- 
nable. 

Le  vassal  insolent  jura  entre  ses  dents ,  mais  répondit  avec  une 
civilité  contrainte  :  » 

— ;  Permettez-moi  de  vous  faire  observer  que  notre  situation 
exige  que  nous  n'ayons  à  songer  qu'à  vous  seule.  Nous  ne  serons 
pas  en  trop  grand  nombre  pour  vous  défendre ,  et  je  ne  puis  per- 
mettre à  aucun  étranger  de  voyager  avec  nous. 

— Si  je  croyais  que  ma  présence  dAt  être  nuisible  ou  même  in- 
utile à  la  retraite  de  cette  dame ,  dit  Arthur,  rien  an  monde,  sire 
écuyer,  ne  pourrait  me  déterminer  à  accepter  son  offre  obligeante. 
Hais  je  ne  suis  ni  une  femme  ni  un  enfant;  je  suis  dans  toute  la 
force  de  l'âge ,  et  disposé  à  payer  de  ma  personne  pour  la  défense 
de  votre  maîtresse. 

— Si  nous  ne  devons  pas  douter  de  votre  courage  et  de  votre 
savoir-faire,  jeune  homme,  répliqua  Schreckenwàld,  qui  nous  ré- 
pondra de  votre  fidélité  ? 

--  En  tout  autre  lieu ,  s'écria  Arthur^  il  pourrait  être  dange- 
renx  d'en  douter. 

Aune  se  hâta  de  les  interrompre. — Puisque  nous  devons  partir 
âe  si  grand  matin,  dit-elle,  il  est  temps  d'aller  prendre  quelque 
repos  ;  et  cependant  il  faut  nous  tenir  sur  nos  gardes  en  cas  ^'alarmev 
Schreckenwàld,  je  compte  sur  vos  soins  pour  placer  quelques 
sentinelles  sur  les  murailles.  Je  présume  que  vous  avez  assez  de 
monde  pour  cela;  et  éeoutez-moi  bien.  Mon  bon  plaisir,  ma  vo- 
lonté est  que  cet  étranger' loge  ici  cette  nuit,  et  qu'il  voyage  de- 
main avec  nous.  Votre  devoir  est  d'obéir  à  mes  ordres,  et  j'en 
serai  responsable  à  mon  père»  J'ai  eu  l'occasion  de  connaît]:e  ce 


SSB  CtlAtlLES  LE  tÉMËRAmfi. 

jeune  homme  et  son  père,  qui  ont  passe  quelque  temps  chez  mon 
onclA  le  Landamman.  Vous  le  placerez  à  yotre  côté  penémt  le 
TdyagOy  et  je  voos  ordonne  d'avoir  poor  loi  aiita!&t  de  politesse 
qtte  le  permettra  la  rudesse  de  totre  caractère. 

liai  Schreekenwald  la  salua  avec  respect ,  mais  en  kii  adressant 
un  regard  plein  d'ameitume  qu'il  serait  difRetle  de  décrire  ;  car  il 
exprimait  le  dépit,  an  or^^eil  humilié  et  nne  seumissioti  forcée. 
Il  obéit  pourtant,  et  il  oondaîsit  Aithnr  dans  une  chambre  où  il 
trouva  nu  bon  lit ,  qui ,  apf^s  l'&^tation  et  les  fiitîgues  qu'il  avait 
éprouvées  la  journée  précédente,  ne  lui  fut  nullement  dés» 
agréable. 

Malgré  l^impatience  avec  laquelle  il  attendait  te  poitft  da  joflr, 
l'excès  de  la  fatigue  le  plongea  dans  un  profond  sommeil  qui  da» 
mit  encore  quand  il  fut  éveillé,  à  l'instant  oh  te  finnameat  se  tei- 
gnait d'une  couleur  de  rose  du  côté  de  l'orient,  par  4a  voix  de 
Sehreekenwald,  qui  s'écriait  :  — Debout,  sire  Anglais,  debout,  à 
vous  voulez  payer  de  votre  personne,  eomaye  vous  vous  en  êtes 
vamé.  Nous  devrions  déjà  être  tn  selle,  et  nous  n'attendras  pM 
les  paresseux. 

Se  lever  et  sliahiller  ftit  pour  Arthur  fat^re  ë^ttù  instant  : 
il  n'oublia  pas  de  mcftu^  sa  cotte  de  maS^es,  et  de  se  munir  des 
armes  nécessaires  pour  joueir  un  rôle  actif  dans  l'escorte ,  S'ilélMt 
nécessaire.  Il  courut  ensuite  à  l'écurie  pour  faire  seller  son  cheval  ; 
et  comme  il  travel*8ait  les  corridors  du  rez-de-chaussée  poar  se 
rendre  dans  la  cour ,  il  entendit  Annette  Yeilchem  lui  dîre  à  demi'^ 
TOix: 

.  -^  Par  ici ,  signer  PhiHpson  ;  j'ai  besoin  de  vous  parler.  Et  «a 
même  temps  la  jeune  suivante  lui  fit  signe  d'entrer  dans  une  petite 
chambre  où  il  se  tronva  seiïl  avec  elle.  ' 

—  N'avez-vous  pas  été  surpris,  lui  dit-elle,  de  voiriiafa taaî* 
tresse  se  faire  si  bien  obéir  par  Ital  Sehreekenwald ,_  tfni  ft^ppe  de 
terreur  tous  les  autres  avec  son^ir  Csirouche  et  son  le»  bourra?  H 
me  semble  qu'il  lui  soit  si  naturel  de  commander ,  qv'to  lieu  d'elle 
baronne  elle  devrak  être  impératrice.  Il  Caut^ue  œ^  soit  dû  à  la 
naissance,  après  toat  ;  ear  hier  soif  j'ai  easaifé  de  prendre  «rn  air 
imposant,  comme  ma  maltresse,  et,  le eroirez-voiis ,  cett«  brate 
de  Sehreekenwald  m'a  menacée  de  me  jt^tel"  par  la  fbnétre;  msis  A 
jaMaass  je  retisis  Martin  Spremger,  je  saurai  si  le  bras  ^'un  SnisflS 
a  <fe  la  fMNM  >  et  s'il  est  en  écsn  de  jouer  du  bfiteti^  Mais  jfim'^oM» 


cbahles  le  têhéraiiib.  m 

iû  à  jaser  tandis  qae  je  derrak  Toas  dire  que  ma  maîtresse  dësm 
TOUS  voir  nà  instant  avant  4|ne  nous  mentions  à  cheval. 

—  Votre  mattressei  s'écria  Aitbur  en  tressaiUant  ;  penr^ttoi 
avez-Yons  asam  perdu  le  temps?  Que  ne  me  TaTCK-Tous  dit  pins 
tôt? 

—  Parce  que.  je  n'étais  chargée  que  de  tsos  retenir  iei  jusqu'à 
ce  ^'elle  viot»  et...  et  hi  voilà. 

Anne  de  Geientein  entra  en  ooetnme  de  rsyage.  Annettey  ton^ 

jomrs  disposée  a  fure  pour  les  aam»ee  qu^Uenni^  vonla  qu'on 

fît  poor  ette,  fit  an  meavement  pour  sortir  de  Tappartement  ;  mais 

sa  mutiesse,  qui  avait  ^mleminent  pris  son  pairti  sur  ce  quHriio 

aYait  à  dire  on  à  faire,  Ini'Oidonna  positivement  détester. 

— Je  snis  sâre»  dit-cUe,  qne  la  signor  PhiUpson  imerpfétem 
convenablonent  le  «entiment  d'iiospitalité,  je  pvis  dire  d'amîtié, 
qoi  m'a  eDa^iêchée  dé  sonffiîr  qu'en  le  congédiât  de  mon  ehâtean  i 
et  qai  m'a  détermiiiéo  à  ko  penneitve  de  m'accompagner  snr  la 
Toote  un  peu  dangereuse  de  Strasboufg.  A  la  porto  de  cette  ville , 
nous  nons  séparerons,  BU>i  ponr  aller  joindre  mon  père ,  vons 
pour  vons  mettre  sons  les  ordres  da  vdtre.  A  compter  de  ce  mo^ 
ment ,  tout  rapport  finit  entre  aonsi  et  mms  ne  devons  nons  son^ 
vetnr  l'un  de  l'antre  que  oonme  aons  pensons  aux  amis  dont  la 
mort  nous  a  privés. 

—  Il  est  de  tendres  souvenirs  »  dit  Arthur  d^un  ton  passionné , 
qui  sont  pins  charsà  nos  cœmrs  qae  tons  ceux  qne  k  tombeau  peut 
nous  offrir. 

—  Pas  un  mot  sur  ce  ton ,  reprit  la  baronne.  Tontj^  illusion  doit 
finir  avec  la  nuit,  et  la  raison  doit  s'éveiller  avec  Taurore.  Encore 
un  mot.  Ne  m'adressez  pas  la  parole  snr  la  route;  en  le  fiiisant 
vous  pourries  m'e^qioser  à  des  soupçons  désagréables  et  injurieux/ 
vouis  attirer  des  querelles  »  et  courir  des  dangers.  Adieu,  notre 
escorte  est  prête  à  monter  à  cheval. 

Elle  sortit  de  l'appartement,  et  y  kmss  Arthur  en  proie  au  dés* 
appointement  et  à  la  tristesse.  La  patience ,  il  oSa  mémo  dire  k 
manière  fiiYorable  avec  laquelle  ^ne  de  Geîerstein  avait  éeouté 
la  veille  l'aveu  de  sa  passion,  ne  l'avait  pas  préparé  à  l'air  do 
réserve  et  de  retenue  qu'elle  lui  montrait  maintenant.  Il  ignorait 
qu'un  oœnr  noble ,  quand  la  sensibilité  et  la  passion  l'ont  écarté 
un  instant  du  sentier  des  principes  ot  du  devoir,  s'efforce  de  r& 
parer  cette  faute  en  y  rentrant  sttr*le*champ,  et  en  suivant  pfam 


328  CHARLES  lE  TÉMÉRAIRE/ 

exactement  la  ligne  droite  qu'il  a  un  moment  quittée.  Il  jeta  XSt 
regard  douloureux  sur  Annette,  qui,  de  même  qu'elle  était  entrée 
dans  cette  chambre  avant  sa  maîtresse  ^  avait  pris  la  liberté  d^ 
rester  une  minute  après  son  départ  ;  mais  il  ne  trouva  aucune 
consolation  dans  les  yeux  de  la  suivante^  qui  semblait  aussi  décon- 
certée qu'il  l'était  lui-même.  , 

—  Je  ne  puis  concevoir  ee  qui  lui  est  arrivé^  dit  Annette;  elle 
me  témoigne  autant  de  bonté  que  jamais  ;  mais  à  l'égard  de  tout 
aatre^  elle  est  baronne  et  comtesse  jusqu'au  bout  des  doigts.  Et 
maintenant  voilà  qu'elle  commence  à  tyranniser  ses  propres  senti- 
mens,  qui  sont  si  naturebl  Si  c'est  là  de  la  grandeur,  Annette 
Yeilcheni  .espère  bien  rester  toujours  une  simple  montagnarde  ne 
possédant, pas  un  sou  :  elle  est  maîtresse  d'elle-même  du  moins; 
elle  est  libre  de  causer  avec  son  amoureux  quand  bon  lui  semble^ 
pourvu  que  la  religion  et  la  modestie  n'aient  point  à  se  plaindre  de 
cette  conversation.  Oh!  une  marguerite  placée  dans  mes  cheveux 
me  paraît  au-dessus  de  toutes  les  opales  de  l'Inde ,  si  ces  joyaux 
nous  obligent  à  faire  notre  tourment  et  celui  des  autres ,  et  nous 
empêchent  de  dire  ce  que  nous  pensons  quand  nous  avons  le  cœur 
sur  les  lèvres.  JMais  ne  craignez  rien  y  Arthur  ;  si  elle  a  la  cruauté 
de  vouloir  vqus  oublier ,  vous  pouvez  compter  sur  une  amie ,  qui, 
tant  qu'elle  aura  une  langue,  et  que  Anne  pourra  l'entendre,  la 
n^ettra  dans  l'impossibilité  d'y  réussir. 

.A  ces  mots,'  Annette  se  retira  après  avoir  indiqué  à  Arthur  un 
corridor  par  lequel  il  pourrait  arriver  à  la  cour  des  écuries.  Il  y 
trouva  son  cheval  sellé  et  harnaché,  sdnsi  qu'une  vingtaine  d'au- 
tres. Douze  étaient  couverts  d'une  armure  défensive,  étant  destinés 
à  un  pareil  nombre  d'hommes  d'armes,  vassaux  de  la  Bamille 
^Arnheim,  que  le  sénéchal  avait  réussi  à  réunir  pour  ce  service. 
Deux  palefrois,  distingués  par  la  magnificence,  de  leurs  harnais, 
attendaient  Anne  de  Geierstein  et  ssk  suivante  favorite.  Les  autres 
chevaux  étaient  pour  les  domestiques  et  les  servantes^  Au  signal 
qui  fut  donné,  les  soldats  prirent. leurs  lances  et  se  placèrent 
chacun  près  de  sa  monture ,  pu  ils  restèrent  jusqu'à  ce  que  la 
baronne  fût  à  cheval  ainsi  que  ses  dQmestiques-.Ils  se  mirent  alors 
en  selle,  et  commencèrent  à  marcher  à  pas  lents  et  avec  précau- 
tion. Schreckenwald  était  en  avant,  ayant  à  son  côté  Arthur  Phi- 
4ipson.  Anne  et  sa  suivante  marchaient  au  centre  de  l'escorte, 
suivies  par  la  troupe  peu  belliqueuse  des  domestiques,  et  deux  ou 


CHARLES  LE  TÉftlÉRAIRE.  329 

trois  cavaliers  expériQientés  formaient  l'arrière-garde,  ayec  ordre 
de  prendre  les  mesures  nécessaires  pour  être, à  l'abri  de  toute 
surprise.  ,       .     * 

Lors^'on  fut  en  marche,  la  première  chose  qui  surprit  Arlhur 
fut  de  ne  pas  entendre  le  son  aigu  et  retentissant  que  rendent  les 
pieds  des  che^ux  lorsque  leurs  fers  sont  en  contact  avec  la  pierre; 
mais  quand  le  jour  commença  à  paraître,  il  s'aperçut  qu'on  leur 
ayait  soigneusement  entouré  les  pieds  de  laine.  C'était  une  chose 
singulière  que  de  voir  cette  petite  troupe  descendre  le  chemin 
rocailleux  qui.  conduisait  du  château  dans  la  plaine ,  sans  faire 
entendre  ce  bruit  que  nous  sommes  disposés  à  considérer  comme 
inséparable  des  mouyemens  de  la  eavalerie,  et  dont  l'absence 
semblait  donner  un  caractère  particulier  et  presque  surnaturel  à 
cette  cavalcade. 

Ils  suivirent  ainsi  le  sentier  sinueux  du  château  d'Amheim  au 
village  voisin  y  qui,  conformément  à  l'ancienne  coutume  féodale, 
était  situé  si  près  de  la  forteresse,  que  ceux  qui  l'habitaient,  lors- 
qu'ils en  étaient  requis  par  leur  seigneur,  pouvaient  en  quelques' 
instans  accourir  à  sa  défense;  mais  il  avait  alors  des  habitans  tout 
différens,  étant  occupé  par  les  soldats  révoltés  du  Rhingrave. 
Quand  l'escorte  approcha  de  l'entrée  du  village,  Scbreckenwald 
fit  un  signe ,  et  l'on  fit  halte  à  l'instant.  Il  marcha  alors  en  avant, 
accompagné  d'Arthur,,  pour  faire  une  reconnaissance ,  tous  deux 
s'avançant  avec  mesure  et  circonspection.  Le  plus  profond  silence 
régnait  dans  les  rues  désertes.  On  y  voyait  çà  et  là  uxi  soldat  qui 
paraissait  avoir  été  mis  en  sentinelle,  mais  tous  étaient  profondé- 
ment endormis. 

—  Les  pourceaux  de  mutins  I  dit  Schreckenwald.  Quelle  bonne 
garde  ils  font,  et  quel  joli  réveil-matin  je  leur  donnerais,  si  mon 
premier  objet  ne  devait  pas  être  de  protéger  cette  péronnelle  aca- 
riâtre I  Etranger,  restez  ici  tandis  que  je  vais  retourner  pour  faire 
avancer  l'escorte.  Il  n'y  a  aucun  danger. 

A  ces  mots,  .Schreckenwald  quitta  Arthur,  qui,  resté  seul  dans 
la  rue  d'un  village  rempli  de  bandits ,  quoique  endormis  en  ce 
moment,  n'avait  pas  lieu  de  se  regarder  comme  en  parfaite  sûreté. 
Quelques  rimes  de  chanson  à  boire,  que  quelque  ivrogne  répétait 
en  rcvant,  ou  le  grondement  de  quelque  chien  du  village,  semblait 
pouvoir  servir  de  signal  à  cent  brigands  pour  se  lever  et  se  montrer 
à  lui.  Mais  au  bout  de  deux  on  trois  minutes ,  la  cavalcade  silen* 


SIO  GHA^RLES  LE  TÉMÊRAHIB. 

oMiey  oondaile  par  Ital  Schreekenwald,  lerejoigin^ty  et  svmtflMi 
cbef  y  en  prenant  les  pins  grandes  précantions  ponr  se  donner 
aucune  alarme.  Tout  alla  bien'jusqu^à  ce  qu'ils  arrivassent  à 
l'antre  hwn  ém  TÎUa^;  mais  alors,  quoique  i^  Bemrèn^HmiUr^ 
qui  y  étak  de  garde  iSm  aussi  i«rre  «t  aussi  assoupi  que  ses  compa- 
gnons, «n  gros  chien  oouehë  près  de  lui  fut  plus  y^ikiit.  Dès  que 
la  petite  troupe  «pprocha,  Tanimal  ponssa  des  hnrleraens  furieux, 
capables  d'<éyieîtler  les  Sept-l>onKaQS  ^,  "et  qui  interrompîrenteffeo- 
tivement  le  sommeil  de  son  maître.  Le  ^dat  prit  sa  carabine  et 
lâcha  son  «coup  sans  sav^  ni  pourquoi,  ni  «outre  qui.  La  balle 
frappa  pourtant  le  eheral  d' Arthmr  ;  l'anmal  temba ,  et  la  seati- 
neÛe  se  précipita  sur  le  euvalier  renversé,  soit  pour  le  tuer,  soit 
pour  le  fiiire  prisonnier. 

—  En  ayant ,  soldats  d'Amheim  !  s'écria  SchrectkenwaM  ;  ne 
songez  qu'à  4a  sftreté  de  votre  wattresse  1 

-^  ArrèteE  !  je  tous  ^ordonne  ;  secourez  l'étranger!  sur  TOtre 
yie  f  s'écria  Anne  d'une  voix  qm ,  -quoique  natnréUement  douce ,  se 
£c  entendre ,  comme  le  son  4'un  clairon  d'argent ,  de  tous  ceox 
qm  l^entoursûent.  Je  ne  ferai  pas  un  seul  pas  qu'U  ne  -soit  hors  de 
danger. 

SohreciBenwald  Avait  déjà  îmX,  sentir  l'aiguillon  à  son  eooràer  ; 
mais  voyîmt  qu'Anne  révisait  d'avancer,  il  revint  sur  ses  pas, 
saisit  mi  cheval  sellé  et  bridé  qui  était  attaché  à'un  piquet,  en 
jeta  les  rênes  à  Arthur,  et  poussant  le  sien  en  même  temps  entre 
l'Anglais  et  le  soldat ,  il  força  'celui*ei  à  lâcher  prise.  A  l'instant 
même  Pfailipson  se  mit  en  selle ,  «t  le  lansquenet  se  précipitant 
encore  sur  lai  pour  le  saisir,  il  prit  une  hache  d'ames  qui  était 
suspendue  à  l'arçon  de  la  selle  de  sa  nouvelle  monture ,  et  lui  en 
porta  un  coup  qui  le  renversa.  Toute  la  tronpe  partit  alors  as 
galop,  car  l'alarme  commençait  à  se  répandre  dans  le  village,  et 
l'on  voyait  quelques  soldats  sortir  des  nmisons ,  et  se  disposer  à 
monter  à  cheval.  Avant  que  Schreckenwald  et  le  eortége  eussent 

&it  an  «dlle ,  Us  entendirent  plus  <Pnne  fois  le  son  des  cors,  et 

« 

i:  Lîtténrteiuent ,  «c«e)ui  qui  -porte  irao  pean  A'vnrs ,  sobrîqti«t  tjuVn  donne  aux  soldats  «Ih* 
maads.  (JVa(«  dt  V Auteur.)  —  C'est  on  terme  de  i^épm.J 

a.  Cette  allusion  aux  Sept  Dormans  revient  souvent  dans  les  romans  de  Walter  Scott,  C'est  an* 
lé^eade  duétienne ,  qui  à  passé  d«iia  le««iMet//«ar  oiienttU  Scm»  teaAguc  de  Diéeina , des  jeunes gem 


Balnm  «Sans  to  paraG»  ^e  Bbhomet. 


GHARLBS  UE  TÉHERUBS.  tôt 

étant  amTés  sur  le  ha«t  d'une  jéntnence  doBÛnant  le  TîHage»  le 
chef  9  qui ,  pendant  oette  seiraiie,  s'éudt  placé  à  rarriàre^garde, 
&  haUe  poor  reconnaître  l'ennemi  laîaaé  en  arrière.  Tool  était  en 
confusion  et  en  tomuke  dans  la  rue ,  mais  on  ne  paraissait  paa  99 
flippoflrr  à  ka  po9rsai?rcu  SohreckftnwaU  conlînva  donc  sa  roule 
le  kmg  de  la  rivière^  aai»  pourtant  aller  aasee  TÎte  poor  mettan» 
hanes  de  sorvîoa  le  pins  manYaia  cheTal  do  t#«te  la  troupe* 

Aptèa  jiiaê  de  deux  heures  de  marche  »  Sobrecàeawald  reprit 
aaaea  de  confianee  pour  cHrdonner  «ne  halle  derrière  un  petit  boii' 
qoHSOitirrait  sa  Ireope ,  afin  que  les  cheranx  et  les  cayaliers  puaaenl 
se  repoasr  et  prendre  quelqne  nfinrriinre  ;  car  il  arait  en  soin  de 
se  ttnnir  de  fourrage  et  de  provisic»».  Après  nwir  en  une  courte 
emyenation  avec  la  baronnet  ^  rerint  trouver  son  compagnon  de 
ToyàgOy  qu'il  contiauait  à  traiter  avec  une  eiviàîté  grossière.  B 
TinTita  même  à  partager  les  rairaitofaisseniens  dont  il  était  penrvu , 
et  qiâ  notaient  pas  pfa»  recherehés  que  ceux  des  simjdes  cMm^ 
litts  ,  mais  qui  étaient  accompagnés  d'un  flacon  de  TÎn  plus  choisi. 

^^  A  votre  saaté>  mon  frère ,  ditnil  à  Arthor ;  si  vous  racontes 
avec  vérité  l'iiistoire  de  notre  voyage ,  vous  conviendrez  que  Je 
me  sniscondnità  veiartt<égard  en  hon  camarade,  ily  a  denx  heures , 
en  traversant  le  village  d'Amheim. 

— Je  ne  le  nierai  jamais ,  Monsieur,  répondit  Arthur  Philipson  » 
et  je  vem  remercie  de  m'avoir  seeoara  fort  à  prefos.;  n'impMte 
q«e  vcons  l'ajrea  fait  par  ordre  de  votre  maîtresse ,  ou  de  votre 
propre  volonté. 

-^  Oh  !  ohl  l'emiJ  s'écria  Sdupeckenwald  en  riant  ;  vous  étesun 
philosophe ,  et  veospouves  faire  des  distixiGtions  pendant  que  voire 
cheval  eit  abattu  sur  vous  et  qu'un  Baafvn-Hdntêr  vous  tient  le 
sabre  sur  la  gorge  1  £h  bien  I  puisque. votre  esprit  a  fait  cette  dé* 
couverte ,  je  me  soucie  peu  que  vous  sachiez  que  je  ne  me  secais 
fait  ancmi  sornpule  de  sacrifier  vingt  figures  imbert>es  cenmie  la 
vôtre ,  plntèt  que  de  laisser  courir  le  moindre  danger  à  la  jeune 
baronne  d'AtnheJun. 

-t**  Ce  sentiment  est  si  juste  ^qne  je  ra|)pronve,  répliqua  Phi- 
lipson >,  qnoiqiœ  vous  enssieE  pu  l'exprimer  d'ane  manière  nmins 
grossière* 

En  faisant  oette  réponse^  Artfaiar,  piqoé  de  l'insolœccf  de 
SdhreekenwaUL»  éleva  un  peu  la  voix.  Cette  circonstance  lut  re-» 
mnrfaée»  om  au  même  instœt  Aonette  VeilcheBi  arriva  près 


333  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

d'eux  f  et  lear  ordonna  à  tons  deox  ,  de  la  part  de  sa  maîtresse ,  de 
parler  pins  bas ,  on  plut&t  de  garder  tont-à-Mt  le  silence. 

—  Dites  à  votre  maîtresse  que  je  vais  être  muet,  répondit 
Arthnr. 

—  Notre  maîtresse ,  la  baronne ,  continua  Annette ,  en  àppnyant 
sur  ce  titre  y  auquel  elle  commençait  à  attribuer  l'influence  d'un  ta- 
lisman; la  baronne,  Yous  dis<je,  prétend  que  le  silence  est  très 
important  à  notre  sûreté;;  car  il  serait  dangereux  d'attirer  sm 
cette  petite  troupe  fugitive  l'attention  des  voyageurs  qui  peuvent 
passer  sur  la  route  pendant  que  nous  faisons  cette  halte  indispen- 
sable. Les  ordres  de  la  baronne  sont  donc  que  vous  continuiez  à 
fournir  de  l'occupation  à  vos  dents  le  plus  vite  possible ,  mais  que 
vous  vous  absteniez  de  donner  de  l'exercice  à  vos  langues  jusqu'à 
oé  que  nous  soyons  en  lieu  de  sûreté. 

—  La  baronne  est  prudente ,  dit  Ital  Schreckenwald ,  et  sa  sm> 
vante  a  de  l'esprit.  Annette ,  je  bois  un  verre  de  vin  de  Ruders- 
beimer  à  la  continuation  de  sa  sagacité ,  et  à  celle  de  votre  ai- 
mable vivacité.  Vous  plaira-t-il  de  m'en  foire  raison  ^  en  buvant 
avec  moi? 

—  Fi  donc  y  tonneau  allemand!  fil  flacon  de  vin  éternel! 
Avez-vous  jamais  vu  une  fille  modeste  boire  du  vin  avant  le 
'^ner? 

—  Eb  bien  !  tu  n'en  éprouveras  pas  les  inspirations  généreuses; 
conteute-toi  de  nourrir  ton  humeur  satirique  avec  du  cidre  adde 
ou  du  petit-lait  aigre. 

Après  avoir  pris  quelques  instans  pour  se  rafraîchir,  les  voya- 
geurs remontèrent  à  cheyal ,  et  ils  marchèrent  avec  une  telle  célé- 
rité ,  que  f  long-temps  avant  midi,  ils  arrivèrent  à  la  petite  ville 
fortifiée  de  Kehl,  située  en  face  de  Strasbourg  sur  la  rive  droite 
du  Rhin. 

C'est  aux  antiquaires  du  pays  qu'il  appartient  de  découvrir  si 
nos  voyageurs  firent  la  traversée  de  Kehl  à  Strasbourg  par  le  cé- 
lèbre pont  de  bateaux  qui  sert  aujourd'hui  de  moyen  de  communi- 
cation entre  les  deux  rives ,  ou  s'ils  passèrent  le  Rhin  de  quelque 
autre  manière  ;  il  nous  suffira  de  dire  qu'ils  le  traversèrent  en 
sûreté.  Dès  qu'ils  forent  sur  l'autre  rive ,  soit  que  la  baronne  crai- 
gnît qu'Arthur  n'oubliât  l'ayis  qu'elle  lui  avait  donné ,  qu'ils  de- 
vaient se  séparer  en  cet  endroit,  soit  qu'elle  crût  pouvoir  lui  dire 
encore  quelques  mots  à  l'instant  de  le  quiuer ,  Avant  de  remonter 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  333 

achevai,  elle  s'approcha  du  jeune  Anglais  y  qui  ne  prévoyait  que 
trop  ce  qu'il  allait  entendre. 

—  Jeune  étranger,  lui  dit-elle,  je  dois  maintenant  tous  faire 
mes  adieux.  Mais  permettez-moi  d'abord  de  tous  demander  si  tous 
saTez  où. tous  dcTCz  chercher  TOtre  père? 

—  Il  m'a  donné  rendez-TOUS  dans  une  auberge  à  renseigne  dû 
Cerf- Ailé ,  répondit  Arthur  aTec  un  ton  d'accablement  ;  mais  je 
ne  sais  pas  dans  quelle  partie  de  cette  grande  Tille  elle  se  trouTe. 

— Connaissez-Tous  cette  auberge,  Ital  Schreckenwald? 

— Moi,  noblebaronne  !  non.  Je  ne  connais  ni  Strasbourg,  ni  les 
auberges  de  cette  Tille  ;  et  je  crois  qu'aucun  de  nos  gens  n'est  plus 
saTant  que  moi. 

—  Do  moius  TOUS  parlez  allemand  ainsi  qu'eux,  reprit  la  ba- 
ronne d*un  ton  sec,  et  tous  pouTCZ  prendre  des  renseignemens 
plus  facilement  qu'un  étranger.  Chargez-TOus-en,  Monsieur,  et 
n'oubliez  pas  que  l'humanité  pour  un  étranger  est  un  devoir  re- 
ligieux. 

En  IcTant  les  épaules  de  manière  à  prouTer  que  cette  mission  ne 
loi  plaisait  guère,  Ital  alla  &ire  quelques  enquêtes;  et  quelque 
courte  que  fût  son  absence,  elle  fournit  à  Anne  de  Geierstein  Toc- 
casion  de  dire  en  secret  à  Arthur  :  '—  Adieu  !  adieu  I  Acceptez  ce 
gage  d'amitié  et  portez-le  pour  l'amour  de  moi.  Puissiez«T0usétre 
heureux! 

Ses  doigts  déliés  lui  glissèrent  dans  là  main  un  très  petit  pa« 
qnet.  Il  se  retourna  pour  la  remercier,  mais  elle  était  déjà  à  quel- 
que distance ,  et  Schreckenwald,  qui  Tenait  de  reprendre  sa  place 
à  son  côté ,  lui  dit  aTec  le  ton  dur  qui  lui  é  tait  ordinaire  : — Allons; 
venez  I  j'ai  trouTé  TOtre  lieu  de  rendez-TOUS,  et  je  n'ai  pas  le'loisir 
de  jouer  long- temps  le  rôle  de  chambellan. 

n  précéda  Arthur,  qui,  monté  sur  son  coursier,  le  suiTit  en 
silence  jusqu'à  un  endroit  où  une  grande  rue  coupait  à  angle 
droit  celle  qu'ils  aTaient  prise  en  quittant  le  quai  où  ils  avaient 
débarqué. 

—  Voilà  le  Cerf-Ailé,  lui  dit  alors  Ital  en  loi  montrant  une 
grande  enseigne  attachée  à  une  énorme  charpente  en  bois ,  et  qui 
s'étendait  presque  sur  toute  la  largeur  de  la  rue.  Je  crois  que  Votre 
intelhgence  pourra  vous  suffire  pour  guide ,  avec  une  telle  enseigne 
devant  les  yeux. 

A  ces  mots,  il  fit  retourner  son  cheval,  sans  &ire  d'autres 


S3t  CaUBLBS  LE  TÉMÉRAIBB. 

mËfearwajmutétnÊÈgetf  et  retoagoa  joindre  ga  iMJIfPiit  tm 
escorte. 

Les  ymx  d'Artiwr  s'vrritèrent  «i  ifetunt  nv  le  mêoie  grwipe, 
mais  presque  aassitftt  le  souTemir  4»  son  père  se  présesla  à  mi 
€sprity  et  pressant  la  mardie  te  senehevmt  iatigaéil  arriva  à  l'as- 
fcârge  dn  Ger&Ailé. 


CHAPITRE  XXIV. 


IfOK^iM  df'«oie  «id'or  mes  jonn  iUMBtili|t 
J«#i<ffMrft.  a  ait  wal,  tarife  Ml*  àBflilM»i 
M^ia  mop  jProntavjparA'hai,  anurbc  ^miff>màl9* 
Ife  «'offre  pl«M  à  toas  eeint  «•  baadMa  II»  l«l. 

C»m«aw.to4artMn»iVWaw.tj»4>w 
Me  montrer  rési|;iiée  à  moa  haoïble  ferUmt. 


Us  ▼oyagem  qaî  allaiml  loger  à  Tlidiellvia  du  (hrMiiiit 
Stfaabonrg  n'y  trauvakni  gnèie  plus  de  paliteaca  et  ptod'it^ 
Ikm  pour  Irara  b^smiia  el  famra  aisas  4|m  eliw  MMfi^  M 
tontes  les  antres  anberges  de  l'Empire  germanique  àcett#  é(fff^ 

m»B  la  jaonesfta  a(  la  konM  mim  ^Arthar  VMlipMBf  «0^ 
atancea  qui  ne  nanqnent  jaipus  aaifii  asaiiqiia«t  laimwaft  daift* 
4oîre  qnelqoe  eff^t  sor  le  bea»  aaaa>  awwi  asaflad*inlaaiA<»^ 
ne  petite  ytmgfinm  dont  les  joaes  wmeUaa  étaient  m^^ 
tfnne  donble  iosaetle  et  dent  les  yen  étaient  biens  et  Itp^ 
blanche.  C'était  la  fille  de  l'anb^rgiste  du  Ger<*Ailé ,  neiUari4>^ 
son  embonpoint  retenait  snr  sa  cbaiae  de  ohéne  dans  le  itM*  ^ 
aoKmtra  an  jeune  Anglais  une  oendeseenduica  qd  étsit  prewp^ 
une  dégradati<m  ponr  la  raoe  privilégiée  à  laqudle  alla  apparte- 
naijt.  Non-seulement  elle  mit  ses  légers  brodequins  et  le  bas  ^'^ 
jambe  bien  tournée  en  danger  de  se  salir ,  an  travorsant  la  <^^ 
ponr  luir  montrer  une  écurie  dispanÂbley  mais  Arthur  Ifâ  *1^ 
demandé  des  nouvelles  de  son  père,  elle  daigna  se  rappeler  (f^^ 
voyageur  semblable  à  celui  dont  il. lui  faisait  la  description  ^tait 
venu  loger  le  soir  précédent  au  Cerf-Ailé,  et  avait  dit  qu'il  y  a'*"'*' 
dait  un  jenne  homme  i  son  compagnon  de  voyage. 


GBiRUES  LE  TEMÉRAmit.  ||5 

-^  Je  ¥«13  VM&  l'tnyQyer,  beau  airei  répsoi^t  U  petite  ym^* 
^0  avec  un  souiire  qm»  û  Voa  doit  jnger  du  prix  d'im  sourire  pet 
sà  rareté  »  devait  passer  pour  inestimable*. 

Elle  tiAt  sa  parole.  Au  boel  de  qoelques  inalans  Pbilipson  mftiEa 
dans  l'écurie ,  et  anrra  son  âls  dans  ses  bras. 

—  Mon  filsl  mou  cher  filai  a'éeria  l'Auflais,  dont  le  stoïoisQie 
eéda  à  sa  sensânlité  naturdle  et  à  sa  tendresse  patemeUe,  tous 
êtes  pour  moi  le  bienvenu  en  tout  temps  ;  mais  yoQS  l'éles  double- 
ment dans  un  moment  d'inquiétude  et  de  danger»  et  encore  da- 
vantage dans  un  instant  qui  amène  précisément.  la  crise  de  notve 
destinée.  Dans  quelques  heures  je  saurai  ce  que  nous  devons  at- 
tendre du  duc  de  Boorgogue,  Avea  *  voue  le  gage  iiqK>rtaiit  q^e 
vous  savez? 

ta  maiu  d'Arthur  eh^rcba  d'^rd  ee  qui»  dava  les  deux  iOM» 
lui  touchait  le  coour  de  plus  près»  le  gage  d'amtié  qu'Anne  lui  awt 
donné  mi  le  quittant  ;  mais  il  retrouva  sa  |»*ésence  d'esprit  sur4e- 
dtamp,  et  il  remit  à  son  père  1a  petite  bëîle  qui  avait  été  perdue 
et  recouvrée  d'une  maniàre  si  étrange  à  la  F#etle» 

*^  Depuis  que  voks  ne  l'avez  vu  »  lui  4it-il ,  il  a  eoiiru  dea  risques 
ainsi  que  moi»  J'ai  reçu  rbospitalité  dans  un  château  h^  nqit  der- 
nière» et  ce  matin  un  corps  de  lansquenets  des  environs  s'est  in- 
surgé parce  qu'il  ne  reeevait  pas  «a  paie*  Im  hebitam  du  ehatean 
ont  pris  la  fuite  pour  échapper  ù  teuc  violence»  efc  oomme  mm 
passions  au  point  du  jour  près  de  ceamq^iu  wt-^awign éimUff  fcnie 
a  tué  sous  moi  mon  pauvre  cheval  »  et  j'ai  été  obligé  »  par  voie  d'é» 
qhange ,  de  me  contenter  de  cette  lourde  mouture  iwuawdPn  avec 
sa  seUe  d'acier  et  son  mauvais  chanfrein» 

•^  Notre  route  est  parsemée  d'écueils  »  et  j'en  ai  aussi  reuoontvé 
ma  part  »  car  j'ai  couru  un  grand  danger  »  lui  répondit  son  père 
sans  lui  en  expliquer  la  nature»  dans  une  auberge  où  j'ai  pai>sé  la 
nuit  dernière;  mais  j'en  suis  parti  ce  matin  »  et  je  suis  arrivé  ioi  en 
sûreté.  J'ai  enfin  obtenu  une  escorte  pour  me  conduire  au  camp 
du  duc ,  près  de  Dijon  »  et  j'espère  avoir  une  audience  de  lui  ce 
soir.  Alors  y  si  notre  dernier  espoir  nous  est  ravi,  nons  nous  ren- 
drons à  Marseille;  nous  nous  y  embarquerons  pour  l'île  de  Candie 
ou  pour  celle  de  Rhodes  »  et  nous  exposerons  notre  vie  pour  la 
défense  de  la  chrétienté ,  puisque  nous  ne  pouvons  plus  combattre 
pour  TAngleterre. 
Arthur  entendit  ce  discours  de  mauvais  augure  sans  y  rien  ré- 


336  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

pondre  ;  mais  il  fit  sur  son  cœur  une  impression  aussi  profonde  que 
celle  que  produit  sar  l'esprit  d'un  criminel  la  sentence  d'un  jage 
qm  le  condamne  à  passer  en  prison  le  reste  de  son  existence.  Les 
cloches  de  la  cathédrale  commencèrent  à  sonner  en  ce  moment,  et 
rappelèrent  à  Philipson  le  deyoir  qui  lui  prescrivait  d'entendre  la 
messe,  qu'on  célébrait  à  toute  heure  dans  quelqu'une  des  chapelles 
de  ce  magnifique  édifice.  Il  aftnonça  son  intention  à  son  fils;  et 
Arthur  le  suivit. 

En  approchant  de  la  cathédrale,  nos  voyageurs  trouvèrent  leor 
chemin  obstrué^  comme  c'est  l'usage  dans  les  pays  catholiques ^ 
par  une  foule  de  mendians  des  deux  sexes ,  attroupés  autour  da 
portail  pour  fournir  aux  fidèles  l'occasion  de  s'acquitter  du  devoir 
de  l'aumône,  devoir  si  positivement  enjoint  par  les  préceptes  de 
leur  Eglise.  Les  deux  Anglais  se  débarrassèrent  de  leurs  importa- 
nités  en  donnant,  comme  c'est  la  coutume  en  pareille  occasion, 
quelques  pièces  de  petite  monnaie  à  ceux  qui  semblaient  être  dans 
le  plus  grand  besoin  et  mériter  davantage  leur  charité.  Une  grande 
femme  qui  était  debout  sur  la  dernière  marche  du  perron ,  près  da 
portail ,  tendit  la  main  à  Philipson,  et  celui-ci,  frappé  de  son  exté- 
rieur, lui  présenta  une  pièce  d'argent ,  au  lieu  de  monnaie  de  enivre 
qu'il  avait  distribuée  aux  autres. 

— Quelle  merveille  I  s'écria-t-elle ,  Mais  de  manière  à  n'être  en- 
tendue que  de  lui ,  quoique  Arthur  Tentendît  également;  oui,  c'est 
un  miracle  1  Un  Anglais  avoir  encore  une  pièce  d'argent ,  et  être 
en  état  de  la  donner  aux  pauvres  I 

Apthur  remarqua  que  le  son  de  la  voix  de  cette  femme ,  on  les 
paroles  qu'elle  venait  de  prononcer,  faisaient  tressaillir  son  père; 
et,  dans  le  fait ,  il  trouvait  lui-même  dans  ce  discours  quelque 
chose  qui  était  au-dessus  de  la  portée  d'une  mendiante  ordinaire. 
Mais,  après  avoir  jeté  un  coup  d'oeil  sur  celle  qui  venait  de  parier 
ainsi ,  Philipson  entra  dans  l'église ,  et  donna  toute  son  attention 
à  la  messe  qu'un  prêtre  célébrait  dans  une  chapelle  d'une  des  ailes 
de  ce  splendide  édifice,  et  qui^  d'après  le  tableau  placé  au-dessus 
de  l'autel,  était  dédiée  à  saint  George,  ce  saint  militaire  dont  la 
véritable  histoire  est  si  obscure,  quoique  sa  légende  populaire  Tait 
rendu  un  objet  de  vénération  toute  particulière  pendant  les  siècles 
de  la  féodalité.  La  cérémonie  commença  et  finit  avec  toutes  les 

X.  k.  cette  époqaeil  y  arait  peu  de  pays  non-eatholîqaes.  Depuis  la  réforme  f  la  (a*9  dêtpnff** 
explique  comment  les  mendians  sont  moins  nombreux  en  Angleterre. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  337 

formes  d'asage.  Le  prêtre  officiant  se  retira  avec  les  enfans  de 
chœur  qui  avaient  servi  là  messe ^  et  qubiqae  quelqn<^s  -  uns  des 
fidèles^  qui  avaient  assisté  à  cette  solennité  restassent  encore  occu- 
pés à  finir  leur  chapelet  on  à  Caire  qucflques  prières  particulières  ^ 
la  plupart  sortirent  de  la  chapelle,  soit  poor  passer  dans  une  autre^ 
soit  pour  aller  s'occuper  de  leurs  affaires. 

Mais  Arthur  remarqua  que  ^  tandis  qu'ils  s'en  allaient  les  uns 
après  les  autres  ^  la  grande  femme  à  qui  soapère  avait  donné  une 
pièce  d^argent  continuait  de  rester  à  genoux  devant  l'autel ,  et  il 
fat  encore  plus  surpris  que  son  père,  qui,  comme  il  le  savait,  avait 
de  fortes  raisons  pour  ne  donner  alors  à  la  dévotion  que  le  temps 
nécessaire  pour  s'acquitter  des  devoirs  prescrits  par  la  religion , 
restât  également  agenouillé,  les  jeux  fixés  sur  cette  mendiante  qui 
avait  la  tête  couverte  d'un  grand  voile,  et  dont  on  aurait  dit  que 
les  mouvemens  devaient  déterminer  les  siens  ;  mais  il  ne  se  pré- 
senta à  son  esprit  iaucuné  idée  qui  pût  le  mettre  en  état  de  former 
la  moindre  conjecture  sur  les  motifs  que  pouvait  avoir  son  père 
pour  agir  ainsi.  Il  savait  seulement  qu'il  était  occupé  d* une  négo- 
ciation critique  et  dangereuse  qui  pouvait  éprouver  de  l'iuflaence 
oa  quelque  interruption  de  différons  côtés  ;  il  savait  aussi  que  la 
méfiance  politique  avait  tellement  pris  l'éveil  en  France/ en  Italie 
et  dans  la  Flandre,  que  les  agens  les  plus  imporlatis  étaient  sou- 
vent obligés  de.  prendre'les  déguisemens  les  plus  impénétrables , 
afin  de  s'introduire ,  sans  donner  lieu  à  aucun  soupçon ,  dans  les 
pays  où  leurs  services  étaient  nécessaires.  Louis  XÏ  surtout,  dont 
la  politique  singulière  semblait  jusqu'à  un  certain  point  imprimer 
nn  caractère  particulier  à  ce  siècle,  était  connu  pour  avoir  déguisé 
ses  prineipaut  émissaires  sous  les  divers  costumes  de  moines  men- 
dians,  de  ménestrels,  d'Egyptiens,  et  d'autres  voyageurs  privilé- 
giés du  plus  bas  étage. 

Arthur  en  conclut  donc  qu'il  n'était  pas  invraisemblable  que 
cette  feinme  fût,  comme  son  père  et  lui,  quelque  chose  de  plus 
que  ses  vétemens  ne  l'indiquaient,  et  il  résolut  de  bien  observer 
la  conduite  de  son  père,  et  de  régler  la  sienne  en  conséquence. 
Enfin  une  cloche  annonça  qu'une  grand'messe  allait  être  célébrée 
an  grand  autel ,  et  ce  son  fit  sortir  de  la  chapelle  de  Saint-George 
tons  cenx  qui  y  restaient  encore,  à  l'exception  du  père  et  du  fils , 
et  de  la  femme  qui  était  toujours  agenouillée  en  face  d'eux.  Quand 
tous  les  autres  en  furent  partis,  la  mendiante  se  leva  et  s'avança 


V 


388  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

▼0»  PhiUptotite  Celui-ci ,  croisant  les  bras  sur  sa  poitriae  et  bais- 
aant  la  têtCi  dans  une  altitude  humble  et  riespectueuse  que  sou  fils 
ne  l'avait  jamais  tu  prendre^  parut  attendre  ce  qu'elle  avait  à  lui 
dire,  plutôt  que  se  disposer  à  lui  adresser  la  parole* 

Elle  s'arrêta  un  instant»  Quatre  lampes  allumées  devant  l'image 
du  saint  jetaiient  une  faible  clarté  sur  son  coursier  et  sur  êm  ar- 
mure, car  il  était  représenté  transperçant  le  drageon ,  dont  les  ailes 
étendues  et  le  cou  gonflé  de  fureur  étaient  à  peine  visibles  loas 
leurs  Payons  ;  le  peu  de  jour  qui  régnait  dans  le  reste  de  la  cha- 
pdle  était  dû  au  soleil  d^automne,  qui  pouvait  à  peine  pénétra 
travers  les  vitraux  peints  dé  la  fenêtre  longue  et  étroite  qui  en 
formait  la  seule  ouverture  extérieure.  La  lunûère  sombre  et  in- 
certaine qu'il  produisait,  chargée  des  diverses  couleurs  des  vi- 
traux ,  tombait  sur  la  taille  majestueuse  'de  cette  femme,  qui  sem- 
blait pourtant  abattue  et  accablée,  sur  les  traits  mélancoliques  et 
inquiets  dé  Philipson,  et  sur  ceux  d'Arthur,  qui,  avec  Finté- 
rét  ardent  de  la  jeunesse,  soupçonnait  et  prévoyait  des  suites  ex- 
traordinaires d'une  semblable  entrevue. 

Enfin  elle  s'apprbcha  du  colé  de  la  chapelle  où  Arthur  était 
aVeè  son  père,  comme  pour  pouvoir  s'en  faire  entendre  plue  dis- 
tinctement sans  être  obligée  d'élever  la  voix  plus  qu'elle  ne  l'avait 
fiiit  en  parlant  à  Philipson  d'un  ton  grave  et  solennel  à  la  porte  de 
l'église. 

— Yénérez'^as  ici,  lui  demanda-t^lle,  le  saint  George  de  Bour- 
gogne ou  le  saint  George  de  la  joyeuse  Angleterre,  la  fleur  de  la 
die  Valérie? 

— Je  vénère,  répondit  Philipson  les  mains  toujours  humblement 
croisées  sur  son  eœur^  le  §aint  auquel  cette  chapelle  est  dédiée,  et 
le  Dieu  près  duquel  j'espère  en  son  intercession,  soiti«»,  soit  dans 
ifton  pays  natal. 

-^  Oui  )  vou94tfèiiie,  vous  qui  avez  fak  partie  du  miroir  de  la 
i^vaferie,  Vous  pouvez  bublier  ee  que  vous  avez  vénéré  dans  la 
chapelle  royale  de  Windsor;  vous  pouvez^  vous-méine,  oublier 
que  Vous  y  avez, fléchi  un  genou  ^  entouré  de  la  jarretière,  dans  on 
lieu  oà  des  rois  et  des  princes  étaient  agenouillés  autour  de  vous, 
tods  pouvez  Toublier,  et  offrir  vos  oraisons  dans  une  chapelle 
étrangère,  sans  avoir  lé  cceur  troublé  pat  la  pensée  de  ce  que  vous 
utes  été;  j^er  comme  un  pauvre  paysan  pour  avoir  du  pain 
et  conserver  l'existence  pendant  le  jour  qui  passe  sur  votre  tête  1 


CaURLES  LE  TÉMÉRAIRE.  339 

—  Madame»  à  l'époqne  où  je  pouvais  avpir  le  plus  de  fierté ,  je 
n'étais  devant  l'Etre  auquel  j'offrais  mes  prières  que  comme  un 
vermisseau  couvert  de  poussière.  Aujourd'hui  je  ne  suis  ni  plus 
ni  moins  à  ses  yeux ,  quelque  dégradé  que  je  puisse  paraître  à  ceux 
de  mes  semblables. 

—  Ck)mment  peuvtu  penser  ainsi?  et  pourtant  il  est  heureux 
pour  toi  que  tu  le  puisses.  Mais  que  sont  tes  pertes,  comparées 
aux  miennes  ? 

Elle  foti^  la  main  à  son  front  y  et  parut  un  instant  livrée  à  à^ 
souvenirs  accablans. 

Arthur  s'approcha  de  son  père  et  lui  demanda  à  voix  basse,  mais 
avec  un  intérêt  irrésistible  :  —  Mon  père,  qui  est  celte  dame  ?  se- 
rait-ce ma  mère? 

—  Non,  mon  fils ,  répondit  Philipson  ;  silence,  pour  l'amour  de 
tout  ce  qui  vous  est  cher,  de  tout  ce  que  vous  regardez  comme 
sacré. 

La  question  et  la  réponse  avaient  été  fiâtes  à  demi-voix ,  cepen- 
dant cette  femme  singulière  avait  entendu  l'une  et  l'autre. 

—  Oui, jeune  homme,  dit-elle,  je  suis,  j'ai  été,  devrais-je dire, 
votre  mère ,  la  mère,  la  protectrice  de  tout  ce  qui  était  noble  en 
Angleterre  :  je  suis  Marguerite  d'Anjou. 

Arthur  flédût  le  genou  devant  la  veuve  intrépide  d'Henri  VI , 
qui  avait  si  long^l^mps ,  et  dans  des  circonstances  si  désespérées , 
sotttoau  par  un  oourage  déterminé  et  par  une  politique  profonde, 
la  cause  chancelante  de  son  faible  époux  ;  et  qui,  si  elle  avait  quel- 
quefois abusé  de  la  victoire  en  se  livrant  à  la  vengeance  et  à  la 
cruauté ,  avait  expié  cette  faute,  en  partie ,  par  la  résolution  in- 
domptable avec  laquelle  elle  avait  bravé  les  plus  terribles  orages 
de  faâv^vsité.  Arthur  avait  été  élevé  dans  les  sentimens  du  plus 
entier  dévouement  pour  la  maison  alors  détrônée  de  Lancastre, 
dont  son  père  avait  été  un  des  plus  nobles  appuis;  et  ses  premiers 
eatploitB,  qui , ^pmqiie  si  malheureux,  n'avaient  été  ni  obscurs  ni 
méprieiaMee,  atai^Bt  eu  lieu  pour  cettç  cause.  Avec  un  enthou- 
siasBR  appartenant  à  son  âge,  et  qui  était  aussi  la  suite  de  son 
éducation,  il  jeta  sa  toque  par  terre  au  même  instant,  et  se  préci- 
pita aUx  i^iadsde  son  infortunée  souveraine. 

M argaterite  rej^a  en  arrière  le  voile  qui  cachait  ses  traits  nobles 
et  nMfjeatueux.  Bile  avait  encore  des  restes  de  cettie  beauté  célé- 
brée autrefois  comme  sans  égale  en  Europe ,  malgré  les  torrens 


3iO  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

de  larmes  qni  avaient  sillonné  ses  joues,  malgré  Pinqaiëtude, 
les  chagrins  domestiques  et  l'orgueil  humilié,  qui  avaient  en  partie 
éteint  le  feu  de  ses  yeux  et  privé  son  front  de  son  caractère  de 
dignité.  La  froide  apathie  qu'une  longue  suite  d'infortunes  et  d'es- 
pérances trompées  avait  fait  naître  dans  le  cœur  de  cette  malhea* 
rense  princesse ,  céda  un  instant  à  la  vue  de  l'enthousiasme  de  ce 
beau  jeune  homme.  Elle  lui  tendit  une  main  qu'il  baisa  en  l'arro- 
sant de  larmes,  et  elle  passa  l'autre,  avec  la  tendresse  d'une  mère, 
sur  les  boucles  de  ses  cheveux ,  tout  en  cherchant  à  le  relever. 
Pendant  ce  temps,  son  père  ferma  la  porte  de  la  chapelle ,  s'y  ap- 
puya, s'éloignant  de  ce  groupe  intéressant,  pour  empêcher  qu'aa- 
cun  étranger  ne  vînt  à  entrer  pendant  une  scène  si  extraordinaire. 

—  Ainsi  donc,  beau  jeune  homme,  dit  Marguerite  d'une  voix 
dans  laquelle  on  pouvait  remarquer  là  tendresse  d'une  femme 
combattant,  d'une  manière  étrange  ,  contre  la  fierté  naturelle  du 
rang ,  et  contre  l'indifférence  calme  et  stoïque  causée  par  tant  de 
malheurs;  ainsi  donc  tu  es  le  dernier  rejeton  de  ce  noble  tronc, 
dont  tant  de  belles  branches  sont  tombées  pour  liotre  malheureuse 
cause.  Hélas  !  que  puis-je  faire  pour  toi?  Marguerite  n'a  pas  même 
une  bénédiction  à  donner  1  Son  destin  est  si  cruel  qu'elle  maudit 
en  bénissant  ;  elle  n'a  qu'à  te  regarder  et  te  souhaiter  du  bonheur 
pour  rendre  ta  perte  prompte  et  sûre.  C'es(  moi ,  moi ,  qui  ai  été 
le  fatal  arbre  à  poison  dont  l'influence  a  détruit  toutes  les  belles 
plantes  qui  croissaient  autour  de  moi  et  à  mes  côtés  I  j'ai  causé  la 
mort  de  tous  mes  amis ,  et  cependant  la  mort  ne  peut  me  frapper 
moi-même! 

—  Ma  noble  et  royale  maîtresse,  dit  le  père  d'Arthur^  que  votre 
cœur  qui  a  supporté  tant  de  malheurs  ne  se  décourage  pas  main- 
tenant qu'ils  sont  passés,  et  que  nous  avons  du  moins  l'espoir  de 
voir  arriver  un  temps  plus  heureux  pour  vous  et  pour  l'Angle- 
terre. 

—  Pour  r Angleterre  !  pour  moi!  noble  Oxford ,  dit  la  reine  dé- 
solée ;  si  le  soleil  pouvait  me  revoir  demain  assise  sur  le  trdne 
d'Angleterre ,  qui  pourrait  me  rendre  ce  que  j'ai  perdu?  Je  ne 
parle  ni  de  richesse,  ni  de  puissance,  elles  ne  sont  rien  dans  la 
balance;  je  ne  parle  pas  de  cette  armée  de  nobles  auiis  qui  ont 
péri  pour  me  défendre  moi  et  les  miens,  les  Somersets,  les  PercySi 
les  Straffords,  les  ClifTords:  la  renommée  leur  a  assigné  une  place 
dans  leâ  annales  de  leur  pays;  je  ne  parle  pas  de  mon  époux 9  il  à 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIHË.  341 

échangé  la  situatioA  d'an  saint  souffrant  sur  la  terre,  pour  celle 
d'un  saint  dorifié  dans  le  ciel.  Mais,  ô  Oxford,  mon  fils,  mon 
Edouard  I  m'est-il  possible  de  jeter  les  yeux  sur  ce  jeune  homme 
sans  me  rappeler  que  votre  épouse  et  moi  nous  leur  avons  donné 
la  naissance  une  même  nuit?  Combien  de  fois  n'ayons-nous  pas 
cherché,  elle  et  moi,  à  prévoir  leur  fortune  future,  et  à  nousper» 
suader  que  la  même  constellation  qui  avait  présidé  à  leur  naissance 
verserait  une  influence  propice  et  bienfaitrice  sur  toute  leur  vie 
jusqu'à  ce  qu'ils  pussent  recueillir  une  riche  moisson  d'honneur  et 
de  félicité  I  Hélas  1  ton  Arthur  vit  ;  mais  mon  Edouard ,  né  sous  les 
mêmes  auspices ,  repose  dans  une  tombe  ensanglantée? 

Elle  se  couvrit  la  tête  de  sa  mante ,  comme  pour  étouffer  les  cris 
et  lesgémissemena  que  ces  cruels  spuvenirs  arrachaient  à  sa  ten- 
dresse maternelle.  Philipson,  ou  le  comte  d'Oxford  exilé  ,  distin- 
gué, conune  on  peut  le  dire ,  dans  un  temps  où  l'on  avait  vu  tant 
de  personnes  changer  de  parti ,  par  un  attachement  fidèle  et  loyal 
à  la  maison  de  Lancastre,  vit  qu'il  était  imprudent  de  laisser  sa 
souveraine  s'abandonner  à  cette  faiblesse. 

—  Madame ,  lui  dit-il ,  le  voyage  de  la  vie  est  celui  d'une  courte 
journée  d'hiver;  et  soit  que  nous  profitions  ou  non  de  sa  durée, 
il  n'en  faut  pas  moins  qu'elle  se  termine.  Ma  souveraine  est,.  j'çS' 
père,  trop  maîtresse  d'elle-même  pour  souffrir  que  le  rçgiçel;  du 
passé  l'empêche  de  pouvoir  tirer  parti  du  présent.  Je  s^is  ici  ^ar 
obéissance  à  vos  ordres;  je  dois  voir  avant  peu  le  duc  de  Boui;- 
gogne  ;  s'il  se  prête  aux  impressions  que  nou^  désirons  lui  donner^ 
il  peat  arriver  des  évènemens  qui  changeront  notre  tristesse  en 
joie.  Mais  il  faut  saisir  l'occasion  avec  autant  de  prompiit;ude  que 
de  zèle.  Informez-moi  donc ,  Madame ,  pourquoi  Votre  Majesté  est 
venue  ici  déguisée,  et  au  risque  de  plus  d'un  danger.  Sûrement  ce 
n'était  pas  seulement  pour  pleurer  sur  ce  jeune  homme  que  la  noble 
reine  Marguerite  a  quitté  la  cour  de  son  père,  sous  ce  vil  costume^ 
et ,  laissant  un  lieu  où  elle  était  en  sûreté,  est  venue  dans  un  pays 
où  elle  court  du  moins  quelques  risques,  si  elle  n'est  pas  positive* 
ment  en  péril. 

—  Vous  vous  jouez  de  moi ,  Oxford ,  répondit  la  malheureuse 
reine ,  ou  vous  vous  trompez  vous-même ,  si  vous  croyez  revoir 
encore  cette  Marguerite  qui  ne  prononçait  jamais  un  mot  sans 
quelque  raison,  et  dont  la  moindre  action  était  déterminée  par  un 
motif.  Hélas  I  je  ne  suis  plus  la  même]!!  La  fièvre  du  chagrin,  en 


342  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

me  faisant  haïr  lé  lieu  où  je  me  trouve,  me  ehasse  vers  un  autre 
par  une  irrésistible  impatience  d'esprit.  Je  suis  en  sûreté»  dites- 
Vous,  à  la  tour  de  mon  père;  mais  est-elle  supportable  ponr  une 
làme  comme  la  mienne?  Une  femme  qui  a  été  privée  du  plus  noble 
et  du  plus  riche  royaume  de  FEurope ,  qui  a  perdu  des  armées  de 
nobles  amis ,  qiii  est  épouse  sans  mari  et  mère  sans  enfens ,  sur  qui 
le  ciel  a  versé  les  dernières  gouttes  de  son  courroux ,  peut-elle  s'a- 
baisser à  être  la  compagne  d'un  faible  vieillard  qui  trouve  dans  les 
sonnets  et  la  musique ,  dans  des  folies  et  des  futilités,  dans  le  son 
de  la  harpe  et  dans  la  cadence  des  vers,  une  consolation  non-seu* 
lement  de  tout  ce  que  la  pauvreté  a  d'humiliant ,  mais,  ce  qui  est 
encore  pire ,  du  ridicule  et  du  mépris  ? 

—  Avec  votre  permission ,  Madame ,  ne  blâmez  pas  le  bon  roi 
René ,  parce  que,  persécuté  par  la  fortune,  il  a  su  s'ouvrir  des 
sources  plus  humbles  de  consolation  que  votre  esprit  plus  fier  est 
disposé  à  dédaigner.  Un  défi  entre  ses  ménestrels  a  ponr  lui  tout 
Fhttrait  d'un  combat  chevaleresque,  et  une  couronne  de  fleurs, 
tressée  par  ses  troubadours  et  chantée  dans  leurs  sonnets ,  lui 
paraît  une  compensation  suffisante  ponr  les  diadèmeis  de  Napleset 
des  Deux-Siciles  dont  il  ne  possède  que  le  vain  titre. 
*  -7~  Ne  me  parlez  pas  de  ce  vieillard  digne  de  pitié >  tombé  au- 
desslous  de  la  haine  de  ses  plus  mortels  ennemis ,  qui  ne  l'ont  ja- 
àiais  jugé  digne  que  de  mépris.  Je  te  dis,  noble  Oxford,  que  mon 
siéjonr'à  Aîx,  au  milieu  de  ce  misérable  cercle  qu'il  appelle  sa 
cour  ;  m'a  presque  fait  perdre  la  raison.  Mes  oreilles,  quoiqu'elles 
he  s'ouvrent  volontiers  maintenant  que  pour  des  paroles  d'afflic- 
tion ,  ne  sont  pas  si  importunées  du  bruit  éternel  des  harpes,  des 
casiaîgneites  et  des  autres  instrumens;  mes  yeux  ne  sont  pas  si 
fatigués  de  la  vue  de  la  sotte  affectation  d'un  cérémonial  de  cour , 
qui  n4mprime  le  respect  que  lorsqu'il  indique  lâ  richesse  et  qu'il 
annonce  le  pouvoir,  que  mon  cœilr  est  dégoûté  delà  misérable 
ambition  qui  peut  trouver  du  plaisir  dans  un  vain  clinquant,  quand 
tout  «e  qui  est  grand  et  noble  a  disparu  !  Non  ,  Oxford ,  si  je  suis 
destinée  4i  perdre  la  dernière  chance  que  la  fortune  inconstante 
semble  m'offrir ,  je  me  retirerai  dans  le  couvent  le  plus  obscur  des 
Pyrénées,  et  j'éviterai  du  moins  le  spectacle  de  la  gaieté  idiote  de 
mon  père.  Qu'il  s'efface  de  notre  mémoire  comme  des  pa^es  de 
l'histoire  dans  lesquelles  son  nom  ne  se  trouvera  jamais  !  J'ai  à 
vous  dire  et  à  apprendre  de  vous  des  choses  plus  importantes.  Et 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  S43 

maintenant,  mon  cher  Oxfort,  quelles  nouvelles  d'Italie!  Leduc 
de  Milan  nous  aidera-t-il  de  ses  conseils  on  de  ses  trésors  f 

^-  De  ses  conseils!  Madame,  très^volontiers ;  mais  je  ne  sais 
s'ils  Tons  plairont ,  car  il  nous  recommande  la  sonmiirim  à 
notre  malhenrenx  destin ,  et  la  résignation  a«st  votonlés  de  la 
ProvîdjBnce. 

—  L'astucieux  Italien  !  Galéas  n'avancera  donc  aucune  partie 
des  trésors  qu'il  a  amassés?  il  n'assistera  pas  nne  amie  à  q«i  it  a  si 
souvent  juré  sa  foi? 

—  Les  diamans  que  je  liit  ai  offert  de  déposer  entre  ees  mains 
n'ont  pas  même  pu  le  déterminer  à  ouvrir  son  trésor  afin  de  nous 
fournir  des  ducats  pour  notre  entreprise.  Cependant  il  m'a  dit  que 
si  le  duc  Charles  pensait  sérieusement  à  fiiire  un  effort  en  netro 
faveur,  il  avait  tant  de  considération  pour  ce  grand  prince ,  et  il 
prenait  une  ^art  si  vive  aux  infortunes  de  Votre  Majesté,  quV 
verrait  ce  que  l'état  de  ses  finances ,  quoique  épuisées,  et  la  situa- 
tion de  ses  sujets ,  quoique  appauvris  par  les  împAts  et  la  taîRe , 
pourraient  lui  permettre  de  vous  avancer. 

—  L'hypocrite  à  double  visage!  Ainsi  donc,  si  l'aide  du  ênc  dis 
Bourgogne  nous  offre  une  chance  de  regagner  ce  qui  nom  appar» 
tient,  il  nous  avancera  quelque  méprisable  argent  pour  que  notre 
prospérité  renaissante  puisse  oublier  l'indifférence  avec  laquelle 
il  a  vu  notre  adversité  !  Mais  parlons  du  dic  de  Bourgogne,  ie  me 
suis  hasardée  ici  pour  vous  dire  ce  que  j'ai  appris ,  et  pour  être 
informée  des  résultats  de  vos  démarches.  Des  gens  de  confiance 
veillent  à  ce  que  notre  entrevue  reste  secrète.  Mon  impatience  de 
vous  voir  m'a  amenée  ici  sous  ce  déguisement;  et  j'ai  nne  petite 
suite  dans  un  couvent  à  tm  mille  de  la  ville.  J'ai  fait  épier  votre 
arrivée  par  le  fidèle  Lambert;  et  maintenant  je  viens  pour  con* 
naître  vos  espérances  et  vos  craintes,  et  pour  vous  fkire  part  des 
miennes. 

—  Je  n'ai  pas  encore  vu  le  duc ,  Madame.  Vous  eonnaisBeB  son 
caractère;  il  est  volontaire,  vif,  hautain,  opini&tre.  S*il  peut 
adopter  la  politique  cahue  et  soutenue  que  les  circonstances  exi- 
gent, je  ne  doute  guère  qu'il  n'obtienne  tonte  satisfaction  de  Louis, 
son  ennemi  juré,  et  même  d'Edouard ,  son  ambitieux  beai^frère. 
Mais  s'il  s'abandonne  à  des  accès  de  colère  extravagante ,  sans 
provocation,  ou  même  avec  de  justes  motifs,  il  peut  se  précipiti^ 
dans  une  querellé  avec  les  Suisses,  nalien  pauvre  mmsèaÊâxéfiàt , 


344  CHAHLËS  LE  TÉMERAiRË. 

il  se  trouvera  probablement  engagé  dana  one  lutte  dangereuse, 
dans  laquelle  il  ne  peut  espérer  de  gagner  le  moindre  avantage, 
tandis  qu'il  court  le  risque  de  faire  les  pertes  les  plus  sérieuses. 

—  Il  ne  se  fiera  sûrement  pas  à  l'usurpateur  Edouard,  dans  le 
moment  même  où  celui-ci  lui  donne  la  plus  grande  preuve  de 
trahison  ?  ^ 

—  Sous  quel  rapport,  Madame  ?  La  nouvelle  dont  vous  me  parlez 
n'est  pas  encore  arrivée  jusqu'à  moi. 

—  Comment,  Milordl  suis-je  donc  la  première  à  vous  annoncer 
qu'Edouard  d'York  a  traversé  la  mer  avec  une  armée  telle  que 
l'illustre  Henri  Y,  mon  beau-père  i  n'çn  a  peut-être  jamais  iait 
passer  de  France  en  Italie  1 

—  J'avais  entendu  dire  qu'on  s'attendait  à  cet  événement,  et  je 
prévoyais  que  le  résultat  en  serait  fatal  à  notre  causer 

—  Oui,  Bdouiird  est  arrivé.  Ce  traître,  cet  usurpateur  a  bravé 
le  roi  Louis ,  en  le  faisant  sommer  de  lui  remettre ,  comme  lui 
appartenant  de  droit,  la  couronne  de  France,  cette  couronne  qui 
fut  placée  sur  la  tête  de  mon  malheureux  époux,  lorsqu'il  était 
encore  au  berceau. 

—  La  chose  est  donc  décidée!  les  Anglais  sont  en  France I  dit 
le  comte  d'Oxford  avec  le  ton  de  la  plus  rive  inquiétude.  Et  qui 
Edouard  amène-t^l  av^  lui  pour  cette  expédition  ? 

—  Tous  les  plus  cruels  ennemis  de  notre  maison  et  de  notre 
cause.  Cet  homme  sans  foi  et  «ans  honneur,  ce  traître  George, 
qu'il  appelle  duc  de  Clarence,  le  buveur  de  sang  Richard,  le  licen- 
cieux Hastings,  Howard,  Stanley  ;  en  un  mot,  les  chefs  de  tous  ces 
traîtres  que  je  ne  voudrais  nommer  qu'autant  que  ma  malédiction 
pourrait  les  balayer  de  la  surface  de  la  terre. 

—  Et  je  tremble  en  vous  faisant  cette  question  :  le  duc  de  Bour- 
gogne se  prépare-t-il  à  les  joindre  dans  cette  guerre ,  et  à  faire 
cause  commune  avec  cette  armée  de  la  maiso^  d'York  contre  le 
roi  de  France? 

—  D'après  les  avis  privés  que  j'ai  reçus,  ils  sont  sûrs,  et  le  bruit 
général  les  confirme,  non,  mon  bon  Oxford,  non. 

—  Que  tous  les  saints  en  soient  loués I  Edouard  d'York,  car  je 
rends  justice  même  à  un  ennemi ,  est  un  chef  audacieux  et  intré- 
pide; mais  ce  n'est  ni  Edouard  III,  ni  le  prince  Noir,  ce  héros 
renommé;  ce  n'est  pas  même  cet  Henri  Y  de  Lancastre,  sous  le- 
quel j'ai  gagné  mes  éperons,  et  au  lignage  duquel  le  souvenir  de  sa 


CHARLES  LE  TÉMEHAIRE.  345 

glorieuse  mémoire  aurait  suffi  pour  me  rendre  fidèle,  quand  même 
TDOXk  serment  d'allégeance  m'aurait  permis  de  conceToir  une  seule 
pensée  de  défection.  Qu'Edouard  fasse  la  guerre  à  Louis  sans  le 
secours  de  la  Bourgogne,  sur  lequel  il  a  compté.  Sans  doute  Louis 
n'est  pas  un  héros,  mais  c'est  un  général  prudent  et  habile,  et  plus 
à  redouter  peut-être,  dans  ce  siècle  politique,  qu'un  Charlemague 
qui  pourrait  encore  lever  l'oriflamme,  entouré  de  Roland  et  de 
tous  ses  paladins.  Louis  ne  risquera  pas  des  batailles  comme  celles 
de  Grécy,  de  Poitiers  et  d'Azincourt.  Ayons  mille  lances  du  Hai- 
naut,  et  vingt  mille  écus  de  la  Bourgogne,  et  Edouard  pourra 
perdre  l'Angleterre  pendant  qu'il  s'occupera  d'une  guerre  prolon- 
gée pour  recouvrer  la  Normandie  et  la  Guienne,  Mais  que  fidt  à 
présent  le  duc  de  Bourgogne  ? 

— Il  menace  l'Allemagne,  et  ses  troupes  parcourent  la  Lorraine, 
dont  il  occupe  les  principales  villes  et  les  châteaux  forts. 

—  Où  est  René  de  Vaud^mont?  c'est  un  jeune  homme  entrepre- 
nant et  courageux ,  dit-on  ;  il  réclame  la  Lorraine  du  chef  de  sa 
mère,  Yolande  d'Anjou,  sœur  de  Votre  Majesté. 

—  Il  s'est  réfugié  en  Allemagne  ou  en  Suisse. 

—  Que  le  duc  prenne  garde  ji  lui.  Si  ce  jeune  homme  dépouillé 
trouve  des  confédérés  en  Allemagne,  et  obtient  l'alliance  des  in- 
trépides Suisses,  Charles  peut  trouver  en  lui  un  ennemi  plus  for- 
midable qu'il  ne  s'y  attend.  C'est  la  force  du  duc  qui  fait  toute  la 
nôtre  en  ce  moment,  et  s'il  l'épuisé  en  effoits  frivoles  et  inutiles, 
nos  espérances,  hélas I  s'évanouissent  avec  son  pouvoir,  quand 
même  il  aurait  la  volonté  décidée  de  nous  aider.  Mes  amis,  en 
Angleterre,  sont  résolus  à  ne  pas  faire  un  mouvement  sans  avoir 
reçu  de  la  Bourgogne  des  secours  d'hommes  et  d'argent. 

—  C'est  un  motif  de  crainte,  Oxford,  mais  ce  n'est  pas  le  plus 
ui^nt.  Je  redoute  bien  davantage  la  politique  de  Louis,  qui,  à 
moins  que  mes  espions  ne  m'aient  grossièrement  trompée,  a  déjà 
proposé  secrètement  la  paix  à  Edouard ,  une  trêve  de  sept  ans,  et 
une  somme  considérable  pour  le  mettre  à  portée  d'assurer  l'Angle- 
terre à  la  maison  d'York. 

—  Impossible ,  Madame  ;  nul  Anglais ,  à  la  tête  d'une  armée 
semblable  à  celle  que  commande  Edouard,  n^oserait,  sans  honte  i 
se  retirer  de  la  France  sans  avoir  fait  une  noble  tentative  pour  re- 
couvrer les  provinces  que  l'Angleterre  a  perdues. 

Tels  seraient  les  sentimens  d'un  prince  légitime,  qui  aurait 


348  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

laissé  derrière  loi  un  royaame  fidèle  et  obéissant  ;  mais  tels  ne 
penvent  être  cenx  de  cet  Edonard ,  dont  l'esprit  est  pent-étre  aussi 
bas  que  son  sang  est  Til ,  puisqu'on  prétend  que  son  véritable  père 
est  un  nommé  Blackburn  »  archer  de  Middieham  ^ ,  et  qui ,  s'il 
n^est  pas  un  bfttard,  est  du  moins  on  usurpateur.  Non,  tels  ne 
peuvent  être  ses  sentimens;  chaque  brise  arrivant  d'Angleterre 
lui  apportera  des  craintes  de  la  défection  des  sujets  sur  lesquels  il 
jouit  d'une  autorité  usurpée.  Il  ne  dormira  pas  en  paix  jus^'à  ce 
qu'il  soit  de  retour  en  Angleterre ,  avec  ses  coupe-jarrets  sur  les- 
quels il  compte  pour  défendre  la  couronne  dont  il  s'est  emparé.  Il 
ne  fera  pas  la  guerre  à  Louis,  car  Louis  n'hésitera  pas  à  fiatter 
son  orgueil  en  s'humiliant  devant  lui ,  et  à  assouvir  sa  cupidité  en 
lui  prodiguant  l'or  pour  fournir  à  ses  profusions  voluptueuses.  Je 
crains  donc  que  nous  n'apprenions  bientôt  son  départ  de  France 
avec  son  armée ,  n'emportant  que  la  vaine  gloriole  d'avoir  dé- 
ployé ses  étendards ,  pendant  une  quinzaine  de  jours ,  dans  les  pro- 
vinces qui  autrefois  appartenaient  à  l'Angleterre. 

n  n'en  est  que  plus  important  de  presser  la  décision  du  dac 
de  Bourgogne;  et  je  vais  partir  pour  Dijon  afin  d'y  travailler.  II 
faut  à  une  armée  comme  celle  d'Edouard  plusieurs  semaines  pour 
traverser  le  détroit.  IL  est  probable  qu'elle  passera  l'hiver  en 
France,  quand  même  il  y  aurait  une  trêve  avec  le  roi  Louis.  Avec 
mille  lances  du  Hainaut,  tirées  de  la  partie  orientale  de  la  Flandre, 
je  serai  bientôt  dans  le  Nord,  où  nous  comptons  un  grand  nombre 
d'amis,  outre  l'assurance  que  nous  avons  d'obtenir  les  secours  de 
l'Ecosse.  Les  comtés  de  l'ouest  nous  sont  fidèles  et  s'insurgeront 
au  premier  signal.  On  pourra  trouver  un  ClifFord,  quoique  les 
brouillards  des  montagnes  l'aient  dérobé  aux  recherches  de  Ri- 
chard. Le  nom  de  Tudor  sera  le  premier  cri  de  ralliement  des  Gal- 
lois. La  Rose  Rouge  se  redressera  sur  sa  tige,  et  l'on  entendra  par- 
tout: — Vive  le  roi  Henri  I  — 

—  Hélas  1  Oxford ,  ce  n'est  ni  mon  mari  ^  ni  mon  ami  ;  il  n'est 
que  le  fils  de  ma  belle-mère  et  d'un  Chef  gallois  ;  un  prince  froid 
et  astucieux ,  dit-on.  Mais  n'importe;  que  je  voie  la  maison  de 
Lancastre  triompher,  que  je  sois  vengée  de  celle  d'York,  et  je 
mourrai  contente  ! 

*— Votre  bon  plaisir  est  donc  que  je  fasse  les  offres  contenues 

I.  L«  parti  ém  Lancastrt  préUrodait  qa' Edouard  «tait  bitard,  co  qai  «tait  tant  fondement. 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  347 

dans  la  dernière  lettre  de  Votre  Majesté,  poar  décider  le  dnc  à 
faire  quelque  mouyement  en  notre  faveur  ?  S'il  apprend  la  propo- 
sition d'une  trêve  entre  la  France  et  l'Angleterre ,  ce  sera  pour 
lui  nn  aiguillon  plus  puissant  que  tout  ce  que  je  pourrais  lui  offrir. 

—  N'importe,  offrez-lui  tout;  je  le  connais  jusqu'au  fond  de 
Fanae  ;  il  n'a  d'autre  but  que  d'étendre  de  tous  côtés  les  domaines 
de  sa  maison.  C'est  pour  cela  qu'il  s'est  emparé  du  pays  de  Gueldre. 
C'est  pour  cela  qu'il  occupe  en  ce  moment  la  Lorraine.  Cest  pour 
cela  qu'il  envie  à  mon  père  les  pauvres  restes  de  la  Provence  qu'il 
possède  encore.  Après  une  telle  augmentation  de  territoire,  il 
aspire  à  changer  son  diadème  ducal  contre  une  couronne  de  mo- 
narque indépendant.  Dites  au  duc  que  Marguerite  peut  Faider  dan$ 
ses  projets.  Dites-lui  que  mon  père  René  désavouera  la  protesdSi- 
tion  faite  contre  l'occupation  de  la  Lorraine  par  le  duc  ;  quM  fera 
plus;  que,  de  mon  plein  consentement,  il  reconnaîtra  Charles 
pour  héritier  de  la  Provence.  Dites-lui  que  te  vieillard  Itii  cédera 
ses  domaines  le  jour  même  où  leis  troupes  du  Hainaut  s'embarque- 
ront  pour  l'Angleterre,  si  on  lui  assure  de  quoi  payer  un  concert 
de  musicietis  et  tine  troupe  de  danseurs  ;  le  roi  Retié  n'a  pas  d'au- 
tres besoins  sur  la  terre.  Les  miens  sont  encore  moins  nom- 
breux :  vengeance  de  lainaison  d'York,  et  une  prompte  mort  1 
Vous  avez  des  joyaux  à  remettre  en  garantie  du  misérable  or  qu'il 
nous  faut  :  quant  aux  autres  conditions,  donnez  toutes  celjes  qui 
seront  exigées. 

—  Indépendamment  de  votre  parole  royale.  Madame^  j'en  ga- 
rantirai l'exécution  sur  mon  honneur  comme  chevalier  ;  et  si  Ton 
en  demande  davantage,  mon  fils  restera  comme  otage  entre  les 
mains  du  duc  de  Bourgogne. 

—  Oh  !  non  !  non ,  s'écria  la  reine  détrônée ,  émue  peut-être  par 
ce  seul  genre  de  sensibilité  qu'une  longue  suite  d'infortunes  ex- 
traordinaires n'eût  peut-être  pas  émoussée,  ne  hasardez  pas  la  vie 
de  ce  noble  jeune  homme  !  songez  qu'il  est  le  seul  reste  de  la  royale 
maison  de  Vère.  Il  aurait  été  le  frère  d'armes  de  mon  cher  Edouard, 
qu'il  a  été  si  près  de  suivre  dans  une  tombe  sanglante  et  prématu- 
rée ;  ne  lui  faites  prendre  aucune  part  dans  ces  fatales  intrigues , 
qui  ont  causé  la  ruine  de  sa  famille.  Qu'il  vienne  avec  moi.  Lui, 
du  moins  je  le  mettrai  à  l'abri  de  tous  dangers  tant  que  j'existerai, 
et  j'aurai  soin  qu'il  ne  lui  manque  rien  après  ma  mort. 

—  Pardon ,  Madame,  répondit  Oxford  avec  la  fermeté  qui  le 


348  CHARLES  L£  TÉMÉKAIRË. 

caractérisait  :  mon  fils  est  an  de  Vère ,  comme  vous  avez  la  bonté 
de  vous  en  souvenir;  il  peut  se  faire  qu'il  soit  destiné  à  être  le  der- 
nier qui  porte  ce  nom ,  il  est  possible  qu'il  périsse ,  mais  ce  ne  doit 
pas  être  sans  honneur.  A  quelcjues  dangers  que  son  devoir  et  sa 
loyauté  puissent  l'exposer ,  Tépée  ou  la  lance,  la  hache  ou  le  gibet, 
il  doit  les  braver  hardiment  pour  donner  des  preuves  de  sa  fidé- 
lité. Ses  ancêtres  lui  ont  tracé  le  chemin  qu'il  doit  suivre. 

—  Cela  est  vrai ,  dit  la  malheureuse  reine  en  levant  les  bras 
d'un  air  égaré  ;  il  faut  que  tout  périsse  ;  tout  ce  qui  a  servi  la  mai- 
son de  Lancastre,  tout  ce  qui  a  aimé  Marguerite ,  tout  ce  qu'elle  a 
aimé  1  la  destruction  doit  être  universelle.  Il  faut  que  le  jeune 
homme  tombe  avec  le  vieillard.  Pas  un  agneau  du  troupeau  dis- 
persé ne  pourra  échapper  I 

— Pour  l'amour  du  ciel,  Madame,  calmez-vous I  s'écria  Oi* 
ford  ;  j'entends  frapper  à  la  porte  de  la  chapelle  I 

— C'est  le  signal  qui  m'annonce  qu'il  faut  nous  séparer,  dit  la 
reine  exilée,  d'un  air  plus  tranquille.  Ne  craignez  rien ,  noble  Ox- 
ford ;  il  m'arrive  rarement  d'être  agitée  comme  je  viens  de  Tétre, 
car  il  est  bien  rare  que  je  voie  des  amis  dont  la  voix,  dont  les 
traits,  puissent  troubler  le  calme  de  mon  désespoir.  Laissez-moi 
TOUS  attacher  cette  relique  autour  du  cou,  jeune  homme.  Ne 
craignez  pas  qu'elle  ait  une  influence  £atale,  quoique  vous  la  rece- 
viez d'une  main  qui  pourrait  la  rendre  de  mauvais  augure.  Elle  a 
appartenu  à  mon  époux  ;.  elle  a  été  bénite  par  bien  des  prières, 
sanctifiée  par  bien  des  larmes ,  et  mes  mains ,  toute  infortunée  que 
je  suis,  ne  peuvent  la  priver  de  son  saint  caractère.  Je  me  propo- 
sais de  la  placer  sur  le  sein  d'Edouard  dans  la  matinée  terrible  de 
la  bataille  de  Tewkesbury  ;  mais  il  s'arma  de  bonne  heure,  partit 
sans  me  voir,  et  je  ne  pus  exécuter  mon  projet. 

En  parlant  ainsi ,  elle  passa  autour  du  cou  d'Arthur  une  chaîne 
d'or  à  laquelle  était  suspendu  un  petit  crucifix  d'or  massif,  d'an 
travail  précieux  mais  barbare.  Suivant  la  tradition,  il  avait  ap- 
partenu à  Edouard- le-Confesseur.  En  ce  moment,  on  frappa  une 
seconde  fois  à  la  porte  de  la  chapelle. 

— *U  ne  faut  pas  tarder  davantage ,  dit  Marguerite  ;  séparons- 
nous.  Vous  allez  partir  pour  Dijon ,  et  je  vais  me  rendre  à  Aix 
pour  y  habiter  avec  mes  inquiétudes.  Adieu  ;  peut-être  nous  re- 
verrons-nous  dans  un  temps  plus  heureux.  Cependant  comment 
puis-je  l'espérer  ?  J'en  disais  autant  avant  le  combat  de  Saint- Al- 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  349 

banS;»  avant  celai  de  Towton ,  avant  la  bataille  encore  pins  san- 
glante de  Tewkesbury,  et  qu'en  est-il  résulté  ?  Mais  l'espérance  est 
une  plante  qu'on  ne  peut  arracher  d'un  cœur  noble  qu'avec  la  vie. 

A  ces  mots,  elle  sortit  de  la  chapelle,  et  se  perdit  dans  la  foule 
de  personnes  de  toutes  conditions  qui  faisaient  leurs  prières ,  qui 
satisfaisaient  leur  curiosité ,  ou  qui  passaient  quelques  instans  de 
loisir  dans  les  ailes  de  la  cathédrale. 

Le  comjte  d'Oxford  et  son  fils,  sur  lesquels  l'entrevue  singulière 
qui  venait  d'avoir  lieu  avait  fait  une  impression  profonde,  re- 
tournèrent à  leur  auberge ,  où  ils  trouvèrent  un  poursuivant 
d'armes,  portant  les  couleurs  et  la  livrée  du  duc  de  Bourgogne, 
qui  les  informa  que  s'ils  étaient  les  Anglais  qui  apportaient  des 
marchandises  précieuses  à  Isl  cour  du  duc ,  il  avait  ordre  de  les 
j  escorter,  et  de  les  placer  sous  la  protection  de  son  caractère  in- 
violable. Mais  il  régnait  une  telle  incertitude  dans  tous  les  mouve- 
mens  du  duc  de  Bourgogne ,  et  ils  rencontrèrent  des  obstacles  si 
nombreux  qui  retardèrent  leur  marche,  dans  un  pays  où  il  y 
avait  un  passage  continuel  de  troupes,  et  où  des  préparatifs  de 
guerre  se  faisaient  avec  activité ,  que  ce  ne  fut  que  dans  la  se- 
conde soirée  qui  suivit  leur  départ,  qu'ils  arrivèrent  dans  la 
grande  plaine  voisine  de  Dijon,  où  était  campée  la  totalité  ou  du 
moins  la  plus  grande  partie  des  forces  de  ce  prince. . 


CHAPITRE  XXX. 


Ainsi  parla  le  doc.  •— 

SaAUTKiLBS. 


Les  yeux  du  père  d'Arthur  étaient  accoutumés  au  spectacle 
d'une  pompe  martiale  ;  ils  furent  cependant  éblouis  par  l'aspect 
splendide  du  camp  des  Bourguignons ,  dans  lequel ,  sous  les  murs 
de  Dijon,  Charles ,  le  prince  le  plus  riche  de  l'Europe,  avait  dé- 
ployé tout  le  luxe  de  son  orgueil ,  et  avait  aussi  encouragé^senx 
qui  formaient  sa  suite  à  de  semblables  profusions.  Les  pavillons 


350  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

de  ses  moindres  officiers  étaient  de  soie  et  de  sanût  ^»  tandis  (pe 
ceax  de  la  noblesse  et  des  principaux  chefs  brillaient  de  drap 
d'or  et  d'argent,  de  magnifiques  tapis,  et  d'autres  étoffes  pré- 
cieuses, qui,  dans  aucune  autre  occasion ,  n'auraient  été  exposées 
aux  injures  du  temps.  Les  détachemens  de  cavalerie  et  d^infan- 
terie  qui  montaient  la  garde ,  étincelaient  de  riches  armures.  Un 
train  d'artillerie,  aussi  beau  que  nombreux,  était  rangé  à  l'entrée 
du  camp,  et  Philipson,  pour  donner  au  comte  le  nom  de  voyage 
auquel  nos  lecteurs  sont  habitués ,  reconnut  dans  Fotficier  qui  le 
commandait  Henri  Colvin,  Anglais  de  naissance  inférieure,  mais 
distingué  par  son  habileté  dans  l'art  de  ces  redoutables  bouches 
de  bronze ,  qui  depuis  peu  étaient  devenues  d'un  usage  général 
dans  la  guerre.  Les  bannières  et  les  pennons  déployés  par  les  che- 
valiers, les  barons ,  et  tous  les  hommes  d'un  rang  distingoé,  flot- 
taient devant  leur  tente,  et  les  babil  ans  de  ces  demeures  guer- 
rières étaient  assis  devant  leur  porte  à  demi  armés,  regardant  les 
soldats  qui  s'amusaient  à  la  lutte ,  au  palet  et  à  d'autres  exercices 
militaires. 

On  voyait  attachées  au  piquet  de  longues  rangées  de  superbes 
chevaux,  frappant  la  terre  du  pied  et  agitant  la  tête  en  hennissant, 
comme  s'ils  eussent  été  fatigués  de  l'inaction  dans  laquelle  on  les 
tenait ,  tandis  que  leur  proyende  était  étalée  abondamment  devant 
eux.  Les  soldats  se  formaient  en  groupes  joyeux  autour  de  mé- 
nestrels et  de  jongleurs  ambulans,  ou  étaient  à  boire  sous  les  tentes 
des  cantiniers;  d'autres  se  promenaient  les  bras  croisés,  jetant  les 
yeux  de  temps  en  temps  vers  le  soleil  couchant,  conmie  s'ils  eussent 
attendu  avec  impatience  l'heure  qui  terminerait  une  journée  passée 
dans  l'oisiveté,  et  par  conséquent  dans  l'ennui. 

Enfin,  au  milieu  de  l'éclat  varié  de  ce  spectacle  militaire,  nos 
voyageurs  arrivèrent  au  pavillon  du  duc,  devant  lequel  flottait,  au 
gré  de  la  brise  du  soir,  la  large  et  riche  bannière  où  l'on  voyait 
briller  les  armoiries  d'un  prince,  duc  de  six  provinces,  et  comte  de 
quinze  comtés,  qui,  d'après  sa  puissance,  son  caractère,  et  le 
sueeès  dont  semblaient  suivies  toutes  ses  entreprises,  était  la  ter- 
reur de  toute  l'Europe.  Le  poursuivant  se  fit  connaître  à  quelques 
personnes  de  la  maison  du  duc,  et  les  Anglais  furent  accueillis  avec 
politesse ,  mais  non  de  manière  à  attirer  l'attention  sur  eux.  On 
les  conduisit  ensuite  sous  une  tente  voisine,  celle  d'un  officie^ 

X.  Samit  on  sanus ,  étoffe  Ténitieone  de  soie  et  d'argent. 


CHARLES  LE  TÉBIERMRE.  iU 

général  »  qui  9  leur  dit-on,  était  destinée  à  leur  servir  4e  logeatent  ; 
on  j  déposa  leurs  bagages,  et  on  leur  servit  des  rafraicfaisseoieas* 

—  Comme  le  camp  est  rempli  de  soldats  de  diffiérentet  nations, 
ans  dispositions  desquels  on  ne  peut  pas  toat-à*{ait  se  fier,  Irar  dit 
le  domestique  qui  les  servait ,  le  duc  a  ordonné  qu'on  plaçât  une 
sentinelle  à  la  porte  de  cette  tente  pour  la  sûreté  de  v4)s  marchan- 
dises ;  cependant  tenez-vous  prêts ,  car  vous  pouvez  compter  que 
vous  serez  mandés  incessamment  auprès  de  Son  Altesse. 

££Cectivement,  Philipson  ne  tarda  pas  à  recevoir  Tordre  de  se 
rendre  en  présence  du  duc.  On  le  fit  entrer  dans  le  pavillon  de  ce 
prince  par  une  porte  de  derrière ,  et  on  l'introduisit  dans  la  partie 
qui ,  séparée  du  reste  par  des  barricades  en  bois  et  des  rideaux 
fermés,  composait  l'appartement  privé  de  Charles.  La  simplicité 
de  l'ameublement  et  l'appareil  négligé  du  duc  formaient  un  con- 
traste frappant  avec  l'extérieur  splendide  du  pavillon  ;  car  Charles 
qui,  sur  ce  point  comme  sur  beaucoup  d'autres,  était  fiturt  loin 
d'être  toujours  d'accord  avec  lui-même^  affichait,  pendant  la 
guerre  ,  une  sorte  d'austérité,  ou  plutôt  de  grossièreté  dans  son 
costume  et  quelquefois  même  dans  ses  manières ,  qui  ressemblait  à 
la  rudesse  d'un  lansquenet  allemand  plutôt  qu'à  la  dignité  d'un 
prince  d'un  rang  si  élevé,  tandis  qu'en  même  temps  il  encourageait 
et  enjoignait  même  une  splendeur  coûteuse  parmi  ses  vassaux  et  ses 
courtisans  ;  comme  si  porter  des  vètemens  grossiers ,  mépriser 
toute  contrainte,  se  dispenser  des  cérémonies  les, plus  ordinaires, 
eût  été  un  privilège  qui  n'appartenait  qu'au  souverain.  Cependant , 
quand  il  lui  plaisait  de  donner  un  air  de^majesté  à  sa  personne  et  à 
ses  manières,  personne  ne  savait  mieux  que  Charles  duc  de  Bour- 
gogne comment  il  devait  se  costumer  et  agir. 

On  voyait  sur  sa  toilette  des  brosses  et  des  peignes  qui  auraient 
pu  réclamer  leur  réforme  attendu  leurs  services,  des  chapeaux  et 
des  justaucorps  usés,  des  baudriers  de  cuir,  des  laisses  de  chiens, 
et  d'autres  objets  de  même  nature,  parmi  lesquels  étaient  jetés 
coname  au  hasard  le  gros  diamant  nommé  Sanci ,  les  trois  rubis 
nomo^és  les  Trois-Frères  d'Anvers,  un  autre  beau  diamant  nommé 
la  Lampe  de  Flandre ,  et  divers  joyaux  j^psque  aussi  précieux  et 
aussi  rares.  Ce  mélange  extraordinaire  avait  quelque  ressemblancjC 
avec  le  caractère  du  duc ,  qui  joignait  la  cruauté  à  la  justice ,  la 
magnanimité  à  ta  bassesse,  l'économie  à  la  prodigalité,  et  la  libé- 
ralité à  l'avarice  ;  en  un  mot,  Charles  n'était  d'accord  en  rien  avec 


8&2  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

Ini-même ,  si  ce  n'est  dans  son  opiniâtreté  à  snivre  le  plan  qa'il 
ayait  une  fois  adopté,  quelle  que  fût  la  situation  des  choses,  et 
quelques  risques  qu'il  eût  à  courir. 

Au  milieu  des  bijoux  inestimables  et  des  autres  objets  sans 
valeur  étalés  sur  sa  toilette  et  dans  sa  garde-robe,  le  duc  de  Bou^ 
gogne  s'écria,  en  voyant  entrer  le  voyageur  anglais  :  Soyez  le  bien- 
venu ,  Herr  Philipson ,  soyez  le  bien- venu ,  vous  qui  êtes  d'one 
nation  où  les  commerçans  sont  des  princes ,  et  les  marchands  des 
grands  de  la  terre.  Quelles  nouvelles  marchandises  apportez-vous 
pour  nous  amorcer?  Par  saint  George  !  vous  autres  marchands, 
vous  êtes  une  génération  rusée. 

—  Sur  ma  foi ,  Monseigneur,  je  ne  vous  apporte  pas  de  nouvelles 
marchandises;  je  n'ai  que  celles  que  j'ai  déjà  montrées  à  Votre 
Altesse  la  dernière  fois  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  voir,  et  je 
viens  vous  les  mettre  encore  sous  les  yeux ,  avec  l'espoir  qa'a  un 
pauvre  marchand  qu'elles  pourront  vous  être  plus  agréables  qae 
la  première  fois. 

—  Fort  bien ,  sir.....  Philipville,  je  crois  qu'on  vous  nomme. 
—  Vous  êtes  un  marchand  bien  simple ,  ou  vous  me  prenez  pour 
une  pratique  bien  sotte ,  si  vous  croyez  pouvoir  me  tenter  par  la 
vue  de  marchandises  que  j'ai  déjà  rebutées.  Le  changement,  la 
nouveauté ,  voilà  la  devise  du  commerce.  Vos  marchandises  de 
Lancastre  ont  eu  leur  temps  ;  j'en  ai  acheté  comme  un  autre ,  et 
je  les  ai  probablement  payées  assez  cher  ;  mais  aujourd'hui  ce  sont 
celles  d'York  qui  sont  à  la  mode. 

—  Gela  peut  être  pour  le  vulgaire ,  Monseigneur  ;  mais  pour 
des  âmes  comme  la  vôtre ,  la  bonne  foi ,  l'honneur  et  la  loyaaté 
sont  des  joyaux  qu'aucun  changement  d'idées  ou  de  goût  ne  pent 
mettre  hors  de  mode. 

—  Sur  ma  foi ,  noble  Oxford ,  il  est  possible  que  je  conserve  en 
secret  quelque  vénération  pour  ces  vertus  du  vieux  temps  ;  autre- 
ment pourquoi  aurais-je  tant  d'estime  pour  vous  qui  les  avez  toa- 
jours  possédées  à'un  degré  si  éminent  ?  Mais  je  suis  dans  une  situa- 
tion cruelle  et  urgente  ;  si  je  faisais  un  faux  pas  dans  ce  moment 
de  crise,  je  pourrais  manquer  le  but  vers  lequel  à  tendu  toute  ma 
vie.  Faites  bien  attendu ,  sire  marchand  ;  vous  connaissez  votre 
ancien  compétiteur  Rlackbum ,  autrement  appelé  Edouard  d'York 
ou  de  Londres  ;  il  vient  d'arriver  avec  une  cargaison  d'arcs  et  de 
lances ,  telle  qu'il  n'en  est  jamais  entré  dans  les  ports  de  France 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  ^3«S 

depuis  le  temps  du  roi  Arthary  et  il  m'offre  une  part  dans  son 
commerce.  Pom*  parler  clairement ,  il  me  propose  de  faire  cause 
conumme  avec  la  Bourgogne ,  pour  enfumer  dans  ses  terriers  le 
vieux  renard  Louis ,  l'en  faire  sortir,  et  clouer  sa  peau  à  la  porte 
de  ses  écories.  En  un  mot ,  le  roi  d'Angleterre  m'inyite  à  une  al- 
liance avec  lui  contre  le  plus  astucieux  et  le  plus  invétéré  de  mes 
ennemis ,  à  briser  la  chaîne  du  vasselage  ,  et  à  m'élever  an  rang 
des  princes  indépendans.  Comment  croyez-vous ,  noble  ccmite, 
que  îe  paisse  résister  à  cette  tentation  séduisante  ? 

—  n  faut  adresser  cette  question ,  Monseigneur,  à  quelqu'un  de 
vos  conseillers  bourguignons  ;  elle  comprend  la  ruine  de  ma  cause , 
et  mon  opinion  ne  pourrait  être  impartiale. 

—  Mais  je  vous  demande,  comme  à  un  homme  d'honneur» 
quelle  objection  vous  trouvez  à  ce  que  j'accepte  la  proposition  qui 
m'est  faite  ;  je  désire  savoir  quelle  est  votre  opinion ,  et  dites-la- 
moi  franchement. 

—  Monseigneur,  je  sais  qu'il  est  dans  le  caractère  de  Votre  Al- 
tesse de  ne  concevoir  aucun  doute  sur  la  facilité  d'exécuter  une 
résolution  que  vous  avez  une  fois  prise  ;  mais ,  quoique  cette  dis- 
position d'esprit  puisse  être  digne  d'un  prince ,  et  même  préparer 
quelquefois  le  succès  de  ses  entreprises ,  il  est  aussi  des  circon- 
stances dans  lesquelles ,  si  nous  persistons  dans  noi  résolutions 
uniquement  parce  que  nous  les  avons  prisés ,  cette  fermeté  d'ame , 
an  lieu  de  nous  conduire  au  succès ,  peut  nous  entraîner  à  notre 
ruine.  Regardez  donc  cette  armée  anglaise  ;  l'hiver  s'approche ,  où 
troavera-t-elle  des  logemens?  Comment sera-t-elle approvisionnée? 
Qui  la  paiera  ?  Votre  Altesse  est-elle  disposée  à  se  charger  de  tous 
les  frais  nécessaires  pour  la  mettre  en  état  d'entrer  en  campagne 
l'été  prochain  ?  car ,  soyez-en  bien  convaincu ,  jamais  une  armée 
anglaise  n'a  été  ni  ne  sera  propre  au  service  miUtaire,  avant 
d'avoir  passé  hors  de  notre  île  un  temps  suffisant  pour  s'habituer 
aux  devoirs  qu'il  impose.  On  ne  trouverait  pas  dans  le  monde  entier 
des  hommes  plus  propres  à  faire  d'excellens  soldats;  mais  ils  ne  le 
sont  pas  encore  ,  et  il  faudra  que  Votre  Altesse  fasse  les  frais  de 
leur  apprentissage. 

—  Soit  !  Je  crois  que  les  Pays-Bas  pourront  fournir  de  la  nour- 
ritnre  à  vos  mangeurs  de  bœuf  pendant  quelques  semaines,  des  vil- 
lages pour  les  loger,  des  officiers  pour  endurcir  leurs  membres 

a3 


3M  CQAiU*^  ÏS  TVmfimR* 

Tig^illf  u  i  te  dipcipliiiç  miliuir^  «  ^i  4^  (r^ndp  pr^y^s  pmr  j 

8i)amettr«  leijr  esprit  réfr^ctaire, 

-^  Et  qii'%rrivçra-t-il  eo3Uit§  ?  Vou^  n^archez  à  Pari§ ,  im 
lyoutçz  un  «eçoocl  royaume  à  celui  qu'ËJou^rd  ^  usurpé  ;  tqq^  lui 
rfipde^  toaties  les  possessions  que  rAn^lçterre  a  jamais  eues  ea 
Franc9 ,  k  Normaudie  «  le  M^ii^e ,  l'Anjou ,  la  Gascqgne  ;  tous  lui 
assure^  méioe  le  reste  de  ce  royaume.  EU  t)ien  1  pouvez-vous  avoir 
pleine  çoi)6ai»ee  en  pet  E4ouard  »  quaud  vQu;^  aurez  f^insi  augHttuté 
sa  force,  et  que  vous  l'aurez  rendu  bmu  plus  redoutable  queco 
I^uily  ^ae  T08  armi^  réuaies  auront  renversé  du  trône  ? 

—  Par  saint  Q^orge  1  je  na  disfioiul^rai  pas  av^c  yoi|s  ;  c'est 
précisément  sur  ce  point  que  j'ai  des  douter  qui  rpe  tourm^nt^pt. 
Éd^Ui^rd  est  mon  beau-fr^re  ;  mais  je  ne  guis  pas  bpmme  à  placer 
p^  têtff  SQUS  le  cotillon  dç  ma  femme. 

-rrr-  fy.  l'exp^rî^uce  ^  démontré  bien  çouyeut  qna  les  ^Uisaccs  dfi 
familles  ont  bien  peu  d'efficacité  pour  prévenir  le§  yi(d$^ûa4^  dfl 
foi  les  plps  grossière^r 

n- Vous  avez  r^iso^,  comte*  Qarei^^  a  trahi  son  beafi^père; 
L(iuis  a  empoisonné  son  frère»  hes  af£e$»tions  privées  !  ahl  elles 
peuvent  parler  au  cœur  d'uu  particulier  assis  au  e^n  de  son  (eu , 
mais  on  ne  les  trouve  ni  sur  le  ^hampde  bataille ,  ni  à  1^  <^^f  dtis 
princes^  Non ,  mon  iilUaoce  par  mariage  avec  Élouard  ne  me  serait 
p^s  de  grand  secours  en  cas  de  besoin.  Y  compter,  ce  serait  moaier 
^n  cheval  i^dou»pt4  sjin^  autre  bride  que  la  jarretière  d'uMe  femme, 
liais  qu'en  ré^uH^^iril  ?  Ë4ouaFd  f'*it  I4  guerre  à  Uouis  ;  peu  mHin- 
porte  qui  sera  viptorieu)^)  je  ne  puis  qu'y  gagner,  car  ilss'afiaibli- 
ront  9  et  leur  faiblesse  fait  ma  £orce.  Les  Anglai-^  abattront  les 
Français  avec  leurs  longues  flèchts;  ceu:i^-ci  alfaibliront,  detrui- 
rpnti  anéantiront  l'arinée  anglaise  à  force  d'escarmouches.  Au 
printemps  je  j^e  mets  en  cau9p^gue  avec  des  forces  supérieure  ^^ 
leurs  deux  armées  ;  et  alors»  ss^iut  Qeorge  et  la  Bourgogne I 

T-f  Et  ri ,  en  attendant  9  Votre  AUea§u. daigne  aider. le  moinfl  da 
monde  la  cause  la  plus  bonorable  pour  laquelle  un  chejplier  ait 
jamais  levé  la  lance ,  une  modique  somme  d'argent  et  un  petit 
corps  de  lanciers  du  Hainaut ,  qui  pourront  gagner  à  ce  service 
gloire  et  richesses ,  peuvent  remettre  l'héritier  dépouillé  de  la 
maisim  de  Lanqastre  en  posses^ion  des  domaines  auxquels  sa  nais- 
#<infie  lui  donne  un  droit  légitime. 

—  $ur  ma  foi,  sire  comte ,  vous  en  venez  à  votre  point  de  but 


GHABUSS  LB  TÉMÉRAIllB.  MS 

eB  Une  i  BMiB  noua  avons  tu  ,  en  partie  de  nea  pveprea  y««x , 
tant  de  retours  de  fortune  entre  les  maison»  d*  York  et  de  Lancastrey 
q^e  imaa  ne  savoes  trop  à  laquelle  des  àêux  le  oiel  a  di>iifié  le  boa 
droit  «  ^  rincUnation  du  peuple  accordé  le  pouTok  effectif.  Tant 
d'eKtMordioaires  réTolutions  de  fortune  qui  ont  eu  lieu  en  Angle» 
terre  voiua  ont  réellemeat  eauaé  de  véritables  Tertiges. 

—  (Teat  une  preuve,  Moaaeigneur,  que  ces  ehangemena  nesent 
paaoïeore  à  leur  fin,  et  que  votre  généreux  secours  peut  assurer 
Favaslage  et  le  saccèa  de  Sa  benne  cause. 

-**^  Quoi!  que  je  prête  à  ma  cousine ,  Marguerite  d*Anje« ,  Kaide 

de  moJB  bms  pour  déti âtier  mon  beau-frère?  Ce  n'est  peut-élre pas 

qu'il  mérite  de  moi  de  grands  égards ,  puisque  lui  et  ses  nobles  in* 

soleos  m'ont  assailli  de  remontrances ,  et  même  de  menaces,  pour 

ipÊQ^e  lusse  de  c&téme^  importantes  affaires  personnelles,  et  que 

je  me  joigne  à  Edouard  dans  son  expédition  de  chevalier  errant 

Qoiitre  Louis.  Je  ntarcheraT  contre  Louis  quand  je  le  jugerai  con« 

venable,  et  pas  plus  \M,  Par  saint  George!  ni  roi  insulaire  ni 

DoUe  inaubire  ne  dicteront  des  ordres  à  Charles  de  Bnurgogne. 

Vous  aveu  une  bonn^  proviiiion  d'amour^propre,  vous  autres  An* 

glaiadea  deux  partis ,  qui  vous  imaginez  que  les  affaires  de  votre  tle 

de  faus  soni  aussi  intéressantes  pour  le  monde  entier  que  pour 

vooftimèmes.  Mais  ni  York ,  ni  Lancastre ,  ni  le  frère  Blackburn , 

ni  la  couftue  Marguerite,  même  appuyée  sur  John  de  Vère,  ne 

riaiaimnt  à  n;^ii  faire  accroire.  Le  fauconnier  qui  rappelle  son 

oiseau  ne  doit  pas  avoir  les  mains  vides. 

O&ferd,  eeufiaiHfrant  par^itenient  le  caractère  du  duc ,  le  laissa 
donnerii»  libre  cours  à  l'humeur  que  lui  causait  Tidée  que  quelqu'un 
préieodtl  M  dieter  ce  qu'il  avait  à  faire  ;  e(  quand  ce  ^Ti..ce  garda 
«afin  le  silence  il  hn  répondit  d'ufi  ton  calme  : 

•*«<-' E|t*il  bien  vrai  que  y  en  tende  te  noble  duc  de  Bourgogne,  le 
mireifde  la  ehevalerre  d^Europe,  dire  qu'on  ne  lui  a  donné  aucune 
banB#  raisen  pour  le  décider  à  une  entreprise  qui  a  pour  objet  de 
rendre  îestice  à  nne  malheureuse  reine ,  et  de  relever  de  la  pous- 
sière une  maison  royale  ?Pf'orFre-telle  pas  une  moisson  immortelle 
de  lea  et  d'honnear  ?  La  trompette  de  la  renommée  ne. proclamera* 
t*eUe  pas  lia  nom  du  souverain  qui ,  seul ,  dans  un  siècle  dégénéré  ^^ 
a  réuni  les  d^^voirs  d^un  prince  et  ceux  d'un  chevalier  généreux  ? 
La  due  l'în^erroinpit  en  lui  donnant  un  coup  sur  l'épaule  t  —  Et 
n'oubliez  pas  les  cinq  cents  ménestrels  du  roi  René ,  raclant  de  leurs 

23. 


) 


356  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

instrumens  enchaatant  mes  louanges,  elle  roi  René  lui-même  les 
écoutant  et  s'écriant  :  Bien  combattu ,  Duc  !  bien  joué ,  ménes- 
trels iJe  te  dis ,  John  Oxford ,  que  lorsque  toi  et  moi  nous  portions 
nne  armure  encore  vierge ,  des  mots  comme  ceux-ci,  renommée ^ 
loSy  honneur,  gloire  chevaleresque,  amour  des  dames,  étaient 
d'excellentes  devises  à  graver  sur  nos  écus  blancs  comme  la  neige, 
et  un  assez  bon  argument  pour  rompre  quelques  lances.  Oui ,  et 
dans  une  joute,  quoique  je  commence  à  devenir  un  peu  vieux  pour 
de  pareilles  folies ,  je  paierais  encore  de  ma  personne  dans  de  sem- 
blables querelles,  comme  doit  le  faire  un  chevalier.  Mais  quand  il 
s'agit  de  débourser  des  sommes  considérables ,  et  de  mettre  en  mer 
de  fortes  escadres ,  il  faut  que  nous  ayons  à  alléguer  à  nos  sujets 
quelque  excuse  plus  palpable  pour  les  plonger  dans  une  guerre; 
que  nous  puissions  leur  montrer  un  objet  tendant  au  bien  public 
ou ,  par  saint  George  1  à  notre  avantage  privé ,  ce  qui  est  la  même 
chose.  C'est  ainsi  que  va  le  monde,  Oxford;  et,  pour  te  dire  la 
pure  vérité ,  j'ai  dessein  de  suivre  la  même  marche. 

—  A  Dieu  ne  plaise  que  j'engage  Votre  Altesse  à  agir  autrement 
que  dans  la  vue  du  bien  de  ses  sujets,  c'est-à-dire,  comme  Votre 
Altesse  Ta  exprimé  heureusement,  dans  la  vue  de  l'agrandisse- 
ment de  votre  pouvoir  et  de  vos  domaines.  L'argent  que  nous  de- 
mandons n'est  pas  en  pur  don ,  c'est  par  forme  de  pi  et.  Marguerite 
est  disposée  à  laisser  en  dépôt  ses  joyaux,  dont  je  crois  que  Votre 
Altesse  connaît  la  valeur,  jusqu'à  ce  qu'elle  puisse  rendre  la  somme 
que  votre  amiiié  peut  lui  avancer  dans  ses  besoins. 

—  Ah  I  ahl  notre  cousine  veut  donc  Caire  de  nous  un  préteur 
sur  gages  :  elle  veut  que  nous  agissions  envers  elle  comme  ou 
usurier,  comme  un  juif?  Cependant,  Oxford,  de  bonne  foi,  il  est 
possible  que  ces  diamans  nous  soient  nécessaires ,  car  si  je  me  dé- 
terminais à  entrer  dans  vos  vues,  il  pourrait  se  faire  que  je  fosse 
moi-même  obUgé  d'emprunter  pour  fournir  aux  besoins  demacoih 
sine.  Je  me  suis  adressé  aux  Etats  du  duché ,  qui  sont  assemblés 
en  ce  moment,  et  j'en  attends,  comme  cela  est  juste,  on  octroi 
considérable.  Mais  il  s'y  trouve  des  têtes  remuantes  et  des  mains 
serrées,  et  je  puis  rencontrer  delalésinerie.  Ainsi,  en  attendant, 
laissez  ces  joyaux  sur  cette  table.  Eh  bien  1  supposons  que  je  n'aie 
rien  à  perdre  du  côté  de  la  bourse,  par  cet  acte  de  chevalerie  er- 
rante que  vous  me  proposez;  cependant  les  princes  ne  font  pas  la 
guerre  sans  avoir  en  vue  quelque  avantage. 


CKARLËS  LE  TÉMÉRAIRE.  357 

—  EcoQiez-moiy  noble  souverain.  Votre  but  est  natureUement 
de  réunir  les  vastes  domaines  de  votre  père  à  ceux  que  vos  armes 
y  ont  ajoutés ,  pour  en  former  un  duché  compact... 

—  Dites  un  royaume ,  Oxford  ;  ce  mot  sonne  mieux. 

—  Un  royaume,  dis-je,  dont  la  couronne  brillera  avec  autant 
de  grâce  et  de  majesté  sur  le  front  de  Votre  Altesse  que  sur  celui 
de  Louis 9  roi  de  France,  aujourd'hui  votre  suzerain. 

—  Il  ne  faut  pas  toute  votre  pénétration  pour  deviner  que  tel  est 
mon  dessein;  sans  cela,  pourquoi  suis-je  ici ,  le  casque  en  tête  et 
Tépée  an  côté  ?  Pourquoi  mes  troupes  s'emparent-elles  des  forte- 
resses de  la  Lorraine,  et  chassent-elles  devant  elles  oe  mendiant 
de  Vaudemont  S  qui  a  l'insolence  de  la  réclamer  comme  son  héri- 
tage ?Oai,  mon  ami,  l'agrandissement  de  la  Bourgogne  est  une 
cause  pour  laquelle  le  duc  de  cette  belle  province  est  tenu  de  com- 
battre tant  qu'il  peut  mettre  le  pied  à  l'éirier. 

—  Mais  ne  croyez-vous  pas,  puisque  Votre  Altesse  me  permet 
de  lui  parler  librement  et  d'après  les  privilèges  d'une  ancienne 
connaissance,  ne  croyez-vous  pas  que,  sur  cette  carte  de  vos  do- 
maines ,  déjà  si  bien  arrondis ,  il  se  trouve  du  côté  des  frontières 
da  midi  quelque  chose  qui  pourrait  être  plus  avantageusement  ar- 
rangé pour  un  roi  de  Bourgogne  ? 

—  Je  ne  puis  deviner  où  vous  voulez  en  venir,  répondit  le  duc 
en  jetant  un  regard  sur  une  carte  de  son  duché  et  de  ses  autres 
possessions,  vers  laquelle  un  geste  du  comte  d'Oxford  avait  di- 
rigé son  attention,  et  en  fixant  ensuite  sur  lui  ses  grands  yeux 
perçans. 

*.  —  Je  veux  dire  que,  pour  un  prince  aussi  puissant  que  Votre  Al- 
tesse, il  n'existe  aucune  frontière  aussi  sûre  que  la  mer.  Voici  la 
Provence ,  qui  est  placée  entre  vous  et  la  Méditerranée  ;  la  Pro- 
vence avec  ses  ports  superbes,  ses  champs  fertiles,  ses  beaux  vi- 
gnobles. Ne  serait-il  pas  à  propos  de  la  comprendre  dans  la  carte 
de  votre  souveraineté ,  de  manière  que  vous  puissiez  toucher  d'une 
main  les  bords  de  la  Méditerranée ,  et  de  l'autre  ceux  de  l'Océan 
du  nord  sur  les  côtes  de  Flandre? 

—  La  Provence,  dites- vous?  répliqua  le  duc  avec  vivacité. 
Quoi  1  je  ne  rêve  que  de  la  Provence.  Je  ne  puis  sentir  l'odeur 

I.  Le  roi  René  aTait  marié  m  fille  Yolande  à  Ferri  II ,  comte  de  Vaudemont.  De  ce  maria|;e  naquit 
I«aé  II  »  doc  de  Lorraine.  C*ett  de  René  II  qae  vent  parler  le  dnc  de  Bourf  «(ne,  en  le  désignant  par 
U  nom  deaon  pèr» 


158  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

d*une  orange  sans  (|u'eile  me  rapf^elle  les  bois  et  les  bosquets  par- 
fumés de  cette  province,  ses  citrons,  ses  olives,  «es  grenades. 
Mais  comment  y  élever  des  prétentions?  Ce  serait  une  honte  de 
troubler  les  derniers  instans  du  bon  vieux  René>  et  cela  necon- 
viendrak  paa  à  un  proche  parent.  Ensuite,  il  est  oncle  do  Louis, 
et  il  est  probable  qu'à  défaut  de  sa  fille  Marguerite ,  et  peut-être 
même  de  préférence  à  elle,  il  a  déjà  nommé  le  rc^  de  France  son 
héritier. 

«^U  est  possible  d'y  opposer  de  meilleures  prétentions  en  votte 
perAonne,  Monseigneur,  si  voi»  consentes  à  accorder  à  Marguerite 
d'Amjoo  les  secours  qu'elle  sollicite  par  ma  voix. 

^  Prends  tout  ce  que  tu  demandes ,  s* écria  Charles  éa  ftSftpinnt 
avec  force  et  en  changeant  de  couleur;  prends -en  le  doubfe  en 
hommes  et  en  argent  1  Fotirnis*moi seulement  nne  préientioit  sur 
la  Provence,  fût-elle  aussi  faible  qu'un  des  cheveux  delà  reitie 
Margnerite,  et  laisse*moi  le  soin  d'en  faire  un  câble!  Mats  je  suis 
fou  d'écouter  les  rêves  d'un  homme  qui,  ruiné  lui-même,  n'a 
rieii  à  perdrv  en  présentant  aux  autres  les  espérances  les  plus  et- 
travaganiea* 

—  Je  n«  suis  point  homme  à  agir  ainsi ,  Mottseigneuf .  EcôQte^ 
moi,  je  vous  prie.  Reué  est  accablé  sous  le  poids  des  années;  il 
aime  le  repos ,  il  est  trop  pauvre  pour  soutenir  son  rang  avec  la 
dignité  eonVenable,  trop  bon  ou  trop  faible  pour  établir  de  ooa- 
veaux  impôts  sur  ses  sujets;  il  est  las  de  lutter  contre  la  mAuvaiie 
iM'lune,  et  il  désire  abdiquer  sa  souverainetés 

—  Sa  souveraineté  I 

-^Oui,  la  souveraineté  des  domaines  qtt^il  possédé  dé  fait,  tt 
dos  domaines  bien  plus  étendus  auxquels  il  a  lies  droits,  mais  qoi 
he  sont  plus  en  sa  puissance. 

*^  Vous  me  coupez  la  respiration ,  comté  !  René  flbdiqtie  h  sou- 
VtfTftineté  de  la  Provence  !  Et  que  dit  à  cela  Marguerite,  là  Hèrei 
l'ambitiettse  Marguerite  ?  Consentira-t-elte  à  une  détaiaf  che  si  ha- 
iniUante? 

—  Pour  avoir  seulement  une  chance  de  voir  la  ihaisoii  de  Lsn- 
Castro  triompher  en  Angleterre,  elle  renoncerait  non^seulement  à 
tons  ses  domaines,  mais  à  la  vie  même.  Et  dans  le  fait,  ce  sacri- 
fice est  moindre  qu'il  ne  le  paraît.  Il  est  certain  qu*a  la  mort  da 
vieux  roi  René,  le  roi  de  France  réclamera  le  cothté  do  Provence, 
comme  étant  un  fief  dans  la  ligne  masculine ,  et  il  n'existe  pétsoilfts 


CHâALËS  le  tEMÉttAlAË.  m 

cafiÉbte  âë  fkite  valoir  le  droit  de  MargUéThe  à  cet  hérf tâ^^  quelque 
jasie  qu'il  pnisse  être. 

^—  Il  est  juste  et  inattaquable,  s'écria  Châfîes,  et  ]«  M  éouffH- 
rai  pas  qu'on  y  porte  atteinte,  ou  qu'on  le  ttaeite  même  en  quetotion, 
c'est-à-dire  quand  il  sera  établi  en  ma  pei^sonne.  Le  trtti  principe 
de  là  gaerre  du  bien  public  est  de  ne  p^ft  souffrif  qii*ftitcuii  des 
grands  Aeh  se  réunisse  à  la  couronné  de  Franee,  et  aufteui  tant 
qu'elle  sera  placée  sur  le  front  d'un  monarque  aussi  fourbe  >  Mtaèi 
dépouryn  de  principes  que  Louis.  La  Pfeveticé  jointe  h  la  Bour- 
gognel  Un  domaine  qui  s'étendra  deptiis  l'Océati  gimitàlliqQe  jus- 
qu'à la  Méditerranée  î  Oxfurd ,  tu  es  mom  bott  ange  ! 

-^  Votre  Altesse  doit  pourtant  liéfléchif  qu'il  fhut  uiSufer  une 
existence  honorable  aU  roi  René. 

•^Certaiuemeht,  très  certainement  ;  il  aufa  deë  mëuêttfelft  et 
des  jotigleurs  par  douzaines,  pour  jouei*,  chanter  et  buugler  de- 
vant lai  du  malin  au  soir.  Il  aura  Une  cour  de  tro>iiba#aiirs  qui  ne 
seront  occupés  qu'à  boire ,  à  faire  des  vers ,  et  à  prononce!*  des  ar- 
rêts d'amour,  dont  on  appellera  à  René  même ,  et  qu*il  confirmera 
ou  cassera ,  comme  suprême  roi  d'amour.  Et  Marguerite  attesisera 
traitée  de  la  manière  la  plus  honorable,  et  comme  tous  l'indique- 
rez vous-même. 

-^Ce  poiîit  sera  facile  à  régler,  Monseigneur.  81  h6ê  efforts 
réussissent  en  Angleterre,  Marguerite  n'aura  J)as  bea^iu  des  »e^ 
cours  de  la  Bourgogne.d  nous  échouohs,  elle  se  retire  dans  aa 
cloître,  où  probablement  elle  ne  jouira  pas  bien  long*  temps  du 
traitement  honorable  que  la  générosité  de  Votre  Altesse  est  sans 
doute  disposée  à  lui  accorder. 

— ^  Sans  contredit ,  et  ce  traitement  sera  digne  d'elle  et  de  lUoi. 
Mais  ,  par  Notre-Dame  !  John  de  Vère ,  l'abbesse  du  couvent  où 
se  retirera  Marguerite  aura  affaire  à  Une  pénitente  Indomptable^ 
Je  la  connais  bien ,  sire  comte ,  et  je  ne  prolongerai  pas  inutile- 
ment cet  entretien  en  exprimant  des  doutes  qu'elle  ne  puisse  ft>rcer 
son  père  à  abdiquer  ses  domaihes  en  faveur  de  quicolique  elle  voU* 
dra  lui  indiquer.  Elle  ressemble  à  ma  braque  Gorgone,  qui,  n'im* 
porte  avec  quel  chien  elle  soit  en  laisse,  l'oblige  à  marcher  dU 
côté  qu'elle  le  veut ,  ou  l'étrangle  s'il  résiste.  C'est  ainsi  que  Mar* 
guérite  a  agi  avec  son  mari  simple  et  débonnaire;  et  je  Sais  que 
son  père,  fou  d'une  autre  espète,  doit  nécessairement  se  montrer 
aussi  maniable.  Si  nous  ations  été  attelés  ensemble,  je  croift  qu'êlte 


360  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

aurait  trouvé  son  mahre;  mais  le  cou  me  fait  mal  qaand  je  songe 
combien  j'aurais  eu  à  tirer  pour  la  faire  marcher  à  mon  gré.  Voiis 
arez  l'air  graye,  parce  que  je  plaisante  sur  le  caractère  opiniâtre 
de  ma  malheureuse  cousine. 

r>i  —  Monseigneur,  quels  que  puissent  être  on  aToir  été  les  débuts 
de  la  reine  ma  mutresse,  elle  est  dans  le  malheur  et  presque  dans 
le  désespoir,  elle  est  ma  souyeraine  et  la  cousine  de  Votre  Al- 
tesse. 

—  n  suffit,  sire  comte;  parlons  sérieusement.  Quoique  nons 
puissions  croire  à  l'abdication  du  roi  René,  je  pense  qu'il  sera  dif- 
ficile d'engager  le  roi  Louis  à  envisager  cette  affaire  sous  un  point 
de  vue  aussi  fiiTorable  que  nous  le  faisons.  Il  soutiendra  que  le 
comté  de  Proyence  est  un  fief  passant  de  mâle  en  mâle,  et  qoe  ni 
l'abdication  de  René,  ni  le  consentement  de  sa  fille,  ne  peuvent 
l'empêcher  de  retourner  à  la  couronne  de  France,  puisque  le  roi 
de  Sicile,  comme  on  appelle  René,  n'a  pas  d'enfans  dans  la  ligne 
masculine. 

—  En  ce  cas ,  s'il  plaît  à  Votre  Altesse,  ce  sera  une  question  i 
décider  sur  le  champ  de  bataille ,  et  vous  avez  plus  d'une  fois 
bravé  Louis  avec  succès  pour  des  objets  beaucoup  moins  impor- 
tans.  Tout  ce  que  je  puis  vous  dire,  c'est  que,  si  les  secours  de 
Votre  Altesse  mettent  le  jeune  comte  de  Richemond  en  état  de 
réussir  dans  son  entreprise,  vous  aurez  l'aide  de  trois  mille  archers 
anglais,  quand  le  vieux  John  d'Oxfi>rd%^ute  d'un  meilleur  chef, 
devrait  vous  les  amener  lui-même. 

— •  C'est  un  aide  qui  ne  serait  pas  à  dédaigner,  et  qui  acquemit 
un  nouveau  prix  par  la  présence  de  celui  qui  me  promet  de  me  l'a- 
mener. Votre  secours,  noble  Oxford ,  me  serait  précieux  ^  quand 
vous  n'arriveriez  qu'avec  une  épée  à  votre  côté  et  un  seul  page 
à  votre  suite.  Je  vous  connais  bien,  je  connais  votre  tête  et 
votre  cœur.  Mais  revenons  à  notre  affaire.  Les  exilés,  même 
les  plus  sages ,  ont  un  privilège  pour  £sdre  des  promesses  ;  mais 
quelquefois,  vous  m'excuserez,  noble  Oxford,  ils  se  trompent  eox- 
mêmes  aussi  bien  que  les  autres.  Quelle  espérance  &vez-yoos  de 
réussir,  quand  vous  me  pressez  de  m'embarquer  sur  un  océan 
aussi  orageux  que  celui  de  vos  dissensions  civiles? 

Le  comte  d'Oxford  tira  de  sa  poche  le  plan  qu'il  avait  tracé  de 
son  expédition ,  l'expliqua  au  duc ,  et  ajouta  qu'il  devait  être  se- 
condé par  une  insurrection  des  partisans  de  la  maison  de  Lan- 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  361 

castre.  Nons  nous  bornerons  à  dire  que  ce  projet  était  d'ime  aa- 
dace  qai allait  jusqu'à  la  témérité;  mais  il  était  si  bien  conçu,  il  y 
régnait  an  tel  ensemble,  que,  sons  un  chef  comme  Oxford ,  dont  on 
connaissait  les  talens  militaires  et  la  sagacité  politique,  il  présen- 
tait nne  apparence  de  succès  probable. 

Tandis  que  le  duc  Charles  examinait  les  détails  d'une  entreprise, 
qui  avait  d'autant  plus  d'attraits  pour  lui  qu'elle  était  parfaitement 
d'accord  avec  son  propre  caractère ,  pendant  qu'il  s'appesantissait 
sur  les  affronts  qu'il  avait  reçus  de  son  beau-frère,  Edouard  lY ; 
qu'il  songeait  à  l'occasion  qui  se  présentait  d'en  tirer  une  yengeance 
signalée,  et  qu'il  réfléchissait  sur  la  riche  acquisition  qu'il  espé- 
rait faire  en  Provence  par  suite  de  l'abdication  que  feraient  en  sa 
faveur  le  roi  René  et  sa  fille,  le  noble  Anglais  ne  manqua  pas  d'in- 
sister sur  la  nécessité  urgente  de  ne  pas  perdre  un  seul  instant. 

—  L'accomplissement  de  ce  projet ,  dit-il,  exige  la  plus  grande 
promptitude.  Pour  avoir  une  chance  de  succès ,  il  faut  que  je  sois 
en  Angleterre  avec  les  forces  auxiliaires,  avant  qu'Edouard 
d'York  y  revienne  de  France  avec  son  armée. 

—  Puisqu'il  est  venu  ici ,  répondit  le  duc,  notre  digne  frère  ne 
sera  pas  très  pressé  de  s'en  retourner  ;  il  trouvera  des  Françaises 
aux  yeux  noirs ,  du  vin  de  France  couleur  de  rubis  ;  et  notre  frère 
Blàckbum  n'est  pas  un  homme  à  quitter  de  si  bonnes  choses  avec 
précipitation. 

— Monseigneur,  je  parlerai  de  mon  ennemi  avec  vérité.  Edouard 
est  indolent  et  voluptueux  quand  tout  est  calme  autour  de  lui  ; 
mais  qu'il  sente  l'aiguillon  de  la  nécessité,  et  il  reprend  toute  l'ar- 
dear  d'un  coursier  bien  nourri.  D'une  autre  part,  Louis,  qui 
manque  rarement  de  trouver  des  moyens  pour  arriver  à  son  but , 
est  décidé  à  mettre  tout  en  œuvre  pour  le  déterminer  à  repasser  la 
mer;  ainsi  donc,  la  célérité,  nqble  prince,  la  célérité  est  l'ame  de 
votre  entreprise. 

—  La  célérité  1  répéta  le  duc  de  Bourgogne.  Quoi  !  J'irai  avec 
vous;  je  verrai  moi-même  l'embarquement  ;  et  vous  aurez  des  sol- 
dats braves  et  éprouvés ,  tels  qu'on  n'en  trouve  nulle  part,  si  ce 
n'est  en  Artois  ou  dans  le  Hainaut  I 

—  Pardonnez  encore,  noble  duc,  l'impatience  d'un  malheureux 
qui  se  noie  et  qui  implore  du  secours.  Quand  partirons-nous 
pour  les  cfttes  de  Flandre,  afin  de  mettre  à  exécution  cette 
mesqre  importante? 


ièî  CflAhLËà  LE  TÉMÉftAïRE. 

— Mais (lans  une  quinzaine  de  jours,  peut-être  dans  ùtié  se- 

tnàine;  en  un  mot,  dès  <\ue  j'aurai  couTétmblement  châtié  une 
bande  d\e  voleurs  et  de  brigands,  qui^  comme  l'i^cume  qui  monte 
loûjôuts  au  haut  du  chaudron ,  se  sont  établis  sur  les  hauteurs  des 
Alpes  y  et  de  là  infestent  hos  frontières  par  un  trafic  de  coutre- 
babde,  par  le  vol  et  par  des  brigandages  de  toute  espèce. 

—  Vôtre  Altesse  veut  parler  des  confédérés  suisses? 

—  Oui ,  tel  est  le  nom  qné  se  donnent  ces  manans.  C'eât  une 
Bôrte  de  serfs  âttranchis  de  l'Autriche  ;  et,  de  luéine  qu'un  chien  de 
basse*eour  qui  a  romt)u  sa  chaîne,  ils  profitent  de  leur  liberté 
"pont  attaquer  et  déchirer  tout  ce  qui  Se  trouve  sur  leur 
chemin. 

—  J'ai  tiraversé  leuf  pays  en  revenant  d^Italie,  et  j'y  ai  appris 
que  ^intention  des  Cantons  était  d'envoyer  des  députés  |  Votre 
Altesée  pour  solliciter  la  paix. 

—  La  paix  !  leurs  ambassadeurs  se  sont  cohduits  d^iiine  manière 
étrangement  pacifique.  Profitant  d'une  mutinerie  des  bourgeois  de 
la  Férette,  première  ville  de  garnison  où  il  sont  entrés,  ils  ont  pris 
la  place  d'assaut,  se  sont  emparés  û'Archibald  Von  Hagenbach ,  et 
Vont  mis  à  mort  sur  la  place  du  Marché.  Une  telle  insulte  doit  être 
punie,  noble  John  de  Vère,  et  si  vous  ne  me  voyei  pas  en  proie  a 
la  fureur  quMle  doit  exciter,  c^est  parce  que  j^ai  déjà  donné  ordre 
de  conduire  au  gibet  ces  misérables  qui  prennent  le  titre  d'ambaâ* 
sadeurs. 

—  t^our  l'amour  du  ciel,  noble  duc,  s^ccria  Oxford  en  se  jetant 
aux  pieds  de  Charles,  par  égard  pour  votre  gloire  et  pour  la  paix 
de  là  chrétienté,  révoquez  cet  ordre,  si  vous  l'avez  vérilableiueut 
donné  t 

—  Que  signifient  de  telles  instances?  Quel  intérêt  prenez* 
vous  à  la  vie  de  pareils  êtres?  Ce  ne  peut  être  qu'à  cause  du 
délai  de  quelques  jours  que  cette  guerre  peut  occasioner  à  vulie 
expétition. 

—  Elle  peut,  elle  doit  la  faire  échouer.  Ëcoutez-moî,  Monsei- 
gneur ^  j'ai  accompagné  ces  envoyés  pendant  une  partie  de  leur 

voyage. 

—  Vous  I  vous  I  avoir  accompagné  de  misérables  paysans 
suisses  !  le  malheur  a  cruellement  abaissé  la  fierté  des  nobles  an- 
glais, puisqu'ils  choisissent  de  tels  compagnons. 

—  Le  hasard  m'a  jeté  parmi  eux.  Quelques-uns  â'entrô  ettX 


éttAilLËS  LE  tÉMÉRAlft*,  SgS 

sont  de  sang  noble,  et  je  connais  si  bien  leurs  intentions  pacifi- 
quesy  qae  j'ose  me  rendre  leur  garant. 

•: —  Sur  ma  foi ,  Miiord ,  tous  leur  faites  beaucoup  d^honneur, 
ainsi  i)ti*a  tnoî,  en  tous  établissant  médiateur  entre  les  Suisses  et 
nous.  Pennettez-moi  de  touh  dire  que  c^est  un  acte  de  condescen- 
dance, quand,  en  considération  d'une  ancienne  amitié,  je  tous 
permets  de  me  parler  de  tos  afTuires  d'Angleterre;  il  me  semble 
que  tous  pourriez  tous  dispenser  de  me  donner  TOtre  opinion  sur 
des  sujets  qui  n^ont  aucun  rapport  direct  à  tos  intérêts. 

—  Duc  de  Bourgogne  ,  répondit  Oxford,  j*ai  suiTi  Totre ban- 
nière à  Paria ,  et  j'ai  eu  la  bonne  fortune  de  tous  secourir  à  la  ba- 
taille de  Montlhéri ,  quand  tous  étiez  entouré  par  des  hommes 
d'armes  français.... 

—  Noos  no  l'aTons  pas  oublié ,  et  la  pfeuTO  que  nous  nous  sou- 
tenons de  ce  sCfTice,  c^est  que  nous  souffrons  que  tous  restiez  si 
long-temps  dcTant  nous  à  plaider  ta  cause  de  ces  misérables ,  que 
nous  sommes  iUTités  à  dérober  à  Téchafaud  qui  les  réclame, 
parce  qu'ik  ont  été  les  compagnons  de  Toyage  du  comte  d'Ox- 
ford. 

—  Non ,  Monseigneur  ;  si  je  demande  leur  TÎe ,  c*est  parce 
qn^ls  sont  chargés  d^une  mission  pacifique,  et  que  leurs  chefs 
dli  moins  n'ont  pris  aucune  part  au  crime  dont  tous  vous 
plaignez. 

Le  duc  se  protnena  dahs  l^appartement ,  d'un  pas  inégal ,  ayant 
Pair  fort  agité,  fronçant  ses  gros  hourcils  de  manière  à  cacher 
presque  ses  yeux  ,  fermant  les  poings  et  grinçant  les  dents.  Enfin 
il  parut  aToir  pris  son  parti ,  et  il  agita  fortement  une  sonnette 
d'argent  qui  était  sur  sa  table. 

—  Contay,  dit-il  au  gentilhomme  de  sa  chambre  qui  se  pré- 
senta sur-le-champ ,  ces  coquins  de  montagnards  sont-ils  exé- 
cuté» ? 

—  Non ,  Monseigneur  ;  mais  l^exécuteur  attend  seulement  que 
le  prêtre  les  ait  confessés  ! 

—  Qu'ils  TiTent.  Nous  entendrons  demain  ce  qu*ils  ont  à  dire 
pour  justifier  leur  conduite  euTers  nous« 

Contay  salua ,  et  se  retira. 

Le  duc  de  Bourgogne,  le  front  calme  et  l'air  tranquille,  se  tourna 
Ters  l'Anglais,  et  lui  dit  d*un  ton  qui  offrait  un  mélange  inexpri- 
mable de  hauteur,  de  Miiliarité ,  et  même  de  bonté  :  —  Nous 


364  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

sommes  maintenant  décharge  de  tonte  obligation,  Milord  :  vous 
ayez  obtena  vie  pour  vie  ;  et  pour  compenser  quelque  différence 
qui  pourrait  se  trouver  entre  les  marchandises  échangées,  yom 
en  avez  obtenu  six  pour  une.  Je  ne  ferai  donc  plus  aucune  atten- 
tion à  ce  que  tous  pourrez  me  dire  si  yous  me  parlez  encore  de  ma 
chute  de  cheyal  à  Montlhéri ,  et  de  yos  exploits  en  cette  occasioD. 
Bien  des  princes  se  contentent  de  haïr  secrètement  ceux  qui  leur 
ont  rendu  de  pareils  services  :  autre  est  mon  caractère  ;  je  dé- 
teste seulement  qu'on  me  rappelle  que  j'en  ai  eu  besoin.  Sur  ma 
toi,  j'étouffe  presque  par  Tefifort  que  j'ai  dû  bire  pour  renoncer 
à  une  résolution  arrêtée.  —  Holà,  quelqu'un  1  qu'on  m'apporte  à 
boire! 

Un  huissier  entra,  apportant  un  flacon  d'argent  qui  contenait, 
au  lieu  de  via ,  une  tisane  d'herbes  aromatiques. 

—  Mon  tempérament  est  si  ardent  et  si  impétueux,  dit  le  duc, 
que  les  médecins  me  défendent  de  boire  du  vin.  Mais  vons  n'êtes 
pas  astreint  à  un  pareil  régime,  Oxford.  Retournez  sons  la  tente  de 
votre  compatriote  Coivîn ,  notre  général  d'artillerie.  Nous  vous 
confions  à  ses  soins  et  à  son  hospitalité  jusqu'à  demain.  Ce  sera  nn 
jour  d'affaires,  car  je  m'attends  à  recevoir  la  réponse  de  ces  oisons 
de  l'assemblée  des  Etats  de  Dijon,  et  j'aurai  aussi  à  entendre,  grâce 
à  l'ioteryention  de  Votre  Seigneurie,  ces  misérables  enyojés 
suisses,  comme  ils  s'appellent.  Soit!  n'y  pensons  plus.  Au  revoir. 
Vous  pouvez  parler  librement  à  Colvin ,  qui  est,  comme  vons,  on 
ancien  partisan  de  la  maison  de  Lancastre.  Mais  attention  !  pas 
un  mot  sur  la  Provence;  pas  même  en  rêve.  Contayl  conduisez 
cet  Anglais  à  la  tente  de  Colvin  ;  il  connaît  mon  bon  plaisir  à  cet 
égard. 

—  Monseigneur ,  dit  Contay ,  j'y  ai  déjà  laissé  le  fils  de  mon- 
sieur. 

—  Quoi!  votre  fils,  Oxford?  il  est  ici  avec  vous?  Pourquoi 
ne  m'en  avez-vous  rien  dit  ?  Est-ce  un  digne  rejeton  du  vieux 
tronc  ? 

—  Je  suis  fier  de  pouvoir  le  croire ,  Monseigneur  ;  il  a  été 
le  fidèle  compagnon  de  tous  mes  voyages  et  de  tous  mes  dangers. 

—  Heureux  mortel  !  dit  le  duc  en  soupirant ,  vous  avez  nn  fils 
pour  partager  votre  pauvreté  et  votre  détresse ,  Oxford  ;  je  n'en 
ai  point  pour  partager  ma  grandeur  et  me  succéder. 

—  Vous  avez  une  fille ,  Monseigneur,  et  l'on  doit  espérer  qu'elle 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  3(^5 

é{K)nsera  nn  jour  quelque  prince  puissant  qui  sera  le  soutien  de  la 
maison  de  Votre  Altesse. 

—  Jamais!  par  saint  George!  jamais!  s'écria  le  duc  d'un  ton 
bref  et  décidé.  Je  ne  Teox  pas  un  gendre  qui  puisse  faire  du  lit  de 
ma  fille  un  marche-pied  pour  atteindre  à  la  couronne  du  père. 
Oxfordy  je  tous  ai  parlé  plus  librement  que  je  n*y  suis  accoutumé, 
que  je  ne  le  devrais  peut-être  ;  mais  il  existe  quelques  personnes 
que  je  crois  dignes  de  confiance ,  et  je  tous  regarde  comme  étant 
de  ce  nombre,  John  de  Yère. 

Le  comte  anglais  salua,  et  il  se  retirait,  quand  le  duc  le 
rappela. 

—  Encore  un  mot,  Oxford.  La  cession  delà  Provence  n'est  pas 
tont-à-fait  assez.  Il  faut  que  le  roi  René  et  Marguerite  désavouent 
cet  écervelé  de  René^  de  Yaudemont ,  qui  prétend  avoir  des  droits 
sur  la  Lorraine  du  chef  de  sa  mère  Yolande,  et  qui  m'y  oppose  une 
sotte  rési.^tance. 

—  Monseig;neur,  René  est  petit-fils  du  roi  René ,  neveu  de  la 
reine  Marguerite;  cependant 

—  Cependant  il  &ut  que  les  droits  qu'il  préteud  avoir  sur  la 
Lorraine  soient  positivement  désavoués.  Vous  me  parlez  d'affection 
de  famille ,  tandis  que  vous  me  pressez  de  faire  la  guerre  à  mou 
beau-firère! 

—  La  meilleure  excuse  que  puisse  avoir  René  pour  abandonner 
son  petit-fils,  c'est  l'impossibilité  absolue  où  il  se  trouve  de  l'aider 
et  de  le  soutenir.  Je  lui  ferai  part  de  la  condition  que  nous  impose 
Yotre  Altesse,  quelque  dure  qu'elle  soit. 

Et  il  ces  mots,  le  comte  d'Oxford  sortit  du  pavillon. 

X.  Sir  Walter  Scott ,  dans  ses  premières  éditions,  appelait  René  Ferrand  on  Ferfy,  du  nom  de  son 
père. 


CHAPITRE  XXVI. 


Je  remer«^  Hamb1«aB«nt  Vptre  ^'t^iMi 
Bt  j'ai  bien  au  plaisir ,  eu  cette  occasion, 
4  û  Toir  Kpvfù  ma  fariof  4h  se% 

SaAKSRJMfl^ 


^  Là  tente  assignée  pour  le  logement  dti  comte  d'Oxford  étail  celle 
de  Colvin ,  l'ofticief  anglais  à  qui  le  dqc  (Je  Bourgogne  avait  ^nfié 
le  soin  de  son  artillerie,  en  lui  accordant  de  ricl^çs  appointeaieiiS. 
11  reçut  son  hôte  avec  tout  le  respect  du  à  son  rang  et  i^Qiiforin^- 
ment  aux  ordres  spéciaux  que  le  duc  lui  avait  donnés.  Il  ^v^t  lui- 
même  combattu  pour  la  maison  de  Lancastre ,  et  par  cpnséquei^t 
il  était  favorablement  disposé  à  Tégai  d  du  petit  nombre  d'hoinmes 
de  distinction  qu'il  avait  connus  personnellement^  et  qui  ^v^ent 
ét^  constamment  fidèles  à  cette  famille  pendant  la  longue  suite 
d'inPortunes  qui  semblaient  l'avoir  à  iamais  accablée.  U^ysat  d^jà 
offert  des  rafraicbissemens  à  Arthur,  et  il  fît  alors  servir  a^  coQitt 
un  repas  pendant  lequel  il  n'oublia  pas  de  lui  recommand^F,  par 
son  exemple  autant  que  par  ses  conseils  ^  le  bon  vin  de  3ourgpgne, 
dont  le  souverain  de  cette  province  était  obligé  de  ç'a^âtenir  lai" 
même. 

—  Le  duc  montre  en  cela  qu'il  a  de  l'empire  çur  lui-mâine,  dH 
Colvin;  car,  pour  dire  l^  vérité  entre  amis,  son  caractère  est  trop 
fougueux  pour  supporter  la  fermentation  qu'occasioue  dans  le 
sang  ce  breuvage  cordial;  aussi  est-il  assez  sage  pour  %e  borner  à 
des  boissons  propres  à  calmer  le  feu  naturel  de  son  tempérameat^ 
au  lieu  de  l'enflammer  encore  davantage. 

—  C'est  ce  dont  je  puis  m'apercevoir ,  répondit  le  comte;  quand 
j'ai  commencé  à  connaître  le  noble  duc ,  qui  était  alors  comte  de 
Charolais ,  son  caractère ,  quoique  toujours  suffisamment  impé- 
tueux, était  l'image  d'un  calme  parfait,  auprès  de  la  violence  i 
laquelle  il  s'emporte  maintenant  à  la  moindre  contradiction.  Tel 
est  le  résultat  d'une  suite  non  interrompue  d«  prospérités.  Il  s'est 
élevé  par  son  propre  courage,  et  grâces  à  d'heureuses  circon- 
stances,  du  rang  précaire  de  prince  feudataire  et  tributaire  aa 


GHAIVLIS&  U;  TÉMÉRAIRii.  MU 

rang  des  plus  puissans  soayerains  de  rËurope,  et  U  a  pnn  mi  ««v» 
ractère  de  majesté  indépendant.  Mais  je  me  fimu^  qi|9  cei  Dobtif 
traits  ^e  générobiié ,  qui  con)pens9ient  les  actes  4'tKM9  v^V>n^  Hi** 
bi  traire  et  fantasque  »  ne  sont,  p^  d^vem^s  pllifk  riUW  qH'^i^  M 
l'étaient  autrefois. 

— Je  puis  lui  rendre  justice  à  cet  égard^  dit  }e  soM^^  d^  i<Mrtm«i 
qui  attacha  au  mot  de  générosjté  Iç  ^eu^  moîn^  el^lH^  de  HMrnf 
ïité  ;  le  duc  eât  un  maître  noble ,  e(  àn^t  Ifi  gipîa  #t  Ipiygim  prdtt 
à  s'ouvrir. 

—  J«5  désire  qu'il  accorde  nés  bofit^  à  des  tuNBlues  apasî  ^rmes 
et  aussi  kîdèles  di^ns  leur  service  qi|e  vous  l'avez  (puJQiirsélé»  Ciils 
vin.  Mais  je  remarque  un  changement  i\%m  yQtreariBée*  Je  timn 
nais  les  bannières  de  la  plupart  des  aficie«i»es  mai^oiis  de  Bour- 
gpgne;  comment  se  fait-il  que  j'§n  y<4e|ii  pHtd^na  teçftinpdHduel 
je  vois,  comme  autrefois,  des  drapeaux  ,  4e#  éteudêfda»  des  pesr 
uof>s  ;  mais  quoiqqe  je  cQnnaii>se  dt^puis  lant  d'anuéea  la  eoblesse 
de  France  pi  de  plsmdre ,  leurs  arnoaines  lae  aosil  iueowiuiea. 

—  Noble  comte  d'Oxford,  il  convient  mal  à  ua  haminfi  qui  est 
à  la  solde  du  dup  de  critiquer  sa  ceiiiUiii^e  %  i^kk  il  eat  vrai  dit  dire 
que ,  di^pui^  quelque  temps»  le  duc ,  à  q^  qu'il  me  sefnhle  »  aocûPdi 
trop  ù^  coii&9nce  9MX  foldais  de  lélrauge^^t  U  aime  mieux  prendre 
à  sa  sqlde  des  troupes,  nombreuses  d'AUematids-et  d'Itjilifctts,  que 
de  réuftir  sous  sa  bannière  les  eb^v^Uf rs  et  les  éeiiyers  qui  faû 
sont  attachés  par  les  liens  de  l'allégeance  féodale.  U  ii%  reeomrs  à 
ses  sujets  que  poqi*  en  tirer  les  somm^  devi  U  A  bt^MMO  peur  solder 
ces  mercenaires-  (««s  Allemands  ^(m%  des  dràUs  assea  hannètas 
qui^nd  \\s  som  payés  ré^i|iièremefi(;  mais  que  le  oiel  me  ppéa«rve 
des  bander  itaUennesdp  duc»  et  deea  Campo-Bassa»  lewr  chel,  qui 
n'attepd  qu'un  prix  capable  de  le  tenter  poui?  i^eadce  &oa  jUmhhmi*, 
confirme  ^n  moHten  deiiÎAé  à  la  tuerie*  

— r-  Penise^TVPus  si  mal  4a  lui  ? 

-rr  4'en  pense  si  nuil,  que  je  eroisqu^U  a'exiaieancHne  soFieée 
trahifiQ»  que  Tesprit  puisse  imaginer  et  que  b  bvos  pBÎ^S6  eKéoa- 
ter  y  poar  laqoelte  son  ame  et  ^  maio  ne.&eiei|t  prétfa.  il  ast  pé- 
nible, Qli|6rd>  pour  un  Anglais ,  pour  un  hanne  d^honneur  eemnie 
moi,  de  servir  dans  une  armée  pu  de  paveils  traîtres  «et  un  oom- 
«landetnent.  Mais  que  puis^je  faire ,  à  moins  qtie  je  ne  trouée  de 
nouveau  rocçasion  dé  porSar  les  armes  dans  mon  pays  naul  7  j'es- 
père encpre  qpi'il  pbâra  à  la  merei  dq  «el  de  ralluner  dans  aetve 


96»  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

chère  Angleterre  ces  bonnes  guerres  civiles ,  où  l'on  se  battait  de 

firanc  jea ,  où  l'on  n'entendait  point  parler  de  trahisons. 

Lord  Oxford  donna  à  entendre  à  son  hôte  qu'il  ne  devait  peut- 
être  pas  désespérer  de  voir  s'accomplir  le  pieux  désir  qu'il  formait 
de  vivre  et  de  mourir  dans  sa  patrie  »  et  dans  l'exercice  de  sa 
profession.  Il  lui  demanda  ensuite  de  lui  procurer  le  lendemain 
de  bonne  heure  un  passe  -  port  et  une  escorte  pour  son  fils  qu'il 
était  oMigé  de  dépêcher  sur-le-champ  à  Aix,  résidence  du  roi 
René. 

—  Quoil  dit  Golvin^  le  jeune  lord  Oxford  va-t-il  prendre  ses 
degrés  dans  la  cour  d'Amour  ?  On  ne  s'occupe  dans  la  capitale  do 
roi  René  d'antre  affaire  que  d'amour  et  de  poésie. 

—  Je  n'ambitionne  pas  pour  lui  une  pareille  distinction,  mon 
bon  hôte  ;  mais  la  reine  Marguerite  est  avec  son  père,  et  il  con- 
vient que  ce  jeune  homme  aille  lui  baiser  la  main. 

—  J'entends»  dit  le  vétéran  lancastrien  ;  quoique  nous  touchions 
à  l'hiver ,  je  me  flatte  que  nous  pourrons  voir  la  Rose-Rouge  flea- 
rir  au  printemps. 

U  fit  alors  entrer  le  comte  d'Oxford  dans  la  partie  de  la  tente 
qu'il  devait  occuper,  et  où  il  se  trouvait  aussi  un  lit  pour  Arthur. 
Leur  hôte>  comme  nous  pouvons  appeler  Colvin,  les  assura,  en 
se  retirant,  qu'ail  point  du  jour  des  chevaux  et  des  hommes  d'armes 
sur  qui  il  pourrait  compter  seraient  prêts  à  conduire  le  jeune 
homme  à  Aix. 

—  Et  maintenant,  Arthur,  lui  dit  son  père,  il  fiant  nous  séparer 
encore  une  fois.  Dans  ce  pays  où  régnent  tant  de  dangers ,  je  n'ose 
vous  donner  aucune  lettre  pour  la  reine  Marguerite,  ma  maî- 
tresse; dite^lui  que  j'ai  trouvé  le  duc  de  Rourgogne  tenant  forte- 
ment aux  vues  de  ses  intérêts  personnels,  mais  assez  disposé  à  les 
allier  avec  ceux  de  la  maison  de  Lancastre.  Dites-lui  que  je  ne 
doute  guère  qu'il  ne  nous  accorde  les  secours  que  nous  lui  deman- 
dons, mais  non  pas  sans  une  abdication  en  sa  fiaveur  par  le  roi 
René  et  par  elle-même.  Dites-lui  que  je  ne  lui  «aurais  jamais  cofl' 

•seillé  de  faire  un  pareil  sacrifice  pour  la  chance  précaire  de  ren- 
verser du  trftne  la  maison  d'York ,  si  je  n'étais  bien  convaincu  qœ 
le  roi  de  France  et  le  duc  de  Rourgogne  sont  comme  drax  vautours 
planant  sur  la  Provence,  et  que  l'un  ou  l'autre  de  ces  princes  » 
peut-être  tous  deux ,  sont  prêts ,  à  l'instant  de  la  mort  de  son  père, 
à  fondre  sur  les  domaines  qu'ils  lui  ont  laissés  à  regret  pendant  sa 


CHARLES  LE  TEft^RAIRE.  S69 

Tie.  Un  amiigeinent  avec  le  due  de  Bourgogne  peut  donc  i  d'ane 
part ,  nous  assarer  sa  ooopëratioa  aclive  dans  notre  entreprise  en 
Angleterre;  et  de  l'autre,  si  notre  npbie  mi^resse  ne  consent  pas 
à  la  d^Bftande  du  duc ,  la  justice  de  sa  cause  ne  mettra  pas*plos  en 
sûreté  ses  droits  l^réditaires  aux  domaines  de  son  père.  Invitez 
donc  la  reine  Marguerite,  à  moins  que  ses  projets  ne  soient  chan* 
gés,  à  obtenir  du  roi  René  Facte  formel  de  la  oessiod  de  tes  do- 
maines au  duc  de  Bourgogne ,  avec  le  consentement  exprès  de  Sa 
llajesté.  Le  revenu  a  assurer  au  roi  et  à  elle  -  même  sera  réglé 
comme  elle  le  désirera.  On  peut  même  laisser  cet  article  en  blanc, 
car  je  puis  mo  fier  à  la  générosité  du  duc  de  Boulogne  pour  le 
remplir  eouTenàblement.  Toute  ma  crainte ,  c'est  que  Son  Altesse 
ne  s^embarque... 

—  Dans  quelque  sot  exploit  nécessaire  à  smi  honneur  et  à  la 
sûreté  de  ses  domaines,  ajouta  une  voix  en  dehors  de  la  tente,  et 
ne  fittse  ainsi  plus  d'attention  à  ses  affidres  qu'aux  nfttres.  N'est-ce 
pas  cebi,  sire  comte  ? 

Le  rideau  qui  fdrmaiit,  de.  ce  cAté ,  la  porte  de  la  tente  se  leva 
en  même  temps,  et  on  vit  entrer  un  homme  portant  le  costume  et 
la  toque  du  soldat  de  la  garde  wallone ,  mab  en  qui  Oxford  re- 
connu sur4e-champ  les  traits  durs  du  duc  de  Bourgogne,  et  son 
fier  qui  étincelaît  sous  la  fourrure  et  la  plume  dont' sa  toque 
ornée. 

Arthur,  qui  n'avait  jamais  vu  ce  prince ,  tressaillit  en  voyant 
entrer  un  inconnu,  et  porta  la  main  sur  son  poignard.  Mais  son 
père  lui  fit  hn  signe  qui  lui  fit  baisser  le  bras,  et  il  vit  avec  sur- 
^se  le  reqpeet  solennel  avec  lequel  le  comte  reçut  le  prétendu 
soldat.  Les  premiers  mots  qui  furent  prononcés  loi  expliquèrent  ce 
mystère. 

—  Si  ce  déguisement  a  été  pris  pour  mettre  ma  foi  à  Téprèuve, 
ngM»  duc,  dit  le  comte,  permettez-moi  de  vous  dire  qu'il  était 
inutile. 

— Gonvenet,  Oxford,  répondit  Charles ,  que  je  suis  un  espion 
courtois;  car  j'ai  cessé  de  jouer  le  rôle  d'écouteur  aux  portes,  à 
l'instant  même  où  j'avais  lieu  de  penser  que  vous  alliez  dire  quelque 
ehosequi  exciterait  mon  courroux. 

*—  Sur  ma  parole  de  chevalier.  Monseigneur,  si  vous  étiez 
resté  derrière  la  tente,  vous  n'auriez  entendu  que  les  mêmes 
qpie  je  sins  prêt  à  dire  en  pfésence  de  Votre  Altesse, 

«4 


170  GRàRKËS  LE  TÉHÉRAIRE; 

qiioi(q[u*6ll«0  enfluf ni  été  peat-ècre  «sprimées  uni  pra  pbs  Bbre» 

-**Eh  bteal  dilefl4Br'doiie»  er  de  la  niMdèrtf  qu'Uvousplain; 
Us  en  ofti  menti  parla  gorge,  eeitt  qm disent  qae  Gliarleede  Boor* 
gagoeVest  jamaie  offeosé  des  •ans-donnés 'par  nii^aniid.oot  il  cash 
natt  les  bonnes^  intentionSé 

*^  J'asratft  desc  dit  qae  loat  ce  cpie  Ifai^nerite  d'Aqen  avairà 
onaindrei  o'étaitqae'le  dos  de  Benrgogpe ,  à  Uinstaatde  prendnr 
son  ariniipe  pourgagner  la  Poovenee  ponr  kimnème^-  et  pour  aider 
desodibraspoisBani  ma-nnllntaie'à'ftdra'Tdmr'ses  dMta  en  An* 
g^ieterre,  ne  se  laissât  détourner  d'objetâssiimpertanspar  ledéi» 
inpnideii4de  se  tenger  d'atCroatsiaaagioatvea'qQiini^entété  fut», 
comme  il  le  suppose,  par  certaines  confédérations,  de  movtilgDiTda 
des  Alpea^  oontre  lesquels  il  est  impossible  de  remperCer  un  avan- 
tage inportuMly  ou  d*aequémr  de  k-gloise,  etau  risque  de  pcrdfe 
l'oa  et  l'autre.  Ces  hommes,  Monseignettr,  demeurent  an- milieu 
de  rochers  et  de  déserts  presque  inaccessible^;  il»  se  contentent  de 
si  peu  de  ebose  pour  leur  noorritufe,  que  le  plus  pauvre  de  tos 
sojets  mourrais  de  faim  s^il  était  asac^li  %u  aiên»  régnoe.  Us  son» 
formés  par  la- naturetda  manière  à  serrir  de  gamîaon  anx  mon** 
tagnes  au  milieu  desquelles  elle  les  a  placés,  et  qui  sont  autant  de 
fopteresseà^  Pour  Fauiour  du  oiell  ne  immis  neUeapastengaefre 
avec  eux ,  mais  marchez  vers  un  but  plus  noble  et  plus  important^ 
sans-roeltre  en  mouTement  un  nid  de  gui^s,.doBt  îeé  piqAres  sont 
capables  de  mettre  en  Inrenr  ceux  qu'eUestattaquent* 

Le  doc  avait  promis*de  la  patienoe ,  et  il  s'efforça  de  tenir  p>» 
rôle  ;  maisJesi  muselé»  gonfla  de  son  Yiftage  et  ses  yeux  étiim* 
lans.  aniuMifaîeut  oondxk»  il  lui  en*  coûtait'  po«r  nateniF  son' 
courroux. 

-^^-Yons  éteamid  informé,  Milnrd,  répo&ditPtl^i eue  hommes  ne 
sontpaisles  bergers  et  lesrpaysans  paisibles 'qu'il' vous  plaît  detes< 
supposer.  S'ils  n'étaient  que  cela,  il  me  serait  possible  de  lesnié* 
priser^  Mais^  fiens^de  quelques.  Tiotoirertqi^iltf  ont  roMpertéés  sur 
les  indeienatAntriofaiens,  ils  •  ont  seceuétont-respeet  pour  Fanto* 
rîté;  iia  se»donneBt  des  airs  d'indépendaueê,'  fik'meut  des  Iqjites', 
font  des  invasions,  prennent  des  villes. dlassant>  jugent  et  font 
e»éeutendes  hommeadeimble  naisaBiicbau^gréidelqnBèonpiaistr. 
1tt'as>res|iritiabtuav  CHcford,.  car  Unasl^aindlBile'paBinie'CMfl* 
jfmnàiU  BeiavagilerleB'àaBigdmglaié^  et.teiftiireientae9duns>me» 


CmiRLâS  LE  TÉHÉRAIRE^  37t 

scMimeil«<àr  Vég/gÊàéctûa  motiMpmrû^t  apyferenda  que  ces  Smstê' 
sêat  de  TiwksèÀt»  Eieesstis  poar  les  paities  de'  nés  domaines  dont 
il»  istoBt  Tôisin»;  pMweB>  fiénr^  fiéroees;  s'effieneaiit  aisément, 
pairce  qil'ils  gagnent  w  Im  gaerre;  dif&siks  à  apaiser,  parce  qn'ils' 
nourrissent  niresporit  d»  -^engeanœ;  teoJDWs  (vèts-  à  saisir  Foeea** 
siDD'  &Tora)bk  pour  attaquer  un  Toisin  qoand  il  est  oecopé  d'autres 
affaires»  Owi  les  Saisae»  sont  pomr  la  EMir^gne  et  pour  ses  aUiés 
des  ennemis  aussi  remnans,  aéssi^  perfide^,  aiussî  invétérés,  qne 
les- Edes^ai»  pont  l'Angleterre.  Qcie  diras^tn  maintenant?  Puis*je 
aenfcer  à<  anonoe  esÉtreprise  importante  anr^nt  d'ai^r  terrassd 
Torgneil^d'un  tel  people  ?  Ce  ne  sera  VaffiiiM  que  de  quelques  jours. 
Je  saisirai  le  pore-épic  des  montagnes  airee  meÉ  gantelet  d'acier. 

—  Ils  donnemrit  douer  moins  de  besogne  à  Votre  Altesse  ^e 
ass  rois  d'Angletems  nfén  est  etia^rec-  lea  Eoossais.  Nos  goerrèa 
af?eecenx««ioet  dnréei  longtemps'  et  ont  étésisang^tes,  que  les 
hommes  sages-regrettent  eneore  qn'on  lerait  jamais  entreprises. 

-^  Je  tt'entends  pnaiaire«anix  Eeoisais  l'affront  de  les  oompa- 
ixr,  sons  tons  lea  rapports),  à  ces  manant  des  montagnes  de  Suisse. 
ÏA  noblesso'dn  sfeing  et  le  courage  s&  tronrent  en  Ecosse,  et  nous 
enaToswTii  bien  des  exemples;  Ces  Sinsfiss^  au-eontraire,  ne  sont 
qn'nM  race  die  paysa^e^^et  si  qudqnes»uns  d'entre  ewL  pèttyent  m 
-vanter  d^nne  naissance  pies  dislin^née ,  il  faut  qu'ils  la  cachent 
sons  le  eo8tlimeetlesmsniîèresrde>ce8  rostres.  Je  ne  crois  pas  qu'ils 
soetiennent  mw  cbargedema  cavalerie  dn  Hàinant. 

•^"Semy  A  la  cwvdieriej^Bnt  traônrer  un  terrain  propre  à  nne 
•lMrge«liaiSi..« 

— «-Pmp  réâmre^YOs  sempuies  ait>silcittcevdît  le  duo  en  l'inter- 
raaq>aBt.,i apprenez qie  ees-mainansensouragent  par  leur  protec- 
tion el  leur  aidela  fesînation  dés  oonspÎTtitîons  les  plus  dangereuses 
dânsmea^domainds.  Je  voneai^dk  qnemon  gouverneur, sir  Archi- 
bald  YonSbgenbaeh,  aétë  ansasdiné  après  la  prise  de  la  ville  de 
IftFéretter  par  eaa  traîtres,  vos  bons-Suisse».  Et  voici  on  chiffon 
de  parchmidaffei  m^anneoeé  que  mon  serVitenr  a- été  m^k  mort 
en  vertu  d'une  sentence  dit  Vehifeié'Gerieht ,  bande  d'assassins  se- 
crète, dent  je  ne  souffirirai^lmaiftlesatiroi^inens  dans  aucune 
partie  dernme  domaines^  Que  ne^pni^'j^  les  trxuiveii  sur  la  surface 
dé  la  taneMsabaiaénHMitiqti'âsise  raasemblenir  dan^sesemrailles  l 
.Vc9ei&  BinseltMatdejoet  éctiti 

Gethéeli^iportàit*^  eme>lÀ  dalts^-di»  jotw  e^dta^aleJiSi»  '^e  seetmfce 

a4. 


372  CHARLES  LE  TéMÉRAiRt. 

de  mort  aTait  M  rendae  contre  Archibald  Von  Hagenbadiipark 
saint  Vehmé,  et  qu'elle  avait  éié  mise  à  exécution  par  ses  offi- 
ciers,  qui  n'éiaient  responsables  de  leur  conduite  qu'à  leQrtribs- 
nal  ;  cet  écrit  était  contresigné  en  encre  ronge ,  et  scellé  da  sceau 
de  la  société  secrète,  un  rouleau  de  cordes  et  un  poignard. 

— J'ai  trouTé  cette  pièce  clouée  sur  ma  toilette  arec  an  poi- 
gnard, reprit  le  duc.  C'est  un  autre  de  leurs  tours,  pour  ajonter 
le  mystère  à  leurs  jongleries  homicides. 

Le  souvenir  du  danger  auquel  il  avait  été  exposé  dans  l'aoberge 
de  Mengs,  et  les  réflexions  qu'il  fit  en  ce  moment  sur  l'étendue 
et  le  pouvoir  de  ces  associations  secrètes,  &rent  frémir  inyolon- 
tairement  le  brave  Anglais. 

—  Pour  l'amour  de  tous  les  saints  qui  sont  dans  le  cieli  Mon- 
seigneur,  dit-il ,  prenez  garde  à  la  manière  dont  vous  parlez  de 
ces  redoutables  sociétés,  dont  les  agens  nous  entourât,  et  sont 
sur  notre  tète  et  sous  nos  pieds.  Personne  n'est  sûr  de  sa  yie, 
quelque  bien  gardée  qu'elle  soit,  si  un  homme  prêt  à  saeriAer  la 
sienne  veut  la  lui  ravir.  Vous  êtes  environné  d'Allemands,  d'Ita- 
liens  et  d'autres  étrangers.  Combien  s'en  peut-il  trouver  panai 
eux  qui  soient  chargés  de  ces  chaînes  secrètes  qui  dégagent  les 
hommes  de  tout  autre  lien  social  pour  les  unir  en  une  confédéra* 
tien  terrible  dont  ils  ne  peuvent  plus  sortir?  Songez,  noUe 
prince,  à  la  situation  dans  laquelle  votre  trftne  est  placé,  qnoi« 
qu'il  brille  de  toute  la  splendeur  de  la  puissance,  qumqu'il  repose 
sur  une  base  solide  et  digiie  d'un  édifice  si  auguste.  Je  dois  voos 
dire ,  moi,  ami  de  votre  maison,  quand  ce  devraient  être  mes  der* 
nières  paroles,  que  ces  Suisses  sont  une  avalanche  snspendae 
sur  votre  tête ,  et  que  ces  associations  secrètes  travaillent  soos 
vos  pieds  pour  produire  les  premières  secousses  d'un  tremble» 
ment  de.  terre.  Ne  provoquez  pas  une  lutte  dangereuse,  et  la 
neige  restera  inunobile  sur  la  dme  de  la  montagne  ;  la  fermenta- 
tion des  vapeurs  souterraines  s'apaisera.  Mais  une  parole  de  me- 
nace ,  un  regard  d'indignation  ou  de  mépris ,  peuvent  éire  « 
signal  pour  foire  éclater  ces  deux  fléaux. 

—  Vous  semblés  témoigner  plus  de  crainte  pour  une  troope  de 
manans  à  demi  nus  et  pour  une  bande  d'assassiiis  nocturnes,  ^ 
je  ne  vous  en  ai  vu  montrer  pour  des  dangers  réels.  Gepeaéant^ 
ne  dédaigne  pas  votre  avis.  J'écouterai  avec  patâence  les  eovop 
suisses,  et  jen^abstiendrai,  si  cela  m'est  possible,  de  kar  f^ 


CHARLES  LE  TÉHÉRAIRB.  378 

voir  1q  mépris  ayec  lequel  je  ne  pais  m'empécher  de  regarder 
lears  prétentions  à  traiter  comme  Etat  indépendant.  Je  garderai 
le  sileoce^ur  les  associations  secrètes,  jusqu'à  ce  que  le  temps  me 
loornisse  les  o^oyens  d'agir,  de  concert  avec  TEmpereur,  la  diète 
et  les  princes  de  l'Empire,  pour  les  ^chasser  en  même  temps  de 
tous  leurs  terriers.  Eh  bien  1  sûre  comte ,  est-ce  bien  parler  ? 

—  C'est  bien  penser ,  Monseigneur  ;  mais  c'est  peut  -  être 
parler  imprudemment.  Vous  êtes  dans  une  situation  où  un  seul 
mot,  entendu  par  un  traître,  peut  être  une  cause  de  mine  et  de 
mort. 

— Je  n'ai 'pas  de  traîtres  autour  de  moi,  comte.  Si  je  croyais 
qu'il  en  existât  dans  mon- camp,  j'aimerais  mieux  périr  sur-le- 
champ  par  leur  main ,  que  de  vÎTre  perpétuellement  en  proie  à  h 
terreur  et  au  soupçon. .        ' 

— Lea  anciens  serviteurs  de  Votre  Altesse  ne  parient  pas  fa* 
Torai^lement  4n  comte  de  Gampo-Basso,  qui  occupe  un  rang  si 
éleyé  dans  TC^treconfiance. 

— 'Oui,  répliqua  le  duc  d'un  ton  calme ,  il  est  facile  à  la  haine 
unanime  de  tous  les  courtisans  de  dénigrer  le  plus  fidèle  serriteur 
d'une  cour.  Jefépondsque  Golvin,  -votre  concitoyen  à  tête  de 
taureau,  l'a  noira  dans  Tolrë  esprit  comme  tous  les  autres.  Mais 
pourquoi  ?  C'est  que  Campo-Basso  prend  som  de  m'avertira  sans 
crainte  et  sans  espoir  de  faveur,  de  tout  ce  qui  va  mal  dans  mon 
duché.  Ensuite  ses  pensées  sont  jetées  dans  le  înême  moule  que  les 
miennes,  de  sorte  que  je  puis  à  peine  le  décider  à  s'expliquer  sur 
^e  qu'il  entend  le  mieux ,  quand  nous  différons  tant  soit  peu  sous 
quelque  rapport.  Ajoutez  à  cela  un  extérieur  plein  de  noblesse, 
de  la  grâoe,  de  la  gaieté,  une  adresse  parfaite  dana  tous  les  exer- 
cices de  la  guerre,  et  dans  tous  les  arts  de  la  paix  qui  convielinent 
à  nne  cour.  Tel  est  Campo-Basso.  N'est-ce  donc  pas  un  joyau 
pour  le  cabinet  d'un  prince? 

—  Je  vois  qu'il  possède  tout  ce  qui  est  nécessaire  pour  former 
un  fsivori;  mais  toutes  ces  qualités  ne  sent  pas  aussi  propres  à 
faire  un  fidèle  conseiller. 

-^Fon  soupçonneux!  s'écria  lé  duc;  faut*il  donc  te  dire  mon 
grand  secret  sur  «eCampo-Basso?  N'est-il  que  ce  moyen  de  te 
guérir  des  soupçons  chimériques  que  ton  nouveau  métier  de  mar. 
chaud  ambulant  t'a  probablement  disposé  à  concevoir  si  légère- 
ment? 


874  .GHMH2B  ILE  IlÉIfÉRMtUI. 

-^6i  yotra  AiUsfim  oa'lioiion  d«  m  i^omàÊmêe,  ttm  eeqaeje 
ipuis  dire,  c'est  <i«d ma  Âdélilté  74rép«ndm^ 

-^Saoh»  dope, )l6  fimêwêBmat  dermorMb,  qiie4iioB'boil oati, 
jnm  cher  irèroy  -LoDÂ^nm  ét'Ftmaçe^aftk  fidi  AMBier  «w  ei 
flscret  par  on  perBonsage  qaitn>te|t4ia&  néins'qoe'aen  fimeut 
barbier,  Olvvier  leOiable, jfMJCanpOdBasfloliii a^akoffert,  f&à 
«Incertaine  somme  d'argent ,;  de  va  livrer  à  4|ii,  mort  oh  vif.— 
IVoastressaillex? 

-r*  Et  ce  d'est  pas  «ans  raisoa ,  me  siçpalaiit  ><iaa  ^foive  iMige 
constant,  Monseigneur,  est  d'éire  légèrement  armé  et  mal  aooMU- 
pagoéf  quand  tous  allés  âam  d»  ••eeoùaissaaoaa  p«  Visiler  vos 
avant-postes ,  mt.  songeant  par.  copséquent  'combien  il  sersit  kcBfi 
dlP.mottreà)eKéontionuB4dpMgetdetra^son«   : 

—  Bon ,  bon  !  tu  vois  le  danger  comme  s?ilél|iA  réel;  ittfena 
no  peQt  être  plusceniaînique  aLmoB  oharicoviaîn,  deM&da AanWt 
tAt  veqa  nne«pa!r0illBipfEr^,iU^t'Mle'demer  haimme  duiisnAe 
à  me  prévenir  de  me  tenir  en  garde  contfc^oette^porfidîe.  Nsb,'10D, 
il  sait  quel  pdbc  j'attache  aux  lasnricesido  Gampo^lasso,  st  il  a 
imaginé  cotte  Acan«4ition{iapir>m'enf»n!fer.  . 

—  Et  cependant,  Monseîçn^or, .  ai  ¥otive  Alto^ao  vdnt  wmm^vM 
Moseil,  vous  ne  qoituunea  |»aa  aansjnéoassiti  iKMawamiassÀ'l^ 
Ittieuye  do  fer,  et  voBaiiemaffcherefli€[ii'«v?ec  nap  bonne  escortad^ 
iroa^fidèlfis  Wallona. 

-*-Tn  voodnis  donc.,  à  ISaide  dn.soieilietidel'aeier,  Jairew 
tarbonifAde  d'un  malhenreuxicopime  imoi^  :tt»pjaar»  cân^oméyar 
one  fièvre  brûlante?  Mes  qooîfue  jeiplaisanteiainai,  jèserai  prtr 
^ant.  Quant  k.  veos ,  jeune  faamme ,  voaa'*poiMrez  asauprer  sm  €oqr 
aine,  Margoorited'Anjony.quejeeagarderaiaeaaffbfiMseaiilDieta 

miennes  ;  mois  fMmvenee«>voa&  auaai'que  ks  sectatsdes  prÊnocs  sMf 
des  présens  dangereux,  û^oeux  è  jqoi  dlpaobt  confiés  manquent  de 
discrétion^  mais  qu'ils  font  la  fortune  de eeoac  qni^aveiitiasganlir 
Salement.  Vous  encourez  là  preuve,* éi  -vous  flpe  v^pportet  d'Aix 
l'aote  d'abdication  dont  votre  pêne  -vona-a  parlé.  Adieu,  adieaJ 

—  Vous  venez  de  voir,  dit  le  comte  d'Oxford  à  son  fils,  lefO^ 
t»dt  de  ee  pi»ee  e.tnioidin»re ,  ir^^ë  par  Im^do..  il  «t  fi^ik 

'  d'exciter  son  ambition  et  sa.  soif  de  pouvoir,  mais  il  est  presque 
impossible  de  lui  faire  prendre  le  <^emin  direct  qui  pooneit*^ 
eondoire  an- point  désiré.  Il  est  toujours  oomoia  Farcdier  novicei 
dont  l'œil  est  distrait  du  but  par  une  hirondelle  qui  vole  pendakiq"^ 


GBAiRUBS  UE  TÉRÉBASHL  «» 

|ifeJa>oorflede<an«rc.  iTantfttméfiMl'saM  cflii9MCiiqti8leiiMrit> 
«antAt&'alnniiMHHuit  à.«ne  oonfimee  «bs  Imi  mÊB^aimgahre>9wmaà 
de  latBiaîson  deiLamoHtre  et  jiUié  de  œile  d'iYork  ^  oudoieiiant  le 
deraîereBpeir  et  k  seal  appei  4e  etite  sinseBdétrâiiée.  Il  eit 
féynble  d*a.voirA>gegenierilflB jowwy  ée  veîr  oMumem^on  ptvt 
{[agner  la  piatie,iet/de:te'troaver,  par  le  eiqpnce  de»«eives>  pmrë 
4ie  je«f  reonuMe  il  le  iradiak.  Que  de  grands  ^kMëiéu  «dépendeat 
ihladéleraiînBtâas  fseprendm  dcnudn  ledaoQhaekal  etoomUen 
est  faible  mon  inflnenee  pour  le  dédder  à  agir  <e(NBne«reKÎgeBt  ja 
aftMié'et  sitre  avantagel  Booseir,  /mon'fita;  IniMsini  le  sein  des 
érènemens  à  celui  qoi  peat  senl  en  diriger  le  oonn. 


CHAPITRE  XXVn. 


^ui ,  loon  saqg  est  trop  firoid*  paisqQe  j'ai  sqpportc 
'Hc»  indignes  propos  sans  qaf  l  ait  fcrmeotâ. 
JVQtni  le  Mviex  fort  bien  »  fi  votre  impertinence 
Teut  Toir  jusqa'à  quel  point  ira  ma  patience. 

S«AK0»ft*av« 


VâmoU'éveiUa le  comte d'Oxfbvdet  son  tts,  et  sas  preaums 
myQM  '^Kenaient  a  peine  d'éckirer  l'iiorizon  dn  côté  de  l'orioiiy 
quand  lenr.bôte,  Cobiiny  entra  aiwcfindomesliqne  portant  quelques 
fiaqnets  quiîl  déposa  1par.terre9.ei  f«î  se  i^etira  ensuite.  Le  général 
d'aniUene  dn  àac  kor  aimonça  alocs  qn^il  étaît  chargé  d'un  mes- 
aa^B  de  la  part  de  Charles  deJBomqgogoe. 

--^  Le  dnc ,  dtt4I,  envoie  à  mon  jenne  maître  d'Oxford  quatt« 
laiMiers  lobnstes  pour  Tesearter;  nne. bourse  d'or  bien  remplie 
jkOBf  fournir  à. stsdépeoses  à  Aîk  ,  tant  qute: ses  afbires  Vj  retîen- 
4f)(Hit;  des  lettres  de  oréanoe  pour  le  roi  Aené  9  afin  de  lui  assucer 
«m bon  accueil;  et  deux  habits  complets,  conTOoables  à  nn  gentil- 
^mme  anglais  qû  désire  être  t&noin  d^s  fêles  solennelles  de  la 
IVoTence  9  et  à.la  sûreté  dnqnel  le  duc  daigne  prendre  un  grand 
jntérât.  S'il  a  quelques  antres  affaires  dans  ce  pays.  Son  Altesie 
.lai  recommande  ide  les  «ondoke  ayec  prudence  et  discrétion*  h& 
•flnc  lui  envoie  aussi  deux  cheymix  pour  son  usage  ^  un  ge&et  mar- 


376  CHARLES  LE  TÉKÉRAIBE. 

chant  à  l'amble  pour  la  route,  et  mi  vigoareiuL  cberal  de  Flandre, 
couvert  de  son  armare,  dans  le  cas  où  il  en  aurait  besoin.  Il  est  à 
propos  que  mon  jeune  midtre  change.de  vâtemehs,  et  prenne  un 
costume  qui  se  rapproche  un  peu  plus  de  son  véritable  rang.  Ceux 
qui  doivent  le  suivre  connaissent  la  route  ;  et  ils  sont  antorisés,  si 
les  circonstances  l'exigent»  à  requérir,  au  nom  du  duc,  l'assistance 
de  tout  fidèle  Bourguignon.  Il  ne  mérestequ'à  ajouter  que  plus  tôt 
mon  jeune  maître  partira,  plus  on  en  tirera  un  augi^e  £aivarabledi 
succès  de  son  voyage* 

—  Je  suis  prêt  à  monter  à  cheval  dès  que  j'aurai  changé  d'habit , 
répondit  Arthur. 

—  Et  moi ,  dit  son  père,  je  n'ai  nulle  envie  d'apporter  le  moindre 
délai  au  service  dont  il  est  chargé.  Ni  lui  ni  moi  nous  n'avons  à  nous 
dire  autre  chose  que  :  Dieu  soit  avec  vous  !  Qui  peut  savoir  quand 
et  où  nous  nous  reverrons  ? 

—  Je  crois,  dit  Colvin,  que  cela  doit  dépendre  des  mouvemens 
du  duc ,  qui  peut-être  ne  sont  pas  encore  déterminés  ;  mais  Charles 
compte  que  vous  resterez  avec  lui,  Milord,  jusqu'à  ce  que  les  af- 
faires qui  vous  ont  conduit  ici  soient  définitivement  arrangées.  J'ai 
quelque  chose  de  plus  à  vous  dire  en  particulier,  après  le  départ 
de  votre  fils. 

Tandis  que  Colvin  parlait  ainsi  avec  le  comte,  Arthur,  qui  n'é- 
tait qu'à  demi  habillé  quand  il  était  arrivé,  profita  de  l'obscurité 
qui  régnait  dans  un  coin  de  la  tente  ponr  changer  les  simples  vête- 
mens  qui  convenaient  à  son  état  supposé  de  marchand ,  contre  on 
habit  de  voyage  pouvant  être  porté  par  un  jeune  homme  de  c<wdi- 
tion  attaché  à  la  cour  de  Bourgogne.  Naturellement^  cène  fut 
pas  sans  quelque  sensation  de  plaisir  qu'Arthur  reprit  un  costume 
digne  de  sa  naissance,  et  que  les  grâces  de  son  extérieur  le  ren- 
daient plus  digne  que  personne  de  porter  ;  mais  ce  fut  avec  encore 
plus  de  joie  qu'il  jeta  à  la  hâte  autour  de  son  cou ,  le  plus  secrè- 
tement possible,  et  qu'il  cacha  sous  le  collet  de  son  beau  pourpoint, 
une  petite  chaîne  d'or  élégamment  fabriquée  à  la  manière  mau- 
resque ,  comme  on  appelait  alors  ce  genre  de  travail.  C'était  ce 
qn^il  avait  trouvé  dans  le  petit  paquet  qu'Anne  de  Geierstein ,  cé- 
dant peot«ê(re  à  ses  propres  sentimens  autant  qu'à  ceux  d'Arthur, 
lui  avait  remis  entre  les  mains  quand  il  l'avait  quittée.  Les  deux 
bouts  de  la  chaîne  s'attachaient  par  le  moyeu  d'un  petit  médaillon 
en  or,  sur  un  c6té  duquel  on  avait  tracé  avec  la.pointe  d*une  ai* 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  S77 

goSle  on  à*mk  ccmteaa ,  en  caractères  très  petits  9  mais  très  lisiblesi 
les  mots  :  Aduu  pour  toujours!  tandis  que  de  l'antre  on  pouyait 
lire,  qncMqne  pen  distinctement  :  N'oubuez  pas  A.  vr  G. 

Tons  mes  lecteurs  ont  été ,  sont ,  ou  seront  amans;  il  n'en  est 
aucun  qui  ne  puisse  comprendre  pourquoi  Arthur  suspendit  soi- 
gnmaenient  à  son  cou  ce  gage  d'affection ,  de  manière  à  ce  que 
cette  dernière  inscription  reposât  immédiatement  contre  son  cœur,, 
dont  chaque  battement  deyait  agiter  le  médaillon  chéri. 
.  Ayant  achevé  sa  toilette ,  il  fléchit  un  genou  devant  son  père 
pour  hd  demander  sa  bénédiction  et  ses  derniers  ordres  pour  Aiz. 

Le  comte  le  bénit  d'une  voix  presque  inarticulée,  et  lui  dit,  d'un 
ton  encore  mal  assuré,  qu'il  avait  déjà  tout  ce  qui  était  nécessaire 
pour  le  succès  de  sa  mission. 

—  Quand  vous  pourrez  m'apporter  les  actes  dont  nous  avons 
besoin ,  loi  ajonta-t-il  à  voix  basse,  en  reprenant  sa  fermeté,  voua 
me  trouverez  près  de  la  personne  du  duc  de  Bourgogne. 

Ils  sortirent  de  la  tente  en  silence,  et  virent  à  la  porte  les  quatre 
lanciers  bourguignons,  hommes  de  grande  taille,  et  actifs,  déjà  eir 
selle,  et  tenant  deux  chevaux  sellés  et  bridés;  le  premier  était  un 
coursier  caparaçonné  comme  pour  la  guerre,  l'autre  un  genêt  plein 
d'ardeur,  pour  servir  pendant  le-voyage;  un  des  soldats  tenait  en 
laisse  un  èheval  de  sondme  chargé  des  bagages ,  parmi  lesquels  Col* 
vin  informa  Arthur  qu'il  trouverait  les  vdtém^s  qui  lui  seraient 
nécessaires  en  arrivant  à  'Aix ,  et  en  même  temps  il  lui  remit  une 
bourse  pleine  d'or. 

—  Thiébault,  continua-t-il  en  lui  montrant  le  plus  âgé  des 
hommes  de  l'escorte,  mérite  toute  confiance  ;  je  garantis  son  in*- 
tdligence  et  sa  fidélité.  Les  trois  autres  sont  hommes  d'élite,  et  ils 
ne  sont  pas  gens  à  craindre  que  leur  peau  soit  entamée. 

Arthur  sauta  en  selle  avec  une  sensation  de  plaisir  bien  natu» 
relie  à  un  jeune  cavalier  qui ,  depuis  plusieurs  mois ,  n'avait  pas 
senti  sous  lui  un  cheval  plein  d'ardeur.  Le  genêt,  impatient,  tr^ 
pignait  et  se  cabrait.  Arthur,  ferme  sur  la  selle,  comme  s'il  eût  fait 
partie  de  l'animal ,  dit  seulement  :  —  Avant  que  nous  ayons  fait 
une  longue  connaissance,  mon  beau  rouan,  ton  ardeur  apprendra 
à  se  modérer  un  peu. 

—  Encore  un  mot,  mon  fils ,  lui  dit  son  père^  qui  ajouta ,  en  lui 
parlant  à  l'oreille ,  tandis  qu'Arthur  se  baissait  pour  l'écoutert 
Si  vous  recevez  une  lettre  de  moi ,  ne  vous  croyez  hiea  instruit 


8T8  GlUdUiBS  .12  lEÉHlIBlIHUL 

dejonco]itaMi4«>piàaMQÎr.Mpoaé'fe  iniiiervft)iB/«lHltar4«dfini« 

;Arthiir  salot, .  et  fit  iui>  signeau  plus  âgé  des  flokktftde  marcber 
«a ayant;  et  tous.,  ladiMitla'Mdeà]«a».ctievaiix,yt«iiiif«pèfe^ 
4e camp  an  ^gcattd.troi ,  ileijauae  honune  Iwaiii  inn  (datmer  «igné 
'd'adieu  à  ani  .pèffe  jet  k  GoItîa. 

Le  comte  areata  oomme  mn  iiamme  acaoïpé  d'iiii.«oiige. ,  enhoait 
^aw  fils  daa  yeux  ,*  danaimieraettB  de:»êifiarieqi|i  nelabînteffMiBipiie 
qae  lorsque  Gokm  Im  dit  : 

'-*-  Je  ne  sois  pns  surpris^  Milord^  fque  mon  ijeHie  iniMtre 
TOUS  inspive  tant  de  seUickiide;  c'estion  galant  jeane  hmamSfm^ 
ntant  biani toat>rintérât  d'un  père  »  let  nous  (vivons  dansiun  aiàcle 
de  trahison  at  deaang. 

—  Je  prends  Dieu  et  sainte  Marie.àitiMnoin ,  .gdpenditjQifaiJy 
^pie,  >si  JASuis  dans  le^agrin ,  can'estfiaa  senl^mmit  poaraoMnai- 
•on;  qm».si )J'«ide l'iofuiétudc^  ce.n'eat /pasmon^lâ andtqoi Jâ 
cause;  mais  il  est  <pénible  de  risqnernn  demicrieqJM^daais  aie 
imm  ai  dimgeiseiise.  fih  Mon  !  rqada  ^ordcaa  ^'«{qioiAflmf  ans  de  la 
part  dn  duo? 

-p*Son Aitease  montera àoberval :iipvès:aiBûiir:d^îawaé.X^dos 
TOuàanTOÎe  des  métomans  qui,  s'ii8ine^sont)paaioenx.faieiugecsil 
votre  rang»  vous  oon^knMttt  pourtant ffiic^uK  qae  ceos  qwe  vaus 
portez  giaiof  entant.  JU  àémce  qna,  gardaiit.toi^oncs  votre  ineognili 
«klaqnalité  derkboimiffchandaQglaiiayrroiasf&asiezfiartîeidelaicar 
vakadeqni  va  le^oonduiffe  à  Dijon»  0Ùildûit4ioaevoir:kisipHne 
des  Etats  de  Bourgogne  sur  des  objets  soumis  à  leur  eaamant  tft<^ 
il  donnera  ensuite  ^une  andienoe  pilUi^Me.  aak  diéputû»  ivôsies. 
Um'a  chargQde  voas  plaoer  de  «anière»qiie  tTons  pnisaiazvotrii 
votre  aise  ces  deux  cérAoLonieSfiaujuiaelfes  ilJS^ppoaelfll(^0mlS^ 
étranger y"^  voi^  aérez  .ckmrmé  dfaasistfir.  Mais  Û  voua  a  pmhk 
bl^nent  dit  tout  «eia  biMnaaiie»  ear  je  enoia  qne<  .^ns  l'aiMia  vn^dé* 
guisélanuit  deenièire.  N'ayéZipasl!^fii«cf«ia;  le  duc  joue  aeitovr 
trop  souvent  pour  ipi'il  puisse  letaîre^ouiseafet^jl  la'y.a  pas>!is 
palefrenier  qni  ne  k  reoonnm^e»  ipiwd  il  Acav^rse  Jes  tentas  dw 
jsoldsts  ;  et  lea  vif  audiàrea  le4U)mnient  l'<aspioo  espîopn|é.,Sil'haQ- 
néte  Henry  Gohin  était  le  seul  -qui  en  fût  instroit  »  il  se.  f  avdasiit 
bien  d'en  ouvrir  la  bouche  ;  mais  personne  ne  VignovOf  Allasa» 
Milovd»  quoique  ma  langne  doive  ooUisridé  n^ous  donn^oe  titre, 
voolea-vous  venir,  d^jepner  ? 
Le  d^ieoner  »  suivant  l'usogedn  tampoi  .était  nn  repas  snbfW- 


M,  fft.im!  ofi^mBlMKmdoiM  de  Bomgogm  tTait^Mlffliiiioyau 
4e^CQceinQir^w»AiieJioapitdtilé«Kilii^  fini  ayM&àrait 

kmu  reafiMt.  rMais  atant  fa'iljfûtjiiiiyiwi  son  IhH^aMtxbtiwii- 
(géUes  att»onça(fHele»dQc  et  lo&oarlé^a  allai«itflnvter>à  ehevid. 
,<ki  préaema^  de  lji.|MnrtdadOG ,  «iiBMfiiifiiipie  ttoraierÀ  Phitip- 
•«•o^iiCHvi  qM  le  CQHttejd!OclN»leQntiMaiiià  peeier;  jeCileeiJMgnit 
ayec  son  hftte  à  laibr^ksit  yéqmettqpi  cnai^enyitià  ae  bnnep  en 
Ifiee  d«  paYÎUaa  dn  doe.  C!epf!iace'eiiJéo[i^t,aii.<lxrai  de^pMliaes 
pUmlee ,  portanili^  snpedie  «oatiune  de  l'mdrei  de>  k  fïei^eii^rOsç, 
Aott.aon  pèi»  aiwk  ité  ie  {asdaleor,  etidoQtiQi»rka.âaîtlBi- 
Mlal^  le  pr#teoteiinaAfe.6]N£iPliiaieiirade.aBS  mmatûuoÊmdÊkAaiutt 
raeaî  raTétHB^  et  ikdéplejaiait  ^  ainai4}aeleu*aiiile  ,â»it d'édat, 
fSBM^ÂB  ^deadear,  qu'ils  yastifiaieat  ee  fs'eAdiaakgéBtfcaleneHI, 
ifse Ja  cmr  de  dec  de  BoavgogçAétait  la  fdp»mfigiiifiqiie4e  tea^ 
laeh«étieiili.il4B8i0fficierB  deaaiaiaiioa  éuieat  iaii»àiear»plaoe, 
«nâ  qne  les/hén^|ia8  et  les  «ponaaÙTau»  donnée ,  dost  le^ooeMBiey 
anasiidche  qœ-gnoieeque,  ipnidiiisjdtiuiieQet  sîngalier  auprèadeB* 
anbeanet  dea dalmatîfnee du  qlengé ,  etdeBasquBret  BtbdsankeideB 
étmyu^oBm  et  de8>Taeiai|x.  Le^eooite.d)Oxfonl  était plaeé  panqi^es 
demiera,  ^pà  àaientiéfaifids  de  direraesanamèreei'aiiivaDt  la  mâ- 
ture du  seryioe  dont  ils  éieieatcctiaicgds.  il  ne  tpértnit  anean'Oni- 
tonue  mîlitaits,  et^aon  .cetiape  n'était  ni  asse:L.sim|^  pour  ipa- 
iBiti«.déplaeé^AnniîlieB.d8  taat  da>  splendeur ,  ni  assez  lâebepoar 
«ttiaer  sar iloi  J'^tantieiib  .11  éieit  à«o6lé  de  Oelain  ^^t  sa  gfiiafAe 
^Ndtte ,  ses  .moseteeiet  ets  itiaits  te leraiut  praneacés  »  i  £iisaient>  od 
contraste  frappant  avec  Tembonpoint  et  la  jAgreiononBe  linson- 
oi^tB  de  l'offiqieihde  ionliiii^. 

Le  d«c  sortit ^dn^aampy^e^fSe-diri^^vers. la  "ville  de  Dijen.,  qai 
était  aloffB  la  cai»ts|le  de  éoate  la  fBenrgegne  ;  m  snite  fonmiit  nn 
^inaà  eorfége ,  donft  Vannè«&rgsHBdei«tàit /composée  dcid^mi  eems 
anpuriiasBeiistd'éUle»  fMre4e  soldats  qni  «commençaient  aloes  à 
élve  epfNréeiés,  .et  d'nn.pareHnombve  d'hMvnea d'armes  à obenral» 

La  Tille  de  Dijon  était  défendue  par  de  grands  murs,  et  perdes 
foseéa  dont  Fean  était  feai^ie  par  jMie  petite  mière  noninée 
rOac^e  tiCt  ^ar  le  toirent  deSa«on.  Qastre  parles  Imifiéesi  flan- 
épiées  4e  redwtes.»  et  auxquelles  c^ndaifkatf^njt  des,  ;poiils4e¥iK, 
CQrresponAimntjpne^qae  aax  qiiaA»B^potfits  cardmaw*  -TveattiNtrois 
tours  s'élevaient  a«-d(»sas  des  jiuia^Ues  «  et  iétiÂeeit  |dacées  à  idif- 
ifrens;  angles  '  pour  ^tes  pr«iég«ar.  Lea  «luraiUes  ^s-mânosi  .fpà. 


380  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

aTaient  plas  de  trente  pieds  de  haiitear,  ea  beaucoup  d'endrattsTy 
étaient  d'une  épaisseur  considérable,  et  construtes  en  grosses 
pierres  carrées.  Celte  belle  cité  était  entourée  de  montagnes  ooi» 
.vertes  de  -vignobles,  et  dans  son  sein  s^élevaient  les  tours  d'un 
grand  nombre  d'édifices  publics  et  d'habitations  particoUèree^  qô, 
avec  les  cloches  des  églises  et  des  monastères ,  attestaient  la  ri- 
chesse et  la  dévotion  de  la  maison  de  Bourgogne. 

Quand  les  trompettes  du  cortège  eurent  averti  la  garde  bour- 
geoise qui  était  à  la  porte  de  Saint^Nicolas,  le  pont-levis  se  baissa, 
la  herse  se  leva ,  le  peuple  poussa  de  grands  cris  de  joie,  et  Charles, 
placé  au  milieu  de  ses  principaux  officiers,  entra  dans  la  ville,  dont 
toutes  les  maisons  étaient  ornées  de  tapisseries.  Il  était  monté  sur 
un  coursier  blanc  comme  le  lait,  et  soivi  de  ^ix  pages,  dont  le 
plus  âgé  n'avait  pas  quatorze  ans,  et  dont  chacun  tenut  en  main 
une  pertuisane  dorée.  Les  acclamations  générales  avec  lesquelles 
il  fut  salué  prouvai^it  que ,  si  quelques  actes  de  pouvoir  arbitraire 
avaient  diminué  sa  popularité ,  il  lui  en  restait  assez  pour  qu^il  fût 
accueilli  dans  sa  capitale  avec  joie ,  sinon  avec  enthousiasme.  U 
est  probable  que  la.yénération  conservée  pour  la  mémoire  de  son 
père  arrêta  long*temps  le  mauvais  effet  qu'une  partie  de  sa  con- 
duite devait  produire  sur  l'esprit  publie. 

Le  cortège  s'arrêta  devant  un  grand  édifice  gothiqcte  situé  an 
centre  même  de  Dijon.  On  l'appelait  alors  la  maison  du  duc;  et 
après  la  réunion  de  la  Bourgogne  à  la  France ,  .oA  la  nomma  la 
Maison  du  Roi.  Le  maire  de  Dijon  attendait  Charles  sur  k^  degrés 
conduisant  à  ce  palais. 

Il  était  accompagné  de  tout  le  corps  municipal ,  et  escorté  par 
un  corps  de  cent  bourgeois  en  habits  de  velours  noir,  tenant  en 
main  une  demi-pique.  Le  maire  s'agenouilla  pour  baiser  l'étrier 
du  duc,  et  à  l'instant  où  Charles  descendit  de  cheval,  toutes  les 
cloches  de  la  ville  commencèrent  à  sonner  d'un  carillon  eapabit 
d'éveiller  tous  les  morts  qui  reposaient  dans  le  voisioAge  des 
clochers. 

Pendant  cet  accueil  assourdissant ,  le  duc  entra  dans  la  grande 
salle  du  palais.  A  l'extrémité  supérieure,  <mi  voyait  un  trône  pour 
le  souverain ,  des  sièges  pour  les  principaux  officiers  et  pour  ses 
vassaux  les  plus  distingués ,  avec  des  bancs  par  derrière  poar  les 
personnes  de  moindre  considération.  Ce  fut  là  que  Colvin  fit  as- 
seoir le  noble  Anglais  ;  mais  il  eut  soin  de  lui  choirir  une  place  d'où 


CHARLES  LC  TÉMÉRAIRE.  Ml. 

fl  pût  Toir  Csicileiiieiit  tonte  TasseBiblée  et  le  dac  Inknèiiie;  et 
Clharlesy  dont  Voad  yit  et  perçant  parconrut  tons  les  rangs  dès 
qn'on  fat  assis ,  sembla  indiquer  par  un  léger  signe  de  tête» 
marque  imperceptible  pour  ceux  quiVentonraient,  ^'ilappron-^ 
Tait  cet  arrang^nent. 

Quand  le  doc  et  sa  snite  fàrent  assis»  le  maire,  s'approchant  de 
noavean  de  la  muiière  la  pins  hamble,  et  s'agenonillant  sur  le 
plus  bas  degré  dn  trône  dncal ,  snpplia  le  dnc  de  Ini  permettre  de 
loi  demander  s'il  aymt  le  loisir  d'entendre  les  habiiaus  de  sa  capi- 
tale Ini  exprimer  leur  zèle  et  leur  déTonement  ponr  sa  personne, 
et  8*U  daignerait  accepter  lenr  tribut  d'afiection ,  sons  la  forme 
d'une  coupe  d'aiigent  remplie  de  pièces  d'or,  qu'il  avait  l'honnenr 
de  déposer  à  ses  pieds ,  au  nom  des  citoyens  et  du  corps  municipal 
de  Pfjon. 

Charles ,  qui  n'atfeetait  jamais  beaucoup  de  courtoisie ,  répondit 
d'un  ton  bref  9  et  d'une  Toix  naturellement  dure  et  rauque  :  — 
Chaque  chose  à  son  tour,  maître  maire  ;  nous  entendrons  d'abord 
ce  que  les  Etats  de  Bourgogne  ont  à  nous  dire ,  après  quoi  nous 
écouterons  les  bourgeois  de  Dijon. 

Le  maire  se  releva  et  se  retira,  emportant  sa  coupe,  aussi 
surprisque  piqué ,  probablement  que  ce  qu'elle  contenait  n'eût  pas 
été  acêcepté  sur^le«hamp  et  ne  lui  eût  pas  talu  un  accueil  plus 
gracieux. 

—  Je  m'attendais ,  dit  Charles,  à  trouver  en  ce  lieu  et  à  cette 
heure  nos  Etats  du  duché  de  Bourgogne,  on  une  députation,  ponr 
m'apporier  une  réponse  au  message  que  nous  leur  avons  envoyé , 
il  y  a  trois  jours,  par  notre  chancelier.  N'y  a-t-il  personne  ici  de 
leur  part? 

Personne  n'osant  répondre,  le  maire  dit  que  les  membres  des 
Etats  avaient  été  en  délibérai  ion  sérieuse  toute  la  matinée ,  et  qu'ils 
se  rendraient  sans,  doute  sur*le-champ  devant  Son  Altesse,  dès 
fa'ils  apprendraioit  que  la  ville  était  honorée  de  sa  présence. 

—  Toison-d'Or,  dit  le  Duc  au  premier  héraut  de  cet  ordre  S  allez 
«nncmoer  à  ces  messieurs  que  nous  désirons  connaître  le  résultat 
de  leurs  délibérations ,  et  que  ni  la  courtoisie  ni  la  loyauté  ne  leur 
permeuoit  de  nous  tme  attendre  long-temps.  Parlez-leur  claire- 
ment,  sire  héraut;  ou  sinon,  je  vous  parlerai  clairement  à  vous* 
Blême. 

I.  U  Toiton-d'er,  prtnf«rd«s  ordfn  de  cheralerie  dans  ïu  f^t  é»  B«WfofM. 


u 


I 


889e  GHAiAOG»  £E  TÉMteMRe: 

Peniâm-qne  te  h A^aot  ^âofttitlè  de  êa  mlssvMi ,  bnhw  pwftteMm^ 
âe  8oii;«l»eiice  pour  ntppeterà  nos  Idciânrb  qtfe ,  peadànt  le  moyen^^ 
âge  9  la  cN>iiâCilatlcm  de  foas  les  pnys^de  ttodalitéy  c'e«€-à*^re  âti' 
presifiW'tMid  rSorope  y  respirait  vn  esprit  ardent  de  liberCé.  h^ 
seal  défaut  qui  s'y  trouvât,  était  que  cette  liberté,  pear  làqueBir 
les  grands  vassaux  ecMibattaîeiity  ne  s'étendait  pas  jusqu'aux  classes 
infërieiires  de  la  société  >  et  n'aGoordaitastoinie  protecdon  à  cettr^ 
<p  étaient  danslecas-df^H  tffbir  le  plus  grand  besoin.  Les  deux 
premierB' ordres  de  rUtadi  la  nsblesseet  le  dergé;  jouissaient  de 
gnuids  priivilëges'yi  et  mente  le  tiers^éiat,  ou  la  bourgeoisie ,  avait 
leéroît  particulier  de  ne  pouvoir  être  sounais  à  aucuns  nouveaux 
dmias  ou*  knpftta  d^aueane  eggèee^  sents  qu^il  y  eût  donné  son  cou- 
sentement» 

La  mémoire  du  duc  Philippe  était  chère  aux  Bourguignons;  car, 
pendant  vingt  ans*,  ce  prince  avaîtnMilkienu'  son  rang  avècdigmté 
parmi  les  souVeraiiito  de  l'Europe ,  et  ii  avait  aecamulé  dés  trésors 
sans  ex^er  et  sims  reùtffoit  a«feune  augmentation  de  reveim  dss 
riehes  pays*  quVl  gOttvernait«  MMs  les  projets  extruvi^ns  et  les^^ 
dépenses  excessives  de  Charles  avaient  déjà  excité  le  mécontente- 
ment de  ses  Etats  y  et'  la  bonne  intelligence  qm  avait  régné  entre 
le  prince  et  les  sujets  commençait  à  ftÉro  place,  d'une  part,  ao 
sotipçon  et  à  la  méfiance,  et' de  l'autre  à  ime'  fierté  hautaine  qui 
méprisait  l'opinion  publique.  L'esprit  de  résistance  des  Etats  s'était 
irrité  depuis  peu,  car  ik  avaient  désapprouvé  hautement  diffé- 
rentes guerres  que  le  dHo  avait  entteprises^sans' nécessité;  et  le» 
levées  qu'il  avttit  faites^ de  corps  nombreuxde  troupes* mercenaires 
leur  fidsait^soupçoittieir  qu'il  pouvait  finir  por  se  servir  des-ootxt)is 
que  ses  sujets  lui  accordaient  pour  étendre  aii-delà  des  justes  bernes 
lèis  prérogatives^ du- soitvendiii>^  ee:adéaniîr  leftdvoits  et  la  Mberté 
do  peuple. 

D*un(»anMef«rt^  eependHnt,le  8Uoeè»ooiistantqifel6  dÉcavait 
obtenu  dima  des  eutrepriaee  qui  pal*aîssaieMi  ni^seiitonieiii  dittf 
ciles>  ma!feB4upoaitàbte&  àiexÂmter;  i'estânietquHbspiiMîtilè  noble 
franchise  de  sOH' cara6tère<;  la  crainte  que^fmsaîtnafiive^un  naturel 
ardent ,  obstiné  et  téméraire^  presqueintfoceMible  ài>la  persuasiee 
et  nesoniri«MtJjasnatfS|l^éilréoontredJit  I  enMavaiottiïéaiBOireléti^ 
d^nne  t(»i¥etfr  psapeemeusoi  qutegineMaHe  amssî  fntlafcàemeaeiie 
la  populace  pour  la  personne  du  duc  Charles  et  pour  la  memoiiS 
de  son  pècn..  On  avait  prévur  ipfw^.diUM'^l'occAnen.préasatei»  il 


GHARLBS  UE  TÉMÉRiHIE.  18» 

tfélàyerûit  danslet  Etats  une  forte  oppesition'aittnonmlIcoccQBh 
tribationsqUe  le  due  kor  a^ait  &it  proposa  d?étaidir>  et  le  i^ 
raltat  de  leurs  d^Ubératious  était  attenda*  avec  beaocoap  i^inr 
fmëtiide  par  les  oonseiiler»  dti  Aiey  et  w9ec*  impatienee  pav  le 
seuTerain  lui-même.» 

Envîroii  dix  minâtes  8^>itaitiit  passées ,  qnaiid  le  ehaneeber'dir 
Bourgogne ,  prélat  de  haat  rang  qui  était  arcboTéqne  de  Tienne  i 
entra  dans  la  salle  avec  sa  suite*.  En  pas8aiit>  derrière  le  trAne  dv 
duc  pour  allep  prends  une  des  places  les  {dos  honorables  qoi  lui 
était  TéseF¥ée9  il  s'arrêta  un  instant  pettr  engager  san  midtre  à 
recevùr  larépense  des  Etats  en  audience  privée ,  lui  donnant  àen*^ 
tendre  en  mèooe  temps  qne  le  résnltalde  leondélibérations  n'était 
nullement  satistiisant. 

---Par  saint  Geoi^e da  Boorgogne^  monseigneor  Parchevêquey 
s^éeria  Charles  à  voix  hante  et  d'nn  ton  ferme ,  nons  ne  sommes 
pas  an  prinoe  dbnt  Pesprît. sait  assez  bas  pour  craindre  l'humeur 
d^uee  fiMîtioa  mécontente  el  insolente.  Si  les  Etats  de  Boulogne 
SBTOÎent  une  réponse  désobéissante  et  déloyale  à  notre  message 
paterneLy  qu'elle  swt  prononcée  en  pleine  cour,  afin  que  le  peuple 
assemblé  puisse  apprendre  à  jnger  entre  son  duo  et  ces  petits  es^ 
prits  intriganaqoi  voudraient  empiéter  snrtiolt«  autorité. 

Le  chancelier  le  salua  gravement  et*  s'assit  à  sa  place.  Pendtriit 
ce  temps,  leoamte  d'Oocferd^remarqua que  la  plupart  des  membres 
de  l'assemblée  »  du  moins  ieeux>^  étaient  à  l'abri  des  yeux  péné- 
trans  de  Charles ,  murmurèrent  quelques  mots  à  l'oreille  de  leurs 
YoiàMM,  donl^iquelqnespÉns  ne  répotadirent  que  par  un  cfin  d'oeil , 
unmoinpeinelitde  la  tète  oa  des  épaules ,  comme  on  le  fait  soWent' 
cpiand'ilkskigit  d'une  affami  sur  Inqùeile  on*  regarde  comme  dàn*' 
gsrenx  de  s'expliquer.  En.  ce  moment^  Tois<m<lf(h*y  qui  remplissait' 
lès  fenctions  de  maître  des  cérémonies ,  rentra  dans  la  salle ,  à  la' 
tète  d'nne  dépntntâen  des  Etats ,  oenpasée  de  douze  membres , 
qnatt^  de  èbâqne^idref  qui fnrentf  annoncés^  comme  étant  chargés^ 
d'apporter  au  duc  de  Bourgogne  la  réponse  de  cette  assemblée. 

Lorsque  la  dépulalionentra  dans  la  salle'i  Charles  se  levft ,  stii- 
vant  une  ancienne  étiquette,  et  ditten  dtant  sa  toque  dmie  d'un 
gmndpanadie:  -^Sahst  etbicnvenise  àmesfi^anx  sujets  des  Étatisa. 
Tous  ses  courtisans  se  levèrent  et  se  découvrirent  là  tête  aveé  lè^ 
niiênie  oérémonial.  Lesmenabres  des  Etats  fléchirent  alors  un  ge- 
nou ;  les  quatre  ecdésiastiques ,  parmi  lesquels  Oxiord  reoonntil  fe' 


88i  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

prêtre  de  Saint-Panl ,  étant  les  plas  près  de  la  perionne  du  «m^- 

rain ,  les  nobles  an  second  rang ,  et  les  quatre  bourgeois  en  arrière. 

—  Noble  dac  y  dit  le  prêtre  deSaint-Paul,  tous  plaît-il  d'entendre 
k  i^ponse  de  vos  fidèles  et  loyaux  États  de  Bourgogne  par  la  voix 
d'un  seul  membre  parlant  au  nom  de  tous ,  on  par  trois  personnes, 
dont  chacune  vous  fera  connaître  l'opinion  d^  l'ordre  dont  il  fait 
partie  ? 

—  Comme  il  tous  plaira  »  répondit  le  duc* 

—  En  ce  cas  y  reprit  le  prêtre  de  Saint-Paul ,  un  prêtre ,  un 
noble ,  et  un  bourgeois  de  condititm  libre ,  adresseront  successÎTe- 
ment  la  parole  à  Votre  Altesse  ;  car ,  quoique  les  trois  ordres  soient 
d'accord  sur  la  réponse  a  vous  faire ,  grâces  en  soient  rendues  aa 
Dieu  qui  répand  parmi  des  frères  un  esprit  d'unanimité,  chacun 
d'eux  a  eu  des  motifs  différens  qui  ont  influé  sur  sa  déiermioation* 

—  Nous  yous  entendrons  l'un  après  l'antre  y  dit  le  duc  eaTeme^ 
tant  sa  toque  sur  sa  tête.  Et  s'asseyant  au  même  instant ,  il  s'ap- 
puya nonchalamment  sur  le  dossier  de  son  fauteuil.  Alors  tons  ceux 
qui  étaient  de  sang  noble ,  soit  daîns  la  députation ,  soit  parmi  les 
spectateurs ,  firent  preuve  de  leur  droit  à  être  regardés  comme 
pairs  du  souverain ,  en  remettant  aussi  leurs  toques ,  et  un  nuage 
de  plumes  ondoyantes  donna  tout  à  coup  une  nouvelle  grâce  et  une 
nouvelle  dignité  à  l'assemblée. 

Quand  le  doc  se  fat  assis ,  la  députation  se  releva ,  et  le  prêtre  de 
Saint' Paul ,  faisant  im  pas  en  avant ,  lui  adressa  la  parole  en  ees 
termes  : 

—  Monseigneur ,  votre  loyal  et  fidèle  clergé  a  pris  en  considé- 
lotion  votre  proposition  d'imposer  un  droit  de  taille  sur  votre 
peuple  pour  vous,  mettre  en  état  de  faire  la  guerre  aux  Cantons 
.confédérés  au  milieu  des  Alpe^*  Cette  guerre ,  Monseigneur,  parait 
à  votre  clergé  injuste  et  oppressive  de  la  part  de  Votre  Altesse  ;  il 
ne  peut  espérer  que  Dieu  bénisse  ceux  qui  porteront  les  armes 
pour  la  soutenir.  Il  est  donc  obligé  de  refuser  la  denande  de  Votre 
Altesse. 

Les  yeux  du  duc  se  (ixèrenC  d'un  air  sombre  sur  le  porteur  d'oo 
message  si  désagréable.  Il  secoua  la  ^ête  avec  uu  de  ces  regards 
fiers  et  menaçans  qui  étaient  parfaitement  d'accord  Avec  ses  traits 
naturellement  durs. 

—  Vous  avez  parlé ,  sire  prêtre?  fut  la  sfeule  réponse  qn'ï 
daigna  faire. 


CHARLES  LE  TÉKIÉRAIRE.  385 

Un  des  quatre  nobles ,  le  sire  de  Hirebeaa ,  prit  alors  la  parole. 

—  Votre  Altesse,  a  demandé  à  sa  fidèle  noblesse ,  dit-il ,  qu'elle 
consentît  qu'il  fût  levé  de  nouveaux  impôts  dans  toute  la  Bour^ 
gogne  j  afin  de  soudoyer  de  nouvelles  troupes  d'étrangers  pour 
soutenir  les  querelles  de  l'État.  Honseûpseur,  les  épées  des  nobles  \ 
des  cheTaliers  et  des  gentilshommes  bourguignons ,  ont  toujours 
été  aux  ordres  de  Votre  Altesse ,  comme  celles  de  nos  ancêtres 
sont  sorties  du  fourreau  pour  vos  prédécesseurs.  Pour  soutenir 
tonte  jaste  querelle  de  Votre  Altesse ,  nous  irons  plus  loin ,  et 
nous  combattrons  mieox  que  toutes  les  bandes  mercenaires  que 
vous  pourriez  lever  en  France»  en  Allemagne  et  en  Italie.  Nous  ne 
pouvons  donc  consentir  que  le  peuple  soit  chargé  d'une  taxe  dont 
le  prodoit  est  destiné  à  soudoyer  des  étrangers  pour  s'acquitter  de 
devoirs  militaires  qu'il  est  de  notre  honneur  et  que  nous  avons  le 
privilège  exclusif  de  rem{dir. 

—  Vous  avez  parlé ,  sire  de  Mirebeau  ?  fut  encore  toute  la  ré« 
ponse  du  duc.  Il  la  prononça  lentement  et  d'un  ton  réfléchi,  comme 
s'il  eût  craint  que  quelque  mot  imprudent,  arraché  par  la  colère, 
ne  lui  échappât  avec  ce  qu'il  voulait  dire.  Oxford  crut  le  voir  jeter 
un  r^ard  sur  lui  avant  de  parler  ainsi ,  comme  si  sa  présence  eût 
imposé  un  frein  de  plus  à  son  courroux. 

—  Fasse  le  ciel ,  se  dit-il  à  lui-même ,  que  cette  opposition  pro* 
doise  l'effet  qu'on  devait  en  attendre,  et  qu'elle  décide  le  duc  à 
renoncer  à  un  projet  imprudent ,  si  hasardeux  et  si  inutile  ! 

Pendant  qu'il  faisait  ces  réflexions,,  le  duc  fit  signe  aux  députés 
du  <  tiers-état  de  parler  à  leur  tour.  Celui  d'entre  eux  qui  obéit  à 
cet  ordre  muet  se  nommait  Martin  Block,  riche  boucher  de  Dijon»^ 

—  Noble  prince,  dit-il,,  nos  pères  ont  été  les  sujets  fidèles  de  vos 
prédécesseurs  ;  nous  professons  les  mêmes  sentimens  pour  Votre 
Altesse ,  et  nos  enfans  en  feront  autant  à  l'égard  de  vos  succès* 
seurs.  Mais  quant  à  la  requête  que  votre  chancelier  nous  a  faite , 
c'en  est  une  que  nos  ancêtres  n'ont  jamais  accordée,  que  nous 
sonmies  déterminés  à  refuser»  et  que  les  Etats  de  Bourgogne  n'oc- 
troieront jamais  à  quelque  prince  que  ce  soit,  jusqu'à  la  fin  de» 
siècles.  - 

Charles  avait  supporté  avec  un  silence  impatient  les  discours 
des  deux  premiers  orateurs  ;  mais  la  réponse  ferme  et  hardie  du 
député  du  tiers-état  fut  pour  lui  plus  qu'il  ne  lui  était  possible  d'en- 
durer. Il  s'abandonna  à  toute  l'impétuosité  de  son  caractère, 

25 


m  OUyRCBS:  CE  lÉHÉRAfllB. 

tmfffk  4a  |M1.40  vaiiîèMàibiBBkrfiMr.tiéM^ei  à  faire  leitttir 
U  voûte  de  la  s«Ue  »  el  «eeeUa  d'kvieeiîipeeraQdeeieax^boiirgeeis. 

-^- Ane  MlÀ»  MamMà ,  kmkii  done  amû  que  je  t^^B^ai» 
Inire?  I«e  noble  peiiM*écluMrledreitdepairkry  paroe qu'il lôt 
combattre;  le^^fèdne  peet^^^aertir  d^  sa  langue,  e^eataon  métier; 
nuûs  toi»  loi  fu  n'aa  jamaia.  iramé  que  le^^sang  de  tea  !»• 
Mau»  anaai  alopidea  qee  tei-mâaMiy  tu  eses  ^enir  iei,  eonMie  im 
^e  priviln^i  |tMr  beuolfp  devant  le  iaavche>pied  dv  trftne 
d'un  primo»  7  Saehe  >  brote  qee  ta  ea^  que  lea  tanveaiut  n'entrait 
îwnaia  dana  va  temple qae poor^re  sacrifiée,  etqaedeaboiidien 
at  dea  artisans  ne  peaveatàtra  admia  en  préaenee  delearssoQTe- 
reiaa  qoe  penr  rtoît  ThoMiénF  de  tiier  de  lenre  tréaoïe  aocanialés 
4e  quoi  fewmiraBx  beaoine  pnblios  J 

Ua  mnamure  de  méeeMtèntamant ,  qne  b  crainte  du  oonMin 
du  dac  ne  put  même  réprimer,  se  fit  entendre  danatoQteVsflBfim* 
Uéck à aea  paiele»,  et  le  bendier  de  Dijen,  plébéien  résobi,  ré- 
pUqiia  MM  beawonpde  respect  i  — fhs  booiaesaent  ànsas, 
U0nieiene«r>  et,  noms  afen  mettrona  paa  lea  cerdMe  entre  les 
aMias^defVetveAkaase^  àmoinaque  aoqs  neseyonasatiifcilsâe 
VnaageanpieLiuitBa  aegent  doit  être  employée  Dm  reste ,  nonssa- 
Tons  comment  protéger  noa  pairsonnaa;et4K)s>bien8'Centpedssyit* 
lards  et  des  mamudours  étrangaçra* 

diarlea  élait  aAr  le  peint  d'ordennev  qu'on  arrêtfit  le  dépaté; 
cependuit  on.  i^ard  qu'il  jeta  sur  le  ceniledH3btihrd,  dentlapré- 
aanoe,  eiidépvtda  lairnAme,  lui imiioaaît  qnalqne  ce«tm»te,loi 
it.cbangar  de  réaokition,  maissce  fist^penr  oonmettre  on  antrs 
af»ie  dfiaapfedeMe. 

— Je.inaia}»  ditiil  eB.a'adtes6ant.à  ladépnlatioadeaBtatfr,  que 
yfùMs ^teatooalignéa  ponrt eeutrarier e^es^ projets , et,  sens doaie, 
pa«r  me  pvi^w  de  tent  le  pouvoir  de  la  sonvevaineté ,  sanf  letlroit 
de  porter  wie  eemMune  duoale,  etd^être serri  à genoox covom» 
on  second  Cbarka^le-Simple,  tandis  qoa  les  Etats  de  mes  domaiaes 
SQ  partageront  là  réalité  idu  pouvoir .  Mais  voua  apprendre»  qœ 
liens  avea^afiUre  à  Gbarles  de»Bo«rgogne,  à  on*  prince  qui,  quoi- 
qu'il ait  daigné  vous  consulter,  est  en  état  de  livrer  des  bataille» 
smaiesecoora  de  sea  mblas,  puisqu'ils,  lui  refusent  l'aide  de 
leira  épées;  de  faire  iace  aux.  dépanses  d'une  guerre  sans  J'assis- 
taitae  die  aea  aovdides  bcargeaps;  etpeutiêtrerde  trouver  le  cbenÙR 
dp  .ciel  sans  lea  prières  d'un  ingrat  clergé.  Jepienvwai  àtoas 


CffîURElS  LE  TÉMÉIliyiIlB.  SBT 

cpd  flonft  ici  pvéBcns  oémbieii  b  réponse  séditienae  qiie  tous 
a  d«  faite  avniessage  dant  je  WUS'  avais  honorés  a  fût  peu 
d^imfiMssioD  sar-  moD-  esprit v  et  a  peui  changé  mes  résohitions. 
Xloason^d'Or;  ftdies  veair  en  mire  présenee  ces  dépt^tés,  comme 
ils  se  disent,  des  villes  et  Gantons  confédérés  de  la  Suisse. 

Qxfbri,  et  toe»  eeax  ^  pFenaienft  nn  vérîidjle  intérêt  à  la 
froflpérilé  da  dve,  Ifetttendirent  avee  la  {Ans  live  inqniétadè 
aBiioiieeps»vésekilie&  de  donner «andieBce  aux  envoyés  stiisses, 
pvéyeniieommail  l^teit  déjà  contre  enx ,  dans  on  moment  où  il 
était  covraonoé  an  pfais  haut  degré  par  le  refas  dés  Ekals  de  lui  ac^ 
corder  en  oetrei«  lifr  savaient  <|qe  les  obstacles  qne  rencontrait  sa 
oelère  étaient  comme-  des  rochers  dane  le  lit  d\m  flenve ,  qnine 
pecrcnt  en^  affvdter  le  oonrs ,  mais  qni  mk  font  heofllonner  et 
éÎEimer  leaAots»  Chaonn  sentait  qne  le  dé  était  jeté,  mais  il  anndt 
iaUn  itoedoHi  dlww  prescience  qn  n'appartient  pas  anx  mortds 
poor  sAfigorer  tentée  les'oonaéqnenees  fin  pouvaient  en  résulter. 
Qxfordy  ea  partienUer ,  concevait  que  l'exécution  de  son  plan  de 
tocenite  «n  Angleterre  était  le  principal  objet  qui  se  trouvait  corn- 
piomia  parrobstÎBation  téméraire  de  Gharissi;  mais  il  ne  se  dou^ 
tait  pas,  il  aurait  em  rêver,  sHl  avait  pu'le'supposer,  que  la  vie 
de  ce  prinoe  lui-mdme ,  et  fexistenoe  dé  la  Bourgogne,  comme 
myaune  indépendant ,  étaient  duns^Ie  même  bassin  de  la  balance. 


CHAPITRE  XXVIII. 


C'est  an  style  crael ,  an  sty  to*]wa 

LtâitfU  d'an  défi  q«e  ferait  on  p«toa> 
Oser  n«os  défier  1 


^^  Les  portes  de  la  salle  {tarent  alors  ouvertes  aqx  dépotés  sassses^ 
ipif  depuis  une  heure  ,Jaîsaifint  le  pied  de  grue  en  dehors  dn  pa^ 
lais,  sans  recevoir  la  moindre  de  ces  attentions  que  les  nations 
cifjiiséea  aoeoxdent  uaverseUement  aux  représentans  d'un  Etat 
étranger*  Dans  le  fût,  leur  apparition,  en  habit  de  gros-  drap 
gris,  comme  des  chasseurs  ou  des  bergers  montagnards,  au 'milieu 

s5. 


398  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

d'une  assemblée  6ù  les  yeux  étaient  éblouis  par  de  superbes  Tête- 
mens  de  toutes  couleurs ,  ides  galons  d'or  et  d'argent,  des  brod^ 
ries  magnifiques  et  des  pierres  précieuses ,  servait  à  confirmer 
l'idée  qu'ils  ne  pouvaient  se  présenter  que  comme  de  très  humbles 
pétitionnaires. 

Cependant  Oxford,  qui  épiait  la  contenance  de  ses  anciens  com- 
pagnons de  voyage ,  remarqua  que  chacun  d'eux  conservait  le 
caractère  de  fermeté  et  d'indiCCérence  qui  les  avait  distingués  jas- 
qu'alors.  Rodolphe  Dbnnerhugel  avait  toujourjS  son  air  audacieux 
et  hautain  ;  le  porte-bannière  montrait  son  insouciance  militaire, 
qui  faisait  qu'il  regardait  avec  apathie  tout  ce  qui  l'entourait;  le 
bourgeois  de  Soleure  avait  un  air  aussi  solennel  et  aussi  important 
que  jamais;  aucun  des  trois  ne  semblait  fraf^é  le  mains  du  monde 
de  la  splendeur  de  la  scène  qui  les  environnait,  ni  embarrassé 
par  la  comparaison  qu'il  pouvait  &ire  de  l'infériorité  de  son  eos* 
tume.  Mais  le  noble  Landamman ,  sur  qui  Oxfbrd  fixait  princîpa- 
lement  son  attention,  semblait  accablé  par  la  conviction  dé  la  po- 
sition précaire  dans  laquelle  son  pays  se  trouvait.  Le  comte  vit 
qu'il  craignait,  d'après  la  manière  peu  honorable  et  même  gros* 
sière  avec  laquelle  ils  avaient  été  reçus,  que  la  guerre  ne  fût  in- 
évitable; tandis  qu'en  même  temps  il  déplorait,  en  ami  de  son 
pays,  la  perte  de  sa  liberté  que  pouvait  entraîner  une  défaite,  ou 
celle  de  sa  simplicité  vertueuse  et  de  son  mépris  pour  les  ri- 
chesses, qui  pouvait  être  le  résultat  de  la  victoire,  par  suite  de 
l'introduction  d'un  luxe  étranger  et  de  tous  les  maux  qui  en  sont  la 
conséquence. 

Connaissant  parfaitement  les  sentimens  d'Arnold  Biederman, 
Oxford  pouvait  aisément  expliquer  l'air  mélancolique  du  Landam- 
man,  tandis  que  le  camarade  de  celui-ci,  Bonstetten,  moins  en  état 
de  comprendre  les  pensées  qui  occupaient  son  ami ,  le  regardait 
avec  cette  expression  qu'on  peut  remarquer  dans  les  yeux  d'an 
chien  fidèle,  qui  annoncé  qu'il  partage  la  tristesse  de  son  maître,* 
quoiqu'il  ne  puisse  en  connaître  ni  en  apprécier  la  cause.  De  temps 
en  temps ,  un  membre  de  ce  groupe  jetait  un  regard  de  surprise 
vers  cette  brillante  assiemblée;  mais  ni  Donnerhugel  ni  le  Lan- 
damman  ne  lui  accordaient  cette  légère  marque  d'attention;  car 
l'orgueil  indomptable  de  l'un  et  le  patriotisme  constant  de  l'antre 
empêchaient  tout  objet  extérieur  de  les  distraire  de  leurs  profondes 
et  sériasses  réflexions  • 


CHARLES  Le  TÉKIËRAIRE.  389 

'  Après  vu  silence  df environ  cmq  minntes ,  le  dae  prit  la.  petole 
avec  ce  ton  dnr  et  huatamqii'il  croyait  s9B8  doute conTenir  à  son 
rang,  mais  qni  couTenait  certainement  à  son  caractère. 

—  Habitaps.de  Berne,  de  Schwitz,  on  de  qnelqne  hdmean  et  de 
quelque  désert  que  tous  pmssiea^  représenter,  sachez  qvte  nous  ne 
TOUS  aurions  pas  honorés  d'une  audience,  rebelles  comme  vous 
L'êtes  à  l'autorité  de  vos  maîtres  légitimes,  sans  Tintercesaion  d'an 
estimable  ami  qui  a  séjolinié  quelque  temps  dans  yos  montagnes^ 
et  que  tous  pouye^  oonnaîtjre  sous  le  nom  de  Phiiipson,  marchand 
anglais,  chargé  de  marchandises  précieuses  pour  notse  eoar. 
Qédant  à  ses  prières,  nous  avons  daigné»,  au  lien  de  vous  envoyer 
au  gibet  et  à  la  roue,  comme  vous  le  méritez,  sur  la  place  de 
Morimont,  vous  admettre  en  notre  présence,  siégeant  en  cour 
plénière,  pour  recevoir  de  vous  les  excuses  que  vous  pourrez  n<Mis 
offrir  pour  avoir  poussé  Vaudace  au  peint  de  prendre  d'assaut 
notre  ville  de  la  Férette,  de  «massacrer  un  grand  nombre  de  nos 
Sujets,  et  d'a^ças^iner  de  sang^froid.le  noble  chevalier  Archibald 
Ton  Hagenhach,  qui  a  été  exécuté  en  votre  présence,  de  votre 
aveu,  et  avec  votre  appui.  Parlez,  si  vous  avez  quelque  chose  à 
dire  en  défense  de  votre  féjonie.et  de  votre  trahison  ,.ou  pour  im- 
plorer une  merci  que  vous  ne  méritez  pas  et  éviter,  an  juste  cbâ* 
timent. 

Le  Landamynan  semblait  s'apprêter  à  répondre;  mais  Rodolphe 
Donnerhugel,  avec  la  hardiesse  efficoatée  qui  le  caractérisait,  se 
chargea  lui-mdnie  de  la  réplique.  Il  soutint  le  regard  de  fierté  du 
duc  avec  un  œil  intrépide  et  unvisage  aussi  hautain  que  le  sien. 

—  No^s  ne  sommes  pas  venus  ici,  dit-il,  pour  compromettre 
notre  honneur  ou  la  djgaité  du  peuple  libre  que  nous  représentons, 
en  nous  déclarant  çoupabka  de  crimes  dont  nom  sommes  innocens. 
Quand  V0113  noua  appelez  rebelles,  vous  devez  vous  souvemr 
qu'une  loi^gue  suite  de  victoires»  dont  l'histoire  est  éctîte  avec  le 
si^ng  le  plus  noble  de  l'Autriehe».  a  rendu  à  notre  Gonfédératioa 
la  liberté  dont  une  injuste  tyrannie  a  essayé  en  vain  de  nous  pn* 
ver.  Tant  que  l'Autriche  a  été  pour  nous  une  maîtresse  juste  et 
bienfaisante^  nous  l'avons  servie  aux  dépens, de  kiotre  .Vie  ;  qnand 
elle.est  deyepiim  oppressive^et  tyranaiqùe ,  iHMis^nopa  en  sommes 
rendue  indépeuda^s.  Si  elle  a  encore  quelque  ehose  à  réclamer  de 
nptis^  les.des^endans  de  Xell,  de«Fauat»  de  Stauffenbach»  sout,ai^i 
disposés  à  défendre  leur  liberté  que  leurs  j>ères  Font  été  à  la-een* 


f«Mr.  -^  Vot»6râce>  m  téleat  mtre  4ilr«,  nHi  |idhiti  aettêer 
dfis^qnenelbss  entse  neas  et  l'Aatriclie.  Qaant  à  voft  lafniaeies  èi 
gibet  et  de  k  nue» nous  sémaiesici des hMMMnflMs  défenw, 
mÊt  le  eovt  daiqaeb  vens  poo^es  prononcer  an  {^ri  4e  voire  fan 
idniiir ç  maïs  nona  êa,yhm  ■Mwrir,«t<neBfopdttrfm8 Miinront nom 


Le  dno  krité  'n'annik  répouAa  4n%ii<enlaiittnit  ^terêier  a  Tin» 
sinnt  tODêlea  dépalis»  'etiprdvabiementéetes'cotidaii^  à  rééhi- 
fànd; tnaîs  son  obancetter»  profitant  dn  prMtëge  ^ate  loi  iloiiiiâk 
sarplnce^  seJ^nii^  ôtasatofae,!saloa  pMfondénieailedao»etlm 
demanda  k  pennÎMÎan  4e  répondire'àmi  fonne  boiftOne  égaré  par 
auefietfté  déphsée,  «et  fni  avait^i  aial«oiapris  le»biit  dn  discoâr» 
defion  Âhasse. 

iQhariesy  se  sentant  peni4tWB>  trep-estfi'iDtic^-eii  ee  inoniciit  poar 
ponnoîr  psendfo  one  délennmaiion  eàlme»  s^eaibn^  dans  son 
knteail  avee  jsaair  d'impatieneeet  decolèHd^  et^t  im  signe  à  aua 
dinnidlier  pour  Ini  mceMter  la^pennisiion  ttepài4«r. 

'^^  Jenne  iMnunei  dit  «o  grand*oCfieier»  voas^Tec'tiiàl  compris  se 
qae  wient  de  vons  dire  le  hant^et  pidssaHt  sotrre^n  en  présence 
doqnelvous  vons  tsowreE*  ^Qaek  ipie  soient  lesdroitâ  de  rAnlriéte 
snr  kmttsgesrévdcés^aionlseorâé  )eJoiig'deknrttafin*elégitîoke^ 
nous  ne  sommes  pas  appelés  à  discuter  cet  argument.  Mais  toid 
l'^jes  sur  k^Hslfion  Altesse  «vens  demande  ane  réponse  :  PMr- 
gwi  9  Tenant  ici  ent  qnalilé  et  aifecle  YSdradtète  d^Bnvoyés  Se  psit 
pour  traiter  a\nKâres  oenoermlnt  tos  TiHages  a  'les  drats  âes 
snjeu  dn  dac  de  Beargogne,  aTsa^eàspoitè  4«^giierre  dans  le  seitt 
demnë  demainês  tiMqnBles9.prisd^assam>nnefmwreiJSe9  ndassàâré 
k^ramioon  qm  k  ^dAbndsÉty'et  Mk  à  mort  \Éà  ttdUe  èliev^Ver  qui 
en  était  te  goavemenrfTodteseesaotionissgtft'eolitkiiKkHes  à  k  \A 
des  (nations,  et  mériienty  <eertèS  ,ik  ^bâlkmttdOM  VMs  a^efeédt 
jnstenmt  noenaisés,  màk'dont  j^es|Aii«  q«e  wMt^  gràféicMt  soave* 
raan  'vons  ism  frtoe,  si  voas  «xlminek  vofrê  if'è^gr^dë  ^[5«t  linsoleiit 
oMrage  en  ki  •elfrattt^lliiie  i^aHMko^ssonftt  nhe  telle 

ii^orè. 

^^M^onsiStes  préûi^^^igMiTiS'rive»  répoMdittitadol|Ai^BonneAQgi9 
an  loiMawelinr  deBoatgogna;  nMns^a.«siste  daMS'  must  «MtekÉbMe 
anfsoMst^  v^nHieBOM^tArt^onnaaecMi^tion;  jeleWtesiiiesnflMft 
nktuliiff,  Hmê  n^a^ewr^  putot^asemilk  Tilkide4ÉT»«ie;  ht 
penaa^Ms  en  Wi^  <ii^yfeif^wasWfee^ate<âiiiiiil<WiW»  taj^^ 


GBâRLBS  IJB  TÉMÉRAIRB.  8»1 

i4è»qiieflin8«TOB0étéeiilmdaB6hTille,  nmii  mwin  mmnifiii 

^wsreatiMunés  par  Ics-fokhiB  4e  iea  ArehibalA  Von  ItogeBfcâehi  émt 

le^e—jg  MdcBt  4e  «o«§  •nafsci'  et  4e  binm  aanerieer,  «liHiis 

qae  M>«6  elKeiis  iMvs  eeqeitter  d'«M  mfaiiott  tpfccififuew  En  m 

inement  lestek^aos deia  ville  wemmvmmggé^f  et  oefété «kMi^ 

je  ereift,  pardes^nrins  fu  nepea^mèHi  seafMrfrioB  long-teupB 

f ioBoleDce  et  Feppreoaiattqoi  eTaîest  «ende  ArcfaiheUi  -^a  Hatgmh 

Iwidiei  edievs.  fîowe  ne lenr  erMsdoniié'ainma  seooaTs;  ét/ee^ 

père  ^oa  ne  poapvait  atleaère  de  tMMt^qiie  umm^rmlmm  paM 

en  fctMT  de  eees  qui  se  prépavnieKt  à  tums-aaiBBiiBe».  Miiapai 

wie  pîfiie,  pas  âne  lépéto  apparieaaat  à  nowHuéiBeê  en  à  nette 

eaeerte,  n^ont  iélé>  Uttâpàca  'daas.lè raang  fceurgaij^nQii.  Il  est  ^md 

«pi'tàiiDUbald  Vonliageîdiaoha  périesrvn^échaibady  et'^'cBtaTee 

p]mmT  ifÊB  jeVm  ym  mB^irmkftttrtaiû'wmmwmatmfmiàwe  par^we 

cour  reeeiMiae  eti[iéliuH  dans  la  We8t|dialie  et  dam  teaieajflea 

d^iandaorees»  mâne  de  ee  eftié  da  iUnié  Je  neaais  pa»^>liséd'ea 

jaBtifier  leBprdoédés;  mais  je  dMare  qtieledec  a  rtga  dea  pimiwê 

eempièteade  cette  ^tewee  régcdfère,  et  npi'elle  étidl  ann^eaieni 

ndaiiée'par  Ice  «aetea  d\appireBri<m  «t.de  iyrame<dii-déiMit  ^-aiiMi 

cpepar  ToilMisîiihwede'Ben  aatorité.  IMIe  estk  «vdrité  rje-la  soa^ 

tiendrai  les  armes  à  la  i^ani  >ceMre  ss«t  eeMradioMMr)  efvcM 


'Ji  vm  uèiSi'Ct  atee  «i:gest>e'ceufertaBB  ae'ioii  doat  il  vémitda 
ptfiier,  le  fier  Seiese  fêla  esn  gant  droit  svr  le  plaaeliar  de  Ife 
salle.  »Miprè»yespnt  belli^me&deoeiaièsle,  le  désirée  sedisti»» 
gMT  par  AeteiltaiiB  fciti  d'arènes,  et  pei^tétreeelai  de  |^gfker4« 
bonMs ifFftees  da  duc-,  il^  eot  mi. iiidifeeueot >géiiéiml  paimi;  to 
jentiae'Boiirg«igiioiis  pëm*  aeeêpeir<  œ  dé&,  ^et^sept  a-iiirii  gaïAÉ 
ÙÊtem  jecés  à  Mnatant  par  les  îenaes  iDhevalîem  pi^^eei  'k  ^oelte 
jsèttc;  oMut  qui  dtajeet  ea  arrière  les  Jetant  par-deeKoa  là  tèee  des 
aimwti»  ÂehimBi#ew  proiluMait  aanAOtti  et -son  tiite  en  effraiit 
le^pige- da  toaAàu 

««-"-dte  lesrralève  Unm^  dit  l'aadaeieaK  jeaaefiintBe,  nanassantlei 
gMia  è  «lesiire  qà'ils  «Mabâfieet  \  encoi«'  <pielqwe8«<«w^  Mesâleaf»| 

Taatre,  nne  lice  égale,  dwjagesiiaqpsfMvio^^lB'etyadMft'è'f^ 
ÏUfét  à^dbux^flâite^poer  eofinev  ^  ^<kM  lyiagtaiBtt  dtt'fètn^s  teme 
feiiiMt  ^Mn  wtdlel'  • 
^^dnétd%  M««lém»aHtÉÉtt>;|e  «vi^i»  l?sBien«ptt(ié<iPkle4É» 


392 .  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  > 

satisfait  da  zièle  qoi  éclatait  poar  sacaose ,  na  pea  calmé  par  cette 
d^monslration  de  loyauté,  et  ému  par  le  ton  de  bravoure  intrépide 
d'un  jeune  champion  dont  le  caractère  avait  tant  de  rapport  ayec  le 
aien ,-  peutpéire  aussi  n'étant  pas  fâché  d'afficher  aux  yeux  de  sa 
cour  plénièrepltts  de  modération  qu'il  n'avait  d'abord  pu  prendre 
sur  lui  d'en  montrer. —  Toison-d'Or,  continaa-t^il,  ramassez  ces 
gantelets,  et  rendez4es  à  ceux  à  qui  ils  appartiennent.  A  Dieu  et  à 
saint  George  ne  plaise  que  nous  exposions  la  vie  du  dernier  de  nos 
nobles  bourgnignons  contre  celle  d'un  vil  paysan  suisse  qui  n'a 
jamais  monté  un  coursier,  et  qui  ne  connaît  ni  la  courtoisie  cbeTa* 
leresque  «ni  les  grâces  de  la  cheyaleriel  Portez  uHeurs  vos  rodo- 
montades grossières ,  jeune  homme ,  et  sachez  qu'en  la  présente 
occasion  la  seule  lice  qui  vous  convienne  serait  la  place  de  Mori» 
mont,  aveale  bourreau  pour  antagoniste.  Et  vous,  Messieurs,  YoaSy 
ses  compagnons ,  qui,  en  souffrant  que  ce  rodomont  preihnele  dé 
sur  vous,  semblez  prouver  que  les  lois  de  la  nature  sont  renversées 
chez  vous  aussi  bien  qne  celles  de  la  société ,  et  que  la  jeunesse  y  a 
le  pas  sur  Tâge  mûr,  comme  les  paysans  sur  la  noblesse;  vous 
antres,  barbes  grises,  dis^,  n'y  a-t*ii  personne  parmi  vous  qd 
soit  en  état  de  nous  expliquer  votre  mission  en  termes  qu'il  con- 
vienne à  un  prince  souverain  d'entendre  ? 

—  Noble  duc ,  dit  le  Landamman  en  ^'avançant  et  en  imposant 
silence  à  .Rodolphe  Donnerhugel  qtn  ouvrait  la  bouohe  pour  ré- 
pondre avec  .courroux;  à  Dieu  ne  plaise  que  nous  ne  puissions 
noiis  exprimer  d'une  manière  convenable  devant  Votre  Altesse, 
puisque ,  comme  je  l'espère,  nous  ne  lui  adresserons  que  des  pa- 
n>les,  de  vérité ,  de  paix  et  de  justice.  Si  l'humilité  peut  disposa 
Votre  AltQBse  à  nous  écouter  plus  favorablement,  je  suis. prêt  à 
m'humilièr,  plutôt  que.de  vous  voir  refuser  de  nous  entendre.  Je 
pois  pourtant  dire  avec  vérité  que  quoique,  par  suite  d'un  choûc 
libre,  J'aie  véou  jusqu'ici  en.  cultivateur  et  en  chasseur  des  Alpes 
d'Undf  rwald,  et  qu^je  sois,  décidé  à  mourir  de  même,  je^puis  ré- 
clamer., en  vortu  de  ma  naissance ,'  le  àrmt  hévédit^ire  de  parler 
4Qvant  les  dnea^  les  rois  et  l'Empereur  même.  Il  n'y  a  personne 
d^iiSfceu^  .illustre  assemblée»  Monseigneur,  dont  le  sang  sorte 
d'tae- source  plus  pure  que  celui  de  Geiersteîn. 
i  -^JNuusavonè  entendu  parler  de  vous ,  .dit^-le  duc^;  c^est  vous 
qu'on  appelle  le  comte  paysan.  Votre  naissance,  fait  votre  hoBtCi 
W^elle.de- votre  mère,  ai  par  Ibasard  votre  .p«e  avait  un  garçon 


CHARLES  LE  TfjHfcRAIRR  ^  3M 

4e  c^rrne  de  boime  oûne,  digne  d'avoir  doimë  le  jour  à  m 
bomme  qui  s'est  rendu  YolonUdrement  serf. 
.  — Non  iiasserf ,  Mcnueigneor»  mms  homme  libre,  qui  ne  yeut 
ni  opprimer  les  antres ,  ni  •  se  laisser  tyranniser.  Mon  père  était 
un  noble  seigneur,  et  ma  mère  une  d»ne  jMne  de  veita.  Mais 
nne  plaisanterie  méprisante  ne  m'empécbera  pas  de  m'aoqoitter 
arec  calme  de  la  mission  dont  mon  pays.m'a  chargé.  Les  habitans 
des  contrées  peu  fertiles  des  Alpes  désirent,  Monseignenr,  vitre* 
en  paix  avec  tons  leurs  voisins ,  et  jouir  du  gouvernement  qu'As 
ont  choisi  comme  celui  qui  convenait  le  mieux  à  leur  situation  et 
à  leurs  habitudesi  en  laissant  à  tous  autres  Etats  et  {laySfla  même 
liberté  à  cet  égard.  Ils  désirent  surtout  rester  en  paix  et  en  amitié 
avec  la  maison  souveraineté  Bourgogpe,  dont  les  domaines  ton* 
chent  leurs  possessions  sur  tant  de  points.  Ils  le  désirent.  Bien* 
seigneur;  ils  vous  le  demandent;  ils  vmit  même  jusqu'à  vous  en 
prier.  On  nous  a  «j^^^és  des  gens  intraitables  et  opimitres,  mé- 1 
prisant  insolemment  toute  autorité  ;  des  fauteurs  de  sédition  et  de 
rébellion  :  en  preuve  du  contraire ,  Monseigneur,  moi  qui  ne  me . 
suis  jamais  agenouillé  que  pour  prier  le  ciel,  je  ne  trouve  nulle 
honte  à  fléchir  le  genou  devant  Votre  Altesse  comme  devant  un 
souveraia  tenant  sa  courplénière,  où  il  a  droit  d'exiger  l'hommage 
de  ses  sujets  comme  un  devoir,  et  celui  des  étrangers  comme  un 
acte  de  courtoisie.  Un  vain  orgueil,  ajouta  le  vieillard,  les  yeux 
humides,  en  posant  un  genou  en  terre  devant  le  trône,  ne  m'em- 
pêch^a  jamais  de  m^humilier  personneUement,  quand  la  paix, 
cette  beureuse  paix ,  si  chère  à  Dieu ,  et  d'un  prix  si  inapprédaUe 
pour  l'homme ,  est  en  danger  d'être  rompue. 

Toute  l'assemblée  et  le  duc  lui-même  forent  émus  par  la  ma- 
nière noble  et  majestueuse  dont  rintré|»de  vieillard  fit  une  génn«. 
flexion  qui  n'était  évidemment  dictée  ni  par  la  peur  ni  par  la 
bassesse. . 

— Relevez-vous,  llonsieur,  lui  dit  le  duc.  .Si  nous  avons  dit 
quelque  tcboae  qui  ait  pu  blesser  votre  sensibilité  personnelle,  nonst 
le  rétractons  aussi^pnbliquement  que  nous  l'avons  énoncé^  et  nous 
sommes  prêt  à  vous-  enlèadre  comme  nu  envoyé  af  eut  de.  bonnes 
intentions.     .      .       .  '  • 

.  —Je  VQU9 enremensftç,  noM^ prince f  et  je legardtfai  ce  jouTii 
comme  heui^nx,  si  je  puis  .trouver  des  espressioiis  dignèstdela« 
cau^e  que  j'ai  à  idaider.  Monseigneur,  umplacet  qui  U'éuS  vernis: 


SM  GHA3RUSS  UB  113liiÊtlAABé 

€Blre  lesmaiÉséB  Votre  AitesM  eMtkfM  l^émitaiéraiStfii  4e»  griefe 
nombreux  que  nous  avotts  settfléits  ^de  k  pâi^i  éfi;  tes  toffieiers,  et 
de  lœHe  Ae  RoMoiit»  xjoattede  Samte,  instre  alliée -Yotre  coup 
aeitter,  agÎBHicdt,  .coMue  nous  a^e«B  k  <dreH  de'ie<«iip|wsery  smis 
lft)pMt0Btm  de 'Votre  Aheaee.  QttantM  eoinfte  RoMMt,  tladéja 
iqpfvkè'q^  il  e  «fEnireç  iMiB  neus^n'a^ans  «Mtoei^  ^àmemies 
jiwiiûft  en  représailles  diM  iti^uves,  dctt  «^flirMift  ^t  ditt  4ttterrap- 
tkm  apportées  àrwilre  'COMmerae  qae  iveiM  arotis  à  rre^modier  à 
eenx  qui  ae  vMit  fréeahn  ie  «v^tre  atttortté  pmr  aitéter  iios  eom> 
paftMMss  dMs  bare  iroyage^v  p^ar  piWtt  leay8^gi^dhàWJiefes>  'tes 
jator  en  .piîton  y  et  ménH^^ea  ^Mlquaa  ^^^jefartèaB  >  'les  nUiiiUfe  a 
aiatt.  Quant  à  ^raflhîiiede4a4M^€Jite»  Je  fMsfeMre  'témm^age 
de  ae  ^qm  §W  tu;  nom  tn^y  <a^oiM  'pas  éMtié  lien ,  et  nom  n'y 
a¥Ms  im  a«cone  patt.  {Jependimt  $leât^!itiipoÉeHrte  ^qa'aiieiiatiott 
indépendante  «aniCre  platfSenn^  feinte  ^ptfi^les  hijnrëii/et  im& 
SÊÊÊmeê  déienniiiés  4i  reMer  llbraâ'et4bdé]|MMMs ,  irtt  à  tnentir 
penr  ia^délenBe  de  Ma  droits.  Qm  'doit^ldcmc  en  rémker,  à 
maina  qne  Voire  AltOBise  H'écatfte  Icfs  «pk-é^i^itiMs  qee  je  sois 
dÂngédeint  iiâi«?.Laf«ertre,  niie^^Miè  d'e^^temihiath^i  ait 
ai  eetie  liMiie'lftMie^>oNnn(enee  nue  tm  ^^l  f  MMa  j^nerreeiitreles 
Bmas  pniaBanB  et  iB^tiles*de  Votre^Alte^e  ^etnes  panvres-ct  s^ 
rfles  «anaens,  tant  qnHM  kemine  de  nt^tt^  eotriédéfation  set^  en 
élatide  abaiiiar  intxe  fcaIMpÉtde.  fit  que  petit  j^gne^  le  nôbie  âût 
defiottq|Ogne4'iaae  tiHeloViie?  A-%*im^>i^nè  làirMieasey  ie(tt- 
lage?  :liélln,  Mônselgnenry  ily  «  phis  d'or  et  d'ai*gein  anr  les 
InâeB^deae^^niieiv  de  votre  nai«im,qa>M!i  i^ennihsttve^ftdansie 
trésor  public  et  chez  tena  les  ^iMk;*tiet«^  ne^revx]»hfiédériti<m. 
AapîreiE-iraasàda  gloîiiSy  àls  «'enô^Mttiéé^it  f%  pièatinonncMirà 
a«qiiérir  parnne  niaiiftbiiéiOse  'aiiâéb  ^apijfM^^^'i^'ttèlqiie^  tronpds 
^oMideB  <Mapenfés^  ^ at^des'^èldats'oèiiyeihts  de  fer,  cetebattadt 
des  laboureurs  et  des  bergers  à  demi  armés  :  une  teile-tigteftfe 
aaiaitipBn  gtanenak.  .Meas  ai,  «oimne  «iM^lM'chMIiéii^le^eiiw^t, 
awBÉie>la  «mtenif  A&tefeiqttié^tfWMé  ivi^NM^ie  tioapè^ 
pnvie  inesMiMtogifenB  àl^é^  an 

néeaeiaoordatît^le  >rtèBiplie»na*yft^  i^fm^fim  tfèMbï^ee^.Mt  sd* 

data  les  plus  mal  armés,  je  laisse  à  Votre  Altesse  le  soin^e  juger 
€erqm«éKfftmâMi«n)f  aMH  ^ans^^veâ^  dMUirMl^tet  %Mr«  têpexh 
tâto>  iUdainii.  mmm  mf  eh*>nit>j^h»  p'eAdMWiriftrt»  àe^m,  des  é^ 


CHARLBS  LE  TÉHiBAIUL  H% 

Toisins?Mchezqiie  s^ilpbtti  Dira  qae^vooB  tous  «aiptrieE  dé 
nos  moiH«gii«s  eacaripées,  nonsnoos  retiref ons ,  eomin» ao§  an«^ 
«itaros,  dans  itê  soUloto  plus  staTigts  et  {dos  ImntaiMS,  d 
faVipràB  avoûr  opposé  la  darnière  rétîBlaiieey  noos  «omTons  an 
■ulifiodea  neigea  4e  &••  gladen.  Oui,  homnaiy  fcmawsâ,  enfidiBi 
•om  y  aeieas  toas  anéastn  ayant  qQ'aii  aanl  SoiMe  libre  reeon» 
naîtae  on  «M^re  éttnngier. 

Le  Asooort  4a  Lanéamman  fit  une  impression  tisible.  Le  dne 
s^sn  aperçât,  el  son  obsiîBation  nfeiitnrella  fat  encore  irritée; par  les 
dispotttîaos  favorables  k  iVttnbassadeer  qa'il  voyait  régner  gêné* 
ralement  dans  l'assembléB.  Ge  niaoTais  prineqie,  inné  tén  Ini^ 
effaça  qaotfne  impreMâon  qii'avait  proAaite  snr  wa  esprit'lenebitt 
disQoars'de  Bîedeman;  il.ftronça  le  sonreil^  et  interrompit  le 
TÎeîUard  y  qoiae  préparait  à  oonlînner  son  dintours* 

—  Yoas  pestes  d'une  ba»  fansse,  ère  comte,  sire Landam^ 
man^  ou ^fanlqneaeit'Jb  titrai qne-ToiisTons  donnes,  iai<Ait^il,sl 
TOUS  Toos  ima^ioas  qoe  naos  veoliens  Tons  faire  la  guerve  pont 
obtenir  djssdépeaiUes  on  acqnérir  èela  gtoire^  Noos  savons ,  sans 
qne  'vms  ayez  besoin  de  nous  ie<dnre.,  qn'il  n'y  ani  preit  m  hôn^ 
nanràvooB  vanisre;tniais  les  sonverains  àiqniDîeaa  Msêi  lé 
pen^içoir  dûvent  détraûre  las  htitè»  de  brigalids>  qookiaVn  dt  à 
lougir  de  œesnver  aon  épéa  oontre  les  lenvs;  et  nons  taisons  tme 
lAasse à  mort  àtnne  troupo  de  lonps ,  ^^loiqfae  letor  ^dndr  ne  soit 
qus-isharogiae  at  ^e  lenr  fisan  ne  soit  kmme  à  rien. 

Le  landmnman  aeeoaa  aaitéfee  grise,  et  véplifuii  sans  moAtr^ 
aBaone éaaotioa »  atmâme^avae nneiespèeede  somïire : 

—  Je  sais  nO;plns  ^enx^ehasseitf  qne  vo«s,  Monsèignenry  et 
j'jû  pent^tlie fflos  d^xpérieneeiente  genre.  Le chassenr le phi^ 
hardi  n'atiafoe  pm  sans  danger  le  iaïqf»  dans  son  nntre.  J'aide* 
iDonlréà  YotseiàltflaaBeombBsn  peu  tous  ponteie  ga^oer>  ^«om* 
bien  veaarioqnea de  perdre^  pmsBaatvomme'venB l'êtes,  en  ha* 
aardantune  goarreMsmredas  bammenddtamdnés  et  désespérés. 
PanMttM^moi  de^vons  dane  miinaBniMtttos  ^e^nens  sommes  dis- 
pasésà  faire ;poor MBS anmMraÉaq^ainnèré et darriileti^ 
Botse  fwssaht  ^iàia ,  le  dac  deflmif^gnev  Vt>tf%  Attease^eet^M^ 
ciipée  là  <ewr4hk  -la  Imaïaîna,  at  éi  araMa^f«olNM&>  soab  nn 
painçe  ai  «antnsiBtsmnt,  fBe^vaprte  ansamiéfpaavna  attendre  Jnft^ 
4n!anx  4iAies  éeJaMidkasranéai  .fisj^AOïre  naWe  (affil  «t  jmMM 
aHié  sîMiMi^  rataos snanlagÉas^  Bdf wjbc s  phiraim  gUMtfiil  U^ 


m  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

miliarbés  avec  la  yitu^ire,  tous  senriront  de  barrières  contre 
l'AIlemagiie  et  l'Italie.  Par  égard  pour  tous,  noas  ferons  la  paix 
ayeo  le  comte  de  Savoie ,  et  nous  loi  rendrons  nos  conquêtes  aux 
conditions  que  Votre  ÂÏtessa  jugera  raisonnables.  Nous  garderons 
le  silence  sur  les  plaintes  que  nous  aurions  à  foire  pour  le  passé 
contre  tos  lieutenans  et  vos  gouverneurs  sur  la  frontière ,  poum 
que  nous  soyons  assurés  que^e  pareils  actes  d'agression  n'auront 
plas  lieu  à  l'avenir.  Enfin,  c'est  osa  dernière  offre ,  celle  que  je 
sois  le  plus  fier  de  pouvoir  vous  fiiire ,  nous  vous  enverrons  trois 
mille  de  nos  jeunes  gens  pour  aider  Votre  Altesse  dans  toute  guerre 
que  voQs  auriez  à  faire  au  roi  de  France  ou  à  l'empereur  d'Alle- 
magne. C'est  une  race  d'hommes,  jepub  ledtreavec  orgueil,  tonte 
différente  de  cette  écume  d'Allemagne  et  d'Italie  qui  se  forme  en 
bandes  de  soldats  mercenaires;  et  si  le  ciel  détermine  Votre  AI- 
tQSse  à  accepter  cette  offre»  vous  aurez  dans  votre  armée  tm  corps 
dont'  chaque  soldat  perdra  la  vie  sur  le  champ  de  bataille  avant 
qu'un  seul  d'entre  eux  manque  à  la  foi  qu'il  vous  aura  jurée. 

Un.honune  dont  le  teiât  était  basané  ^  mais  grand  et  bien  fait , 
portant  un  corselet  richement  travaiHé  à  l'arabesque ,  se  lera 
comme  emporté  par  un  mouvement  auquel  il  lui  était  impossible 
de. résister.  C'était  le  conHe  de  Gampo-Bawo,  commandant  les 
troupes  itaUemies  soudoyées  de  Charles ,  qui ,  comme  nous  Tavons 
déjà  dit,  possédait  sur  l'esprit  du  due  une  grande  infiuence ,  qn'il 
devait  principalement  à  l'adresse  avec  laquelle  il  savait  se  prêter 
aux  opinions  et  aux  préjugés,  de  son  mattre,  et  lui  fournir  des 
argumens  spécneux  pour  justifier -^on  opiniâtreté  dans  ses  projets. 

—  Son  Altesse  doit  m'eiicuser ,  dit*il,  si  je  parle  pour  défendre 
mon  honneur  et  celui  de  mes  bonnes  lances ,  qui ,  s'attachant  à  ma 
fortune ,  ont  quitté  l'Italie  pour  venir  servir  le  prince  le  plus  brave 
de  tonte  la  chrétienté*  J'aurais  pat  sans  doute  éeonter  sans  ressen- 
ti^ient  le  langage. outrageant  de^ce  manant  à  cheveux  gris,  dont 
les  paroles: ne  peu){[ent  &dre  plus  d'impression  sur  un  noble  che- 
valier  queies  aboiemens  du  dien  d'un  paysaÉ.  Mais  quand  je  l'en- 
tends proposer )d'uhip  cea  bandes  de  nâséFaides  mutins  indisci- 
plînéS'a^x  trtmpas  dé  Votre  Alieése ,  je  dois  hû  fadre  savoir  qn'it 
n'existe  pas  dHiiSimieà  rangs  tiniaeul  pidefireUer  qui  voulAt  corn* 
biiltre  ta  piùtiettle.emnpagaift.  'Mvî'Uièaae,'  chargé,  comme  je  le 
sujiaV  de  mUet»ltea»»degratîtàdev  je  ne^oui^ais' me  résoudre  à 
me  trouver  pr^ de  If  1s:0Émarade&<  Je  ptierais  ma  bamrière,  et  je 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  S97 

condairais  dnq  mille  hwunes ,  non  pas  sons  la  bannière  d'an  plus 
noble  maîlre ,  car  Fanivers  n'en  a  pas  un  semblable ,  xnsàs  à  dcr 
guerres  où  nous  ne  sorions  pas  foncés  d'avoir  à  rougir  de  nos  corn» 
pagnons  d'armes. 

—  Silence,  Campo-Basso,  dit  le  duc,  etsoyez  assuré  que  tous 
serrez  un  prince,  qui  cimnafl  trop  bien  votre  mérite  pour  renoncer 
à  des  services  qu'il  a  su  apprécier ,  et  pour  accepter  en  place  les 
secours  peu  sûrs  de  gens  qu'il  n'a  «Minus  que  comme  des  voisins 
malfaisans  et  importuns. 

Se  tournant  alors  vers  Amdd  Biederman ,  il  lui  ditd'nn  ton  froid 
et  sévère  : 

—  Sire  Landamman»  nous  vous  avons  écouté  aveccafane;  nbus 
vous  avons  écouté,  quoique  vous  vous  présentiez  devant  nous  les 
mains  encore  teintes  du  sang  de  notre  serviteur  sire  Arcfaibald 
Von  Hagraibach;  car»  en  supposant  qu'il  ait  été  assassiné  par 
ordre  d'une  infeone  association  qui,  par  saint  George  !  ne  lèvera 
jamais  sa  tête  venimeuse  de  ce  côté  du  Rhin ,  il  n'en  est  pas  moins 
iucontestable ,  et  vous  n'avez  pas  cherché  à  le  nier ,  que  vous  aveas 
été  témoin  de  ce  crime ,  que  vous  aviez  des  armes  ei)  main  »  et  que 
votre  présence  a  servi  d'encouragement  aux  meurtriers»  Retournez 
dans  vos  montagnes,  e(  remerciez  le  ciel  de  pouvoir  y  retoimier 
en  vie.  Dites  à  ceux  qui  vous  ont  envoyé  que  je  serai  bientftt  sur 
leurs  frontières.  Une  députation  des  plus  notables  de  vos  bourgeois 
se  présentant  devanj^  moi,  une  corde  autour  du  cou,  une  torche 
à  la  main  gauche,  et  tenant  de  la  droite  Tépée  par  la  pointe,.' 
pourra  apprendre  à  q^jfelles  conditicns  nous  vous  accorderons  la 
paix. 

—  En  ce  cas,  adieu  la  paix ,  et  salut  à  la  guerre!  dit  le  Lan* 
djimman  ;  et  puissent  ses  fléaux  et  ses  malédictions  retomber  sur  - 
la  tête  de  ceux  qui  préfèrent  une  lutte  sanglante  à  une  union  paci- 
fique! Vous  nous  trouverez  sur  nos  frontières,  l'épée  nueà  la  main,, 
mais  nous  la  tiendrons  par  la  poignée ,  et>  non  par  la  pointe. 
Charles  de  Bourgogne  »  de  Flandre  et  de  Lorraine ,  duc  de  sept 
duchés,  comte  de  dix*sept  comtés ,  je  vous,  défie  et  vous  déclare- 
la  guerre  au  nom  des  Cantons  confédérés  et  autres ,  qui  s'uniront 
à  leur  ligue.  Voici  l'acte  de  déclaration. 

Le  héraut  reçut  cette  pièce  fatale  des  mains  d'Arnold  Bie- 
derman. 

—  Ne  lis  pas  ce  misérable  écrit ,  Toison-d'Or  i  dit  le  duc  avee 


m  CHABLHS  LE  TÉMÉlUâlIlB. 

lii»ot6iir.  Qm  FaiéiVtmar  ^im  hantes  «sv^mB  lUHoelio  à  la  ^pn» 
^esoii  cheval»  le  ttraSne  dasa  les  rues  da  Hjoa,  at  le  elôM  aa 
gîhel,  afittdemmtBeBfDélcaaiioaa'eiifMaoïia»  ainai  que  ée^eeax 
qui  l'ont  envoyé.— Partez^  Messieiirs ,  ajoiita-t»il'en  s^dreasaBl 
aux  Sniasas;  Mtonrnas  daoa  iMïaâiaerta'aiiasi  vitale  ^oa^jàmbes 
pourroai  toq»  y  eandwre.  Qnandi  irm»  noas^  reverroas ,  tobs 
aaarea  nûeiix  qui  vûoa  ave?  offieué*  QaAonai'apprèce  mon  châtrai  : 
h  cour  jj^lénière  aatkifée. 

Le  maire  de  Dijon ,  tandis  que  chacuB^  était  m  moavwont 
]po«r  aartîr  de  la  sdUa  »  s'apfNToeba  de 'noifreair de  Charles,  et'lai 
exprima  ayec  timidité  l'espoir  qu'il  accepterait  un  banquet  que 
le  corpa  mamcipal  aivait  fiât  piéparep  pemr  Son  Altesse. 

•  *-*Nony  par  saint  Gearfe  de  Bourgogne!  sins  maiire>  s^éeriale 
4iie  en  loi  lançant  un  de  ces  regarda >fo«èreyaafr  par  lésquel^il 
amit  contOBia  d'espairaer  une  iMtgntion  mMée  de  mépris.  Le 
d^eoner  quinonfraétésenvî  newasapaaaasez'pkipoaa^qaenoas 
jagiûBS à  propos  de  confie»  le  setn^de  notre  diÉier  à  notre  boniie 
viUe  de  Dijon* 

A  ces  mots»  il  toumftibmsqnament  la4aa  au  magistrat;  mantaà 
chavial»  et  se  rendit  à  sont  oaa^p ,  cansant  anreo  Tîvaeité>  eheHun 
ftiaant»  ayec  le  comte  de  Gampo-Basso» 

—  Je  yons  offrirais  à  dieer»  KHlord ,  dit  Golvin  an  eomteMi^ 
fard  quand  ils  fàreajtMaAréasQas  sa  tente,  si  jene  pféveyaisqaV 
YÊÊki  ^e^ous  eusaias  le'ieÉoqM'dè  Tousmetureà  table»  yeneseteK' 
mandé  en  préaance  do  duet  car  e'est  l^iaage  inyariaiiIèileCllarltt, 
qnaiidil  a  prisma mawveîs  pmrtii  de^apaa-se  domier  de  repos- 
jusqu'à  ce  qu'il  ait  prouvé  à  ses  amis  et  à  ses  conseillers  qu'il  aei 
niaon  de  le  prendre;  Movblea  1  il  ne  manque  jamais  de  convertir 
ètson  opimon  ce  souple  ItaMao* 

L'augure  de  Colvin  ne!tardàpas<à^seréaliS6r<;  car  un  pagear* 
rive  presque  au  même  instant  peur  «vertir  le-  mamdiand  anglais 
Pliîlipson  de  se  lendreprès  du  duo.  Ssos  attendre  un  memeot, 
Gharlease répan^t  enTepreehes^et  en  myeativea  contre  les  EtMS' 
de  son  dnohé^  pourloi  a^voir  raftisé  eifeeeMe  eireonoismee  un  miaos 
oatroî  qu'il  leur  demandait;  il  s'égiMrft«isai«e*dans  de  longues  «- 
plications  sur  la  nécessité  où  il  prétendadt  se  trouver  de  châtier 
l'audace  de&Sniases;  et  il  finit  par  ajouter  :  —  Bttoi  aussi ,  Ox- 
ford ,  tu  es  un  fou  assez  impatient  pour  youloir  que  je  m'engage 
dans  une  guerre  lointaine  c<mtcerAngleterrey  et  que  je  transporte 


tières  des  matins  si  irnmlimM  I 

Quand  il  enteiifiaoeaaé  de  pirlér,  lôooaile  loi  rvpréstnta  arec 
autant  de  force  que  de-nMpeet  les  dangen  anxqvcls  il  pannsait 
^ei|iQser  en  attaquant  va  panple ,  jiaawe  à  la  iréiilé  »  maironi- 
Yersellement  redouté  par  son  oanrage  et  sadiicipliiiei  et  oela  smb 
les  yeux  d'un  rival  ausMdaagaeaaxquaLoaîsi  rm  deFraiM9B|  qoi  ne 
BMoqaerait  paadesmiienîr  soos  oiaîn  Isa  ennemis  du  doc ,  sHt  ne 
se  joigoait  pas  à  eux  ouvertement.  Mais  sur  ce  point  il  trowa  la 
résoloiien  de  Charka  ioébranlable. 

—  Jamais  Une  sera  dit  »  s!écria«t-il ,  que  j*ai  bit  des  menaces 
sans  OMHT  las  SKéemer.  Ces  paysans  m'ont  déclaré  la  gaarroi  et<il 
bot  qo'iis  aiipreBiiMil.  quel  est  le  prinoe  dont  ils  ont  mconsidé- 
rémisnt  provoqué  le  courroux.  Je  ne  venooce  pourtant  pas  à  tan 
projet,  anonbMQdord.  Si  tu  pepxprecurerlaoessionâelaP^FOo 
yenoe,  et  engager  le  vieux  René  à  abandonner  la  cause  de  son  pe«> 
tit*filsea  LorraînC)  tu  mêleras  penser  que  oala  vaut  la  peine  que 
je  te  donne  de  béas  secours .oonire  men  firère  Haekbôm,  qui , 
tandis  qu'il  beîl  des  vasadesen  Fnmoe,  pourra  bien  perdre  sas  de« 
maines  en  Angleterre.  Mais  ne  t'impatiente  pas  si  je  ne  patsen^ 
Toyer  des  troupes  outre^mcr  à  rinstant^mème*  La  marche  que  je 
vaisiûre  sor  Neuobâtel ,  qm  est,  jecreia,  le  point  le  phs  voisin 
eu  j#  tnmven4  ces  rnanans^  ne  astaqu^une  faoursion^Von  matim 
TùBfiFe  que  veasneneaeisempagnerezy  men  vieux  oompagnon% 
Je  serai  chaneé  de  vmt  si*  pendant  vetreeéjewr  daae'ceB^ae»? 
tagnea«i  ¥Ops.n'aves  pas.oub^.deviensteBsr  tome  en  sdle^  et  de 
mettre  une  lance  ea  anrôlw 

— <-  Je  snivmi  Votre  AUessi^  conmae  c^est  mon  devoir,  cap  Ions 
mes  meuvemena  deiMetdépflodDe  de*  votre  bon  plaisir;  mais  jene 
porterai  parles  armes  centre  lea  bsbitans  de  l'Helvétie^  ehee  qoi 
j'ai  reçu  TbospitaUté ,  à  moins  que^e  nesoptpour  ma  défense  per- 
siOBQfdle» 

—  Soit J  jfy  cwmena»  Noos»  ancens  en  voes^  un  eieellant  jage 
pour  nous  dire  quit&na  le  mieux,  son  detveir  contre  ces  rastresxBamr 
tagi^ard^» 

La  conversation  fut.  interrompue  en  ce  moment  par  qnelqaNm^ 
qoi  -  finoppa  à  la  porte  dupavillett  du  duc  ;  et  au  mâme  instant  le 
chanceUer  de  Booi^ogne  entra  aveeon  air  empressé  et  affidré. 

—  Je  vous  ajipoiie  des  neuvelles ,  Monseigneur,  des  nouvelliKr 


éOO  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

de  France  et  d'Angleterre ,  dit  le  prâat«  Mais  apercevant  an 

étranger,  il  regarda  le  dnc  et  garda  le  aiienee. 

—  C'est  nn  ami  digne  de  confiance,  lui  dit  le  dnc;  vons pou- 
vez m'apprendre  vos  nonvdles  en  sa  présence. 

—  EUes  seront  bienlAt  publiques,  reprit  le  prélat.  Louis  et 
Edonard  isont  pleinement  d'accord. 

Le  dnc  et  le  comte  anglais  tressaillirent. 

—  Je  m'y  attendais ,  dit  Charles;  mais  je  ne  cro jais  pas  qae  ceh 
dAt  arriver  si  tAt. 

—  Les  deox  rois  se  sont  renoœitrés ,  continaa  le  ministre. 

—  Comment  !  sur  le  champ  de  bataille?  demanda  Oxford,  s'on- 
bliant  un  instant ,  dans  son  empressement  d'être  nûenx  instruit. 

Le  chancdier  parut  surpris;  mais  le  duc  ayant Tair  d'attendre 
qu'il  répondit  à  cette  question  :  —  Non,  sire  étranger,  dit-îl, 
non  sur  le  champ  de  bataille,  mab  en  rendez-vous  paisible  et 
amical. 

—  Ce  spectacle  aurait  mérité  d'être  vu ,  s'écria  le  duc.  Le  vieux 
renard  Louis  et  mOn  frère  Black......  je  veux  dire  mon  frère 

Edouard ,  avoir  une  entrevue  amicale  I  Et  où  ce  rendez«voQs  a-t-il 
eu  lieu  ? 

—  Sur  un  pont  sur  la  Seine,  à  Péquigny. 

—  Je.  voudrais  que  tu  y  eusses  été,  dit  le  duc  en  se  tournant 
vers  Oxford,  et  que  tu  y  eusses  frappé  un  bon  coup  de  hache 
d'armes  pour  l'Angleterre  et  un  autre  pour  la  Bourgogne.  Ce  fdt 
précisément  à  une  semUable.  entrevue  que  mon  grand-père  fat 
traitrensemenl;  assassiné  sur  le  pont  de  M onterean-snr-Yonne  ! 

—  Ponr  prévenir  une  pareille  chance,  dit  le  prélat ,  on  avait 
établi  au  ^milieu  dnpont  une  forte  barricade,  semblable  à  celle  qni 
ferme  les  cages  '^dans  lesquelles  on  enferme  des  bétes  sauvages ,  et 
qui  ne  leur  laissait  pas  même  la  possibilité  de  se  toucher  la  main. 

—  Ah  1  ah  I  par  saii^t  Greorge,  cela  s^it  la  méfiance  et  la  cir- 
conspection de  Louis  ;  car  l'Anglais ,  pour  lui  rendre  ce  qui  loi  est 
dû ,  ne  connaît  pas  plus  la  crainte  que  la  politique.  Mais  de  quoi 
sont-ils  convenus  ?  Où  l'armée  anglaise  prendra-t*elle  ses  quartiers 
d'hiver?  Quelles  villes,  quelles  forteresses,  quels  châteaux  Louis 
remet*il  en  gage  on  à  perpétuité  à  Edouard? 

^  Il  ne  lui  remet  rien.  Monseigneur.  L'armée  anglaise  retourne 
en  Angleterre  aussitât  qu'elle  pourra  se  procurer  des  bâtim^s 
pour  l'y  transporter  ;  et  Louis  lui  prêtera  jusqu'à  la  dernière  voile 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  401 

et  la  dernière  rame  de  son  royaume  pour  en  débarrasser  pins  tôt 
la  France. 

^  £t  par  quelles  concessions  Lonis  a-t-il  acheté  nne  paix  si  in- 
dispensable à  ses  affaires  ? 

—  Par  de  belles  paroles ,  par  des  présens ,  et  à  Faide  de  cinq  à 
six  cents  toaneanx  de  vin. 

—  De  vin  I  As-tu  jamais  entendu  pareille  chose»  signer  Philip- 
son  ?Sar  ma  foi  9  vos  compatriotes  ne  valent  pas  mieox  qn'Esatt  » 
qui  rendit  son  droit  d'aînesse  pour  un  plat  de  lentilles.  En  vérité, 
je  dois  avouer  que  je  n'ai  jamais  vu  un  Anglais  qui  aimât  à  oon- 
dure  an  marché  les  lèvres  sèches. 

—  J'ai  peine  à  croire  cette  nouvelle,  dit  le  comte  d'OxfiMtl. 
Qaand  même  cet  Edouard  consentirait  à  repasser  la  mer  avec  cin- 
foante  mille  Anglais ,  il  y  a  dans  »on  camp  des  nobles  assez  fiers 
et  des  soldats  assez  courageux  pour  résister  à  ce  projet  honteux. 

—  L'argent  de  Louis,  répondit  le  chancelier,  a  trouvé  de  nobles 
mains  disposées  à  s'ouvrir  pour  le  recevoir ,  et  le  vin  de  France  a 
inondé  tous  les  gosiers  de  l'armée  anglaise.  Le  tumulte  et  le  dés- 
ordre n'y  connaissaient  plus  aucunes  bornes,  il  fut  un  moment  oii 
la  ville  d'Amiens,  où  Loub  lui-même  résidait,  était  tellement 
remplie  d'archers  anglais  qui  s'enivraient ,  que  la  personne  du  roi 
de  France  était  presque  en  leur  pouvoir.  C'est  une  orgie  univer* 
flelie,  qui  a  fait  perdre  aux  Anglais  toute  idée  d'honneur  national. 
Ceox  d'entre  eux  qui  veulent  conserver  un  air  de  dignité  et  jouer 
le  r&le  de  politiques  sages ,  disent  qu'étant  venus  en  France  de  con* 
oeî*t  avec  le  dac  de  Bourgogne,  et  ce  prince  n'ayant  pas  tenu  sa 
parole  de  joindre  ses  forces  aux  leurs ,  ils  agissent  avec  sagesse  et 
prudence ,  vu  la  saison,  de  l'année  et  l'impossibilité  de  trouver  de 
bons  quartiers  d'hiver,  en  recevant  un  tribut  de  la  France ,  et  en 
retournant  chez  eux  en  triomphe. 

—  Et  en  laissant  à  Louis,  ajouta  Oxford ,  pleine  liberté  d'atta- 
quer la  Bourgogne  avec  toutes  ses  forces. 

—  Pas  du  tout,  l'ami  PhiUpson,  dit  le  duc  Charles;  sache  qu?il 
^ste  une  trêve  de  sept  ans  entre  la  France  et  la  Bourgogne.;  et 
SI  elle  n'eût  été  convenue  et  signée ,  il  est  probable  que  nous  au- 
noDs  pu  trouver  des  moyens  de  susciter  quelque  obstacle  à  ce 
traité  entre  Louis  et  Edouard ,  eussions-nous  dû  gorger  à  nos 
frais  ces  voraces  insulaires ,  de  bœuf  et  de  bière ,  pendant  quel- 
ques mois  d'hiver*  Sire  chancelier ,  vous  pouvez  vous  retirer  ; 


4u  QïïÂKum  vt  JivÉAàaaL 

rappeler. 

Qwmd «QA  wMiiiUPt  fiil«Dilî  du  p»fittei»«  le éee,  qnt  à  sph ea- 
ractère  brusque  et  impérieux  joignait  KfiianaeHp  éè  beoâé  ^  M#ai 
nap  t^mkmiÈé  wtJmvdh  »  «'t^aiiça  vena  le  lorï  lançai  rie»  ^  ^oi 
était  comme  un  homme  aux  pieds  du^ael  Tie»!  de  tomhar  k 

faiidir« 

«•«o  Heu  fMWve  Axiail  »  l«i  dâlÀl,  In  eadéidé  par  oett«  ntm 
TritB«  «ar  jtttM9MU^4o«lai^ip*6Ue  mpradiiisettiifaidieffetpoar 
le  profet4|M  toii  coHir  layal  neoFfit  ftvee  tant  de  dérMêmeBt  et 
de  fidélité.  Jeyoudrais,  pour  l'aflMMirdeteiy  avoir  pu  retenir  las 
Aftglaîa  plus  leDg-t«infia  en  Vraiiee  ;  mua  u  ya  Favata  esa^jé ,  adieu 
ma  irèf»  avae  Lents ,  et  par  eoDaétfaent  adiea  ta  pea«ihîii<rf  à^ 
ahâlier  eea  miiénUea  Cantons ,  et  d'ciiveyer  tuie  expééÉdon  «p 
A«glet«pre.  Dans  l'état  où  sont  les  chesiasy  aoeordennoi  seaiesMni 
we  aawaiiie  peor  pimi^  ces  ■aoatafwurda,  et  je  tedonnn^à  akrs 
pour  ten  entfepriae  à&s  ferees  pins  considérables  fne  eeUes  foa  u 
m'as  fredeafitmeat  demandées.  En  attendant,  j^anrai  soin  4pM 
BUokbnra  et  ses  cousins  les  ardievs  ne  puissent  «mmii^f  un  seal 
bilinMBft  dans  tooln  la  Fiandre.  Convage,  te  disoje,  in  serasea 
▲ngietem long-tempe  avant  eux ,  et ,  je  te  le  r^épète,  compte nr 
BHm  aesism^ee  t  la  cession  de  la  Provence,  bien  entendny  éiaal 
olinrtnén,  cwie  de  raison,  il  iandm  que  les  diamans  deaaw 
nonaine  Ifaungnsrite  nous  restent  quelque  temps  entre  lea  nuias , 
et  pent^ra  eervimnftrîU,  UTeo  qnelqttesi4itis  des  antvfs,  à  friie 
ymr  le  jonr  aux  aag^s  d'er  iqne  tseonent  à  l'ombre  nos  nsnriersfe 
mandSy  jfii  ne  renient  prêter ,  même  à  leur  souveraiii ,  que  sav 
d'e^ËoeUens  fagas  ec  av^  toute  eAreté.  ¥oilà  à  quelle  extrénal^ 
Vnvaripe  désobéissante  de  nos  Bi«ts  nous  réduit  pour  te  meupont. 

—  Hélas ,  Monseigneur  !  répondit  le  comte  aeeaUié  de  éttafriai 
je  serais  un  ingrat  ei  je  pouirais  Coûter  de  la  siaeérité  de  tos 
bonnes  intentions.  Mais  qui  peuc  compter  sur  les  ebances  de  is 
pierni«  anrtei^  quand  les  drconstapees  exigent  une  prompte  dé- 
cîsiott{  ¥ous  avez  la  bonté  d'avoir  quelque  confiance  eh  moi,  pof^ 
tea»la  plus  loin  encore.  Permettez^-moi  de  monter  à  dieyal  et  de 
eourir  après  le  L^anéimman ,  s'il  est  d^  parti.  Je  ne  dente  pas 
que  yb  ne  {use  avec  lui  un  arrangement  qui  vous  donne  toate 
sitreté  pour  vos  frontières  à  l'est  et  au  midi.  Vous  pourrez  alors 
ex^vler  sans  danger  vos  projeta  amr  la  Lorraine  et  sur  la  Fra> 
vence. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRB.  40S 

—  Ne  m'en  parlez  pas  I  s'écria  le  duc  avec  Tivacité.YoQsyoïu 
oubliez»  et  tous  oubliez  également  qui  je  suis  j  en  supposant  qa'nn 
prince  qoi  a  donné  sa  parole  à  son  peuple  puisse  la  révoquer, 
comme  un  marchand  qui  a  sm&it  aea  maickandises.  Soyez  tran- 
quille,  nous  tous  aiderons,  mais  nous  jugerons  nous-méme quand 
et  coDàmei^tqpusdeyojQS  tous  aider.  CSicpeudant,  comme  nous  nous 
intéresqon^  à  noire  naHMwevae  eouwne  d'Anjou,  et  étant  votre 
ami ,  noua  n'allendroja»  |paa  t»op  longtemps.  Notre  armée  a  ordre 
de  se  metUNieamar«becesAip  iwr  Neufchâtel,  et  ces  Suisses  or- 
gaeîUeia  coameocfTOUt  i  J  appreA^re  ce  que  c'est  que  d'avoir 
provo^é  le  fer  et  le  fbu. 

Oxford  poussa  un  profond  soupir ,  mais  il  ne  fit  plus  aucune  re- 
montrance ;  et  il  agit  sagement  en  cela ,  car  il  était  probable  que 
de  nouvelles  représentations  n'auraient  fait  qu'irriter  le  caractère 
io^WW  dHk  ^HV«^FW^  ^wpA  il  Ip^  Mml  «4r««9^  r  ^.  ill  ^¥ût 
<^ruUa  ^'il  n'Mrailk  p9&  r^iwi  à  le  laire  vto«ger  de  ré^otio^^ 

Upeit  cwBji  du 4fic»  et  r^tooma  chra  Colm  qu'il  nroava  \o^ 
f^mpp^  de»?(f4ras  4»  saa  déB«rtf npieAt ,  ^  se  piréparwt,  à  foire 
«sauve  m  mavf^a  \»  \Tm  4'Ar^ilkri«,  apér^vion  q^i^e  la^  vuuiviâa^ 
coasiimcUan  il^  fiCfCU»  a  l'état  déte^^e  des  romes  r^dai«ip(  % 
eeUe  épc^Hie  bof^oco^p  pli^a  difficile  qv'eUe  w  X^si  sM^ount'i^iii  r 
quoique  «e  spit  ^iMmr^  m  to  i9^i|veai^fK;i8  laa  plivs  pénible  <bh  mk 
compagnent  la  marche  d'une  armée.  Le  général  d'artillfsrif  a^ilipi 
Qi^f^  avec  m  air-  i^  gjçwHi  plaisir,  Iw  <ttt  qu'il  se  ^^Mut  de 
VjbMMBffiew  qn'il  a«raîti  de  j^r  di  m  con^^agnia  pe^dant^  U  çaapir 
pagM,  et  IWoriM  qiM»n  d'aprè$t  Tordre  spécî^il  4»  ^aci,  il  avait 
pri%  UHKteft  kf»  diapqaitiaRa  s^ce^res  pour  qu'U  ne  loi  wanq^lii 
iia»dA  ae  qii'o«L  pmvait  ^m^  dao^  vn  c^mp,  w^^de^iiwuim^  è 
M  ^'tt  pfti  lPi|îo«rfl^«»c4«r  )^  jf^^mf^  iAç^gnitA* 


sO. 


CHAPITRE  XXIX. 


C'était  an  bon  Tivant ,  et  les  n«if  as  de  l'Agé 
Blanchiuaient  sea  chereux ,  aana  glacer  son  eonra^ 
A  l'instant  où  ses  jours  approchaient  de  lear  fin. 
Il  savait  encore  être  un  joyeux  boute-en-traia  ; 
Et  sa  gatié,  trouvant  des  nuances  nouvelles. 
Pouvait  se  comparer  aux  glaces  éternelles 
Qui  de  mille  couleurs  éblouissent  les  yeax , 
Au  sommet  des  glaciers ,  i^nand ,  faisant  ses  adieoz. 
Le  soleil  va  finir  sa  course  joaraaliire. 


Laissant  le  comte  d'Oxford  saivre  l'opiniâtre  duc  de  Bourgogne 
dans  une  expédition  que  celai -ci  représentait  comme  une  courte 
excursion  ressemblant  plutôt  à  une  partie  de  chasse  qu'à  une  cam- 
pagne, et  que  ie  premier  considérait  sous  un  point  de  vue  plus 
grave  et  plus  dangereux ,  nous  retournerons  près  d*Arihur  de  Vère, 
ou  du  jeune  Philipson,  comme  on  continuait  à  l'appeler ,  qui  s'a- 
yançait  vers  la  Provence ,  et  que  son  guide  conduisait  avec  autant 
de  succès  que  de  fidélité ,  mais  certainement  aussi  avec  beaucoup 
de  lenteur. 

La  Bourgogne ,  étant  comme  la  Lorraine  couverte  par  l'armée 
de  Charles ,  était  infestée  en  même  temps  par  différentes  bandes 
éparses  qui  tenaient  la  campagne ,  ou  occupaient  des  châteaux 
forts ,  au  nom ,  comme  elles  le  prétendaient ,  du  comte  René  de 
Vaudemont.  Cet  état  du  pays  exposait  un  voyageur  à  tant  de  dan- 
gers qu'il  était  souvent  nécessaire  de  quitter  la  grande  route  et 
de  prendre  des  chemins  détournés  pour  éviter  des  rencontres  peu 
amicales. 

Arthur  avait  appris  par  l'expérience  à  se  méfier  des  guides  étran- 
gers; cependant,  durant  ce  voyage  périlleux,  il  se  trouva  disposé 
à  accorder  beaucoup  de  confiance  à  son  nouveau  conductenr. 
Ihiébault,  Provençal  de  naissance,  connaissait  parfaitement  la 
route,  et  autant  qu'Arthur  pouvait  en  juger  il  s'acquittait  de  ses 
devoirs  avec  fidélité.  L'habitude  de  prudence  qu'il  avait  contrac- 
tée en  voyageant ,  et  le  rôle  de  marchand ,  qu'il  continuait  à  jouer, 
l'engagèrent  à  mettre  de  côté  cette  morgue ,  ou  cet  air  de  supërio- 


CHARLES  L£  TÉMÉRAIRE.  405 

rite  hautaine  qu*un  noble  et  on  chevalier  pouvaient  alors  se  per- 
mettre à  l'égard  d'un  individu  de  condition  fort  inférieure.  D'ailleurs 
il  présuma  avec  raison  qu'une  sorte  de  familiarité  avec  cei  homme, 
qui  semblait  rempli  d'intelligence,  le  mettrait  probablement  plus  à 
portée  d'apprécier  ses. opinions  et  ses  dispositions  à  son  égard.  Eu 
retour  de  sa  condescendance ,  il  obtint  de  lui  divers  renseignemens 
sur  la  province  dont  ils  s'approchaient. 

Lorsqu'ils  furent  sur  les  frontières  de  la  Provence,  la  conver- 
sation de  Thiébault  devint  encore  plus  intéressante.  Non-seulement 
il  pouvait  dire  le  nom  et  l'histoire  de  tous  les  châteaux  qu'ils  ren- 
contraient sur  la  route  souvent  détournée  qu'ils  suivaient ,  mais 
il  avait  gravé  dans  sa  mémoire  la  chronique  chevaleresque  des 
nobles  chevaliers  et  barons  qui  en  étaient  alors  propriétaires,  ou 
à  gai  ils  avaient  autrefois  appartenu;  il  racontait  à  Arthur  les  ex- 
ploits par  lesquels  ils  s'étaient  illustrés  eu  repoussant  les  attaques 
des  Sarrasius  contre  la  chrétienté,  ou  les  efforts  qu'ils  avaient 
faits  pour  arracher  le  saint  Sépulcre  aux  païens.  Tout  en  faisant 
de  pareils  récits,  Thiébault  trouva  l'occasion  de  parler  des  trou- 
badours, race  de  poètes  d'oiigine  provençale,  tout  différens  des 
ménestrels  de  Normandie  et  des  provinces  adjacentes;  et  Arthur, 
comme  la  plupart  des  jeunes  nobles  de  son  pays,  connaissait  par- 
faitement les  romans  de  chevalerie ,  des  versions  nombreuses  en 
ayant  été  faites  en  français-normand  et  en  anglais.  Thiébault  tirait 
vanité  de  ce  que  son  grand-père,  d'humble  naissance  à  la  vérité, 
mais  doué  de  tatens  distingués,  avait  fait  partie  de  cette  race  in- 
spirée par  les  Muses,  dont  les  ouvrages  produisirent  tant  d'effet 
sur  le  caractère  et  les  mœurs  de  leur  siècle  et  de  leur  pays.  Il  était 
cependant  à  regretter  qu'en  inculquant  comme  le  premier  devoir 
de  la  vie  un  esprit  fantasque  de  galanteiie  qui  dépassait  quelque- 
fois les  règles  platoniques  prescrites,  les  poésies  des  troubadours 
servissent  trop  souvent  à  amollir,  à  séduire  et  à  corrompre  le 
coeur  (6  ')• 

Arthur  eut  occasion  de  faire  cette  remarque,  lorsque  Thiébault 
lui  eut  chanté,  ce  qu'il  pouvait  faire  très  agréablement,  l'histoire 
d'un  troubadour,  nommé  Guillaume  Cabestaing,  qui  aimait  par 
amour  une  noble  et  belle  dame,  Marguerite,  épouse  du  baron 
Raymond  de  RoussilloQ.  Le  mari  jaloux  eut  la  preuve  de  son  dés- 

x>  VojM  1«  note  A  à  U  fin  de  m  ▼•lame.    , 


lioAaenr »  et  zpùm  ttté  Cab«btài^g  il  M  ^rtkèsk  \étoS6ût,  tefttà|^ 
prêter  Gomme  celai  A*ùn  'à^ifaiftl ,  rt  Ift  fit  hét^  à  s&  tOùM.  Im- 
qu^etle  ènt  mangé  de  cet  iit>rrib)fe  imetà ,  il  bi  â))|[^rit  te  ((tt5i  il  élltt 
comjMMë.  fille  fui  rëpdhM  que  puis^H'C^  ntàn  ^tiis  xm  tmi^ 
tnrë  si  f^ieôse,  sèà  iHf^s  n^  lôKi^tÈtàiétat  jàlliM^  ^ItMltm  é 
mens.  Elle  perbîsta  dabs  sa  IrésohttM ,  M  %k  tatelià  ttt^tfht  âetik. 
Le  tronbadoiir  qui  avait  c^ét>YC  è«tlé  hi%rbiiti  iMig^,  làVûidé- 
floyè  dans  ton  ouvrage  bèàncoûp  d^alt  et  èe  ialent  potù^tt^lftla 
faute  des  amans  sur  tè  coûîiptîÈ  de  là  déjltihée  ;  il  à^il  âp})tîyî  sttr 
leur  sort  déplorable  aVec  encore  ^tûà  tfe  pa^«ti^e,  lèt 'MX M 
par  déclamer  contre  la  furetilr  àvén^té  ita  Itaàtl  àVdéltftttela  k- 
Year  ^une  indignation  poèÙqdè ,  aj^Otattl; ,  ^teè  iiù  'p\^M  Viftdi- 
catit,  qoe  toAs  lès  Waves  dleva^èrs,  tôtïlà)fe6  Irtài^  iifliatt^dûtadi)i 
de  la  t^rance ,  s'^étaienl  réàiiis  pôuY*  atltti411é^  \é  cèiiteàVi  iû  bâr«n> 
iTataient  pris  d^assâM ,  n^y  àyai'ëïit  pas  laissé pièltè  h^f  ^éttty'd 
ayaient  fait  Subir  an  tyran  nàe  mort  ignominiense*  Atthtfir  pfit 
quelque  intérêt  à  cette  histoire  tragique,  4^1  loi  timckln^tte 
quelques  larmes;  mais  quand  il  porta  plus  loin  siés  peïtiàééSi  ^ 
yeux  se  séchèrent,  et  il  dit  atec  quelque  sévéïité  : 

—  Yhiébault ,  ne  me  chante^  plus  4e  parëilà  IaIs  ;  pi  ètttfthdtt 
moh  père  dire  qtie  rieta  n^est  plus  propre  à  teôrfolûl^tlè  Ife  Ctteùt  oW 
ehréden  que  d'accorder  au  vice  la  pitié  et  les  étôgtesiîtt'6tttt«awt 
qu*à  la  vertu.  Votre  baron  de  ^oussilbn  é^  M  ttôtïslrt  « 
cruauté ,  mais  vos  infortunés  amans  n'en  étàieht  pas  ttioins  coa- 
paUes.  C'est  en  donnant  de  beaux  noms  à  de  mauvaises  âcMê» 
que  ceux  que  le  vice  rtiis  a  nu  effraierait  d^abbrd  âpptfth»^^^ 
en  pratique^  les  leçons  sous  le  masque  dé  la  tieHû. 

—  3e  vous  prie  de  taire  attention ,  Sighor ,  Tfépotadit 
que  ce  lai  de  Cabestaing  et  de  ta  belle  M&)rgùefitë  dé  Hoossilloij 
est  regardé  comme  un  ehet-d*œuvre  àe  la  gaie  ôcifettùb.  '^^^ 
]§igno^y  vous  êtes  trop  jeune  pour  être  un  cetiseitf  st  f^^ 
mœurs.  Que  ferez-vous  quand  votre  tête  sera  grise  ^  si 
êtes  si  scrupuleuJL  pendant  qu^êlle  ésl   icôïliV^tté  ^  ^^"^ 

— ©ne  tète  q[ul  écoute  des  tolîès  peftdaîit  sa  jjétetièsSÔ,  ^^ 
Arthur ,  sera  difficilement  respéctàtle  à  tin  âge  plûâ  af àWe. 
Yhiébault  n'^avait  pas  envie  de  continuer  cette  dtsctt'sSwD' 

—  Je  n'ai  pas  dessein  d'entrer  en  contestation  avec  ^^J^^ 
gnor,  dit-il  à  Arthur;  je  pense  seuleiïkeiït,  cdttitt^  td«t  ^f***"" 


CHARLES  LE  TEMERAIRB.  «17 

enfliM  de  ta  eberalerie  ei  dès  Maie»^  qn'Mi  thmniwt  «m  wmà- 
mBÊiCf  est  cotntM  wa  flr  mmieBt  nu»  éiotfe. 

«^  Kg  le  âawypag  ?  répgpdil  Aftbnr  ^  oimtt  twi  mbwi  riàni' 
dftos  les  téntfïres ,  qœ  de  suivre  une  kisière  trmÊfeutm  qui  eei^ 
dtth  dan»  les  aUfties  da  Ti«e# 

'^  Il  pe«t  se  faire  qae  Tout  ayea  raîtcn»,  dit  le  gaktoi  il  est  •e^- 
tiltt  ^pe  fiiéttie  ici,  en  Pnnreneey  noua  de  aatoiia  fUms  m  Mtu  pÊg&r 
ks  ttifairea  d'anonr,  ses  difiiciiltésy  an  embarras  f  se»  wnremté^ 
depuis  qa'm  ne  regarde  phv  les  tronbadoor»  acamne  on  la  iaisaik 
antfefcis  f  et  cfue  la  bavie  et  noble  Ce«r  d'Amev  (c  '  )  *  eesad  de 
tustàf  ses  séances^  Mats  depœa  4[aelqaè  teaq»  lea  priaea»  aoo^d- 
ttÊÂMy  les  ducs  y  les  tm,  aa  lie»  d'ètns  les  premiers  et  Mspliis 
fidèles  tasasai  de  la  ooar  de  Gupidoa,  sent  def  enua  èn-viilaes  les 
esctaTee  de  régoïsme  et  le  la  capiditâ.  Am  Vum  de  gagner  des 
cceiirs  en  rompant  des  hmces  dans  la  bee  ,  ils  déèespèrènt  levrl 
Tassavi  appanirris,  en  conmeUant  le»  pins  eraalles  exaeiîons»  kk 
ken  de  ehereher  è  mériter  les  sourires  et  les  faTenrs  des  dames»  ils 
ne  pensent  qn'à  Toter  à  lenrs  Toisins  leurs  ti^iatesuxy  lenrs  villes 
et  lenrs  provinces.  Longue  vie  an  bon  d  vénétable  roi  Kené  I 
tant  qn^il  lui  restera  nn  arpent  de  terre,  sa  résidenee  sera  le  rèn- 
dec^ens  des  valllans  ehevaliers  qni  n'ont  en  vue  qne  k  gloire  des 
nrâies,  des  i^ais  amans  qne  la  fonnne  persénrte^  et  des  poète»  et 
des  mnslelens  qni  satent  ombrer  l'amonr  et  la  vmleni'^ 

Artlnir^  qni  dMrait  ëavim*  sar  ce  prince  qnelqne  dbose  de  pins 
qne  oe  qne  le  bmit  cotnnfon  Ini  en  avait  appris^  engagea  aisément 
le  Provençal  commnnieatif  à  hn  parler  de  son  vieua  souverain , 
qne  Tbiébanlt  Ini  peignit  èomme  étant  juste  f  joyeux  et  débon- 
naire, aiid  des  nobles  eâerciees  de  la  ebasse  et  de  la  joute  i  et  en- 
core pins  de  k  joyeuse  seiencé  de  la  poésie  et  de  là  mmiqnei  dé- 
pmisoiit  pins  qu'il  n'avflit  de  revenu ,  pcMr  kire  des  largesses  ank 
ehevaliers  errans  et  ans  anibicîens  andmians  dont  sa  dOanr  étdlt 
tonjonira  t^aàfiUi  ^  comme  ét^t  dti  petit  noinbf«  de  eelles  dû  l'mi 
fetrodirslt  eiiechre  l'aneienne  heftpitakté; 

Tel  làt  le  portrait  qiie  Thiébank  tra^  du  ^fnler  roi  mé- 
nestrel ;  et  f  quoique  l'éloge  Iftc  esagéiHS,  les  kks  ne  l'étaient  pèdt- 
ètf é  pà». 

lié  dé  satig  rdyal>  Aebé,  fe  iuètine  épèqne  de  si  irU}  tfavait  ph 

1-  f«fMlliMWft«ttiac(iW^M(èlA«. 


408  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

rendre  sa  fortune  égale  à  ses  droits.  Des  royaumes  sur  lesquels  il 
avait  des  prétentions ,  il  ne  lui  restait  que  le  comté  de  Proyence, 
belle  et  paisible  principauté,  mais  considérablement  diminuée, 
d'une  part,  parce  que  la  France  avait  acquis  des  droits  sur  di« 
yerses  portions  de  ce  territoire,  en  avançant  à  René  les  sommes 
dont  il  avait  eu  besoin  pour  ses  dépenses  personnelles  ;  et  d'uoe 
autre,  parce  qu'ayant  été  fait  prison DÎer  par  le  duc  de  Bourgogne, 
il  lui  en  avait  engagé  d'autres  portions  pour  sa  rançon.  Dans  sa 
jeunesse ,  il  avait  entrepris  plus  d'une  expédition  militaire ,  dans 
l'espoir  de  regagner  quelque  partie  des  domaines  dont  on  l'appe- 
lait encore  le  souverain.  On  ne  fit  aucun  reproche  à  son  courage, 
mais  la  fortune  ne  sourit  jamais  à  ses  tentatives,  et  il  parut  re- 
connaître enfin  qu'admirer  et  célébrer  les  qualités  guerrières , 
n'était  pas  les  posséder.  Dans  le  fait ,  René  était  un  prince  de  ta* 
lens  très  médiocres ,  doué  d'un  amour  enthousiaste  pour  les 
beaux-arts,  et  d'une  humeur  calme  et  enjouée,  qui  ne  lui  permet* 
tait  jamais  de  se  dépiter  contre  la  mauvaise  fortune,  et  qui  le  ren- 
dait heureux,  quand  un  prince  ayant  des  sensations  plus  vives 
serait  mort  de  désespoir.  Ce  caractère  doux ,  léger,  gai ,  inconsi- 
déré et  insouciant,  mit  René  à  l'abri  de  toutes  les  passions  cpi 
remplissent  la  vie  d'amertume ,  et  qui  souvent  en  abrègent  le 
cours,  et  le  conduisit  à  une  vieillesse  accompagnée  de  santé  et  de 
joie.  Les  chagrins  domestiques,  qui  aiffectent  souvent  ceux  mêmes 
qui  sont  à  l'épreuve  des  simples  revers  de  fortune,  ne  firent  pas 
une  impression  bien  profonde  sur  le  cœur  de  ce  vieux  monarque. 
Plusieurs  de  &es  enfans  moururent  jeunes  ;  René  su).»porta  cette 
perte  avec  une  résignation  parfaite.  Le  mariage  de  sa  fille  Mar- 
guerite avec  le  puissant  Henri ,  roi  d'Angleterre ,  fut  regardé 
comme  une  alliance  beaucoup  au-dessus  de  ce  que  pouvait  espérer 
le  roi  des  troubadours.  Mais  au  résultat,  bien  loin  que  cette  union 
fit  rejaillir  quelque  splendeur  sur  René,  il  se  trouva  enveloppé 
dans  les  infortunes  de  sa  fille,  et  fut  souvent  obligé  de  s'appaavnr 
pour  lui  fournir  une  rançon.  Peut-être  le  vieux  roi,  au  fond  du  cceur, 
ne  trouva-t-il  pas  ces  pertes  aussi  mortifiantes  que  la  nécessité  où 
il  fut  ensuite  de  recevoir  Marguerite  à  sa  cour  et  dans  sa  famille. 
Enflammée  de  fureur  quand  elle  songeait  aux  pertes  qu'elle  avait 
faites ,  pleurant  les  amis  que  la  mort  lui  avait  enlevés,  et  les 
royaumes  qu'elle  avais  perdus,  la  plus  fière  et  la  plus  impétueuse 
des  princesses  n'était  pas  faite  pour  demeurer  avec  le  plus  gai  et 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  409 

le  pins  insoneiant  des  souverains ,  dont  elle  méprisait  les  goûts , 
et  à  qui  elle  ne  pouvait  pardonner  la  légèreté  d'esprit  qui  trouvait 
de  la  consolation  dans  des  occupations  frivoles,  indignes  d'un  mo- 
narque. La  gêne  qn'inspirait  sa  préi»encei  les  souvenirs  vindicatifs 
auxquels  elle  se  livrait,  embarrassaient  le  vieux  souverain ,  mais 
ne  pouvaient  lui  faire  perdre  sa  bonne  humeur  et  son  égalité 
d'âme. 

Une  antre  infortune  pesait  sur  lui  encore  davantage.  Yolande , 
fille  qn^il  avait  eue  de  sa  première  femme  Isabelle,  avait  transmis 
ses  droits  sur  le  duché  de  la  Lorraine  à  son  hls  René ,  comte  de 
Vandemont ,  jeune  homme  plein  d'ardeur  et  de  courage ,  occupé 
alors  de  faire  valoir  ses  prétentions  contre  celles  du  duc  de  Bour- 
gogne, qui,  avec  moins  de  droits,  mais  beaucoup  plus  de  pouvoir, 
s'emparait  de  ce  riche  duché,  le  couvrait  de  ses  troupes,  et  le 
réclamait  comme  un  fief  devant  rester  dans  la  ligne  masculine. 
Enfin,  tandis  que  ce  vieux  roi  voyait,  d'un  côté,  sa  fille  détrônée, 
plongée  dans  un  désespoir  qui  ne  connaissait  pas  de  remède,  et  de 
l'autre  son  petit-fils ,  privé  de  son  héritage,  faisant  tous  deux  de 
vains  efforts  pour  recouvrer  une  partie  de  leurs  droits ,  il  avait 
encore  le  malheur  de  savoir  que  son  neveu ,  Louis,  roi  de  France, 
et  son  cousin,  Charles,  duc  de  Bourgogne,  se  disputaient  secrète- 
ment à  qui  succéderait  à  la  portion  de  la  Provence  qui  était  encore 
en  sa  possession ,  et  que  ce  n'était  que  la  jalousie  qu'ils  nourris- 
saient l'un  contre  l'autre  qui  empêchait  qu'il  ne  fût  dé j touillé  de  ce 
dernier  reste  de  ses  domaines.  Cependant ,  au  milieu  d'une  telle 
détresse,  René  donnait  des  festins,  réunissait  des  convives,  dan- 
sait, chantait,  composait  des  vers,  maniait  le  crayon  et  le  pinceau 
avec  une  adresse  peu  commune ,  dressait  des  plans  de  fêtes  et  de 
processions ,  les  faisait  exécuter,  et  cherchait  à  entretenir  autant 
qu'il  le  pouvait  la  gaieté  et  la  bonne  humeur  de  ses  sujets ,  s'il  ne 
pouvait  assurer  matériellement  leur  prospérité  permanente  ^  ; 
aussi  ne  l'appelaient-ils  jamais  autrement  que  a  le  bon  roi  René,  » 
titre  qui  lui  est  encore  accordé  aujourd'hui ,  et  auquel  les  qualités 
de  son  cœur,  sinon  celles  de  sa  tète ,  lui  donnent  un  droit  incon- 
testable. 

Tandis  qu'Arthur  recevait  de  son  guide  un  compte  détaillé  du 

I.  Voyes  VHhloir»  dm  roi  Rgitd,  par  M.  d«  VniraeavK-Bargeiaont.  On  a  publié  en  i8t6,  cbei 
Mott0f  on  magnifique  ouvrage  intitolé  le  Tournoi  au  roi  René;  c'est  le/ae  timile,  texte  et  estampée, 
d'an  manaserit  du  roi  René.  Les  Rrehtrtko*  tmr  tjif\fom  tt  lu  TotuxUno ,  par  M.  Bodin ,  contiennent 
muX  daa  détaila  «ariaox  anr  ce  boa  prinoe* 


110  CflÀtil«i$  LE  HsiilÉftjLtfl&. 

cftf à6tèfè  pàlUdffttier  du  rôi  Acné ,  ils  «tHVftiêM  Sttt  le  imttUfl^  (h 
iïe  jôy6ai  montrée.  L*«môni«i6  étftit  ^vtaeê ,  H  fMfk  étaft  à 
F^poqûè  5ù  k»  contrées  du  Mfd^mt  d«  U  fVàm»  dte  lifoiittifiM;  «^ 
tè  ittôim  d'àtatitag'e.  LVrfhrier  est  FàtMle  ^di  ddttiM  to  ProVëmîiS; 
)et  cômwé  là  tôuteuir  ceirdféê  de  ^ste^  léuiUeë  ^f^'àsieiiible  à  eîeffe  <K 
Soi  brùtë  pair  le  Boleft ,  Mttôult  datis  cette  ^iioii  lôû  ^ttiÊh  to»^- 
mencent  à  se  flétrir,  elles  donnent  à  tout  le  paysage  une  tein^f'^ 
et  àrtde.  Oqyendaftt ,  ddus  1^  ré^kMê  liMmÉ^M^»)èé  et  iftgt^ètes, 
on  tYôùVàit  des  pày)S^Biges  pitts  frài^,  gt'Aee  à  fttté  fbttle  idmirbt^ 
yerts.  Ëb  gétiéf al  tottt  le  pky»  àtait  nm  àppàfe^e  ifiii  hd  était 
pài^ticùlière. 

X  chaque  p6A  tels  tôy^r^tlfs  tirdtftAiéM  qttellttt^  lâlÉtt^ei  tû  têt- 
tsiciete  ëingutier  dtt  M.  La  Pi^y^hcé  étàtt  là  pfe)âàièr«  pàAie^ 
Caûlës  qfii  t*ëçiit  des  RoDiaitts  le  bietifait  dé  là  civilisa tioti ,  et  kyàiiï 
été  encôfe  pluslotig-temp^  la  tlésidetite  de  la  ebltMilè  ^f'eiMICte*  ti^ 
fonda  Star^éiile,  est  plilS  remplie  de  ^stes  IsptemHdes  id'àtidëmi^ 

àrchitecttii^e  qu^àtrctane  &titv*e  paKle  de  rfiarope,  Il  Peteepliidii  de 
fltalie  et  de  là  Cfèce.  Le  bon  g^dt  dh  tbi  Retté  ItH  hf ait  bii^ 
quelque»  effôns  pottr  c^lfôefveî'  ties  ^tkVteftiiH  de  l'diitiqilitlé ,  tét 
leur  rendt'e  tiùe  partie  de  ieù^  àiictett  éélai.  S^il  existait  ihiàH^ 
triomphe  ou  nh  àhcieti  teûiplè ,  6ti  disait  dilpafi&hte  de  tsàu  VOii^- 
nagé  les  huttes  et  les  (chauniièi*é8 ,  et  Vx)tk  prenait  des  ftieâtt^és  pon^ 
reUrder  du  Inoibs  Fapproôhe  de  lèor  Mtte.  -^  La  foâlâfrië  (fe 
marbré  que  là  sîipei'siitioir  avait  eonsaetée  à  quêlqtiè  iiàïade  soli- 
taire, était  entôui-ée  d^ôliViërS,  d'aifiàïlâîei^  et  d'ôfaiigefâ;  lè 
l)assi6  en  était  réparé ,  et  il  pôtlVàit  encofe  fëtëfaif  datis  sàû  sdû 
ses  tréèors  de  cristal.  —  LéÉ  Tàstés  atnphitbéâtl'es ,  les  ebtbtift^ 
gigantesques  étaiéht  Fôbjet  de^  mét»es  ^oitis ,  et  attestaient  Faffîbiiir 
du  roi  ftené  pour  les  beaUx-àrtî» ,  même  dah§  te  cours  de  cette  pé- 
riode qti'on  appelle  les  siècles  d^gtio^nce  et  de  bafbarië. 

On  pouvait  aussi  reinayqtlër  uti  chàngemetit  danà  les  màblèfé^ 
générales  du  peuple ,  en  sortant  de  là  Botifgogne ,  OÀ  la  soéiëté  éë 
ressentait  encore  de  là  rudesse  àtlemàhdë,  pdtlt-  entrer  dan^  les 
contrées  pastorales  dé  la  IProTence ,  oh.  l'influencé  d^uti  beau  dimàt 
et  d'un  langage  mélodieux ,  jointe  aux  goûts  nn  peu  romatieàqttéi 
du  vieux  monarque,  et  à  ûû  àinoilr  universel  pôtif'  h.  ttinsiqtkë  et  la 
peéaîe ,  avaient  introdiik  mie  lâviUsalioQ  de  mœurs  qaâ  approchait 

T.  Sans  aôQte  irtliur  se  Vehàail  à  lis  par  ÛUngè  èi  âàiiii-iteaix*  maU  c^bl  ï  àrla»  ^*û  ei^ 
•wtottt  p«  admiiw  !••  noBnoMDa  de  la  puMOMt  rmifliiàl. 


<!!HÀMLtS  LE  tËlflÉilifKfe.  ill 

de  l^àiteetàtiôii.  Le  Y^tgtt  conddisâit  lé  fliatth  sêft  fuôutôns  àû  pâ- 
turage ,  éh  lèar  chàntaht  quelque  sonnet  àflautireui  coiliposé  pair 
tan  trOilbàdbtift*  bi^ii  épris ,  et  quelquefois  plus  àënsiUe  que  dans 
t'es  ëKihàts  du  !9dM  ;  et  àbti  trodpeàii  M^mblaït  ëprouver  PinHuencè 
de  la  iiitisique.  Àfthut*  )rétnafqua  aiisâi  ^ne  lés  fiàôdtons  proren- 
eaux ,  au  tieti  d'être  chàsëës  détaht  lé  béi^r,  te  stoivaiékit  r^- 
hèremëiiiy  et  né  âë  dispertôient  pouf  ébintûéncer  à  paître  que 
lorsque ,  s^arrétatit  et  se  tournant  Verà  éttt ,  il  élécùlaît  quelques 
Tariations  sur  t^àii*  qûHt  jbUait>  comme  pour  leur  en  donner  le  si- 
gnA.  "tandis qu'il  marchait,  son  jgros  chien ,  d^une  espèce  dressée 
a  coihbattrê  le  loup ,  et  <^é  lè^  taioui'obs  f*ëspectënt  comme  leur 

{)rotecteury  sans  le  cfàthdré  coUinié  teuï*  lyf àU ,  lUitàit  son  maître, 
es  érèillês  dre&s^éSy  conimé  pféttiler  cHtiqUe  éi  principal  juge 
d^uiiè  UdUsiqne  dont  il  niaU(l]uàit  j^àiréUiènt  dé  désap()roùvery  en  jap- 
pant,  eertain's  sbn^,  tandis  qttè  lé  ii*ôUpéaU,  coâUiè  la  majorité 
d^un  auditoire  y  dôhiiait,  pat*  soh  silenéé ,  ta  àéttté  espèce  d^applau- 
dissement  unahiftié  ^u^l  pouvait  àécôHlét^.  Yers  Uiidi ,  lès  audi- 
teurs du  berger  devenaient  Quelquefois  ptuis  nombreux ,  grâce  à 
l'arrivé  d'une  màtroUé ,  ou  d^uné  jeune  fille  aux  jôûes  flenries , 
avec  qui  il  avait  rendez- vous  sur  lés  boVds  de  (]uelque  fontaine  du 
genre  de  celtes  dont  nOUà  kVôns  parlé ,  et  (}iii  écoutait  lès  sons  du 
cbaluinéàn  dé  soU  Uàri  ôU  dé  son  atnànt,  ou  chantait  avec  lui  quel- 
ques-uns de  ces  duos  dont  les  poésies  deè  troubadours  nous  ont 
laissé  tant  d'exétnpleis.  t'endàUl  là  fraîcheui*  du  soir,  là  danse  des 
viAageéis  sur  le  gàzou ,  le  conifiéH  thistiqué  detànt  là  porte  de  la 
cabane  y  et  le  petit  repas ,  composé  de  fruits ,  de  laitage  et  de  pain, 
^uè  lé  VoyàgeUf  était  invité  &  partager,  prêtaient  de  nouveaux 
chàrnieà  a  rilInsioUy  et  semblaient  vtèritàblément  indiquer  la  l^ro* 
véncé  éomfné  I^Âréàdié  dé  là  Fr&Uîâè. 

Mais  la  plus  grande  singularité  ^U^ottrit  àut  yéui  d^Arlbur  ce 
pays  pacifique ,  c'était  l^abl^Uce  cbftiplète  dé  soldats  et  d'hommes 
armés.  En  Angleterre  ,  personne  ne  sortait  de  chez  soi  sans  son 
arbalète,  son  épée  et  Son  bouclier;  en  France,  le  labourent*  por- 
tait une  armure,  même  en  conduisant  sa  charTUe;  en  Allemagne, 
on  ne  pouvait  pas  faite  Un  mille  sur  là  grande  routé ,  sans  que  l^oéil 
renèèntrât  des  nuagéé  dé|H)Ussièré,  au  milieu  desquels  on  voyait 
de  'téUip&  en  temps  dés  panachés  bndoyëf ,  et  dés  àrmeS  élihôeter  '; 
même  en  Suisse ,  lé  paysan ,  sMl  àVàit  seulement  deux  milles  a 
,  M  êé  WàîMl  j^àà  dé  àé  mettre  éti  êbëmlu  âàUs  âà  hallebarde 


412  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

et  son  épëe  à  deax  mains.  Mais  en  Provence  »  tout  paraissait  tran- 
quille et  paisible,  comme  si  le  génie  delà  musique  y  avait  apaisé 
toutes  les  passions  violentes.  De  temps  en  temps  nos  voyageurs 
pouvaient  rencontrer  un  cavalier;  mais  la  harpe  suspendue  à 
l'arçon  de  la  selle,  ou  portée  par  un  homme  qui  le  suivait,  indi- 
quait la  profession  de  troubadour,  qui  était  exercée  par  des  hommes 
de  tous  les  rangs;  et  un  peiit  couteau  de  chasse,  fixé  contre  sa 
cuisse  gauche ,  plutôt  comme  un  ornement  que  pour  s'en  servir,  ne 
semblait  être  qu*un  inutile  accessoire  de  son  équipement. 

— La  paix ,  dit  Arthur  en  regardant  autour  de  lui,  est  un  joyau 
inestimable ,  mais  dont  il  sera  bien  facile  de  priver  ceux  dont  le 
cœur  et  le  bras  ne  sont  pas  prêts  à  le  défendre. 

La  vue  de  l'ancienne  et  intéressante  ville  d'Aix,  où  le  roi  René 
tenait  sa  cour,  dissipa  ses  réflexions  vagues ,  et  fixa  les  idées  du 
jeune  Anglais  sur  la  mission  particulière  dont  il  était  chargé. 

Il  demanda  à  Thiébault  si  ses  instructions  étaient  de  le  qiûtter, 
maintenant  qu'il  était  arrivé  au  but  de  son  voyage. 

—  J'ai  ordre  de  rester  à  Aix  ,  répondit  le  Provençal,  tant  que 
TOUS  y  demeurerez,  pour  vous  y  rendre  tous  les  services  qui  pour- 
ront être  en  mon  pouvoir,  comme  votre  guide  et  votre  servitem*, 
et  de  tenir  ces  trois  hommes  à  vos  ordres  pour  vous  servir  de 
messagers  ou  d'escorte.  Si  vous  le  trouvez  bon ,  je  vais  leur  proca- 
rer  un  logement  convenable ,  et  je  viendrai  recevoir  de  vous  mes 
instructions  ultérieures  en  tel  endroit  qu'il  vous  plaira  de  m'indi- 
quer.  Je  vous  propose  cette  séparation ,  parce  que  je  sais  que  vous 
désirez  être  seul. 

— 11  faut  que  j'aille  à  la  cour  sans  aucun  délai.  Attendez-moi, 
dans  une  demi-heure ,  dans  cette  rue  ,  près  de  cette  fontaine  d'où 
jaillit  un  jet  d'eau  si  magnifique ,  entouré  d'une  vapeur  qu'on  ju- 
rerait produite  par  l'eau  bouillante  et  qui  semble  lui  servir  de  voile. 

—  Ce  jet  est  ainsi  entouré  parce  que  l'eau  qui  le  forme  est  foup 
nie  par  une  source  d'eau  chaude  qui  sort  des  entrailles  de  la  terre  ; 
et  la  gelée  blanche  de  cette  matinée  d'automne  rend  la  vapeur  plus 
distincte  qu'elle  ne  l'est  ordinairement.  Mais  si  c'est  le  bon  roi 
René  que  vous  chf^rchez,  vous  le  trouverez  en  ce  moment  se 
promenant  dans  sa  cheminée.  Ne  craignez  pas  de  vous  en  appro- 
cher ;  jamais  monarque  n'a  eu  l'accès  si  facile  ,  et  surtout  pour  des 
étrangers  de  bonne  mine  comme  vous ,  Si^mor. 

—  Mais  les  chambellans  m'admettront-ils  dans  son  salon  ? 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  413 

—  Son  salon  !  Qael  salon? 

—  liO  salon  dn  roi  René,  je  suppose.  S'il  se  promène  dans  une 
cheminée  ,  ce  doit  être  dans  celle  de  son  salon ,  et  il  faut  que  ce 
soit  une  cheminée  d'ime  belle  taille,  pour  qu*il  puisse  y  prendre  un 
tel  exercice. 

—  Yoos  ne  m'avez  pas  bien  compris ,  dit  le  guide  en  souriant  ; 
ce  que  nous  appelons  la  cheminée  du  roi  René ,  est  l'étroit  para- 
pet que  TOUS  voyez.  Il  s'étend  entre  ces  deux  tours,  et  par  son 
exposition  au  midi  est  abrité  des  trois  autres  cdtés.  Le  plaisir  du  roi 
est  de  s'y  promener,  et  de  jouir  des  premiers  rayons  du  soleil  dans 
les  matinées  fraîches  comme  celle-ci.  11  nourrit ,  dit-il ,  sa  veine 
poétique.  Si  vous  vous  approchez  de  sa  promenade ,  il  vous  par- 
lera volontiers ,  à  moins  qu'il  ne  soit  dans  le  feu  de  la  composition. 

Arthur  ne  put  s'empêcher  de  sourire  à  l'idée  d'un  roi  âgé  de 
quatre-vingts  ans,  accablé  d'infortunes,  menacé  de  mille  dangers, 
et  s'amusant  pourtant  à  se  promener  sur  un  parapet  en  plein  air, 
et  à  composer  des  vers  en  présence  de  tous  ceux  de  ses  fidèles 
sujets  à  qui  il  plaisait  de  le  regarder. 

—  Si  vous  faites  quelques  pas  de  ce^côté,  dit  Thiébault,  vous 
pourrez  voir  le  bon  roi ,  et  juger  si  vous  devez  ou  non  l'aborder  en 
ce  moment.  Je  vais  pourvoir  au  logement  de  nos  gens ,  et  j'irai 
attendre  vos  ordres  près  de  la  fontaine ,  sur  le  Cours. 

Arthur  ne  trouva  aucune  objection  à  faire  à  la  proposition  de 
son  guide ,  et  il  ne  fut  pas  fêché  d'avoir  l'occasion  d'examiner  un 
peu  le  bon  roi  René ,  avant  de  se  présenter  devant  lui. 


CHAPITRE  XXX. 


Oui .  «*est  loi  dont  le  front  «st  ceint  d*nn  diadème^ 
Oavrage  des  neuf  saurs  et  d'Apollon  lui*  même» 
Et  qui  de  Japiter  ne  craint  pas  les  carreaux. 
Il  le  préfère  au  casque»  aux  plus  brillans  joyaux } 
Couronné  de  lauriers,  emblème  du  génie, 
11  est  rot  de*  «nui» ,  roi  de  U  poésie. 


Eh  s'approchant  avec  précaution  delà  cheminée ,  tf  est-à-dire  de 
la  promenade  favorite  de  ce  roi  que  Shakspeare  décrit  comme  por-» 


tant  le  titre  de  roi  de  Naples ,  des  Dei|^-$iqlçs  ^i  de  JfeBf^d^ ,  et 

TiiiMi  (fojgyrttml  p<^  a«i^  nub^  <}v'rû  baa  ferwer  4'Ambtene, 
UA  TiiiiLUrd  doat  1»  W^rtm  égalait  pre$q»a  çn  )>)»iuJ)«iv  ^i^m 

pleur  celle  de  l'envoyé  de  Schwiiz ,  et  dont  les  cheveimi^râtlll 

vén»  «(t«i(wr,  Cependant  il  a^ait  «qçore  les  ioi^  (wptM»^t  Ter- 
wH\n  I  cA  l'o^lplfiio  de  i^iv^çîté,  l^  ri^li^^e  4«  aoA  cg^mof^cour 
ir wait  pcait^urfs  pai^  à  109  a; «  ;  mais  oa  f^\  pu  q^^çr  $^  cl|«Teu 
Vii^nf»^  à  TW  »oa  pa§  e^çor^  feri««  e(  méim^  1q9^*  Tandis  qu'il 
«wy?p^(  vie  UpeU(  (WApçi  qu'il  ?vait  cboiai  poor  ^pro(amd(» 
idutât  k  caim  d<)  «a  «itqftipp.  abritée  nw  pQnr  &«  4éïai^  aui 

KUX  >  iWt  «on  f  :it^içjNr  n^u^rait  IfL  Tii(^«^^  4^  la  jj^iuu|sa«  coiiÂ* 

DHAAt  il  amw^r  un  oorp»  cl^urgé  d'aune*  h^  ^it^Q^  roi  (f^(  ^ 
\n»iii  aes^  uHm^a  a(  w  crayosis  paraû^awt  M<slaMiceiQçi|(  çmP^ 
dei  9»».  prc^i^a  p^iuiéea,  sa^^  f^ii:^  a(<^utiofi  k  pUimm'vAvi»^ 
^oi  I  plftçé^  pl«»  tm  I  tçtnaient  l^  yeiu  Qxés  aup  bût 

Ql<Àilfajpa^un«  de  c^  «ari^aiç ,  4.  leura  nianîère»  et  à  Iw^  Ç<)^ 
tomesy  semblaient  être  eux-mèa;ie^  de^tronbadpara»  (VilktiiMiMt 
QQ  «lai^  dma  i^^beçM  >  dç^  rpt^  >  de  p^Ut«s  barpa#»  «t ^^^oires 
^«ibola^  de  Lçur  proj^^ii.  Us  r^taieut  iimppbiles  >  iQQ9^9i^  ^'il* 
eussent  été  occupés  à  ^^iiûpe  dea  renjiarqaef  9Pir  l^»  iigéditaù(#  ^ 

leur  prince.  Lça  am^^ra^  éVaie^t  (tas  pas^aos ,  qui ,  (MQpapél  d'4#^ 

ptua  séview^a  »  l!9t«iQiM  m  c^HP  d'wl  awr  le  rai ,  cooua^^  V^^' 
qu'on  qu'ijla  ^mnk  babi^iéa  à  ^ftii^  IQH^  l#ft  JQura  ;  vais  iU  v^  V^ 

saient  jamaia  $»aa  ^UUT  leur  bpnupt  t  e(  s^ua  témaigAW  p«r  «a  ialnt 
conveuable  Tamoar  et  la  yénéralion  qu'ils  avaient  pour  sa  per^ 
sonne  ;  et  leur  air  de  cordialité  sincère  semblait  suppléer  à  ce  fU 
pouvait  y  manquer  du  côté  du  respect. 

Cependant  René  semblait  ne  pas  sayoïr  qu'il  était  le  but  aaqaei 
s'adressaient  les  regards  de  ceux  qui  s'étaient  arrêtés  pour  l'exaou- 
PW»  <U?dea  ?iaUita  que  {Euaaieut  t^U»  les  passans;  son  esprit  parais* 
sait  ei;çlu9iT<9qif  U.t  PCÇIIBé  dç  quelqne  tâche  difficile  qu'il  s'était 
impeeée  en  poéaie  ou  ep  mu^yie.  |1  marchait  vite  on  leotemeot; 
d'accord  sanedeiile  avee  ka  progrès  de  sa  composition.  Tantôt  u 
s'arrêtait  pour  écrire  à  la  hâte  quelque  idée  qu'il  ne  Youlait  pas 
laisser  échapper  ;  tantôt  il  effaçait  avec  dépit  ce  qu'il  avait  écrit) 
et  jetait  par  terre  ses  tablettes  et  son  crayon  ^  dans  une  sorte 

désaspoif •  Cm  tmii!^  #jltiuaa  étai^ot  to^^ciar^  •oigf^^^^'^ 
par  mbwi  i»«ft  f9i  étaîi  seulà  a%  suîMi  f  4(  ^  ^^' 


djôt  xfimBflliBCBMBiMftl  la  uToiiiière-  œcaiiou  £EiY(irid>Ifi>  habb  Iba  t^ 

tm^t  to  SroM  9«$i^auiitf  et  ^^açi^wx*  QHet«a«fm  9m  eAttHM^ 

siasme  s'élevait  au  point  qu'il  sautait  et  bondissait  q^^ç  d^  %Q|ji^ 

Y}t4  q^çi'i^ «'wriiit pi^  ^  «t^i^rf  49^  sm %9(  drai 4'WMIW  in- 

stans  tous  ses  mouvemens  étaient  excessivement  lents  ;  9(  U  Ijiî 

am^laflmi  4«  i^dter  i^^moM^  »  A^tw  V^ttiiudQ  4'mi  ïiifimm^  livré 
w^  9l«w  BT^M^^  pédiiatifti^.  Qwu«4  pi^r  b^M^A  il  j«tM  w  g^hb 
4'ml  W  l#  glFOj^  qui  «(Pn^toH  l'^içF,t  ^  9^i  4f^  ^«NP^  ^9»  t^WM 

Q»  n'ét^jl  qpe  p(HU*  f«ire  uo^  ina(io[|t^9  4a  t^ ,  4' W  m^m^  ^ 
40  jxMiM  lHU««^r^  faveur  ^u'U  u«  in^^quipÂt  i^nm^  à!%^9^^  i 
cm^  qui  le  «Rltttaeiit  9^  ps^s^nt,  ^m^^d  V^ueiuijMà  «ikieu«e  q^'ik 
damait  k  §%  4«b9 1  ^pielle  qu'elle  pû^  4$Pfi  t  Iw  pf^r^qi^lait  4§  %'m 
ap^rwYWt 
Lm y^n^ 4ii m lowbèrfpt ^f\^ «wr  Airthnr»  w^^  w^mii»^ 

tingué  et  son  attitude  d'observi^ioi^  iVil^cÂeafiili  Iw  ftraol»  rci^fm^ 
B^ire  ««niiQe  ^tipanger,  I^Aé  fo  w  figm  À  ^14  p^m»  ^«À»  «yant 
Feça  lea  «r4r«i  q<i9  soo  v^Urf  liii  dqm«  k  v^x  iNMutt  4wj(H(4ît 
4a  hmt  Ae  la  çlM^pée  «ur  )«  pb  tf^f^print  ^  r^«»H  M  4QM$m>  «( 

qui  était  ouverte'  au  public.  S'appr«iQl|4JPt  4'Airlbw  «9^  4H«>Vi 
toiai^,  il  l'infQfiUî^  q««  (e  roi  d^Tiiit  Idi  parler.  l«fl^i«Wft  Ap^is 
o'iLvaîi  4'aiitre  parti  k  preo^rf^  que  celiû  4- obéir  à  eei  «r^,  omm 
U  ne  «avaii  trap  çoaam^At  il  4«vmt  «e  Qonperter  avec  w  roî 
d'aiM  0^èw  f^uiiâ  bizarre^ 

Quand  il  fut  ^s  du  roi»  Aené  lui  ttdresaa  la  pere)e  ews  w 
ton  #^  pMf  )i»iiie  q<ii  pféiaii  paa  ssaie  4igMKJii  ei  Aithnr*^  ea  se 
UopvaAi;4#^Q^  l^i>  ftil  fftpp^4o  pl«ft  4e  reipeel  ^'il  «'winit  pft 
se  rimagia^,  4'epm  ri4ée  qi^il  ev««t  ««nçueda  fUf^eêmMi  im  voî« 

—  YiHi»  wrtjBJwHr  i!Wieepe>  fae w  «ge»  lui  4i4  le  s^ei  itmi»  que 
¥Wfl  litei  éiranf er  dana  ofi  p^yt,  Qu^l  nom  d«vws-iMpa  vew 

donner,  et  à  quelle  affaire  devoeMKVIB  eWÎbilpr  te  ptmair  4e  fam 
vipîr  à  notve  eMT  ? 

Artbw  œ  féppoda^t  pea  MHr4e^«hettp»  1®  bflsa  ¥ieiU«Kl  evM 
^'U  gwrdaît  le  sitowe  par  reepeet  et  pev  linidilé,  elil  «entÔHHi 
à  loi  parier  d'en  lou  eqœureeeanl. 

— La  modestie  est  toujeare  louable  dans  lajenniwee»  M  Muiàf 


Ait  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

TOUS  êtes  sans  donte  un  néophyte  dans  la  noble  et  joyeuse  science 
des  ménestrels  et  de  la  musique ,  attiré  ici  par  Taccneil  favorable 
que  nous  nous  plaisons  à  faire  à  ceux  qui  prtffessent  ces  arts,  dans 
lesquels,  grâces  en  soient  rendues  à  Notre-Dame  et  à  tons  les 
saints ,  on  yeut  bien  croire  que  nous  avons  fait  nons-même  qod- 
ques  progrès. 

—  Je  n'aspire  pas  à  Thonnenr  d'être  un  troubadour,  répondit 
Arthur. 

-—Je  vous  crois  y  car  vous  avez  l'accent  septentrional  du  fran- 
çais-normand,  tel  qu'on  le  parle  en  Angleterre  et.  dans  d'autres 
pays  où  le  goût  n'est  pas  encore  épuré.  Mais  vous  êtes  peut-être 
un  ménestrel  de  ces  contrées  ultramontaines.  Soyez  assuré  que 
nous  ne  méprisons  pas  leurs  efforts  ;  car  nous  avons  écooté ,  non 
sans  y  trouver  plaisir  et  instruction ,  plusieurs  de  leurs  romances 
hardies  et  sauvages ,  qui ,  quoique  dépourvues  d'invention ,  pé- 
chant par  le  style ,  et  par  conséquent  bien  inférieures  aux  poésies 
régulières  de  nos  troubadours^  offrent  pourtant  dans  leur  rhythme 
énergique  et  brut  quelque  chose  qui  fait  quelquefois  palpiter  le 
cœur  comme  le  son  de  la  trompette. 

— J'ai  reconnu  la  vérité  de  l'observation  de  Votre  Majesté  en 
entendant  chanter  les  ballades  de  mon  pays;  mais  je  n'ai  ni  assez 
de  talent  ni  assez  d'audace  pour  vouloir  imiter  ce  que  j'admire. 
J'arrive  en  ce  moment  d'Italie. 

— Peut-être  donc  ête&-vous  habile  en  peinture?  C'est  un  art  qui 
parle  aux  yeux  ^  comme  la  poésie  et  la  musique  s'adressent  aux 
oreilles ,  et  dont  nous  ne  faisons  guère  moins  de  cas.  Si  vous  avez 
des  talens  en  ce  genre ,  vous  êtes  devant  un  monarque  qui  estime 
cet  art  et  qui  aime  le  beau  pays  où  on  le  cultive. 

—  La  simple  vérité,  Sire,  c'est  que  je  suis  Anglais,  et  ma 
main  a  été  trop  endurcie  par  l'usage  de  l'arc,  de  la  lance  et  de 
l'épée,  pour  pouvoir  pincer  la  harpe  ou  manier  le  crayon. 

— Anglais  I  répéta  René  d'un  tcm  évidemment  plus  froid  ;  et  que 
venez-vous  faire  ici?  Il  y  a  long-temps  qu'il  ne  règne  guère 
d'amitié  entre  l'Angleterre  et  moi. 

— C'est  précisément  pour  cette  raison  que  vous  m'y  voyez, 
Sire.  Je  viens  pour  y  rendre  hommage  à  la  fille  de  Votre  Ma- 
jesté, la  princesse  Marguerite  d'Anjou ,  que  moi  et  beaucoap  de 
fidèles  Anglais  nous  reconnaissons  encore  pour  notre  reine,  quoi- 
que la  trahison  l'ait  dépouillée  de  ce  titre. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  417 

— Hâ^sl  bon  jeune  homme^  je  dois  en  èite  fâché  ponr  vons, 
tout  en  respectant  yotre  loyauté  et  Totre  fidélité.  Si  ma  fille  Mar- 
gaerite  avait  écouté  mes  avis ,  elle  aurait  renoncé  depuis  long- 
temps  à  des  prétentions  qui  ont  répandu  par  flots  le  sang  des  plus 
nobles  et  des  plus  braves  de  ses  serviteurs. 
Le  roi  semblait  vouloir  en  dire  davantage  ;  mais  il  se  retint. 
—  Rends-toi  à  mon  palais,  reprit-il;   demande  le  sénéchal 
Hugues  de  Saint-Cyr  ;  il  te  donnera  les  moyens  de  voir  Marguerite, 
c'est-à-dire  si  c'est  son  bon  plaisir  de  te  voir.  Dans  le  cas  con- 
traire, bon  jeune  Anglais ,  retourne  à  mon  paiais,  et  tu  y  recevras 
un  accueil  hospitalier  ;  car  un  roi  qui  aime  la  poésie,  la  musique  et 
la  peinture  ne  peut  manquer  d'être  sensible  aux  droits  de  l'honneur, 
de  la  vertu  et  de  la  loyauté ,  et  je  vois  dans  ta  physionomie  que  tu 
possèdes  toutes  ces  qualités.  J'aime  à  croire  même  que  dans  un 
temps  plus  tranquille  tu  pourras  aspirer  aux  honneurs  de  la  gaie 
science.  Mais  si  tu  as  un  cœur  qui  soit  susceptible  d'être  touché 
par  la  beauté  et  les  belles  proportions ,  il  bondira  d'aise  à  la  pre- 
mière vue  de  mon  palais ,  dont  la  grâce  majestueuse  peut  se  com- 
parer au  port  imposant  et  enchanteur  d'une  noble  dame ,  ou  aux 
modulations  savantes,  quoique  simples  en  apparence,  d'un  air 
tel  que  celui  que  nous  composions  en  ce  moment. 

Le  roi  semMait  disposé  à  prendre  son  instrument  et  à  régaler 
les  oreilles  du  jeune  Anglais  de  l'air  qu'il  venait  de  composer  ; 
mais  Arthur  éprouvait  intérieurement  la  sensation  pénible  de 
cette  espèce  particulière  de  honte  que  ressent  un  cœur  bien  né 
quand  il  voit  quelqu'un  prendre  un  ton  d'importance,  dans  l'idée 
qu'il  excite  l'admiration,  quand  il  ne  fait  que  s'exposer  au  ridicule. 
En  un  mot ,  Arthar>  dominé  par  cette  sorte  de  honte,  prit  congé 
du  roi  de  Naples ,  des  Deux-Siciles  et  de  Jérusalem,  un  peu  plus 
brusquement  que  l'étiquette  ne  l'aurait  exigé.  Pendant  qu'il  à'éloi- 
gnait ,  le  roi  le  regarda  d'un  air  surpris  ;  mais  il  attribua  ce 
manque  de  savoir-vivre  à  l'éducation  que  ce  jeune  homme  avait 
reçue  dans  son  île;  et  prenant  sa  viole,  il  se  mit  à  en  joaer. 

—  Le  vieux  fou  1  dit  Arthur  ;  sa  fille  est  détrônée ,  ses  domaines 
sont  démembrés,  sa  famille  est  à  la  veille  de  s'éteindre,  son  petit- 
fils  est  chassé  de  retraite  en  retraite  et  dépouillé  de  l'héritage  de  sa 
mère,  et  il  peut  trouver  de  l'amusement  dans  de  pareilles  frivo- 
lités i  En  voyant  sa  longue  barbe  blanche ,  je  le  supposais  semblable 

a7 


4(8  CUèMMSk  Xd!  lÉBIÉliJUL 

Soloniosu 

.  Tandia  (pe  csa  véflAKmMi  «t  felgot»  mlya»  ^ù  n^étasevi  pai 
plus  hoaotablts  pour  l«.Mii  BmA  »  ao^  pvéaestBÎflni  à  VînMfpnaliiB 
d'Arthur,  il  arriva  au  ramtezrTM»  qsCiLacmtJkimé  à  IhitiMwlt 
1 1  le  trouT»  pcèfli  da  jet  d'oMi  qpii  s'ékn^ail  M«o  {«••  d^iwe  de-ccs 
soniices. d'eau  duMide  fni  awMitl^.faiA  anlvefaiîaleftdélMieB  deaS^i- 
maina»  Tbiéhault  luî.ayaat  BeadUfflopyMi  ^pus  sa»  ascocta^  honmes 
et  chevaiix ,.  éuil  placéa  de  u^mètB-  suaire  prêle  auipoewer si- 
gnal ^  ae  chacgjBa^de  le  condiûre  aii'  palaîa  duixai  Hei/i  ^  ^pi^  d'apnb 
la.  siiig;olarité ,  et.  l'on  peut  mémà  dire  la  beawii  de  aoas  andûieo* 
tnre.^  méritaiJ)  certainement  l'éloge  qMle  Tien&noifttf  qMeeaavait 
fait.  La  faigide  consistait  en.  troia  tours  d'acobiuollire  vemaine; 
deux  étant  placées.  anjL  angles  du  palais  ».et  U  tnoisiàme,  f»  aonaûl 
deinaasolée.9  fiiisant  partie  do  gronpo»  qpMÂqpie-délaetiée  deaiavlmB 
bâtimens*.  Eien  die  plna  beau  ipioleapisopot taons  de  oelte  devniife 
tqor .  La  forti»  inUcieure  en  était  carrée^  et  servait  eomm»  de  pié» 
destal  à  la  partie  sapéneore.^  dont  la  temOiétait  ei]NMibâr«,.et9M 
était  entourée  de  odonnesi  massivAS-  de  (^anUi.  Les  deiub  antic» 
tours  au  angles,  dn  palais  étaient  renilftft,  déeorées.  anasit  dè.e»* 
lonnesy  et  ayaient  deux  étages,  de  esoiséee»  finSBeetdetoeamieft 
des  travaux  des  Bomainsi  dont  on  âôsait  Bemonleir  VeongiHie  aa 
cinquième  ou  au  si&ième  siède  ^a'élavaili  rancien^  palaia  des  eonte» 
de  Provence ,  constroit  oq  siècle  oa.deia.i]Au8«t«rd  ^  et  deBikl9biile 
façade  gotbiqne  ou.  mauresque  iaisaitooi|iraslev«  meia  sanA^nMnqws 
d'harmonie ,  avec  l!architectmne  ptusrégttlièive  et  phie  MASsûredas 
maîtres  du  monde.  Il  n'jt  a  pas  plus  de  trente  in  qaanantsaofl^qiie 
ces  restes  curieux  d'antiij^é  ont  été  démolis ,  pont  faine  plaoe  à 
de  nouveaux  édifices  puUicsquin'on^  jamais  été  élevép*. 

Arthur  éprouva  réellement  une  sensation  qui  réalisa»  hsppiédîih 
tion  du  vieux  Iioi9;qfiand  ils'aio^étaaveesnrprieedavantJaçQfftetDar 
jours  ouverte  de  ce  palais,  où  daa  p^fBonnes  delouteoQndidoniaaBiir 
blaient  entrer  libsement.  ApisèsiavjMR eenAemplépendenL quel ipyw 
minutes  ce  Bel  édifice^ le  jene  Anglai»  monta  les  dagrésd'oa 
noble  portiqua  |.  et  demandai  à  im  poviieB  ansii  viens  ^  «nsei  gréa 
et  aussi  indolent  qpe  devait L'âu»  ua  servitenr  du  roiRené»  lasé- 
néchaldontle  roi.  lui  avait  a^pria^le  nom^  Le  grosi  portier^  avee 
beaucoup  depplitessey  donn^poiiR  gnîda  à  Féteanger  on  page  911 
le  conduisit,  dans  une  chambre  oii  il  trouva  un  fonctionnaire  4^ 


plos  iMMl  i«H|f,  MMsàpM  fuit  Ai  uiiiiBr  2ge  qa»l0fmfkT, 
aym  ant  pbysîottMiie  inrcMst»,  un  oeil  cahae  et  qb  Aront  aar 
iB^id  bfnmié  a^âmtopa»  cvMBé  «m  vide  ;  ngMs  fn  rad^taieiife 
qme  le  sAiédud  d^Âifli  pmkomiÊ  b  pUloM^o  de  se»  aiigune 
■wttre.  SbBB  amir  jumis  ?«  Artbiar,  ii  k  FecoMmt  à  Kiibuui 
méfli9  ev  il  itfrirwBv 

^^YimêfmleEUSnmçÊÊB»a0rmmiè,  hêêSÈfSif,  lndi«>*il;  toas 
aTCZ  les  cheyeax  plas  blond»et  lettîiit:plo»Nft«c  que  IcB  halit—e 
d»  c#  fty»  :  ¥0a»  dsntMidez  k  y«mi»  Murgoente;  h  tovlts  ces 
iMWfMs,  je  Yons  qae  YOte  èles  A^ghi».  Sa  Majeslés'aitqmtle  en 
4»WMBÊÊmXéwûl^rmla  «i  ceiif«iit  d^  Mom-âeiiile-yîctiiire  ;  et  si  yoos 
-fHii»  MMBOiea  Aitfaor  Pfaiiipaoïi  »  j"  ai  erdre  de  tous  laîpe  eoinkiive 
ST'k^cfcnmp  ea  sa  préseMe,  e'essà-dire  sfvès.  q«e  ^««s  aavez 
déjeuné. 

Anhar  aikii  k  pmr  de  fm  dîjpeawr,  nuis  le  sénédMiie  loi 
ea  kîâsa  pa»  k  kmr. 

—  lAsasa et repe» n'oat  jaeaiis  uni  aax  affiâve»,  dk-U^  et  d'ailv 
kars  il  cas  dmagBmwx  poov  aa  jcane  hoBuaer  de  iaiia  beamconp  da 
4dieMia  l'eatoaMic  ^ide.  Je  naagerat  am-méaie  va  Mereeaa  avea 
fmm  f  et  je  toq»  fevai  raaoa  ayee  m  iaceade  Tîeil  BmaiCaga* 

La  tafck  kt.eoaTerte  arrcc  aae  pronptitade  tpà  proaYak  qna 
Pho^itdîlé  était  nae  wita  haUlaetteaient  pnaiqaéei  dans  les  de- 
maiaes  daret  René.  Des  pané»,  dn  gibier,  la  aobla  bare  de  san*- 
glier^  es  dfaatres  mets  délieats,  fterent  piaeës  snrla  tabk*  Le  aé 
aéehal  jeaa  parltiienient  k  rèk  d'im.  hâte  joyeax ,  et  fit  à  Artlnir 
de  frëqaeates  exeuses^  sans  beaaeoap  de  aûfeessit» ,  de  ne  paa 
lueax  peécher  d'cxempk  »  attendu  qu'il  était  chargé  de  reaqpkr 
le»  feiietMS  d'éeajvr  tvaaalHnl.  à  k  taUe  dk  roi  René ,  et  q oak) 
bon  reî  a^éadt  aaitisbit  qn'aaiant  que  sea  appétit  égalatl  soai 
adresse  à  déoovper. 

^■^  Qnaat  à  yms,  bcaa  sire,  ajoata-toil,  Yoas  n'avez  pas  ks 
OHiéBUs  raiseas  peur  voas  ménager,  car  veos  ne  Terres  peut- êire 
peiataa  antre  tepaad'ici  an  coacher  dta  soleil.  La  reine  Margaeiica 
prend  ses  infortunes  tellemcint  à  eeeer,  que  les  soupirs  sent  sa 
saak  aoutTilare  »  efc  ks.  kwneS'  son  seul  bvearaga,.  coDaae  dit  le 
Psakàsteur  Maiis  je  eraiaqDe  inhis  aarea  beseta  de  çèanmas,  fomt 
iMMs  et  pear  fos  gens,  paarToai.  rendre  à  ]ttont<8ainte*yi0tehr&^ 
ifû  est  à  sept  milles  d'Aix. 

Arthur  lui  répondit  qa'il  avait  un  guide  et  des  chevaux  qui  Tat** 

27, 


420  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

tendaient  ^  et  lai  deman^fi  la. permission  de  lui  faire  ses  adieux.  Le 
digne  sénéchal ,  dont  le  yentre  arrondi  était  décoré  d'une  chaîne 
d'or,  l'accompagna  jusqu'à  la  porte  d'un  pas.  qu'un  léger  accès  de 
goutte  rendait  un  peu  traînant  ;  mais  il  assura  Arthur  que  »  grâces 
aux  sources  d'eau  chaude,  il  n'en  serait  plus  question  dans  trois 
jours.  Thiébault  était  devant  la  porte,  non  avec  1^  chevaux  &ti- 
gués  qu'ils  avaient  quittés  une  heure  auparavant ,  mais  avec  des 
coursiers  frais ,  tirés  des  écuries  du  roi. 

—  Us  sont  à  vous,  du  moment  que  vous  aurez  mis  le  jned  sur 
rétrier,  dit  le  sénéchal  :  le  hon  roi  René  ne  reçoit  jamais  comme 
lui  appartenant  un  cheval  qu'il  a  prêté  à  un  de  ses  hôtes.  C'est 
peut-être  une  des  raisons  qui  font  que  Sa  Alajesté,  et  nous  autres 
qui  composons  sa  maison,  nous  sommes  si  souvent  obligés  d'aller 
à  pied. 

Le  sénéchal  prit  alors  congé  du  jeune  Anglais,  qui  partit  pour 
aller  trouver  la  reine  Marguerite  au  célèbre  monastère  de  Sainte- 
Victoire.  Il  demanda  à  son  guide  de  quel  côté  il  était  situé,  et 
celui-ci  lui  m<mtra,  avec  un  air  de  triomphe,  une  montagne^  qui 
s'élevait  à  environ  deux  lieues  de  la  ville, «à  la  hapteur  dé  trois 
mille  pieds ,  et  que  sa  cime  aride  et  escarpée  rendait  l'objet  le  plus 
remarquable  qu'on  aperçût  dans  les  environs.  Thiébanlt  en  parla 
avec  un  feu  et  une  énergie  extraordinaires ,  et  Arthur  fut  porté  à  en 
conclure  que  son  fidèle  écuyer  n'avait  pas  négligé  de  profiter  de 
l'hospitahté  du  bon  roi  René.  Thiébault  continua. long-temps  à 
s'étendre  sur  la  renommée  de  la  montagne  et  du  monastère  ;  leur 
nom  leur  avait  été  donné,  dit-il,  par  suite  d'une  grande  victoire 
qu'un  général  romain,  nommé  Caio  Mario,  avait  remportée  sur 
deux  grandes  armées  de  Sarrasins  portant  des  noms  nltramontains, 
probablement  les  Teutons  et  les  Cimbres.  En  reconnaissance  de 
cette  victoire,  Caio  Mario  fit  vœu  de  bâtir  un  monastère  sur  cette 
montagne,  et  de  le  dédier  à  la  Vierge  Marie,  en  l'honneiur  de  la- 
quelle il  avait  été  baptisé.  Thiébault ,  avec  le  ton  d'importance 
d'un  homme  au  fait  des  localités ,  se  mit  à  prouver  son  asseriion 
générale  par  des  faits  particuliers. 

-^  Là-bas,  dit-il  ^  était  le  camp  des  Sarrasins.  Quand  la  bataille 
parut  décidée^  les  femmes  en  sortirent  les  cheveux  épars,  eu  pous- 
sant des  cris  horribles,  et,  comme  autant  de  furies,  elles  réussirent 

•i 
T.  Il  estcàrieox  de  rapprocher  de  la  deacription  de  cette  montagne  celle  qu'en  fait,  dans  /« 
Con/rérû  du  S«U/tf-Espnt,  un  aatenr  marwillais,  M.  Rey  Daasaeil. 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  421 

à  arrêter  quelque  temps  dans  lear  faite  leurs  pères,  lenrs  frères , 
lears  maris  et  leurs  fils.  Il  montra  ànssi  la  riTière  dont  les  inanœn- 
Très  supérieures  des  Romains  leur  ayaient  défendu  l'accès,  et 
c'était  pour  en  regagner  les  bords  que  les  Barbares,  qu'il  nommait 
Sarrasins,  hasardèrent  celte  bataille,  et  en  teignirent  les  eaux  de 
leur  sang.  En  un  mot,  il  mentionna  diverses  circonstances  qui 
prouTaient  avec  quelle  exactitude  )a  tradition  bonserre  les  détails 
des  anciens  éyènemens,  alors  même  qu'elle  oublie  et  qu'elle  con» 
fond  les  dates  et  les  personnes. 

S'aperceyant  qu'Arthur  l'écontait  ayec  plaisir,  car  on  peut  bien 
supposer  que  Téducation  d'un  jeune  homme  éleyé  au  milieu  de  la 
fureur  des  guerres  ciyiles  ne  le  rendait  pas  très  propre  à  critiquer 
une  relation  de  guerres  qui  ayaient  en  lieu  à  une  époque  si  éloi- 
gnée, le  Proyençal ,  après  ayoir  épuisé  ce  sujet,  s'approcha  da- 
vantage de  son  maître ,  et  lui  demanda  s'il  connaissait ,  ou  s'il 
désirait  connaître  les  motifi  qn'ayait  eus  la  reine  Marguerite 
pour  quitter  Aix  et  aller  s'établir  dans  le  monastère  de  Sainte- 
Victoire. 

-^  C'est  pour  accomplir  un  yœa  qu'elle  a  fitdt ,  répotidit  Arthur  ; 
tout  le  monde  le  sait. 

—  Tout  Aix  sait  le  contraire.  Signer^  et  je  pourrais  vous  ap- 
prendre la  yérité  si  j'étais  sûr  de  ne  pas  yous  offenser. 

—  La  yérité  ne  peut  offenser  un  homme  raisonnable,  pourvu 
qu'elle  sOit  exprimée  en  termes  qui  puissent  être  employés  à  l'égard 
de  la  reine  Marguerite  en  parlant  devant  un  Anglais. 

Arthur,  en  faisant  cette  réponse,  désirait  recevoir  tons  les  ren- 
seignemens  possibles,  et  voulait  en  même  temps  empêcher  le 
Provençal  de  se  permettre  trop  de  liberté. 

—  Je  n'ai  rien  à  dire  au  désavantage  de  la  noble  reine,  Signor  ; 
son  seul  malheur,  c'est  que^  comme  le  roi  son  père,  elle  a  plus  de 
titres  que  de  villes;  d'ailleurs  je  sais  fort  bien  que  vous  autres 
Anglais,  tout  en  parlant  vous-mêmes  fort  librement  de  vos  souve- 
rains ,  vous  ne  souffrez  pas  que  les  autres  leur  manquent  de 
respect. 

—  En  ce  cas,  parlez. 

—  Il  faut  donc  que  vous  sachiez ,  Signor,  que  le  bon  roi  René , 
touché  de  la  mélancolie  profonde  qui  s'est  emparée  de  la  reine 
Marguerite,  a  fait  tout  ce  qui  était  en  son  pouvoir  pour  lui  inspirer 
nne  humeur  plus  gaie.  Il  a  donné  *de8  fêtes  ;  il  a  réuni  des  mènes* 


4X1  CHâAlOS  LE  TÉMBBAIBB. 

traii  «t  des  trodbad^ars  dont  la  flomsif  ae  et  Lm  jftoëUùes  joMweat 
arvAcbé  u  seani»  i  «n  malade  mt  aoa  lit  de  mort.  Xcmt  le  pay» 
Tetenliaaait  de  crie  de  joie  et  de  {daisir,  et  la  raine  ae  {loiivait 
aartîr  dans  le  plna  alaiot  ioeognito  aaas  tosoJ^er,  avant  d'aTOÎr  bk 
nnn  çifiitfaiiir  de  pas  ^  dana  mie  enbna^ade  rapaiftiauf  en  quelaiia 
tpectade  jayenic ,  gnelgaft  maacarttdi??  dÎTeitiaaante ,  qui  était  aon» 
ipont  le  finit  de  riflMfin«iieB  du  banmd  llù-mèBiCy  etqni  im^muiK 
paît  aa  aoUtnde  penr  dîtaiper  ses  penèiées  iBélaBcaUqqes>  Mais  la 
tristesse  profonde' de  la  reine  ne  se  prétait  à  anoon  de  ces  moyens 
de  dîatraetîon;  enfin  «lie  se  rentemaeniiàpemeat  dans  ses  appar-» 
lomens,  refasaot  aoéaie  de  wmr  le  roi  son  père,  par^  ^'il  amenait 
«iiidmaîrementaYeclBidesgensdnntilcn>7ait'qve  lestalenspoor» 
xaient  cabner  son  affliction.  Mais  die  sead»lait  entendre  areo 
d^ût  tons  les  joveors  d'iasiitHnettS,  et  à  l'exc^plMn  d'an  mnsî- 
4nen  ambulant  >ang^is9  qai,  en  chantant  nne  iMJlade  logobre»  U» 
fit  pgt&oot  d'ttie  «haine  de  gnsnd  prix»  «lie  ne  Cuaait  attention  à 
ancnn  nutie,  et  ne  ««nUait  pas  «âme  s'aper€ew)ir  de  «a  piésenee» 
Enfin  y  comme  j'ai  déjà  en  l'honneur  de  tous  le  dire  »  Signor,  elle 
i^fiasa  même  de  iFoir  k  roi  fion  pm  y  à  mcins^n'il  ne  Tint  seul ,  et 

il  n'en  avait  pas  le  couragç. 

-^  Je  ne  snis  pas  surpris  ifn'elle  ait  pris  ce  parti»  dit  Arthur. 
Par  le  Cygne  Blanc  !  je  sqîs  dtonné  que  les  folies  de  son  père 
n'aimit  pas  jnfaé  la  reûe  dans  une  Yâôtalile  démence* 

—  Ilyauthien  fMkpie  cb^  de  cette  ntatnre.  Signer»  et  {eYsia 
TOUS  dire  comment  cela  arrtfn.  Il  est  à  propos  4pie  toos  sachicK 
qnelehonroîfiené,  ne  voulant  pas  abandonner  sa  fiUe  an  démon 
de  laméianoolie ,  résolat  de  faire  on  ^and  effort.  Il  faut  que  tous 
sachiez  en  outre  que  le  roi ,  bnbile  danslanei^M^e  des  tranbadoms 
et  des  jongleurs,  «et  affssi  re^rdé  coaune  ayant  nn  talent  particn- 
U^  pour  arranger  des  aiystèr^a»  des  processions <»  et  ces  autres 
4»RBEtisseniens  que  notre  sainte  Eglise  permet  pour  dÎTersifier  et 
^4gSfBr  ses  cérémonies  pins  graves  p  et  bire  épanouir  les  coeurs  da 
tons  les  vnais  «afims  de  la  reUgion,  Il  est  reconnn  que  ,per8<nma 
n'a  jamais  égalé  notre  bon  roi  pour  son  talent  d'ordonner  U 
procession  de  la  Fête-Dieu;  et  l'air  sur  lequel  les  diables  dnnneot 
la  bastonnade  ao  roi  Hérode,  à  la  grande  édification  de  tons  les 
spectateurs  chrétiens,  est  de  aa  composition,  U  auguré  luMaése  à 
Xarasfion  dms  le  ballet  de  s^ie  Marthe  et  dn  Sri^gon*  et  iln 
piMiTé  ipi'il  Mii,h  ieuUi«pnr  qftiM  miW  dn  dinseria  Xamr 


CnyRLBS  LE  TÉMÉRASRB.  4i» 

K  Sa  Mafnmé  «JHttnimagHiié^iioa'iiieavznl^p^wki^ 
sécration  de  l'enfant-éTéque ,  et  a«ompoeë«Beinii6iqiie  grofteaifte 
gaiAin'aumnt aiflTeBb ywr laite «desAMS.  Iëbub  tnot,  le  mérite 
êm  nd  aeanaiilradhBM  oea fêles «giaéalileBifat  parsèment  de fteors 
le  cteMMideiUAitfwatiWv^mqaîviMMMtesfiè^ 
chantant  et  en  dansant. 

Or, le  i)cni «nai  Aené,  seaiaat  «ssigéaBefonr  ee fenre  décom- 
position récréatiye ,  résolut  de  le  déployer  tout  entier,  dans  f^^s- 
poirdte  fiiiilagiii  la  nsélaaioelse  de  sa  fiiHe,  qnî  ré^iandsit  me  sorte 
et  MMta^oaL  WÊT^mm.m  q«i  japprodbafc  d^eUe.  9  m^^  pas  bien 
lmMg4ssÊÊfB  qn  la  veine  s'«bn^«i  qaaittuiHs  foorsy  je  ne  -sais  poar 
ijacile  affaire  m  fioar  aller  oà  ;  mais  son  absence  adonna  an  bon  rai 
Israaflips^  fiâre  to«s  ses  prépasatiis.  Lar8f«e*sa  fiUe  ia  t  de  retond, 
ii'dbaîat  d!elle,  à  fonee  ûlmmmmiesy  if«Vile  ferak  partie  'd'«nepi!>e- 
cession  religieuse  qui  se  rendrait  à  Saint-Sauveur,  ia  priattipnle 
église  d'Âîx.  La  reJNe,  ignorant  -les  (dessans  de  aen  père,  se  para 
?naiaiamilli  Miiit  par  étn  t^Mtn  de  ce  qn*elie  regardait  •comme 
ibvasHtétMimecra¥e4DéFénuHNeéB  piété,  etyprendvepeatélle- 
■aiane.  Mm  dès  tqa'idk  panit  nr  i^esplaaaide  en  &oe  du  palais , 
plnad'aBMarenSainedettaafweB^'âégvisife'en  Taros^  «en  JSarraniM , 
«ai  J»^  en  Mmstms  et  en  je  ik  sms  ^■eb'Svtres païens,  s\ittroâ- 
^pàmnt  a«lmir  é'die  p«ar  loi  rméro  bamiini^  oomMe  à  la  reine 
dbâabà,  «fo'en  siqBpotait  qu'elle  représentait*  Ensaîie,  an  BOa 
itmmt  vnqne  hnrïcsque,  &aWTattgèreal  peair  dsnser  an  bMet 
{giioteftfaepeBd«itieqnelîts«'airessèreaFt  à  k  renie  de  Ifta  nanière 
faiplasplaÏMUtje,  en<Kis»atdesgeAeBie9tt)ra«agans.Laraae,ét)oitt*- 
dieparce  braitataiéoonientede'ee(fB*<eUe  appelait  aàie  inoiicnce 

itaandB»,TgnakM:  rentrer  dans  lepakas  ;  asaisies  pertes  «en  avaiieat 
par^M^re  da  ret  à  l'saMttaaa  Mène  où  elle  <en  étaîft  «ortit , 
'de  sMte  qae  la  miraifte  lèi  «était-eoapée  de  «e  eteé.  Afors  ia  veine 
vefmÊL  devant  k  fiiçadfe,  et  dxrdia  perses  gestes  «t  parées  pa- 
nâtes ji  faîra  cesser  ie  twonite;  nais  ks  masques,  qatuTaienit  reçu 
kanrsMistmctipna,  ne  loi  r^ianibrentiqne  par  des  «hai^s  joj«ait , 
le  son  dniems  instramens  et  des  Uffioiamatisns  répétées. 

—  J'aurais  Mnla,  «bt  iàrdanT,  ^'M  selik  troavé  4à  nne^vial;- 
4aâne  de  pajiaBisjmglaîs^  arasés  seaienmnt  ^  bâiaas»  pour  ap- 


i«lji<H»S%«l  A  ^TilMw dmer  on  pkfiAt mmuàt  U  rfltttfnft^  foi  était «-vommë 
on  sait ,  an  dragon  detoraat  f  ne  sainte  Marthe  dompta  et  fit  eiùiireriL  sas  pieds ,  après  raToirpro- 
^^— ^  JftMUk.»iMMciiiJi  am  atSui ^ammtxu f>aiU  clfiM. 


424  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

prendre  à  ces  misérables  braillards  à  respecter  une  femme  qui  a 
porté  la  oooronne  d'Angleterre. 

—  Mais  tout  ce  bmit,  continua  Thiébanlt/  était  presque  da 
silence  en  comparaison  de  celai  qui  se  fit  entendre  quand  le  bon  roi 
arriva  lui-même^  grotesqnement  TÔtu ,  et  jou^mt  le  rôle  du  roi  Sa- 
lomon.  / 

^-  Celui  de  tous  les  princes  auquel  il  ressemble-le  moins ,  dit 
Arthur. 

—  Il  s'avança  vers  la  reine  de  Saba  pour  l'assurer  qu'elle  âait 
la  bien-venue  dans  ses  Etats,  et  avec  des  cabrioles  si  plaisantes, 
comme  me  l'ont  dit  tous  ceux  qui  en  ont  été  témoins  »  qu'elles  au- 
raient pu  rappeler  un  mort  à  la  vie^  et  faire  mourir  de  rire  on 
homme  vivant.  Comme  partie  de  son  costume,  il  tenait  en  main 
une  espèce  de  bâton  de  commandement,  taillé  à  peu  près  conmie 
une  marotte... 

—  Sceptre  bien  digne  d'un  pareil  souverain,  dit  Arthur. 

—  Et  dont  un  bout  était  surmonté  d'un  petit  modèle  du  temple 
de  Jérusalem ,  découpé  artistement  en  carton  doré.  Il  le  maiûait 
avec  la  meilleure  grâce,  et  sa  gaieté  et  sa  dextérité  enchantaient 
tous  les  spectateurs,  à  l'exception  de  la  reine.  Plus  il  dansait,  plus 
il  sautait,  plus  elle  semblait  furieuse.  Enfin,  quand  il  s'approcha 
d'elle  pour  la  conduire  à  la  procession ,  eUe  fut  saisie  d'une  sortede 
frénésie,  lui  arracha  des  mains  le  bâton  qu'elle  jeta  par  terre  avec 
force,  et,  traversant  la  foule ,  qui  s'écarta  comme  si  c'eût  été  une 
tigresse  qui  se  fut  élancée  de  son  repaire,  elle  s'enfuît  dans  la  cour 
des  écuries  du  palais.  Avant  qu'on  eûteu  le  temps  de  rétablir  l'ordre 
du  spectacle  que  sa  violence  avait  interrompu ,  on  l'en  vit  sortir,  à 
cheval,  accompagnée  de  deux  ou  trois  cavaliers  auglais  qui  font 
partie  de  la  suite  de  Sa  Majesté.  Elle  se  firaya  un  chemin  à  travers 

•  la  foule ,  sans  faire  attention,  à  sa  propre  sûreté  ni  à  celle  des 
autres,  traversâtes  rues  avec  la  rapidité  de  l'éclair,  et  continua  i 
courir  de  même  jusqu'à  ce  qu'elle  fût  arrivée  au  pied  du  mont 
Sainte- Victoire.  Elle  fut  alors  re^ue  dans  le  couvent,  et  elle  y  est 
restée  jusqu'à  ce  jour.  L^  vœu  dont  on  vous  a  parlé  est  un  pré- 
texte pour  couvrir  la  querelle  entre  son  père  et  elle. 

—  Combien,  y  a-t-il  de  temps  que  tout  cela  est  arrivé  ?  demanda 
Arthur» 

' —  Il  n'y  a  que  trois  jours  que  la  reine  Marguerite  a  quitté  Aix 
de  la  manière  que  je  viens  de  vous  le  dire.  Mais  nous  ne  saurions 


CaSARLES  LE  TÉMERAmE.  435 

^ler  plos  haut  sur  la  montagne  sans  d^scendFe  de  cheval.  Yoos 

^oyez  là*ba8  le  monastère  qui  s'élève  entre  deux  énormes  rodiers 

qui  «forment  le  sommet  du  mont  Sainte^Yictoire.  Il  ne  s'y  tronre 

d'antre  terrain  nni  qne  ce  qni  est  contenu  dans  le  défilé  où  est  en 

qaelqae  sorte  niché  le  monastère  de  Sainte-Marie  de  la  Victoire,  et 

l'accès  en  est  défendu  par  les  précipices  les  plas  dangereux.  Pour 

en  gagner  la  cime,  il  faut  que  vous  suiviez  cet  étroit  sentier  y  qui, 

tournant  Siutour  de  la  montagne,  conduit  enfin  au  sonmiet  et  à  la 

porte  du  couvent. 

—  Et  que  deviendrez-votts  avec  les  chevaux  ?  i 

— >  Nous  n<ms  reposerons  dans  l'hospice  e<mstruit  par  les  bons 
pères  an  pied  de  la  montagne  pour  y  recevoir  ceux  qui  vont  an 
mcmastère  en.  qualité  de  pèlerins  ;  car  je  vous  assure  qu'on  y  vient 
en  pèlerinage  de  très  loin ,  et  Vùa  ne  fidt  past  ce  voyage  à  pied. 
Ne  vous  inquiétez  pas  de  moi ,  je  serai  bient&t  à  couvert  ;  mais  je 
vois  se  rassembler,  du  côté  de  l'ouest,  des  nuages  menaçans ,  et 
TOUS  pourrez  bien  en  souffrir 'quelques  inconvéniens,  si  vous 
n'arrivez  à  temps  au  couvent.  Je  vous  donne  une  heure  pour  cda, 
et  je  vous  dirai  que  vous  êtes  aussi  léger  qu'un  chasseur  de  cha- 
mois si  ce  temps  vous  suffit. 

'  Arthur  jeta  un  coup  d'œil  autour  de  lui ,  et  vit  effectivement  s'a- 
monceler dans  le  lointain,  du  côté  de  l'occident,  des  nuages  qui 
menaçaient  de  changer  la  &oe  du  jour,  naguère  si  pur  et  si  serein, 
qu'on  aurait  entendu  la  chute  d'une  feuille.  Il  s'engagea  donc  dans 
le  sentie  raide  et  rocailleux  qni  c<mduisait  au  haut  de  la  mon- 
-  Cagne,  tantte  en  escaladant  des  rochers  presque  escarpés,  tantôt 
^1  faisant  un  circuit  pour  en  atteindre  le  sommet.  Ce  sentier  ser* 
pentait  à  travers  des  touffes  de  buis  et  d'antres  arbustes  aroma- 
tiques-, qui  fournissaient  quelque  nourriture-  aux  chèvres  de  la 
montagne,  mais  qui  offraient  des  obstacles  désagréables  au  voya- 
.  geur.  Ces  <d>stacles  étaient  si  fréqu^is ,  que  l'heiûre  que  Thiébault 
lui  avait  donnée  était  écoulée  quand  Arthur  arriva  sur  le  sommet 
^  du  mont  Sainte*Victoire,  en  face  du  singulier  couvent  qui  portait 
le  même  nom. 

Nous  avons  déjà  dit  que  le  sommet  de  la  montagne  se  terminait 
'par  un  rocher  à  double.pic,  {ormuii  le  vided'une  espèce  de  défilé, 
on  avait  été  construit  le  couvent ,.  qui  occupait  tout  l'espace  in- 
termédiaire. La  façade  de  ce  bâtiment  était  du  genre  gothique  le 
plus  ancien  et  le  plus  sombre,  ou  peut^étre#  comme  on  l'a  appelé, 


496  OMBLBS  LE  TÉMÉBiftaS. 

4a«i7leMXM.  EUe.i^iidalUfttrfttte»aHrt,  àtet  iggMd»  4  la 
Anae  SMicage  dea  tf oohere*,  dent  TédifiM  Mmblnt  iaÎBe  {MirlM,  et 
dont  il^tak  entouré.  .11  TOiiiMA«ntowMintwmfgtk>€$|iapette«tcrgMn 
oui  «t  déoamentv  mt  leqml,  à  faaw  de  iBwvaîl,.  «t cuffaaiaeeaAt 
eor  4Miela  neaUigM  fe  fflndelenpeifekm  f  |iMiiBÉtiraiiver«Q 
4îttrM»  eadroiie ,  les  baai  mms  emiant  «Jnaé  à  forner  on 
^jardia. 

Le  aeii  d'une  «locka  At  anriTer  ui  Arèneiai,  pontîer  deate  ooa- 
Tentsi  singulièrement  siiaé/  à  qui  Arthur  s'asManfaiCMnMevQ 
marchand  anglais  «  aisawné  Philipii— ,>  foi  "weaMt  -piiéfMBiw  son 
hommage  à  la  raae  Manfiierbte.  Le  iierliar  raonniUit  «ivee  res- 
ipeot^  le  fit  entiier  daas  Je  mfmnÊêèvt,  •etle  «ondÉisit  .dansiu  fiar- 
loir  domt  leslaiiéljrasidoiaHMBt  du  «teéd'iiiK^etttffeaimiAaweinie 
BMignifife  des  fMVlies  néndMiiakis  eft  oeeîdeBtake  de  4a  Pre- 
▼enoe.  C'élak  dis  loe  «Aie  iqu'Aj*tlMrrs'iitakaffin>joliéde>la«BS«i- 
<agM;  maïs  teiiiimlinr  cirovUre  fa'iliaivast  sara  lui  en  a^wîiiRt 
4éorire  tonte  bioînMHi^éeeiien.  Les  oraiséaa  yeiit  i^f  s  dn  câié  de 
ronoîdent  ioamitiaptlaimit4a  iwe  dont  tiens  nanenidcjMMnfar„gtâl 
eemUait  ^pm  c'était  .penr  |>onveîr  fOi  jouir  qn'on  amitcmisftnnt 
tout  le  long  du  bâtiment  un  grand  balsM  de  ifuinac  à  viangCpiids , 
.dhmtd'mincàl'MHre.  UneieiiâtiisdnyaiUr  jptvmeltakid'eaS.rer 
sur  ee  hdcen ,  et  Aithnr,  s'y^nntnjiraïuaé,  mnanqna-qne  leamr 
dn  iwnaiMBt  s'^éle^aît  sur  leinnd  d'an  f  nécîpîos  à  «raq  cents  ineis 
an^essens  des  fandationsduoenrettU  finrpria  deise  t0e8i<v«rM|iiès 
d^nn  lelnbinie,  Acihn:  ftieanilik*et  détowna  ks  jem  penr  adm- 
rar  le  fajfsafe  plaséie^pié^  le  sokîl  despendaitates  wrs  i'naâ- 
dcpt  yëyap dlsit  le  emsun  édat  et  ses  tn^ens  rengeama  «nr  dis 
mUées  «tdesceUînes,  snr  des  flaines  et4des  hssfneta,  sordss 
TiUes«  desdglises  et  des  lèâteanK,  doBtfttsIqBes  Ansn'élefymeat 
dnmiUeu des  ariMM;d'a^ins  isaient. flânes  isurdes^mÎMnois 
neoaîlleosfls  ^  «l;  ykisksos  epaaicHt  ksJieidB  deJaes^de  xi^iàÊm^ 
«Msînage  Mehenelié  daan  an  dimaA  .haâlant  ennne  lûeiai  de  Ja 
Promenée. 

Le  reste  du  paysage  présentait  à  la  vue  des  objets -scnshlaUes 
|p»ndie  tèanpsdiakMfein,  «wnlestmâss  en  Aaiwt nffiaeéspar 
Tmabin  dy siaM  des  nnaprs  ii|bi  ,  canYonat  dy  <me  gtwrie  jMBSie 
•de  rbemean,  penaçanit  dVcUpser  fcientk .  brsaiiU,  qaoïqne  «ee 
Mi  diss  nalMs  Intida  ensemeeamae  nn  MnaaiMpnflaaA^  api  èeiie 
dn|insde^ieiaenn.BMnmntnièaiedfttsndtfiiÉp  iHns  asni  Ansu' 


gcrs  fi'on  wxmt  pa  prendw  fonr  des  ^[énifiteneBs^t  des  horle- 
jieng,  et  ye  le  veat  ptwUiîfiMi  4>pb  les  Beinhreases  eavenws  4ai 
n^cben,  forétaîent  a  oeue  scène  «a  earaetène  de^erreiury  et  sea^ 
Uaient  «uu>acer  la  faeear  4e  yelfue  teBqpdle<eiioere  élaigaée> 
ifiioiqaewaeabne  flBBaaittrd  rég|Éatdatt»rak,  sar  leèai»t4axeeber. 
Axtbnr  tanéit  jaslioe  aax  amaes  fui  avaieat  elMiisi  «eue  siMwtioii 
aanvage  et  pittefcfwfir,  4'oà  ib  poavaîeat  vaîr  les  plas  gnatec  et 
les  {tes  ini|iosABtes  lattes  de  la  ttsiare,  et  ooe^MUier  le  aésKtde 
rhomanité  avec  ses  redonlaUes  oeirvalsMMis. 

Âxûmr  -était  tellerileat  •efioapé  da  speoladie  <fai  s'afiraità  ses 
ar^uds»  «fa'il  a^mt  prosiqae  ouUié  TimportaBte  affaire  ^i  l'ataît 
mnaa^  ea  ce  iiea,  quamà  il  Int  tout  àceop  renflé  à  loi  enee  troa- 
iwat  ea  préseace  4e  Margaerite  d'AaiOBv  qui»  ne  le  vejant  paa 
daas  le  parlmr»  Vêtait  avaaeëe  sar  le  baieqii  peur  lai  |>arler  plas  tdt . 
La  «eiae  4taît  Téuie  de  neir,  «t  a'avsait  d'antie  eroeBseait  faHtti 
émaîtlKMideaadWqaireteBflîtcesleiigs  oheveas  Méirs,  doatka 
ajiBiées  et  les  îofortaiies  avateai;  dMuagéea  partie  la  eeafeur.  Dans 
celte  esi^èce  de  eeiiroaae iétateat  passées âneplMne aoîveet oœ 
rose  rouge,  la  deraière^elasaMOi^  i|oelelrèiw  jardtuerlaiafTait 
présentée  le  BMOin,  coanae  le  symhele  de  la  maison  de^en  époux. 
Les  soucis,  les  faitigaes,  les  dxègnas^  setMawat  granriis aar  son 
fraat  et  aar  toas  ses  tipiis*  Elle  aarait  prcdtableaieat  hk  une 
Torle  sQiaonoe  à  ftoat  aatae  aaasoagor  qoi  n'Aamt  pasété  prêt  à 
^aeqcduar  de  aan  devoir  à  rinataat  aatane  de  aoa  arrMe:;  asaÎB 
Arthor  aiait  le  inénie  aige«  le  aièiaff  qrtéweor  <fae  le  fils  qa'eile 
avait fierdu ;  Mai^gaerite avaitaîaibé «a  anère  pmsfae  oonMoe -aae 
aoear  ;  et  la  reiiie  éétrâaée  «e  tappela  le  seatâaieat  de  asndresee 
natenaUeqa'ette  aie«kié|HroaYé.laiMqa'elie  TaTaît  wm  poar  la  fire- 
laière  lois  dans  la  eaihédrak  de  ^«msboiirg.  Elle  le  relefa  quand 
il  déeUt  le  genaa  devant  otte,  kd  parla  avec  Ja  ^^as  g raade  èonté, 
en  l'eagafeant  à  lui  rendae  aon^ite  te  naasege  vdoeit  aoa  père  Ta- 
▼ait  chargé^  et  à  rinCarmer  des  antres  noaaelles  qa'tt  avait  pu 
i^prendine  pendant  son  ooart  fi^î^Mr  à  Diifon. 
£Ue  lai  daawMla  easateteqnal^odêé  ledae«GbaKksafvatt.lait 


—  Vers  le  lac  de  Jllenicliâlel/  népondk  Artàor;  da  anoins  à  «e 
^ne  tt'a  donné  à  enteodoe  le  «énérai  de  FasatUerie.  C'est  4e  ee 
«A«é.fnete4noaepfe«|Niaa4ed«qg«r«a  pnanMve-fltafai 
la^&âaee. 


428  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  L'insensé  !  s^ëcria  la  reine  Marguerite.  Il  ressemble  aa  mal- 
henreax  qui  gravit  le  'sommet  id'nne  montagne  ponr  rencontrer  la 
plliie  à  mi-chemin.  Et  ton  père  me  conseille-t-ii  donc  encore  d'a- 
bandonner les  derniers  restes  des  domaines  autrefois  si  étendus  de 
notre  maison  royale;  et  pour  quelques  milUers  de  couronnés ,  pour 
le  misérable  secours  de  quelques  centaines  de  lances,  de  céder  ce 
•qui  nous  reste  de  patrimoine  à  notre  orgueilleux  et  égoïste  cousin, 
ce  duc  de  Bourgogne  y  qui  couToite  tout  ce  que  lions  possédons,  et 
qui  nous  paie  de  la  promesse  d'un  si  chétif  secours. 

—  Je  m'acquitterais  mal  de  la  mission  que  mon  père  m'a  don- 
née ,  répondit  Arthur,  si  je  laissais  croire  qu'il  recommande  à 
Votre  Majesté  de  faire  un  si  grand  sacrifice.  Il  connaît  par&itement 
l'ambition  insatiable  du  duc  de  Bourgogne.  Cependant  il  croit  que 
la  Provence,  à  la  mort  du  roi  René,  peut-être  même  plus  tôt,  tom- 
bera en  partage  au  duc  Charles,  ou  à  Louis,  roi  de  France,  quelque 
résistance  que  puisse  y  opposer  Votre  Majesté,  et  il  peut  se  faire, 
comme  chevalier,  comme  soldat,  qu'il  se  livre  à  de  grandes  espé- 
rances s'il  obtient  les  moyens  de  faire  une  tentative  en  Angleterre. 
Mais  c'est  à  Votre  Majesté  qu'il  appartient  d'en  décider. 

— Jeune  homme,  dit  la  reine,  à  peine  si  je  conserve  l'nsage  de 
ma  raison  en  écoutant  uûe  proposition  semblable. 

En  parlant  ainsi,  elle  s'assit,  comme  si  les  jambes  lui  eussent 
manqué,  sur  un  banc  de  pierre  placé  sur  le  bord  même  du  balcon, 
«ans  faire  attention  à  l'orage  qui  commençait  alors ,  et  qui  était 
accompagné  d'un  ouragan  furieux,  dont  la  direction  était  inter- 
rompue et  changée  par  les  rochers  autour  desquels  il  sifflait.  On 
aurait  dit  que  Bor^ ,  Eurns  et  Caurus  déchaînaient  les  vents 
rivaux  du  ciel  autour  du  couvent  de  Sainté-Marie-de-la-Victoire. 
Au  milieu  dé  ce  tumuhe  des  tourbillons  de  poussière  qui  cachaient 
le  fond  du  précipice ,  et  des  masses  de  nuages  noirs  qui  roulaient 
sur  leurs  têtes,  le  bruit  des  torrens  de  pluie  ressemblait  à  celui 
d'une  cataracte ,  plutôt  qu'à  icelui  de  l'eau  descendant  du  ciel.  Le 
banc  sur  lequel  Marguerite  était,  assise  était  à  peu  près  abrité 
contre  Forage;  mais  les  coups  de  vent,  dont  la  direction  changeait 
à  chaque  instant,  faisaient  souvent  voltiger  ses  cheveux  ^ars,  et 
il  serait  difficile  de  décrire  ses  traits  nobles  et  beaux,  quoique 
pâles  et  flétris ,  agités  par  le  doute,  l'inquiétude  et  mille  pensées 
contraires .  Ponr  en  avoir  une  idée,  il  faut  avoir  vu  notre  inimitable 
Siddons  représenter  une  femme  placée  dans  la  même  situation. 


CHARLES  LE  TÉftlÉRAIRE.  «2» 

Arthur»  an  comble  de  l'inqniëtade  et  presque  de  la  terrear,  ne  put 
que  snpplier  la  reine  de  se  mettre  pins  à  l'abri  de  l'orage,  en  ren» 
trant  dans  l'intérieor  da  coavent. 

-^—  Non,  répottdit^elle  avec  fermeté  ;  les  plafonds  et  les  murailles 
ont  des  oreilles  ;  et  ipibiqQe  les  moines  aient  renoncé  an  monde, 
ils  n'en  sont  pas  moins  cnrienx  dé  savoir  ce  qui  se  passe  hors  de 
lenrscellales.  C'est  ici  qu'il  fiant  que  vous  entendiez  ce  que  j'ai  à 
vous  dire.  Vous  êtes  soldat,  et  par  conséquent  vous  pouvez  braver 
un  coup  de  vent  et  quelques  gouttes  de  pluie  ;  quant  à  moi ,  qui  ai 
souvent  tenu  conseil  au  son  des  trompettes  et  du  cliquetis  des 
armes,  au  moment  de  livrer  une  bataille,  la  guerre  des  élémens 
m'inquiète  peu.  Je  vous  dis,  Arthur  de  Yère,  comme  je  le  dirais  à 
votre  père,  comme  je  le  dirais  à  mon  fils,  si  le  ciel  avait  laissé  une 
telle  consolation  à  la  plus  misérable  des  femmes. ... 
Elle  s'interrompit  un  instant,  et  continua  ainsi  qu'il  suit  :  ' 
"-^  Je  vous  dis,  comme  je  l'aurais  dit  à  mon  cher  Edouard,  que 
cette  Marguerite ,  dont  les  résolutions  étaient  autrefois  fermés  et 
immuables  comme  les  rochers  au  milieu  desquels  nous  nous  trou* 
vons ,  est  maintenant  aussi  variabledans  ses  projets  que  ces  nuages 
livrés  au  caprice  du  vent.  J'ai^parlé  à  votre  père ,  dans  la  joie  que 
m'inspirait  la  vue  d'un  sujet  si  loyal ,  des  sacrifices  que  je  ferais 
pour  vous  assurer  l'aide  du  duc  de  Bourgogne  dans  une  entreprise 
aussi  glorieuse  que  celle  qtiilui  a  été  proposée  par  le  fidèle  Oxford. 
Mais  depuis  ce  temps  j'ai  eu  lieu  de  £ûre  de  profondes  réflexions. 
Je  n'ai  revu  mon  vieux  père  que  pour  l'offenser,  et,  je  le  dis  à  ma 
honte,  pour  insulter  ce  vieillard  au  milieu  de  son  peuple.  Nos  ca- 
ractères sont  aussi  opposés  l'un  à  l'autre  que  les  rayons  du  soleil 
qui  doraient  il. y  a  une  heure  ce  superbe  paysage  diffèrent  de  la 
tempête  qui  le  dévaste  en  ce  moment.  J'ai  rejeté  avec  dédain  et 
mépris  les  consolations  qu'il  avait  cru  devoir  m'offrir  dans  son 
affection  maladroite.  Dégoûtée  par  les  vaines  folies  qu'il  avait  ima- 
ginées pour  guérir  la  mélancolie  d'une  reine  détrônée ,  de  la  veuve 
d'nn  roi ,'  d'une  mère  sans  enfaus ,  je  me  suis  retirée  ici ,  loin  d'une 
gaieté. folle  et  bruyante,  qui  n'était  qu'une  nouvelle  amertume 
ajoutée  à  mes/chagrins.  Le  caractère  de  René  est  si  bon,  si  doux, 
que  ma  conduite  peu  filiale  ne  diminuera  pas  mon  influence  sur 
lui;  et  si  votre  père  m'avait  annoncé  que  le  duc  de  Bourgogne  vou-  ^ 
lait  coopérer  noblement,  cordialement,  en  chevalier  et  en  souve- 
rain, au  plan  du  loyal  Oxford,  mon  cœur  aurait  pu  s'armer  de  la 


4Mi  GBIkIJUn  Ul  IBMBIJJUL 

IQ9W  n^iMHWBW  |pwHr  wwr  mi  -  iwbdbw  vb' 

boidei  «t  ankitMiiM  polkiqn«veii  rettav  A'a»  M«Qiif»  différé 
tenant  jusqu'à  ce  qtt'il  ait  satisfait  sem  iMiwiiMr  iilaii»  ei  hril^ 
qÊtmm,  Devais  qsa  je  sw»ki^  le  eahn»  de  la  selkade  mfa  dené 
lirUTnaff  ^f^^'^^^^j  ^  j'*'"  *^-y^  ^  ttî  "*"J"^«^i^*^^>»^tTiTiTTr 
«1  ben  TieîUardy  el  a»  tort  que  j'élais  sai  le  point  de  kd  Saire. 
Mon  père,  ear  je  doi»'  loi  xeodee  joatioe,»  est  anasi  le  pèce  d»iea 
sifeca.  Ib  ent  vécnsoBa  leera  vignes  etlenes  fifgiucra  dans  one  aâ» 
sanee  pemt^tne  pen  noUr»  nuôe  à  rabrâdar  tente  oppreaeioA,  de 
tente  enaetion  ^  et  leur  bonheneaiût  œlaâ  do  lew  boa  rai.Fantâ 
qa»  je  change  tonib  cela?  Faali41  que  j'atda  à.  livrer  ce^  peuple  sih 
tîsiait  à  un  prince  violenâ,  témévaMrar.et  Jaupetf  ?  Et  si  je  «énssis  à 
j  déteminer  mont  pauvre  vieux  pèr/S'r  n'este  pas  sisqner  de  brs^ 
ser  son  cœur  sensible ,  quoique  ineenaidëté?  Teliea  sont  fes^qoe»' 
tions  que  je  trdmia  de-  m'adresser  à  meinnâflie.  IVune  aolre  pant , 
rendre  inutiles  tous  les  travaux  A»  notpvpère;  p  tremper  aesespé- 
raneesy  perdre  la  aeute  eocaeioa,  qur  je  n»  ironvern  peatfètie 
jamais,  de  me  venger  de lamaiaon  perfid» d'York,  et  de  rétablir 
sur  le  trftne  odUe  de  Laneastoe  1  Avthur  1  le  pi^sageqBt  neuse»> 
toure  n'est  pas  si  agité  par  ce  tenriUts  ouvagaa,  q/n  mon.  cœur 
Test  par  le  doute  et  rittoertitudew 

—  Hélas  1  ^répendit  Artbur,.  je  suis  tnap^  jeune  et  jf  ai  urap  psu 
d'expérience  pour  donner  des  conseiA^àVjstve  Majesté.  FÛta» 
del  que  mon  pare  sa  treuvat  ku^mènef  em  votre  peésencel 

~-  Je  sais  ce  qu'il  me  dim^  ;  maie  «  secittDt  tout,  je  n^espàDC  a»* 
cune  aide  des  conseils  des  bommesè.  J^ai  chercbd'dfatttFes^consBift- 
1ers,  mais  ils  ont  été  sourds  à  mes  pnijowt.  Ou»,  Avdiur,.lefrinAi» 
tunes  de  Margumte  l'ont  vendue  supeacûtieuse.  Appeends»  que 
SOU&  ces  rochers,  sous  liss  fandafàena  de  ce  eenivent ,  il  se  ti«uve 
une  caverne  dans  laqneUei  on  entre  pao  un  paesage  secret  et  bian 
défendu,  un  peu  à  l'ouest  du  sommet  de  la>  montagne,  etqmraîuaa 
ouverture  vers  le  sud,»  d'où,  aussi  bims  que  de  ce  beleon,  eopeat 
voir  le  beau  porfnge  que  voua  avien  tous  à  Ëbeuae  sous  les.  j«vt, 
conuns  à  présent  Isi  lutte  des  élémens.  Au  milîepde  cette  esvum» 
ou  de  ce  passage  sou  temint  est  un  pmte.  creusé  par  k  natnaev  et 
dent  la  profondeur  est,  ineemMWv  Quand  on  jr jptie  une  pierru, 
ou  l'entend  frapper  contre  lese&tés,.et  lo bruit  qu'elle  faitUDloa»* 
bant,  d'abord  retentissant  comme  le  Sannerre,  finit  par  ètrenasai 
fiible  que  eslui  de  la  clochette. d'uu  mouton,  entendueà  ma  milfe 


BI  IBMBBftlpK,  4$t 

dmdiêmnrm  LB-fmfU,  dm*  Mn  juiM,  iRnik  ce  gmtÊk^  0^ 
fvajMpt.&v  Ganxgamle;i  e«  1m  inriMiiB.  du:  wmwÊêtin  aMftcàent 
dM  mammmrs  éma^psia  «»  Kca  àéjjksaaeM  umblm  par  Itti-mÀne. 
De»araab»,  dit^H.  y  étaieat  vcadnt^  dv;ttMp»  êm  pata»,  par  des 
TWB  MOÊmmioBs  ipii  aaMnent  de  TafelBiey  et  Fo*  dit  qn^ettes  afi«^ 
noncèrent  au  général  romain ,  par  des  yers  rades  et  gfoaniefB ,  h. 
ymtoÊm^,^  a  donaé'  i»  nonLà.eBMe  nentagiie.  On*  aaaor^qae  ces 
<Nrarake9  pamnat  «icQve  èm&  consaltsée  apvèa  arvoir  aecempK  de» 
rites  étranges ,  dans  lesquels  des  cérémonies  païennes  sont  mêlées 
àdesii0te»de.déTOtJ0a  cbtétieBiie.  Les  «bbésde  Moat4aiate»yic- 
toweent déohré que  c'est  m  péohé  qve de  oeasulter  Poracle êe 
lamGamgoak et bs  esprits qwî y  vésiden»;  nuôe  eemme  ce  péché 
peiA  s'expier  par  des  pvéëens  fâîtS'  à  FEd^ise»  pav  des  nwsses  et 
par  1»  péêttenoe  r  1m  Ikm»  pères  oat  quelquefois  la  complaisance 
d'tecKvnr  la  porte  à  ceux  qu'une*  curiosité  auàieitase  perte  à 
ymdoiry  à  quelque  risque  et  par  quelque  nHH^n  que  ce  isoit ,  pâié* 
tnerdaai»la  unit  de  Pamuir.  Arthur ,  j'en  aii  ftut  TépreuTe ,  et  je 
sops«n  cemoment  mêmedh  cette  cairerae ,  eà,  conformément  aux 
rites  mentionnés  par  la  tradition ,  j'ai  passé  six  heures  sur  le  bord 
de  ce  gouffiw,  siailIreaRi  qu'en  comparaison  des  horreurs  qu'il 
offiroy  cette  tempête  terrible  est  un  spectacle  agréable* 

La  rsiue  se  tut,  et  Arthur ,  d'autuit  plus  fhqipé  de  ce  récit 
étrange ,  qu'il  lui  rappelait  le  lieu  de  son  emprisonnement  i  la  Fé- 
rette ,  lui  demanda  a^uc  empressement  si  <dle  a^ait  obtenu  quel- 
qMV^ponae* 

— ■"  AucuBUr  répondit  la  mriheureuse'prinoesse.  Les  dëmons  de 
hm  Garagoidey  s'il  y  en  existe  »  sont  sourds  aux  prières  d'une  in** 
fo0M[iée»oomme  meiy  qui  ne  peut^oblenir  conseil  et  secemrSy  ni  dans 
ce  monde  tisible ,  ni  dans  lfauta«.  Ge  sout  les  circonstances  dans 
leeqneUesniottpère'Se'trewi^'qm  m^empèshent  apprendre  à  Pin» 
stuut  une  forte  résolution.  SUI  ne  s^agissait  que  de  mes  prétentions 
persenneltes*  snr  ce  peuple  dbanimt  de  troubadours  »  j'j  renon^ 
ceraâsv  pour  bseuk  dMinee  de  mettre  encore  une  fois  le  pied  en 
An^terre^y  aussi  vohmtierBv  aussi  aisément  que  j'abandonne  à  Ik 
tempête  ce  yain.  emblème  du  rang  royal  que  j'ai  perdu. 

A  ces  mots  elle  arracha  de  ses  cheTcnx  la  plume  noire  et  la  rose . 
rouge  que  l'ouragan  avait  déjà  détachées  du  cercle  d'or  qui  les 
retenait,  et  les  jeta  du  haut  du  balcon  ayec  un  geste  dont  l'énergie 
ayait  quelque  chose  de  sauyage.  Le  yent  s'en  empara.  Uo  tourbii- 


432  CHARLES  LE  TÉS^RAIHB. 

Ion  fit  monler  la  plame  si  haat  et  l'emporta  si  loin»  qu'elle  échappa 
aux  regards  eu  un  iostant.  Mais  tandis  que  les  yeax  d'Arthur  efaer- 
chaient  iavolontairement  à  la  suivre ,.  un  coap  de  vent  ccmtraire 
reponssa  la  rose  ronge  sur  le  balcon  et  la  porta  contre  sa  poitrine  ; 
la  saisissant  à  la  hâte»  il  s'écria  en  remettant  à  la  reine  cette  fletùr 
emblématique  : 

—  Joie  !  joie  et  douleur.  Madame  l  La  tempête  rend  le  symbole 
de  la  maison  de  Lancastre  à  celle  qui  en  est  légitimement  pro- 
priétaire. 

-^  J'en  accepte  l'augure,  noble  jeune  homme,  répondit  Mai^oe* 
rite,  mais  ce  n'est  pas  à  moi,  c'est  à  vous  qu'il  s'adresse.  La  plume 
emporté^  par  l'ouragan  est  l'emblème  de  Marguerite*  Mes  jeux 
ne  verront  jamais  la  restauration  de  la  maison  de  Lancastre  ;  mais 
vous  vivrej^  pour  la  voir,  et  vous  y  contribuerez^  Vous  donnerez 
à  notre  rose  rouge  une  teinte  encore  plus  foncée  en  la  plongeant 
dans  le  sang  des  traîtres  et  des  tyrans.  Hélas  !  il  ne  faut  qu'une 
plume ,  une  fleur  pour  troubler  ma  pauvre  tête  !  J'éprouve  déjà 
des  vertiges,  et  le  cceur  me  manque.  Demain  vous  Terrez  one 
autre  Marguerite,  et  jusqu'alors  adieu. 

Il  était  temps  qu'elle  se  retirât ,  car  le  vent  commençait  à 
pousser  des  torrens  de  pluie  contre  la  croisée.  Lorsqu'ib  rentrè- 
rent dans  le  parloir,  la  reine  frappa  des  mains,  et  deux  femmes  se 
présentèrent. 

—  Faites  savoir  au  père  abbé ,  leur  dit-elle ,  que  nous  désirons 
que  ce  jeune  étranger  reçoive  ici  l'bospitalité  cette  uoit ,  d'une 
manière  digne  d*un  ami  que  nous  estimons.  —  A  demain.  Mon- 
sieur, au  revoir. 

Déjà  le  calme  était  revenu  sur.  son  front,  et  avec  une  courtoisie 
majestueuse  qui  lui  aurait  convenu  quand  elle  brillait  dans  les 
salons  de  Windsor,  elle  présenta  une  main  à  Arthur,  qui  la  baisa 
respectueusement.  Quelques  instans  après  qu'elle  fut.  sortie  du 
parloir,  l'abbé  y  entra,  et  l'attention  qu'il  eut  de  faire  servir  à 
Arthur  un  bon  repas  et  de  le  placer  dans  une  cellule  commode  i 
prouva  le  désir  qu'il  avait  de  se  conformer  aux  ordres  de  la  reiae 
Marguerite. 


CHAPITRE  ^XXL 


Vous  fant-il  an  ««ilUrd connaUunt  bien  le  monde? 
Celai  que  Toas  to jes  est  taillé  toat  exprès; 
C'est  an  moine ,  et  parlant  il  •  du  pour  jamais 
Renoncer  pear  le  froc  aax  Tanités  bnmaines  : 
Mais  il  a  TU  le  monde ,  il  en  porta  les  chaînes  ; 
11  «n  coonait  le  boa  et  le  mauvais  odté. 

AmUékiM  eoméiUt. 


Uaurore  commençait  à  peine  à  paraître^  qnand  Arthur  s'ëveiUa 
en  entendant  sonner  avec  force  à  la  porte  da  coavent.  Quelques 
instans  après ,  le  portier  entra  dans  sa  cellule ,  et  lui  dit  que ,  s^il 
se  nommait  Arthur  Philipson,  un  frère  de  leur  ordre  lui  apportait 
des  dépêches  de  son  père.  Le  jeune  homme  tressaillit ,  s'habilla  à 
la  hâte ,  et  descendit  dans  le  parloir,  où  il  trouTa  un  moiae  du 
même  ordre  que  ceux  du  coûtent  du  mont  Sainte-Victoire ,  c'est- 
à-dire  un  carme. 

—  J'ai  fait  bien  du  chetnin ,  jeune  homme ,  pour  vous  apporter 
cette  lettre,  dit  le  moine,  ayant  promis  à  votre  père  qu'elle  vous 
serait  remise  sans  délai.  Je  suis  arrivé  hier  soir  à  Aix  pendant 
l'orage,  et  ayant  appris  au  palais  que  vous  étiez  venu  ici,  je  suis 
monté. à  cheval  dès  que  la  tempête  a  été  moins  violente ,  et  me 
voici. 

—  Je  vous  remercie ,  mon  Père ,  répondit  Arthur,  et  si  je  pou- 
vais vous  indenmiser  de  votre  peine  par  une  petite  donation  pour 
votre  couvent.... 

—  Non,  non ,  dit  le  moine  en  l'interrompant;  je  me  suis  person- 
nellement chargé  de  cette  commission  par  amitié  pour  votre  père, 
et  d'ailleurs,  j'avais  à  me  rendre  de  cecôté.  On  a  amplement  pourvu 
aux  frais  de  mon  long  voyage.  — •  Mais  lisez  votre  lettre  ;  je  pourrai 
répondre  à  loisir  à  vos  questions. 

Arthur  se  retira  dans  l'embrasure  d*une  croisée,  et  lut  ce  qui 
suit  î 

«  Mon  fils  Arthur,  il  est  bon  que  vous  sachiez  que  la  situation 
du  pays  çst  très  précaire  relativement  à  la  sûreté  des  voyageurs. 

a8 


X 


434  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

Le  dac  a  pris  les  Villes  de  Brie  et  de  GraDsoti,^  a  &it  prisonnier» 
cinq  cents  hommes  qui  y  étaient  en  garnison ,  et  les  a  bit  mettre  i 
mort.  Hais  les  Gonfiédérés  «'approchent  avec  one  force  considé- 
rable, et  Dieii  jugera  à  qui  est  le  droit.  De  quelque  manière  que 
l'affaire  se  décide^  cette  guerre  se  poursuit  Tiyement ,  et  il  n'est 
gnère  question  de  quartier  d'un  côté  ni  de  l'autre.  Par  conséquent, 
il  n'y  a  pas  de  sûreté  pour  les  gens  de  notre  profession  jusqu'à  ce 
qu'il  arrive  quelque  chose  de  décisif.  En  attendant ,  vous  pouvez 
assurer  la  dame  veuve  que  notre  correspondant  continue  à  être 
dans  l'intention  d'acheter  les  marchandises  dont  elle  peut^disposer, 
mais  il  ne  sera  guère  en  état  d'en  payer  le  prix  ayant  que  ses 
affaires  soient  terminées.  J'espère  qu'elles  le  seront  à  temps  pour 
permettre  d'employer  les  fonds  dans  l'entreprise  profitable  dont 
j'ai  parlé  à  notre  amie.  J'ai  chargé  un  frère  qui  se  rend  eu  Pro** 
vence ,  de  vous  reipettre  cette  lettre,  et  j'espère  qu'elle  vous 
firrivera  en  sûreté.  Yons  pouvez  avoir  confiaiice  dans  le  porteur. 

«  Votre  affectionné  père, 

a  John  Phiupson.  » 

Arthur  comprit  aisément  la  dernière  partie  dé  cette  épître,  et 
il  fut  charmé  de  l'avoir  reçue  dans  un  moment  si  critique.  Il  de- 
manda au  carme  si  l'armée  du  duc  était  nombreuse,  et  le  moine 
lai  dit  qu'elle  consistait  en  soixante  mille  hommes,  tandis  que  les 
Confédérés  ;  quoique  faisant  les  plus  grands  efforts ,  n'en  avaient 
pas  encore  pu  réunir  le  tiers  de  ce  nombre.  Le  jeune  René  de 
Vaudemont  était  avec  leur  armée,  et  il  avait  reçu,  à  ce  qu'on  pen- 
sait ,  quelques  secours  secrets  de  la  France  ;  mais  comme  il  était 
peu  connu  dans  la  carrière  des  armes,  et  qu'il  n'avait  qu'un  petit 
nombre  d'adhéréns,  son  vain  titre  de  général  ajoutait  pea  de 
chose  à  la  force  de  }a  Confédération.  Au  total ,  tontes  les  chances, 
d'après  le  rapport  du  moine ,  paraissaient  en  faveur  de  Charles  ;  et 
Arthur  ,  regardant  le  succès  de  ce  prince  conune  le  seul  événe- 
ment qui  pût  favoriser  les  projets  4^  son  père,  ne  fpt  pas  peo 
charmé  do  les  trouver  assurés,  autant  que  cela  pouvait  dépendre 
d'une  grande  supériorité  de  forces.  Il  n^eut  pas  le  loisir  de.  fidre 
d'autres  questions ,  car  la  reine  entra  en  ce  moment  dans  le  par- 
loir, et  le/D|urpie>  apprenant  fon  rapg,  sf  retirât, aTOÇ. m pc^^od 
respect. 


GHyiLBS  LE  TÉMÉIUffiB.  434 

Ia'  p&lear  deMn^teisf  annonçait  eneore  Msiâtîgiies  de  la  veSle  ; 
mais  lorsqu'elle  salua  Anbur ,  Hmk  air  et  dNau  toa  gracieux ,  elle 
avait  la  physiouomie  9  la  -fmx  et  les  yeux  armés  4e  fermeté.  — 
Yoiis  me  voyez»  kii  dît-dle^  non  comme  je  tous  ai  ^itté  hier 
smr ,  mais  ayant  pris  ma  résolution.  Je  suis  convaînciie  qne  si 
Bené  ne  cède  pas  volontaiûneBient  son  trône  de  Pi^oveace,  par 
^fd^se  mesure  semUdlile  à  celle  ^ue  nous  proposons ,  il  en  sera 
renversé  par  la  violence  ;  et  en  oe  eus,  il  est  possible -que  sa  YÎe 
màmesoit  &k  dong^er.  Nous,  nous  mettrons  donc  à  Fceuvre  sans 
perdre  un  instant.  Le  plus  fâcheux ,  c'est  <{He  je  ne  pnis  quitter  ce 
couvent  ayant  d'ai&oir  fait  c^veniJ^lement  pénitcnde  pour  avoir 
visité  lou  Garagoule;  sans  cela ,  je  ne  serais  pas  digne  du  nom  de 
chrôienne.  Quand  vousscs^ezde  retour  à  Aix,  demandez  mon  se- 
crétaire pour  qui  je  vous  remets  cette  lettre  de  créance.  Avant 
même  .qne  je  visse  s'ouvrir  cette  porte  à  l'espérance,  j'ai  cherché 
à  me  fiiire  isne  idée  de  la  situation  du  roi  René ,  et  je  me  suis  pro- 
curé tontes  les  pièces  qui  me  somt  nécessaires.  Dites-lui  de  m'en- 
voyer,  hûen  scdlée  et  par  «n  homme  sûr  »  ma  petite  cassette  en- 
tourée 4e  cercles  d'argent.  Les  heures  de  péniteaoe  pour  des 
errenrs  passées  peuvent  être  employées  à  en  prévenir  d'autres. 
D'après  les  papiers  qui  y  sont  ôontenus,  je  verrai  si ,  dans  cette 
ai&ire  importante,  je  sacrifie  les  vrais  intérêts  de  mon  père  à  des 
espérances  presque  chimériques.  Mais  il  ne  me  reste  que  bien  peu 
de  dontes  à  oet  égard.  Je  pais  &ire  préparer  ici  sous  mes  yeux  les 
actes  d'abdication  et  de  cessikm  »  et  je  prendrai  des  mesures  pour 
les  mettre  à  exécution  dès  que  je  serai  de  retour  à  Aix,  ce  qui 
s^*a  aussit&t  que  j'aurai  terminé  ma  pénitence. 

—  Et  cette  lettre  »  Madame ,  dit  Arthur ,  apprendra  à  Votre 
Majest^é  les  é^pteemeas  qui  s'approchent ,  et  vous  fera  voir  combien 
il  est  imputant  de  saisir  Toccasion.  Mettez-mcn  en  possession  de 
œs  actes,  et  je  marcherai  jour  et  nuit  jusqu'à  ce  que  j'arrive  au 
cam^  du  due.  Je  le  trouverai  probablement  dans  le  moment  de  la 
victoire,  let  il  aura  le  coBor  trop  joyeux  pour  refusi^  une  demande 
à  UAe^inoemé  sa  parmtay  qui  Mii  abandonne  tout.  Oui  >  dans  an 
pareil  instant ,  nous  en  obtiendrons ,  nous  devons  en  obtemr  des 
aeeonra  dignes  d'un  prince  si  puissant.  Nous  verrons  bient&t  si  le 
lieencieiBL  Sdonard  d'York ,  le  sauvage  BJcbar4,  le  traître  et  paur* 
jure  Qarenee,  doivettt<oûlitinner  à  être  maîtres 4e  l'Angleterre ^ 

a8. 


4S6  CBABLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

on  faire  place  à  nn  souverain  plas  légitime  et  plus  vertaeu;  Hais, 
Madame,  tout  dépend  de  la  promptitude. 

—  Sans  doute  I  Cependant  quelques  jours  peuvent ,  doivent 
même  décider  entre  Charles  et  ses  ennemis  ;  et  avant  de  taire  nn 
si  grand  abandon ,  il  serait  bon  d'être  bien  sûrs  que  celui  que  nous 
voulons  nous  rendre  propice  est  en  état  dé  nous  aider.  Tous  les 
évènemens  tragiques  et  variés  de  ma  vie  m'ont  appris  qu'il  n'existe 
pas  d'ennemis  qui  soient  à  mépriser.  Je  me  hâterai  pourtant;  et, 
en  attendant,  nous  pourrons  recevoir  de  bonnes  nouvelles  des 
bords  du  lac  de  Neufchâtel. 

—  Mais  qui  sera  chargé  de  rédiger  des  actes  si  importans?  de- 
manda Arthur. 

Mai*guerite  ne  répondit  pas  sur-le-champ.  —  Le  Père  gardien 
est  complaisant ,  et  je  le  crois  fidèle ,  dit-elle  enfin  ;  mais  je  ne  don- 
nerais pas  volontiers  ma  confiance  à  nn  de  ces  moines  provençaux. 
Attendez,  laissez-moi  le  temps  de  réfléchir.  Votre  père  dit  que  le 
caiine  qui  a  apporté  sa  lettre  mérite  toute  confiance.  Je  l'en  char- 
gerai. Il  est  étranger,  et  quelque  argent  nous  assurera  de  sa  dis- 
crétion. —  Adieu ,  Arthur  de  Vêre.  —  Mon  père  vous  recevra  avec 
hospitalité.  S^il  vous  arrive  d'autres  nouvelles,  ayez  soin  de  m*en 
faire  part;  et  si  j'ai  d'autres  instructions  à  vous  donner,  je  ne 
manquerai  pas  de  vous  les  transmettre.  — Adieu, 

Arthur  descendit  la  montagne  beaucoup  plus  vite  qu'il  ne  l'avait 
montée  la  veille.  Le  ciel  était  serein,  le  soleil  dans  tout  son  éclat, 
et  les  beautés  de  la  végétation,  dans  un  pays  où  elle  ne  sommôUe 
jamais  tout-à-fait,  offraient  un  spectacle  délicieux.  Passant  des 
pics  du  mont  Sainte-Victoire  aux  montagnes  du  canton  d'Under* 
wald ,  l'imagination  d'Arthur  lui  retraçait  l'instant  où  il  se  pro- 
menait au  milieu  d'un  paysage  du  même  genre  que  celui  qu'il  avait 
sous  les  yeux,  non  en  solitaire,  mais  avec  une  compagne  dont  la 
beauté  simple  était  gravée  dans  sa  mémoire.  Ces  pensées  étaient 
de  nature  à  l'occuper  exclusivement ,  et  nous  regrettons  d'avoir  à 
dire  qu'elles  lui  firent  oublier  l'avis  mystérieux  que  lui  avait  donné 
son  père  de  ne  croire  bien  connaître  le  contenu  de  ses  lettres  qu'a- 
près les  avoir  exposées  devant  le  feu. 

La  première  chose  qui  lui  rappela  cet  avis  singulier,  fut  la  vue 
d'un  brasier  de  charbon  allumé  dans  la  cuisine  de  l'hospice  sitaé 
an  bas  de  la  montagne,  et  où  il  trouva  Thiébault  et  ses  chevaux* 
C'était  la  première  fois  qu'il  voyait  du  feu  depuis  qu'il  avait  reçu 


J 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  437 

la  lettre  de  son  père,  et  cette  circonstance  lui  rappela  tout  natu- 
rellement ce  que  le  comte  lui  aTait  recommandé.  Quelle  fut  sa 
surprise  quand,  a^Hrès  en  avoir  approché  le  papier  comme  pour 
le  sécher  y  il  y  vit  paraître  un  nouveau  mot  qui  changeait  totale- 
ment le  sens  d'un  passage  très  important.  C'était  dans  la  dernière 
phrase  y  qui  disait  alors  :  Vous  ne  pouvez  avoir  confiance  dans  le 
porteur.  Accablé  de  honte  et  de  dépit  >  Arthur  crut  n'avoir  rien 
de  mieux  à  faire  que  de  retourner  tout  de  suite  au  couvent  pour 
informer  la  reine  de  cette  découverte ,  et  il  espéra  y  arriver  encore 
assez  à  temps  pour  prévenir  le  risque  d'une  trahison  de  la  part 
du  carme. 

Courroucé  contre  lui-même,  et  impatient  de  réparer  sa  faute, 
il  gravit  la  montagne  escarpée ,  et  il  en  gagna  le  sommet  en  moins 
de  temps  qu'on  ne  l'avait  jamais  fait  avant  lui,  car  quarante^ mi- 
nutes s'étaient  à  peine  écoulées  depuis  qu'il  avait  quitté  le  pied 
delà  montagne,  quand  il  arriva,  épuisé  et  hors  d'haleine,  en 
présence  de  la  reine  Marguerite,  qui  fut  aussi  surprise  de  l'état 
dans  lequel  elle  le  voyait  que  de  son  prompt  retour. 

—  Ne  vous  fiez  pas  au  carme!  s'écria-t-il.  Vous  êtes  trahie,  noble 
reine,  et  vous  l'êtes  par  ma  négligence.  Voici  mon  poignard; 
ordonnez-moi  de  me  l'enfoncer  dans  le  cœur  I 

Marguerite  lui  demanda  et  en  obtint  une  plus  ample  explica- 
tion ,  et  après  l'avoir  entendue,  elle  lui  dit  :  —  C'est  un  accident 
malheureux  ;  mais  votre  père  aurait  dû  vous  donner  des  instruc- 
tions plus  précises.  J'ai  parlé  à  ce  carme  des  actes  dont  il  s'agit, 
et  je  l'ai  chargé  de  les  rédiger.  Il  sait  donc  tout ,  et  la  chose  est  ir- 
réparable. Mais  il  vient  seulement  de  me  quitter  pour  assister  à 
l'office  dans  le  chœur>  et  j'obtiendrai  aisément  du  Père  gardien 
de  le  retenir,  tant  que  le  secret  nous  sera  nécessaire.  C'est  le 
meilleur  moyen  de  nous  assurer  de  sa  discrétion ,  et  nous  aurons 
soin  de  l'indemniser  des  inconvéniens  que  sa  détention  pourra  lui 
occasioner.  —  Mais  assieds-toi,  bon  Arthur,  repose-toi,  et  des- 
serre le  collet  de  ton  manteau.  Pauvre  jeune  homme!  tu  es  venu 
avec  une  hâte  qui  t'a  épuisé. 

Arthur  obéit,  et  s'assit  sur  une  chaise  dans  nn  coin  du  parloir, 
car  la  vitesse  avec  laquelle  il  avait  couru  lui  laissait  à  peine  la 
force  de  se  soutenir  sur  ses  jambes. 

—  Si  je  pouvais  voir  un  instant  ce  moine  perfide ,  dit-il ,  je  trou- 
verais un  moyen  de  le  forcer  aù^silence. 


«88  OURUES  LE  TÉMÉRAIRE. 

—  YovB  ferea nû«n de  m^en  iMser  le  floitt,  âil  Klfdaie;  Ba  m 
mot  y  je  yew  défende  de  Tes»  néler  de  œ^  affaire.  La  ceifibesc 
fiMieii  état  que  le  casque  de  traker  avec  le  eapnebon.  Ne  ne 
parlez  ploe  de  lai.  —  J>»  ams  charmée  de  voir  que  tous  portez 
antour  do  coa  la  saiRte  reli<iiie  qae  je  veas  ai  doûfiée.  -^  Itris 
quel  bijov  Havresq^  pertec-^ocie  avesi  ?  Hëlas  !  je  n'ai  pas  besoia 
de  Toas  faire  celle  qaestioH*  Votre  roiigeBr>  presqae  aussi  me 
qae  lorsque-  voas  êtes  arrivé  il  y  a  un  qnart  df heure,  aVoneqne 
c'est  an  gage  d'amoar.  Ah  1  mon  pauvre  enfant  !  n'as^ta  pas  one 
part  assez  forte  à  supporter  dans  les  chagrins  de  ton  pays ,  et 
jfaut-il  qae  tu  sois  aussi  chargé  du  poids  de  tes  propres  afftictionsi 
Le  temps  te  prouvera  combien  elles  sont  imaginaires ,  mais  elles 
ne  t'en  paraissent  pas  moins  pénibles  en  ce  moment.  JaiKs  Mar^ 
guérite  d' Anjon  aurait  pa  te  servir  en  quelque  lieu  que  ton  affee*- 
tion  fût  placée;  mais^  aujourdf hui  elle  ne  peut  que  centribœr  »U 
ruine  de  ses  amis^  et  jamais  à  leur  bonheur.  -^  Et  cette  daoïe  de 
tes  pensées,  Arthur ^  esi-elle  belle?  Est-elle  sage  et  vertmose? 
Est-elle  de  noble  naissance?  Taime-t-elle  ? 

En  l'interrogeant  ainsi ,  elle  fixait  sur  lai  le  regard  perçant  de 
Faigle. 

—  Je  le  vois,  continua-t»eHe ,  tu  répondrais  oui  à  tomes  mes 
questions,  si  la  timidité  te  le  permettait.  Eh  bien!  aime-la  en  re- 
tour, car  deraraour  naissent  les  beHes  actions*. —  Va ,  mon  noble 
jenne  homme,  avec  la  naissance,  la  loyauté,  la  valeur,  la  verta, 
l'amour  et  la  jeunesse,  à  quoi  ne  peuxHu  pas^  t'étever  ?  L'esprit  de 
ia  chevalerie  de  l'ancienne  Europe  ne  vit  que  dans^les  cœurs  sem- 
blables au  tien.  Va ,  que  les  éloges  des  reines  enflamment  ton  cœur 
d'amour  pour  l'honneur  et  la  gloire  I  —  Dans  trois  jours  nous  nous 
re  verrons  à  Aix. 

Arthur  se  retira  vivement  touché  de  la  condescendanee  et  de  k. 
bonté  de  la  reine.  Il  descendit  la  montagne  plus  fecilemeat,  mais 
moins  vite  qof^il  ne  l'avait  montée,  et  il  retrouva  dans  l'hospice 
son  écuy  er  provençal ,  qui  était  resté  fort  surpr  is  en  voyant  la  prfr 
cipitation  avec  laquelle  son  maitre  en  était  reparti  toattroubléi 
presque  à  l'instant  où  il  venait  d'y  arriver  d'un  air  calme  et  tran- 
quille.  Arthur  en  allégua  pour  cause  qu'il  avait  oubHé  sa  bourse 
au  couvent.  —  Votre  bourse  oubliée  chez  les  moines  I  dit  Tbié^ 
bault ,  je  ne  suis  plus  surpris  de  votre  hâte  ;  mais  je  prendS'Notre- 
Dame  à  témoin  que  je  n'ai  jamais  vu  une  créature  vivanMi  sî^ 


CfiAKtES  LE  rÉMÉRAIItE.  439 

n'est  une  cfaèv^  ayant  un  loup  snr  ses  talons,  gfayir  les  rochers 
et  courir  à  travers  les  ronces  comme  vous  yenez  de  le  £adre  ! 

Ils  arrivèrent  à  Aix  après  une  hetire  de  marche  environ ,  et  Ar- 
thor  ne  perdit  pas  de  temps  pour  se  rendre  près  du  roi  ftené,  qui 
lui  fit  le  meiOeur  accueil  ^  autant  par  stiite  de  la  lettre  du  duc  de 
Bourgogne ,  qu'à  son  titre  d'Anglais ,  sujet  fidèle  et  avoué  de  l'in- 
fortunée HtargU'erite.  Le  bon  monarque  eût  facilement  oublié  le 
manque  de  déférence  qu'avait  montré  son  jeune  hôte  en  disparais- 
sant brusquement  à  Tinstant  où  il  aurait  dû  écouter  un  air  de  sa 
composition  y  et  Arthur  vit  bientôt  que  s'excuser  de  cette  impoli- 
tesse, ce  serait  s'exposer  au  risque  d'être  tenté  plus  d'une  fois  de 
retomber  dans  là  même  faute ,  car  il  ne  put  détourner  le  roi  de  lui 
réciter  ses  poésies ,  et  de  lui  &ire  entendre  sa  musique ,  qu'en  l'en- 
gageant à  parler  de  sa  fille  Marguerite.  Artliur  avait  été  quelque- 
fois tenté  de  douter  de  Finfluence  que  la  reine  prétendait  avoir 
sur  son  vieux  père  ;  mais  quand  il  le  connut  personneliement ,  il 
resta  convaincu  que  rintelligence  supérieure  de  Marguerite  et  son 
énergique  caractère ,  tout  en  rendant  René  fier  d'une  telle  fille, 
donnait  à  celle-ci  un  irrésistible  ascendant  sur  son  faible  père. 

Quoiqu'elle  ne  l'eût  quitté  que  depuis  un  jour  ou  deux ,  et  d'une 
mailière  si  peu  gracieuse  ^  René  montra  autant  de  joie  de  la  proba- 
bilité de  son  prochain  retour,  que  le  père  le  plus  passionné  aurait 
pu  en  éprouver  à  la  perspective  d'être  bientôt  réuni  à  la  fille  la 
plus  soumise  dont  il  aurait  été  séparé  plusieurs  années.  Le  roi  at- 
tendait le  jour  de  son  arrivée  avec  toute  Timpatience  d'un  enfant  ; 
et  continuant  à  se  faire  une  étrange  illusion  sur  la  différence  qui 
'existait  entre  les  goûts  de  sa  fille  et  les  siens ,  ce  ne  fut  qu'avec 
difficulté  qu'il  se  laissa  détourner  du  projet  qu'il  avait  formé  de  la 
recevoir  déguisé  en  Palémon ,  le  prince  et  l'orgueil  des  bergers , 
à  la  tête  d'un  cortège  de  nymphes  et  de  pasteurs  arcadiens  dont 
les  danses  et  les  chants  seraient  animés  par  le  son  de  toutes  les 
musettes  et  de  tous  les  tambourins  de  la  contrée  mis  en  réquisition. 
Cependant  le  vieux  sénéchal  lui-même  intima  sa  désapprobation 
de  cette  espèce  de  joyeuse  entrée  ;  et  René  se  laissa  enfin  per- 
suader que  la  reine  était  encore  trop  pénétrée  des  impressions  re* 
ligieuses  qu'elle  avait  reçues  pendant  sa  retraite,  pour  que  des 
spectacles  et  des  sons  profanes  pussent  produire  en  elle  une  sensa- 
tion agréable.  Le  roi  céda  à  ces  raisons  en  soupirant  de  rêgrét; 
mais  Marguerite  échappa  à  la  contrariété  d'une  réception  qui  l'au-^ 


440  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

rait  peut-être  renvoyée  avec  impadence  au  couyent  de  Sainte-Yic* 
toire  et  dans  la  sombre  caverne  de  lou  Garagoule. 

Pendant  son  absence,  les  jours  se  passaient  à  la  cour  de  Pro- 
vence en  jeux  et  diyertissemens  de  toute  espèce;  des  joutes  ayec 
des  lances  à  fer  émonssé ,  le  jeu  de  bagues ,  des  parties  de  chasse 
avec  des  chiens  et  des  faucons ,  occupaient  les  jeunes  gens  i^^ 
deux  sexes 9  dans  la  compagnie  desquels  le  vieux  roi  se  plaisait; 
et  les  soirées  étaient  consacrées  à  la  danse  et  à  la  musique. 

Arthur  ne  pouvait  s'empêcher  de  s'avouer  que,  quelque  temps 
auparavant ,  un  tel  genre  de  vie  l'aurait  rendu  complètement  hea- 
reux;  maîsjes  derniers  mois  de  son  existence  avaient  déyeloppé 
son  intelligence  et  ses  passions.  Il  était  alors  initié  aux  devoirs 
sérieux  de  la  vie^  et  il  en  regardait  les  amusetnens  avec  une  sorte 
de  mépris,  de  sorte  que,  parmi  la  jeune  et  élégante  noblesse  qui 
composait  cette  cour  joyeuse,  il  fut  surnommé  le  jeune  philo- 
sophe ,  et ,  l'on  peut  bien  le  supposer,  ce  surnom  n'était  pas  mi 
compliment. 

Le  quatrième  jour,  un  exprès  vint  annoncer  que  la  reine  Mar- 
guerite arriverait  à  Aix  avant  midi,  pour  faire  de  nouveau  sa  ré- 
sidence dans  le  palais  de  son  père.  Lorsque  ce  moment  approcha , 
le  bon  roi  René  sembla  craindre  une  entrevue  avec  sa  fille,  autant 
qu'il  l'avait  désirée  auparavant ,  et  tout  ce  qui  l'entourait  se  res^ 
sentit  de  son  inquiète  impatience.  Il  tourmenta  son  maître-d'hôtel 
et  ses  cuisiniers  pour  qu'ils  se  rappelassent  les  différens  mets  qui 
avaient  obtenu  l'approbation  de  Marguerite  ;  il  pressa  les  musi- 
ciens de  préparer  les  airs  qu'elle  préférait,  et  l'un  d'eux  ayant  été 
assez  hardi  pour  lui  répondre  qu'il  ne  se  souvenait  pas  d'avoir  ja- 
maisVu  Sa  Majesté  en  écouter  aucun  aveô  plaisir,  le  vieux  mo- 
narque le  menaça  de  le  chasser  de  son  service  pour  avoir  ca- 
lomnié le  goût  de  sa  fille.  II.  ordonna  que  le  banquet  fût  prêt  à 
onze  heures  et  demie,  comme  si  en  l'avançant  il  dût  accélérer  l'ar- 
rivée des  convives  qu'il  attendait.  Alors  le  bon  roi  René ,  sa  ser- 
viette sur  le  bras,  se  promena  dans  son  salon ,  et  alla  de  croisée 
en  croisée,  demandant  à  chacun  s'il  n'apercevait  pas  encore  la 
reine  d'Angleterre.  A  l'instant  où  les  cloches  sonnaient  midi,  Mar- 
guerite entra  dans  la  ville  d'Aix  avec  un  cortège  peu  nombreux^ 
principalement  composé  d'Anglais,  tous  en  habits  de  deuil  comme 
.  elle.  Le  roi  René,  à  la  tête  de  sa  cour,  ne  tnanqua  pas  de  descen- 
dre du  péristyle  de  son  superbe  palais,  et  il  s'avança  dans  la  rue 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  441 

pour  aller  aurdeyant  de  sa  fille.  Fière,  hautaine,  et  craignant  le 
ridioule ,  Marguerite  ne  fut  pas  charmée  de  cette  entrevue  pu* 
bliqae  ;  mais  elle  désirait  en  ce  moment  faire  une  sorte  d'amende 
honorable  de  son  emportement ,  et  elle  s'emp  Asa  de  descendre 
de  son  palefroi.  Elle  fut  choquée  de  yoir  son  père  une  serviette 
sur  le  bras  ;  cependant  elle  s'humilia  en  fléchissant  un  genou  de-^ 
yant  lui,  et  lui  demanda  sa  bénédiction  et  son  pardon. 

— r  Tu  as  ma  bénédiction,  tu  l'as,  ma  colombe  souffrante ,  dit  le 
plus  simple  des  rois  à  la  plus  fière  et  à  la  plus  impatiente  princesse 
qjn  ait  jamais  perdu  une  couronne;  et  quant  à  mon  pardon,  com* 
ment  peux-tu  me  le  demander,  toi  qui  ne  m'as  jamais  oflensé  depuis 
que  Dieu  m'a  fait  la  grâce  de  m'accorder  une  fille  comme  toi? 
Lève-toi,  lève- toi,  dis-je  ;  ce  serait  à  moi  à  te  demander  pardon.  Il 
est  vrai  que  je  m'étais  dit,  dans  mon  ignorance,  que  mon  cœur 
avait  imaginé  une  excellente  scène  ;  mais  elle  t'a  chagrinée  :  c'est 
donc  à  toi  à  me  pardonner.  Le  bon  roi  René  se  mit  à  son  tour  à 
genoux  devant  sa  fille,  et  le  peuple,  qui  aime  ordinairement  tout 
ce  qui  fait  spectacle ,  applaudit  à  grand  bruit ,  et  non  sans  quelque 
rire  étouffé,  une  situation  qui  semblait  être  une  répétition  du  tableau 
de  a  la  Charité  romaine.  » 

Marguerite,  sensible  à  la  honte  du  ridicule,  et  comprenant  que 
cette  situation  avait  quelque  chose  ^e  burlesque,  du  moins  par  sa 
publicité,  fit  signe  à  Arthur,  qu'elle  vit  à  la  suite  du  roi,  de  s'ap« 
prêcher  d'elle,  et  s'appuyant  sur  son  bras  pour  se  relever,  elle  lui 
dit  en  anglais  :  —  A  quel  saint  me  vouerai-je  pour  en  obtenir  la 
patience  dont  j'ai  un  si  grand  besoin  ? 

—  Par  pitié.  Madame,  rappelez  votre  sang-froid  et  votre  fermeté 
d'ame,  lui  dit  à  demi-voix  son  nouvel  écuyer,  plus  embarrassé 
qu'honoré  des  fonctions  qu'il  remplissait,  car  il  sentait  la  reine 
trembler  de  dépit  et  d'impatience. 

Enfin,  ils  se  remirent  en  marche  vers  le  palais,  le  père  et  la  fille 
se  tenant  par  le  bras,  situation  très  agréable  à  Marguerite,  qui 
pouvait  se  résoudre  à  supporter  les  effusions  de  tendresse  de  son 
père  et  le  ton  ordinaire  de  sa  conversation ,  pourvu  que  ce  ne  fût 
pas  devant  témoins.  Elle  souffrit  de  même  les  attentions  fatigantes 
qu'il  eut  pour  elle  à  table,  dit  quelques  mots  à  ses  principaux  cour- 
tisans, demanda  des  nouvelles  de  quelques  autres,  fit  elle-même 
tomber  la  conversation  sur  ses  sujets  favoris^  la  poésie,  la  musique 
et  la  peinture;  au  point  que  le  bon  roi  fut  aussi  enchanté  de  la 


142  CHÂRISS  Lt;  TÉnéftAIRE. 

eiYifité  ettraoYdinaire  de  sa  fifle,  que  jamais  amant  te  fat  ddteûdre 
aTea  qu'il  reçoit  d*ane  maltresse  après  plusieurs  années  d'ime 
timide  assiduité^  en  coûta  à  la  hautaine  Marguerite  pins  d'un 
effort  pour  se  plier  à  joaer  ce  rôle,  et  son  orgueil  lui  reprocbait 
de  s'abaisser  à  flatter  les  faibles  de  son  père,  afin  d^obtenh*  de  lai 
Tabdication  de  ses  domaines  ;  mais  ayant  déjà  tant  hasardé  sur  cette 
seule  chance  de  succès  pour  une  entreprise  en  Angleterre ,  elle  ne 
Tit  on  ne  voulut  voir  aucune  autre  alternative. 

Entre  le  banquet  et  le  bal  dont  il  devait  être  suivi  y  la  reine 
chercha  Poccasion  de  parler  à  Arthur. 

—  Mauvaises  nouvelles,  mon  jeune  conseiller,  lui  dit-elle:  le 
carme  n'est  pas  rentré  dans  le  cloître  après  Toffice.  Ayant  appris 
que  vous  étiez  revenu  en  grande  hâte,  il  en  a  probablement  coocla 
qu'il  pouvait  être  soupçonné,  et  il  a  quitté  le  couvent  du  mont 
Sainte-Victoire. 

—  Il  faut  donc  accélérer  les  mesures  que  Votre  Majesté  a  résola 
d^adopter,  répondît  Arthur. 

—  Je  parlerai  à  mon  père  demain,  dit  Marguerite.  En  attendant, 
jouissez  des  plaisirs  de  la  soirée,  car  ils  peuvent  être  pour  voas  des 
plaisirs.  Mademoiselle  de  Boisgelin,  je  vous  donne  ce  soir  ce  cava- 
lier pour  partenaire'. 

La  jolie  Provençale  aux  yeux  noirs  fit  une  révérence  avec  tout 
le  décorum  convenable ,  et  jetai  un  coup  d'oeil  d'approbation  sor  le 
jeune  et  bel  Anglais.  Mais  soit  qu'elle  craignît  sa  réputation  de 
philosophe,  soit  qu'elle  eût  des  doutes  sur  son  rang,  elle  ajouta 
cette  clause  :  —  Si  ma  mère  y  consent. 

—  Votre  mère.  Mademoiselle,  dit  la  reine  avec  fierté,  ne  peut, 
je  crois,  désapprouver  que  vous  acceptiez  un  partenaire  qdi  vous 
est  offert  par  Marguerite  d'Anjou.  Heureux  privilège  de  la  jeunesse! 
ajouta-t-elle  en  soupirant,  pendant  que  le  jeune  couple  s'éloignait 
pour  coDunencer  un  branle  ^  ;  elle  peut  encore  cueillir  une  flenr 
dans  le  sentier  le  plus  aride. 

Arthur  se  comporta  si  bien  pendant  tonte  la  soirée,  que  la  jeune 
comtesse  n'éprouva  peut-être  d'autre  regret  que  de  voir  un  jeune 
homme  si  bien  fait  et  si  accompli  borner  ses  complimens  et  ses 
attentions  à  cette  politesse  un  peu  froide  que  prescrivent  les  règles 
de  la  cérémonie. 

I.  En  uçlaû  brawlt  une  espèce  de  dattse. 


CHAPITRE  XXXIL 


C'Mest  fait,  j'ai  donné  mon  plein  consentement* 
Co  fnoi  1»  oNjecté  B'«st  piiM  qv'abaiasemeiiti 
Mh  gloire  est  éclipsée  et  se  change  en  bassesse, 
Wm  pouvoir  en  oéeM  et  mai  foroven  ftûbleiee. 
Le  monarque  n'est  plus  qu'an  sujet,  an  manant. 

SBAKSPXAaa. 


L«  jour  snmnt  fat  téincâii  d'oM  scène  phM  gra^e.  Le  rei  René 
pas  ouUié  de  dresser  le  plaît  des  plsLisirs  de  la  jammée^ 
maia,  à  sa  grande  sarprise  et  à  son  regret  encore  phis  grand, 
Margnerite  lui  demanda  on  entretien  ponralfaires  sérieuses.  S*il  y 
«^ait  au  monde  une  prQf)Osition  que  René  détestât  an  fcmd  du  cœur^ 
c^était  celle  de  s'oceaper  d- affaires» 

—  Que  désirait  sa  chère  enfant  ?  lui  demanda-t-il.  Etait-ce  de 
i^ar^jeat  ?  il  lui  dkiniiersult  tont  ce  qa'il  en  artak,  qooiqne  son  trésor 
fkt^ presque  vies;  cependasat'  ii  Tenait  de  recevoir  me  portion'  de 
son  revenu  :  dix  mille  •cooronnesv  Combien  en  voniaiti*  dle>?  k 
aoilié  ?  les  trovs-qnart&P  le  tout  était  à  sa*  disposition. 

—  Hélas  I  mon^père  ^  répondit  I^vguerite ,  ce  n'est  pas  de  mes 
ettâres^qiie  je  désire  veas  perler;  c'«5t  des  vôtres. 

—  Dos  miennes!  répéto  René  ;  en  ce  cas ,  je  sois  s&remenc  le 
«wilré  de  les  nsmettare  à  anântiie  j^mr^  à  quelque  jour  de  pluie  qui 
ne  peut  être  bon  à  rien  de  mieux.  Vois,  ma  chère  enfant ,  les  feio- 
cenmers  sont,  déjà  a;,  cbe^al:!;:  nos  co«irstera>  hemiisseiit  et  trépi- 
gnent; nosjeune»  gens  de»  deusL  sexes  ont  lefancon  surlepoing; 
ks  épagnenk  sovt  acoouplés  e»  laisse^  Ce  serait  un  pédn&y  avee 
le  temps  et  le  vent  qu'il  Mt,  de  perdre  une  si  Joëlle  journée» 

—  Laissez-les  partir  es  s^amusar,  nH>n  pèse;  cav  dœis  PaOuie 
dont  j'ai'  à  vous  parler,  il.  s'agit  de  l'honnenr  et  de  la  Tie. 

—  Mais  j'ai  à  juger  ufit  dé&  entre  Galezon  et  Jean  à^Mgae^ 
Vkfnm^  nos  deux  plus  célèbres  troubademrsy  et  illaut  que  je  les 
«Meide. 

—  Remettez  cette  af&ire  à  demain ,  et  aiqéivd'iiui  eonoucitt 
«ne  heuffeeu  dcos  à  ctiite  qui  sont  ptos/impoitante». 


444  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

—  Si  yons  l'exigez  absolument ,  ma  chère  enfant ,  vous  sayez 
que  je  ne  pois  voas  dire  non. 

Et  le  roi  René ,  fort  à  contre-cœnr ,  donna  ordre  qu'on  partit 
sans  lui  pour  la  chasse. 

Semblable  à  un  lëyrier  que  retient  le  chasseur,  le  yieux  roi  se 
laissa  alors  conduire  dans  un  appartement  particulier.  Pour  s'as- 
surer de  ne  pas  être  interrompue,  la  reine  plaça  dans  l'antichambre 
son  secrétaire  Mordaunt  et  Arthur,  en  leur  donnant  la  consigne  de 
ne  laisser  entrer  personne. 

—  Quant  à  ce  qui  me  concerne,  Marguerite,  dit  le  bon  vieillard, 
je  consens  à  être  tenu  au  secret  ;  mais  pourquoi  empêcher  le  vieux 
Mordaunt  de  faire  une  promenade  par  une  si  belle  matinée ,  et  le 
jeune  Arthur  de  s'amuser  comme  les  autres?  Quoiqu'on  l'appelle 
philosophe ,  je  vous  réponds  qu'en  dansant  hier  soir  avec  la  jeune 
.comtesse  de  Boisgelin ,  il  a  prouvé  qu'il  a  le  pied  aussi  léger  qu'aor 
cun  galant  de  la  Provence, 

—  Ils  sont  nés  dans  un  pays,  répondit  Marguerite,  on  les 
hommes  apprennent  dès  l'enfance  à  préférer  leurs  devoirs  à  leurs 
plaisirs. 

Le  pauvre  roi ,  conduit  dans  ce  que  nous  pouvons  appeler  le 
cabinet  du  conseil,  vit  en  frémissant  intérieurement  la  fatale  cas- 
sette à  cercles  d'argent,  qui  ne  s'était  jamais  ouverte  en  sa  pré- 
sence que  pour  l'accabler  d'ennui ,  et  il  calcula  donloureasemeot 
combien  de  bâillemens  il  aurait  à  étouffer  avant  d'avoir  pris  en 
considération  tout  ce  qui  s'y  trouvait.  Cependant  quand  le  con- 
tenu fiit  mis  sons  ses  yeux ,  il  reconnut  qu'il  était  d'un  genre 
à  lui  inspirer  à  lui  -  même  de  l'intérêt ,  quoique  d'une  nature 
pénible. 

Sa  fille  lui  présenta  un  aperçu  clair  et  précis  des  dettes  assurées 
sur  diverses  parties  de  ses  domaines  qui  en  étaient  le  gage ,  et  on 
état  exact  des  sommes  considérables  dont  le  paiement  était  exigible 
à  l'instant  même ,  et  pour  l'acquit  desquelles  il  n'existait  aucoBS 
fonds  disponibles.  Le  roi  se  défendit  comme  le  font  les  débiteurs 
qui  se  trouvent  dans  la  m'êmesituation.  A  chaque  demande  de  six , 
sept  on  huit  mille  ducats ,  il  répondait  qu'il  avait  dix  mille  écos 
dans  son  trésor,  et  il  montra  la  plus  grande  répugnance  à  se  lais- 
ser convaincre  que  cette  somme  ne  pouvait  suffire  pour  en  acquit- 
ter trente  fois  autant. 

—  En  ce  cas ,  dit  le  roi  avec  qpelque  impatience  >  pourquoi' ne 


CHARLES  LE  TÉÀIÉkAIRE.  445 

pas  payer  çenx  qui  sont  le  plas  pressans»  et  faire  attendre  les  antres 
jusqa'à  ce  que  nous  ayons  fait  quelque  autre  recette  ? 

—  C'est  à  quoi  Ton  a  eu  trop  souvent  recours  y  répondit  la  reine  ; 
on  ne  peut  agir  honorablemeot  sans  payer  des  créanciers  qui  ont 
avancé  tout  ce  qu'ils  possèdent  pour  le  service  de  Votre  Majesté. 

—  I^Iais  ne  suis-je  pas  roi  des  Deux-Siciles ,  de  Naples ,  d'Ara- 
gon et  de  Jérusalem  !  Le  monarque  de  si  beaux  royaumes  doit-il 
être  poussé  à  la  muraille ,  comme  un  banqueroutier,  pour  quelques 
misérables  sacs  d'écus  ? 

—  Vous  êtes  sans  doute  monarque  de  ces  royaumes  ;  mais  est- 
il  nécessaire  de  rappeler  à  Votre  Majesté  que  vous  ne  Têtes  que 
comme  je  suis  reine  d'Angleterre,  sans  y  posséder  un  seul  arpent  de 
territoire ,  et  sans  en  tirer  un  sou  de  revenu  ?  Vous  n'avez  d'autres 
domaines  que  ceux  qui  sont  énoncés  sar  cet  autre  papier ,  avec  la 

liste  exacte  du  revenu  qu'ils  rapportent Vous  voyez  qu'il  est 

bien  loin  de  pouvoir  suffire  pour  maintenir  votre  dignité  et  pour 
payer  les  sommes  considérables  que  vous  devez  à  divers  créanciers. 

—  Il  est  cruel  de  me  presser  ainsi ,  Marguerite.  Que  puis-je 
faire  ?  Si  je  suis  pauvre,  ce  n'est  pas  ma  faute.  Bien  certainement  je 
paierais  avec  grand  plaisir  les  dettes  dont  vous  parlez,  si  j'en  avais 
le  moyen. 

—  Je  vais  vous  l'indiquer,  mon  père.  —  Renoncez  à  votre  di- 
gnité inutile ,  et  qui ,  avec  les  prétentions  dont  elle  est  accompa- 
gnée ,  ne  sert  qu'à  jeter  du  ridicule  sur  vos  infortunes.  Abdiquez 
Tos  droits  comme  souverain ,  et  le  revenu  qui  e3.t  insuffisant  pour 
fournir  aux  vaines  dépenses  d'une  ombre  de  cour  vous  mettra  en 
état ,  comme  simple  baron ,  de  jouir,  dans  le  sein  de  l'opulence , 
de  tous  les  plaisirs  que  vous  aimez. 

—  Vous  parlez  follement ,  Marguerite ,  répondit  René  avec  un 
peu  d'humeur.  Les  nœuds  qui  attachent  nn  roi  et  son  peuple  ne 
peuvent  être  rompus  sans  crime.  Mes  sujets  sont  mon  troupeau  ; 
le  ciel  les  a  confiés  à  mes  soins,  et  je  n'ose  renoncer  au  devoir  de 
les  protéger. 

—  Si  vous  étiez  en  état  de  le  faire ,  Marguerite  vous  conseille- 
rait de  combattre  jusqu'à  la  mort.  Mais  endossez  votre  armure , 
que  vous  n'avez  pas  portée  depuis  si  long-temps  ;  —  montez  sur 
TOtre  cheval  de  bataille ,  poussez  le  cri  de  guerre  :  —  René  et  la 
Provence  I  et  vous  verrez  si  cent  hommes  se  rassembleront  autour 
de  votre  étendard.  Vos  forteresses  sont  entre  les  mains  d'étran- 


446  GHAaUSiS 

gtts  ;  TOtis  a'awK  p» d'amëe ;  ^os ▼Msanx  ftmfeat  a^oir  delà 
bonne  volonté  ,  aMÎs  il  lewr  aun^e  la  sdenee  militaire  et  la  dif- 
dpliiie ,  qui  fMit  les  soldaU.  Votre  uMmurchie  n'est  qu'on  sque- 
lette que  la  France  on  la  Bonrgogne  pent  renverser  à  TinsUit 
où  il  plaira  à  l'une  de  ces  puissances  d'étendre  le  bras  conu« 

elle. 

Les  larmes  coulèrent  en  abondanoe  le  long  des  joues  du  vieux 
roiy  quand  ce  fâcheux  tableau  lui  £ut  mis  sois  les  yeux  ;  et  il  ne  put 
s'empêcher  de  convenir  qu'il  n'avait  le  moyen,  ni  de  se  défendre 
lui-même,  ni  de  protéger  ses  domaines,  et  d'avouer  même  qu'il 
avait  souvent  songé  à  la  nécessité  de  traiter  de  ses  possessions 
avec  l'un  de  ses  puissans  voisins. 

— C'est  votre  intérêt,  dure  et  cmelle  Marguerite,  ajoutaht-il, 
qui  m'a  empêché  jusqu'à  présent  de  prendre  des  mesures  pénibles 
à  ma  sensibilité ,  mais  peut-être  plus  convenables  à  moa  avantage 
particulier.  J'avais  espéré  que  l'état  actuel  des  choses  pourraât 
dorer  autant  que  moi,  et  que  vous,  ma  fille,  avec  les  talens  qoele 
ciel  vous  a  donnés,  vous  auriez  trouvé  quelque  moyen  pour  remé- 
dier à  des  malheurs  anxquds  je  ne  puis  échapper  ^'en  évitant 
d'y  songer. 

—  Si  c'est  tout  de  bon  que  vous  parlez  de  mon  intérêt,  sadiei 
qu'en  abdiquant  la  souveraineté  de  la  Provence,  vous  satisferez 
le  désir  le  plus  ardent,  presque  le  seul  désir  que  num  cœur  poisse 
former;  mais  je  prends  le  del  à  témoin,  mon  père,  ^e  c'est 
pour  vous  autant  que  pour  moi  que  je  v^ms  y  engage. 

— Ne  m'en  dites  pas  davantage,  ma  chère  eaiant;  donneMnoi 
l'acte  d'abdication,  et  je  le  signerai;  car  je  vois  que  vous  l'ayez 
déjà  préparé.  Signons-le ,  et  nous  irons  rejoindre  la  ichasse.  Ufaat 
savoir  supporter  le  malheurs  à  quoi  sert  de  s'en  laisser  accabler  et 
de  pleurer? 

— Ne  me  deyiandezn^wus  pas,  dit  Marguerite  surprise  de  «m 
s^tUe }  ^  qni  "^otts  cédez  vos  domaines  ? 

— Que  m'importe,  puisqu'ils  ne  doivent  plus  m'appartenir? 
Ce  doit  être  on  à  Charles  de£oargogne,  ou'àmon  nev^eu  Louis, 
deux  princes  poissans  et  politiques.  Diaa  teuiUe  que  mes  pauvres 
sujets  n'aient  pas  lieu  de  regretter  leuff  vienx  roi,  dont  k  seul 
plaisir  était  de  les  voir  hieur«nx  et  joyeux. 

-^  C'est  au  duc  deBoni^giigne  que  voas^  cèdes  la^ProveMCu 

--C'i^t^^ehiiipiei'auraispréfei^.  U  tslfler,  wéa  U  n'astp« 


rji^pT^!,S  l£  TÉHEIUIBE.  447 

méchant.  Un  mot  de  plas  :  les  droits  et  privilèges  de  mas  sojeU 
sont-ils  bien  assurés  ? 

—  Pleinement  ;  et  il  a  été  poaryu  honorablement  à  tons  tos 
besoins.  Je  n'ai  pas  voulu  laisser  en  blanc  les  stipulations  à  cet 
égard,  quoique  j'eusse  peut-être  pu  me  fier  à  la  générosité  de 
Charles  de  Bourgogne  quand  il  n'est  question  que  d'argent. 

—  Je  ne  demande  rien  pour  moi.  Avec  sa  viole  et  son  crayon^ 
René  le  troubadour  sera  aussi  heureux  que  l'a  jamais  été  le  roi  René* 

£n  acheyant  ces  mots,  il  siffla  très  philosophiquement  le  refrain 
du  dernier  air  qu'il  avait  composé,  et  signa  Tabandon  des  posses- 
sions royales  qui  lui  restaient ,  sans  ôter  son  gant  et  sans  même 
lire  l'acte  d'abdication. 

— Et  qu'est  ceci  ?  ddnauda-t-il  en  regardant  un  morceau  de 
parchemin  de  moindres  dimensions.  Faut-il  que  notre  par^t 
Charles  ait  les  Deux-Siciles ,  la  Catalogne,  Naples  et  Jérusalem, 
abssi  bien  que  les  pauvres  restes  de  notre  Provence?  Il  me 
semble  que,  par  décence,  on  aurait  dû  choisir  une  plus  grande 
feuille  de  parchemin  pour  une  cession  si  considérable. 

—  Cet  acte,  repondit  Marguerite ,  désavoue  seulement  les  ef- 
forts téméraires  de  René  de  Yaiidemont  en  Lorraine,  abandonne 
sa  cause,  et  renonce  à  toute  querelle  à  ce  sujet  avec  Charles  de 
Bourgogne. 

Pour  cette  fois  seulement  Marguerite  avait  trop  compté  sur  le 
caractère  facile  de  son  père.  René  tressaillit  9  ses  joues  devinrent 
pourpres  ;  il  l'interrompit,  et  s'écria  en  bégayant  de  cx>lère: 

— Quoi  I  désavoue  seulement ,  —  abandonne  seulement ,  — re- 
nonce seulement!  Et  il  s'agit  de  la  cause  de  mon  petit-fils,  du  fils 
de  ma  chère  Yolande ,  de  ses  droits  légitimes  sur  l'héritage  de 
sa  mère!  Marguerite,  j'en  rougis  pour  toi.  Ton  orgueil  est  une 
excuse  pour  ton  mauvais  caractère  ;  mais  qu'est-ce  que  l'oi^eil 
qui  peut  s'abaisser  jusqu'à  commettre  un  acte  déshonorant?  Aban- 
donner, désavouer  ma  chair  et  mon  sang ,  parce  que  ce  jeune 
homme  lève  le  bouclier  en  brave  chevalier,  et  est  disposé  à  dé- 
fendre ses  droits  par  les  armes!  — Je  mériterais  que  les  sons  de 
cette  harpe  ne  fissent  retentir  que  ma  honte,  si  j'étais  capable  de 
t'écouter. 

Marguerite  fi^t  pve^ne  étourdie  par  l'opposition  inattendue  du 
vieillard.  £Ue  chercha  pourtant  à  hii  prouver  que  le  point  d'hon- 
j^T  n'^xigmtf^s  j^neJiep^  ^usat  la  cau^d'unjemio  aventor 


448  CHARLES  LE  TÉMÉaAIRE. 

lier  dont  les  droitSi  fassent-ils  meilleurs  qu'ils  ne  Pétaient ,  ne  se 
trouvaient  soutenus  que  par  quelques  misérables  secours  d'ar- 
gent qu'il  recevait  sous  main  de  la  France ,  et  par  les  armes  de 
quelques-unes  de  ces  troupes  de  bandits  qui  infestent  les  frontières 
de  tous  les  pays.  Mais  avant  que  le  roi  René  eût  pu  lui  répondre, 
on  entendit  parler  à  haute  voix  dans  l'antichambre,  la  porte  s'en- 
tr'ouvrit  avec  violence,  et  l'on  vît  entrer  un  chevalier  armé,  cou- 
yert  de  poussière ,  et  dont  l'extérieur  annonçait  qu'il  venait  de 
faire  un  long  voyage. 

— Me  voici,  père  de  ma  mère,  dît-il:  voyez  votre  petit-fils, 
René  de  Yaudemont,  le  fils  de  votre  Yolande,  s'agenouiller  à  vos 
pieds  pour  vous  demander  votre  bénédiction. 

— Je  te  la  donne,  répondit  le  roi  René,  et  puisse-t-elle  te 
porter  bonheur,  brave  jeune  homme^  image  de  ta  sainte  mèrei 
Mes  bénédictions,  mes  prières  et  mes  espérances  sont  pour  toi! 

—  Et  vous,  belle  tante  d'Angleterre,  dit  le  jeune  chevalier 
en  se  tournant  vers  Marguerite,  vous  qui  avez  vous-même  été 
dépouillée  par  des  traîtres ,  n'avouerez-vous  pas  la  cause  d'un  pa- 
rent qui  fait  les  derniers  efforts  pour  défendre  son  héritage  ? 

«-Je  vous  souhaite  tout  le  bonheur  possible ,  beau  neveu,  ré- 
pondit la  reine  d'Angleterre ,  quoique  vos  traits  me  soient  étran- 
gers. Mais  conseiller  à  ce  vieillard  d'embrasser  votre  cause,  quand 
elle  est  désespérée  aux  yeux  de  tous  les  hommes  sages ,  ce  serait 
une  folie ,  une  impiété. 

— Ma  cause  est-elle  donc  si  désespérée?  dit  le  jeune  René.  Par- 
donnez-moi si  je  l'ignorais.  Est-ce  ma  tante  Marguerite  qui  parle 
ainsi  ?  elle  dont  le  courage  a  soutenu  si  long-temps  la  cause  de  la 
maison  de  Lancastre ,  quand  les  défaites  avaient  abattu  ses  guer- 
riers? Quoi  !  pardon  encore  une  fois,  mais  je  dois  plaider  ma  cause. 
—  Qu'auriez- vous  dit  si  ma  mère  Yolande  avait  été  capable  de 
conseiller  à  son  père  de  désavouer  votre  époux  Edouard ,  si  le  ciel 
lui  avait  permis  d'arriver  en  Provence  en  sûreté  ? 

—  Edouard,  répondit  Marguerite  en  pleurant,  était  incapable 
d'engager  ses  amis  à  embrasser  une  cause  qui  n'était  plus  soate- 
nable.  Mais  c'en  était  une  pour  laquelle  des  pairs  et  des  princes  puis- 
sans  avaient  levé  la  lance. 

—  Cependant  le  ciel  ne  l'a  pas  bénie>  dit  Yaudemont. 

—  La  vôtre,  continua  Marguerite,  n'est  appuyée  que  par  les 
barons  brigands  d'Allemagne ,  les  bourgeois  parvenus  des  cités 


CHARLES  LE  TÉMERiURE.  449 

da  Rhin  9  et  les  misérables  paysans  confédérés  des  Cantons. 

—  Mais  le  ciel  l'a  bénie ,  répliijaa  Yaudemont.  Apprenez,  femme 
oi^eilleusey  que  je  Tiens  ici  pour  mettre  fin  à  vos  intrigues  per- 
fides,  et  que  je  n'y  arrive  pas  en  aventurier  inconnu,  faisant  la 
guerre  et  subsistant  plutôt  par  subterfuge  que  par  la  force,  mais 
en  vainqueur  quittant  un  champ  de  bataille  sanglant ,  sur  lequel 
le  ciel  a  humilié  l'orgueil  du  tyran  de  la  Rourgogne. 

—  Cela  est  faux  I  s'écria  la  reine  en  tressaillant  ;  je  ne  le 
crois  pas. 

—  Gela  est  vrai,  dit  le  jeune  René ,  aussi  vrai  qu'il  l'est  que  le 
ciel  nous  couvre.  —  Il  n'y  a  que  quatre  jours  que  j'ai  quitté  le 
champ  de  bataille  de  Granson  couvert  des  cadavres  des  soldats 
mercenaires  de  Charles.  —  Ses  richesses,  ses  joyaux  ,  son  argen- 
terie, ses  brillantes  décorations,  sont  devenus  la  proie  des  Suisses , 
qui  peuvent  à  peine  en  apprécier  la  valeur.  —  Connaissez-vous 
ceci,  reine  Marguerite?  ajouta-t-il  en  lui  montrant  le  joyau  bien 
connu  qui  décorait  le  cordon  de  l'ordre  de  la  Toison-d'Or  que  por- 
tait le  duc  ;  croyez-vous  que  le  lion  n'était  pas  chassé  de  bien  près, 
quand  il  a  laissé  de  telles  dépouilles  à  ceux  qui  le  poursuivaient  ? 

Marguerite  fixa  des  yeux  hagards  sur  une .  preuve  qui  Confir- 
mait la  défaite  du  duc,  et  qui  lui  annonçait  la  perte  de  ses  der- 
nières espérances.  Son  père,  au  contraire,  fut  frappé  de  l'hé- 
roKisme  du  jeune  guerrier,  qualité  qu'il  croyait  éteinte  dans  sa 
famille^  à  l'exception  de  ce  qui  en  restait  dans  le  sein  de  sa  fille 
Marguerite.  Admirant  au  fond  du  cœur  ce  jeune  homme  qui  s'ex- 
posait à  tant  de  dangers  pour  acquérir  de  la  gloire,  presque  au- 
tant que  les  poètes  qui  rendent  inmiortelle  la  renommée  des  guer- 
riers, il  serra  son  petit-fils  contre  son  cœur,  lui  dit  de  ceindre 
son  épée  avec  confiance,  et  l'assura  que  si  Targent  pouvait  être 
utile  à  ses  affaires,  il  avait  dans  son  trésor  dix  mille  écus  qui  étaient, 
en  partie  ou  en  totalité,  à  sa  disposition ,  prouvant  ainsi  la  vérité 
de  ce  qu'on  a  dit  de  lui ,  que  sa  tête  était  incapable  de  contenir 
deux  idées  à  la  fois. 

Nous  retournerons  maintenant  près  d'Arthur ,  qui ,  ainsi  que 
Mordaunt ,  .le  secrétaire  de  la  rejine  d'Angleterre,  n'avait  pas  été 
peu  surpris  de  voir  le  comte  de  Yaudemont ,  se  qualifiant  duc  de 
Lorraine,  entrer  dans  l'antichambre  où  ils  étaient  en  quelque 
sorte  en  faction,  suivi  d'un  grand  et  vigoureux  Suisse  portant  une 
énorme  hallebarde  appuyée  sur  son  épaule.  Le  prince  s'étant 

^9 


4M  CHARLES  LE  TÉUÉRAIRE. 

nommé,  Artlnir  ne  jtigeft  pat  crawnftMe  de  aftoppeser  à  ee^^'il 
se  présentât  devant  son  olèîilet  sn ttmey  dftatant  plno  fn'il enmt 
&lki  aToirreoours  à  la  ftreeponr  Farrêier.  DansleTObnatoludb* 
bardioTi  qui  ent  assez  de  kon  sens  ponr  s*«rfâter  âa«s  ¥%êA 
cbambrei  Arthary  à  son  grand  éfeonnement,  reeonnni Stginmeai 
Biederman,  qm,  après  avoir  regardé  «n  instant  Artlinrenoanrraiic 
de  grands  yeux,  eomme  on  ctnen  qaà  rooonnak  tout  à  eo«p  onde 
ses  favoria ,  eosrat  à  lai  en  poussant  on  eri  de  joie,  et  lu  dit  pré- 
cipitamment combien  il  était  charmé  de  Tavoir  rencontré ,  «lleada 
qa'il  ayait  des  choses  importantes  à  hn  raconter.  Jamaîe  â  a^tttt 
facile  à  Sigismond  de  mettre  de  l'ordre  dans  ses  idées,  et  il  j  ré- 
gnait en  ce  moment  tant  de  confcsîon ,  par  suite  de  k  jde  qœ  loi 
inspirait  la  victoire  qoe  ses  concitoyens  Tenaient  de  remporter  snr 
le  dnc  de  Bourgogne ,  qoe  ce  fixt  avec  une  nouvelle  surpnsa  fa'Ar- 
thur  entendit  son  récit  on  peu  obscur ,  quoique  fidèle. 

—  Voyez  -  touo ,  roi  Arthur  ,  dit  Sigismond ,  le  eue  était 
arrivé  arec  une  armée  immense  jusqu'à  Granson ,  qui  est  sîlaé 
près  des  bords  du  grand  lue  de  Neufchâtel  r  il  y  awt;  ckui  à  tàx. 
cents  Gon£édéréa  dans  cette  place,  et  3s  tinrent  bon  tant  qu*ib 
eurent  des  vivres^  après  quoi  yous  sentez  qu'ib  fiirei^  ebligés 
de  se  rendre.  Mais  quoicpie  la  tsàm  soit  difficile  à  suppeeiery  as 
auraient  mieux  fait  de  la  souffrir  un  jour  ou  deux  de  plus ,  car 
Charles,  ce  boucher,.  les  fit  pendre  tous  aux  arbres  qui  sout  tant 
autour  de  la  yille  ;  et  après  vue  pareille  opération,  tous  jugez bkn 
qn'ik  n'avaient  plus  d''a|^tit.  Pendmt  ce  tenips^  dbacuase  met- 
tait en  mouTement  sur  noa  montagnes,  et  quicompie  UTait  une 
'épée  ou  une  {«que,  s'en  armait.  Nous  nous  réuntaws  à  Nanchâ* 
UA ,  et  quelques  Allemands  se  joignirent  à  nous  avec  le  noble  duc 
de  Lorraine.  Ahl  rw  Arthur,  Tstti^  un  chef I  Hbua  le  regandOBS 
tous  comme  ne  le  cédant  qu'à  Rodolphe  DonaerhngeL  Voma^nca 
de  le  Totr  ;  c'est  liû  qpi  i^ent  d'entrer  dans  celte  chamliraw  Mais 
TOUS  Fayiez  vu  auparavant;  c'est  lui  qui,  élmt  le  cheuaMer  Uea 
de  Baie.  Nous  le  nommions  alors  Laurenz ,  parce  que  Rodolphe 
disait  qu'il  ne  £aUmt  pas  que  mon  père  sèt  qifil  était  amec  nous; 
et  quant  à  moi,  je  ne  savmis  rédfement  pas  qui  il  était»  JBh  hieul 
quand  nous  arrivlbies  à  Néndhttet ,  nous  étions  en  «eseB  bon 
nombre,  envirmi  quinze  mille  rrtmstes  GoiilëdéréB,«tîe  iKmagi^ 
rantis  qu'il  pouvait  y  avoir  en  outre  cinq  mille  AtteanÂds  ou  Lor- 
raâas.  Là  nous:  apprimea  que  le  due  avait  soixante  mâle  àoBomes 


CRiURLES  LE  TÉMÉRAIRE.  4St 

ïfÈigÊB  ;  flnkoii  ttOQS  Ht  «ttssi  que  Girarles  aTâit  fait  pendre 
frères  eMime  des  ohiens;  et  il  rfj  aTait  peint  parmi  nous, 
j^mtendsparmi  les  CSonfMérés,  un  senl  henime  «foi-votilûl  sTamnser 
4  eoaipler  eomUen-  nons-étienB ,  quand  il  s'agissait  de  les  Tengér» 
Je  Toôdrais  que  to«s  eassieE  entendn  les  eris  terribles  de  qninie 
flttfie  Soisses  deasandanc  à  marcher  contre  le  boncher  de  lenrs 
irèresl  Mon  père  hn-mème,  qui,  comme  toqs  le  savez,  esc  ordl^ 
naarem^ifl;  si  ami  de  la  paix ,  but  le  premier  à  donner  sa  TOix  ponr 
qdfàn  liTrft  baCirille.  Ainsi  donc,  an  point  dn  jonr ,  nous  descett*> 
•Âmes  le  long  du  lac  dn  côté  de  Granson ,  les  larmes  ans  yeax ,  les 
armeé  à  la  main ,  et  ne  respirant  que  mort  ou  Tongeance.  Nons 
arriirames  à  ime  sorte  de  déAlé  entre  Vanxmoreax  et  le  lac  ;  il  j 
avait  de  la  cavalerie  snr  la  petite  plaine  entre  k  montagne  et  le 
lac  f  et  on  corps  nombreux  d^iuhnterie  occupait  ht  montagne.  Nons 
la  gravîmes  ponr  Pen  chasser ,  tandis  que  le  duc  de  Lorraine  et 
ses  troupes  at€aq«iaient  ht  cavalerie.  Notre  attaque  fut  Paffiiirë 
d'un  moment*  Clâcnn  de  nous  était  comme  chez  lui  sur  lesrochers^ 
et  les  soldats  du  doc  y  étaient  [aussi  embarrassés  que  vous  Pa^ez 
été ,  Arthur,  le  jour  de  votre  arrivée  à  Geierstfein.  Hais  ils  ne 
trouvèrent  pas  de  jolies  filles  pour  leur  donner  la  main  et  les  aider 
àdescendre.  Non,  non,  il  n'y  avait  que  despiques,  despertnisanes, 
des  hallebardes ,  et  en  bon  nombre,  pour  les  pousser  et  les  préd* 
piter  de  ces  lieux  où  ils  auraient  à  peine  pu  tenir  pl«d  s'il  n'y  avait 
en  personne  pour  les  en  déloger.  Les  cavaliers ,  pressés  par  les 
Lorrains,  et  nous  voyant  sur  leurs  flancs ,  s'enftiiretit  aussi  vite 
que  leurs  chevaux  purent  les  porter.  Alors  nous  nous  réunîmes  de 
nouveau  sur  la  plaine ,  en  baon  campagna ,  comme  disent  les  Ita^ 
liens,  dans  un  endroit  où  les  montagnes  s'éloignent  du  lac.  Mais  à 
peine  avions-nous  formé  nos  rangs,  que  nons  entendîmes  un  cariU 
km  d'instmmens  ,  un  brnit  de  chevaux  ,  des  cris  assourdissans^ 
comme  si  toute  la  cavalerie,  tons  les  soldats  et  tous  les  ménestrels 
de  France  et  d^AMemâgne  se  fussent  disputés  à  qui  ferait  le  plus  de 
tapage.  Nous  vîmes  s'approcher  un  épais  nuage  de  poussière  ;  et 
nons  commençâmes  à  penser  qu'il  fallait  vaincre  ou  mourir,  car 
Chartes  avançait  avec  toute  son  armée  ponr  soutenir  son  avant- 
garde.  Un  coup  et  vent  venant  des  [nKmtagnes  diissipa  la  pous^ 
sière ,  car  ils  avaient  Sait  halte  ponr  se  ranger  en  bataille.  O 
Arthur!  vous  auriez  donné  #&  ans  [de  votre  vie  pour  voir  ee 
spectadel  il  y  avait  des  milHers^de  dkevaux  dent  les  harnais  su- 

^9- 


452  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

perbes  brillaient  an  soleil  ;  des  chevaliers  par  centaines,  ayant  sur 
leurs  casques  des  couronnes  d'or  ou  d'argent  ;  des  masses  de  lan- 
ciers à  pied  y  et  des  canonsi  comme  on  les  appelle.  Je  ne  savais 
ce  qu'étaient  ces  machines  que  des  bœub  traînaient  lourdement, 
qu'ils  placèrent  en  avant  de  leur  armée ,  mais  j'appris  à  les  con- 
naître mieux  avant  la  fin  de  la  matinée.  Eh  bien  1  on  nous  ordonna 
de  nous  former  en  bataillon  carré,  comme  si  nous  avions  fait  l'exer- 
cice; et  avant  de  marcher  en  avant,  on  nous  commanda,  suivant 
notre  pieux  et  bon  usage ,  de  nous  mettre  à  genoux  pour  invoquer 
l'aide  de  Dieu,  de  Notre-Dame  et  des  saints.  Nous  apprîmes  ensuite 
que  Charles ,  dans  son  arrogance ,  s'imagina  que  c'était  pour  im- 
plorer sa  merci.  Ha  !  ha  I  ha  1  excellente  plaisanterie  I  Si  mon  père 
s'est  agenouillé  devant  lui,  c'était  pour  épargner  le  sang  chrétien 
et  obtenir  la  paix  ;  mais  sur  le  champ  de  bataille,  Arnold  Bieder- 
man  ne  fléchirait  pas  un  genou  devant  lui  et  toute  sa  chevalerie, 
quand  il  ne  serait  entouré  que  de  ses  fils.  —  Eh  bien  1  Charles , 
supposant  que  nous  lui  demandions  grâce,  voulut  nous  prouver  que 
c'était  inutilement,  car  il  s'écria  :  Tirez  le  canon  sur  ces  lâches 
paysans  ;  c'est  toute  la  merci  qu'ils  ont  à  attendre  de  moi  !  Et  i 
l'instant  même ,  bom  I  —  bom  1  —  bom  1  les  machines  dont  je  viens 
de  parler  vomirent  la  foudre  et  les  éclairs,  et  nous  firent  qnelqae 
ma),  mais  moins  qu'elles  ne  nous  en  auraient  Cedt  si  nous  n'eussions 
pas  été  à  genoux  ;  les  saints  dont  nous  implorions  la  merci ,  et  non 
celle  de  créatures  mortelles,  donnèrent  sans  doute  un  coup  de  maîu 
aux  boulets  pour  les  faire  passer  par-dessus  nos  têtes.  Après  cette 
décharge,  on  nous  fit  le  signal  de  nous  relever  et  de  marcher  en 
avant,  et  je  vous  promets  que  personne  ne  fut  pareaseux.  Chacun 
de  nous  se  sentait  la  force  de  dix  hommes.  Ma  hallebarde  n'est  pas 
un  jouet  d'enfant,  la  voilà,  si  vous  l'avez  oubliée ,  et  cependant 
elle  tremblait  dans  ma  main ,  comme  si  c'eût  été  une  baguette  de 
saule  pour  chasser  les  vaches.  Au  bruit  du  canon  il  en  succéda  un 
autre  qui  fit  trembler  la  terre  pendant  que  nous  avancions  :  c'étaient 
les  hommes  d'armes  qui  accouraient  au  galop  pour  nous  charger. 
Mais  nos  chefs  connaissaient  leur  métier,  et  ce  n'était  pas  la  pre- 
mière fois  qu'ils  se  trouvaient  à  pareille  fête.  Nous  les  entendîmes 
crier  :  Halte!  A  genoux,  le  premier  rangl  le  second,  le  corps 
penché  en  avant  1  épaule  contre  épaule  comme  des  frères  I  toutes 
les  piques  en  avant  I  offrez -leur  un  mur  de  Ssrl  Ils  arrivèrent^ 
et  ils  brisèrent  assez  de  lances  pour  que  ces  fragmens  pussent 


CHARLES  LE  TEMÉRAliRE.  453 

fournir  aux  Tieilles  femmes  de  tout  TUnderwald  assez  de  bois  ponr 
allnmer  leur  feu  pendant  une  année.  Mais  nos  piques  firent  lenr 
besogne ,  les  chevaux  percés  furent  renversés;  on  vit  tomber  les 
hommes  d'armes,  les  chei^aliers,  les  bannières,  les  bottes  à  longue 
pointe  et  les  casques  à  couronne;  et  de  tous  ceux  qui  tombèrent 
ainsi ,  pas  un  ne  se  releva  vivant.  Les  antres  se  retirèrent  en  dés- 
ordre ;  et  avant  qu'ils  eussent  eu  le  temps  de  se  rallier  pour  re- 
venir à  la  charge,  le  duc  René  les  chargea  à  son  tour  avec  sa  cava- 
lerie ,  et  nous  marchâmes  pour  le  soutenir.  L'infanterie  du  duc , 
voyant  les  cavaliers  si  maltraités ,  lâcha  pied,  et  nous  donna  à 
peine  le  temps  d'arriver.  Alors,  si  vous  aviez  vu  les  nuages  de 
poussière,  et  entendu  le  bruit  des  coups!  cent  mille  batteurs  en 
grange  faisant  voler  la  paille  autour  d'eux  vous  en  donneraient  à 
peine  une  idée.  Sar  ma  parole,  j'étais  presque  honteux  de  frapper 
de  ma  hallebarde  des  gens  qui  ne  songeaient  plus  à  résister.  Nous 
tuâmes  des  centaines  de  fuyards ,  et  toute  l'armée  fut  en  déroute 
complète. 

—  Et  mon  père,  mon  père  1  s'écria  Arthur,  que  peut-il  être  de- 
venu dans  un  tel  désastre? 

"—  Il  est  en  sûreté  ;  il  s'est  enfui  avec  Charles. 
'   —  Il  a  dû  être  versé  bien  du  sang  avant  qu'il  prît  la  fuite. 

—  Il  n'a  pris  aucune  part  au  combat;  il  était  resté  seulement 
près  de  Charles ,  et  des  prisonniers  nous  dirent  que  cela  n'était  pas 
malheureux  pour  nous ,  parce  que  c'est  un  homme  de  bon  conseil 
et  d'une  grande  intrépidité  dans  une  bataille.  Quanta  prendre  la 
fuite ,  il  faut  bien ,  en  pareille  occasion ,  qu'un  homme  recule  quand 
il  ne  peut  avancer,  et  il  n'y  a  aucune  honte  à  cela ,  surtout  quand 
en  ne  combat  point  personnellement. 

Leur  conversation  fut  interrompue  en  ce  moment  par  Mordaunt, 
qui  s'écria ,  quoique  à  voix  basse  :  Chut  I  silence!  —  Le  roi  et  la 
reine! 

—  Que  dois-je  foire  7  demanda  Sigismond  avec  quelque  alarme  : 
je  m'inquiète  peu  du  duc  de  Lorraine  ;  mais  que  faut-il  que  je  faisse 
quand  des  rois  et  des  reines  arrivent  ? 

^-  Vous  lever,  ôter  votre  toque,  et  garder  le  silence ,  répondit 
Arthur  ;  rien  de  plus. 
'  Sigismond  suivit  ponctuellement  cet  avis. 

Le  roi  René  traversa  l'antichambre,  appuyé  sur  le  bras  de  son 
petit«>fils;  Marguerite  les  suivait,  le  chagrin  et  le  dépit  gravés  sur 


4M  GQàUJIS  LE  TÉliBBàBIB, 

aott  f«i»l.  Ea  iMumnls  elk  At  ijgiie  à  Jùrlbur  dei^appradhar^^ 
liû  4it  :  -*  Assnre-toi  delà  vérité  d'une  noa^eUe  ai  înatlméweit  el 
aifarte^n'ea  le»  déuiU.  Merdrant  te  fiera  «nurer  • 

Elle  jeta  «n  covp  d'cotl  tw  le  jeune  Sniase,  et  répendifc  mime 
courtoisie  a«  ealnt  qu'il  M  fit  d'en  air  g«Ache«  Le  roi  et  la  rené 
eurent  bimlAt  quitté  l'antÎGhapibre  ;  René  déieminé  à  condairie 
eon  petilpfila  h  la  partie  de^kanse  qu'il  n'avait  pa  «eivre  ^  et  Mar^ 
gmerite  eaiprestée  de  rtigagner  la  aalitnde  de  son  appartrawnt 
poar  y  attendre  ta  confirmation  de  ee  qn'elie  negaidait  oonine  une 
manvaiee  neuvette. 

De»  qu'ils  forent  sertis ,  Sigisnond  s'écria  :  ^^  Ainri  dnnet  veîlà 
œ  91e  c'est  qn'un  roi  et  qu'une  reînel  Pestel  le  roi  ressemble  aa 
iMux  Jaecmoy  jonenr  de  viofe^  qni  avait  eontaïae  de  nana  en  ra^ 
qiaand  ses  rondes  ramenaient  à  Gieîerstein,.  Uais  la  seine  est  awr 
créainre  imposante  :  la  preoNOre  vacha  du  trou|Meaa,  mUo^  perte 
les  bonfuets  et  les  guirlandes,  et  qpii  refondait  les  autres  an 
chalet  y  n'a  point  le  pas  plus  majeslneux.  — -  Et  comme  veos  voua 
êtes  apirocbé  d'ella  !  Comme  i^ms  kû  avea  parlai  Je  n'aurais  Ja* 
mais  pu  le  faire  avec  autant  de  grâce.  Mais  il  est  pcabaUe  (pm  vous 
ayez  fait  votre  appnmtissage  dana  le  métier  de  la  eenr*. 

—  Laiesonaeëla  quanta  présent,  monlienJKgisMMid,  etparlez- 
moi  enoere  de  eetie  bataille* 

—  Par  SainteJtfarie»  fl  me  fiant  d'abend  de  ipmi  boire  atmmifsr» 
aï  votre  crédit  im  jusque4à  dmis  ei^te  belle  maiffon, 

-^  N'en  dootea  pas,  Sigîsmend,  r^;>eadit iorthar»  St  par  Via^ 
terveniionde  Mardaunt ,  iLse  procura  aisément»  daAanna  ebambre 
plus  retirée  «  des  rafiri^ebissemeas  auxq^mls  le  jeune  ^iederaMmfil; 
grand  honneur,  rendant  tonte  jostiee  au  ban  vin  qu.'mi^  lui  avait 
servi;  car,  en  dépit  des  préceptes  aecr  tifegade  son  père»  sau  pahûs 
commençait  à  s'f  babstner,  et  fl  devenait  cennaissettr..  Quand  il 
eut  satisfait  son  appétit ,  et  qu'il  se  trouva  seul  avec  Arthur,  a^ant 
devant  lui  nufimûmde  c&ta«Àtia  et  naa  assiette  dabiseaitsdf  Aiz , 
Une  se  fit  paa presser  pour  eontiimer  «an  récit. 

—  Où  en  étais-je?  oh  !..•  à  la  déroute  de  leur  infivDMrie*  fil 
lîmi.}  elle  nasa  raUia  jamai&t  et  la  esafesian augmenta  parmi  les 
inyards  à  chaque  pas.  Nous  aurions  pu  en  massacrer  lameitâétSi 
nous  ne  nous  étions  anélés  poar  aiamimir  la  snn^  da  Qmite. 
JJI9.I  roi  Arthur,  ^pml  i^Mict^da  1  Cba^pm  pivilhm  était  ans^i K  de 
xvAff»  vétemfoaib  4'srwinii^  biîllamps,  4a laip»  fbtfs  «l é^êit 


CHàlLBS  LB  TÉHélUIRE.  415 

mm,  fM  UtadcB  0iB8  prétcnclMtat  èa&  tf arggat  ;  MHi  jeiàms 
qae,  dans  le  monde  entier,  il  ne  poayait  exister  tant  d'argest^  et 
j'élib  aûrqM  esne fKWfnl  Aim qoe^de l'élaia  bie» laisanu U s'y 
tueiwFait  desawieo  dcMmtewrienliafcite  falewiéf  »  depalelke- 
mers ,  de  pagiee;  €•  «Q  «M^âly^iTait  numt de  detestiy es f|e 
de  flridsta  dans  l'anfede,  etdea  je— ia  et  joliti  fillea  par  ailliers» 
jecfois.  EUea^aieaft,  dewiaieqtteleaaalrea»  à  lâdiipoMtîen 
éÊ9  xmÊBMfÊttmBf  auds  îe  vmm  preieta  qae  immi  père  a  éié  iièa« 
aéfère  àl'égaiddeceaii  qw  ^odaîem  ahmer  des  Areîtade  la^orfe. 
Qmil<|MO  IMS  de  M»  jeanea  §m^  ae  Iféeestaient  pas  irep»  maiail 
lenr  incnlqna  respfHé'ehéîaeanee  a^ee  le  bois  de  aa  kidlabavde. 
Bh  bieD»  Artbnr,  il  y  e«t  «d  joli  pMage;  ear  lea  ÀtteBUods et  les 
Lorrains  qui  étaient  awe  nées  pîUaieat  lent  ee  qa'ila  U'oaTaient , 
et  qtlqaeB*gBs4e«oe  gens  aaiweul  «el  eaettple  >  car  il  est  conta- 
gieax.  Si  bien  doue  qnej'eatrat  laiwiit  dans  le  paillon  de 
Gharlea  ;  Rodolphe  et  qMiqnea»«m  de  aea  ania  y  étaient  d^y  et 
eberckaîeot  à  «  éearter  loua  lea  aaftraa^  afin  de  piUer  ploaàleor 
aiae^à  et  qneje  peaas*  Maia  ailaiy  aiaacHi  de  aas  Benoîa,  a'eta 
aedi«Meiit  lever  «i  daigt  ear  moi,  de  aae«e  qne  /entrai  sarcle- 
champ,  et  je  les  vis  occupés  à  entasser  dans  des  caisseaet  dès 
«laBea  éa»  pile»#aaBiellea  Talrisatca*  J'anMnfai  dans  l'apparte- 
ment imérieardii  pa^nHen,  oi  était  k  liftée  C;haiies;^ilfiM|t 
qaejehâgepdejoatieeyîln'yeaawtpaaiMtplaadnrdaaaleiHle 
eamfi.  J^^aaur  mie  table  de  petitacaiHeiabrillane,  détentes 
igadijaia ,  jetés  ao  hasard  anaailieii  daagaatelets,  des  bottes»»  des 
pesfMS,  etc.  Cela  me  fit  penser  à  Titre  pève  et  à  toiib;  et  tandis 
qne  je  regardai»  ces  petites  piatfittf,  pemr  en  choisir  qnelqii'mie, 
qne  croyez-vous  qne  j'aperçns  ?  rien  de  faaine  qne  mem  àMea  ami 
qma  teicâ*  Bt  à  œamots,  Stgiamaad  tira  de  soa  aei»le  ooffierdek 
«me  Ifargaerite.  -*-  Hel  he>f  mon  ^samaradé ,  ao^écmi-je ^  Toas 
lie  sans  pas  boargingnen  pkm*  laaf^enipB ,  el  Toas  irea  levair  flws 
brave»  anû»  angkns.  -^  Je  le  reeoann»  sar4e^hamp  f  pavoe  qae 
iraoaaaves^wje  fs^mink^  tiaéde^nada»  da  Seim^^fïïneiieréùU 
CViatfe^  espar  eoaaéqttentr»* 

—  n  est  d^nne  laAear  imeaensay  M  Aftbar^  aaiis  il  n'apparlteiit 
ni  à  mon  père  ni  à  moi  ;  fl  est  à  la  reine  qtt»  vvm  venez  de 

—  Elle  est  digne  de  le  porter,  reprit  Sîgismond;  si  elle  avait 
vingt  à  trente  ans  de  moins ,  ce  serait  une  excellente  tammeponr 


456  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

îin  fermier  suisse.  Je  réponds  qa'elle  tiendrait  sa  maison  en  bon 

ordre. 

— Elle  Toas  récompensera  libéralement  de  loi  avoir  rendn  oe 
joyan  »  dit  Arthur  pouvant  à  peine  retenir  nn  sourire  à  Viàée  delà 
fière  Marguerite  devenant  la  femme  d'un  berger  delà  Suisse. 

-^  Gomment  y  elle  me  récompensera!  décria  le  jeune  Helvë- 
tien;  oubliez*vous  que  je  suis  Sîgismond  Biederman,  fils  du  Lan* 
damman  d'Uoderwald?  Je  ne  suis  pas  nn  vil  lansquenet,  à  qui 
l'on  paie  une  politesse  avec  des  piastres.  Qu'elle  m'adresse  quel- 
ques mots  obligeans  de  remerciement ,  ou  qu'elle  me  donne  quel- 
que chose  comme  un  baiser,  à  la  bonne  heure  I 

—  Peut-être  vous  pennettra»t-elle  de  lui  baiser  la  main ,  dit  Ar- 
thur souriant  encore  de  la  simplicité  de  son  ami. 

—  La  main  !  dit  Sîgismond.  Eh  bien ,  cela  peut  suffire  pour  une 
reine  qui  a  passé  la  cinquantaine  ;  mais  ce  serait  un  pauvre  hom- 
mage à  rendre  à  une  reine  du  premier  mai. 

Arthur  fit  de  nouveau  retomber  la  conversation  sur  le  sujet  de 
la  bataille,  et  il  apprit  que  le  massacre  des  troupes  du  duc,  pen- 
dant la  déroute ,  n'avait  pas  été  proportionné  à  l'importance  de 
l'action. 

— Un  grand  nombre  avaient  des  chevaux  pour  s'enfuir ,  ditSi- 

gismond ,  et  nos  rtiierî  ^  allemands  s'occupaient  du  butin ,  an  lien 

de  poursuivre  les  fuyards.  D'ailleurs,  pour  dire  la  vérité  »  le  camp 

de  Charles  nons  airêta  nous-mêmes  dans  la  poursuite  ;  mais  si 

nous  avions  été  à  un  demi-mille  plus  loin ,  et  que  nous  eussions  vu 

'  nos  amis  encore  pendus  aux  arbres,  pas  un  confédéré  nesesendt 

.  arrêté,  tant  qu'il  amrait  eu  des  jambes  pour  le  porter* 

— Et  qu'est  devenu  le  duc? 

—Charles  s'est  retiré  en  Bourgogne,  comme  un  sanglier  qui  a 
senti  la  pointe  de  l'épieu,  et  qui  est  plus  enragé  que  blessé;  mais 
on  dit  qu'il  est  sombre  et  mélancolique.  D'autres  prétendent  qa'îl 
'  a  rallié  son  armée  éparse,  qu'il  y  a  réuni  de  nouvelles  forces,  et 
qu'il  a  extorqué  de  l'argent  de  ses  sujets  ;  de  sorte  que  nous  pou* 
vons  nous  attendre  à  avoir  encore  à  en  découdre.  Mais,  après  une 
telle  victoire ,  tonte  la  Suisse  se  joindra  à  nous. 

—  Et  mon  père  est  avec  Charles  ? 

— Sans  contredit;  et  il  a  fait  franchement  tout  ce  qui  était  en 

r    GaralàcB. 


CHARLES  LE  TEftlERAIRE.  457 

loi  ponr  conclare  un  traité  de  paix  avec  mon  père;  mais  il  aura 
peine  à  réussir.  Charles  est  anssi  obstiné  que  jamais  ;  nos  gens  sont 
fiers  de  leur  yictoire ,  et  ce  n'est  pas  sans  raison.  Cependant  mon 
père  est  toujours  à  prêcher  que  de  telles  victoires  et  de  tels  mon* 
ceaux  de  richesses  changeront  nos  anciennes  manières ,  et  que  le 
laboureur  quittera  sa  charrue  pour  se  faire  soldat.  Il  dit  bien  des 
choses  à  ce  sujet.  Mais  pourquoi  de  beaux  habits ,  de  l'argent ,  de 
bonne  nourriture,  et  du  vin  de  choix,  nous  feraient-ils  tant  de  mal  ? 
c'est  ce  que  ma  pauvre  tête  ne  peut  comprendre,  et  il  y  en  a  de 
meilleures  que  la  mienne  qui  ne  sont  pas  moins  embarrassées.  A 
TOtre  santé ,  l'ami  Arthur.  Ce  vin  est  excellent  ! 

—  Et  pourquoi  êtes-vous  venus  ici  si  promptement,  vous  et  votre 
général  le  prince  René  7 

—  Sur  ma  foi,  c'est  vous  qui  en  êtes  cause. 

—  Mai!  comment  cela  se  peut-il? 

—  Gn  dit  que  vous  et  la  reine  Marguerite ,  vous  pressez  ce  vieux 
roi  des  violes  de  céder  ses  domaines  à  Charles,  et  de  désavouer 
les  prétentions  du  duc  René  sur  la  Lorraine.  Et  le  duc  de  Lor* 
raine  a  envoyé  un  homme  que  vous  connaissez  bien  ;  c'est-à-dire, 
TOUS  ne  le  connaissez  pas,  lui,  mais  vous  connaissez  quelques  per- 
sonnes de  sa  famille ,  et  il  vous  éonns^t  mieux  que  vous  ne  vous  en 
doutez ,  pour  enrayer  vos  roues ,  et  empêcher  que  vous  n'obteniez 
pour  Charles  le  comté  de  Provence,  et  que  le  duc  René  ne  soit 
troublé  et  contrarié  dans  ses  droits  naturels  sur  la  Lorraine. 

—  Sur  ma  parole,  Sigismond,  je  ne  vous  comprends  pas. 

—  Il  faut  que  j'aie  du  malheur!  Tout  le  monde  dit  à  la  maison 
que  je  ne  comprends  rien ,  et  l'on  dira  bientôt  que  je  ne  puis  me 
faire  comprendre  de  personne.  Eh  bien ,  en  un  mot  comme  en 
cent,  je  veux  parler  de  mon  oncle ,  le  comte  Albert  de  Geierstein, 
comme  il  se  nomme ,  le  firère  de  mon  père. 

—  Le  père  d'Anne  de  Geierstein  !  s'écria  Arthur. 

—  Oui ,  lui-même.  Je  pensais  bien  que  je  trouverais  un  moyen 
de  vous  le  &ire  reconnaître. 

—  Klais  je  ne  l'ai  jamais  vu. 

—  Pardonnez-moi.  C'est  un  habile  homme,  et  qui  connaît  mieux 
les  affaires  de  chacun^  que  chacun  ne  les  connaît  soi-même.  Ohl 

'  ce  n'est  pas  pour  rien  qu'il  a  épousé  la  fille  d'une  salamandre  ! 

—  Allons  donc,  Sigismond  I  comment  pouvez- vous  croire  à  de 
'  telles  sottises  ? 


418  CHABUFfr  LB  TBilÉAàlUI. 

— Rodolphe  m'a  dit  que  voas  n'étic£  gaère  buôhs  eonbasmié 
que  moi  une  certaine  nuk  à  6ralt»*Liist« 

—  Ea  ce  catt  jie  n'en  ëlaisqnepbuâaa. 

—  ttk  hieul  cel  oncle  dmt  je  Toot  pade  a  fulfoes-viis  4cs 
TOOZ  lÎTTes  de  conjuration  de  la  hibliothèye  d'Arabeîm.  On  £t 
qa'il  pent  se  transporter  d'nn  lien  dans  nn  antre  aicee  la  oâérilé 
d'un  espriiy  et  qu'il  est  aidé  dans  ses  desseins  par  des  consetUers 
igaà  ont  plus  que  la  puissance  de  rhnmnie.  Cependant  malgré  tons 
ses  talenaet  tous  les  secours  qu'il  reçoit»  n'importe  qn'ilskn Tien- 
nent du  bon  ou  du  maUTais  càté,  E  n'en  est  guère  plna  amncé; 
car  il  est  toujours  plongé  dans  les  aDriMurr as  at  les  dangers* 

— Je  ne  connais  que  peu  de  détails  de  sa  vie,,  dit  Arthar,  dé- 
guisant aussi  bien  qu'il  le  pouvait  le  désir  qn^il  airait  d'enapprendre 
davantage  ;  j'ai  senleo^ent  entendu  dire  qu'il  avait  fuilté  la  Suisse 
pour  se  rendre  près  de  l'Empet^nr^ 

-*  C'est  la  vérité  :  et  ce  fut  alors  qu'il  épousa  la  jeune  baronne 
d'Ambeim^Maisensuiteil  eni^oarutk  disgrâce  de  l'empereur  Fer- 
dinand et  selle  d«  duc  d'Aulricfae^Oa  dit^jue  voos  ne  pouvez  vivre 
à  Rome  si  vous  êtes  en  querelle  avec  le  pape;  de  sorte  que  mon 
oncle  JMgea  à  j/rofùs  de  passer  le  Rhip ,  et  de  se  réfugier  à  lacoar 
de  Charles»  q|ai  faisait  toujours  bon  acoaefl  aux  étsaiigera  de  toes 
les  pays»  pourvu  qu'ils  fussent  annoncéa  sons  qnelqne  nom  bisD 
ronflam ,  oamme  comte  y  marquis  ou  haron*  Mon  oncle  en  fiit  donc 
parÊdtement  reçu;  mais  depuis  un  an  ou  deux  cette  amitié  s'est 
évanouie.  Mon  oncle  Albert  avait  obteim  nn  grand  ascendant  dans 
qndqjoes  soeiétéamjstérienses^  qui  n'avaient  pas  à  beanconp  près 
l'approbation  du  doc  Charles;  et  cekii-cidavintsi  courroucé  contre 
mon  pauvre  onde  »  qu'il  fut  oMigé  de  prendie  les  ordres  et  de  se 
faire  tondre»  de  crainte  qu'on  ne  hd  coupât  4e  cou.  Mais  quoi^'il 
ait  perdu  ses  cheveux ,  iln'a  pas  perdnaon  caractère  remuant;  et 
quoique  le  ducini  eût  laissé  la  liberté^  il  kn^oKita  tant  de  tra- 
casseries et  d'embarras^  que  tout  le  monde  crcg^ail  qnerUharles 
n'attendait  qu'un  prétexte  pour  le  faire  arrêter  et  lé  fidre  mettre 
à  mort.  Mais  mon  oncle  persiste  à  dire  ^'il  nem^aintpas  Charles, 
et  qne,  tont  duc  qu'il  est»  c'est  Cbarlesf  ai  doit  le  redouter.  Et 
Yona  aïKx  vn  avec  quelle  hardiesse  il  a.  joué  aonrâla  à  la  Krette. 

->—  Par  saint  Gemedi  Windaoi:  l  décria  Artbmyc'est  le  paître 
de  SainttPanl. 

—  Oh  !  oh  I  vous  me  con^renez  à  présent.  Ehlîmi|:il.priaav 


GHARUS  LE  TÉMÉRàlRB.  A» 

lui  4e  dire  ^le  Cbarlea  n'oserait  le  punir  de  la  part  qu'il  tcwx 
prise  à  la  mort  du  goayerneiir  ;  et  ce  fut  ce  qui  arrlya;  ^otcpie 
mon  onde  Albert  eût  siégé  et  Toté  dans  les  Etats  de  Bourgogne;, 
et  ^'il  kfl  eût  excités  de  tout  son  pouvoir  à  refuser  au  doc  l'ar- 
gent qu'il  lenr  demaudait.  Mais  quand  la  guerre  contrôla  Snîsfle 
eoimnença»  mon  oncle  Albert  apprit  que  sa  tonsure  ne  le  proté- 
gerait plus  »  et  que  Charles  nyait  dessein  de  raccns»  d'avoir  des 
ccoxespondances  avec  son  frèxe  et  ses  conq[iatriotes  ;  et  tout  à  coup 
il  parut  dans  le  camp  de  René  de  Yaudemont  a  Neufcbâtel^  d'oii, 
pour  le  braver,,  il  lui  envo}:a  dn-e  qu'il  renonçait  à  son  allégeance. 

—  Cette  histoire  est  sû^ulière ,  dit  le  jeune  Anglais  >  et  elle 
anmmce  un  homme  dont  le  corps  est  aussi  actif  que  son  eqprit  est 
versatile. 

•*—  Vous  chercheriez  en  vain  dans  le  monde  entier  un  honune 
eomme  mon  oncle  Albert.  Ensuite»  comme  il  n^nore  rien ,  il  a 
dit  au  duc  René  ce  que  vous  fusiez  id,  et  il  lui  a  offert  de  s'y 
rendre  pour  j  obtenir  des  informations  plus  certaines.  Oui ,  quoi^ 
qu'il  n'ait  quitté  notre  camp  que  cinq  à  six  jours  avant  la  bataille  , 
et  qu'il  j  ait  quatre  cents  milles  Inen  complu  entre  Aix  et  Nenfchâ- 
tel ,  nous  l'avons  rencontré  qui  en  revenait ,  quand  le  duc  René 
et  moi ,  qui  l'accompagnais  pour  lui  montrer  le  chemin^  nous  ve» 
nions  ici  après  avoir  quitté  le  champ  de  bataille. 

—  Rencontré  1  répéta  Arthur  ;  rencontré  qui  ?  Le  prêtre  de 
Saint-Paul? 

— Oui,  c'est  lui  que  je  veux  dire;  mais  il  était  déguisé  en  carme. 

—  En  carme  i  s*écria  Arthur  frappé  comme  d'un  trait  de  lu- 
mière ;.  et  j'ai  été  assez  aveugle  pour  recommander  ses  services  a 
la  reine  1  Je  me  souviens  fort  bien  qu'il  se  tenait  le  visage  caché 
sons  son  capucbou«  Et  moi  qui  suis  tombé  si  grossièrement  dans  le 
pîége  1  Au  surplus ,  ce  n'est  peu^étre  pas  un  grand  malheur  que 
l'ailàire  projeté  ait  été  interrompue  ;  car  quand  même  ^e  eût 
été  terminée  comme  nous  le  désirions ,  il  est  à  craindre  que  cette 
inconcevable  défaite  n'e&t  dérangé  tous  nos  plans. 

La  conversation  en  était  là  quand  Mordauat  vint  annoncer  à 
Arthur  que  la  reine  désirait  le  voir.  Un  sombre  appartement , 
dont  les  fenêtres  donnaient  sur  les  rmnés  de  l'édifice  construit  par 
les  Romains ,  et  d'où  l'on  ne  pouvait  voir  que  des  débris  de  mu- 
nailles  et  des  fragmens  de  colonnes  »  était  la  retraite  que  Mai^gue* 
rite  avait  i^^ie  dims  «e  brillant  pakis»  Jill^  x&gA  Arthur  avee 


460  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

une  bonté  d'antant  plas  touchante ,  qu'elle  partait  d'un  cœur  fier 

et  impérieux ,  assailli  par  mille  infortunes ,  et  qui  les  sentait 

Tiyement. 

*-  Hélas  !  pauyre  Arthur  !  lui  dit-elle ,  ta  Tie  commence  comme 
celle  de  ton  père  menace  de  finir ,  par  des  travaux  inutiles  pour 
sauver  un  navire  qui  coule  à  fond.  La  voie  d'eau  y  laisse  entrer 
l'onde  amère  plus  vite  que  toutes  les  pompes  ne  peuvent  l'en  faire 
sortir.  Toute  entreprise  échoue ,  pour  peu  qu'elle  se  rattache  à 
notre  cause.  La  force  se  change  en  faiblesse ,  la  sagesse  en  folie , 
le  courage  en  lâcheté.  Le  duc  de  Bourgogne ,  victorieux  jusqu'ici 
dans  toutes  ses  entreprises  les  plus  audacieuses,  n'a  qu'à  concevoir 
un  instant  la  pensée  de  donner  quelque  secours  à  la  maison  de 
Lancastre  pour  voir  son  glaive  brisé  par  le  fléau  d'un  paysan  ;  son 
armée  bien  disciplinée ,  regardée  comme  la  première  du  monde , 
se  dissiper  comme  la  paille  emportée  par  le  vent ,  et  ses  dépouitles 
se  partager  entre  de  vils  soldats  mercenaires  allemands  et  des  ber- 
gers ,  des  barbares  des  Alpes  1  Qu'as-tu  appris  de  nouveau  de  cette 
étrange  histoire  ? 

—  Presque  rien  de  plus  que  ce  que  vous  savez  déjà ,  Madame. 
Le  plus  fâcheux ,  c'est  que  la  bataille  n'a  été  disputée  qu'avec  une 
lâcheté  honteuse  de  la  part  des  Bourguignons ,  et  qu'elle  a  été 
perdue ,  quand  on  avait  tous  les  avantages  possibles  pour  la  gagner. 
Le  plus  heureux  ,  c'est  que  l'armée  du  duc  a  été  dispersée  platôt 
que  détruite ,  et  que  le  duc  lui-même  a  échappé  i  et  rallie  mainte- 
nant ses  forces  dans  la  haute  Bourgogne. 

—  Pour  éprouver  une  nouvelle  débite  ou  s'engager  dans  une 
lutte  douteuse  et  prolongée ,  non  moins  fatale  à  sa  réputation.  Et 
où  est  ton  père  ? 

—  On  m'a  assuré  qu'il  est  avec  le  dac ,  Madame. 

—  Va  le  rejoindre  y  et  dis-lui  de  ma  part  qu'il  songe  à  sa  sûreté 
et  qu'il  ne  s'occupe  plus  de  mes  intérêts.  Ce  dernier  coup  m'a 
anéantie.  Je  suis  sans  un  allié ,  sans  un  ami,  sans  argent....^. 

—  Pardonnez-moi ,  Madame  ;  un  heureux  hasard  remet  entre 
les  mains  de  Votre  Majesté  ce  reste  inestimable  de  votre  prospé- 
rité ,  dit  Arthur.  Et  lui  présentant  le  précieux  collier,  il  lui  ra- 
conta comment  il  avait  été  retrouvé. 

—  Je  suis  charmée  du  hasard  qui  nous  a  rendu  ces  brillans; 
grâce  à  eux,  du  moins,  je  mourrai  sans  faire  banqueroute  du  côté 
de  la  reconnaissance.  Portez-les  à  votre  père  ;  dites-lui  que  je  re« 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  4€1 

nonce  à  tons  mes  projeta ,  et  que  les  ressorts  de  mon  cœur,  ces 
ressorts  dont  l'espérance  seole  soutenait  l'action,  tiennent  d'être 
brisés.  Dites*lni  que  ces  bijoux  lui  appartiennent ,  et  que  je  Yeux 
qa'il  les  emploie  à  son  usage.  Ce  ne  sera  qu'une  pauyre  indemnité 
du  riche  comté  d'Oxford ,  qu'il  a  perdu  pour  la  cause  de  celle  qui 
les  lui  enyoie. 

*-^ Soyez  bien  sûre.  Madame,  que  mon  père  aimerait  mieux 
gagner  sa  vie  en  servant  comme  schwartz^reiter  ^  que  de  vous  de- 
venir à  chai^  dans  vos  infortunes. 

—  Il  n'a  jamais  désobéi  à  aucun  de  mes  ordres ,  et  celui-ci  est  le 
dernier  que  je  lui  donnerai.  S'il  est  trop  riche  ou  trop  fier  pour 
vouloir  profiter  d'un  don  que  lui  fait  sa  reine,  il  ne  trouvera  que 
trop  de  malheureux  Lancastriens  qui  seront  plus  pauvres  ou  moins 
scrupuleux. 

—  Il  me  reste  une  circonstance  à  communiquer  à  Votre  Majesté, 
dit  Arthur. 

U  loi  raconta  l'histoire  d'Albert  de  Geierstein,  et  lui  apprit  son 
déguisement  en  carme. 

—  Etes-vous  assez  fou ,  lui  demanda  la  reine ,  pour  supposer  que 
cet  homme  soit  aidé  par  quelques  puissances  surnaturelles  dans  les 
projets  de  son  ambition  et  dans  la  célérité  de  ses  voyages  ? 

—  Non,  Madame  ;  mais  on  dit  tout  bas  que  ce  comte  Albert  de 
Geierstein  ou  ce  prêtre  de  Saint-Paul  est  un  des  chefs  des  associa- 
tions secrètes  d'Allemagne,  aussi  redoutées  que  détestées  même 
par  les  princes;  car  l'homme  qui  peut  disposer  de  cent  poignarda 
doit  être  craint,  même  par  ceux  qui  ont  à  leurs  ordres  des  milliers 
d'épées. 

—  Mais  cet  homme  étant  maintenant  dans  les  ordres,  peut-il 
conserver  de  l'autorité  parmi  ceux  qui  prononcent  sur  la  vie  et  la 
mort?  Cela  est  contraire  aux  canons. 

—  On  devrait  le  croire.  Madame  ;  mais  tout  ce  qui  se  passe  dans 
ces  institutions  obscures  est  différent  de  ce  qui  se  fait  à  la  lumière 
du  jour.  Des  prélats  sont  souvent  à  la  tête  d'une  cour  de  Vehnié,  et 
l'archevêque  de  Cologne  est  chef  général  de  ces  terribles  tribunaux 
secrets,  comme  duc  de  Westphalie,  pays  où  ces  sociétés  sont  sur- 
tout florissantes  ^.  Les  membres  les  plus  importans  de  ces  sociétés 

I.  Cavalier  noir  :  nom  d'nne  des  compagnies  franches. 

1,  L'archerêqne  de  Cologne  fat  reconnu  comme  chef  de  toutes  les  Cours  Franches ,  c'est>^>dire  les 
cours  da  V*hmét  en  Westphalie»  par  un  privilège  accordé,  en  i335,  par  l'empereur  Charles  IV.  Wen- 


48f  GHâRKËS  LE  TÉSD^IAIRK. 

téoSbrfBoses  ont  des  priTfléges  qm  leor  A)iiiieiit  seerèmMnr  «œ 
DeHè  influence ,  qu'elle  pent  parattre  sumatnreUe  aox  bommes  fd 
M  eonnoasent  pas  les  drcenstances  dont  personne  n'ose  piller 
tout  liant. 

—  Que  ce  soit  nn  sorcier  on  nn  assassin ,  dit  h  reine,  je  le 
remercie  d'avoir  contribaé  à  déranger  le  plan  qae  j'avair  formé 
de  déterminer  mon  vieux  père  à  consommer  ta  cession  Sa  h.  n*o» 
vence  ;  ce  qni ,  d'après  les  évènemens  qni  viennent  d'arriver,  annât 
dépouillé  René  de  ses  domaines  sans  fevoriser  notre  projet  d'inva- 
sion en  Angleterre.  Je  vous  le  dis  encore  une  fois,  partez  demain 
an  point  du  jour,  et  allez  rejoindre  votre  père.  Ordonnez-lui  de 
ma  part  de  songer  à  lui  et  de  ne  plus  penser  à  moi.  La  Bretagne , 
où  nSside  Fhéritier  de  la  maison  de  Lancastre ,  sera  l'asile  le  plus 
sûr  pour  ceux  qui  en  ont  été  les  plus  braves  défenseurs.  Le  tri- 
banal  invisible ,  à  ce  qu'il  paraît,  est  tout  puissant  sur  les  deux 
rives  du  Rhin ,  et  l'innocence  n'est  pas  un  titre  pour  être  à  Fabri 
àé  tout  danger.  Même  ici,  le  traité  projeté  avec  la  Bourgogne  peut 
devenir  connu,  et  les  Provençaux  portent  des  poignards  aussi  bien 
que  des  chalumeaux  et  des  houlettes.  Mais  j'entends  les  chevaux 
des  chasseurs  qui  rentrent,  et  mon  vieux  père  insouciant,  ne  son- 
geant plus  aux  é vènemens  impo  rtaus  de  cette  journée ,  qui  sifflera 
montant  les  degrés  du  péristyle.  Nous  nous  séparerons  bientôt, 
et  je  crois  que  cette  séparation  sera  un  soulagement  pour  fm*. 
Allez  vous  préparer  pour  le  banquet  et  pour  le  bal,  pour  le  brait 
et  pour  la  folie;  mais  surtout  soyez  prêt  à  partir  au  point  du  jour. 

Après  avoir  quitté  la  reine,  le  premier  soin  d'Arthur  fut  d'avertir 
Thiébault  de  tout  préparer  pour  son  départ,  et  ensuite  il  se  disposa 
à  jouir  des  plaisirs  de  la  soirée.  Le  chagrin'd'avoir  vu  échouer  sa 
n^ociation  n'était  peut-être  pas  assez  vif  pour  le  rendre  incapable 
de  trouver  quelque  consolation  dans  une  pareille  scène ,  car  la 
vérité  était  que  son  cœur  se  réroltait  secrètement  contre  l'idée  de 
voir  le  bon  vieux  roi  se  dépouiller  de  ses  domaines  pour  Cavoriser 
une  invasion  en  Angleterre,  qui,  quelque  intérêt  qu'il  pût  prendre 
aux  droits  de  sa  fille,  n'offrait  qu'une  bien  fsoMe  chance  de  succès. 

Si  de  tels  senUmens  étaient  blâmables,  ils  reçurent  lear  pnni- 

cosUsle  oonfirma,  en  x38a,  par  an  acte  daoa  lequel  rarcbefâqmi  est  mommi  gniubaMtlre  du 
f^tàmé,  on  grand  iaquUiteur,  Ce  prélat  et  d'autres  ^tres  fUrent  autociaée  à  eseroer  om  Conetioa» 
par  le  pape  Boniface  III .  dont  la  discipline  eoclésiastiqae  leur  peroût,  eu  pawiicaa  •  d^  jnfti  daa 
•f&tires  où  il  7  allait  de  la  vie  et  de  la  mort. 


(mhWfS  £8  TEMÉltâniB^  4et 

tiMi*  ^BOMjM  bieii  poB  Ab  gSDS  Bossent  jii8q[iA  quel  pofait  FâiiiféiB 
ds  éam  deLomiiie  et  les  noirrellea  qvfH  arait  apfportées  mTaknt 
dëconoerté  les  plans  de  la  reine  Margnerite,  on  savait  parfaitement 
(fmH.  n arait  jamais  régné  beanconp  dfamitij  entre  Yolande  et 
MaffpBenle  dr Anjon*  Le  jeone  prince  se  trovra  donoy  i  la  cour  de 
son  aléiily  a  la  fêle  «t^on  parti  nomlnreaz  auquel  ns  marner  es  han* 
taJnee  de  sa  tante  déplaçaient,  et  qni  étaft  fatigué  de  son  air  de 
mAaneolîe  étemelle  y  de  sa  eonversation  grare  et*  sérieuse ,  et  de 
son  mépris  aroné  pour  tontes  les  frivolités  dont  eUe  était  entourée. 
René ,  d'aiUenrs ,  était  jennei  bien  fait;  il  arrivait  d'une  bataHIe 
oi  il  avait  oombattn  glorieneement,  et  qui  avait  été  gagnée  contre 
tOQieslesprobaMKiés.Qa'ilréunftsur  lui  touvlies  regards,  enravis- 
sant  à  Aithar  tous  ceux  que  l'influence  de  la  reine  lui  avi&ent  pro- 
curés la  soirée  précédente ,  c'était  une  conséquence  naturdle  de 
leur  situation  respective.  Mais  ce  qui  piqua  surtout  l'amour-propre 
d'Artfcor  fut  de  voir  la  gloire  du  duc  de  Lorraine  rayonner  jusque 
sur  son  ami  Sigtsmond-le-Simpte,  comme  ses  frères  l'appelaient  ; 
car  René  de  Y audemont  présenta  le  jeune  et  brave  Staisse  à  toutes 
les  dames,  sous  le  titre  de  Sigismond  deGeierstein,  et  il  avait  eu 
soin  de  lui  procurer  des  vétemens  plus  convenables  à  une*  cour  si 
splendide  que  le  costume  de  montagnard  d'Underwald  sous  lequel 
était  arrivé  le  comte,  autrement  dit  Sigismond  Biederman. 

Tout  ce  qui  est  nouveau  est  sûr  de  plaire  pendant  un  certain 
temps,  quand  même  la  nouveauté  en  serait  le  seul  mérite.  Les 
Suisses  n'étaient  guère  personnellement  connus  an^dà  de  leurs 
montagnes,  mais  on  en  pariait  beaucoup ,  et  c'était  une  recom* 
mandation  d'être'  de  ce  pays.  Les  manières  de  Sigismond  avaient 
quelque  chosede  brusque;  elles  offraient  un  mélange  de  ganchetie 
et  de  rudesse  qu'on  appela  franchise  pendant  le  moment  de  fevenr 
dont  il  jouit.  Il  parlait  mal  le  français ,  et  l'italien  plusmal  encore , 
mais  son  jargon ,  disait*on,  donnait  un  caractère  de  nafveté  à  tout 
ce  qu'il  disait.  Ses  membres  étaient  trop  massifs  et  trop  robustes 
ponr  avoir  de  la  grâce;  sa  danse,  car  le  comte  Sigismond  ne 
manqua  pas  de  danser ,  ressemblait  aux  bonds  d'un  jeune  éléphant. 
Cependant  tout  cela  parut  préférable  aux  belles  proportions  et 
auj(  mouvenieas  gracieux,  du  jeune  AnglaÎA ,  mêmeà  la  belte  corn* 
tesse  aux  yeux  noirs ,  dans  les  bonnes  grâces  de  laquelle  Arthur 
avait  fait  quelques  progrès  la  soirée  précédente.  Arthur,  jeté 
ainsi  dans  l'ombre,  se  trouva  dans  la  situation  où  fut  par  bt  suite 


464  CHARLES  US  TEBiERAiaE. 

M.  Pepys  ^  qptaià  il  déchira  son  manteaa  de  camelot  ;  le  doimiiage 

n'était  pas  grand,  mais  cela  soCGit  pour  troubler  son  égalité 

d'ame. 

Cependant  la  soirée  ne  se  passa  pas  sans  loi  procurer  une  petite 
Tengeance*  Les  arts  produisent  quelques  onyrages  dont  on  n'aper- 
çoit  les  défauts  que  lorsqu'on  a  assez  peu  de  jugement  pour  les 
exposer  an  grand  jour  :  ce  fut  ce  qui  arriva  à  Sigismond-le-Simple» 
Les  Provençaux ,  dont  l'esprit  est  vif,  quoique  capricieux,  eurent 
bientôt  découvert  son  peu  d'intelligence  et  sa  bonhomie;  ib  s'a- 
musèrent donc  à  ses  dépens  par  des  complimens  ironiques  et  par 
des  railleries  détournées.  Il  est  même  probable  qu'ils  y  auraient 
mis  moins  de  délicatesse  et  de  retenue,  si  le  Suisse  n'eût  apporte 
jusque  dans  la  salle  de  bal  sa  compagne  inséparable ,  sa  halle- 
barde, dont  la  taille,  le  poids  et  la  grosseur  ne  promettaieot  rien 
de  bon  à  quiconque  laisserait  apercevoir  à  son  maître  qu'il  voulait 
rire  à  ses  dépens.  Cependant  la  seule  gaucherie  bien  prononcée 
que  fit  Sigismond  cette  soirée,  fut  qu'en  exécutant  un  superbe  en- 
trechat, il  retomba  de  tout  son  poids  sur  le  pied  de  sa  jolie  dan- 
seuse f  qu'il  mit  presque  en  capilotade. 

Jusqu'alors  Arthur  avait  évité ,  pendant  toute  la  soirée ,  de  jeter 
les  yeux  sur  la  reine  Marguerite,  de  peur  de  détourner  ses  pen- 
sées du  cours  qu'elles  avaient  probablement  pris ,  en  ayant  l'air  de 
réclamer  sa  protection.  Mais  il  y  avait  quelque  chose  de  si  plaisant 
dans  la  gaucherie  avec  laquelle  le  Suisse  maladroit  exprimait  sou 
regret,  et  dans  la  physionomie  courroucée  de  la  jeune  beauté, 
privée  pour  quelque  temps  de  Vusage  d'un  pied,  qu'il  ne  put  s'em- 
pêcher de  jeter  un  coup  d'œil  vers  l'endroit  où  était  placé  le  &ia- 
teuil  d'apparat  de  Marguerite,  pour  voir  si  elle  avait  remarqué 
cet  incident.  Ce  qu'il  vit  était  de  nature  à  fixer  son  attention.  La 
tête  de  Marguerite  était  penchée  sur  sa  poitrine;  ses  yeux  étaient 
à  demi  fermés,  ses  traits  décomposés,  ses  mains  contractées  avec 
effort.  La  dame  d'honneur  qui  était  debout  derrière  elle ,  vieille 
Anglaise  qui  était  sourde  et  qui  avait  la  vue  courte ,  n'avait  aperça 
dans  la  position  de  sa  maîtresse  que  l'attitude  d'indifférence  et  de 

I.  M.  Pepys  (Samuel)  éuit  nn  seeréuire  de  l'amirauté ,  soos  les  règ^nes  de  Charles  II  et  Jaoqaes  II, 
qm  tenait  nn  registre  exact  des  érènemeDS  les  pins  importans  comme  des  pins  pnérils,  jour  par 
jonr ,  dans  le  genn  des  Mémoires  on  Journal  du  marquis  de  Dangeau.  Voici  comment  Pepys  wea- 
tienne  le  malheur  annuel  sir  Walter  Scott  fait  ici  allusion  : 

«  àigourd'hui  j'ai  fait  nn  petit  accroc  à  mon  beau  manteau  de  camelot  nenf  »  atec  le  loquet  de  ta 
porte  de  sir  O.  Carteret.  Je  l'ai  fait  porter  chez  mon  tailleur»  et  il  n'y  paraîtra  presque  plus ,  nais 
eeU  m'a  taxé.  » 


GHARL^  LE  TÉMÉRAIRE.  46A 

aTec  laquelle  Maf^erite  aasisiait  habitneUement  aox 
fêtes  de  la  cour  de  ProTence^  Mais  lorqae  Anhar ,  alarmé,  yint, 
derrière  le  foateuil ,  Tinviter  à  faire  attention  à  Tétat  dans  lequel 
se  trouyait  la  reine ,  elle  s'écria,  après  l'aToir  bien  examinée  : — 
Mère  du  Ciel  1  la  reine  est  morte!— Le  fait  était  rrai;  il  sendrfait 
qae  la  dernière  étincelle  de  la  vie,  dans  cette  ame  fière  et  ambi* 
tieiise ,  se  fût  éteinte  en  n^me  temps  >qae  la  dernière  lueur  de  ses 
eqpérances  p^tiques,  comme  elle  l'aTatt  prédit  elle-même. 


CHAPITRE  XXXIU. 


De  la  grandeur,  cloehet,  sonnei  la  chute I 

AnnoDoes  la  fin  de  la  latte 
D'un  cœur  brisé  par  l'excès  de  ses  maïuu 
La  ^e  asfr  un  spectacle  t  il-dnre  une  minute  s 
Le  rideau  tom|}e  et  l'on  est  en  repos. 

jtnchn  poèmes 


La.  commotion  pccasionée  par  un  événement  jà  singulier  et  si 
déplorable  i  et  les  cris  de  surprise  et  de  terreur  qu'il  fit  pousser 
aux  dames  de  la  cour ,  ayaient  commencé  à  se  calmer ,  et  Ton  put 
alors  entendre  les  soupirs  plus  sérieux,  quoi^e  m<Hns  bruyans,  du 
petit  nombre  d'Anglais  que  la  reine  avait  à  sa  suite ,  et  kê  gémi^ 
•semens  du  vieux  roi  René,  dont  les  émotions  étaient  aussi  vives 
^e  peu  durables.  Après  que  les  médecins  eurent  tenu  une  longue 
et  inutile  consultation ,  le  corps,  naguère  celui  d'une  reine,  fut 
remis  aux  prêtres  de  Saint-Sauveur ,  cette  belle  église  dans  laquelle 
les  dépouilles  des  temples  païens  ont  contribué  à  la  maguificence 
d'un  édifice  cbrétieii-  La  nef,  le  chœur  et  les  ailes  en  furent  ma- 
gi^fiquement  illuminés,  et  les  funérailles  farent  célébrées  avec 
pompe.  Quand  on  examina  les  papiers  dit  la  reine,  on  vit  qu'en 
disposant  de  <pielques  joyaux,  et  en  vivant  avec  économie  »  elle 
ayait  trouvé  le  moyen  d'assurer  une  existence  décente  an  petit 
nombre  d'Anglaisqai  étaient  à  ssii.smte.  Dans  son  testament,  elle 
disait  que  son  collier  de  brillans  était  entre  les  mains  d'un  mar« 
diand  anglais  nommé  John  Philipson  et  de  son  fils  Arthur ,  et  elle 
le  leur  léguait^  oft  le  pri«  qii^ils  «n  ayaient  tir^»  s'ils  rayaient 

3o 


466  CBAilfiBB?  Ul  ifiHBaMRE. 

Teiicht  M  RM  en  gtÊgp  fom  le  faire  «snrir  avK^iMtebM^^Ule 
«raittaroftéa  et  q«*iU  oonnaâaflaieBt;  m,  si  FeoéendoBreadAye- 
atà  iM|KW>iWe,  fomt  Vemfèojet  k  kar^  propres*  hemim-  et 
affairos.  fille  chai^geaitexchHi^^«oaeiil  AîrlharPkiitpaoa  dirstoiade 
saa  faaënntteay  et  éemandait  cpa'eUe»  aoiaciift  Jiea  â\apiès  les 
formes-iisitëaa  en  Angleterre.  Celle  dernière  dîsfiadtien  élaîrcoii- 
te»nedao»4U  oodicîUejdaié  dajoBr  jpènœ  de'saniert. 

Artlnry  aana  perdre  de  teflBip»^  défièche  Tfaiéfanakiàiaonpire; 
avec  une  lettre  qui  lui  apprenait  y  en  termes  qu'il  savait  que  le 
comte  comprendrait  aisément ,  tout  ce  qui  s'était  passé  depuis 
son  arrivée  à  Aix ,  et  surtout  la  mort  de  la  reine  Marguerite.  Enfin 
il  lui  demandait  des  itistmctions  sur  ce  qu'il  devait  {aire,  puisque 
le  délai  nécessairement  occasioné  par  les  préparatifs  des  ob&èques 
d'une  personne  de  ce  rang  le  retiendrait  à  Aix  assez  long-temps 
pour  qu'il  pût  y<  recevoir  sa  réponse. 

•Le  vieux  roi  supporta  si  bien  la  mort  de  sa  (ille,  que ,  le  second 
jour  après  cet  événement ,  il  s'occupait  à  arranger  une  procession 
pompeuse  pour  les  funérailles»  et  à  composer  une  élégie  qui  de- 
vait être  chantée  sur  un  air  également  de  sa  composition,  en  l'hon- 
neur de  la  reine  défunte,  qui  était  comparée  aux  déesses  de  la 
mythologie  paitotme,  a  Judith,  àDébera  et  autres  hëretfnes4èl'Ân- 
eien*T6stament<>  povr  ne  poînt^parle^  des  saintes  du  siartjfToldge. 
PIoos  Ém  p9UT0ti8  nous  dispenser  d'avover  que  kirs^fue  la  j^renuère 
^ieteWLedèson  ehagrin  fàt  paseée,  le  roi  Renéiie  puts'empêdier 
desetttir\|iie  la  mort  de  Marguerite  tranèhait  un  noend^politîque 
qn'ibaurait  trou^  sMs^cefat  cyfttcile  à:  dénouer,  et  hii  permettait 
de  prendre  éuvm*t6»ent  le  parti  de  >  son  petic&fils,  e^es»4i*dire  de 
l'aider  d^tine  partie  cmnsidénMe'des  seraiites^seiifiëRnes  dalkisle 
tréai»rp«l>Hc  de  la»Provence^  et  qui^  comme  nou»  Kiii^ons  dit,  ne 
montaient  en  ce*moinent  qu'à  ^x  nâlle  éeus.  R-ené,  ayant  ainsi 
4*éçu  lii  bénédibiioti^cb  son^  aïeul  sous  Une  forme-impertante  à  ses 
'affaires^  alla  rqcôndtt»  les  hommes  déterminés  qu'il  cominandait; 
et  lft*je«ineeé  brav#SttÎ88e  Sigîsmond'Siedciiniian ,  dit  le  Simple, 
pateH^^a^ec  Ini,  après  avoir  fidt  à'  Atthiip^^  ««dieux  |rieins d'aï- 
ftcâHm   ,  *♦    " 

Ëa  petite  eoerii'Aix'l^t  alerslIiisBée  à  son  dèeilt  LeVei  René, 
févit  qurteete  oérémotiie  d^apparat ,  qu^elle  eàt  pour  eanse  Ja  tris- 
tëÉM  eu  Ift  foie»  était  teajours  onegKawdë  alMre^  aurtà«vehMilten 
di][)eiisé,  poiA*  oélébrer  leseb0èq|ies4tsa^filleBtogitente,  toMce 


GHARLBS  LE  TâffiâlIAIRE.  4«7 

qpnhîîMsiaitâeso'ii  r«f«iiuyniai»ilêiî  fiK«mp6e1ié,  eh  partie 
p^  les  peaicttitraBeeft-âe  toftnriatotres)  et  en  pariiê  par  l'opposi- 
tion q«'i|^reReoiilni  dé  la  part' d'A^rthur,  qui,  a^sant  d'après  la 
volonté  préMmée^e  la  dofante,  ne  youliit  pas  souffrir  qu'oii  in- 
tmikii^it  dans  loè  ftiaéraflles  de-  lareine^tieQne  de  ees  fritoUtés 
pottipevsesqiri  aTaien&élé  Pobjelde  son  mépris  pendant  sa  vie. 

Après  plusieurs  jours  passés^n  prière»  publiques  e£  en  actes  de 
dévoûoii  >  les  obsèques  féreal'doiio  oélébrées  a^ee  la  ma^ficence 
lugubre  que  rédumalt  la  haute  naissanee  de  la  défaiite,  et  que 
FEgkise  roinaiBe  sait  ^i  bieiiMMDployier  pour  pariertanx  yeux ,  aux 
oreiUe&etaux  eœurs^ 

Parmi  les  divers  nobles  qui  assistèrent  àcette  cérémonie  solen- 
nelle»  il  en  ftit  un  qui  n^urriv»  à  Aix  qu'à  ^instant  où  le  son  des 
grosseS'doches-de  Saint-Sanveur  annonçait  que  le  cortège  funèbre 
étttt  d^à  eachemiu  vers  la*catfaédt*ale. 

Il  quitta  à  la  bâte  son  oostotne  de  voyage  pour  prendre  des  ha- 
Ints  de  deuil  faits  à-  la  mode  anglaise.  Ainsi  vêtu,  il  se  rendit  à  la 
cathédrale,  et  le  noble  msûotien  dn^eavaHer  étranger  imposa 
teUeaaeBt  aux  speetaitewrs,  que  cbiaoun  lui  fttplaee  pour  lui  per- 
mettre 4e  s'avaneer  tout* à  oAlé4»  catafalque.  Gefbfr  là,  et  par- 
deasns<le  eerooeil  d'une  .peine  qu'il  avait  âî  fidèlement*  servie,  et 
pour  laquelle  il  amit<tant  souffert,  que  le 'vaillant  oonfte  d'Oxford 
éèbangea  un  regard  métaneolique  avec  bon  fils.  Tbus  «euK  qui  as- 
asifaseut  «ui^ifiinéraiHes  ,«et  surtout  lepetit  nombre  des  serviteurs 
anglais  de  Marguerite,  les  regardaient  tous  deux  avec  surprise  et 
respect  ;  le  cemte  surtoM'leor  paraissait  un  digne  représentant  des 
auîetsanglaâs  restés^  fidèles  à  la  maison  de  Laneasire,  et  rendant 
les  dermers  devoirs  à  la  mémoire  d'une  reine  qui  avait  si  long- 
temps porté  le  sceptre,  siaon^aus  commettre  des  fautes,  du  moins 
«f  une  &Miîateiu§omrs  ha^rdie et  résolue. 

Lesdegmîers  sons  des  antiennes  fteéraires  avaient  cessé  de  se 
faire  eflieodre,  et^  presque  tons  les  spectateurs  s'étaient  déjà  reti- 
ré»)  iii9ia4e  petto  et  le<fila  étaient  eUGoreMdàns  «n  sileuce  mélan- 
colique^ prèe  ,à^  restes-  de  leur  «aou^^raine*  Les  prèti*es  s'appro- 
chèrent d'eux  et  le^ir  annoncèrent  qu'ils  allaient  aceompKr  les 
deraiersritea  e»> livrait  le ^sorps^  4e  la  dfifunte,  ce  corps  qui  na- 
guère avait  été  anin^par  un  esprit  si  inquiet  et  si  hautain,  àia 
'peossftre,  mtsilenéret^àl'dlisauriié  du  caveau  qui  depuis  bien 
lofffMispa  aer^iftt  àlaF^sépuMiad  ds^t^eenites'  de  Brormcè.  Six 

3o. 


468  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

prêtres  chargèrent  le  eercaeil  sur  leurs  épaules,  d'autresle  précé- 
daient on  marchaient  à  la  snite»  tenant  de  gros  cierges  de  cirft;  îb 
descendirent  tons  les  degrés  qui  conduisaient  dans  lecayeaa  son- 
terrain.  Lorsque  les  sons  du  requiem  qu'ils  chantaient  eurent  cessé 
de  s'élever  dans  l'église  et  d'en  fiiire- retentir  les  voûtes ,  lorscpe 
la  lueur  des  cierges  qui  brûlaient  encore  dans  le  caveau  ne  put 
plus  se  répandre  à  l'extérieur,  le  comte  d'Oxford  prit  lé  bras  de 
son  fils  et  se  rendit  en  silence  avec. lui  dans  une  petite  cour,  en 
forme  de  cloître,  située  derrière  cet  édifice  religieux.  Ils  s'y  trou- 
vèrent seuls ,  et  ib  restèrent  quelques  minutes  sans  se.  parler,  car 
ils  étaient  tous  deux  ,  et  surtout  le  père,  profondément  affectés. 
Enfin  le  comte  prit  la  parole  : 

— *  Et  voilà  donc  quelle  est  ta  fin,  noble  princesse  !  dit-il  ;  ici 
s'écroulent  avec  toi  tous  les  projets  que  tu  avais  formés ,  et  que 
nous  devions  exécuter  au  risque  de.notre  vie  I  Ce  cœur  si  résolu  a 
cessé  de  battre!  Cette  tdte  si  entrq[»renante  a  cessé  de  méditer! 
Qu'importe  que  les  membres  qui*  devaient  contribuer  à  ton  entre- 
prise aient  encprela  vie  et  le  mouvement  I  Hélas  I  Marguerite  d'An- 
jou,  puisse  le  ciel  t'accorder  la  récompense  de  tes  Tertus,  et 
le  pardon  de  tes  erreurs  !  Les  unes  et  les  autres  appartenaient 
à  ton  rang  :  et  si,  dans  la  prospârité,  tu  as  élevé  la  tête  un  peu 
trop  haut,  jamais  princesse  n'a  su  braver  comme  toi  les  tem- 
pêtes de  l'adversité,  et  y  opposer  une  si  noble  détermination. 
Cet  événement  est  le  dénouement  du.  drame,  mon  fils,  et  notre 
rôle  est  joué. 

—  En  ce  cas ,  mon  père,  nous  allons  porter  les  armes  contre 
les  infidèles,  dit  Arthur  avec  un  soupir  qui  se  fit  à  peine  en- 
tendre. 

—  Il  &ut  d'abord  que  je  sache  m  Henri  de  Richmond,  héritier 
incontestable  de  la  maison  de  Lancastre,  n'a  pa&besoin  de  nos  sec* 
vices.  Ce  collier,  si  étrangement  perdu  et  ai  étrangement  recou- 
vré, comme  vous  me  l'avez  mandé,  peut  lui  fournir  des  ressources 
encore  plus  utiles  que  vos  services  et  les  miens.  Mais  je  ne  re- 
tourne plus  désormais  au  camp  du  duc  de  Bourgogne,  car  il  n'y  a 
aucun  secours  à  en  espérer. 

—  Est-il  possible  qu'une  seule  bataille  ait  anéanti  le  pouvoir 
d'un  souverain  ;si  puissant  ? 

—  Non  certes!  Il  a  fait  une  grande  peiwà  la  jommée  de  Gran- 
son;  mais  ppur.  la  Bourgogne^  ce  n'est,  qu'qne  égratignure  sur 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  469 

l'épaide  d'an  géant.  C'est  son  esprit ,  sa  sagesse,  sa  préToyance, 
qoi  ont  cédé  à  la  mortification  d'une  défûte,  en  se  Toyant  vaincu 
par  des  ennemis  qu'il  méprisait  et  qu'il  croyait  que  quelques  esca- 
drons de  ses  hommes  d'armes  suffiraient  pour  terrasser.  Son  ca- 
ractère eçt  déyenu  plus  volontaire,  plus  obstiné,  plus  absolu  que 
jamais,  ^'écoutant  plus  que  ceux  qui  le  flattent  et  qui  le  trahissent, 
comme  il  n'y  a  que  trop  de  raisons  pour  le  croire,  il  soupçonne 
les'  conseillers  qui  lui  donnent  des  avis  salutaires.  J'ai  eu  moi-même 
ma  part  de  sa  méfiance.  J'ai  refusé  de  porter  les  armes  contre  nos 
anciens  hdtes  les  Suisses,  et  Charles  n'y  avait  trouvé  aucun  motif 
pour  m'empécher  de  l'accompagner  dans  cette  expédition.  Mais 
depuis  sa  défaite  à  Granson,  j'ai  remarqué  en  lui  un  changement 
aussi  considérable  que  soudain ,  qu'il  faut  attribuer  en  grande 
partie  aux  insinuations  de  Campo-Basso,  et  un  peu  aussi  à  l'or- 
gueil humilié  de  Charles  »  qui  n'aimait  pas  qu'un  homme  impar* 
tial/  placé  dans  ma  situation  et  pensant  comme  je  pense,  eût  été 
témoin  de  Tafibront  qu'ont  reçu  ses  armes.  Il  parla  en  ma  présence 
d'amis  tièdes  et  froids  prétendant  rester  neutres ,  et  ajouta  que 
quiconque  n'était  pas  pour  lui  était  contre  lui.  Oui,  Arthur  de 
Yère ,  le  duc  a  dit  des  choses  qui  touchaient  mon  honneur  de  si 
près,  que  si  les  ordres  de  la  reine  Marguerite  et  les  intérêts  de  la 
maison  de  Lancastre  ne  m'en  eussent  fait  un  devoir,  je  ne  serais 
pas  resté  un  instant  de  plus  dans  son  camp*  Tout  est  maintenant 
fini.  Ma  souveraine  n'a  plus  besoin  de  m%s  humbles  services.  Le 
duc  n'est  plus  en  état  de  nous  accorder  aucun  secours ,  et  quand  il 
le  pourrait,  nous  n'avons  plus  à  notre  disposition  le  prix  qui  pour- 
rait seid  l'y  déterminer;  car  nous  avons  perdu  avec  Marguerite 
d'Anjou  toift  les  moyens  de  seconder  sesTues  sur  la  Provence. 

—  Et  quels  sont  donc  vos  projets ,  mon  père  ? 

—  Mon  projet  est  de  rester  à  la  cour  du  roi  René  jusqu'à  ce  que 
j'aie  reçu  des  nouvelles  du  comte  de  Richmond ,  comme  nous  de- 
vons encore  l'appeler.  Je  sais  que  les  exilés  sont  rarement  bien 
accueillis  à  la  cour  d'un  prince  étranger  ;  mais  René  songera  que 
j'ai  été  le  constant  et  fidèle  serviteur  de  sa  fille  Marguerite.  D'ail- 
leurs j'eoftends  rester  ici  déguisé  ;  je  ne  lui  demande  ni  secours  ni 
attention  d'aucune  espèce;  je  présume  donc  qu'il  ne  me  refusera 
pas  la  permission  de  respirer  l'air  de  sesdomaines  jusqu'à  ce  que 
joiSdfche  de  quel  côté  m'appelleront  la  fortune  ou  mon  devoir. 

— N'en  doutei  pas,  i^pondit  Arthur,  le  roi  René  est  incapable 


4T0  GBtIILBS  OLfe  TBHnUililB. 

d'oM  pensée  bMse  •«  ignoble.  S^il  «a'mt  an^ner  les  frivxftitéB 
cornue  il  déteste  le  déehenneiiry  il(>oanrttt  étnrpkoâkieii'haAt  an 
rang  des  monarques. 

Cette  Tésc^ttlîon  «yant  ëté  iide|itée,  .Arthift  présenta  sea  père  à 
la  4iourdeRené,  en  itifomiantseGrètenicsit'ieTisifn'il'étaitlioinne 
de  qualité,  et  partisan  distitigtié  de 'la  maison  de  Laneaatre.  JLe 
bon  roi ,  an  fond  du  eœor,  ««pait 'préfâr6«n'  honmié  dbonédétaina 
d'nn  autre  genre ,  et  d'*un<dara<tère  plus  gai,  à  un  iionmiSe  d'Ela^ 
à  un  gnerrierdent  la  physîoDomie était  toujours  .grave  et  mékm» 
colique.  Le •  côtoie  le  eomprtt,-  et  ranenient  tnmbb4«il  par  sa  pré* 
sence  les  friTéles  loisirs  de  son  hoie  biemteiilant.  'Il  trouva  pour- 
tant Tocoasion  de  rendre  au  vieux  Foi  tm  servioe  înipertant,  en 
amenant  à  An  un  trrité  entre  tuiet  sovneveo>Louis,  roi  de  France* 
Ce  fut  défimtivement  à  ce  monarque  astucieux  que  R«ié  assura  la 
possession  de  «la  Pr^^venee  ;  *oar  là  néeessité  ^«de  tatesaro  de  eu 
gcKire  était  alors  devenue  évidente  mène  à  «es  yeux ,  et  teate  peu* 
sée  fsvorable  à  Cliaries ,  duc  de  Bonvgegne ,  était  morte  aveek 
reine  Marguerite.  La  poiittque  et  la  sagesse  du  .cotnte  aurais,  qoi 
feu  presque'seill  chalrgé'de  négocaerxetteaffnre  sécrété  et  délicatSi 
furent  delà  phtsgrande  utilité  au  beu  m  René,  qui^sorët  ainsi 
de  tout  anbartfas  personne  «t  pé8unia(ire,«^t  qui  se  «rouva  en  état 
de  descendre  au  tombeau  en  composant  des  «vers  et  en  jouant  de  k 
viole.  Louis  né  manqua  pas  de  «hemher  à  ee  rendne  propieak 
plémpotenyaire  6ii>lui*faiélittt  ^entifeyedr  Ttlipoir éloigne  de  cecevoir 
de  lui  des  secours  pour  aider  ta  >maiao»deL.anea8lre  en  Jongle* 
terre  >  et  il  y  eut  raêÉie  un  Aiible»ooaMneneeBient  de  «négociatMiS 
à  ce  sujet.  Oes  affîiires,  qui  obUgèrentie  comte  d*Oji€«lrd«t  sonfik 
à  faire  deux  voytiges  à  Paris  pendtfntle  priti temps  et  IVit^de  147 6, 
les  occupèrent  les  six  premiers  mois  de  cette  année. 

•Cependant  la  guerre  continuait  avtec  iareur-entreledacde 
Bourgogne  d'une  part,  et  les  Gantons  susses  et  Ferrand  de  ItMP* 
raine  de  l'aatre.  Avant  le  milieu  de  Pétéde  k  raètne  urinée,  Chailes 
avait  mis  sur  pied  une  nouvelle  armée  de  phts  de  soiitafnte  modk 
hommes,  soutenue  par  un  .paire  d'aftilleriede  cent  cinquante  pièces 
de  canon,  dans  le  dessein  d'envahir  la  Suisse.  De  leur  eAlé,  les 
bdliqueux  montagnards  levèrent  aisément  une  armée  de  trente 
mille  Suisses  qui  se  regardaient  alors  presque  comme  invindUeSi 
et  requirent  leurs  confédérés ,  les  Tilles  libres  du  Rhîn ,  de  kor 
fammir  un  copps  conaidérabk  de  cavalerie.  Lee  premiers  eifforts 


CHARLES  ilB  TÉMÉRAIRE.  471 

de  Charles  lai  rëossireiit.  Il  couvrit  de  ses  troupes  le  pays  de  Yaud, 
et  reprit  la  plupart  des  places  qu'il  avait  perdues  après  la  bataille 
de  Granson.  Mais  au  lico  de  chercher  à  s'assurer  d'une  frontière 
bien  défendue ,  ou ,  ce  qui  aurait  été  encore  plus  sage,  de  faire  la 
paix  à  des  conditions  équitables  avec  ses  redputables  voisins,  le 
plus  obstiné  des^  prisées  conçut  de  nouveau  le  dessein  de  pénétrer 
dans  1a  cœur  ta&Ât  des  Alpes^  et  de  châtier  lès  montagnards  au 
miliea  de  leurs  fiMrteresses  naturelles,  quoique  1  eipérience  eût  dû 
loi  apprendre  le  danger  de  cette  entreprise,  et  même  le  faire  dés- 
espérer du  succès. 

liaoOiaie  d'CHbfoi^  eca#n  fils,  à  le«r retour  àf  Ais  w  miUea  d^ 

Téiéy  «pprictni  que  GbarUs  t'était  avaJicé^iiiwjpl'à/MoratouIMUir- 

tea^  ptao^sitwée^anrles  b«»rds>d^ttn  tac.foriavtileuvâflie  nom»  à 

rentrée  dieia>Siii#«e,  Lie hniii.|H»Uic4^fl|ût> qu'Adrien  deJBubmii* 

l>^rS9 /vieus^  ehavaUer  de  B«rB^,.ooii|iiMiiidait  >w  «et  endroit,  et 

qi>'iiV]r  faisût  kl  plas  v^^asanse  résistance  eo  attendant  les  se- 

cows  que  ses  oo«cîtojQns  se  préféraient  à  la,  tiate  à  1 A  envoyer* 

-^Hélasl  mon  •acteo^ère.d'^rpiesl  s'écria  le  «(pmte  anappxe* 

nant  cette  nouvelle;  cette  ville  assiégée»  eès-Msailts  repoussés, 

ce  voim^fe du paysetonenii,  ice  laii profo^di  ««s  rochers iiiao^s- 

sililtis  VMS  uKs^aeent  d'une  sèaende  représefita(îoii4e  la  tragédie 

de  GtmhQn  f  et  peut<étre  ^ne^ç  phis  dé^astreiisf)  fue  lapremière  I 

JRetdant  la  d^ière  semaine  de  juUtet ,  la  capitale  4^  la  Pro- 

yeUBKeefui  agitée  |Mtr  un  de  oes  bffuito  qui  ne  paraisaent  londéssur 

ri«,  maisiqui  sont  génécateBÉent-aoctêilli»,  et^qui  Iransniettent  içs 

gmeda  évènemens  atecune  cétévitéinoroyable»  coimpaiiiie  prange 

jetée  de  laain  «a  main: par  des  gens  plaeés  dedistanaeeii  dtsiance, 

paroMnpa  ion  eispaiee  domié^  infinioieQt  plus  vite  f«e  si  eUe  était 

ponée  s«aceasiTep«Mit  par  les  ^epitiers^  les  pt«s<agiles.  Ce  .bruit 

animfj^t  jB«a  seao«<fe  ^éfciie  des  Bouiigfi^aofiseQ  tenues  si  exa» 

gérés  f  4fm  le  «oniDe  d'Oxford  rc^^véait  la  nounrelle  ecMutte  ftasse> 

an  nifiui»ea  gftnde  pttrtia. 


CHAPITRE  XXXIV. 


Quoi  I  les  eniMinU  sont  Tenns  I 
III  ont  Mmporté  la  TWloinl 
Dm  flou  de  taof  ont  été  ttpanda* , 
8'U  «t  vraf  qii'ao  Isyattt  Dtrwaat  tôniit  sa  fWrt; 


Ls  80]iiiiieil«Ae  ferma  lei  yeux  ni  dn  comte  tf  Oxford  ni:  de  wfssL 
fils;  car,  qaoiqae  les  succès  ou  les  dé&ites  da  dac  de  Bourgogne 
ne  pussent  désormais  être  d'aucune  importance  pour  leurs  ailaîres 
privées  ou  la  situation  de  FAnglet^rre,  le  père  ne  pouvait  cesser 
de  prendre  intérêt  au  sort  de  son  ancien  compagnon  d'armes,  et 
le  filsy  avec  le  feu  de  la  jeunesse,  toujours  portée  à  désirer  de  Yoir 
quelque  choSs  de  nouveau  ^ ,  s'attendait  à  trouver  de  quoi  avan- 
cer ou  retarder  ses  progrès  dans  le  monde  ^  dans  chaque  événe- 
ment remarquable  qui  l'agitait. 

Arthur  venait  de  se  lever,  et  il  était  occupé  à  s'habiUer,  quand 
le  bruit  de  la  marche  d'un  cheval  attira  son  attention.  Dès  qn'H 
se  fut  approché  d'une  fenêtre^  il  s'écria  :  —  Des  nouvelles,  mon 
père  1  des  nouvelles  de  l'année  !  Et  courant  à  la  hâte  dans  la  me, 
il  y  trouva  uU'Câvaliw  qui  demandait  où  il  pourrait  trouvet  JdÉn 
Philipson  et  son  fils.  Il  ne  lui  Ait  pas  difficile  de  reconnaître  Got 
vin,  général  d'artillerie  dn  duc  Charles.  Son  air  effieffé  annonçait 
le  trouble  de  son  esprit  ;  son*  armure  en  désordre,  brisée  en 
partie,  et  ronillée  par  la  pinie  ou  par  le  sang,  proclamait  la  non» 
Telle  qu'il  avait  récemment  pris  part  à  quelque  afftûre  dans  la» 
quelle  il  avait  probablement  eu  le  dessous;  et  son  coursier  était 
tellement  épuisé ,  que  c'était  avec  difficulté  que  l'animal  se  soute- 
nait sur  ses  jambes;  le  cavalier  n'était  guère,  en  metUeur  ëtat.^ 
Quand  il  descendit  de  cheval  pour  saluer  Arthur,  il  chancela  telle- 
ment qu'il  serait  tombé  si  son  jeune  compatriote  ne  se  fût  hâté 
de  le  soutenir.  Ses  yeux  semblaient  avoir  perdu  la  faculté  de 
voir;  ses  membres  ne  possédaient  plus  qu'un  pouvoir  imparfiaiit  de 
mouvement,  et  ce  fut  d'une  voix  presque  étouffée  qu'il  bégaya: 

2.  Oy^Aw  iMfsnM  rrrui. 


CHARLES  LE  TâiâUIRB.  473 

^^  Gé  nW  qne  la  CaLtigoe,  le  manque  de  nourriture  et  de  repor^ 

Arthor  le  fit  entrer  dans  la  ipaison,  et  on  lui  fit  servir  des  ra^* 
fraîchissemens  ;  mais  il  ne  Tonlnt  accepter  qu'on  Terre  de  yin ,  et 
après  y  avoir  goûté  il  le  remit  sur  la  table ,  puis,  regardant  le 
comte  d'Oxford  avec  Pair  de  la  plus  profonde  affliction ,  il  dit  dou- 
loureusement: —  Le  doc  de  Bourgogne! 

—  Tué  I  s'écria  le  comte  ;  j'espère  lé  contrairOé 

— Il  vaudrait  mieux  qu'il  le  fût ,  répondit  Gilvin  ;  mais  la  honte 
est  arrivée  pour  lui  avant  la  mort. 

— Il  a  donc  été  déCeiit  ?  dit  le  comte. 

— D'une  manière  si  complète  et  si  terrible ,  que  toutes  les  dé-^ 
tûtes  que  j'ai  vues  jusqu'ici  ne  sont  rien  en  comparaison. 

— Mais  où?  comment?  Vous  étiez  supérieurs  en  nombre ,  à  ce 
quton  nous  a  dit. 

— Deux  contre  un,  au  moins;  et  en  vous  parlant  de  cette  af- 
faire ea  ce  moment  y  je  me  sens  prêt  à  me  déchirer  moi-même 
de  rage  d'avoir  à  vous  fiedre  un  récit  si  honteux.  Depuis  huit 
jours  nous  étions  arrêtés  à  faire  le  tfiége  d'une  bicoque  nommée 
Hurten,  Morat,^  ou  tout  ce  qu'on  voudra.  Nous  fûmes  bravés  par 
le  gouvemenry  un  de  ces  ours  opiniâtres  des  montagnes  de  Berne  ; 
il  ne  nous  fit  pas  même  l'honneur  d'en  faire  fermer  les  portes  \  et 
quai^jious  loi  fîmes  une  sommation  de  rendre  la  ville ,  il  nous  ré- 
pondiPque  nûus  pouvions  y  entrer  si  nous  le  voulions,  et  que 
nous  y  serions  convenablement  reçus.  J'aurais  voulu  essayer  dé 
loi  faire  entende  raison  par  le  moyen  d'une  couple  de  salves  d'ar- 
tillerie; maisikduc  était  trop  courroucé  pour  écouter  un  bon 
conseil.  Excité  par  ce  misérable  traître ,  Gampo-Basso,  il  jugea 
plus  à  propos  de  donner  un  assaut  y  avec  toutes  ses  forces,  à  une 
place  dont  j'aurais  pu  faire  tomber  les  murailles  sur  les  oreilles  de 
ceux  qui  la  défendaient,  mais  qui  était  trop  forte  pour  qu'on  pût  la 
prendre  avec  des  épéeset  des  lances.  Nous  fûmes  repoussés  avec 
grande  perte,  et  le  découragement  «se  mit  parmi  nos  soldats.  Nous 
nous  mimes  alors  à  l'œuvre  d'Une  manière  plus  régulière,  et  mes 
batteries  auraient  rendu  l'usage  de  leurs  sens  à  ces  enragés  Suisses. 
Les  murs  et  les  remparts  s'écroulaient  sous  les  boulets  des  braves 
canonniers  de  Bourgogne;  nous  étions  protégés  par  d'excellens 
retranchemens  contlre  l'armée  qu'on  disait  s'avancer  pour  nous 
forcer  à  lever  le  siège;  mais  dans  la  soirée  du  20  de  ce  mois,  nous^ 
apprhnes  qu'elle  n'était  plais  qu'à  peu  de  distance  de  nous;  et 


474  CHâlIItf  US  traMÉKàlRK.  ' 

CSiarlefty  ne  conMihant  yieson  esprit  auckcMix  «  najPchiiÀ  Iqv 
rencontre,  abandûnnant  l'avantage  de  nos  batteries  et  de  noirt 
bonne  position.  Par  son  ordre ,  quoiiiine  contre  mon  ptopre  i^sgc 
ment ,  je  raccompagnai  arec  vingt  excellentes  pièces  d'arMUerie 
et  la  fleur  de  mes  gens.  Nous  levâmes  le  camp  le  lendemaia  matin, 
et  nons  n'avions  pas  fait  beauconp  de  cUemin.  quand  nous  vîmes 
une  montagne  bérissée  de  piqnea,  de  ballehardes  et  d'épées  à  deux 
mains.  Le  del  lui-même  y  ajouta  ses  lerrears  i  uœ  tempête  armée 
de  toute  la  fureur  de  ce  climat  orageux  éclata  sur  les  deux  armées» 
mais  fit  beauconp  plus  de  mal  à  la  nôtre ,  car  nos  soldats,  et  surlont 
les  Italiens,  étaient  moins  babitaés.à  recevoir  un  psureil  déhige^ 
et  ensuite  tous  les  ruisseaux  qui  descendaient  des  montagnes,  gon- 
flés et  changés  en  torrens  par  la  pluie,  noip  inondaient  et  mettaient, 
le  désordre  dans  nos  rangs.  Le  duc  yit  en  un  instant  qu'il  étaîl 
nécessaire  de  revenir  sur  la  résolution  qu'il  avait  prise  de  Urvrer 
bataille  sur-le-champ  ;  il  accourut  à  moi ,  et  m'ordonna  de  couvrir 
avec  mon  artillerie  la  retraite  qu'il  allait  con^nencer,  ajoutant 
qu'il  me  soutiendrait  en  personne  avecles  hommes  d'armes.  L'ordre 
fut  donné  de  battre  en  retraite;  mais  ce  mouvement  inspira  une 
nouvelle  ardeur  à  un  ennemi  déjà  assez  audameux.  A  l'instant 
même,  toute  l'armée  suisse  se  n»t  à  genoux  pour  prier.  Je  tournai 
en  ridicule  cette  pratique  de  piété  sur  le  champ  de  bat2|iUe  ;  mais 
cela  ne.m'arrivera.plus.  Au  bout  de  cinq  minutes,  les  Suislls*se 
relevèrent,  et  commencèrent  à  s'a vanc-er  rapidement  en  sonnant, 
de  leurs  cornets  à  bon^quin.,  «t  en  ponssant  leur  cridegnerre  avec 
leur  férocité  ordinaire.  Tout  à  coup,  Milord,  lesnujifl^  crevèpenl, 
le  soleil  jeta  des  torrens  de  himièiH^  sur  les  Confédérés,  tandis 
qu'un  véritable  déluge  continuait  à  toniber  sur  nos  rangs.  Nea  gens 
furent  découragés.  L'armée  était  en  retiraite  derrière  eux,  et  le 
vif  éclat  du  soleil  brillant  sur  les  Suisses  qui  avançaient,  montrait 
siir  la  montagne  une  profusion  debamiiàres  et  d'armes  étincelantes 
qui  disaient  paraître  l'ennemi  en  nombre  doiible  de  ce  qu'il  avait 
paru  d'abord.  J'exhortai  mes  gens. à  tenir  ferme,  mais  en  le  ftiisanft 
j'eus  une  pensée  qui  était  un  péché,  et  je  prononçai  un  mot  qnim 
était  un  antre  :  Tenez  bon,  ..mes  braves  canonniers,  leipr  difi^t^»  et 
nons  leur  ferons  voir  des  éclairs  et  entendre  un  tonnerre  dont 
tontes  leurs  prières  ne  pourront  les  garantir.  Aies  gens  poussèrent 
des  acclamations.  lUms  c'était  une  pensée  impie,  nn  blasphème,  et 
U*noua  en  arriva  malheur,  Nons  pointâmes  nos  canonS'eonlre'lia 


CHARLES  LE  TÉMBHAIQE.  47tf 

masses  qui  avançaient^  ansat  bien  qne  canons  aient  .jamais  été 
pointés;  je  puis  en  répondre»  car  je  pointai  moi-même  la  Grande- 
Duchesse  de  Bourgogpe.  Hélas!»  pauvre  Duchessei  ea,  quelles  mains 
ignorantes  te  tronves-tu  nutintenant!  La  voléeftartk^  ^et  avant  que 
la  fumée  eût  en  le  temps  de  se  répandre ,. je  pus  voir  tomber  bien 
des  hommes  et  des  bannières.  IL  était  naturel  de  croire  qu'imo 
pareille  décharge  aurait  ralenti  lUo^éinosité  de  l'atiaqoe,  et  pen* 
dsmt  que  la  fumée  nous  cachait  leS'  Suisses  ,je  donnai  ordre  de 
recharger  nos  canons ,  et  je  fis  tous  mes  efforts  pour  tâcher  de  les 
reconnaître  à  travers  la  fumée;  mais  avant  qu'elle  se  fiât  dissipée, 
et  que  nos  pièces  eussent  été  rechargées,  les  Suisses  tombent 
sur  nous  comme  la  grêle  ;  piétons  et 'cavaliers,  vieillards  et  jeunet 
gens,  chevaliers  et  varlets,  nous  chargeant  à  la  bouche  même  da 
canon ,  av'ee  le  mépris  le. plus  complet  de  leur  .vie^  l^les  braves 
canonniers  furent  taillés  en  pièces  ou  foulés  aux  pieds  »^  pendant 
qu'ils  s'occupaient  encore  à  chdcger  leurs  canons,  etije^neoroispaa 
qu'une  seule  pièce  ait  tiré  un  second  coup. 

—  Et  le  duc  ne  vôus'soutint-il  pas?  demanda  Oxford. 

-^  Il  nous  soutint  avec  autant  de  bravoure  que  de  loyauté,  à  la 
tète  de  ses  gardes  wallonnes  et  bourguignonnes.  Maisun  millier  ^ 
mercenaires  italiens  tournèrent  le  dos ,  et  ne  se  remontrèrent  plus. 
D'ailleurs,  nous  étions  dans  undéfdé,  étr^tpar  lui-même^  et  en- 
combré d'artillerie ,  bordé  d'un  côté  par  des  montagnes  et  des  ro* 
ehers,  et  de  l'autre  |mr  un  lac  profond.  £n  iin  mot,  nous  étions 
dans  un  lieu  qui  ne  convenait  nullement  aux  manceuvares  de  la  ca* 
Valérie.  En  dépit  des.  deniers  efforts  du  duc  et  de  cenxdes  braves 
Flamands qui<combaUaient autour  de  lui,  tout  te  repoussé  en  dés- 
ordre complet.  J'étais  àfned,  combattant  comme  je  le  pouvais» 
sans  espoir  de  sauver  ma  vie^  et  n'y  songeant  oieme  pas,  quand 
je  vis  mes  canonsipris ,  et  mes  fidèles  canonniers  maasacrés.  Maia» 
en  ce  moment,  j'aperçus  le  duc  Charles  qui  était  serrédeprès,  et 
je  pris  mon  cheval  des  mains  demon'pag;equi'letenait.Ettoi  aussi 
tu  as  péri,  pauvre  orphelin!  Je  me  joignis  alors  à  M.  de  Croye.et 
à  quelques  autres  pour  dégager  le  duc,  et  notre  retraite  devint  une 
déroutç  complète.  En  arrivant  près  de  notre  ^arrière-garde,  que 
nous  avions  laissée  campée  dans  une  forte  position ,  'nous  vimes  les 
bannières  suisses  flotter  sur  nos  batteries;  Une  forte  division  de 
leur  armée,  qui  avait -fait  un  circiût  à  travers  les  montagnes ,  en 
piSsant  par  des  défilés  qoi-  ne  aoi)t  çonmis  q^ed'eux  »  était  tombée 


476  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE, 

sur  notre  camp ,  et  elle  avait  été  Tigonreasement  secondée  par  ce 
maaffit  Adrien  de  Babemberg,  qni  ayait  fait  une  sortie  au  même 
instant ,  de  manière  qne  le  camp  s'était  trouvé  attaqué  dé  deux 
cAtés  à  la  fois.  J'ai  de  pins  à  tous  dire  qu'ayant  couru  nuit  et  jour 
pour  TOUS  apportet  ces  mauvaises  nouvelles ,  ma  langue  est  collée 
contre  mon  palais ,  et  que  je  sens  que  je  ne  puis  plus  parler.  Tout 
le  reste  n'est  que  fuite ,  massacre,  honteuse  déroute  pour  tous  ceux 
qui  étaient  sur  le  champ  de  bataille.  Quant  à  moi,  je  confesse  que 
j'ai  à  me  reprocher  ma  confiance  en  moi-même  »  mon  insolence  à 
l'égard  de  l'ennemi ,  et  mon  blasphème  envers  le  eiel.  Si  je  survis 
à  cette  honte ,  ce  sera  pdur  cacher  ma  tête  déshonorée  sous 
on  capuchon ,  et  expier  ainsi  les  nombreux  péchés  d'une  vie  li- 
cenciense. 

A  peine  fht-il  possible  de  déterminer  le  guerrier  accablé  de  cha- 
grin à  prendre  quelque  nourriture,  et  à  aller  se  livrer  au  repos , 
après  avoir  avalé  une  potion  calmante  qui  lui  fut  ordonnée  par  le 
médecin  du  roi  René,  qui  là  jagea  nécessaire  pour  maintenir  la 
raison  dans  un  corps  épuisé  par  les  fatigues  d'une  bataille  et  d'une 
course  forcée. 

Le  comte  d'Oxford  et  son  fils  restèrent  alternativement  près  do 
lit  de  Col  vin,  et  ils  ne  voulurent  partager  ce  soin  avec  personne. 
Malgré  la  potion  qui  lui  avait  été  administrée,  il  tarda  long-temps 
à  jouir  du  repos.  Des  tressaillemens  soudains ,  la  sueur  qui  loi  coo" 
Trait  le  front,  les  contractions  des  muscles  de  son  visage,  l'agi- 
tation convulsive  de  tous  ses  membres ,  là  manière  dont  il  serrait 
les  poings,  tout  prouvait  que  ses  rêves  le  transportaient  de  non- 
Teau  sur  la  scène  d'un  combat  sanglant  et  désespéré.  Cet  état  dura 
plusieurs  heures.'  Ce  ne  fut  que  vers  midi  que  la  fatigue  et  l'in* 
fluence  du  breuva(^e  qu'il  avait  pris  l'emportèrent  sur  cette  agita- 
tion nerveuse,  et  le  guerrier  vaincu  tomba  alors  dans  un  sommeil 
paisible  qui  dura  sans  interruption  jusqu'au  soir.  Le  soleil  allait 
se  coucher  quand  Colvin  s'éveiHa  ;  et  après  avoir  appris  où  3 
'  était ,  et  avec  qni  il  se  trouvait,  il  prit  quelques  rafraîchissemens, 
et  leur  raconta  de  nouveau  tous  les  détails  de  la  bataille  de  Alurten, 
sans  avoir  l'air  de  se  souvenir  qu^il  les  en  avait  déjà  informés. 

—  Sans  trop  s'écarter  de  la  vérité ,  ajouta-t-il,  on  peut  calculer 
que  la  moitié  de  l'armée  du  duc  a  péri  par  le  fer,  ou  a  été  poussée 
dans  le  lac.  Ceux  qui  ont  évité  la  mort  sont  dispersés  de  tons  côtés, 
et  ne  se  réuniront  plus.  Jamais  on  n'a  vu  une  défaite  si  irrépa* 


j 


CHARLES  LE  TftlIÉRAIiœ.  47T 

table.  Noas  ayons  pris  la  fuite  comme  des  daims,  eommedesmoa- 
tons,  ou  d'autres  animaux  timides ,  qui  ne  restent  ensemble  qjm 
parce  qu'ils  craiguemt  de  se  séparer,  n^ais  qui  ne  songent  jamais  à 
se  mettre  en  ordre  ou  en  défense. 

' —  Et  le  duc  7  demanda  le  comte  d'Oxfordl 

—  Nous  l'entraînâmes  avec  nous,  plutôt  par  instinct  que  par 
loyauté ,  comme  les  hommes  qui  s'enfuient  d'une  maison  incendiée 
prennent  leurs  effets  les  plus  précieux  sans  songer  à  ce  qu'ils  font. 
Chevaliers  et  Tarlets,  officiers  et  soldats  ,^  tout  partagea  la  même 
terreur  panique ,  et  chaque  son  que  le  cornet  d'Cri  faisait  entendre 
derrière  nous,  semblait  nous  attacher  des  ailes  aux  talons. 

^  Et  le  duc  ?  répéta  Oxford. 

—  D'abord  il  résistait  à  nps  ^efforts ,  et  voulait  retourna  à  l'en- 
nemi ;  mais  quand  la  fuite  devint  générale ,  il  galopa  comme  nous, 
«ans  prononcer  un  mot,  sans  donner  un  seul  ordre.  D'abord  nous 
crûmes  que  son  silence  et  son  impassibilité ,  si  extraordinaires 
dans  un  caractère  si  iippétneux ,  étaient  un.symptdme  heureux , 
puisqu'ilsnous  permettaient  de  veiller  à  sli  sûreté  personnelle;  mais 
quand  nous  eûmes  couru  toute  la  journée,  sans  pouvoir  en  obtenir 
une  réponse  à  nos  question^  y  quapd  nous  le  vîmes  refuser  toute 
espèce  de  rafraîchissemens,  quoiqia'il  n'eûtpri»  aucune  nourriture 
pendant  toute  la  durée  de  ce  jour  désastreux  ;  quand  tous  les  ca- 
prices de  son  humeur  altière  et  impérieuse  firent  place  à  un  dés* 
espoir  sombre  et  silencieux ,  nous  tînmes  conseil  sur  ce  que  nous 
devions  (aire;  et  comme  on  sait  que  vous  êtes  le  seul  homme  pour 
les  avis  duquel  Charles  ait  montré  de  temps  en  téraps.quelque  défé- 
rence ,  la  voix  générale  me  chargea  de  venir  vous  inviter  à  aller 
le  trouver  sur-le-champ  dans  la  retraite  où  il  est  en  ce  qioment  ,,et 
à  déployer  toute  votre  influence  pour  le  tirer  de  cette  apathie  lé« 
ihargique,  qni,  sans  cela,  peut  terminer  son, existence. 

—  Et  quel  remède  pujis-je  y  >apporter  ?  4i^  Oxford  ;  vous  savez 
qu*^l  a  négligé  mes  avis,  quand  en  les  suivant  il  aurait  pu  servir 
mes  intérêts  comme  les  siens.  Vous  savez  que  ma  vie  n'était  pas 
même  en  sûreté  parmi  les  mécréans  qui  entouraient  le  duc ,  et  qui 
ayaient  de  l'influence  sur  son  ^prit. 

—  C'est  la  véritjé ,  répondit  Colvin.;  mais  je  sms  aussi  qu'il  est 
votre  ancien  compagnon  d'armes ,  et  il  me  conriendrait  mal  de 
vouloir  apprendre  au  nobje  comte  d'Ôxford  ce  que  les  lois  de.  la 
chevalerie  exigent.  Quant  à  la  sûreté  de  Votre  Seigneurie ,  tout 


478  OUURLES  LB  TÉMÉlUinaS. 

iMHMBe  d^liOMiMr  qui  se  troa^e dans  notiv armée  est  prêt*  ala 
«garMitin 
.  <—  C^est  oe  qÊà  m'inqnîèle  le  moios ,  dit  Oxford  avee  tm  ion 
d'indifférence  ;  si  ma  présence  penyait  être  utile  au  dnc  >  si  je  poa- 

yais  croire  qu'il  désirât  me  voir 

-*->  Il  le  désire ,  Mllord  ,  il  le  désire ,  s'écria  le  fidèle  «oldat ,  les 
lames  aux  yeux.  Néas  l^atens  entenda  tous  nommer,  conmie  si 
tiotre  Bomlaiéciiappait  dans  un  songe  pénible. 

—  Cela  étant ,  j4rai  le  joindre  y  reprit  Oxford;  et  firai  siir4e- 
champ.  Oà<ayait-il  dessein  d'établir  son  quar^er^général? 

V  —  U  n''a  rien  déaidé  aur  ce  point  ni  sur  auoun  autre  ;  mais 
M.  de  Contay  a  désigné  la  Rivière ,  près  de  Salkis ,  daais  la  hante 
Bourgogne ,  comme  devant  erre  le  lieu  de  sa.  retraite. 

—  C'est  dcHnelà  que  je  me  rendrai  6n  tente  hftte  aVee  mon  Sis, 
Quant  àveusy  Golvin  «  viens  €sre«  «nieux  de  rester  im ,  et  de  v^ir 
quelque  saint  koHiii|je<peur  m  obtenir  l'ahsétutien  dtt  pécM  que 

r  voosaveaoomjmisenparlanvcomme'vous-l^vezlftit  snrle  ehamp 
de  bataille  de  Merat.  C'en  ëlait  un  sans  doute  >  jnais  oe  serait  le 
inal  véparer  q«e  de  quitter  un  makregénérenx ,  quand  il  a  le  plus 
grand  besoin  de  vos  bene  service.  C'est  nn  aete  de  l&eheté  que 
de  se  retirer  dans  le  cloîtré  tant  qu'«n  a  des  devcârs  plus  aottfe  à 
remplir  dàna^lo' monde. 

•  «^  Yotts  ave?  raison  >  Bftlord ,  car41  est  vrai  que  si  je-quittais  le 
duc  à  présent ,  il  ne  resterait-  peat*élre  pas  dans  sën 'armée im 
homme  en  état  denianceilvrer'GonvenftblemeEit'une^prîèoè  èe^anen. 
La  vue  de  Votre  Seigti^rié  ne  pentqn'epérer  nn  effet  favorable 
sur  mon  nobte  maître,  pnisqu'ene  a  réveillé  eç  moii  fes  sentimois 
d^in  vie»x  soldat  r  Si-  vous  ponvefc  Tetarder-votre'dépaurt'  jusqu'à 
demain^  j^urai'le  temps^de  mettre  ordre  au^E  afTaiiies  de  ma  cen* 
science  f  et  ma  santé-dô  corps  eerft'au(li$aimnent  refaire  potirme 
pe#mettre;de  voua  serVir  dé  gpidev  ^jimut  au  ^lettre ,  fj  songerai 
quand  J'aurai  -regagné  Vboàiiear'  que  j'«Éi;perdu  à  Uurten.-  Mkiis  je 
ferai  «dire  des^meêseS)  et  des  messes*  solennelles^  pour  les  âmes  de 
mes^^pvres  canonniers^ 

La  proposition  die  Colvin  fut  adopf^-;  Oxferd^et^n  fils  pas- 
làrent  le  reste  de .  Is^uf  née  à»  se  préparer  à-  leur  -départ^,  sauf  le 
temps  nécessaire  pour  aller  {^rendre  congé  du  roi  René ,  qui  eot 
Tair  dé  les  ro)r  paitii^'  a:? eo  regrdl.  ^eeompàgnés  dû  général  d'âr- 
tyiarîe4ti4îi6  de  Sèain^^tict»  ils  tt*aYeriècent  leaprovinces  qar  se 


OfUiOiBI  LK  T^MlilAlIlE.  47» 

tioiireolenlrela  TiUed'Aix  etltflMedMM'laqfqflHeGhfti^  t'tiait 
retiré.  Mais  la  di6tanoe*et  ka  iÀeoAvému  âTmie  si  Iwigm  route 
lea  retinreat  en  chcn^in  plus  de.^iuim  jovn  »  atja  laàis  dejuil* 
let  1176  était  commencé  quand  nos  yoyagenrs  arrivèrent  dans  la 
Haute-Bourgogne»  au  château  du  la  Rivière ,  situé  à  environ  vingt 
milles  au  sud  de  Salins.  Ce  château  »  édifice  peu  considérable ,  était 
entouré  d-im  grand  nombre  de  teoioB»  placées  «oonlpsément  et  en 
désordre,  et  d'une  nanière  fert  éloignée  diela  diseipHne  qni^  ré* 
gnait  ordinairement  dans  le  camp  de  Ghàiies.  Gopandanâ  la  pré- 
sence du  duc  était  amiOAcée  p^r  sa^grande  hanflâère,  décorée  de 
tottte8;se6  armoiries ,  qu  .flottait  sur  iesJertiftsaiîpns.  Une  garde 
en  sortit  pour  reeonnaiure  leç  étrangers  ^  mais  avec,  aipeu  dWdre  » 
que  le  comte  îsta  un  regard  aw  Golvîn ,  eonme  peur  loi  en  de- 
mander rexpUcation,  ttCgéaéral  d'ertilkne  leva^Jas  épautos ,  et 
garda  le  silence. 

^olvin  ayant  cnavoyé  avis  de  son  arrîifée  et  de  edle  dutoomte 
anglai&f  M.  deConla^  les  refvtà  rinstant  mâiney  et  montra  beau- 
coup de  joie  de  >  lès  veivoir, 

— Quelquesfidàleu  serviteçnps  du  due  sont  eaee  iqenient  à  tenir 
490AseM,  lenr  dii-tly  et  vos  avis ,  neblç  lord  Oxford  »  ■oas.sepont 
de  la  plua  grande. importaeeciw  MM»  de  Clroy«^.  de.  Graon,  de 
Rubempré,  et  d'iautrea  nobles  boorgnignona  y  soiitaeMmbléa  pour 
prendre  des  mesufes  pour  la  défense  du  paysy  danaoe  monent 
critique.'  

,  TouatAnmgiièrettt4iuieenrte:d'OrfordleplaagMmd|ilaisîr  Aele 
revoir^  et  ils  lui  dirent. que  s'ils  s'étaient  ab^enua  délai  donner 
des  mapqnas  d'alKiealîon  .pendant  le  demiev  'Sëiour  qu'il  avaîiffait 
dans  l^caïaip^  du  dno^  Q'élait  paroi»  ^l'ila-eonnanaaienk'sen  >déBit  de 
garder  Incognito» 

—  Son  Akease  vense  denmndé  don  fioifty  dis  deCmen ,  et  tou- 
jpufSraonsi  votre^nout -supposé  de.  innKpâon.  ^ 
.  —  Je  n'en  auia  pas  isurpria ,  répondit  le  comte  ;  l'origine  de  ce 
nom  remonte  assez  loin ,  an  temps  où  j'étais  à  la  oeur  de  Aour- 
g€§ue,  pendnni  mon  premier  exil.  On  dit  alovftque  nous  autres , 
pauvres  noUestlaaeastriens ,  noua*  deviens  .ebongep  de  nom ,  et  le 
bon  duc  Philippe  ajouta  que,  comme  j'étais  frère  d'armes» de^^on 

SkCharlea»  je  devais  prendre  te  sien^  «t  m^appelêr  PUtipson  ^ 


t*  tf^^iwi  âiiaau  ■IftfliMfti'  ytàkimi^mj^pm/im 


480  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

En  mémoire  de  oe  bon  sonverain ,  je  pris  ce  nom  quand  je  fos 
•obligé  de  qoitter  le  mien  ;  et  je  Tois  que  le  doc  y  en  m'àppelant 
4dnai ,  se  rappelle  notre  ancienne  intimité.  Comment  se  trouve  Son 
Altesse? 

Les  Bourguignons  se  regardèrent  Tnii  l'autre  et  restèrent  silen- 
•deux. 

—  Gommeun  homme  étourdi,  brave  Oxford  y  dit  enfin  de  Cou- 
tay.  — Sired^Argenton,  vous  pouvez  mieux  que  personne  répondre 
A  h  question  du  noble  comte. 

—  Il  est  comme  un  homme  qui  a  perdu  la  raison ,  dit  le  futur 
historien  de  ce  temps  de  troubles.  Depuis  la  bataille  de  Granson, 
il  n'a  jamais  montré  ,  à  mon  avis ,  un  jugement  aussi  sain  qu'au- 
paravant. Mais  après  cette  bataille/  il  était  capricieux,  déraiton* 
nablcy  absolu  y  inconséquent;  il  se  fâchait  des  conseils  qu'on  loi 
donnait ,  comme  si  l'on  eût  voulu  l'insulter^  et  il  se  piquait  du 
moindre  manque  de  cérémonial^  comme  si  c'eût  été  une  marque  de 
mépris  : .  maintenant ,  il  s'est  Opéré  en  lui  un  changement  total  y 
comme  si  ce  second  coup  l'eût  étourdi,  et  eût  calmé  les  passions 
violentes  que  le  premier  avait  excitées.  Il  est  silencieux  comme 
«m  chartreux,  solitaire  comme  un  erniite;  il  ne  prend  intérêt  à 
rien ,  et ,  moins  qu'à  tonte  autre  chose ,  à  la  conduite  de  l'armée. 
Vous  savez  qu'il  donnait  quelque  attention  à  son  costume ,  il  y  avait 
même  une  sorte  d'affectation  dans  le  négligé  qu'il  adoptait  sou- 
vent ;  mais,  sur  ma  foi  !  vous  le  trouverez  bien  changé  à  cet  égard. 
n  ne  veut  pas  même  souifrir  qu'on  lui  coupe  les  ongles,  et  qu'on 
kd  peigné  les  cheveux  ;  il  n'a  ni  soin  ni  égard  pour  lui-même  ;  il 
prend  peu  de  nourriture,  quelquefms  même  il  la  relàse,  et  il  boit 
les  vins  les  plus  capiteux  >  qui  eep^dant  ne  paraissent  pas  loi 
monter  au  cerveau.  Il  ne  veut  entendre  parler  ni  de  guerre  et 
d'affaires  d'État ,  ni  de  chasse  et  de  divertiasemens.  Supposez  on 
anachorète  tiré  de  ja  cellule  pour  gouverner  un  royaume ,  et 
vous  aurez ,  à  la  dévotion  près,  un  portrait  pfirfût  du  fier  et  impé* 
iueux  Charries  dé  Bourgogne.' 

— *  Vous  parlez  d'un  esprit  qui  a  reçu  une  pr^>{Dnde  blessure, 
dit  le  comte  anglais..  Jugez-vous  à  propos  que  je  me  présente  de» 
vaht  le  duc  ?  ^ 

—  Je  vais  ni'en  assurer,  répondit*  Gontày.  Il  sortit  un  instant  i 
rentra  sur-le-champ,  et  fit  signe  au  comte  de  le  suivre. 

Il  trouva  le  maÛeiu:eu  Charles  dans  son  cabinet,  les 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  481 

nonchalamment  étendues  sur  un  tabouret,  mais  telleioent  change,' 
qn'il.anrait  pu  croire  qu'au  lieu  de  la  personne  du  duc  il  voyait 
son  esprit.  Ses  longs  cheveux  tombant  en  désordre  le  long  de  ses 
joues 9  et  se  mêlant  avec  sa  barbe  ,  ses  yeux  creux  et  égarés,  sa 
poitrine  renfoncée,  ses  épaules  saillaptes,  lui  donnaient  l'air  lu- 
gubre d'un  être  à  peine  échappé  aux  dernières  angoisses  qui  ôtent 
à  l'homme  tout  signe  de  yie  et  d'énergie.  Son  costume  même ,  qui 
n'était  qu'un  mantean  jeté  au  hasard  sur  ses  épaules ,  augmentait 
encore  cette  ressemblance  avec  un  spectre  couvert  d'un  linceul. 
De  Gontay  nomma  le  comte  d^xford.  Le  duc  fixa  sur  lui  des  yeux 
qui  avaient  perdu  tout  leur  éclat,  et  ne  dit  pas  un  mot. 

—  Parlez-lui ,  brave  Oxford ,  lui  dit  Gontay  à  voix  basse  ;  il  est 
encore  plus  mal  que  de  coutume  ;  mais  peut^tre  reconnaîtra-t-il 

votre  voix. 

Jamais,  quand  le  duc  de  Bourgogne  était  au  plus  haut  point  de 
sa  prospérité ,  le  noble  anglais  n'avait  fléchi  le  genou  devant  lui 
avec  un  respect,  si  sincère.  Il  honorait  en  lui ,  non- seulement  l'ami 
affligé ,  mais  encore  le  souverain  humilié ,  aux  yeux  de  qui  la 
foudre  venait  de  frapper  la  tour  qui  faisait  sa  force  et  sa  confiance» 
Ce  fut  probablement  une  larme  tombée  sur  la  main  de  Charles 
qui  éveilla  son  attention,  car  il  leva  de  nouveau  les  yeux  sur  le 
comte,  et  lui  dit  :  —  Oxford,  Philipson ,  mon  ancien ,  mon  seul 
ami!  m'as-tu  donc  découvert  dans  cette  retraite  de  honte  et  de 

douleur? 

-r^Je  ne  suis  pas  votre  seul  ami ,  Monseigneur,  dit  Oxford.  Le 
ciel  vous  a  donné  un  grand  nomJi)re  d'amis  affectionnés  et  fidèles 
parmi  vos  sujets  naturels.  Mais  quoique  étranger,  et  sauf  l'allé - 
geance  que  je  dois  à  mon  souverain  légitime ,  je  ne  le  céderai  à 
aucun  d'eux ,  par  les  sentimens  de  respect  et  de  déférence  que 
j'avais  pour  vous  dans  le  temps  de  votre  prospérité ,  et  dont  je 
viens  vous  assurer  de  nouveau  dans  l'adversité. 

Adversité  I  dit  le  duc  ;  oui  vraiment,  adversité  irréparable  I 

—  J'étais  nagnère  Charles  de  Bourgogne ,  surnommé  le  Hardi  * , 
et  maintenant  j'ai  été  battu  deux  fois  par  l'écume  des  paysans  de 
rAUemagne  ;  j'ai  vu  mon  étendard  pris ,  mes  hommes  d'armes  mis 
en  déroute,  mon  camp  pillé  à  deux  reprises,  et  ce  qui  s'y  trouvait 
chaque  fois  était  d'un  prix  supérieur  à  ce  que  vaut  toute  la  Suisse  ; 

T.  Ths  bold.  Noos  arons  dqà  fait  observer  qu«  cette  épilhète  ne  se  prenait  pas  toajours  en  mail» 
t«i«e  part  dans  la  Ub^m  anglaise.  K\xx  yew  de  Charles ,  d'ailleurs ,  témérité  était  brwQurt.^ 


4m  mAMjm  le  iiÊnfiRMitB. 

mkaéMB'fai  M  pensuiVi ,.  chassé  comme  me  ehèvffg  otr  lai: 
éliaoi0i*  1  •^Tëate»  les  fareinrs  de  fènfer  K^aondènt  po  aeeiimtiler 
|ihB  èe  hùÊm  sar  lu  ttte  (Pnii'  sonTeniiii. 

-^ AacoMMnra >  MotMeigncaf,  e^esc use ëpreirre Ai' ciel ,  qui 
exige  de  la  pMieiioe  et  de  la  ferceif  ame.  Le  plas  brave  et  le  meil- 
lear  cheyaMit*  peut  perdre  les  arçons ,  mais  c'est  vm  cheTaSer 
oevardqae celui' qui FesleAaiidir sur  le  saMe  de  h.  lice»  qwmd 
cet  aoddent  lai  est  amf  é. 

-—  Ah  f  couard,  dis-tu  ?  s^ria  le  dnc,  eeMe  eïpressioii  hardie 
lai  rendant  nne  partie  de  son  ancien  esprit.  Sortes  de  ma  pré* 
sence ,  Monsienr,  et  ne  vons  présentez  pks  devant  moi  sans  en 
arroir  reçvror  dre. 

—  Et  j^Mrpère  ne  Pattendre,  dit  le  comter  atec-beanconp  de^sai^ 
froid ,  que  jusqu'à  ce  qae  Votre  Altesse  ait  quitté  son  dériiabiflé, 
et'se  soit  disposée  à  recevoir  ses  vassanx  et  ses  amis  d'une  manière 
digne  d'eus:  et  du  duc  de  Bourgogne. 

—  Que  YOtttez-vous  dire,  sire  comte?  vous  me  naanques  de 
impect. 

—  Si  cela  est,  Monseigneur,  cr  sont  les  cireonstaiices  qu* 
m'ont  feiit  oublier  mon  saroir^vre.  Je  puis  pleurer  sur  Ib  gran*^ 
deur  déchue,  mais  je  ne  puis  honorer  celui  qui  se  déshonore  lai» 
même  en  se  courbant  comme  un  faible  entant  sous  les  coups  de 
l'infortune. 

—  Et  qui  suis-je  pour  que  vous  me  parliez  ainsi  ?  s'écria  CiMarles 
reprenant  tout  l'orgueil  et  toute  la  fierté  de  son  caractère^  PFétes- 
vous  pas  un  maTheurenr  exihé  ?  Osmment  osea^vous  tous  présea* 
ter  devant  mofi  sans  y  être  mandé ,  et  me  manquer  de-  respect  m 
m'adressant  de  pareils  reproches  ? 

—  Quant  à  moi,  répondît  Qsford,  je  suis,  comme  Votre  Allasse' 
le  dit,  lin  misérable  exilé;  cependant  je  n'ai  pas  à  rougir  #un  mrt 
que  je  dois  à  ma  constante  fidélité  pour  mon  roi  lén^liSBe  et  ses 
héritiers.  Rhis  quant  à  vomr,  nfonseigneer,  puis-je  roeonnaflrele 
duc  de  Bourgogne  dims  un  sombre  ermite ,  nlayant  d'antre  garde 
qu^nne  soldatesque  en  désordre  qui  n'est  k  craindre  qne  poor  ses 
atnis  ;  —  dans nn  prineedont  les  conseils  sont  livrât  à  la  cootifr- 
sion,  parce  qnll  reftise  d*y  paraître;  qui,  semblable  à  «n  louf^ 
blessé  dans  son  antre,  snenferme  4ani  un  gâteau  obscur,  4aBt 
les- portes  s'ouvriraient  au  premier  son  des  cornets  suisst»  puis- 
qu'il ne  s'y  trouve  personne  pour  les  défendre  ^  qui  ne  porte  pas 


CHARLES  LE  TÉSV^RAIRfi.  i8t 

Viç  ^P^  ponr  se  protéger  en  chevalier  ;;  ^ui  nQ  peut  même  mxmr 
m  noblement  comme  tm  cerf  aux  abois  ^  et  préfère  se  laisser  en- 
filmer  comme  on  regard  dans  sa  tanière;. 

—  Mort  et  enfer!  traître  calomniateur!  s^écria  le  duc  d*ôiie 
Toix  Ae  tonnerre  en  jetant  un  coup  d'oeil  à  son  côt^  ;  et  s'werce» 
Tant  qnUl  était  sans  armes  :  Il  est  heureux  pQOr  toi  que  je  n'aie 
pas  d'épée,  déjà  ton  insqleixce  attrait  reçu  son  châtiment.  — 
Avance  y  Contay,  et  confonds  cq  traître.  —  Dis-moi ,  mes  soldats 
ne  sont-ils  pas  en  bon  ordre ,  bien  disciplinés  ? 

—  Monseigneur  y  répondit  Contay  tremblant,  malgré  ^a  bra» 
Toore,  de  la  fureur  à  laquelle  il  voyait  Charles  se  livrer  ;  vous 
avez  encore  à  vos  ordres  de  nombreux  soldats  ;  mais  je  dois  avouer 
^^ils  sont  plus  en  désordre  et  moins  soumis  à  la  discipline  qu'ils 
n'y  étaient  habitués. 

— Je  le  voisy  je  le  voi^>  dit  le  duc;  vous  êtes  tous  des  fainéans 
et  de  mauvais  conseillers.  —  Ecoutez-moi ,  monteur  de  Contay» 
À  quoi  donc  êtes-vous  bon ,  vous  et  tous  les  autres ,  qui  tenez  de 
moi  de  grands  fiefe  et  de  vastes  domaines  y  si  je  ne  puis  étendre 
llies  meiobres  sur  mon  Ii( ,  quand  je  suis  malade  et  que  j'ai  le  cœur 
à  demi  brisé  y  sans  que  mes  troupes  tombent  dans  un  désordre 
assez  scandaleux  pour  m'exposer  aux  reproches  et  aux  mépris  dti 
premier  mendiant  étranger  ? 

—  Monseigneur,  répondit  Contay  avec  plus  de  fermeté,  nou^ 
avons  Mt  tout  ce  que  nous  ^vons  pu.  Mais  vous  avez  habitué  vo$ 
généraux  mercenaires  et  les  chef^  de  vos  compagnies  franches  à  ne 
recevoir  d'ordres  que  deTotre  Altesse,  fis  poussent  les  hauts  cris 
pour  obtenir  leur  paie',  et  votre  trésorier  refuse  de  la  leur  comp* 
ter  sans  votre  ordre,  alléguant  qu'il  pourrait  lui  en  coûter  la  tête  ; 
«t  ces  chefs,  ces  généraux,,  ne  veuleïit  écouter  ni  les  ordres  ni  les 
avis  de  ceux  qui  composent  votre  conseil. 

Le  duc  sourit  amèrement;  mais  il  était  évident  que  cette  réponse 
ne  lui  déplaisait  pas. 

— Ah!  ah!  dit-il,  il  n'y  a  que  Charles  de  Bourgogne  qui  puisse 
monter  ses  cheyaux  indomptés  et  tenir  sous  le  jôug  ses  soldats» 
Ecoutez,  Contay  :  demain  je  pa9serai;^mes  troupe  en  revue.  JPon* 
bUerai  les  désordres  qui  ont  eu  lieu.  La  paie  sera  comptée.  Mai& 
malheur  à  quiconque  m'aura  offensé!  Dites  âmes  cham1)ellansde 
m'apporter  des  vêtemens  convenables  et  des  surmes.  J'ai  reçu  une 
leçon,  ajoutait-il  en  jetant  uu  sombre  regard  sur  le  comte  anglais» 

3i. 


484  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE» 

et  je  ne  yeux  pas  être  insulté  une  seconde  fois  sans  avoir  les  moyens 
(Iq  m'en  venger.  Retirez-vons  tons  deux.  Contay ,  dites  à  mon  tré- 
sorier de  m'apporter  ses  comptes ,  et  malheur  à  lui  si  je  trouve 
quelque  chose  à  y  redire.  Partez ,  et  envoyez-le-moi  sur-le-champ. 

Tous  deux  sortirent  de  l'appartement  en  le  saluant  avec  res- 
pect. Comme  ils  se  retiraient ,  le  duc  s'écria  tout  à  coup  :  — Comte 
d'Oxford  y  un  mot  1  Où  avez-vous  étudié  la  médecine?  Dans  votre 
célèbre  université,  je  suppose?  Hé  bien!  docteur  Philipson, 
vous  avez  fait  une  cure  merveilleuse  ^  mais  elle  aurait  pu  vous 
coûter  la  vie. 

— J'ai  toujours  compté  la  vie  pour  peu  de  chose,  Monseigneur, 
quand  il  s'agit  de  servir  un  ami. 

—  Tu  es  véritablement  un  ami,  et  un  ami  intrépide.  Mais  re- 
tire-toi; j'ai  en  l'esprit  cruellement  troublé,  et  tu  viens  de  me 
mettre  à  une  rude  épreuve.  Demain  nous  reprendrons  cet  entre- 
tien; en  attendant  je  te  pardonne  et  je  t'honore. 

Le  comte  d'Oxford  retourna  dans  la  chambre  du  conseil ,  où 
tous  les  nobles  bourguignons  qui  avaient  appris  de  Contay  ce  qui 
venait  de  se  passer ,  se  groupèrent  autour  de  lui  pour  l'accabler 
de  remerciemens ,  de  complimens  et  de  félicitations.  Il  s'ensaivit 
un  mouvement  général  ;  et  des  ordres  furent  envoyés  partout.  Les 
officiers  qui  avaient  négligé  leur  devoir  prirent  de^  mesures  à  la 
hâte  pour  cacher  leur  négligence  on  pour  la  réparer.  Il  y  eut  dans 
le  camp  un  tumulte  général ,  mais  c'était  un  tumulte  de  joie  ;  car 
les  soldats  sont  toujours  charmés  d'être  rendus  au  service  mili- 
taire ;  et  quoique  la  licence  et  l'inaction  puissent  leur  plaire  un 
moment,  la  continuation  ne  leur  en  est  pas  aussi  agréable  que  la 
discipline  et  la  perspective  d'être  plus  sérieusement  occupes. 

Le  trésorier^  qui ,  heureusement  pour  lui ,  était  un  homme  doué 
de  bon  sens  et  exact  dans  ses  fonctions ,  après  avoir  passé  deux 
heures  tête  à  tête  avec  le  duc,  revint  avec  un  air  de  surprise,  et 
déclara  que  jamais,  dans  les  jours  les  plus  prospères  de.ce  prince, 
il  ne  l'avait  vu  montrer  des  connaissances  plus  profondes  en  fi- 
nances, quoique  le  matin  même  il  eût  paru  totalement  incapable 
de  s'en  occuper.  On  en  attribua  universellement  le  mérite  à  la  vi- 
site du  comte  d'Oxford,  dont  la  réprimande,  faite  à  propos ^  avait 
tiré  le  duc  de  sa  mélancolie  noire,  comme  un  coup  de  canon  dis- 
perse d'épaisses  vapeurs. 

Le  leudemain  Charles  passa  ses  troupes  en  revue  ayec  sou  atten- 


GHARLEI&  LE  TEMERAIRE.  485 

tion èrdinaircf ,  ordonna  de  nouvelles  levées,  fit  diverses  disposi- 
tions pour  le  placement  de  ses  forces ,  et  remédia  au  manque  de 
discipline  par  des  (ordres  sévères  qui  furent  accompagnés  de  quel» 
ques  châtimens  bien  mérités  dont  les  troupes  italiennes  merce- 
naires de  Campo-Basso  recurent  leur  bonne  part  sans  qu'elles  en 
murmurassent  trop,  grâce  à  la  paie  libérale  qui  leur  fut  comptée , 
et  qui  était  faite  pour  les  attacher  à  la  bannière  sous  laquelle  elles 
servaient. 

De  son  côté,  lé  duc ,  après  avoir  consulté  son  conseil ,  consentit 
à  convoquer  les  assemblées  des  Etats  de  ses  différentes  provinces, 
à  faire  droit  à  certaines  plaintes  qui  s'étaient  élevées  de  toutes 
part9,  et  à  accorder  à  ses  sujets  quelques  faveurs  qu'il  leur  avait 
refusées  jusqu'alors,  cherchant  ainsi  à  se  procurer  dans  leur  cœur 
une  nouvelle  source  de  popularité  en  remplacement  de  celle  que 
son  imprudence  avait  épuisée. 


CHAPITRE  XXXV. 


•^  j'ai  mainièiiaiit  nûe  ftnbe 
Pourirapper  soossa  tente  an  fénénl  Tainqueur , 
Un  prince  sur  son  trdne  entouré  de  splendeur, 
Un  prélat  révéré,  fût-il  à  l'autel  méaw. 

jinciêmtt  pièce. 


A  compter  de  ce  moment  l'activité  régna  à  la  cour  du  duc  de 
Bourgogne  et  dans  son  camp.  Il  se  procura  de  l'argent,  leva  des 
soldats,  et  il  n'attendait  que  des  nouvelles  certaines  des  mouve- 
mens  des  Confédérés  pour  se  mettre  en  campagne.  Mais  quoique 
Charles  parût  à  l'extérieur  aussi  actif  que  jamais,  ceux  qui  ap- 
prochaient le  plus  près  de  sa  personne  étaient  d'avis  qu^il  n'avait 
plus  le  jugement  aussi  sain  ni  la  même  énergie  qui  avaient  été  un 
sujet  d'admiration  générale  avant  ses  revers.  Il  était  encore  sujet  à 
des  accès  de  sombre  mélancolie  semblables  à  ceux  qui  s'empa- 
raient de  Saûl ,  et  il  était  violent  et  furieux  quand  il  en  sortait.  Le 
comte  d'Oxford  lui-même  semblait  avoir  perdu  l'influence  qu'il 
avait  d'abord  exercée  sur  le  prince.  Dans  le  fait,  quoique  Charles 


4M  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRB. 

^•enciore  pour  lui  ds  Eafléction  ek  de  la  rMontiaisssiioe ,  ceaei» 
fIMmr  «iiglaîft  l'av^t  yjbl  im^  mii  éuit  ^'mfmKmxK^  mmàkt  ;  ei;«e 
ipovmir  rbpwliiôl..  U  areAgimx  ^èvs  teU«mat  f«Vm  •«  «ite 
^'îli^glissaitd'apràftla»  coii9eilft^d«i  ^^lAle  d'Oslord ,  fa'ï  r^fetait 
flMWttt  865  «¥is«  mûquemant,  à  ^^  ^n^il  ftmmnmit  »  pcnir  jpv^wver 
ion  in^^peu^ai^e  d'esprit* 

Çanq^-Bwa»  «niiiretaniuit  le  duo  dm»  #otee  tamonr  pémluite  «i 
blit4Hlv^«  Ce  tfw^ce  %9m»kuaL  ¥Ojrttt  abn  que  la  ptûsMoiee  de 
son  maître  chancelait ,  et  il  avait  résolu  de  servir  de  levwr  ponr 
1^  £ûre  écrou^Br 9  afin  d'a^w  ^vcHt  i  Me  pairt  tk  sw  di^ottîMes. 
U  regardait  Oxford  4;ûiBiHe  aa  de»  amis  et  de»  ^uMModlers  ks  ^a 
babiles  de  ce  |NWce  ;  il  ^aroyait  yoix  dans  sea  yewiL  qu'il  avait  fé* 
iiétré  «Aa  projets  pwfides,  et  p^ar  conaéqneiit  H  ta  liaïaaait;  aawit 
^'il  le  cmigiMit.  I>*aiUeiirs ,  pealb-âtne  poiir  cçim^^  même  k  a» 
propKea  yeux,  aw  abomiBaMe  per^die»  il  affeatuii  d'èire  <o«r*^ 
roocé  da  châtiment  que  le  duc  avait  fait  suliir  réaeaNMikt  à  qatA^ 
qœs  maraudeurs  de  ses  bandes  italiennes.  Il  croyait  que  ce  châ- 
timent leur  avait  été  infligé  par  l'avis  d'Oxford,  et  il  soupçonnait 
que  cette  mesure  avait  éié  prise  dans  l'espoir  de  découvrir  que 
ces  Italiens  avaient  pillé  non-seulement  pour  leur  propre  compte, 
mais  pour  le  profil  de  leur  commandant.  Croyant  Oxford  son  en- 
nemi ,  Campo-Basso  aurait  bientôt  trouvé  le  moyen  de  s'en  débar- 
rasser, si  le  .cqiD^tie  Jiui-même  n'eût  jugé  à  propos  de  prendre 
quelques  précautions ,  et  si  let»  seigneurs  flamands  et  bourgoi- 
gnons,  qui  l'aimaient  pour  les  raisons  .qui  portaient  l'Italien  à  le 
détester,  n'eussent  veiilé  à  sa  sûreté  avec  un  soin  dont  le  comte 
ne  se  doutait  nullement,  mais  qui  contribua  certainement  à  loi 
sauver  la  vie. 

Il  n'étajit  pas  à  supçpser  q^e  J^jCné  de  l^fm§  €#  ^  si  V>«g- 
teipps  sans  cherQhe]r  à  jff f^GXf^r  d^e  ^  v^ctoi^ç;  jpi^i^le^  çpp|^#é» 
suisses,  qui  formaiç^t  lai  priuçijipal^  partie  dp  s^ff  torç^,  insf^^ 
rent  pour  que  les  premf èrçp  ojpfy;^ppj^  i^  }^  m^T^  ^mmO'  U«l 
en  Savoie  et  dans  le  pay?  dp  Y^^^ ,  pi^  Jlçp  )?9HWïff^W  ^^ 
mahrçs  de  plusieurs  placps  qu'o^  ifp  ppuya^  xp^m^  jn  VVfimW^ 
ment  ni  facilement ,  jjupiqu'pllps  m  Tfi^^pj^p  jt^gi^^  $#Qpu¥ft. 
D^aiUeurs  les  i^uiss^s ,  cop^fie  Jj  ]s)m^^  ^  ?9W»teJ*?  fi^IMm 
nation  à  cette  époque,  fuieffi  ^n^  p^j^^  ^e  fffj/«^}  )^  pl^^^ 
ret^mfient  cl^3^  eux,  §9HP?nf  ^mk'ïï  m^m^fm^Vm  J 


CHàRLSS  l£  TÉMÉRABIE.  Agi 

d'jiQ  jeue  cbevalier  pourponrsuiTre  les  avAiitiige8.q[a*il  avait  abr 
UmuA ,  ne  put  faire  aucan  mouvement  juaqa'aa  inoistâe  dëoembiMi 
ldt76.  Pendant  cetioter?  aUe  les  .forgea  dnxluc  de  Beturgogn^  powr 
être  moins  à  charge  au  pays ,  furent  cantonnées  en  difféseos  ea« 
droits^  et  l'on  ne  négligea  m»  pour  dûctpUnar  les  «evueUesie- 
yées.  Le  duc,  s'il  eût  été  abandonné  àliiiim4ina«  aurait  aiMiélécé  la 
lutte  en  réunissant  ses  forées  et  en  entrant  deiUKiveaa  sur  4e.ter- 
ritoire  helvéti^e  ;  mais  quoigue  sa  foieor  s'attanât  au  sameirâ 
de  Granson  et  de  Murten.,  ces  désastres  étaia&t  tr^p  léaansipo» 
peroieHre  un  pareil  plan  de  campagne^ 

Cependant  les  semaines  s'écoulènent,  et  le  smm  dedéeenlw» 
était  déjà  avancé  quand  un  maûn  y  tandis  ^jiie  le  d«e  tenait  aan 
conseil,  Campo-Basso  entra  toat.à  conp  ayec  un  air  dejoyevit 
transport,  tout  différent  de l'ej^pression  lUiifosmànent  firoidede  a* 
physiono^mie,  et  avec  ce  sourire  malicieux  qui.  indi^ttaitaestplQa 
grands  accès  de  gaieté.  -^  Guantes  ^^  dit^il,  ^manies,  s*il  piâîi  à 
Votre  Altesse  >  pour  la  bonne  nouvelle  que  je  viens  lui  annoneerw 

—  Et  quel  bonheur  la  fortune  nous  apporte -t ««lie  donc?  de- 
manda le  duc.  Je  croyais  jqu'elle  avait  oublié  le  chemin  qui  autre- 
fois nous  Pamenait. 

—  Elle  est  revenue ,  Monseigneur;  elle  est  revenue,  tenant  eit^ 
main  sa  corue  d'abondance  remplie  d«  ses  dons  les  plus  «hoîsisy 
prêle  à  répandre  ses  fleurs ,  ses  fruits  et  ses  trésors  sur  la  têie  d» 
souverain  de  l'Europe  qui  en  est  le  plus  digne.  ^:  ''»i^ 

—  Que  signifie  tout  cela  ?  dit  Charles.  Ce  n'est^qu'aux  enCemS' 
qu'on  propose  des  énigmes. 

—  Cet  écervelé ,  ce  jeune  fou,  ce  René,  qui  se  donne  le  dUve 
de  duc  de  Lorraine^  est  descendu  des  moniagnea  à  la  tête  4'uiie 
armée  mal  en  ordre^  composée  de  va]n*iens' comohe  lui^  et^  |e 
croiriez -vous?  ha,  ha^  Jbial  il  est  eptré  en  Lorraine  «t  «  pria 
Nancil  ha,  ha>  ha!    ^  « 

—  Sur  ma  foi  9  sire  comte,  dit  Gontay  éton^ié  de  la  gaieté  avi^ 
laquelle  l'Italien  parlait  d'une  affaire  si  sàrieuse ,  j'ai  rarement^» 
tendu  uh  fou  rire  die  meilleur  cœur  d'Éoe  mauvaise  plaisanterie , 
que  vous  ne  le  faites  de  la  perte  de  la  principale  Tille  de  la  p0fM 
vince  pour  laq9elle  nous  combattons* 

-T-  Jie  ris  au  milieu  des  lances ,  irépondit  Canipo^Baiso  »  CMnaie 

X.  Moi  mfttgtàl'ÊigiiMkÉmt  ^AtUf0en9iut  4fi» gàna ,  «t  ddnt  on  se  ttH'éànt  U  mime  seos  qu'on 


488  CHARLES  LE  TÉMÉRAlftË. 

mon  cheval  de  bataille  hennit  an  son  des  trompettes,  je  rià  en 
songeant  à  la-  destmction  des  ennemis ,  an  partage  de  leurs  dé- 
pouilles, comme  l'aigle  pousse  ded  cris  de  joie  en  fondant  sur  sa 
proie.  Je  ris... 

— Vous  riez  tout  seul,  s'écria  Contay  impatienté,  comme  tous 
ayez  ri  aprè»  nos  pertes  à  Granson  et  à  Murten. 

—  Silence,  Monsieur  !  dit  le  duc.  Le  comte  de  Campo-Basso  a 
envisagé  cette  affaire  sous  le-mêmejour  que  je  la  vois.  Ce  jeune  che- 
valier errant  se  hasarde  à  quitter  la  protection  de  ses  montagnes, 
et  que  le  ciel  me  punisse  si  je  ne  tiens  pas  le  serment  que  je  fais, 
que  le  premier  champ  de  bataille  sur  lequel  nous  nous  rencontrer  ons 
Terra  sa  mort  ou  la  mienne.  Nous  sommes  dans  la  dernière  semaine 
de  l'année ,  et  avant  le  jour  des  Rois  nous  Terrons  qui  de  lai  ou 
de  moi  trouvera  la  fève  dans  le  gâteau.  Aux  armes.  Messieurs  / 
que  le  camp  soit  levé  sur-le-champ ,  et  que  nos  troupes  se  dirigent 
sur  la  Lorraine.  Qu'on  fasse  marcher  en  avant  la  cavalerie  légère 
italienne  et  albanaise,  et  les  Stradiotes  pour  balayer  le  pays. 
Oxford,  ne  porteras-tu  pas  les  armes  dans  cette  expédition? 

—  Certainement ,  Monseigneur,  répondit  le  comte.  Je  mange 
le  pain  de  Votre  Altesse  ;  et  quand  un  ennemi  vous  attaque ,  il  est 
de  mon  honneur  de  combattre  pour  vous  comme  si  j'étais  né  votre 
sujet.  Avec  votre  permissiSn ,  je  chargerai  un  poursuivant  d'une 
lettre  pour  mon  ancien  et  bon  hôte  le  Landamman  d'UndenvaZJ, 
pour  l'informer  de  ma  résolution. 

Le  duc  y  ayant  consenti,  un  poursuivant  fut  chargé  de  ce  mes- 
sage, et  il  revint  au  bout  de  quelques  heures ,  taiit  les  deux  armées 
étaient  à  peu  de  distance  l'une  de  l'autre.  Il  rapportait  au  comte 
une  réponse  du  Landamman ,  qui  lui  exprimait,  dans  les  termes 
les  plus  polis  et  les  plus  affectueux ,  le  regret  qu'il  éprouvait  d'être 
dans  la  nécessité  de  porter,  les  armes  contre  un  ancien  hôte  pour 
qui  il  conservait  la  plus  sincère  estime.  Il  était  aussi  chargé  de 
présenter  à  Arthur  les  amitiés  de  tous  les  fik  d'Arnold  Biederinan, 
et  de  lui  remetti*e  une  lettre  qui  contenait  ce  qui  suit  : 

«  RoiJolphe  Donnerhugel  désire  fournir  au  jeune  marchand  Ar- 
thur Philipson  l'occasion  de  conclure  le  marché  qui  n'a  pu  se  ter- 
miner dans  la  cour  du  château  de  Geîersten.  11  le  désire  d'autant 
plus  qu'il  sait  que  ledit  Arthur  lui  a  nui  en  s'emparant  de  l'affec- 
tion d'une  jeune  personne  de  qualité  pour  qui  ledit  Philipson  n'est 
et  ne  peut  être  qu'une  connaissance  ordinaire.  Rodolphe*  Donner- 


CHARLES  tE  TÉMERAlttE-  489 

hngél  tetSi  ààvoir  à  Arthur  Philipson  quand  ils  pourront  se  ren- 
contrer à  armes  égales  sur  un  terrain  neutre.  En  attendant  il  sera 
toujours  y  autant  qn^il  le  pourra  ^  au  premier  rang  dans  toutes  les 
escarmouches.  » 

Le  cœur  d'Arthur  battit  yivement  en  lisante»  défi;  le  ton  pi* 
que  qui  y  régnait ,  en  lui  révélant  quels  étaient  les  sentimens  de 
Rodolf^e ,  prouvait  suffisamment  que  ce  jeune  Suisse  avait  perdu 
tout  espoir  de  réussir  dans  ses  projets  sur  Anne  de  Geierstein  f 
et  qu'il  la  soupçonnait  d'avoir  donné  son  affection  au  jeune  étraa* 
ger.  Arthur  fit  remettre  à  Donnerhngel  une  réponse  à  son  cartel , 
et  il  l'assura  du  plaisir  avec  lequel  il  se  trouverait  en  face  de  lui  i 
âoit  au  premier  rang  de  la  ligne  ^  soit  en  tout  autre  lien  que  Ro- 
dolphe désirerait. 

Cependant  les  deux  armées  s'approchèrent ,  et  les  troupes  lé- 
gères avaient  même  quelquefois  des  attires  d'avant-postes.  Les 
Stradiotes ,  espèce  de  cavalerie  venue  du  territoire  de  Venise  y  et 
ressemblant  à  celle  des  Turcs ,  rendaient ,  en  ces  occasions,  à  l'ar- 
mée du  duc  de  Bourgogne  un  genre  de  services  pour  lequel  ils 
étaient  admirablement  propres ,  si  l'on  avait  pu  compter  sur  leur 
fidélité.  Le  comte  d'Oxford  remarqua  que  ces  hommes,  qui  étaient 
sons  les  ordres  de  Campo-Basso,  rapportaient  toujours  la  nouvelle 
que  les  ennemis  étaient  en  mauvais  ordrç  et  en  pleine  retraite.  Ce 
fut  aussi  par  leur  moyen  qu'on  apprit  que  certains  individus  contre 
lesquels  le  duc  de  Bourgogne  avait  conçu  une  haine  personnelle, 
et  qu'il  désirait  particulièrement  avoir  entre  les  mains,  s'étaient 
réfugiés  dans  les  murs  de  Nanci.  Cette  circonstance  stimula  en- 
core davantage  l'envie  qu'avait  Charles  de  reprendre  cette  place, 
et  il  lui  fut  impossible  d'y  résister  quand  il  apprit  que  le  duc  René 
et  les  Suisses,  ses  alliés,,  avaient  pris  position,  à  la  nouvelle  de 
son  arrivée,  dans  un  endroit  nommé  Saint-Nicolas.  La  plupart  de 
ses  conseillers  bourguignons,  auxquels  se  joignit  le  comte  d'Ox- 
ford, cherchèrent  à  le  détourner  du  projet  d'attaquer  une  place 
forte  tandis  que  des  ennemis  pleins  d'activité  se  trouvaient  à  peu 
de  dislance  pour  la  secourir.  Ils  lui  représentèrent  qu'ayant  forcé 
l'ennemi  à  faire  un  mouvement  rétrograde,  il  devait  suspendre 
toute  opération  décisive  jusqu'au  printemps.  Charles  essaya  d'a- 
bord de  discuter  et  d'opposer  des  argumeus  aux  argumens;  mais 
quand  ses  conseillers  lui  remontrèrent  qu'il  allait  placer  sa  per- 


49Q  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

sonne  et  son  armée  dans  la  même  position  qu'à  Granson  et^à  Mm> 
ten,  ce  souvenir  le  rendit  furienx;  il  écnma  de  rage,  et  répondit, 
tti  jtirant  et  en  vomissant  des  imprécations ,  qu'il  serait  maître  de 
Nanci  avant  le  joar  des  Rois. 

En  conséquence  l'armée  bourguignonne  se  présenta  devant 
Nanci ,  et  yprh  une  forte  position  protégée  par  le  lit  d'une  rivière 
et  couverte  par  trente  pièces  de  canon  qui  étaient  sous  la  directioii 
deColvin. 

Ajant  satisfait  son  obstinavîon  en  arrangeant  ainsi  son  plan  de 
campagne ,  le  duc  de  Bourgogne  montra  un  peu  plus  de  déférence 
aux  prières  que  lui  firent  ses  conseillers  de  veiller  davantage  à  la 
sûreté  de  sa  personne,  et  il  permit  au  comte  d'Oxford,  à  son  fils, 
et  à  deux  ou  trois  oUiciers  de  sa  maison ,  d'une  fidélité  à  toute 
épreuve ,  de  coucher  dans  son  pavillon ,  indépendamment  de  sa 
garde  or<Bnaire. 

Troisjonrs  avant  Noël,  le  duc  étant  toujours  devant  Nanci ,  il. 
arriva  pendant  la  nuit  un  tumulte  qui  parut  vérifier  les  alarmes 
qu'on  avidt  conçues  pour  sa  sdreté  persoimetle.  A  minuit,  tandis 
que  CoQt  reposait  dans  le  paviHon  du  duc ,  le  cri  trahison  !  se  fit 
eirtendre.  Le  comte  d'Oxford  tira  son  épée,*  et  prenant  une  lumière 
qak  bvAbdtsur  une  table,  H  se  précipita  dans  l'appartement  du  duc; 
ille-tronva  dériiabillé,  debout,  Fépée  àia  main ,  et  s'en  escrimant 
avec  taift  de  fureur,  que  ce  fut  avec  peine  qu'Oxford  put  en  éviter 
les  cwipe.  Ses  autres  officiers  arrivèrent  presque  en  même  temps, 
l'ëpée  nue,  et  le  bras  gaudie  enveloppée  de  leur  manteau.  Quand 
le  due  sévit  entouré  de  ses  amis ,  ilr  se  calma  un  peu ,  et  il  les  in- 
forma, #UB  ton  fort  agité ,  qu'en  dépit  de  toutes  les  précautions 
qo^Oft  «vait  prises ,  les  émissaires  du  Tribunal  secret  avaient  trouvé 
le  moyen  de  s'introduire  dans  sa  chambre,  et  l'avaient  sommé, 
sous  peine  de  mort,  de  comparsiître  deyant  le  Saînê  Vehiné  la  sait 
de  Noël. 

Les  amis  du  duc  entendirent  ce  récit  avec  une  grande  surprime , 
et  qnalques-uBs  m^me  nesavaienttrop  ^ts  devaient  le  considérer 
CêBime  une  réalité  ou  comnte  un  rêve  deTimagination  irritable  de 
Gharles.  Mais  la  sommation  se  troirvu  sur  là  toilette  du  duc ,  et 
de  énit,  siivfant  l^usage,  écrite  sur  parchemins  signée  de  tjrpis 
creiK  êlielouée  smc^la  table  arrec  un  pdignard.  Un  morce^^  de  bois 
avai^uisii  dté  coupé  de  la  taille.  Oxford  lat^eette  pièce  avec  a^tén- 


CHARLES  LE  TEMERAIRB.  49 1 

tkm.  Elle  dé&ignait,  comme  c'était  la  coutmney  le  lien  où  le  dac 
Ant  amnmé  éb  se  rendre ,  sans  fermes  et  ^ans  suite ,  et  d'où  l'on 
disait  qn'il  serait  condait  devant  la  coor. 

GiiirieB ,  après  avoir  regardé  qfacSqoe  temps  Hsét  écrit ,  "ûtprima 
eiifin  les  Idées  ^vi  roeoapaieiit. 

— Je  sais  de  quel  carquois  part  cette  flèche,  dit-9.  Elle  m'a  été 
kncée  par  ee  noble  dégénéré ,  ce  prêtre  apostat ,  te  eomplice  de 
SÊgmerSy  Albert  de  Geiersidn.  Noos  dvons  appris  <iQ^l  fait  partie 
et  la  horâe  de  meortariers  et  àe  proscrits  rasseittUés  par  le  petit» 
jfils  da  vieux  joueur  de  viole  de  Provence.  Mais,  par  saintGeoi^ 
4e9oQi^gne I  ni  le ci^pochon  «l'on  moine,  ni leciaisqiie d'tn i<^dat, 
]|î  le  })onnet  4*iin  sorcier,  ne  sauveront  «sa  tête  après  nne  intalte 
s^iablable.  Je  le  dégraderai  de  Terdre  de  la  cherralerie  et  je  le 
fcraipendreauplus  haut  oIocher4e  Nancî.  Sa fiUe n'eaia^l'anlro 
aïti^iSiaAive  que  d'épeuser  le  plus  vil  fponjat  de  :mon  armée  4m 
d'entrer  d^^s  i^  couvent  d^  FiUes-iVf  penties. 

•— Qi«els  que  «aient  vos  projets»  Monseigneur^  dit  Gontay,  il 
^ait^rlainemeut  plps  prudent  degardier  le  sUenee,  car^d'eprè» 
<^jeMee^èced'a^paritioU|  il  serait  possible  que'vmis  fiissiecen-* 
Vç^djfi  par  plus  de  i^i»(4us  /^«e  voua  ne  pensez. 

û^^ikvi^  parut  £aire  qu^l<|i»e  impresi^ion  «ar  r^e^>riit  du  tec*  U 
g9^d9t  le  '^li^QG  y  oi^  dm  moins  il  se  JboFM  è  jurer  et  è  menaeer 
eptxe  3es  dents.  On  fit  le^  perquisitions  lee  plus  exacle9|K»ir  dii- 
c^vrir  iccftni  q^^  fiv^it  9iUm  troiiUé  son  rep^i  vm»  e0  &t  în^ 
miU^Hte^t. 

(parles  conMiuia  40$  ri^cbercbe^^  cwci^onoé  d'nn  trait  d'an- 
d»ce  qui  surp»s^it  14^  ce  qu'ievaient /^é  se  permettce  jusqi^alors 
ces  sooi^étés  secrète^;  car,  i|^]^r/^la  terreu^r  qu'eUbes  inspicaient^ 
ejto  n'ayaiei^  ^^  encore  été  jwqv^ià  s'aittaq»er  «ux  «ouve^aûis.^ 
Ite  ié^lmxïeixi  4»  Mh^  Boi]irgnignoi}s  fut  cbangé»  la  mnt  de 
Noël»  de  surveiljjçr  h  M^u  indiqué,  qiii  ^tait  un  endroit  oè  qwatie 
rwt^s  ^  <»:oi^a^ftt,  4^^  d^  s'ie^paripr  de  U>m  ceni^  qui  s'y  moi^re» 
i^di^t }  ifkm  e^r^v^m^  n'y  p^^f^t  m  iw»  tes  eAwone.  Le  duc  ik'en 
eonli^iw  Si%s  uipi^s  #  %\txib^f  k  èibf^n  de  Geiersieîn  l'affinoat 
€ffi%l  ^ym  F«^  IL  miff  ^^  ^^  h  v^  i  ^  G^^p^s^sso,  lon^ow» 
djipqAé  i^  SiAU^v  Vbiiwwd^  go9i  naii!^|:re,  lui  fvdmM/Vif»  qfielqnei- 
iiA«  de  jm  yts^Ueu^ ,  qipi  1^  »k%n9m^n%  p^s  ^expérimce  en  iiit  de 
mn^it  ^^plpii^,  ]m  mkimfi^e^t'  yif^t,  vmÎ^  w  Tîf ,  le  bimn 


493  CHARLES  LE  TEMERAIRE. 

et  plasiears  aatres  sourirent  seci^èteinent  des  prometees  de  Tlta* 
lien  présomptueux. 

— Quelle  que  soit  sa  dextérité,  dit  CoWiu,  il  fera  descendre 
sur  son  poing  le  vautour  sauvage  avant  de  mettre  la  main  sur  Al- 
bert  de  Geierstein* 

Arthur,  a  qui  les  discours  du  duc  n'avaient  pas  donné  peu  d'in- 
quiétude pour  Anne  de  Geierstein  et  pour  son  père,  pour  rameur 
^'«Ue  r  respira  plus  librement  en  entendant  parler  ainsi  de  ses 
menaces. 

Le  surlendemain  de  cette  alarme,  Oxford  désira  de  connaître 
lui-même  le  camp  de  René  de  Lorraine ,  ayant  quelque  doute 
qu'on  eût  fait  au  duc  des  rapports  exacts  sur  sa  force  et  sa  posi- 
tion* Le  duc  lui  en  accorda  la  permission,  et  il  lui  fit  présent  en 
même  temps,  ainsi  qu'à  son  fils ,  de  deux  nobles  coursiers  d'une 
Itjgèreté  sans  égale,  et  dont  il  faisait  un  cas  particulier. 

Dès  que  la  volonté  du  due  eut  été  signifiée  au  comte  italien ,  il 
témoigna  la  plus  grande  joie  d'avoir,  pour  faire  reconnaissance , 
l'aide  d'un  homme  ayant  l'âge  et  l'expérience  du  comte  d'Oxford, 
et  choisit  pour  ce  service  un  détachement  de  cent  Stradiotes  d'élite 
qu'il  avait  plusieurs  fois,  dit-il,  envoyés  foire  des  escarmouches  à 
la  barbe  même  de  Tarmée  suisse.  Le  comte  d'Oxford  se  montra 
fort  satisfait  de  l'intelligence  et  de  l'activité  que  mirent  ces  sol- 
dats à  s'acquitter  de  leur  devoir  ;  ils  chassèrent  même  devant  eux 
et  dispersèrent  quelques  détachemens  de  la  cavalerie  de  René.  A 
l'entrée  d'un  défilé,  Campo-Basso  dit  à  Oxford  qu'en  avançant  à 
l'autre  extrémité  ils  auraient  une  vue  complète  de  la  position  de 
l'ennemi.  Quelques  Stradiotes  furent  chargés  de  reconnaître  les 
lieux ,  et  à  leur  retour  ils  rendirent  compte  de  leur  mission  à  leur 
maître  en  leur  propre  langue.  Celui-ci  déclara  qu'on  pouvait 
passer  en  sûreté ,  et  invita  le  comte  à  l'accompagner.  Ils  avan» 
cèrent  sans  voir  un  seul  ennemi;  mais  en  arrivant  dans  la'plaône 
à  laquelle  aboutissait  le  défilé ,  au  point  indiqué  par  Campo-Basso, 
Arthur,  qui  était  à  l'avant-garde  des  Stradiotes,  et  par  conséquent 
séparé  de  son  père ,  vit  non-seulement  le  camp  du  duc  René ,  qui 
était  à  un  demi-mille  de  distance ,  mais  un  corps  nombreux  de  ca-  ' 
Valérie  qui  venait  d'en  sortir  et  qui  courait  à  toute  bride  vers 
l'entrée  du  défilé  qu'il  avait  quitté  quelques  instans  auparavant. 
Il  éuût  sur  le  poiiat  de  retourner  sur  ses  pas  pour  y  rentrer  ;.  mais 
comptant  sur  la  vitesse  de^on  cheval ,  il  crut  pouvoir  attendre  un 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  493 

moment  pour  mieux  examiner  le  camp  ennemi.  Les  Stradiotes 
qui  l'accompagnaient  n'attendirent  pas  ses  ordres  pour  se  retirer, 
mais  ils  partirent  sur-le-champ  ,  comme  dans  le  fait  c'était  leur 
devoir,  étant  attaqués  par  une  force  supérieure. 

Cependant  Arthur  remarqua  que  le  cheyalier  qui  semblait  à  la 
tête  de  l'escadron  qui  s'avançait,  monté  sur  un  vigoureux  cheval 
dont  les  pieds  faisaient  trembler  la  terre ,  portait  sur  son  écu 
l'Ours  de  Berne,  et  avait  la  tournure  robuste  de  Rodolphe  Donner- 
hngel.  Il  fut  convaincu  que  c'était  lui^  quand  il  le  vit  faire  faire 
halte  à  son  détachement,  et  s'avancer  vers  lui ,  seul ,  la  lance  en 
arrêt  et  au  pas,  comme  pour  lui  donner  le  temps  de  se  préparer  à 
le  recevoir.  Accepter  ce  défi ,  dans  un  pareil  moment ,  était  dan- 
gereux, mais  le  refuser  eût  été  déshonorant  ;  et  tandis  que  le  sang 
d'Arthur  fermentait  à  Tidée  de  châtier  un  rival  insolent,  il  n'était 
pas  très  fâché  que  leur  rencontre  eût  lieu  à  cheval ,  l'expérience 
qu'il  avait  acquise  dans  les  tournois  devant  lui  donner  un  avantage 
sur  le  Suisse,  qu'il  devait  croire  encore  novice  dans  cette  science. 

Ils  se  rencontrèrent,  suivant  l'expression  du  temps,  en  hommes 
sous  le  bouclier.  La  lance  du  Suisse  glissa  sur  le  casque  de  FAn- 
glais,  qui  avait  été  son  point  de  mire;  mais  celle  d'Arthur,  dirigée 
contre  la  poitrine  de  son  adversaire,  fut  poussée  avec  une  telle 
force  et  si  bien  secondée  par  le  galop  rapide  de  son  coursier^ 
qu'elle  perça  non-seulement  le  bouclier  suspendu  au  cou  du  mal- 
heureux guerrier,  mais  sa  cuirasse  et  une  cotte  de  mailles  qu'il 
portait;  et  lui  traversant  le  corps,  la  pointe  n'en  fut  arrêtée  que 
par  la  plaque  de  fer  qui  lui  couvrait  le  dos.  L'infortuné  cavalier 
fut  renversé,  roula  deux  ou  trois  fois  sur  le  terrain ,  en  déchirant 
la  terre  avec  ses  mains>  et  expira  à  l'instant  même. 

Un  cri  de  rage  et  de  désespoir  s'éleva  parmi  les  hommes  d'armes 
dont  Rodolphe  venait  de  quitter  les  rangs ,  et  plusieurs  d'entre 
eux  couchaient  déjà  leur  lance  pour  le  venger.  Mais  Roné  de  Lor- 
raine ,  qui  était  lui-même  avec  eux ,  leur  ordonna  de  se  borner  à 
bire  prisonnier  le  champion  vainqueur,  et  leur  défendit  de  lui 
faire  aucun  mal.  Cet  ordre  fut  facile  à  exécuter  ;  car  la  retraite 
était  coupée  à  Arthur,  et  la  résistance  eût  été  une  folie. 

Lorsqu'il  fut  amené  devant  René,  il  leva  la  visière  de  son  casque 
et  il  lui  dit  :  —  Est-il  juste ,  Monseigneur,  de  faire  captif  un  cheva- 
lier qui  n'a  fait  que  s'acquitter  de  son  devoir  en  acceptant  le  défi 
d'un  ennemi  personnel  ? 


494  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE. 

— Arthur  d'Oxford,  répondit  le  duc  René,  ne  Tons  pldgn^qm 
d'une  injustice  avant  de  l'i^yoir  éprouvée.  Vous  êtes  libre,j  aire 
chevalier.  Votre  père  et  vous ,  vous  avez  été  fidèles  à.  la  ram 
Marguerite  y  ma  tante;  et  quoiqu'elle  fût  mon  ennemie,  je  ^cBfis 
justice  à  votre  fidélité  pour  elle.  C'est  par  respect  pour  la  mémoîrei 
d'une  femme  dépouillée  de  ses  droits  comme  moi ,  et  poar  plaire 
à  mon  aïeul,  qui,  je  crois,  avait  quelque  estime  pour  voas,  que  je 
vous  rends  la  liberté.  Mais  je  dois  aussi  veillera  ce  que  voi^  puis- 
siez regagner  en  sûreté  le  camp  du  duc,  de  Bourgogne.  De  ce  côté 
de  la  montagne,  nous  sommes  francs  et  loyaux;  mais  de  l'autre,  il 
se  trouve  des  traîtres  et  des  meurtriers.  Comte ,  je  crois  que  vous 
vous  chargerez  volontiers  d'escorter  notre  prisonnier  jusqu'à  ce 
qu'il  soit  hors  de  tout  danger. 

Le  chevalier  à  qui  René  parlait  ainsi  était  un  homme  de  grande 
taille  et  d'une  tournure  imposante,  et  il  s'appçocha  suT-le-cl|amp 
pour  accompagner  Arthur,  pendant  que  celui-ci  exprin^t  au 
jeune  .duc  de  Lorraine  combien  il  était  sensible  à  sa  courtoisie 
chevaleresque.  —  Adieu,  sir  Arthui?  de  Vère,  dit  René  :  vous  avez 
donné  la  mort  à  un  noble  champion,  à  un  ami  qui  m'était  fidèle  et 
utile  ;  mais  vous  l'avez  fait  noblement,  à  armes  égales,  en  iEsice  de 
nos  lignes  ,  et  la  faute  en  est  à  celui  qui  a  cherché  la  querelle. 
Arthur  le  salua  profondément.  René  lui  rendit  son  salut,  et  its  se 
séparèrent. 

Arthur  n'avait  encore  fait  que  quelques  pas  avec  sou  nouveau 
compagnon ,  quand  celui-ci  lui  adressa  la  parole. 

—  Nous  avons  déjà  été  compagnons  de  voyage,  jeune  homme, 
et  cependant  vous  ne  vous  souvenez  pas  de  moi. 

Arthur  leva  les  yeux  sur  le  cavalier  qui  lui  parlait  ainsi ,  et 
remarquant  que  le  cimier  de  son  casque  était  en  forme  de  vautour, 
il  commença  à  concevoir  d'étranges  soapcon^ ,  qui  se  trouvèrent 
confirmés  quand  le  chevalier,  levant  la  visière  de  son  casque,  loi 
montra  les  traits  sombres  et  sévères  du  prêtre  de  Saînt-Paûl. 

—  Le  comte  Albert  de  Geierstein  I  s^écria  Arthur  ! 

—  Lui-même  ,  répondit  le  comte  ,  quoique  vous  l'ayez  tu  ^us 
un  costume  bien  différent.  Mais  la  tyrannie  force  toua  les  homn^es 
à  s'armer  ;  j'ai  repris ,  avec  la  permission  de  mes  supérieure  »  et 
même  par  leur  ordre ,  la  profession  que  j'avais  quittée.  Une  guerre 
contre  la  cruauté  et  l'oppression  est  aussi  sainte  qu'une  croisade 
en  Palestine ,  où  les  prêtres  portent  les  armes. 


CHARLES  LE  TÉIBÉIIAIIIE.  496 

«<*- Comte  Albert  9  dit  Artlnirafec  TÎracité ,  je  ne  jrais  yoiis 
sqii»Im*  trop  tdt  c^aHer  rejoi&dre  k  détachement  de  René  de  Lor^ 
raine.  Yons  êtes  ici  en  danger,  et  ni  le  conrage  ni  la  force  ne  poor^ 
raient  voas  en  préserver.  Le  dac  a  mis  votre  t£te  à  prix ,  et  d^ci 
à  Ntaci  tout  le  pays  est  couvert  de  Stradiotes  et  de  détachemeos 
dècwalerie  légère  italienne. 

—  Je  ne  Ibs  crains  pas ,  vépondlt  le  comte.  Jt  n'ai  pas  vécu  si 
long-temps  an  milieu  des  orages  du  monde  et  des  intrigues  de  là 
guerre  et  de  la  p<rfitiqne ,  pour  tomber  sons  les  coups  de  si  vils 
ennemis.  D'ailleurs ,  vous  êtes  avec  mot ,  et  je  viens  de  voir  ce  que 
vous  éles  en  état  de  faire. 

—  Pour  votre  défense  y  comte  Albert ,  dit  Arthur,  qui  ne  pen- 
sait en  ce  moment  à  son  compagnon  que  comme  père  d'Anne  de 
Geierstein ,  je  ferais  certainement  de  mon  mieux. 

—  Quoi,  jeune  homme  I  répliqua  le  comte  avec  un  sourire  iro- 
nique qui  était  particulier  à  sa  physionomie ,  aideriez-vous  l'en- 
nemi du  maitre  sous  la  bannière  duquel  vous  servez ,  contre  les 
soldats  qu'il  soudoie  ? 

'  Arthur  fut  un  instant  étourdi  par  la  tournure  inattendue  donnée 
à  son  offre  d'assistance ,  dont  il  espérait  du  moins  un  remercie- 
ment. Mais  il  reprit  sur-le-champ  sa  présence  d'esprit ,  et  répon- 
dit :  —  Vous  avez  bien  voulu  vous  mettre  en  danger  pour  me  pro- 
téger contre  les  gêna  de  votre  parti  ;  c'est  égatenent  un  devoir 
pour  moi  de  voua  défendre  contre  les  partisans  du  mien. 

—  La  répottveest  heureusement  trouvée,  dh  le  comte  ;  mais  je 
crois  qu41  existe  un  petit  partisan  aveugle ,  dont  partent  les  trou- 
badours et  les  ménestrels,  à  l'influence  duquel  je  poumds ,  en  cas 
de  besoin ,  être  redevable  du  grand  zèle  de  mon  protecteur. 

Arthur  était  un  peu  embarrassé ,  mab  le  comte  se  lui  donna  pas 
le  temps  de  répondre.  —  Ecoutez-moi ,  jeune  homme  »  continua-t- 
il  ;  votre  lance  a  rendu  aujourd'hui  xm  mauvais  service  à  la  Suisse , 
à  Berne  et  au  duc  René,  en  les  privant  de  leur  plus  brave  cham- 
pfenr.  Mais  pour  moi ,  la -mort  de  Rodo^he  Donnerhugel  est  m 
événement  heureux.  Apprends  que,  présumant  de  ses  services , 
il  avait ,  par  ses  importunités ,  obtenu  du  due  René  qu'il  favorise^ 
rait  ses  prétentions  à  la  main  de  ma  iUle.  Oui,  le  duo ,  fils  d'une 
princesse ,  n^a  pas  rougi  de  me  sotlieiter  d'accorder  le  seul  reste 
de  ma  maison  f  car  la  Cannâlé  de  mon  frère  est  une  race  dégénérée, 
à  im  jeune  présomptueux  dant  Ponde  remplissait  des  fonctions  de 


496  CHARLES  LE  TÉflBRAiaE. 

domesticité  dans  la  maison  da  père  de  ma  femme,  qnoiqa'il  pré- 
tendit à  quelque  parenté ,  dont  Torigine  était»  je  crois,  illégitime, 
niais  dont  Rodolphe  cherchait  à  se  préyaloir,  parce  qu'elle  favo- 
risait ses  prétentions. 

—  Certainement ,  dit  Arthur,  un  mariage  si  disproportionné  do 
cdté  de  la  naissance ,  et  qui  l'était  encore  davantage  sous  tons  les 
autres  rapports ,  était  une  chose  trop  monstrueuse  pour  qu'on  y 
pût  songer. 

—  Jamais  cette  union  n'aurait  eu  lieu  tant  que  j'aurais  vécu , 
reprit  le  comte  Albert ,  si  mon  poignard  enfoncé  dans  le  sein  de 
ma  fille  et  dans  celui  de  son  amant  présomptueux  avait.pu  préve^ 
nir  cette  souillure  à  l'honneur  de  ma  maison.  Mais  quand  je  n'exis- 
terai plus, moi  dont  les  jours,  dont  les  mouyemens  sont  comptés, 
qui  aurait  pu  empêcher  un  jeune  homme  ardent  et  déterminé, 
fiiYorisé  par  le  duc  René ,  appuyé  par  l'approbation  unanime  de 
son  pays ,  et  soutenu  peut-être  par  la  malheureuse  prédilection 
de  mon  frère  Arnold ,  d'arriver  à  son  but ,  malgré  la  résistance  et 
les  scrupules  d'une  jeune  fille  isolée  I 

—  Rodolphe  est  mort ,  dit  Arthur,  et  puisse  le  ciel  lui  pardon- 
donner  ses  fautes  1  mais  s'il  vivait ,  et  qu^il  osât  prétendre  à 
la  main  d'Anne  de  Geierstein,  il.  aurait  d'abord  à  soutenir  on 
combat 

—  Qui  a  déjà  été  décidé,  ajouta  le  comte  Albert.  Maintenant, 
écoutez-moi  bien ,  Arthur  de  Yère.  Ma  fille  m'a  appris  tout  ce  qui 
s'est  passé  entre  vous.  Vos  sentimens  et  votre  conduite  sont  dignes 
de  la  noble  maison  dont  vous  descendez ,  car  je  sais  qu'on  doit  la 
compter  parmi  les  plus  illustres  de  l'Europe,  Vous  avez  été  dé- 
pouillé de  vos  biens  ;  mais  il  en  est  de  même  de  ma  fille ,  à  qui  il 
ne  reste  que  ce  que  son  oncle  pourra  lui  donner  de  ce  qui  était  aa- 
trefois  le  domaine  de  son  père.  Si  vous  voulez  partager  avec  elle 
ces  faibles  débris,  jusqu'à  ce  qu'il  arrive  des  jours  plus  heureux, 
en  supposant  que  votre  noble  père  consente  à  cette  union,  car  ma 
fille  n'entrera  jamais  dans  une  famille  contre  la  volonté  de  celai 
qui  en  est  le  chef ,  elle  sait  déjà  qu'elle  a  mon  consentement  et  ma 
bénédiction.  Mon  frère  connutra  aussi  mes  intentions  ,  et  il  les 
approuvera  ;  car ,  quoique  toute  idée  d'honneur  et  de  chevalerie 
soit  éteinte  en  lui ,  il  tient  aux  relations  sociales  ;  il  aime  sa  nièce, 
et  il  a  de  l'amitié  pour  vous  et  pour  votre  père.  Qu'en  dites- vous, 
jeune  honmie?  voulez-vous  prendre  une  comtesse  indigente  pour 


CHARLES  LE  TEMERAIRE.  497 

la  compagne  du  pèlerinage  de  vos  joars  ?  Je  crois ,  je  prédis  même , 
car  je  sois  si  près  du  tombeau  »  qu'il  me  semble  que  ma  yue  peut 
s'étendre  au-delà ,  que  lorsque  j'aurai  terminé  une  vie  agitée  «t 
orageuse ,  un  jour  viendra  où  un  nouveau  lustre  brillera  sur  les 
noms  de  de  Yère  et  de  Greierstein. 

Arthur  descendit  précipitamment  de  son  cheval ,  saisit  la  main 
du  comte  Albert ,  et  il  allait  s'épuiser  en  remerciemens ,  quand  le 
comte  lui  imposa  silence. 

—  Nous  sommes  sut  le  point  de  nous  séparer,  lui  dit-il;  le  temps 
que  nous  avons  à  passer  ensemble  est  court,  et  le  lieu  de  notre 
entrevue  est  dangereux.  J'ose  vous  l'avouer,  vous  êtes  pour  moi 
moins  que  rien.  Si  j'avais  réussi  dans  un  seul  desi  projets  d'am- 
bition qui  ont  occupé  toute  ma  vie ,  le  fils  d'un  comte  exilé  n'aurait 
pas*été  le  gendre  que  j'aurais  choisi.  Remontez  à  cheval  ;  les  re- 
merci0mens  ne  sont  pas  agréables  quand  ils  ne  sont  pas  mérités. 

Arthur  se  releva,  remonta  à  cheval ,  et  chercha  à  donner  à  ses 
transports*  une  forme  qui  les  fit  accueillir.  Il  eût  voulu  exprimer 
combien  son  amour  pour  Anne  et  ses  efforts  pour  la  rendre  heu- 
reuse prouveraient  sa  reconnaissance  pour  le  père  de  celle  qui  avait 
tonte  son  affection  ;  s'apereevant  que  le  comte  écoutait  avec  une 
sorte  de  plaisir  le  tableau  qu'il  traçait  de  leur  vie  future ,  il  ne  put 
s'empêcher  de  s'écrier  :  — Et  vous ,  comte  Albert,  vous>  qui  aurez 
été  l'auteur  de  tout  ce  bonheur,  jie  voudrez-vous  pas  en  être  le 
témoin  et  le  partager  ?  Croyez-moi,  nous  ferons  tous  nos  efforts 
pour  adoucir  le  souvenir  des  coups  que  vous  a  portés  la  fortune 
trop  cruelle  ;  et  si  des  jours  plus  heureux  viennent  à  luire  sur  nous , 
nous  en  jouirons  doublement  en  vous  en  voyant  jouir  avec  nous. 

—  Ne  vous  livrez  pas  à  de  pareilles  chimères ,  dit  le  comte.  Je 
sais  que  la  dernière  scène  de  ma  vie  approche  ;  écoutez  et  trem* 
blez  !  Le  duc  de  Eourgogne  est  condamné  à  mort,  et  les  juges  in- 
visibles qui  jugent  et  condamnent  en  secret  comme  la  Divinité , 
ont  remis  entre  mes  mains  la  corde  et  le  poignard. 

— Jetez  loin  de  vous  ces  infâmes  emblèmes ,  s'écria  Arthur  avec 
enthousiasme;  qu'ils  cherchent  des  bouchers  et  des  assassins  pour 
exécuter  de  pareils  ordres,  et  ne  déshonorez  pas  le  noble  nom  de 
Geierstein. 

—  Silence,  jeune  insensé  !  répondit  le  comte.  Le  serment  que 
j'ai  prêté  est  monté  plus  haut  que  ces  nuages  qui  nous  cachent 
le  ciel,  et  il  est  plus  profondément  enraciné  que  les  montagnes 

32 


496  CHARLES  LE  TâMâUIRE. 

que  nous  voyons  dans  le  IoûiUmb.  Ne  orojez  pM  ^e  ce  fne  je 
me  propose  soît  l'acte,  d'an  assassin  ^  quoique  je  passe  alléguer 
l'exemple  du  duc  loMMène  pour  me  justifier.  N<my  je  n'^vrm 
pas  des  brigands  soudoyés,  comme  ces  tiU  Stradiotes,  ponr  lai 
arracher  la  vie  sans  mettre  la  nùenue  en  danger.  Je  ne  d<M»e 
pas  à  sa  fille,  innocente  de  ses  crimes,  l'all^native  d'an  ma- 
riage déshonmvnt  ou  d'une  retraite  liontense.  Non,  Arthur  de 
Yère,  je  poursuis  Charles  avec  l'esprit  détemnaé  d'un  homme- 
qui ,  pour  ôter  la  vîe  à  son  adversaire ,  s^eipose  lui-même  à  une 
mort  certaine. 

•^  Je  vous  conjure  de  ne  plus  me  parler  ainsi ,  s'écria  Arthur 
d'une  veix  agilée  ;  faites  attention  que  je  sers  en  ce  mènent  le 
pnnca  que  yous  menaeez,  et...^. 

— £t  que  votre  devoir  est  de  l'informer  de  ee  que  je  vous  dis , 
ajouta  to  oomte  :  c'est  précisément  ce  que  je  désire.  Quoique  le 
diio  ait  déjà  négligé  d^obéir  à  une  sommation  du  tribunal ,  je  suis 
charmé  d'avoir  cette  occasion  de  lui  envoyer  un  d^  personnel. 
Dites  donc  à  Charles  de  Bourgogne  qu'il  a  été  injuste  à  l'égard 
d'Albert  de  Gei^stein.  Celui  dont  l'honneur  a  été  outragé  ne  tirat 
plus  à  la  vie  ,  et  quiconque  la  méprise  est  maître  de  celle  de  son 
ennemi.  Qu'il  se  tienne  donc  sur  ses  gardes  I  car  s'il  voit  le  soleil 
se  lever  deux  fois  pendant  l'auuée  qui  va  commencer ,  Albert  de 
Geiw^teîn  aara  manqué  à  son  serment.  Maintenant  je  vous  quitte, 
car  je  vois  s'approcher  un  détachement  qui  marche  sousuneban- 
nière  bourguignonne.  Sa  prés^ice  derient  pour  vous  une  sauve- 
gardai  nuis  elie  pomrrait  nucre  à  ma  silneié  sijeresJtais  plus  long- 
t^mpsw 

A  oea  mots ,  le  comte  AJbert  quitta  Arthur  c^a'éh^na  au  galop. 


CHAPITRE  XXXVL 


04^  Mte94i#  »f  VmaI^  >r^itA»  1«  In  tiilR; 

La  guerre  et  la  farenr,  marctiant  aa  preuiier  rang, 
m  im9^§^  vwkiaB^ffmq%mhk.a»n  m  l»ja»g. 


Arthi}R|  resté  feul ,  et  désirant  peiit-4tre  copyiir  ]|i.ruti*aUe  4^ 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  499 

donte  Albl^ty  s'aivanca  vers  le  corps  de  cavalerie  lN>iirgiHgDORiie 
qui  s'approchait  sous  la  bannière  de  GonUy. 

-^  Soyez  le  bienyena ,  le  bknvenu  1  dit  Contay  en  doublant  le 
pas  pour  aller  à  la  rencontre  do  jenne  chevalier.  Le  doc  de^  Bour- 
gogne est  à  un  mille  d'ici  avec  un  corps  de  cavalerie  pour  nous 
aoatesir  pendant  que  nous  faisons  cette  reconnaissance.  IL  n'y  a 
pas  une  demi-heure  que  votre  père  est  revenu  au  camp  au  grand 
galop ,  en  disant  que  la  trahison  des  Stradiotes  vous  avait  conduit 
dans  une  onbuscade,  et  que  vous  aviez  été  feit  prisonnier.  Il  a' 
accusé  Gampo-Basso  de  trahison  et  l'a  dé6é  au  combats  Tous  deuit 
ont  été  renvoyés  au  camp ,  sous  la  garde  du  grand-maréchal ,  pour 
empêcher  qu'ils  n'en  vinssent  aux  mains  sur-le-champ ,  quoiqu*il 
me  semble  que  ITtalien  n'en  avait  pas  grande  envie.  Le  duc  garde 
lui-même  les  gages  du  combat,  qui  doit  avoir  lieu  le  jour  des  Rois. 
— iJe  crains  que  ce  jour  n'arrive  jamais  pour  quelques-uns  de 
ceux  qui  l'attendent,  répondit  Arthur;  mais  si  je  le  vois,  ce  sera 
certainement  moi ,  avec  la  permission  de  mon  père ,  qui  réela« 
merai  le  combat. 

Il  suivit  Gontay,  et  ils  ne  tardèrent  pas  à  rencontrer  un  corps 
plus  nombreux  de  cavalerie ,  au  milieu  dnqod  flottait  la  grande 
bannière  du  duc  de  Bourgogne.  Arthur  fut  conduit  devant  lui. 
Charles  entendit  avec  quelque  impatience  le  jeune  Anglais  ap*- 
puyer  l'accusation  portée  par  son  père  contre  le  comte  italien,  en 
faveur  auquel  il  était  si  fortement  prévenu.  Quand  il  fut  assuré 
que  les  Stradiotes  avaient  traversé  le  défilé,  et  avaient  rendu 
compte  de  leur  reconnaissance  à  leur  chef,  à  l'instant  même  où 
cèlni-ci  avait  encouragé  Arthur  à  avancer,  comme  l'avait  prouvé 
l'événement 7  au  milieu  d'une  embuscade,  le  duc  secoua  la  tête, 
fronça  les  sourcils,  et  murmura  comme  s'il  se  fât  parlé  à  lui- 
même:  -^Quelque  malveillance  contre  Oxford  peut-être,  car  les 
ItaMens  sont  vindicatifs*  Levant  alors  k  tète^  il  ordonna  à  Arthur 
de  eonUnuer  son  réeit* 

il  apprit  avec  une  sorte  de  ravissement  la  mort  de  Rodolphe 
Donnerhugel^et  prenant  une  chaîne  4'or  massif  qu'il  avait  autour 
du  cou,  il  la  jeta  sur  celui  d'Arthur. 

— Tu  t'es  emparé  d'avance  de  tout  rhoftMur,  j'eone  homttie , 
lut  dk-il;  àt  tons  leurs  ourS',  c'était  le  plus  redoMabler  Les  tutrw 
ne  sont  que  des  ouraekis,  en  compvraisoti.  j'ai:  trMivé  un  jtmm 
Vmnà  «;aiipoeer  «  leur  Geftathaa  cr&seéfiaisv  L^^t  I  s'kaafiner 

3a. 


£00  CHARLES  LE  TÉftIERAIRE. 

que  la  main  d'an  paysan  pouvait  manier  la  lance I  Fort  bien! 
brave  Arthar  I  Qa'as-tu  de  plus  à  noas  dire?  Comment  t'es- ta 
sauvé  ?  par  quelque  ruse,  quelque  adroit  stratagème  sans  doute  ? 

—  Pardonnez-moiy  Monseigoeur;  j'ai  été  protégé  par  leur  cbef, 
René  de  Yaudemont,  Regardant  ma  rencontre  avec  Rodolphe 
Donnerhugel  comme  une  affaire  personnelle ,  et  désirant,  comme 
il  me  l'a  dit,  £iire  la  guerre  loyalement,  il  m'a  renvoyé  honora- 
blement en  me  laissant  mon  cheval  et  mes  armes. 

—  Oui-dàl  dit  Charles  reprenant  sa  mauvaise  humeur;  votre 
prince  aventurier  veut  jouer  la  générosité  I  Vraiment!  cela  peut 
être  dans  son  r61e  ;  mais  sa  conduite  ne  servira  pas  de  règle  pour 
la  mienne.  Continuez  votre  histoire ,  sir  Arthur  de  Yère. 

Lorsque  Arthur  lui  dit  de  quelle  manière  et  dans  quelles  cir- 
constances le  comte  Albert  de  Geierstein  s'était  fait  connaître  à 
lui,  le  duc  fixa  sur  lui  des  yeux  ardens,  tressaillit  d4napatience, 
et  Tinterrompit  en  lui  demandant  avec  force  :  —  Et  vous  ne  lui 
avez  pas  enfoncé  votre  poignard  sous  la  cinquième  côte? 

—  Non,  Monseigneur;  une  bonne  foi  mutuelle  nous  liait  l'un  à 
l'autre. 

— Vous  saviez  pourtant  qu'il  est  mon  ennemi  mortel.  Allez, 
jeune  homme,  votre  tiédeur  vous  fait  perdre  tout  le  mérite  de 
votre  exploit.  La  vie  laissée  à  Albert  de  Geierstein  contre-balance 
la  mort  donnée  à  Donnerhugel. 

—  SoitI  Monseigneur,  répondit  [Arthur  avec  hardiesse;  je  ne 
vous  demande  ni  de  m'accorder  vos  éloges^  ni  de  m'épargner 
votre  censure.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  j'avais  des  motifs  qui 
m'étaient  personnels  pour  agir  comme  je  l'ai  fait.  Donnerbugel 
était  mon  ennemi,  et  je  devais  quelques  égards  au  comte  Albert. 

Les  nobles  bourguignons  qui  entouraient  le  duc  attendaient 
avec  crainte  l'effat  que  produirait  ce  discours  audacieux.  Mais  il 
n'était  jamais  possible  de  deviner  exactement  comment  Charles 
prendrait  les  choses.  Il  jeta  un  coup  d'œil  autour  de  lui ,  et  s'écria 
en  riant  :  —  Entendez-vous  ce  jeune  coq  anglais ,  Messieurs  ?  Quel 
bruit  ne  fera-t-il  pas  quelque  jour,  puisqu'il  chante  déjà  si  haut  en' 
présence  d'un  prince? 

Quelques  cavaliers,  arrivant  de  différens  côtés,  annoncèrent 
alors  que  René  de  Yaudemont  était  rentré  dans  son  camp  avec 
son  détachement,  et  que  nul  ennemi  n'était  dans  la  plaine. 

• — Retirons-nous  donc  aussi,  dit  Charies,  puisqu'il  n'y  a  aucune 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  501 

chance  de  rompre  des  lances  aujourd'hui.  Arthur  de  Yère,  tu  me 
suiTras.  \ 

Arrivé  dans  lepayillon  du  duc,  Arthur  subit  un  nouvel  interro- 
gatoire ;  il  né  parla  pas  d'Anne  de  Geierstein ,  ni  de  ce  que  le 
comte  Albert  lui  avait  dit  relativement  à  sa  fille,  car  il  pensa  que 
Charles  n'avait  nul  besoin  d'en  être  instruit  ;  mais  il  lui  rendit 
compte  avec  franchise  des  discours  et  des  menaces  du  comte.  Le 
duc  l'écouta  avec  plus  de  modération;  mais  quand  il  entendit  la 
phrase ,  «  quiconque  méprise  la  vie  est  maître  de  celle  de  son 
ennemi,  »  il  s'écria  :  —  Mais  il  existe  une  vie  au-delà  de  celle-ci , 
une  vie  dans  laquelle  celui  qui  est  traîtreusement  assassiné,  et  son 
vil  et  perfide  assassin,  seront  jugés  suivant  leurs  mérites.  Il  tira 
alors  de  son  sein  une  petite  croix  d'or,  et  la  baisant  avec  toutes 
les  apparences  d'une  grande  dévotion,  il  ajouta  :  —  C'est  dans  ce 
signe  que  je  placerai  ma  confiance  ;  si  je  suis  victime  dans  ce 
monde,  puissé-je  trouver  grâce  dans  l'autre  !  — Ho  I  sire  maréchal  ! 
Amenez-nous  vos  prisonniers. 

Le  grand-maréchal  de  Bourgogne  entra  avec  le  comte  d'Oxford, 
et  dit  que  son  antre  prisonnier,  Campo-Basso,  avait  demandé  si 
instamment  la  permission  d'aller  poster  les  sentinelles  dans  la 
partie  du  camp  qui  était  confiée  à  la  garde  de  ses  troupes ,  qu'il 
avait  cru  devoir  la  lui  accorder. 

—  C'est  bien,  dit  le  duc,  sans  ajouter  à  ce  peu  de  mots  aucune 
observation  ;  et  se  tournant  vers  Oxford ,  il  ajouta  :  —  J'aurais 
voulu  vous  présenter  votre  fils,  Milord,  si  vous  ne  Taviez  déjà 
serré  dans  vos  bras.  Il  s'est  acquis  los  et  honneur ,  et  m*a  rendu 
un  bon  service.  Il  y  a  dans  l'année  une  époque  où  tous  les  gens  de 
bien  pardonnent  à  leurs  ennemis ,  je  ne  sais  pourquoi.  —  Mon 
esprit  était  peu  accoutumé  à  s'occuper  de  pareils  objets  ;  mais 
j'éprouve  un  désir  irrésistible  de  prévenir  le  combat  convenu 
entre  vous  et  Campo-Basso.  —  Pour  l'amour  de  moi,  consentez  à 
être  amis  et  à  reprendre  votre  gage  de  combat.  Laissez-moi  ter- 
miner cette  année,  qui  peut  être  ma  dernière,  par  un  acte  de  paix. 

—Vous  me  demandez  bien  peu  de  chose,  Monseigneur,  répon- 
dit Oxford,  puisque  vous  ne  faites  que  me  presser  d'accomplir  le 
devoir  d'un  chrétien.  J'étais  désespéré  d'avoir  perdu  mon  fils  ;  il 
m'est  rendu,  et  j'en  rends  grâces  au  ciel  et  à  Votre  Altesse.  Etre 
ami  de  Campo-Basso  est  pour  moi  la  chose  impossible.  On  verrait 
aussi  bien  la  loyauté  et  la  trahison ,  la  vérité  et  le  mensonge ,  se 


i02  CHAULES  LE  TËHBRAIRE. 

donner  la  nuda  et  a^Ambrasac r.  U  ne  peat  êire  pour  mei  tptt  oe 
qn'il  était  avant  cette  rupture  :  rien.  Mais  je  place  mon  honneur 
entre  les  mains  de  Voire  Altesse.  Si  œt  Italien  consent  à  reprendre 
son  ga^e,  je  consens  à  recevoir  le  mien.  John  de  Vère  n'a  pas  à 
redouter  que  le  monde  supqMise  qa'il  craint  Campo-Basso. 

Le  duc  lui  fit  des  remercîemens  sincères,  et  il  retînt  le  comte, 
son  fils  et  quelques-uns  de  aes  principaux  officiers,  pour  passer  la 
soirée  avec  lui.  Ses  manières  parurent  à  Arthur  plus  affables  qu'il 
ne  les  avait  jamais  vues ,  et  elles  rappelèrent  an  comte  d'Oxford 
les  premiers  jours  de  leur  intimité,  avant  que  le  pouvoir  absolu 
et  l'habitude  du  succès  eussent  changé  le  caractère  de  Charles , 
naturellement  impétueux ,  mais  non  dénué  de  générosité.  Le  duc 
ordonna  qn'on  fit  à  ses  soldats  une  distribution  abondante  de  vivres 
et  de  Tin.  11  demanda  s'ils  étaient  passablement  logés  dans  le 
camp ,  comment  allaient  les  blessés ,  et  si  la  santé  régnait  en  gép 
néral  dans  l'armée.  A  tontes  ces  questions  il  ne  reçut  que  des  ré- 
ponses peu  satisfaisantes;  et  il  dit  à  demi^voix  à  quelques-uns  de 
ses  coQseillers  :  —  Sans  le  serment  que  nous  avons  fait ,  nous  re- 
noncerions à  notre  projet  jusqu'au  printemps;  à  cette  époque, 
nos  pauvres  seldats  auraient  moins  à  souffrir  pionr  se  mtettre  en 
campagne. 

Du  reste  la  conduite  du  duc  n'offrît  rien  de  remarquable,  si  oe 
n'est  qu'il  demanda  plusieurs  fois  Gampo-Bassa.  Eolin  on  lui  dît 
qu'il  était  indisposé ,  et  que,  son  médecin  lui  ayant  ordonné  le  re- 
pos, il  s'était*  couché,  afin  d'être  prêt  à  remplir  ses  devoirs  au 
point  du  jour,  la  sàreté  du  cam^p  dépendant  en  grande  partie  de 
sa  vigilance. 

Le  duc  ne  fit  aucune  observation  sur  cette  excnse ,  qu'il  regarda 
comme  indiquant  dans  l'Italien  le  désir  secret  d'éviter  la  présence 
d'Oxford.  Les  seigneurs  rassemblés  dans  k  pavillon  de  Cbaries 
n'en  sortirent  qu'une  heure  avant  minuit. 

Lorsque  le  comte  d'Oxford  fat  rentré  dans  sa  tente  avec  senfib, 
il  tomba^dans  une  profonde  rêverie  qui  dura  euTiren  dix  minutes. 
Il  en  sortit  enfin ,  et  tressaillant  :  —  Mon  fils ,  dit-il  à  Arthur,  don- 
nez ordre  à  Thiébault  et  à  ses  gens  d'amener  nos  chevaux  devant 
notre  tente  au  point  du  jour  et  même  un  peu  plus  tôt.  J'ai  dessein 
d'aller  visiter  les  avant-postes  au  lever  de  l'aurore,  et  je  ne  serais 
]>a8  £âché  qne  tous  allassiez  engager  notre  Toisin  Golvin  à  noas 
accompagner. 


cayuuiss  le  tÉMÉiuimË.  sos 

-^Gûst  Qne  résololion  bien  âoiidnitie ,  ttio*  (>èm. 

•—  Et  cependant  elle  peut  être  prise  trop  tard  ;  s'il  nirait  fllit  ckir 
-de  lune  9  j'aurais  hAi  cette  ronde  sur-te-cham]^. 

—  Il  bit  noir  comme  dans  im  four  ;  mais  poar<pioi  attez-voils 
4)ette  nnit  des  craintes  particulières  ? 

—Vous  trouverez  peut-être  votre  père  superstitieux,  Arthur; 
maîa  ma  nourrvee ,  Marthe  Nixon ,  née  dans  ie  nord  de  F  Angle- 
terre y  était  pleine  de  superstition.  Je  me  souviens  de  Vavoir  en- 
tendue dire,  entre  autres  choses,  qu'an  changement  survenu  tout 
à  coup  et  sans  cause  dans  le  caractère  d'un  homme,  eomme  celui 
de  l'ivrognerie  en  sobriété,  de  l'avarice  en  prodigiatité,  de  la  cu- 
pidité en  désintéressement^  annonçait  infailliblement  un  change- 
ment immédiat  en  mieux  ou  en  pire,  mais  plus  probablement  en 
pire,  puisque  nous  vivons  dans  un  monde  pervers ,  dana  la  fortune 
ou  la  situation  de  celui  en  qui  on  le  remarquait.  G^tte  idée  de 
la  bonne  femme  s'est  représentée  si  vivement  à  mon  esprit,  que 
j'ai  résolu  de  vérifier  de  mes  propres  yeux ,  avant  le  jour,  si  nos 
gardes  et  nos  patrouilles  autour  du  camp  font  leur  devdr. 

Arthur  alla  avertir  Colvin  et  Thiébault,  et  rentra  dans  la  tente 
de  son  père  pour  prendre  quelque  repos. 

Ce  fut  le  1®**  janvier  1477 ,  avant  l'aurore,  jour  à  jamais  mémo- 
rable par  les  évènemens  dont  il  fnt  témoin ,  que  le  comte  d'Ox- 
ford, Colvin  et  Arthur,  suivis  seulement  par  Thiébault  et  deux 
antres  soldats,  commencèrent  leur  ronde  autour  du  camp  du  duc 
de  Bourgogne.  La  matinée  était  extrêmement  froide.  La  terre 
était  couverte  d'une  neige  en  partie  fondue  par  un  dégel  qui  avait 
eu  lieu  pendant  deux  jours,  et  tout  à  coup  thangée  en  glace  pen- 
dant la  nuit  par  une  forte  gelée.  Tout  était  sombre  autour 
d'eux. 

Pendant  la  plus  grande  partie  de  leur  ronde ,  ils  trouvèrent 
partout  les  sentinelles  et  les  gardes  à  leur  poste  et  sur  le  qui- vive. 
Mais  quelles  furent  la  surprise  et  les  alarmes  du  comte  d'Oxford 
et  de  ses  compagnons  quand  ils  arrivèrent  à  la  partie  du  camp 
occupée  la  veille  par  Gampo-Basso  et  ses  italiens,  qui,  en  Comp- 
tant ses  hommes  d'armes  et  ses  Stradiotes ,  formaient  environ  deux 
miUe  hommes!  Nulle  sentinelle  ne  leur  demanda  le  mot  d'ordre  ; 
ils  n'entendirent  pas  un  cheval  au  piquet  ;  nulle  garde  ne  veillait 
aor  le  camp.  Ils  entrèrent  dans  plusieurs  .tentes,  elles  étaient 
vides. 


504  CHARLES  LE  TÉKIÉRAIRE. 

—  RetoamoDS  au  camp  pour  y  donner  l'alannei  dit  le  comte 
d'Oxford;  il  y  a  ici  de  la  trahison. 

—  Un  instant  y  Milord,  dit  Golvin,  n'y  portons  pas  une  non- 
Telle  incomplète.  J'ai  à  denx  cents  pas  en  avant  une  batterie  qui 
défend  Rapproche  de  ce  chemin  creux  ;  voyons  si  mes  canonniers 
allemands  sont  à  lear  poste ,  et  je  crois  pouvoir  répondre  que  nous 
les  y  trouverons.  Celte  batterie  commande  un  défilé  >  seul  chemin 
par  lequel  on  puisse  approcher  du  camp ,  et  si  mes  gens  sont  à  leur 
poste,  je  garantis  que  nous  défendrons  le  passage  jusqu'à  ce  que 
TOUS  nous  ameniez  des  renforts  du  corps  d'armée. 

— En  avant  donc»  au  nom  du  ciell  dit  le  comte  d*Oxford. 

Us  coururent  au  galop,  au  risque  de  tomber  à  chaque  pas  sur  an 
terrain  inégal,  couvert  de  neige  en  certains  endroits,  et  rendu 
glissant  par  la  glace  en  quelques  autres.  Ils  arrivèrent  à  la  batte- 
rie ,  qui  avait  été  placée  très  judicieusement  de  manière  à  pou- 
voir balayer  le  défilé ,  qui  allait  en  montant  jusqu'à  l'endroit  où 
étaient  les  canons^  et  qui  ensuite  descendait  en  avançant  vers  le 
camp.  La  faible  clarté  d'une  lune  d'hiver  sur  son  déclin,  se  mêlant 
aux  premiers  rayons  de  l'aurore,  leur  fit  voir  que  toutes  les  pièces 
d*artillerie  étaient  à  leur  place ,  mais  ils  n'aperçurent  aucune  sen- 
tinelle. 

—  Il  est  impossible  que  ces  misérables  aient  déserté  1  s*écria 
Col  vin  avec  surprise.  Ahl  je  vois  de  la  lumière  dans  une  tente! 
Oh  1  cette  malheureuse  distribution  de  vin  I  Les  drôles  se  sont 
livrés  à  leur  péché  favori.  Mais  j'aurai  bientôt  mis  fin  à  leur  dé- 
bauche. 

Il  mit  pied  à  terre,  et  courut  sous. la  tente  où  l'on  voyait  de  la 
lumière.  Ses  canonniers,  ou  du  moins  la  plupart  d'entre  eux,  y 
étaient  encore,  mais  étendus  par  terre,  entre  les  coupes  et  les 
pots ,  et  si  complètement  ivres  que  Colvin ,  à  force  de  menaces  et 
de  prières,  put  à  peine  en  éveiller  deux  ou  trois,  qui,  obéissant 
par  instinct  plutôt  que  par  un  sentiment  de  devoir ,  s'avancèrent 
en  chancelant  vers  la  batterie.  Eu  ce  moment  un  bruit  sourd ,  sem- 
blable au  bruit  produit  par  une  troupe  nombreuse  marchant  à 
grands  pas,  se  fit  entendre  à  l'extrémité  du  défilé. 

—  C'est  comme  le  mugissement  d'une  avalanche  qu'on  entend 
dans  le  lointain ,  Arthur. 

—  C'est  une  ava^lanche  de  Suisses ,  et  non  pas  de  neige ,  s'écria 
Colvin.  Oh!  ces  misérables  ivrognes  !  Mais  ces  canons  sont  bien 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  505 

chaînés,  bien  pointés,  nne  salve  doit  les  arrêter,  qnand  oe  se- 
raient des  diables  incarnés,  et  le  brait  de  la  détonation  donnera 
l'alarme  an  camp  plus  yite  que  nous  ne  pourrions  le  faire  nous* 
mêmes.  Mais  ces  maudits  ivrognes  I 

—  Ne  comptez  pas  sur  leur  aide ,  dit  le  comte  ;  mon  fils  et  moi 
nous  prendrons  chacun  une  mècbe,  et  pour  une  fois  nous  nous 
ferons  canonniers. 

Us  mirent  pied  à  terre  ;  le  comte  d'Oxford  et  son  fils  prirent  une 
mèche  qu'ils  allumèrent,  et  parmi  ces  canonniers  ivres  il  s'en 
trouvait  trois  qui  pouvaient  encore  à  peu  près  se  tenir  sur  leurs 
jambes  et  servir  leur  pièce. 

—  Bravo  I  s'écria  le  brave  Colvin  ;  jamais  batterie  n'a  été  à 
noblement  garnie.  Maintenant,  camarades,  pardon,  Milord,  mais 
ce  n'est  pas  le  moment  de  faire  des  cérémonies,  et  vous ,  chi^s 
d'ivrognes ,  songez  bien  à  ne  faire  feu  que  lorsque  j'en  donnerai 
l'ordre.  Quand  les  côies  de  ces  Suisses  auraient  été  faites  avec  les 
rochers  de  leurs  Alpes,  ils  apprendront  comment  le  vieux  Colvin 
charge  ses  canons. 

Ils  restèrent  silencieux  et  immobiles ,  chacun  près  de  sa  pièce. 
Le  bruit  redouté  s'approchait  de  plus  en  plus;  enfin,  au  peu  de 
clarté  qu'il  faisait  encore,  ils  virent  s'avancer  une  colonne  serrée 
de  soldats  portant  des  piques,  des  haches  et  d'autres  armes ,  et 
sur  laquelle  flottaient  quelques  bannières.  Colvin  les  laissa  s'ap- 
procher jusqu'à  la  distance  d'environ  quatre-vingts  pas;  et  s'écria 
alors  :  Feul  Mais  il  ne  partit  qu'un  seul  coup ,  celui  de  sa  propre 
pièce  ;  une  légère  flamme  sortit  seulement  de  la  lumière  des  autres, 
qui  avaient  été  enclouées  par  les  déserteurs  italiens,  et  par  con- 
séquent mises  hors  de  service ,  quoique  rien  ne  l'annonçât  à  l'ex- 
térieur. Si  tous  les  canons  avaient  été  en  aussi  bon  état  que  celui 
de  Colvin,  ils  auraient  probablement  vérifié  sa  prophétie,  car  le 
seul  coup  qu'il  tira  produisit  un  effet  terrible,  et  fit  une  longue 
trouée  dans  la  colonne  de  Suisses ,  où  l'on  vit  tomber  un  grand 
nombre  de  morts  et  de  blessés ,  et  notamment  le  soldat  portant  la 
bannière ,  qui  marchait  en  avant. 

—  Tenez  boni  s'écria  Colvin,  et  aidez -moi  s'il  est  possible  à 
recharger  ma  pièce. 

On  ne  leur  en  laissa  pas  le  temps.  Un  guerrier  d'une  taille  im- 
posante, qui  était  au  premier  rang  de  la  colonne  presque  rompue, 
ramassa  la  bannière ,  tombée  avec  celui  qui  la  portait ,  et  s'écria 


606  OHàilUB  LE  TÉl^IlAlilB. 

d'une  ^oiz  aenddaUe  à  œil»  d'un  géant  :  -^Qmi  I  ôMtffem ,  aiMi- 

▼oua  Ta  GranMii€t  Mnrten,  et  vous  kifserex-TMift  eJFfirayer  fèt 

uVk  Mal  coop  de  canon  ?  Berne ,  Un  »  Sohwîtz ,  Toa  banmères  ei 

avant!  Underwald,  yoici  votre  atendardl  Poaaaez  des  cris  de 

gœrre;  sonnez  de  vos  cornets J  Undeiwald,  siû^ez'  vetr^  Lan- 

danimanl 

Les  Suisses  se  précipitèrent  comme  les  vagaes  d'âne  nier  €»  fa- 
renr,  avec  an  bruit  aosai  eOrajant  et  une  course  aussi  rapide^  Un 
coup  de  haohe  terrassa  Golvin  qui  s'ocenpaù  à  recharger  seii  ca- 
non» Oxford  et  son  fils  fiirent  renversés  par  le  torrent  de  soldats 
dont  les  rangs  étaient  trop  serrés  et  la  marche  trop  précipitée 
pour  qu'ils  passent  porter  auena  coup.  Arthur  eut  le  bonheur  de 
pouvoir  se  glisser  sous  l'affût  du  canon  près  duquel  il  était  ^  omîs 
son  père  fut  moins  heureux  ;  il  fut  foulé  aux  pieds ,  et  il  aurail  été 
écrasé  s'il  n'avait  été  couvert  d'une  exceUente  armure*  Ce  déhige 
d'hommes ,  au  nombre  de  plus  de  quatre  miUe ,  se  précipita  alors, 
en  continnant  à  pensser  des  cria  terribles ,  sur  le  oamp'  beairgai* 
gnon  y  d'où  l'on  entendit  bientôt  partir  des  gémis&emen»  et  des  cris 
d'alarme. 

Une  lumière  vive  et  roogeâtre  se  montrant  à  la  suite  de  la 
marche  des  Suisses  dans  le  camp ,  et  faisant  honte  à  la  pâle  lueur 
d'un  matin  d'hiver ,  rappela  Arthur  an  sentiment  de  sa  siiualiOB. 
Le  camp  était  en  feu  derrière  lui ,  et  les  cris  de  victoire  dWe 
part^  et  de  terreur  de  Fautre>  qui  se  font  entendre  dans  une  vitte 
prise  d'assaut,  y  retentissaient  de  toutes  parts.  S'étant  retevé  à 
la  hâte  y  il  chercha  des  yeux  son  père ,  et  il  le  vit  étendu  près  de 
lui  y  ainsi  que  les  canonniers  à  qui  leur  ivresse  n^avait  pas  permis 
de  prendre  la  fuite.  U  leva  la  visière  du  casque  du  coaate,  et  ki 
transporté  de  joie  en  le  voyant  reprendre  rapidement  l'usage  de 
ses  sens  ? 

—  Les  chevaux!  les  chevaux!  s'écria  Arthur.  Thiébaidly  où 
êtes-vous.  ? 

—  Me  voici I  réfomàk  le  fidèle  Provençal^  qvi  s'était  pra- 
demment  réfugié  avec  les  chevaux  dont  il  avait  la  garde,  au  mittea 
d'an  gros  boisson  que  les  Suisses,  dans  leur  marche,  avaient  évité 
pour  ne  pas  rompre  leurs  rangs. 

—  Où  est  le  brave  CMvin?. demanda  le  comte,  qui  venait  de 
ae  relever;  donnez^lui  un  cheval;  je  ne  le  laisserai  pas  dans  cet 
embaras. 


GHA11LB&  LE  TÉSt&RMRE.  507 

—  Ses  gnerres  sont  terminëesi  Milord,  répondit  HufiNnilt; 
fffa»  ne  le  Terrez  pla»  à  cheiral; 

Un  regard  et  an  soupir,  quand  il  vit  Colvin  étenda  par  terrede- 
YMXA  la  bouche  de  son  canon ,  la  tête  fendne  d'un  coup  de  hache, 
-et  tirant  encore  en  mam  un  refouloir,  furent  tout  ce  que  le  mo- 
ment permettait. 

—  Où  alk>ns-iKNis  maintenant?  demanda  Arthur  à  son  pare. 

—  Rejoindre  le  duc,  répondit  Oxford.  Ce  n'est  pas  en  une  telle 
journée  qne  je  le  quitterai. 

^  J'ai  vu  le  duc ,  dit  Thiébault,  aceompagnë  d'une  dizaine  de  ses 
gardes ,  traverser  cette  rivière  et  courir  au  grand  galop  pour  ga- 
gner la  plaine  du  côté  du  nord.  Je  crois  pouvoir  vous  conduire  sur 
fies  traces. 

—  En  ce  cas ,  dit  Oxford ,  montons  à  cheval  et  snivons-le.  Je 
Tois  que  le  camp  a  été  attaqué  de  plusieurs  côtés  à  la  fois ,  et  tout 
doit  être  perdu  puisque  Charles  a  pris  la  fuite. 

Arthur  et.  Thiébaait  aidèrent  le  comte  à  monter  à  cheval,  car 
il  était  froisse  de  sa  chute,  et  ils  coururent,  aussi  vite  que  le  per- 
mirent les  forces  qu'il  recouvrait  peu  à  peu,  du  côté  indiqué  parle 
Provençal.  Les  soldats  qui  les  avaient  accompagnés  avaient  été 
tués,  ou  avaient  pris  la  fuite. 

Plus  d'une  fois  ils  tournèrent  la  tète  du  oôté  du  camp ,  qui  offrait 
alors  une  vaste  scène  de  conflagration  dont  la  lumière  vive  et  rou- 
gcatre  les  aidait  à  reconnaître  sur  le  terrain  les  traces  du  passage 
de  Charles  et  de  sa  petitesuite. 

A  environ  trois  milles  du  camp,  d'où  ils  entendaient  encore 
partir  des  cris  qui  se  mêlaient  au  carillon  de  victoire  de  toutes  les 
cloches  de  Nanoi ,  ils  arrivèrent  près  d'une  mare  d'eap  à  demi  gelée 
sur  les  bords  de  laquelle  ils  trouvèrent  plusieurs  corps  morts.  Le 
premier  qu'ils  reoennurent  était  celui  du  duc  de  Baurgogue ,  de  ee 
Charles  possédant  uagaère  un  pouvoir  si  absolu  et  tant  de  ri- 
ehesses.  Son  corps ,  dépouillé  en  partie  ainsi  que  ceux  qui  étaient 
étendus  près  de  lui ,  était  couvert  de  blessures  faites  par  différentes 
armes.  Son  épée était  encore  dans  sa  main^  et  l'air  de  férocité  sin- 
gulière qui  animait  ses  traits  pendant  le  combat  contractait  encore 
ks  traits  de  sou  visage.  Près  de  lui,  et  comme  s'ils  avaient  suc- 
combé tous  deux  en  se  cmnbattant ,  était  le  c^s  inanimé  du  comte 
Albert  de  Geiersiein,  et  à  quelques  pas  de  distance  celui  d'Ilal 
Schreekenwaild ,  «o»  fidèle  qnoîfne  peu  scruprieux  servitev*  T«fs 


508  CHARLES  LE  TEMERAIRE, 

deux  portaient  l'aniforme  des  hommes  de  la  garde  da  corps  da  dnc^ 
déguisement  qu'ils  avaient  sans  doute  pris  pour  mettre  à  exécution 
la  fatale  sentence  du  Tribunal  secret.  On  supposa  que  Charles 
ayaitété  attaqué  par  un  détachement  de  soldats  du  traître  Campo- 
Basso  ;  car  on  en  trouva  six  ou  sept ,  et  un  pareil  nombre  de  gardes 
du  duC|  tués  dans  le  même  endroit. 

Le  comte  d'Oxford  descendit  de  cheval  et  examinâtes  restes  de 
son  ancien  frère  d'armes  avec  tout  le  chagrin  que  lui  inspirait  le 
souvenir  d'une  vieille  amitié.  Mais  tandis  qu'il  se  livrait  aux  ré- 
flexions que  foisait  naître  naturellement  un  exemple  si  mémorable 
de  la  chute  soudaine  de  la  grandeur  humaine ,  Thiébanlt ,  qui 
avait  l'œil  aux  aguets,  s'écria  vivement  :  A  cheval,  Milord,  à 
cheval!  ce  n'est  pas  le  moment  de  pleurer  les  morts;  à  peine 
aurons-nous  le  temps  de  sauver  les  vivans.  Voilà  les  Suisses  qui 
arrivent  ! 

,;;,  — Prends  la  fuite»  brave  homme ,  dit  le  comte,  et  toi  aussi, 
Arthur  ;  réserve  ta  jeunesse  pour  des  temps  plus  heureux.  Moi,  je 
ne  puis,  ni  ne  veux  aller  plus  loin.  Je  me  rendrai  aux  ennemis. 
Slils  m'aceordent  quartier,  tant  mieux!  s'ils  me  refusent, 
j'obtiendrai  peut-être  la  merci  d'un  être  qui  est  au-dessus  d'eux 
et  de  moi. 

—  Je  ne  fuirai  pas ,  répondit  Arthur,  je  ne  vous  laisserai  pas 
sans  défense  ;  je  veux  partager  votre  destin. 

—  Je  resterai  aussi,  ajouta  Thiébanlt.  Les  Suisses  font  la  guerre 
loyalement  quand  ils  n'ont  pas  le  sang  échauffé  par  trop  de  résis- 
tance ,  et  je  crois  qu'ils  n'en  ont  guère  rencontré  aujourd'hui. 

Le  détachement  suisse  qui  arriva  presque  au  même  instant  était 
composé  detjeunes  gens  d'Underwald,  à. la  tête  desquels  se  trou- 
vaient Sigismond  Biederman  et  son  frère  Ernest.  Sigismond  leor 
accorda  quartier  sur-le-champ  avec  la  plus  grande  joie ,  et  rendit 
ainsi  pour  la  troisième  fois  un  important  service  à  Arthur,  en  re- 
connaissance de  l'amitié  que  celui  -  ci  lui  avait  toujours  té- 
moignée. 

—  Je  vous  conduirai  près  de  mon  père ,  dit  Sigismond;  il  sera 
très,  charmé  de  vous  voir  ;  seulement  il  est  dans  le  chagrin  en  ce 
moment  >  à  cause  de  la  mort  de  mon  frère  Rudiger,  qui  a  été  toé 
pendant  qu'il  portait  la  bannière  d'Underwald,  par  ce  seul  coup 
de  canon  qui  a  été  tiré  de  tonte  cette  matinée.  Les  autres  n'ont  pas 
pu  aboyer,  car  Gampo-Basso  avait  muselé  les  mâtins  de  Gohio; 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  509 

sans  qaoi  an  bien  plas^prând  nombre  de  nous  auraient  eu  le  sort 
du  pauvre  Rudiger.  Mais  Colvin  a  été  tué. 

—  Vous  étiez  donc  d'intelligence  avec  Gampo-Basso  ?  demanda 
Arthur. 

—  Non  pas  nous ,  nous  méprisons  trop  de  pareils  coquins  ;  mais 
il  y  avait  en  quelque  correspondance  entre  l'italien  et  le  duc  René  ; 
de  sorte  qu'après  avoir  encloué  les  canons ,  et  avoir  donné  aux  ca* 
nonniers  allemands  de  quoi  s^enivrer  proprement,  il  est  arrivé 
dans  notre  camp  à  la  tête  de  plus  de  quinze  cents  cavaliers ,  et 
nous  a  offert  de  prendre  parti  pour  nous.  Mais  non ,  non ,  dit  mon 
père,  des  traîtres  ne  combattent  pas  dans  les  rangs  des  Suisses  ? 
Ainsi  nous  avons  profité  de  la  porte  qu'il  avait  laissée  ouverte,  mais 
nous  n'avons  pas  voulu  de  sa  compagnie.  Alors  il  est  allé  trouver 
le  duc  René,  et  il  a  attaqué  avec  lui  l'autre  côté  du  camp,  où  il  a 
fait  entrer  sans  difficulté  les  troupes  lorraines  en  se  mettant  à  leur 
tête  et  en  s'annonçant  comme  revenant  de  Caire  une  reconnais- 
sance. 

—  Jamais  on  n'a  donc  vu  un  traître  si  accompli!  dit  Arthur  ;  un 
homme  qui  sût  jeter  ses  filets  avec  tant  de  dextérité  ! 

—  C'est  la  vérité ,  répondit  le  jeune  Suisse.  On  dit  que  le  duc 
ne  sera  jamais  en  état  de  lever  une  autre  armée. 

—  Jamais,  jeune  homme,  dit  le  comte,  car  le  voilà  mort  devant 
vos  yeux  (d^), 

Sigismond  tressaillit,  car  le  nom  redouté  de  Charles-le-Témé- 
raire  lui  avait  inspiré  un  respect  et  même  une  sorte  de  crainte  dont 
il  ne  pouvait  se  défendre  ;  et  il  avait  peine  à  se  persuader  que  ce 
corps  ensanglanté  qu'il  avait  sous  les  yeux  fût  naguère  le  prince 
puissant  qui  faisait  tout  trembler  devant  lui.  Mais  sa  surprise  fut 
mêlée  de  chagrin  quand  il  reconnut  le  corps  de  son  onde,  le  comte 
Albert  de  Geierstein. 

—  O  mon  oncle I  s'écria- t-il,  mon  pauvre  oncle  Albert!  Toute 
votre  grandeur,  toute  votre  sagesse,  n'ont-elles  donc  abouti  qu'à 
TOUS  faire  mourir  sur  le  bord  d'une  mare  comme  un  misérable 
mendiant  I  Allons,  il  faut  annoncer  cette  mauvaise  nouvelle  à  mon 
père,  qui  sera  bien  fâché  d'apprendre  la  mort  de  son  frère;  ce 
sera  une  nouvelle  amertume  ajoutée  à  celle  dont  l'a  déjà  abreuvé 
la  mort  du  papvre  Rudîger.  Cependant  c'est  une  consolation  de 

I 

c.  Vojes  la  Bott  if  à  la  Sa  dt  M  Toliaw. 


àtù  CHABIiKS  LE  TÊMÉXUIHE. 

penser  que  mon  onde  et  mon  père  n'ont  jamais  p«  tirer  dk» 
même  côté. 

Ce  ne  fut  pas  sans  difficulté  qa'on  pnt  remettre  en  selle  le  comte 
d'Oxfordy  et  ils  allaient  partir  quand  le  comte  dît  à  Sigismond  :  — 
«Tespère  qae  tous  placerez  une  garde  ici  ponr  Teiller  snr  ces  corps, 
afin  qu'ils  ne  soient  pas  exposés  à  quelques  nouvelles  indignités,  et 
qa'on  puisse  les  ensevelir  avec  la  solennité  convenable. 

*—  Par  Notre-Dame  d'EinsiedIen ,  répondit  Sigismond,  je  vous 
remercie  de  m'y  avoir  fait  penser.  Sans  doute,  nous  devons  faire 
pour  mon  oncle  Albert  tout  ce  qn'il  est  possible  à  l'Eglise  de  faire. 
J'espère  qu'il  n'a  pas  perdu  son  ame  d'avance  en  jouant  avec 
Satan  à  pair  on  non.  Je  voudrais  que  nous  eussions  sons  la  main 
nn  prêtre  qui  pût  rester  près  de  son  corps  ;  mais  peu  importe  :  on 
n'a  jimiais  entendu  dire  qa'un  démon  soit  apparu  à  l'heure  du  dé- 
jeuner. 

Ils  se  rendirent  an  quartier-général  du  Landamman  d'Under- 
wald,  et,  chemin  faisant,  ils  eurent  sous  les  yeux  nn  spectacle 
qn'Ârthnr,  etmême  son  père,  quoique  accoutumësdepuislong-temps 
aux  horrenrs  de  la  guerre,  ne  purent  voir  sans  frémir.  Mais  Sigis- 
mond ,  qui  marchait  à  côté  d'Arthur,  entama  un  sujet  de  conver- 
sation si  intéressant  ponr  le  jeune  Anglais,  que  le  sentiment  pénible 
qn'il  éprouvait  se  dissipa  peu  à  peu. 

—  Avez-vous  quelque  autre  affaire  en  Bourgogne,  lui  demanda- 
t-îly  à  présent  que  votre  duc  n'existe  plus  ? 

—  C'est  à  mon  père  à  en  juger,  mais  je  ne  le  crois  pas.  La  du- 
chesse de  Bourgogne,  qui  doit  maintenant  avoir  quelque  autorité 
snr  les  domaines  de  feu  son  mari ,  est  soeur  d^Edouard  d'York ,  et 
pttr  conséquent  ennemie  mortelle  de  la  maison  de  Lancastreetde 
tous  ceux  qui  lui  sont  restés  fidèles.  H  ne  serait  ni  sûr  ni  prudent  à 
nous  de  rester  dans  aucun  lieu  où  elle  ait  de  l'influence. 

—  En  ce  cas,  mon  plan  va  tout  senl.  Vous  reviendrez  à  Geicr- 
stein,  et  vous  y  demeurerez  avec  nous.  Votre  père  *er»  un  frère 
pour  moti  père ,  et  un  meilleivr  frère  que  mon  onde  Albert  qu'il 
voyait  si  rarement' et  à  qui  il  ne  parlait  presque,  jamats  j  an  lien 
qn^lx^oeerai  avec  votre  père  du  mntkt  an  soir,  et  il  nons  laissera 
tonte  la  besogne  de  la  ferme.  Et  vans,  Arthnr,  vous  serez  pour 
non9*toiis:«n  frère^  en  place  è»  pauvre  Rédiger,  qui  était  eer* 
tainement  mon  frère  véritable,  ce  que  vous  ne  pouvez  être,  et 
cependant  je  crois  que  je  ne  l'aimais  pai  Mrtaat  q«e  vem^  pnroe 


CHARLVS  LV!  TÉIlÉIlA!Re.  £1 1 

qi^il  m*i:vftit  pas  TOtre  bon  caractère.  Et  puis  Amie,  ma  cousine 
Anne,  elle  est  maintenant  à  Geierstein,  et  tont-à-fait  sons  la  tutelle 
de  mon  père.  Vous  savez,  roi  Arthur,  que  nous  avions  coutume 
de  l'appeler  la  reine  Genèvre. 
•***  Quelle  folie  1  dit  Arthur. 

•«^Mais  c'est  une  grande  Térité.  Car,  Toyez-vous ,  j'aimais  à 
parler  à  Anne  de  nos  chasses  et  d'atrtres  choses  semblables,  mais 
elle  ne  m'écoutait  pas,  à  moins  que  je  n'eusse  quelque  chose  à  lui 
dire  du  roi  Arthur.  Alors  elle  était  aussi  attentive  qu'une  poule 
qui  a  Ms  pousMns  sous  ses  ailes  et  qui  voit  planer  l'épervier .  A  pré- 
sejit  q«e  Donnerhu^l  est  mort,  vous  pouvez  épouser  ma  cousine 
quand  vous  le  voudrez  tons  les  deux,  car  personne  n'a  intérêt  à 
l'empêcher. 

Arthur  rougit  de  plaisir  sous  son  casque',  et  oublia  presque 
tous  les  désastres  dont  avait  été  témoin  cette  première  matinée  de 
l'année. 

—  Vous  ne  songez  pas,  dit*ilà  Sigismond  avec  autant  d'indiffé- 
renee  qu^L  en  put  montrer,  que  je  puis  être  vu  de  mauvais  œil 
dans  votre  pays  à  cause  de  la  mort  de  Rodolphe. 

•^  Pas  du  tout,  pas  le  moins  du  monde.  Nous  n'avons  pas  de 
raneone  pour  ce  qui  se  fait  loyalement  sous  le  bouclier.  C'est  la 
même  chose  que  si  vous  l'aviez  battu  à  la  lutte  ou  au  palet  ;  seule- 
sMnt,  c^est  une  partie  dont  il  ne  peut  pas  prendre  sa  revanche. 

Ils  entrèreifl  alors  dans  la  ville  de  Nanci ,  dont  toutes  les  mu- 
railles étaient  tendues  de  tapisseries,  et  dont  les  rues  étaient  rem- 
plies d'une  foule  immense  qui  poussait  de  grands  cris  de  joie;  car 
la  nouvelle  de  la  débite  signalée  du  duc  de  Bourgogne  délivrait 
les  haèitans  de  la  crainte  d^éprouver  la  vengeance  redoutable  de 
ce  prince. 

L9  Landamman  fit  le  meillenr  accueil  aux  prisonniers,  et  les 
aasiva  de  sa  protection  et  de  son  amitié.  Il  parut  supporter  avec 
nésignatim  la  perte  de  son  fils  Bïudiger. 

•r^n  vaut  mieiix:,  dit^U  l'aroir  vu  périr  noblement  les  armes  à 
la^vain  qued^kryôirTivre  pour  mépriser  Pandenne  simplicité 
d0e«B  pays,  et  pour  croire  que  le  but  de  la  guerre  était  de  faire 
dn  botin.  L'or  du  due  de  Bourgogne ,  ajouta-t-il,  pourra  être  plus 
fancat#  «EU  SÉisses;  en  corrompant  leurs  moeurs^  que  son  épée  ne 
l'ajamakélé. 


512  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  ' 

II  apprit  la  mort  de  son  frère  sans  surprise,  mais  avecane  émo- 
tion évidente. 

—  Telle  est  la  fin,  dit*il,  d'ane  longue  suite  d'entreprises  ambi- 
tieuses qui  finirent  toujours  par  tromper  ses  espérances. 

Le  Landamman  apprit  ensuite  au  comte  que  son  frère  lui  ayait 
mandé  qu'il  était  engagé  dans  une  affaire  si  dangereuse,  qu'il  était 
presque  sûr  qu'elle  lui  coûterait  la  ¥ie  ;  qu'il  lui  avait  légué  le 
soin  de  sa  fille,  et  lui  avait  même  donné  des  instructions  particu- 
lières à  ce  sujet. 

Leur  première  entrevue  se  borna  à  ce  peu  de  mots  ;  mais  bientôt 
après  le  Landamman  demanda  au  comte  d'Oxford  oe  qu'il  se  pro- 
posait  de  faire,  et  en  quoi  il  pourrait  le  servir. 

—  Mon  projet,  répondit  le  comte,  est  de  choisir  pour  retraite  la 
Bretagne,  ou  ma  femme  réside  depuis  que  la  bataille  de  Tewlces« 
bury  nous  a  bannis  d'Angleterre. 

—  N'en  faites  rien ,  dit  le  bon  Arnold.  Venez  à  Geierstein  avec 
la  comtesse;  et  si  elle  peut,  comme  vous,  s'habituer  aux  manières 
et  à  la  vie  de  nos  montagnes ,  tous  serez  les  bienvenus  dans  la 
maison  d'un  frère,  et  sur  un  sol  qui  n'a  jamais  nourri  ni  trahisons 
ni  conspirations.  Çongez  que  le  duc  de  Bretagne  est  un  prince 
faible,  entièrement  gouverné  par  un  ministre  corrompu,  Pierre 
Landais.  IL  est  capable,  je  parle  du  ministre,  de  vendre  le  sang  des 
hommes  braves  comme  un  boucher  vend  la  chair  de  ses  bœufs;  et 
vous  savez  qu'il  y  a  des  gens ,  tant  en  France  qu'en  Bourgogne , 
qui  ont  soif  du  vôtre. 

Le  comte  d'Oxford  lui  fit  ses  remerciemens  de  cette  offre,  et  lui 
dit  qu'il  l'accepterait,  s'il  obtenait  l'approbation  d'Henri  de  Lan- 
castre,  comte  deRichmond,  qu'il  regardait  alors  comme  son  sou- 
verain. 

Pour  terminer  cette  histoire,  nous  dirons  qu'environ  trois  mois 
après  la  bataille  de  Nancî ,  le  comte  d'Oxford,  exilé,  reprit  le  nom 
emprunté  de  Philipson ,  et  revint  en  Suisse  avec  son  épouse  et 
quelques  débris  de  leur  ancienne  fortune,  qui  les  mirent  en  état  de 
se  procurer  une  habitation  commode  près  de  C^ierstein.  Le  crédit 
du  Landamman  ne  tarda  même  pas  à  leur  obtenir  les  droits  de 
citoyens  suisses.  La  haute  naissance,  ht  modique  fortune  et  l'amour^ 
mutuel  d'Anne  de  Geierstein  et  d'Arthur  de  Vère,  tendaient  leur 
mariage  parfaitement  assorti  sous  tous  les  rapports,  et  Annette 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  513 

avec  —  son  amonreiix — allèrent  résider  avec  le  jenne  couple»  non 
comme  domestiques  ^  mais  pour  s'occuper  de  tous  les  détails  de  la 
ferme,  et  des  travaux  qui  exigeaient  de  la  sonreillancey  car  Arthur 
préférait  toujours  la  chasse  au  labourage,  et  il  pouvait  se  livrer  à 
ce  goût,  car  le  revenu  modique  dont  il  jouissait  était  presque  de 
l'opulence  dans  ce  pauvre  pays. 

Cependant  le  temps  s'écoula»  et  il  y  avait  cinq  ans  que  la  famille 
anglaise  résidait  en  Suisse»  lorsqu'en  1482  Arnold  Biederman 
mourut  de  la  mort  des  justes.  11  fut  universellement  regretté  » 
conune  étant  une  par&ite  image  des  chefs  sages  et  vaillans»  pleins 
de  franchise  et  de  sagacité»  qui  avaient  avant  lui  gouverné  les 
Suisses  pendant  la  paix»  et  qui  les  avaient  conduits  an  combat  en 
temps  de  guerre.  Dans  le  cours  de  la  même  année»  le  comte  d'Ox- 
ford perdit  son  épouse. 

Mais  à  cette  époque,  l'astre  de  la  maison  de  Lancastre  commença 
à  reprendre  son  ascendant»  et  fit  sortir  de  leur  retraite  le  comte 
d'Oxford  et  son  fils»  qui  jouèrent  de  nouveau  un  rôle  actif  dans  les 
affaires  politiques.  Le  collier  de  Marguerite  d'Anjou»  toujours  con- 
servé avec  soin»  reçut  alors  sa  destination»  et  le  produit  en  fut 
employé  à  lever  des  troupes  qui  livrèrent  bientôt  après  la  célèbre 
bataille  de  Bosworth»  dans  laquelle  les  armes  d'Oxford  et  de  son  fils 
contribuèrent  aux  succès  de  Henri  VIL  Cet  événement  changea  la 
destinée  d'Arthur  de  Vère  et  de  son  épouse.  Ils  firent  présent  à 
Annette  et  à  son  mari  de  leur  ferme  en  Suisse;  et  les  grfices  et  la 
beauté  d'Anne  de  Geierstein  furent  admirées  à  la  cour  d'Angle- 
terre» comme  elles  l'avaient  été  dans  le  chalet  où  elle  avait  jus- 
qu'alors résidé. 


Vm  DE  CHABUBS  LE  TillàiAnUS. 


33 


NOTE  DE.  L'ÉDITEUR. 


8fr  W^llar  Scott  ■  pnBIl^'eet  <mn«g«  tout  Te  titre  aodbste  Hb  Aimt  dé  GeùnttSt,  Eimportanoe 
émtM^'^'j'jùom  le'JhedMIlBM'geg'iie  nevea  ftiivpcéttni^  co»me pl«r eppnipiié  «reiqet ,  ediit^r 
CkK^kêlê  Ttmémhu*  »iii1i|W  iwMitf—  imtatgt  mtrf  h  H— far  Jan^tfc*  <ewiAd>«>iBtnîiB  demito 
Aboueinent  de  son  ronum,  lorsqu'il  fait  nourir  Ourlet  le  T4mènit^9m»Jk  aeatanaa  «btribioal 
eeeret;  il  noiu  seosble  d'abord  qpie  laa  romau  de  sif  Walter  Scott  tont  aTant  tont  des  rmam,-aiiDS 
la  nM>rt  da  doc  de  Boorgogne  ayant  donné  lien  »  dans  le  temps ,  à  plusieurs  traditions  fàbuleasci, 
MÊtÊW  ■uiilv  t  ania  oont  onveoerpownit  Ubu  en  eUtwMi  te  ivmiiGier  cuis  Inen  Dlltv  dv  cnonw 


NOTES 


BB 


CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE 


om 


ANNE  DE  GEIÈRSTEIN , 


LA  flLliB  DU  wtimhhàsa>. 


Oss  preuves  d'une  évidaice  iucuBlestable  démontrent  c|it*m  mojenràge  TempiQÎ^ 
dTexécuteur  public  était  considéré  comme  très  iionorable  dans  toute  l^  Gtsaunim^ 
et  encooe  aujourd'hui  dans  certaines  fortioos  decettecontré%  oàPanciisn  usage  dkià-' 
cuter  avec  le  sabre  s'est  perpétué,  le  bourreau  est  loin  de  Tétat  d'ab|eclion  oùd'a  rédaîft 
noire  sentiment  à  ce  sujet.  Cesentiment  ejq^osa  les  magistrats  d'une  ville  d'Ecosse^  qijie 
je  crois  être  Glascow  même  ».  a  une  forte  dose  de  ridicule^.locsqfi'ile  avertirent,  ik  y 
a  peu  d'années,^  à  l'occasion  de  la  mort  du  bourreau,.  «  que  des  hommea  respaclahies** 
devaient  seuls,  se  présenter  pour,  remplir  le  poste  vacant»  A.  présent  mènie,^  ea  Cbinnr^ 
enPerse,  et  probablemeut  dans  tout  l'Orient,  le  prmcipal  exécuteur  est  un  des  grandit 
oificîers  de,r£tat,  et  il  est  aussi  fier  de  l'emblème  de  sa  fatale  fonctiont,  qpAjisitfi 
l'être  de  sa  dé  d'or  le  Inrd  cbambellan  en  £ure]^. 

lies  c&constancfls  du  sing|iiiei!  ipj^ment.  eide  re;i.écntiQBL  du  cfaevaiîer  d'Sagaii»» 
baob  sont  raconta  txès.  en  détaU*  ]{ar  M.  deJtaranta,  d'ap£ès.lcs  dncumess-pui^. 
dans  les  manuscrits  contemporains,  et  le  lectenr  sera  bien  aise  de.  trouveiiei  nm 
écban  tiUon  du  st^le  de  cet  écriirjûn  (x),  —  «Dei  toutes  pavts,.  on-  était  aocooriL  pai^ 
mînren  |uour  assîâ^r  auprocès  de  ce  crol  gonrecmaur,  tantlabaineétait  g^ande^eo^MBH. 
Iqh  de  sa  psisonilentendait  netentir  suc  leyentle  BaSrdes.ch»vau3i».ets!en|uéniitè|ieAi 
gpolier  de  ceu3^  q^i  arrivaifiiit.,  soit  pour  étisaaes.  j[i]g|es  ^soit  pour  être  léaMMBS  dei 
son  sQipUfle.  Pad^  le  gfàlier  ré|^d«U.:  «  Q»  sont  des  émagfu^, jjp  o»  les. 


X.  U^tiftA    rigimli  dmn»  le  toOe  fr«ii^s«t  qm  tnidwtioii.«i,ang|«&i  ikWdtw  âsot».  laCr 


m  NOTES 

pu.  »  — «  Ne  M>nt-oe  pu  »  diiait  le  prisonnier,  des  gens  assez  mil  vêtus ,  de  baote 
taille,  de  forte  appareoee,  montés  sur  des  chevaux  aux  courtes  oreilles  ?  »  et  si  le 
geôlier  répondait  :  «  OuL»— «Ah!  ce  sont  les  Suisses,  8*écriait  Hagenbach;  mon  Dieu, 
ayez  pitié  de  moi  1»  Et  il  se  rappelait  toutes  les  insultes  qu'il  leur  avait  faites, 
tontes  ses  insolences  envers  eux  :  il  pensait ,  mais  trop  tard,  que  c'était  leur  alliance 
avec  la  maison  d'Autriche  qui  était  la  cause  de  sa  perle. 

«  Le  4  mai  1 47  4f  «près  avoir  été  mis  à  la  question,  il  fut,  à  la  diligence  d'Hermann 
d*Eptingen,  gouverneur  pour  Tarchiduc,  amené  devant  ses  juges,  sur  la  place  pu- 
blique de  Brisach  ;  sa  contenance  était  ferme  et  d'un  homme  qui  ne  craint  pas  la 
mort.  Henry  Iselin  de  Bàle  porta  la  parole  au  nom  d'Hermann  d'Eptingen,  agis- 
sant pour  le  seigneur  et  le  pays;  il  parla  i  peu  prés  en  ces  termes  ; 

«  Pierre  de  Hagenbach ,  chevalier  ,  maitre-d*hôtel  de  monseigneur  le  doc  de 
Bourgogne  et  son  gouverneur  dans  les  pays  de  Férette  et  Haute-Alsace  j  aurait  dd 
respecter  les  privUéges  réservés  par  Tacte  d'engagement  ;  mais  il  n'a  pas  moins  foulé 
aux  pieds  les  lois  de  Dieu  et  des  hommes  que  les  droits  jurés  et  garantis  au  pays. 
Ha  fait  mettre  à  mort  sans  jugement  quatre  honnêtes  bourgeois  de  Thann;  il  a 
dépouillé  la  ville  de  Brisach  de  sa  juridiction ,  et  y  a  établi  juges  et  conseiU  de  son 
choix;  il  a  rompu  et  dispersé  les  communautés  de  la  bourgeoisie  et  des  métiers;  ils 
levé  des  impôts  par  sa  seule  volonté  ;  il  a,  contre  tontes  les  lois ,  logé  chez  leshabi* 
tans  des  gens  de  guerre  lombards,  français,  picards  ou  flamands,  et  a  Êivorisé 
leurs  désordres  et  pillages.  Il  leur  a  même  commandé  d'égorger  leurs  hôtes  durant 
la  nuit  et  avait  fait  préparer,  pour  y  embarquer  les  femmes  et  les  enfons,  des  bateaux 
qui  devaient  être  submergés  dans  le  Rhin.  Enfin ,  4ors  même  qu'il  rejetterait  de 
telles  cruautés  sur  les  ordres  qu'il  a  reçus,  comment  pourrait-il  s'excuser  d'avoir 
ilit  violence  et  outrage  à  l'honneur  de  tant  de  filles  ou  femmes,  et  même  de  saintes 
religieuses?  » 

«  D'autres  accusations  furent  portées  dans  les  interrogatoires ,  et  des  tétaoùta  at- 
testèrent les  violences  faites  aux  gens  de  Mulhausen  et  aux  marchands  de  BAIe. 

«  Pour  suivre  toutes  les  formes  de  la  justice  on  avait  donné  un  avocat  à  l'accusé. 
«Messtre  Pierre  de  Hagenbach,  dit-il ,  ne  reconnaît  d'autre  juge,  ni  d'autre  sei- 
gneur que  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne,  dont  il  avait  commission  et  rece- 
vait les  commandemens  ;  il  n'avait  nul  droit  de  contrôler  les  ordres  qu'il  étaiit  chargé 
d'exécuter,  et  son  devoir  était  d'obéir.  Ne  sait-on  pas  quelle  soumission  les  gens 
de  guerre  doivent  à  leur  seigneur  et  maître?  Croit-on  que  le  laudvogt  de  monsei- 
gneur le  duc  eût  à  lui  remontrer  ou  à  lui  résister?  et  monseigneur  n'a-t-il  pas  en- 
aoite  par  sa  présence  confirmé  et  ratifié  tout  ce  qui  avait  été  fait  en  son  nom? Si 
des  impôts  ont  été  demandés,  c'est  qu'il  avait  besoin  d'argent.  Pour  les  recueillir  il  a 
bien  iallu  (lunîr  ceux  qui  se  refusaient  à  payer;  c'est  ce  que  monseigneur  le  duc  et 
iibême l'Empereur,  lorsqu'ils  imnt  venns,4>nt  reconnu  nécessaire.  Le  logement  des  gens 
de  guerre  était<aussi  la  suite  des  ordres  du  duc  :  quant  à  la  juridiction  de  Brisach , 
le  landvogt  pouvait-il  sou£frir  cette  résbtance?  enfin,  dans  une  affaire  si  grave  où 
il  y  va  de  la  vie ,  convient-il  de  produire  le  dernier  grief  dont  parle  l'accusateur  ^ 
Parmi  ceux  qui  m'écontent  y  en  a-t-il  un  seul  qui  puisse  se  vanter  de  n'avoir  pas 
saisi  les  occasions  de  se  diVbrtir  ?  N'est-il  pas  dair  que  messire  de  Hagenbach  a  seu- 
leinent  profité  de  la  bonne  volonté  de  quelques  femmes  ou  filles;  ou,  pour  |nettre  les 


DE  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.  5  If 

choses  au  pis,  qu'il  n'a  exercé  d'autre  contrainte  envers  elles  qu'au  moyen  de  son 
argent?» 

«  Les  juges  siégèrent  long-temps  sur  leur  tribuDal,  douze  heures  entières  passèrent 
sans  que  l'affaire  fût  terminée.  Le  sire  de  Hagenbach,  toujours  ferme  et  calme,  n'al- 
légua d'autres  défenses ,  d'autres  excuses  que  celles  qu'il  avait  déjà  données  sous  la 
torture  :  les  ordres  et  la  volonté  de  son  seigneur^qui  était  son  seul  juge  et  le  seul  qui 
pût  lui  demander  compte. 

«  Enfin  à  sept  heures  du  soir^  à  la  clarté  des  flambeaux,  les  juges»  après  avoir  déclaré 
qu'à  eux  appartenait  le' droit  de  prononcer  sur  les  crimes  imputés  au  laudvogt ,  le 
firent  rappeler,  et  rendirent  leur  sentence  qui  le  condamna  à  mort.  Il  ne  s'émut  pas 
davantage,  et  demanda  pour  toute  grâce  d'avoir  seulement  la  télé  tranchée.  Huit 
bourreaux  de  diverses  villes  se  présentèrent  pour  exécuter  Tarrét.  Celui  de  Golmar, 
qui  passait  pour  le  plus  adroit,  fut  préféré. 

«  Avant  de  le  conduire  à  l'échafaud  ^  les  seize  chevaliers  qui  faisaient  partie  des 
juges  requirent  que  messire  de  Hagenbach  fût  dégradé  de  sa  dignité  de  chevalier  et 
de  tous  ses  honneurs.  Pour  lors  s'avança  Gaspard  Hurter,  héraut  de  l^mpereur,  et 
il  dit  :  «  Pierre  de  Hagenbach,  il  me  déplaît  grandement  que  vous  ayez  si  mal  em- 
ployé votre  vie  mortelle ,  de  sorte  qu'il  convient  que  vous  perdiez  non-seulement  la 
dignité  et  ordre  de  chevalerie ,  mais  aussi  la  vie.  Yotre  devoir  était  de  rendre  la 
justice,  de  protéger  la  veuve  et  l'orphelin,  de  respecter  les  femmes  et  les  filles, 
d'honorer  les  sainU  prêtres, de  vous  opposer  à  toute  ii^juste  violence;  et  au  contraire 
vous  avez  commis  tout  ce  que  vous  deviez  empêcher.  Ayant  ainsi  forfait  au  noble 
ordre  de  la  chevalerie  et  aux  sermensque  vous  aviez  jurés,  les  chevaliers  ici  présens 
m'ont  enjoint  de  vous  ôter  les  insignes.  Ne  les  voyant  pas  sur  vous  en  ce  moment, 
je  vous  proclame  indigne  chevalier  de  Saint-^orge,  au  nom  el  en  l'honneur  duquel  on . 
vous  avait  autrefob  honoré  du  baudrier  de  chevalier.»  Puis  s'avançaHermannd'Eptin- 
gen.  «  Puisqu'on  vient  de  te  dégrader  de  chevalerie,  je  te  dépouille  de  ton  collier, 
chaîne  d'or,  anneau,  poignard,  éperon  et  gantelet.»  Il  les  lui  prit  et  lui  en firappa 
le  visage,  et  ajouta  :  «  Chevaliers,  et  vous  qui  desirez  le  devenir,  j'espère  que  cette 
punition  publique  vous  servira  d'exemple,  et  que  vous  vivrez  dans  la  crainte  de  Dieu 
noblement  et  vaillamment,  selon  la  dignité  de  la  chevalerie  et  l'honneur  de  votre 
nom. «Enfin  Thomas  Schutz,  prévôt d'Enisisheim et  maréchal  de  cette  commission 
de  juges ,  se  leva ,  et  s'adressant  au  bourreau ,  lui  dit  :  «  Faites  selon  la  justice.  » 

«Tous  les  juges  montèrent  à  cheval  ainsi  qu'Hermann  d'Eptingen;  au  milieu  d'eux 
marchait  Pierre  de  Hagenbach  entre  deux  prêtres;  c'était  pendant  la  nuit,  des 
torch|^  éclairaient  la  marche  ;  une  foule  immense  se  pressait  autour  de  ce  triste 
cortège.  Le  condamné  s'entretenait  avec  son  confesseur  d'un  air  pieux  et  recueilli, 
mais  ferme,  se  recommandant  aux  prières  de  tous  ceux  qui  l'entouraient.  Arrivé  dans 
nne  prairie  devant  la  porte  de  la  ville,  il  monta  sur  Téchafaud  d'un  pas  assuré; 
puis  élevant  la  voix.  «  Je  n'ai  pas  peur  de  la  mort ,  dit-il ,  encore  que  je  ne  l'atten* 
disse  pas  de  cçtte  sorte ,  mais  bien  les  armes  à  la  main  ;  ce  que  je  plains ,  c'est 
tout  le  sang  que  le  mien  fera  couler.  Monseigneur  ne  laissera  point  ce  jour  sans  vcn» 
geance  pour  moi.  Je  ne  regrette  ni  ma  vie,  ni  mon  corps.  J'étais  homme;  priez 
poov  moi.  »  Il  s'entretint  encore  un  instant  avec  le  confesseur ,  présenta  la  tète  et 
xeçut  le  copp.  p  (M,  Dk  Baravtx,  tome  X,  page  x  89.) 


<46  NOTES 

{è)  Page  4o5.  — LU  TaouBADOiras. 

li  dotneur  éa  dMeete  pMvm^,  qui  «e  npprddie  bnucDop  àa  latin  qa'dii 
«tiit  perlé  4iirMt  taat  et  sièdles,  Aans  «eqif on  appelaft,  -pWT  la  distinguer,  te  pro- 
•lèiee  ronaine  de  la  Gaule ,  la  riohaMe  ^H  fertiKté'4*inte  région  itbondante  enttmt 
ce  qui  peut  charmer  les  sens  et  flatter  rimagination ,  diqioninft  nalkiréllement'sas 
iMbitana  à  eoltivér  la  poétie ,  &  eatinier  et  à  encourager  ceax  qui  te  montraient  les 
errais  enfana  d*Apollon.  Àuisi  le  titre detroubadour,  c*ést-à  dire  trouperes  on  inpentettn, 
équivalant  au  màker  do  Nord,  était  une  gloire  dans'toutes  lesdasses,  depuis  h  (Ans 
ibave  jusqu'à  la  plus  liaute;  un  suwès  poétique  lionerait  les  lionmes  Bn-rang  leplas 
obmret  jetait  un  nouvel  éoftM  aar  celui  qui  était  né  an  sommet  de  TéâiAe  sodaie; 
l'esprit  chevaleresque  du  temps  leur  faisait  une  loi  de  choisir  pour  sujets  de  leurs 
ters  la  guerre  et  Tamour ,  oe  dernier  pins  souvent  encore.  Tels  étaient  ausd  les 
•thèmes  de  nos  ménestrels  «eplentrionaax,  mais  tandis  que  ceux-ci  se  bornaient,  éi 
fénérsl ,  à  ces  contes  rimes  si  connus,  où  des  scènes  de  combat uenaèlent  à  des 
aventures  de  féerie;  des  labiés  degéans  et  de  monstres  Tafneuspirun  vniHantdam- 
tf  ion,  étaient  ce  qui  pouvait  »)e  mîeuK  convenir  ntt  oreilles  des  guerriers  tant  sdt 
■peu  stupides  et  encor  plus  barbares,  du  nord  de  h  France ,  ite  la  IrMugne  et  deïi 
Germanie,  -^»le  troubadour  pins  attrayant  mettait  enjeu  tles  passiotÉs  phistddueei: 
il  chantait  l^imour,  l'affeelion,  les  soins  coastans  idout  un  dtevaHur  ftdSe  iktatit 
entourer  l'objet  de  son  eboix,  et  auni  mstiffie,'les  égards  qui  devaient  Trécomprtisér 
'Ses  soins  assidus.  ' 

On  ne  peut  niar  sans  doute  qne  les  sujeb  aboisis  parles  trotabadoun  «esoieÉt 
«aux  qui  se  prêtent  le  mieuk  a  la 'poésie  et  qui  lui  offi«iit  le  plus  de  chunefes  de 
•suwès.  Mais  il  arrive  presque  toujours,  lorsqu'on  des  beaux-arfes  -^t  cultivé  «xda- 
sivumeot ,  que  le  guet  de  ceux  qui  s^  livrant,  ausai  bien  que  de  Mux.  ^  ad^nêrâlt 
•as  productions,  s'altère  et  perd  de  vue  la  naturetet  lasimpKcité;  l'artisles^efAnnçttt 
de  découvrir,  pour  «adtar  davuntsge  TadmirUtion,  quélquesystèmu'illift  oompliqfli, 
^ans  lequel  la  pédanterie  étouffe  les  inspirations  des  senttmensvnii  et  où  les  sid^ 
tilités  de  la  métepbysiqoe  remplacent  la  darté^et  le  bon  sens.  C7est  ainsi  qifavec 
l^pprobation  unanime  de'Ieurs  auditeun,  les  troubadours  se  créèrent  nu  genre  de 
poésie  fondé  sur  des  setttimens  aussi  peu  d'accord  avec  les  loisde%i'ntflure  que  lus 
«Mîtes  des  magieiimB,  des  ménestrels,  «t  qui  avaient  de  plus  l^eonvénient  «acial 
Mtre  basés  sur'un  eileul  très  oonirairenitt  nœars  et  à  la  monde.  Chaque  trodlv- 
tmxt  ou  bon  die^riier  qui  prenait  pour  règle  deaa  conduite  les  maximes  «dafarèBs 
dans  ses  vers  était  obligé  de  choisir  pour  dame  de  ses  pensées ,  la  plus  beUe^  elfla  pkis 
ttOble ,  parmi  lodios  celles  près  desquelles  il  iivait  accès ,  de  lui  votaer  là  la  fois^Éi 
lyre  et  son  épée;  uMrriée  ou  libre,  elle  devenait  l'objet  auquel  sa-vîe ,  ses  >pail»l«i*itt 
Btt  actions  étaient  également  consacrées.  D'un  autre  côté,  la  dffineaiBsi'lMMUfÉK 
ttondt,  en  acceptant  le  culte  du  troubadour,  le  considérer  connne  son  aniaill,  dt  *Iai 
aneorder  dans  les  occasions  convenables  les  marques  d'une  fiiveur  apécMe.  H  a^ 
^nrai  <|tte,  d'après  les  meillanrcs  autorités,  ces  relations  étaient  d*un  genreTMiNiMtft 
plilouiq^e;  le  kgral  soupirant  ne  devait  pasaoUiciter,  ni  sa  dame  luieaiili&per,'an<- 
cune  gMce  qui  passAt  les  bornes  ^ela  modestie  la  plusstrictu.  Même  «i«»-«iMftyf«- 


DE  CHARLES  LE  TEMERAIRE.  £19 

trictîoB 9  tin  tel «jf  1181116  était  peo  pcopreàuntcetâBÉr  Ia|NBx>doiBeat^|ue d«£unUki^ 
puisqu'il  peimetlait  ou  plm6t  <Mij»ignaii  des  rapporte  fréquans  et  iaoûlien'eairB  la 
.jqoble  dame  et  son  poétique  admirateac.  F^lus  d*noeiois  les  paasîonsluinninesp  pla- 
cé^ dans  une  situation  ai  périlleuse,  ae  «trouvèrent  Arcypiovtes  jéur  ne  jms  briser  ks 
limites  imposées  par  un  système  4ws8i  .fantaatique  que  dangereux.  liOs  masia  outvegés 
.ae  vengèrent  en  plusieurs  circonstances  de  leurs  moitiés  infidèles  avec  sévérilé  et 
même  avec  une  odieuse  cniaulé  ;et  Tamant  ne  fut.pn>tôgé  ni  par  sentaient musioal 
ni  par  son  titre  de  chevalier.  Mais  ce  qui  démontre  le  véritable  .esprit  du  ayslàne» 
c'est  que  dans  les  poèmes  des  autres  troubadour»,  où  de  semblables  aventures  aont 
raço^ntéea,  toute  leur  pitié  se  j>orte  sur  l'amant  malheureux ,  tandis  .que,  .sans  4a 
moindre  indulgence  pour  des  actes  trop  motivés,  le onariofEenséest  voué  à  lleftéom 
tion  j)ublique. 

(c)  Page  407.  —  coua  d'amour. 

A  J'^oque  où  les  troubadoura  floriasaient  en  Provence,  Vamour  y  était  regardé 

4Bomme  uneportion  des  .affaires  de  la  vie  si  ..grave  et  .ai  imporiante^  qtt?un  paslenent 

lOU  cour  d'amour  fut  instituépour  jqger  loutdébatde  œ  genre.  Ce  singalier  tribiinal 

était ,  ainsi  qu'on  peut  le  croire  ,  plus  occupé  4e  j>rooès  imaginaires  que«de  cauaes 

jiéelles  ;  mais  on  ne  peult  s.'empécher  d'être  auipris  en  voyant  avec  quelle  froide «t 

fédantesque  habileté  les  troubadours  qui  y  siégeaient  s'oceupaientà  plaider  et  à  àér 

aûderyen&'appuyant  sur  des  raisonnemens  non  moins  étraiiges  et  ingénieur  que  dé- 

iplafiéa,.les  absurdes  questions  que  leur  biaarxe  imagination  avait  préparées  d'evanat. 

JÛn  cite,  par  exemple,  le  cas  très  célèlive  d'une  damequj,  se  trouvant  avec  trois  pev- 

.soanes,  qui  étaient  aes  admirateuoa,  écouta  l'jun  avec  le  sourire  le  phis  flatteinr» 

pressa  la  main  du  second ,  et  effleura  de  son  pied  celui  du  troisième.  On  discn^a 

long^temps  et  vivement  dana  la  cour  d*amour,  lequel  de  ces  trois  rivaux  avait  fe^ula 

iplusgisande  iaveur;  beaucoqp.d'e«prit  fut  dépensé  dans  cette  eauae  et  d'autres  aam^ 

itiables;  il  en  existe  «un&eoUâetionirevBtue  de  touteg  las  forme»  judieiaiBes ,  sous  :1e 

Mtre  J' arrêts  d'amaui:, 

.(d)  'Pqge'Sog,  — CHARx.Es-i.K'TKMBaAiaE. 

.  iLe  morceau  si  semarquable  que  -noua  insérons  ici  est  oehii  dans  lequelPhilippe  àe 
4[î<—inei  racoste  le  desnier  «et»  de.la  vie  de  Cbarles^le-Téméraife,  prince  dent  il  ob- 
piHait  Aapiii8iaag*tempB.iBs  di«trses. fortunes,  avec  Je  sombre  paessantioMBl  qu'on 
caractère  si  ennemi  du  repos  et  qui  ne  connaissait  aucuafietn- devait  lot  joujard  le 
conduire  à  une  fin  tragique. 

«  A  l'arrivée  du  comte  de  Gampo-9ache  {'•y  vers  le  duc  de  Loràine ,  les  Alemans  lui 
firent  dire  qu'il  se  retirast  et  qu'ils  oe  vouloient  nul  traître  avec  eux  ;  et  ainsi  se  re- 
jira  à  Coodé  un  cbasteau .et  passage  près  de  là,,  qu'il  ren^para  de  cbarettes  et  -d'au- 
^tres  choses  le  mieux  qu'il  put,  espérant  que  fuyant  le  duc  de  Boui|;ogne  et  ses^gens, 
il  en  Jomberoit  .-en  sa,  part  eomme  il  fit  assez;  ce  n'estoit  pas  le  principal  traite 
ipi'eust  ledit,  comte  de  Campo-Bache  que  celuy  du  duc  de  Loraine,  maisjpeu  devant 
«oii^.parj|ement  ,jparla  à  d!autres ,  et  avec  ceux?là  conclud ,  ,pour  ce  qu'il  ne  v^roît 
ipoint  qa'il  pât  .mettre  .sa  main  sur  le  ducdeBmirgqgne,  qu!il  se  toumeioitde 


520  NOTES 

Tantre  part ,  «joand  viendrait  llieiire  de  la  bataille  :  car  plutost  ne  Tonloit  partir 
ledit  comte  afin  de  donner  plus  grand  épouvantement  à  tout  Tost  dudit  duc;  mais 
il  assenroit  bien  que  si  le  duc  de  Bourgogne  fuyoit,  qu'il  n*en  échapperoit  jamais  vif 
et  qn^il  laisseroit  douze,  treize  ou  quatorze  personnes  qui  lui  seroient  seures,  les  uns 
pour  commencer  la  fuite ,  dès  qu*ik  ▼enrôlent  marcher  les  Alemans,  et  les  autres  qui 
auroient  Toeil  sur  ledit  duc  s'il  foyoil  pour  le  tuer  en  fuyant  :  et  en  cela  n^y  aurait 
point  de  fiiute  et  ay  connu  deux  ou  trais  de  ceux  qui  demeurèrent  pour  tuer  ledit 
dttc.  Après  que  ces  grandes  trahisons  furent  conclues,  il  se  retira  devant  l'ost  et  puis 
•e  retourna  contre  son  maistra,  quand  il  vit  arriver  lesdits  Alemans  comme  j*ay  dît: 
et  puis  quand  il  vid  que  lesdits  Alemans  ne  le  vouloient  en  leur  compagnie,  alla 
comme ,  dit -est,  en  ce  lieu  de  G>ndé. 

«Lesdits  Alemans  marchèrent,  et  avec  eux  estoit grand  nombrade  gens-de-cheval 
de  deçà,  qu'on  y  laissa  aller;  beaucoup  d'autres  se  mirent  aux  embûches  près  du  lieu, 
pour  voir  si  le  duc  serait  déconfit,  pour  happer  quelques  prisonniers  et  autra  butio, 
et  ainsi  pouvez  voir  en  quel  état  s'estoit  mis  ce  pauvra  duc  de  Bourgogne  par  faute 
decraira  conseil.  Après  que  les  deux  armées  furent  assemblées,  la  sienne  qui  ja 
avoit  été  déconfite  par  deux  fois  et  qui  estoit  de  peu  de  gens,  et  mal  en  point,  fut 
incontinent  tourné  en  déconfituro,et  tous  morts  ou  en  fuile;  largement  se  sauvèrent, 
le  demeurant  y^fut  mort  ou  pris;  et  enlr'autres  y  mourut  sur-le-champ  ledit  duc  de 
Bourgogne.  Et  ne  veux  point  parler  de  la  manière,  pourtant  que  je  n'y  estois  point: 
mais  m'a  esté  conté  de  la  mort  dudit  duc  par  ceux  qui  le  virant  porter  par  terre  et 
ne  le  purant  secourir,  parce  qu'ils  estoient  prisonniers  :  mais  à  leur  vue  ne  fut  point 
tué  ,  mais  par  une  grande  flotte  de  gens,  qui  y  survindrent,  qui  le  tuèrent  et  le  dé- 
pouillèrent en  la  grande  troupe  sans  le  connoisira  :  et  fut  ladite  bataille  le  cinquième 
Jour  de  janvier  en  l'an  1476,  veille  des  Rois.» 

«  Un  monsieur  Claude  de  Bausmont ,  capitaine  du  chAteau  de  Dier-en-Loraine , 
tua  le  duc  de  Bourgogne.  Yoyant  son  armée  en  déraute,  il  monta  un  cheval  très 
agile ,  et  s'efforçant  de  traverser  une  petite  rivière  à  la  nage  pour  se  sauver,  son  die- 
▼al  tomba  et  le  renversa  sous  lui  :  le  duc  cria  meray  à  ce  gentilhomme  qui  esloit  à  sa 
poursuite,  mais  loi  étant  sourd  et  ne  l'entendant  pas,  le  tua  et  le  dépouilla  sur-Ie- 
cfaamp ,  sans  savoir  qui  il  étoit ,  et  le  laissa  nu  dans  un  fossé  où  son  corps  fut  trouvé 
le  lendemain  après  la  bataille,  lequel  le  duc  de  Loraine  (à  son  éternel  honneur), 
fit  enterrer  avec  une  grande  pompe  dans  l'église  de  Saint-George  à  Nancy,  lui-même 
et  toute  sa  noblesse  assistant  en  grand  deuil  aux  funérailles.  L'épitaphe  aaivanle  fiit 
quelque  temps  après  gravée  sur  sa  tombe  : 

Ctttvbu  koe  b»sto,  Bargvmdm  ghrimgentU  , 
Conditmr,  Europa  qufmt  ant*  timor, 

«J'ai  depuis  veu  un  signet  à  Milan  que  maintes  fois  j'avois  veu  pendu  à  son  pour- 
point qui  estoit  un  anneau  :  et  y  avoit  un  fuzil  entaillé  en  un  camayeu ,  où  estoient 
ses  armes  :  lequel  fut  vendu  pour  deux  ducats  au  dit  lieu  de  Milan  :  cduy  qui  lay 
esta ,  luy  fut  mauvais  valet  de  chambre  :  je  l'ay  veu  maintes  fois  habiller  et  desba- 
biller en  grande  révérence ,  et  par  grands  personnages ,  et  à  cette  dernière  heure  hn 
estoient  passés  ses  honneurs  :  et  périt  luy  et  sa  maison  comme  j'ay  dit  au  lieu  où  il 
avoit  consenti  par  avarice  de  bailler  le  connestable,  et  peu  de  temps  après*  Dieu  iuy 


DE  CHARLES  LE  TÉMÉRAIRE.       521 

Teuilld  pardonner  ses  péchés  :  je  l'ay  veu  grand  et  honorable  prince,  el  autant  es- 
timé et  requis  de  ses  voisins,  un  temps  a  esté,  que  nul  prince  qui  fust  en  chres- 
tienté ,  ou  par  aventure  plus.  Je  n'ay  veu  nulle  occasion  pourqnoj  plus  tôt  il  deust 
avoir  encouru  Tire  de  Dieu ,  que  de  ce  que  toutes  les  grâces  et  honneurs ,  qu*il 
avoit  reeeus  en  ce  monde,  il  les  estlmoit  tous  estre  procédés  de  son  sens  et  de  sa  vertu, 
sans  les  attribuer  à  Dieu ,  comme  il  devoit.  Et  à  la  vérité ,  il  avoit  de  bonnes  et  ver- 
tueuses parties  en  luy.  Nul  prince  ne  le  passa  jamais  de  désirer  nourrir  grandes  gens 
«tles  tenir  bien  réglés.  Ses  bienfaits  n'estoient  point  fort  grands  :  pour  ce  qu'il  vou- 
loit  que  chacun  s*en  ressentit  :  jamais  nul  plus  libéralement  ne  donna  audience  à  ses 
serviteurs  et  sujets.  Pour  le  temps  que  je  Tay  connu,  il  n'estoit  point  cruel  :  mais  le 
devint  peu  avant  sa  mort  (  qui  estoit  mauvais  signe  de  longue  durée  ) ,  et  estoit  fort 
pompeux  en  habillemens,  et  toutes  autres  choses,  et  un  peu  trop.  Il  portoit  fort  grand 
honneur  aux  ambassadeurs  et  gens  estrangers.  Ils  estoient  fort  bien  festoyés  et  re- 
cueillis chez  luy  :  il  désiroit  grande  gloire ,  qui  estoit  ce  qui  plus  le  mettoit  en  ses 
guerres  que  nulle  autre  :  il  eût  bien  voulu  ressembler  à  ces  anciens  princes  dont  il 
a  été  tant  ^tarlé  après  leur  mort ,  et  eatoit  autant  hardy  comme  homme  qui  ait  ré- 
g;né  de  son  temps. 

«  Or,  sont  finies  toutes  ces  pensées  :  et  le  tout  tourné  à  son  préjudice  et  honte  ; 
car  ceux  qui  gagnent  ont  tousjours  Thonneur.  Je  ne  saurais  dire  vers  qui  nostre 
Seigneur  s'est  montré  plus  couroucé,  ou  vers  luy  qui  mourut  soudainement  et  en 
ce  champ  sans  guères  languir,  ou  vers  ses  sujets ,  cui  oncques  puis  n'eurent  bien  ni 
repos ,  mais  continuellement  guerre  :  contre  laquelle  ils  n'estoient  suffisans  de  ré- 
sister, aux  troubles  qu'ils  avoient  les  uns  contre  les  autres ,  et  en  guerre  cruelle  et 
mortelle.  Et  ce  qui  leur  a  été  plus  fort  à  porter,  a  esté  que  ceux  qui  les  défendoient 
estoient  gens  estrangers  qui  naguères  avoient  esté  leurs  ennemis  :  c'étoient  les  Ale- 
mans.  Et  en  effet ,  depuis  ladite  mort,  n'eurent  jamais  homme  qui  bien  leur  voulust , 
de  quelques  gens  qu'ils  se  soient  aidés. 

«  Et  a  semblé,  à  voir  leurs  œuvres,  qu'ils  eussent  les  sens  aussi  troublés  comme  leur 
prince,  un  peu  avant  sa  mort  :  car  tout  bon  conseil  ils  ont  rejette  et  cherché  toutes 
voyes  qui  leur  estoient  nuisibles ,  et  sont  en  chemin  que  ce  trou  ne  leur  faudra  de 
grande  pièce,  ou  au  moins  la  crainte  d'y  recheoir 

«  Je  serois  assez  de  Topinion  de  quelqu'autre  que  j'ay  veu ,  c*est  que  Dieu  donne 
le  prinoe  selon  qu*il  veut  punir  ou  châtier  les  sujets;  et  aux  princes  les  sujets,  ont 
leurs  courages  disposés  envers  lui ,  selon  qu'il  les  veut  élever  ou  abaisser  ;  et  ainsi 
en  advint  à  cette  maison  de  Bourgogne  :  car,  après  leur  longue  félicité  et  grandes  ri- 
chesses ,  et  trois  grands  princes ,  bons  et  sages ,  pmdens ,  cestuy-ci  qui  avoient  duré 
six  vingt  ans  et  plus ,  en  bon  sens  et  vertu ,  il  leur  donna  ce  duc  Qiarles  :  qui  con- 
tinuellement les  tint  en  grande  guerre,  travail  et  despense,  et  presqu'autant  aux 
jours  d'hiver  qu'en  ceux  d'esté ,  tant  que  beaucoup  de  gens ,  riches  et  aisés ,  furent 
morts  et  détruits  par  prisons  en  ces  guerres.  Les  grandes  pertes  commencèrent  devant 
Huz ,  jusqu'à  l'heure  de  sa  mort  ;  et  tellement  que  toute  la  force  de  son  pays  fut  con- 
sommée, et  morts  on  détruits, on  pris,  tous  ses  gens  qui  eussent  sceu  ou  voulu  def- 
fendre  Testât  et  Thonneur  de  sa  maison.  Et  ainsi,  comme  j'ay  dit,  semble  que  cette 
perte  ait  été  égale  au  temps  qu'ils  ont  esté  en  félicité  ;  car  comme  je  dis  l'avoir  veu 
^rand ,  riche  et  honoré ,  encor  puis-je  dire  avoir  veu  tout  cela  en  ses  sujets  ;  car  je 


Sn         NOTES  IMB  CHARLES  LE  TÉMiBAiaE. 

cnide  aveir  ^ea  et  coantt  la  nmillèure  part  àH^joeape.  Toutes  fois ,  je  vfkftammvalÊt' 
te^neerie,  dî pa}» , tMf  poap tanr,  nj de^bcBoceop plm grande eafèodueeneoNs, 
qoi  fUt  tant  abendaiit  es  richeaaes ,  en  meuUes  et  en  édifices,  et  aosst  en  tontes  pra*>- 
digalitési  dtospenaes,  festoyeneus  et  cheret  comme  je  les  ay-  Tues,  pour- 1»  temps  qae^ 
y  y  estoia;  Or,  à  nostre  Seigneur  il.»  plu  de  faire  cboir  et  ruiner  font  à  eonp  cettv^ 
puissante  maison.  Et  telles  et  semblables  ceuTres  a  ftât  nostre  Seigneur;  mêmes  aErant 
que  nonr  fnsaions  nés ,  et  fera  encore  après  que  nous  serons  morts;  ear  if  finit  tenir 
pour  sent  que  la  grande  piospérîkédiBs  priisees,  ou  leurs  grandes  adversités,  provient 
à» s»  dhine  ordonnance.  »  ( Pkistm  nn  Ctanms »  liir.  t,  cfiap.  7  et  9.) 


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